‹ Histoire de la chimie (volume 3)Chapitre 11 sur 31 · IS. XLV1II · texte numérisé non relu

IS. XLV1II

M Deut. iv, 20.

P) De l'origine des lois, des arts et d<s sciences, etc., 6 vol. Paris, S, 1778.

teurs, ne repose sur aucun texte de Moyse. Dans les passages du Pentateuque que Goguet cite, il n'est nullement question de laines de fer, ni de couteaux, ni d'épées. Voici comment nous traduisons textuellement :

« Il (le prêtre) lui déchirera les ailes ; il ne la partagera pas (bvn^ab) (1). » Le verbe bis (seulement employé au Hiphil) n'a jamais signifié autre chose que partager, séparer, disjoindre. Mais on peut disjoindre quelque chose par la simple force des mains, comme avec une pierre ou un os aiguisé. Il ne s'agit donc ici ni de lames ni de couteaux. De plus, le nom de fer ne s'y trouve même pas indiqué ; et les traducteurs, qui se sont servis des expressions de « lames de fer ou de couteaux », auraient pu tout aussi bien employer d'autres termes, tels que lames d'or, lames d'argent, d'airain, etc.

Ce qui prouve que les lames des couteaux qu'on employait alors (vers 1500 avant l'ère chrétienne) dans les cérémonies religieuses, et pour d'autres usages, étaient, non pas en fer, mais en pierre, ce sont les expressions de iw et onw, pierre, rocher, qui accompagnent toujours le nom 3in, couteau, èpée(î). C'est ce que les Septante ont rendu par pà^aipaç wexpCvaç, et la Vulgate par cultros lapideos (couteaux de pierre).

Passons à une autre citation sur laquelle s'était appuyé Goguet, suivi par d'autres : « Si quelqu'un frappe avec [le] fer, et que [celui qui aura été frappé] meure, il est coupable d'homicide (3). d

Dans ce passage il n'est non plus question ni d'épées, ni d'aucun instrument tranchant. On y trouve seulement le nom bria (barsel), qui signifie masse de fer. Mais on peut frapper quelqu'un avec une massue de fer ou une baguette , tout aussi bien qu'avec un instrument tranchant. Ce qui prouve qu'il faut entendre par , Vna une barre ou massue de fer, c'est que le verbe ïniï) (de roa), qui est ici employé pour désigner l'action de frapper, se rencon-

(1) Lévit. i, 7. bw kb VJMD3 in'K Vprçi, ces mots ont été inexactement rendus par les traducteurs : « Il lui rompra les ailes sans les couper, et sans diviser l'hostie avec le fer (ou le couteau ). » — Le mot VDÙ ( chissa ), qui est ici employé, est onomatopique comme le grec axtÇo, imitant, en quelque sorte, le bruit de l'action de déchirer.

(2) Josué, v, 2, 3. Exod., iv, 25. Ps. lxxxjx, 44.

(3) Nombres xxxv, 16.

tre plusieurs fois dans le Pentateuque, particulièrement à propos de la baguette de Moyse (1).

L'arme de fer (Vn? pça), mentionnée dans le livre de Job (2), le fer employé pour tailler les pierres, et d'autres instruments qui ne sont jamais désignés autrement que* par la dénomination de fer (Srn), pouvaient ôtre de simples massueS) des barres ou des espèces de marteaux de fer (3).

En insistant sur ces détails philologico-archéologiques , nous ne prétendons point nier que les anciens n'aient connu aucun moyen de travailler le fer pour en fabriquer des armes et d'autres ustensiles ; il nous importait seulement de montrer combien il faut ôtre circonspect lorsque , pour défendre ses opinions, on ne s'appuie que sur l'autorité des traducteurs.

Quoi qu'il en soit, il paraît certain que, jusqu'au douzième siècle avant l'ère chrétienne . presque tous les instruments qui sont aujourd'hui en fer ou en acier étaient fabriqués avec des alliages de cuivre. Les outils du forgeron, l'enclume, le marteau et les tenailles , qui doivent être comptés au nombre des premiers instruments qu'on ait songé à faire en fer, étaient en airain, même au siècle d'Homère (/aXxrjïa, irsfpaxa T£^v7)ç) (4).

Suivant quelques érudits, le fer fui introduit en Grèce vers l'an 1400 avant J.-C., à l'époque où régnait en Egypte Aménophis III, fondateur du temple de Louqsor et de beaucoup d'autres monuments de la haute Egypte ; mais cette opinion ne repose sur aucun document authentique. Au rapport d'Hésiode, le fer n'était pas encore connu des Grecs au temps de Thésée, qui occupa le trône d'Athènes en 1245 avant J.-G. : le glaive de ce héros légendaire était d'airain.

Ce qui avait fait croire que les Égyptiens connaissaient le fer très-anciennement, ce sont les figures hiéroglyphiques taillées dans des pierres extrêmement dures, telles que le granit et le basalte. En effet, pour exécuter ces sculptures, il fallait des instruments fabriqués avec des matières plus dures que ces roches. Mais est-ce qu'on n'aurait pas pu préalablement ramollir la pierre aux endroits où elle devait être entamée, par quelque

(1) Exode, vin, 13; h, 11, 13. Deut. xxv, 3.

(2) Job, XX, 24.

(3) Job, xix, 24. Deut MX, 5; xxvii, 5. Jos. vm, 31. (4)Odyss. m, V. 433.

moyen chimique ? Nous verrons plus loin que l'Egypte est la patrie de l'art sacré qui possédait le secret des dissolvants. Suivant M. de Rozière, cité par M. Wilkinson, les granités égyptiens ont été taillés et gravés avec des outils de bronze, à juger surtout par les traces d'oxyde de cuivre qu'on y rencontre. Les glaives et poignards, trouvés àThèbes, sont en bronze. Malgré leur vétusté, ils sont flexibles et élastiques comme le meilleur acier trempé. Les glaives sont droits, d'environ deux pieds et demi de long. On en rencontre qui sont surmontés d'une tête d'épervier, symbole des Pharaons. Les faux ou couteaux recourbés, qu'on voit figurés sur les monuments de Thèbes, ont leurs lames peintes en bleu, ce qui semblerait indiquer qu'elles étaient en acier. Certaines massues paraissent avoir été composées de fer météorique (1). Les clefs furent au nombre des premiers instruments fabriqués avec le fer, lorsque ce métal devint d'un usage plus répandu (2).

L'usage du fer est postérieur à l'usage de l'or, de l'argent et du cuivre (airain). C'est là l'opinion qu'avait déjà émise Isidore de Séville, qui vivait au sixième siècle de notre ère (3).

Le bedil (Sna), que les traducteurs rendent par étain, paraît, ainsi que \e plumbum des Romains, avoir signifié, tantôt étain (plumbum album), tantôt plomb proprement dit (plumbum nigrum). Dans d'autres cas, bedil (Sna ) veut dire scories, impuretés, comme dans le passage suivant (Isa. c. I, V, 25) : «J'étendrai ma main sur vous ; je vous purifierai de toute votre écume par le feu; j'ôterai tout l'étain qui est en vous (4). » — Le mot bedil dérive ici évidemment de badal (Vra), séparer, éliminer. L'étain, le plomb, et en général tous les .métaux alors connus, composaient une branche importante du commerce des Phéniciens et des Carthaginois (5).

(1) S.- G. Wilkinson, Manners and Customs ofthe ancient Egyptians, vol. 1, p. 320 (Londres, 1837).

(2) Ibid., p. 112. M. Wilkinson possède une de ces clefs égyptiennes, dont il a donné le dessin dans son ouvrage. Elle ressemble à une pince dite monseigneur ; un de ses bouts est armé de trois dents.

(3) Ferri usus post alia metalla repertus est. Isidore, Orig., xvi, 20.

(4) "V--"?? '3 ,TW??> removebo omnia stanna tua, i. e. spurias et impuras métal! i partes. Gesenius, Lex. Heb. et Chald.; Lips., 1833.

(5) Ezech. xxvii, 12. « Les Carthaginois trafiquaient avec vous , en tous ap-

S'il est vrai que les métaux doivent, comme l'or et l'argent, leurs dénominations primitives à leur aspect ou à quelque propriété physique saillante, nous établirons, contrairement à l'autorité de tous les traducteurs et archéologues, que Yopherct (rnsjJ) des Hébreux, des Phéniciens et des Égyptiens, est, non pas le plomb, mais le cuivre (1); car opheret dérive de aphar (i??)> rouge, ou terre rougeâtre (2). Or la couleur rouge n'est applicable qu'au cuivre. Le mot opheret ne saurait faire allusion à la couleur de la litharge ; car jamais les propriétés des composés métalliques, qui étaient considérés comme des produits tout particuliers, ne servaient à désigner le métal. Sans doute les anciens connaissaient le plomb, mais ce métal n'avait alors aucun nom spécial : bedil signifiait, ainsi que nous venons de l'indiquer, tantôt étain, tantôt plomb. 11 règne ici la môme confusion que chez les Romains et les Grecs, pour les mots stannum, plumbum et xa<r<iiT£poç.

Les composés métalliques, les plus anciennement connus, sont les oxydes (rouilles) de fer, de plomb, de cuivre et d'étain, obtenus, soit par la calcination, soit par la simple exposition de ces métaux à l'air. Peut-être faut-il y ajouter encore les acétates, préparés par la dissolution des métaux dans le vinaigre. Certains oxydes métalliques (rouilles) étaient depuis longtemps employés par les Égyptiens et les Phéniciens pour colorer le verre.

Les Hébreux , moins industrieux que les Égyptiens , auxquels ils empruntèrent leurs arts , avaient des mines dans le pays de Chanaan (3) ; mais on ne voit point qu'ils les aient exploitées. D'ailleurs ils ne nous ont laissé aucun détail sur les procédés dont ils se servaient pour l'extraction et l'affinage des métaux. Nous n'avons à cet égard que des mots isolés , tels que fourneau de fer (pour préparer le fer) (Snnn yo) (4), scories (nD .Dm^d) (5), four pour purifier l'argent et l'or (arrn ^03 D^D

portant toutes sortes de richesses, et remplissaient vos marchés d'argent, de fer, d'étain et de plomb. ».

(1) Exode, xv, 10. Zach. y, 8.

(2) Job, xxviii, 6. Prov. vin, 26.

(3) Deut. vin, 9. Job parle également de mines (c. xxvn). Il en est encore question Psaum. xcv, 4, et Isa. m, 1.

(4) Deut. iv, 20. I Reg. vm, 51. Jer. xi, 4.

(5) Prov. xxvi, 23. Ps. exix, 140. Isa. it 22, 25.

"Vis) (1), des cendres de borith (nna) (2) (carbonate de potasse impur).

Monnaies.

Il est impossible de dire à quelle époque remonte l'emploi des métaux, particulièrement de l'or et de l'argent, comme signes représentatifs des produits industriels, ou du prix des marchandises et des denrées. Les Égyptiens paraissent en avoir les premiers fait usage. Abraham (1900 ans avant J.-C.) ne connaissait l'or et l'argent, comme signes de la richesse, qu'après son voyage en Egypte (3). Ces métaux n'étaient pas d'abord monnayés ; ils se vendaient au poids, comme cela se pratique encore en Chine. Moyse fit peser devant tout le peuple la somme d'argent destinée à l'achat d'un terrain de sépulture (4). Les expressions, telles que or ou argent pur, très-pt^r, qu'on rencontre dans l'Écriture, font supposer que ces métaux étaient, comme ils le sont encore aujourd'hui, des espèces d'alliages dans lesquels l'or et l'argent prédominaient. Y avait:il,à cette époque reculée, quelque moyen chimique pour apprécier le titre, c'est-à-dire la quantité réelle d'or ou d'argent contenue dans ces alliages? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. Cependant il semble ressortir de différents passages de l'Écriture, que de môme qu'on employait les cendres des végétaux (borith) pour nettoyer les étoffes, on s'en servait aussi pour nettoyer l'or et l'argent, afin de leur enlever les scories, les impuretés désignées par le nom Sna, plomb. Ainsi, les cendres des végétaux (faisant le môme office que les coupelles d'os calcinés), le plomb et le feu, voilà, en effet, l'ensemble de tous les éléments de la coupellation. Et il n'çst pas impossible que les fourneaux qui servaient à purifier l'argent et l'or (anrj *]DD ms) aient été réellement des fourneaux d'essai, et les D^dsdq (purificateurs), des

(1) Ezech. xxii, 18-22. Prov. xvii, 3; xxvii, 21.

(2) Malach. m, 2. Jerem. n, 22.

(3) Genèse, xm, 2.

(4) Gen. xxm, 16.

essayeurs (1). L'emploi de ces moyens, fort défectueux sans doute , et dont les Hébreux sont redevables aux Égyptiens , remonte environ à Fan 900 avant J.-C, conséquemmentàune époque antérieure de plusieurs siècles à la fondation de Rome.

Quant à l'usage des monnaies, c'est-à-dire la fabrication des pièces métalliques portant des empreintes ou signes convenus et représentant une valeur déterminée, Hérodote en attribue la première idée aux Lydiens, sans préciser d'époque (2). Mais, comme les pièces monnayées portaient des figures d'animaux, particulièrement de vache et de taureau, qui sont des divinités égyptiennes (3), il est plus rationnel d'en attribuer l'invention et l'usage aux Égyptiens. Du reste , il existait depuis longtemps en Egypte des lois sévères contre les faux monnayeurs. Diodore de Sicile rapporte que l'on coupait les deux mains à ceux qui étaient convaincus du crime de fabrication et d'émission de fausse monnaie (4).

Une des monnaies les plus anciennes, c'est la darique perse (5), Sotpetxoç, nom qui dérive, non pas du nom propre Darius , mais

probablement du persan | \$ (darah), qui signifie roi; elle portait l'image des rois de Perse (6).

Le nom *]D3(kesef) avait, chez les Hébreux (7), la double signification d'argent monnaie et d'argent métal, exactement comme notre mot argent. Le mot grec àpyupiov (argent monnaie) diffère très-peu du mot £pyupoç (argent métal). En faudra-t-il conclure que l'argent était employé comme monnaie avant l'or?

A l'occasion des monnaies, nous devons mentionner la balance et le soufflet. La balance, qui devait jouer un si grand rôle dans la science, paraît avoir été inventée en Egypte. On la voit figurée sur tous les monuments hiéroglyphiques représentant le jugement des morts : les bonnes et les mauvaises actions de

(1) Malacli. m, 2. « II sera comme le feu du fondeur et comme le borith des purificateurs. » v. 3.— «Il sera comme un homme qui fond et purifie l'argent ; il purifiera les enfants de Lévi, et les rendra purs comme Vor et Vargent qui ont passé par le feu. »

(2) Hérodote, lib. i, 94

(3) C'est de là que vient, en latin, le nom pecun ta (pecus, bétail), pécule.

(4) Diodore, lib. i.

(5) Ezecli. h, 69; vm, 27. Nehem. vu, 71-72..

(6) Darique serait donc synonyme de souverain (sovereign). (7)Gen. uni, 13. Deut. xxm, 20. E\ode,ui, 21.

l'homme y sont pesées sous les yeux de son bon et de son mauvais génie. On voit encore la balance reproduite sur les monuments de Beni-Hasseh, comme un instrument dont se servaient les monnayeurs et les orfèvres (1).

Quant au soufflet, instrument non inoins utile que la balance, il était connu, en Egypte, déjà du temps de Thothmès III, contemporain de Moyse, à juger par les sculptures de Thèbes qui portent le nom de ce roi. Le soufflet représenté sur ces sculptures est d'une forme très-remarquable : il se compose dé deux sacs de cuir, fixés dans une sorte de cadre ; il est manœuvré par un ouvrier tenant à chaque main une corde 'attachée aux sacs, qui se remplissent et se vident alternativement par un mouvement exécuté avec le pied et avec la main (2).

Étoffes.

Les peaux et les feuilles composaient les premiers vêtements de l'homme. Bientôt on songea à utiliser la laine et les poils; on trouva le moyen de les lier, à l'aide d'une matière glutineuse, pour en former des vêtements aussi chauds, aussi solides et plus souples que les cuirs et les fourrures grossières. Les premières étoffes étaient des espèces de feutres, dont les anciens faisaient un grand usage (3).

La toile de l'araignée, l'observation attentive de l'arrangement des fibres des couches* corticales ou des ramifications du pétiole dans le limbe des feuilles, voilà ce qui a probablement fourni la première idée de l'art de tisser la soie des chrysalides, les fibres du lin et du chanvre. Quoi qu'il en soit, l'origine de cet art remonte aux temps mythologiques. Une chose digne de remarque, c'est que, d'un côté, le nom de l'araignée est du genre féminin dans toutes les langues connues, et que, de l'autre, toutes les traditions sont d'accord pour attribuer à des femmes l'invention de filer et de tisser les étoffes; on sait que cette occupation appartenait, dans l'antiquité, exclu-

(1) Wilkinson, Manners, etc., vol. i, p. 222.

(2) Ibid., p. 339.

(3) Pline, Hist. nat.f vin, 73 et 74.

sivement aux femmes. Les Lydiens rapportaient l'invention des tissus à Arachné (1); les Grecs, à Minerve; les Chinois en font honneur à la femme de l'empereur Yao ; les Égyptiens, à Isis ; et les Péruviens, à Mamma-Ollea, femme de Manco-Capac, leur premier souverain.

Quoique le lin et le chanvre demandent pour la séparation de leurs fibres certaines préparations, telles que le rouissage, ce genre d'étoffe est d'une très-ancienne origine. Ainsi, en Egypte, Isis, déesse, de la nature, passait pour en avoir fait la découverte. Le genre linum, dont il existe un grand nombre d'espèces, était cultivé en Egypte de temps immémorial. Moyse (1500 ans avant J.-C.) remarque que la grêle dont le Seigneur frappa cette contrée, lors de la persécution de Pharaon, fit périr le lin; et il défend aux Hébreux de porter des tissus de lin (2).

Le byssus (v û et yia) des anciens (3) est, s'il faut en croire Y*o\\x\x(Onomasticon>\\b. vu, c. 17), Philostrate (De vita Apollonii, lib. h, c. 10) et Strabon (lib. xv, p. 1016, éd. Casaub.), .une étoffe provenant d'une espèce de noix qui croissait en Egypte; on ouvrait cette noix, pour en tirer la substance, que l'on filait et dont on faisait des vêtements. D'après cette indication, le byssus serait évidemment le coton. Les habits faits avec cette étoffe étaient réservés, en Egypte, aux personnes du plus haut rang (4).

Quoi qu'il en soit, on sait aujourd'hui, d'après des recherches microscopiques, que les tissus des anciens Égyptiens, par exemple, les enveloppes des momies, que l'on croyait être de coton, sont, pour la plupart, des tissus de lin (5).

(1) Pline, Bist. nat., vu, 57. Ovide, Metam., lib* vi, 1-2.

(2) Deutéronome, xxn, 11.

(3) Genèse, xli, 42.

(4) Pline, Hist.nat., lib. xix.

(5) Le coton, vu au microscope, présente des fibres aplaties, contournées, ridées , de 1 à 2 centièmes de millimètre de diamètre ; tandis que le lin présente des filaments cylindriques , droits, lisses , entremêlés d'autres filaments plus gros, à nœuds, ayant l'aspect de petits bambous.

§6- Blanchiment.

Les anciens savaient que les cendres des végétaux communiquaient à l'eau la propriété de nettoyer les étoffes , et ils ne tardèrent pas sans doute à découvrir que l'eau, en filtrant à travers des couches de cendres, se charge d'un sel particulier qui reste, après Pévaporation de l'eau, au fond du vase (i).

La lixiviation ou le lessivage est donc une opération fort ancienne. Les archéologues se sont donné une peine inutile pour savoir quelle est la plante dont il est parlé dans l'Écriture sous le nom de borith, et dont les cendres servaient à nettoyer les étoffes. Toutes les plantes donnent, par l'incinération et la lixiviation, des sels (carbonates) alcalins propres au blanchiment. On lavait les vêtements dans des espèces de fosses qui servaient de cuves ou de chaudières de lavage (2).

Jérémie , qui écrivait vers le huitième siècle avant notre ère, dit (c. il, v. 22) : «Quand vous vous laveriez avec du nitre (iru) (neter) et que vous vous nettoieriez avec du borith, vous demeurerez toujours souillés. »

Nous avons déjà fait voir que le borith était tantôt la cendre, tantôt seulement le sel végétal (carbonate de potasse impur) qu'on en retire. Maintenant, qu'était le ina (neter), que l'on traduit généralement par nitre? En consultant l'origine du mot on voit qu'il dérive de "TO (natar), faire effervescence. Le neter est donc une substance effervescente. Salomon dit que les cantiques que l'on chante devant le méchant sont comme le vinaigre sur du neter (iriJ bv Y?n) (3). Le nairon (vaxpov) des Grecs a, sans contredit, la môme étymologie que le neter des Hébreux et des Égyptiens. Ce sel se trouve encore aujourd'hui dans certains lacs de l'Orient; c'est une espèce de carbonate de soude, qui fait , en effet, comme tout carbonate, effervescence avec le vinaigre ainsi qu'avec tous les acides , et qui sert aux

(t) C'est ce qui lui a valu plus tard le nom de pott-asche (cendre ou résidu du pot ), d'où Pou a fait, par corruption, potasse.

(2) Job, ix, 30. Homère, Odyss., \i, 92 ((roîêov èv poOpoidi).

(3) Prov. xxv, 19.

mômes usages que le borith, employé, comme nous venons de le montrer, pour blanchir les étoffes. Tout concourt à prouver que le nitre n'était point primitivement ce que nous appelons aujourd'hui nitre ou salpêtre (nitrate de potasse), et que le neter (iru) ou le natron des anciens était une espèce de carbonate de soude, ayant les mêmes propriétés que le borith. Neter, natron, nitre, signifient donc originairement une substance effervescente, de même que nous avons vu vin et vinaigre signifier produits de fermentation.

§7- Teinture.

Dans l'origine, les couleurs que Ton appliquait sur les tissus étaient probablement toutes tirées du règne organique ; et comme on ne connaissait pas encore l'emploi des mordants, ou que ceux qui en avaient connaissance en faisaient un grand secret, les couleurs devaient bientôt s'effacer ou s'altérer par l'action de l'air et du lavage.

Dans l'enfance delà civilisation, on aimait, à l'exemple des sauvages, le contraste des couleurs les plus vives, et principalement le rouge et l'écarlate (1 ). 11 est parlé dans le livre de Job, comme d 'une chose merveilleuse, de la vivacité des couleurs qui distinguaient les étoffes apportées de l'Inde (2). On lit dans la Genèse que l'on attacha un fil d'écarlate au bras d'un des enfants de Thamar (3). Moyse fait mention d'étoffes teintes en rouge hyacinthe (nb:>n), en pourpre (içritf , Septante, iropcpupa) et en écarlate (nySin, color coccineus, kermès). Il parle aussi de peaux de mouton, teintes en jaune (din) (4) et en violet (?) (unn ) (5).

(1) Pourquoi les sauvages aiment-ils tant (comme les peuples anciens) le contraste des couleurs les plus désagréables à l'œil d'un homme civilisé , et pourquoi leurs chants sont-ils tous en mineur, ton de la tristesse? C'est une question que nous ne posons qu'incidemment.

(2) Job, xxtiii, 16.

(3) Gen. xxxvm, 27.

(4) Cette couleur jaune (adom, DTK) paraît être d'origine minérale; car

adom dérive de adamah (na*Tî*), terre (jaune d'ocre).

(5) tt/nn est une expression sur le sens exact de laquelle on n'est pas d'accord. Exode, xxv , 4r et 5 .

Les Phéniciens, et particulièrement les habitants de Tyr et de Sidon, étaient, de toute antiquité, renommés dans Vart de la teinture, et surtout dans la préparation de la couleur pourpre. On connaît la fable de ce chien de berger qui, ayant brisé, sur le bord de la mer, un certain coquillage , eut la gueule teinte d'une belle couleur, et qui mit ainsi, selon la tradition, sur la trace de la découverte de la teinture en pourpre (1). L'époque de cette découverte parait remonter à plus de 4500 ans avant J.-C. On sait que les vêtements de pourpre étaient fort estimés, et faisaient l'ornement des princes et des riches. Les héros d'Homère portent des ornements en pourpre. CEnée donna à Bellérophon un baudrier brillant de pourpre (ÇwdTrjpa cpo(vixi<paeivov) (2).

Quoique les anciens nous aient laissé fort peu de détails sur l'art du teinturier, nous sommes cependant autorisés à croire qu'ils n'ignoraient pas l'usage des mordants. Suivant Pline, ils employaient l'urine de l'homme ou le sel (salem necessarium, sel marin impur), soit pour changer la nuance de la couleur, soit pour la rendre plus stable (3). Ce môme auteur nous apprend que les anciens avaient différentes espèces de pourpre; qu'il y en avait de couleur améthyste, de couleur violette (violacea purpura). Plutarque parle même d'une nuance blanche (4). Celle de Tyr, qui était la plus estimée, avait l'aspect du sang caillé (5). C'est pourquoi Homère donne au sang Pépithète de purpurin (6).

Le passage suivant de Pline est peut-être le seul document (mutilé par les copistes et les traducteurs) qui nous reste sur la teinture des Égyptiens (7) : « En Egypte , on teint les vêtements par un procédé fort singulier. D'abord on les nettoie, puis on les enduit, non pas de couleurs , mais de plusieurs substances propres à absorber la couleur (illinentes non coloribus , sed colorem absorbentibus medicamenlis). Ces substances n'apparaissent pas d'abord sur les étoffes ; mais, en plongeant celles-ci dans la chaudière de teinture, on les retire, un instant après, entièrement

(1) Cassiodore, lib. î, ep. 6. Palœphate, Chron. Paschal., p. 43. Pline, Hist. nat., lib. ix, 36-41.

(2) Iliade, vi, v. 219.

(3) Pline, Hist. nat.t lib. îx, 38 et 39.

(4) Plut., Vie d'Alexandre.

(5) In colore sanguinis concreti. Pline, lib. îv, c. 38.

(6) Aï{/.a 7cop?upeov (Iliade, xvn, 36.1). C'est ce que Virgile a rendu parpwrpurea anima (Purpuream vomit illeanimam).

(7) Pline, Hist. nat., lib. xxxv, cil.

teintes. Et ce qu'il y a de plus admirable, c'est que, bien que la chaudière ne contienne qu'une seule matière colorante, l'étoffe qu'on y avait plongée se trouve tout d'un coup teinte de couleurs différentes, suivant la qualité des substances employées (alius atquealius color fit investi, accipientis medicamenti gitalitate mutatus). Et ces couleurs, non-seulement ne peuvent plus être enlevées par le lavage, mais les tissus ainsi teints sont devenus plus solides. »

Il résulte de ce passage que les Égyptiens connaissaient plusieurs mordants, doués de la propriété de communiquer à la même substance colorante des teintes différentes. Ils connaissaient donc probablement et^savaient utiliser l'action que les alcalis, les acides et certains sels métalliques exercent m sur les matières tinctoriales. Du reste, Pline ne dit pas si ces couleurs étaient fixées sur la laine ou sur le lin.

Cependant il paraîtrait que certaines couleurs, comme i'écarlate, n'étaient pas très-solidement fixées après une première immersion dans le bain ; car il fallait les appliquer une seconde fois. Ces étoffes étaient appelées dibaphes. c'est-à-dire, teintes deux fois; il en est souvent question dans l'Écriture (*jtf nySin, deux fois écarlate) (i) et chez les auteurs grecs et latins (2).

Écriture* — Encre. »

Les principaux actes de la vie étaient primitivement gravés sur des pierres. Les Babyloniens avaient écrit leurs premières observations astronomiques sur des briques (3). On employait aussi à cet effet des lames de cuivre ou d'airain, des écorces d'arbre, des tablettes de bois, etc. (4). Les livres sacrés des Hébreux étaient, suivant Flavius Josèphe, gravés sur de l'or (5). On traçait les caractères avec un stylet de fer pointu sur des tables

(1) 2 Parai, u, 6;xm,3.

(2) Nec qttœ bis Tyrio murice tincta rubra (Ovid. de Arte amandi , lib. m). Quod bis murice vellus inquinatum (Martial, lib. iv, epig. 4).

(3) Pline, Hist.Nat. vu.

(4) Isâï, xxx, v. 8. Pline, lib. xxxiv. Tacite, Annal, lib. iv, n. 43. Horace, Ars poet. v. 399. A. Gell. Noct. ait, lib. u, c. 12.

(b)Antiq. Judaic. xn, 2, il.

enduites de cire; ce stylet était aplati à l'extrémité pour effacer ce que Ton avait écrit. De là l'expression si connue de stylum vertere, tourner le stylet, c'est-à-dire corriger ou effacer.

L'usage de l'encre est fort ancien. Il en est déjà fait mention dans le Pentateuque, sous le nom de in (deyo) (i). Le principal ingrédient était le noir de fumée ; c'était donc une espèce d'encre de Chine (2). Autant on aimait, dans la teinture, les couleurs vives, autant on préférait, dans l'écriture, les couleurs sombres, et particulièrement la couleur noire. Cependant on se servait aussi quelquefois des l'encre colorée (3), que l'on appliquait, ainsi que l'encre noiro* avec des pinceaux. La fabrication de l'encre, au moyen du vitriol vert (sulfate de fer) et de Pécorce de chêpe (acide tannique), fabrication qui donne notre encre ordinaire, est d'une origine plus récente : elle ne remonte pas au-delà de trois à quatre cents ans avant l'ère chrétienne.

Pierres précieuses.

L'éclat et la coloration des pierres précieuses attirent le regard du sauvage comme celui de l'homme civilisé. Aussi l'emploi des pierres précieuses comme ornement remonte-t-il aux temps primitifs. Mais n'oublions pas que l'on comprenait, sous la dénomination«générale de pierres précieuses, les substances les plus variées d'origine et de composition.

On lit dans la Genèse (c. u, v. 42) qu'une des branches du fleuve qui sortait du Paradis terrestre arrosait la terre d'Hévilah : « C'est là que se trouve l'or, le bdellion et la pierre d'onyx (4). » Le bdellion ou bedolakh (rMa) qui, d'après un passage des Nombres ( c. xï, v. 7), avait l'aspect de la manne d'Arabie, n'est probablement que le succin ou ambre jaune, quoi qu'en disent Bbchart (5) et les interprètes rabbiniques, qui le regardent plutôt comme une espèce de perle qu'on péchait dans le golfe Per-

(1) Nombres, v, 23. Jer. xxxvi, 18.

(2) Pline, xxxiii, 40.

(3)€ic, deNatura deor.f u, 20. Pers., m, 11.

(4) nbia oron jaxi

(5) Hieroz. il, 674-683.

sique. Quant au choham (antë), que Ton traduit par onyx ou sardonyx, nous n'osons hasarder aucune conjecture, d'autant moins que Ton ne sait pas même à quelle espèce il faut rapporter Yonyx ou le sardonyx des anciens. C'est sur le choham de Téphod du grand prêtre qu'étaient gravés les noms des douze tribus d'Israël.

Nous n'avons aucun renseignement précis sur les pierres précieuses des anciens, ni sur les procédés qu'ils employaient pour les travailler. La description qu'en font les auteurs est loin de se rapporter toujours aux substances connues aujourd'hui sous les mêmes noms (1). Ainsi, l'dtoapaç d'Homère n'est certainement pas notre diamant ; et le smaragdus, dont on faisait des colonnes, ne saurait être notre émeraude : c'était , selon toute apparence, le malachite (espèce de minerai de cuivre ), ou un verre coloré. Une remarque sur laquelle nous insisterons, c'est qu'une simple modification des propriétés physiques, un simple changement de couleur suffisait alors pour faire donner à une même substance plusieurs noms différents. Voilà sans doute une des principales causes de la grande confusion des termes anciens avec les termes nouveaux.

La fabrication de la faïence, des briques et des tuiles remonte aux temps les plus reculés. Les ruines de Babylone et de Thèbes sont là pour l'attester.

Les briques crues ou simplement séchées au soleil formaient en Egypte les principaux matériaux de construction. L'exploitation de la terre glaise occupait des bras nombreux. Les Juifs et les captifs avaient été employés à la construction de beaucoup de monuments, particulièrement des pyramides qui sont en calcaire nummulite (pierre lenticulaire) (2).

Venre. — Pierres précieuses artificielles.

Les principaux éléments du verre, la silice (sable, quartz); et les carbonates de potasse et de soude, étant connus de toute anti-

(1) Cette remarque ne s'applique pas seulement aux substances minérales. Beaucoup d'espèces végétales, désignées par des noms anciens, n'ont aucun rapport avec les plantes qui portent les mêmes noms chez Dioscoride, Tliéophraste, Pline et Galien.

(2) Wilkinson, Manners, vol. u, p. 96.

quité, on comprend que l'origine du verre doit être fort ancienne. Il est inutile de rappeler le conte de Pline sur la découverte fortuite du verre que firent des marchands sur les côtes de la Phénicie.

Les Égyptiens connaissaient sans doute depuis longtemps l'action vitrifiante des sels alcalins chauffés en contact avec de la silice : ils devaient la remarquer chaque fois qu'ils préparaient, dans des fosses creusées dans le sable, les cendres, plus tard désignées sous le nom de cendres d'Alexandrie. On fabriquait du verre à Thèbes et à Memphis dans le temple de Phtha, probablement bien avant que les Phéniciens eussent établi des verreries àSidon(i).

Laprésence de quelque oxyde métallique dans le carbonate alcalin, produisant un verre coloré, devait de bonne heure éveiller l'attention du verrier et donner lieu à la fabrication des pierres précieuses artificielles. Aussi cette fabrication est-elle aussi ancienne, sinon plus ancienne que celle du verre incolore; car les éléments du verre, tels qu'on les rencontre dans la nature, sont presque constamment mêlés d'oxydes métalliques.

Au rapport des historiens, les Égyptiens fabriquaient de temps imtaémorial des objets de verre incolores, ou colorés en rouge, en vert, en bleu, en violet, etc., imitant le rubis, l'émeraude, le saphir, l'hyacinthe, etc.

La fabrication du verre coloré est presque aussi ancienne que celle du verre blanc. Cela s'explique. Du vert-de-gris, de la rouille de fer ou quelque autre oxyde métallique aura pu d'abord accidentellement colorer la pâte vitreuse. Des débris de verre coloré, opaque ou transparent, imitant le saphir, l'énieraude, l'améthyste, ne sont pas rares dans les tombeaux d'Egypte. Les pierres bleues, figurant des scarabées, des perles, etc., nous paraissent avoir été obtenues par la fusion d'une masse vitreuse opaque avec l'oxyde de cobalt. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce ne sont pas des pierres naturelles. La coloration du verre ne se bor-

(1) Les peintures de Beni-Hassen, qui remontent à Osirtasen I et ses successeurs (1700 ans avant J. C. ), représentent des ouvriers occupés à souffler du verre. On y voit des tuyaux de souffleurs, le feu qui chauffe la masse vitreuse , et des vases en voie de formation. Ces vases sont colorés en vert. Citait donc du verre de soude que l'on fabriquait en Egypte. Le capitaine Henvey a trouvé dans les tombeaux de Thèbes un vase rond, enduit d'un vernis transparent, vitreux, qui porte le cartouche d'un roi du 15e siècle avant J.-C. (Wilfcinson , Manncr*, etc., vol. u, p. 39).

naît pas seulement à la surface, elle pénétrait toute la masse.

Les villes deThèbes et deMemphis étaient renommées pour les ouvrages en verre coloré qui sortaient de leurs fabriques , et qui s'exportaient au loin par l'intermédiaire des Phéniciens et des Carthaginois (1). C'était alors une branche importante du commerce qui se faisait par la mer Rouge.

« J'ai souvent trouvé, dit M. Rozière, dans les ruines des anciennes villes de la Thébaïde, parmi les fragments de verre coloré dont elles abondent, quelques morceaux teints de diverses couleurs. Quelques-uns, offrant dans une de leurs parties de belles nuances de pourpre, étaient, je crois, des débris de cet ancien murrhin artificiel (2). » — Dans les hypogées, on trouve des métaux ouvrés, des peintures dont les couleurs sont dues à des oxydes métalliques, des frittes, des verres, des émaux, colorés par ces mêmes oxydes (3).

Ce que Pline, Hérodote et Théophraste nous rapportent des statues, des colonnes et même des obélisques en émeraude de l'Egypte et de la Phénicie, ne saurait s'appliquer qu'à des masses vitreuses, colorées par un oxyde métallique.

Nous reviendrons plus bas, à l'occasion des "vases murrhins, sur la coloration du verre par les oxydes métalliques.

§ IL Embaumement.

Les croyances religieuses produisirent l'art d'embaumer les morts, ainsi que tous les perfectionnements apportés à cet art. La religion se lie donc ici au progrès de la science.

Il y eut, en Egypte, des prêtres particulièrement chargés du soin de préparer les corps et de les embaumer. Ces prêtres portaient le nom de rephim (0>8S1 ), nom qui signifie littéralement faiseurs de sutures ou de bandelettes, et que l'on a inexactement traduit par médecins.

(1) Les vases qu'un prêtre d'Egypte offrit à l'empereur Adrien étaient si estimés que Ton ne s'en servait que dans les occasions solennelles. (Vopiscus , in Vita Saturnini, c. 8.)

(2) Description de l'Egypte pendant l'expédition française (édit. Panckonckxî, 1820), t. vi, p. 249.

(3) Ibidem.

S'il est vrai que les momies les plus anciennes remontent à deux ou trois mille ans avant l'ère chrétienne, on pourra se faire une idée de l'antiquité de l'art de l'embaumement en usage chez les Égyptiens. Malheureusement nous n'avons aucune donnée certaine sur les procédés employés pour conserver les corps humains ou les corps d'animaux, tels que les crocodiles, les ibis, etc., dont on peut voir un nombre considérable dans divers musées d'Europe.

Hérodote et Moyse nous fournissent à ce sujet les plus anciens documents authentiques. Le législateur juif, qui aurait été à même de nous donner là-dessus des détails précieux, se borne à nous apprendre que Joseph fit embaumer ( tsjn , assaisonner d'épices) le corps de son père, et que cette cérémonie dura quarante jours; puis il ajoute que c'était la coutume d'employer ce temps pour embaumer les corps morts (1).

Quant à Hérodote, qui vivait plus de mille ans après Moyse, il nous a laissé sur ce sujet les détails suivants (2) :

« Ils (les embaumeurs) commencent par se servir d'un fer recourbé, pour retirer par les narines toute la moelle (cervelle), qu'ils font sortir entièrement, soit par ce moyen, soit en y ver-, sant quelques drogues (çap^axa ) pour la faire couler. Puis ils fendent, avec une pierre d'Ethiopie très-aiguë, le ventre vers la région iléaque, et retirent par cette ouverture la totalité des intestins. Ils nettoient soigneusement la cavité abdominale, la lavent avec du vin de palmier (oTvw «poivtxYjiw), et l'essuient avec des aromates (Ou^aadt) piles; ils la remplissent ensuite entièrementde myrrhe très-pure broyée, decasie (xadi'y)?) (cannelle?), et de toutes sortes d'essences, à l'exception cependant de l'encens, et ils recousent la peau par derrière (<rup£airrouct orcfeto). Cela fait, ils embaument le corps dans une saumure de natron (Totpi^euou<yt virpw) (3), dont ils le tiennent recouvert entièrement pendant soixante-dix jours : il n'est pas permis de l'y laisser plus longtemps. Quand les soixante-dix jours sont écoulés, ils le lavent de nouveau, et l'enveloppent complètement de toile de byssus découpée en bandelettes, trempées dans une espèce de gomme (xo'fxfju), dont les Égyptiens se servent

(1) Genèse , l, 2 et 3.

(2) Lib. h, c. lxxxvi et iaxxvii.

(3) Schweighœuser ne nous semble avoir eu aucun motif plausible pour adopter la variante >a'xpw; d'autant moins que la plupart des mss. donnent vîrpp.

habituellement au lieu de colle. Les parents viennent alors recevoir le corps, et font faire une caisse en bois, dessinant la taille de l'homme, etc. Telle est la manière la plus somptueuse d'embaumer les morts.

« Pour ceux qui se contentent d'un procédé plus simple, et qui veulent éviter les dépenses, l'embaumement se fait ainsi : on remplit l'intérieur du ventre du mort avec des injections d'huile de cèdre (xXuffTvipaç 7cX^(hovtoii xoZ itzo xsSpou- àXeicparoç) (1), sans l'ouvrir et sans en extraire les intestins; on se borne à introduire ces injections par l'anus, en prenant soin seulement qu'elles ne ressortent pas par la même voie. Après cette première opération, on laisse le corps dans une saumure de natron pendant le nombre de jours indiqué. A l'expiration de ce terme, on fait sortir l'huile de cèdre qui a été introduite dans le ventre ; et son action est telle, qu'elle entraîne tous les intestins *et viscères, qu'elle a ramollis et dissous complètement. Quant au natron, il a consumé les chairs, de manière qu'il n'existe plus que la peau et les os.

u La troisième méthode est employée par ceux qui ont peu de moyens. On se borne à purifier par des drogues communes l'intérieur du ventre, et à dessécher le corps pendant les soixantedix jours d'usage, pour le rendre ensuite à ceux qui l'ont* apporté. »

Ces renseignements diffèrent un peu de ceux que nous a transmis Diodore de Sicile. « Réunis autour du corps, l'un des embaumeurs introduit, par l'ouverture de l'incision, la main dans l'intérieur du corps ; il en extrait tout ce qui s'y trouve , à l'exception des reins et du cœur. Un autre nettoie les viscères, en les lavant avec du vin de palmier et des essences. Enfin, pendant plus de trente jours, ils traitent ce corps , d'abord par de l'huile de cèdre et d'autres matières semblables , puis par la myrrhe, le cinnamomum et autres essences odoriférantes, propres à la conservation. Ils gardent ainsi le cadavre dans un état d'intégrité si parfait que les sourcils et les cils restent intacts, et que l'aspect du corps est si peu changé qu'il est facile de reconnaître la figure de la personne (2) » .

(1) Voilà donc le procédé d'embaumement par injection pratiqué il y a au moins trois mille ans !

(2) Diodore de Sicile, I, 91 (t. i, p. 105 , de la 2e édit. de notre traduction).

Quelques archéologues prétendent que les Égyptiens n'ont jamais employé les procédés d'embaumement décrits par Hérodote et Diodore. Mais les raisons qu'ils en donnent n'ont aucun fondement. Au reste, tant que les érudits, particulièrement ceux qui s'occupent d'archéologie égyptienne et d'interprétations hiéroglyphiques, ne se seront pas familiarisés avec l'histoire des sciences, ils continueront à n'émettre que d'injustifiables hypothèses.

Si les détails que nous ont laissés ici les anciens sont en partie inexacts, comme cela est probable, ils ne se sont certainement pas trompés dans l'indication des substances qui pouvaient servir à l'embaumement. Car ces substances étaient du genre de celles que nous employons encore aujourd'hui dans le même but : c'étaient des snbstances aromatiques, des huiles essentielles, quelles qu'en fussent les espèces; c'étaient des saumures (natron ) semblables à celles dans lesquelles nous conservons les olives, les poissons, etc.

Si l'huile de cèdre dont parlent Hérodote et Diodore, est notre essence de térébenthine, il faut admettre que la distillation, cette opération si importante pour la chimie, était connue depuis fort longtemps en Egypte. Ce fait, s'il était bien constaté,, serait bien précieux pour l'histoire delà chimie.

On a beaucoup admiré l'art égyptien de l'embaumement d'après les monuments qui nous restent, et on en est venu à se demander si les anciens ne possédaient pas des secrets dont la connaissance ne nous est pas parvenue. Mais dans les .conjectures émises à cet égard on n'a pas tenu suffisamment compte du climat, de l'état atmosphérique, en un mot, des circonstances environnantes. Et c'était surtout là qu'il fallait chercher le grand secret de l'art égyptien. Ne rencontre-t-on pas souvent dans les déserts d'Afrique des momies d'hommes et d'animaux uniquement préparées par le soleil et les sables brûlants, et qui, dans un état complet de dessiccation , se sont conservées pendant des siècles? Si les embaumeurs anciens avaient pratiqué leur art sur les bords de la Seine ou de la Tamise, nous ne verrions probablement pas beaucoup de momies égyptiennes dans nos musées.

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