ANTIQUITÉ GRÉCO-ROMAINE
Les Grecs se sont particulièrement distingués des autres peuples par leur puissance généralisatrice, ainsi que par leur aptitude à formuler des théories, dont quelques-unes nous étonnent encore aujourd'hui par leur hardiesse et leur originalité. Gomme tous les esprits qui se complaisent dans les abstractions, ils dédaignaient de descendre dans les détails de la pratique, et d'interroger l'expérience, afin de s'assurer si elle s'accorde avec la théorie.
Moins ingénieux, moins spéculatifs et d'un esprit plus pratique que les Grecs, les Romains aimaient mieux conquérir le monde que faire des systèmes. Leurs philosophes n'ont point inventé les doctrines qu'ils professent; ils n'ont fait qu'adopter et propager les idées des Grecs.
L'enseignement des arts, des sciences et des lettres était primitivement exercé à Rome par des étrangers esclaves, ou par des affranchis. Plus tard, cet enseignement était exercé, comme à Athènes, par des hommes libres. Avec les sciences et les arts, on vit le luxe et les richesses s'introduire à Rome.
Les Grecs, malgré le joug qui leur fut imposé par les Romains, conservèrent leur esprit de nationalité et le génie qui les caractérisait.
Aux premiers signes de la chute de l'empire romain, la Grèce se sépara de Rome, et transporta le siège de son empire, lambeau de l'empire du monde, à Byzance , la ville de Constantin. C'est ta que se réfugièrent les arts et les sciences. Dans l'antiquité, comme au moyen âge, la religion et la science
étaient étroitement unies. La mythologie des Grecs et des Romains , en grande partie empruntée aux croyances religieuses des Égyptiens, renferme, suivant l'opinion de quelques auteurs, tous les secrets de la chimie, sous une forme mystique et allégorique.
On a écrit des volumes (1) pour montrer comment les mythes anciens, les fables d'Homère et d'Orphée, ne sont que des allégories de l'art sacré. Ainsi, le mythe qui représente Jupiter se transformant en une pluie d'or, fait, dit-on, allusion à la distillation de l'or des philosophes (2.) Par les yeux d'Argus, se changeant en la queue du paon, il faudrait entendre le soufre, à cause des différentes couleurs que cette matière est susceptible de prendre par l'action du feu. La fable d'Orphée cacherait la douceur de la quintessence et de l'or potable. Le mythe de Deucalion et de Pyrrha contiendrait tout le mystère de l'alchimie. Quelques adeptes sont allés jusqu'à soutenir que l'élément avec lequel Thaïes explique la création de toutes choses est, non pas l'eau commune, mais l'eau-argent, c'est-à-dire le mercure. Aussi traduisent-ils le commencement de la première Olympique de Pindare : to àptdxov jxsv S&op (la meilleure chose, c'est Peau), par « la meilleure chose, c'est le mercure (3) » .
S'il n'y avait eu que les alchimistes du treizième siècle pour avancer de pareilles idées, il n'y aurait pas à s'en étonner. Mais ces idées paraissent remonter à une époque beaucoup plus ancienne ; car Plutarque, qui vivait au deuxième siècle, voit dans la théogonie des Grecs la science de la nature, cachée sous une forme symbolique. 11 ajoute que par Latone on entendait l'eau, par Junon la terre , par Apollon le soleil et par Jupiter la chaleur, et que, d'après les Égyptiens, Osiris était le soleil, Isis la lune, Jupiter l'esprit universel répandu dans la nature, etc. Suidas, qui vivait plusieurs siècles après Plutarqufe , dit expressément que la fable de la toison d'or est une allégorie de l'art de faire de l'or au moyen de la chimie (4). Si la plupart dejces rapprochements allégoriques doivent être
(1) Voy. les Fables des Égyptiens et des Grecs dévoilées, par Pernety. 2 vol.
in-8, 1786; Paris.
<2) Comp. Creuzer, Symbolik und Mythologie, 1. 1, p. 790 et suiv. (2e édit.) (3) O. Borrichius, De ortu et progressu chemix. Manget, Bïbl. Chem.t