OT...I
Monnaie de Décius. Poids : 3gr,,768.
Analyse faite sur 3,758.
Composition : Argent 1,490
Cuivre 2,213
Étain. |
Vers les derniers temps de l'empire romain, le trésor manquait souvent d'argent pour payer la solde d'une nombreuse armée (2). Dans cet état de détresse, Galien et ses successeurs eurent recours à un moyen extrême, en faisant, par une refonte
(1) La plupart de ces monnaies romaines proviennent des fouilles faites à Famars ( Fanum Martis), village situé à une lieue de Valenciennes. Voy. Annales de chimie, t. xxxn (année 1826), p. 320. Ces analyses s'accordent sensiblement avec celles faites par Klaproth et consignées dans les anciennes Annales de chimie, t. lxxxi, p. 82.
(2) La paye journalière d'un soldat était de dix as ou d'un numtnus denarius, qui devait, d'après la loi, contenir soixante grains d'argent.
générale, reiirer l'argent contenu dans les monnaies. A la place de celles-ci, ils firent frapper des monnaies de bronze ou de , cuivre étamé , simulant les monnaies d'argent. Tout en recueillant le profit de cette opération frauduleuse, les empereurs avaient ordonné de ne faire percevoir les revenus du trésor qu'en monnaies d'or, qu'ils s'étaient bien gardés d'altérer.
Dix de ces fausses pièces de bronze étamé, à l'effigie de Galien, pesant 232 gr., ont donné (1) :
Cuivre 221,25
Aigent 1,25
Élain 9
La quantité d'argent qui s'y trouve est accidentelle, et probablement due à l'imperfection du procédé mis en usage pour extraire ce métal. La présence de l'étain dans les monnaies du troisième siècle suppose l'emploi du bronze (œs statuariuw)} ou du cuivre provenant d'ancienne vaisselle (œs celadrium,® ollarium). C'est ainsi qu'on a vu, pendant la révolution française, frapper des monnaies avec du métal de cloche.
Cependant, dans toute l'étendue de l'empire romain, les monnaies de plomb et d'étain étaient, comme fausses, exclues delà circulation; il y avait défense expresse d'en émettre , comme nous l'apprend la loi 9, parag. 2 du livre 8 du Digeste, titr. 10, où il est fait mention de la loi Cornelia, établie contre les faussaires : Eadem lege exprimitur, ne quis nummos sianneos emere, vendcre dolo malo velit.
La plupart des médailles antiques des Grecs et des Romains, de même que celles des premiers rois de France et des empereurs d'Allemagne, étaient fabriquées avec de l'argent ou de l'or aussi pur que les procédés alors usités pouvaient le permettre (2)« Les tributs dont les consuls et les premiers empereurs romains frappaient les nations vaincues s'effectuaient en monnaies d'argent (3), tandis que plus tard les impôts devaient être payés en
(1) Kiaproth, Annales de chimie, lxxxi.
(2) Savot (citant Bodin ) dit que, par un essai qui fut faiUde son temps à Paris, on trouva que les médailles d'or de Vespasien étaient à si haut titre que les orfèvres et le président de la cour des monnaies n'y trouvaient qu'une 788e partie d'empirance. (Métallurgie des anciens, chap. vi.)
(3) Pline, xxxm, 15. Sed prœter alia equidem miror populum romanum victis gentibus in tributo semper argentum im péri tasse, non aurum.
'. De là les expressions aurum publicum, aurum coronarium, a. strate, a. ylebale, etc.
A une époque plus récente, Charlemagne et ses successeurs raient soin d'ordonner (comme le montre le texte des Caitulaires) que les monnaies, et surtout celles destinées à soler l'impôt, fussent pures et de bon poids : denariï ex omnibus lonelis meri ac bene pensantes.
L'altération des monnaies fut de tout temps un crime assez épandu : les souverains eux-mêmes en avaient donné l'exemple.
Cependant, comme dit le proverbe, à quelque chose malheur îstbon. C'est à la fabrication des fausses monnaies que nous devons l'art de l'essayeur. Pline l'affirme en ces termes :
« Les uns, dil-il, altèrent les monnaies en y ajoutant du cuinre,les autres font une soustraction du poids légalement établi, îtqui est tel que 84 deniers pèsent exactement une livre. C'est pourquoi on institua par une loi Vart d'essayer les monnaies (ars ienarios probandi). Cette loi était si agréable au peuple, qu'on éleva à Marius Gratidiaqus, qui l'avait fait porter, des statues massives dans toutes les rues de Rome. C'est une merveille de voir que, dans cet art des faux monnayeurs, le vice seul demande une étude (mirumque, in hue artium sola vitia discuntur) ; une pièce fausse est conservée comme un modèle, et s'achète au prix de plusieurs pièces de bon aloi (1). »
On voit, par ce passage de Pline, que les fausses monnaies consistaient principalement dans l'altération ou l'abaissement du titre. Il existait aussi de fausses monnaies par la substitution de l'étain ou d'un alliage de plomb et d'étain à l'argent. On a même rencontré des monnaies fourrées, remontantau temps des premiers empereurs romains; ce sont des monnaies de fer ou de cuivre recouvertes de minces lames d'argent. Cependant beaucoup de ces monnaies, qu'on a regardées comme fourrées, sont faites avec des alliages très-peu homogènes; ce qui arrive toujours lorsque le titre est trop bas, et que le cuivre y entre dans des proportions trop fortes par rapport à l'argent. L'histoire nous apprend qu'Antoine, Caracalla, Héliogabale et Alexandre Sévère
(1) Pline, Hist. nat., xxxiii. 46. — Les anciens savaient non-seulement reconnaître la pureté de l'argent ou de l'or par la pierre de touche, par 1<» son ou 'odorat, comme le paraît insinuer l'auteur (M. Mongez) des Mémoires sur 'art du monnayage chez les anciens, etc. ; mais ils faisaient déjà, comme nous enons de le voir, usage de la coupellation.
ne se sont pas l'ait scrupule d'altérer ainsi le titre des monnaies. Ce dernier, atteint de quelque remords de conscience, s'appliqua, vers la fin de son règne, à rétablir l'ancien titre, en faisant refondre toutes les monnaies. C'est ce qui lui valut le surnom de restitutor monetœ , ce qui montre combien l'altération était poussée loin. Il y a des épithètes qui valent des pages entières de l'histoire.
Nous avons fait voir que la coupellation était bien connue des anciens. Tous les essais des monnaies se faisaient donc par ce procédé.
Ln sujet de surprise, c'est que, dit Pline, pour purifier l'argent, il faille le calciner (coquere) avec du plomb (i).
On lit, dans la loi Lucia , qu'il y avait des essayeurs (artifices), spécialement chargés d'analyser les monnaies et d'en séparer les matières d'alliage (2).
Le moyen dont on se servait pour obtenir le départ de l'or et de l'argent consistait, comme nousl'a\ons dit, dans un mélange de substances analogue au cément royal. On employait également letain, qui était quelquefois confondu avec l'antimoine (3).
Les Romains ne se dissimulaient pas combien ces moyens étaient imparfaits, et combien il était difficile d'enlever à l'or les dernières traces d'argent. C'est du moins ce qui ressort (Ton passage curieux des Institutes, dans lequel l'alliage d'or et d'argent est comparé à un mélange de vin et de miel. « De même que le vin et le miel, y est-il dit, donnent naissance aune espèce d'émulsion (mulsum , ainsi l'or et l'argent, fondus ensemble, donnent un alliage appelé elccfrumy dont il est également difficile de séparer les éléments (-i). »
L'obryse ou Vob russe (5, était, comme nous l'avons vu, employée, ainsi que l'amalgamation, pour purifier l'or.
([) Pline, ffixt. nat., \\\ni, 19
V Tit. i, 41 îles Digestes. — Cimi dtrerca» maleriae ses atque argentan $» ah artificibus «eparari et in prislinam materiam reduci solet.
'tf L. Satol, Disc, sur tes médailles antiques, cli. vi. — Voy. p. 109.
(4 Lib. il, /ns/i/., lit. i. parai*. >7. — L. 7 du 4ie des Digestes, tit I, * acquirenJo rerum dominio, § s.
*9Cod. Theod., tit. de Pnn'lwthiK : Din multiimqne flaram» examine in m otiiy/a detineatnr, qaemarimndum pur» videatur.
PREMIÈRE ÉPOQUB. 127
Propriétés des métaux. — Composés et préparations métalliques.
Or. — Ce métal devait son prix à son inaltérabilité et à sa stabilité au feu. C'est ce qui lui valut plus tard le nom de roi des métaux. Voici comment Pline nous trace en deux mots l'histoire de l'or (1) : o L'or existe parfait dans la nature, pendant que les autres métaux ne se perfectionnent que par le feu. En outre, il n'est pas sujet à se rouiller, ni à changer de poids ou de qualité. Il résiste à l'action des sucs acides, qui attaquent toutes les autres substances (succos aceti domitores rerum). De plus, il se laisse filer comme de la laine. On fait des tissus d'or pur. J'ai vu moimême l'impératrice Agrippine, femme de Claude, assister, à côté de son mari, au spectacle d'un combat naval; elle était vêtue d'un manteau tissé de purs fils d'or. »
Il faut que le luxe des Romains et leur goût pour les objets d'or aient été poussés bien loin ; car Pline rapporte, avec indignation, que Marc-Antoine, le triumvir, s'était servi de vases d'or pour les besoins et les usages les plus dégoûtants ; luxe, ajoutet-il, à faire rougir Cléopâtre môme (2).
«Nulle substance, dit Pline, en poursuivant son récit, n'est plus malléable que l'or (3) : une once d'or se laisse étendre en plus de sept cent cinquante lames minces (bracteas), de quatre doigts de long et d'autant de large. Les plus épaisses de ces feuilles s'appellent aujourd'hui feuilles de Préneste. On applique l'or sur le marbre, au moyen du blanc d'œuf (candido ovï). La véritable méthode de dorer le cuivre consiste dans l'emploi du vif-argent (œs inaurari argento vivo). A cet effet, on décape d'abord parfaitement le cuivre, en le chauffant, et en l'éteignant dans un mélange de sel, de vinaigre et d'alun. On lui applique ensuite les feuilles d'or, amalgamées avec du vif-argent , et Mêlées de poudre de pierre ponce et d'alun. »
(1) Hist. nat., xxxm, 19.
(2) Ibid. xxxm, 14. Aureis usum in omnibus obscenis desideriis, pudendo ^imine, etiam Cleopatrx.
(3) Ibid 19. Il cite comme exemple les feuilles d'or de Préneste. Cependant on «u plus loin il dit que le plomb est plus malléable que l'or.
Voici un passage du môme auteur, souvent cité par les alchimistes : «Indépendamment de Por natif, il y a un moyen unique le faire de Por, c'est avec de l'orpiment (auripigmentum), qui serten peinture et que l'on trouve en Syrie, à fleur de terre. II est ie couleur d'or, mais fragile comme une pierre spéculaire (1). iïn prince très-avide de richesses, Caligula, séduit par Pespoir ie se procurer de Por, fit calciner une énorme quantité d'orpiment. Mais la quantité d'or qu'il obtint ainsi était si minime, qu'il y avait perte plutôt que gain; et personne ne fut depuis tenté de recommencer l'expérience (2). »
Les chercheurs de la pierre philosophale n'ont pourtant guère profité de cette leçon de Caligula; car nous verrons par la suite que l'orpiment (minerai d'arsenic) jouait un rôle important dans leurs opérations.
Argent.
Laissons encore parler Pline, qui est ici notre principal guide " « Le minerai d'argent ne s'annonce pas, comme celui de l'orj par la couleur et l'aspect qui caractérise ce métal. Sa mine [terra) est tantôt rousse, tantôt couleur de cendres. On ne peut griller cette mine qu'avec du plomb ou avec une mine de plomb appelée galène, qui accompagne souvent les mines d'argent (Juxta argenti venas plerumque reperitur). Dans cette opération, le plomb va au fond et l'argent surnage, comme l'huile sup Peau.
a On trouve des minerais d'argent dans presque toutes les provinces de l'empire romain (c'est-à-dire dans tous les pays du monde alors connu). L'Espagne en est surtout riche. On les rencontre dans un sol stérile et dans les montagnes. Une veine d'argent met sur la voie d'une autre, qui d'ordinaire n'en est pas éloignée. Du reste, cette loi s'observe également pour les autres métaux, et c'est probablement pour cela que les Grecs les ont appelés metalla (3).
« Autrefois la fouille d'une mine d'argent était arrêtée dès
(1) Sulfate de chaux lamellaire.
(2) Hist. nat.% xxxm, 22.
(3) Ibid., 31. Le nom de metalla ( |aet' âXXa) signifie, en grec, les uns après les autres.
qu'on avait rencontré une couche d'argile (alumen). Aujourd'hui, on cesse de fouiller, dès que, sous la couche d'argile, on trouve une veine de cuivre. Les exhalaisons des mines d'argent sont mortelles à tous les animaux, mais principalement aux chiens. Il en est de l'argent comme de l'or : plus ces métaux sont mous, plus ils sont beaux et purs* »
L'ibérie était surtout riche en mines d'argent. Les Gaules étaient plus riches en mines d'or (1).
Au rapport de Strabon, les mines de la Nouvelle-Curthage, en Espagne, étaient exploitées de la manière suivante : on broyait d'abord le minerai (BwXov tV àpyupïTiv) ; puis on le lavait dans des courants d'eaux, dans lesquels on avait placé des cribles ou : des tamis. Cette opération était répétée cinq fois. Enfin le résidu, fondu avec du plomb, don nait, après le départ de celui-ci (aTro^ufo'vto; toS (jioXuêSou), de l'argent pur (2). Les fourneaux dont on se servait, dans ce cas particulier, avaient des cheminées très-hautes , où venait s'attacher une espèce de suie (Xiyvuç) provenant des minerais (3).
Le mômeécrivain ajoute : «L'argent coupelle et projeté (à l'état de fusion) clans l'eau se recouvre de bosselures irrégulières, et prend le nom d'argent en grenaille. C'est ce que les Romains exprimaient par argentum pustulatum, argent en pustules, ce qui équivaut à argent trè*-pur (4). »
Le seul composé argentique que les anciens fussent parvenus à préparer était le chlorure d'argent. Ils l'obtenaient, comme nous l'avons vu, dans l'affinage de l'or, et le rejetaient parmi les scories.
Cuivre.
L'oxyde de cuivre était connu chez les Grecs et les Romains sous le nom d'écaillés (XétciSsç, squamœ). On le préparait, en grillant , dans des vases de terre, des morceaux de cuivre. C'était là
(1) Dio<i. de Sicile, lib, v.
(2) Slrab, Geogr., lib. m, p. 138 (édit. Gasaub.).
(3) Ibid., p. 146.
(4) Le mot pustulatum a fort embarrassé les commentateurs étranger* aux sciences. Ils ont cru se tirer d'embarras en proposant de; variantes singulières, telles qnepostulatum, pastillatum, pussilatum.
HIST. DE !A CHIMIK. — T. I. 9
une tfes principales industries des habitants de Chypre. Ce produit était employé en médecine pour l'extirpation des polypes et d'autres excroissances de chair (1).
11 est difficile de décider à quels composés cuivreux s'appliquent exactement les mots œrugo, chalcanthos, scolecia, tnisy, sory, chalcitiSy atramentum sutorium, que les traducteurs rendent, d'un commun accord, par verdet ou vert-de-gris.
Pour débrouiller' ce chaos , il importe de rappeler que les Grecs et les Romains confondaient trois sels de cuivre dont ils avaient connaissance : le sulfate, Y acétate et le carbonate de cuivre (vitriol bleu, verdet, vert-de-gris). Dioscoride et Pline nous apprennent que Yœrugo (lo'ç) se préparait de différentes manières, et qu'on l'obtenait, 1° en chauffant des clous de cuivre saupoudrés de soufre dans un vase de terre, et en exposant le produit à ^humidité ; 2° en raclant celui qui se forme naturellement sur la^ pierre khalkite, d'où l'on lire le cuivre (2) ; 3° en arrosant avec du vinaigre de la limaille de cuivre, et en agitant le mélange plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que tout le cuivre soit dissous (donec absumatur) ; 4° en couvrant des vaisseaux ou des lames de cuivre de marc de raisin (vinaceis), et en les raclant dix Jours après (3).
Or, les deux premiers procédés donnent du sulfate, et les deux derniers de l'acétate de cuivre. Il s'ensuit que ces deux sels étaient, à cause de leur couleur, confondus ensemble sous le nom commun de œrugo ( verdet).
A l'époque des Grecs et des Romains on n'avait sans doute aucune idée de l'analyse chimique. Mais la sophistication avait déjà fait de très-notables progrès; comme le mensonge, elle date de l'origine de notre espèce.
«On sophistique, dit Pline, Yœrugo de Rhodes (4) avec du marbre pilé. D'autres le falsifient avec de la pierre ponce ou de la gomme pulvérisée. Mais la fraude qui trompe le plus , c'est celle qui se fait avec le noir des cordonniers, atramentum su-
torium (5). »
(1) Pline, Hist. Wfl/.,xxxiv,26(édit. Lemaire) ; Dioscoride, v, 87; Oribase, xni,5.
(2) La khalkite n'est autre chose que du sulfure de cuivre présentant des effloresceuces de sulfate.
(3) Diosc, v, 87, 91 ; Pline, xxxiv,26 ; Vifruve, vu, 12.
(4) Le carbonate de cuivre.
(5) Sulfate de fer (roii|>erose verte).— Pline, xxxiv, 11.
La fraude, <;hose triste à constater, est de tous les pays et de tous les temps. Demandez à nos droguistes, à nos épiciers, à nos boulangers, à quoi la poudre de craie ou de plâtre peut leur servir. Cependant on songea de bonne heure à arrêter les débordements de la tromperie. Suivant Pline on reconnaissait que Yœrugo est sophistiqué avec de Yairamentum sutorium , lorsque, étant rais sur une lame de fer rougi au feu, il se recouvre de taches rouges (rubescit). C'est effectivement ce qui a lieu lorsque le sulfate de cuivre est, ce qui arrive fréquemment, mêlé de sulfate de fer. Ces taches rouges ou jaunes, qui se manifestent pendant la décomposition du sulfate, ne sont autre chose que de l'ocre (oxyde de fer).
Indépendamment de ce moyen , Pline en indique un autre non moins curieux : il recommande d'appliquer Yœrugo sur du papyrus qu'on a laissé auparavant macérer dans du suc de noix de galle; la fraude e^t, dit-il, manifeste, */ le papier noircit (1). Voilà le premier papier réactif dont il soit fait mention ; et il peut servir encore aujourd'hui à constater la présence d'un sel de fer (2).
Les faits que nous venons de signaler prouvent que le levier le plus puissant du progrès de la science est, non pas l'amour du bien, mais le génie du mal.
Vxrugo était employé, en médecine , pour faire des collyres et des emplâtres (3). Dioscoride en indique déjà la propriété vomitive.
L'espèce tfœrugo appelée scolecia (4) se préparait en traitant ensemble un mélange de cuivre, de nitre, d'alumine et de vinaigre blanc très-fort (cum acetoalbo quant acerrimo). Une autre méthode de l'obtenir consistait à racler la surface du minerai de cuivre appelé khalhitis (5).
Il résulte de là que la scolecia était tantôt un acétate de cuivre {peut-être un mélange d'acétate et de nitrate), tantôt le sulfate du même métal.
(1) Deprehenditur etpapyro galla prius macerato ; nigrescit enim stalim xrugine Mita. Plin., Hist. nal., xxxiv, 26.
(2) La noix de galle (acide tannique) noircit les sels de fer, en donnant naissance à de Pencre.
(3) Pline, xxxiv, 27; Diosc, ▼, 87.
(4) ExwVrô, ver ; à cause de son aspect (ô) Pline, xxxiv, 29.
La chalcile (khalkitis) était un minerai qui servait ordinairement à la préparation du cuivre. C'est un sulfure de cuivre qui, étant exposé à l'air et à l'humidité, peut se convertir en sulfate de cuivre (vitriol bleu). «La bonne chalcite se reconnaît, dit Pline, à sa couleur de miel, à sa friabilité, à l'absence de tout gravier dans sa substance. » — Il lui attribue à peu près les mêmes qualités médicamenteuses qu'à Vœrugo proprement dit(i).
Quant au sory et au misy. substances sur les propriétés desquelles les auteurs ne s'accordent pas entre eux, ce sont également des sulfates de cuivre plus ou moins impurs , communément mélangés de résines jaunes et de matières odorantes (2).
Le khalkanthe (de xa^*<k> cuivre, àvôoç, fleur) des Grecs est tantôt le vitriol bleu (sulfate de cuivre), tantôt le vitriol vert (sulfate de fer)*. Dans le premier cas, il portait plus particulièrement le nom de khalkanthe de Chypre ; <et dans le dernier cas, les Romains l'appelaient atramentum sutorium, noir des cordonniers. Ce qui confirme notre manièrede voir, c'est que les anciens nous apprennent eux-mêmes que le khalkanthe est tantôt d'un beau bleu (sel de cuivre), tantôt d'un vert pâle (sel de fer). On l'obtenait sous forme de cristaux, en faisant évaporer, à la chaleur du soleil, les eaux qui le contenaient en dissolution (3).
Le khalkanthe était employé dans un grand nombre de maladies, tant externes qu'internes.
En' résumé, les Grecs et les Romains connaissaient incontestablement l'oxyde de cuivre (bioxyde), le carbonate, le sulfate et Y acétate de ce métal.
Zinc.
Nous avons vu que les anciens connaissaient les minerais de zinc (cadmie etcalamine) avec lesquels ils préparaient l'airain. Le pompholyx dont parlent Dioscoride, Pline, Galien, etc., était préconisé comme un ingrédient des emplâtres siccatifs. 11 était pré-
(1) Pline, xxxiv, 29 (édit. Lemaire).
(2) Ibid.; Diosc. v, 117.
(3) Fit et salis modo , flagrantissimo sole admissas dulces aquas cogente. Ibid., xxx, 12; Conf. Orij.'., liv. 16; Dîoscorid., v, 114.
paré de la manière suivante : on construisait deux petites chambres l'une sur l'autre; dans le milieu de celle d'en bas était placé le fourneau, dont la bouche allait se rendre dans la chambre supérieure. Celte chambre avait le plafond voûté, selon Galien, et une petite fenêtre qu'on tenait fermée pendant la préparation du pompholyx. Quand le feu était bien allumé et le fourneau bien chaud, on y jetait, par la petite fenêtre pratiquée dans la chambre supérieure, du cuivre jaune ou de la calamine, qui, par l'action du feu, répandait d'épaisses fumées blanches. Ces fumées venaient s'attacher aux parois et à la voûte de la chambre, sous forme de petits flocons doux au toucher, auxquels on donnait le nom de pompholyx, et plus tard celui de laine des philosophes (lana philosophica). Les flocons qui retombaient sur le plancher inférieur, et qui étaient réputés moins purs, constituaient le spodium des anciens (1).
Le pompholyx et le spodium ne sont donc que l'oxyde de zinc, qui se produit chaque fois que l'on chauffe le métal au contact de l'air.
Si dans l'opération que nous venons de décrire les anciens avaient évité le contact de l'air, ils auraient obtenu le zinc distillé, et personne ne leur aurait pu contester la connaissance du zinc métallique.
Dioscoride dit : « Il faut recouvrir ladite cadmie de charbon , et la chauffer jusqu'à ce qu'elle devienne brillante (2)> »
Cette cadmie brillante (Stacpamfc), serait-ce le zinc métallique, obtenu par la réduction du minerai (oxyde) au moyen du charbon?
Il est à regretter que Dioscoride n'entre pas ici dans de plus amples détails, et qu'il ne nous parle pas de la distillation. Son laconisme laisse le champ libre aux commentaires.
Les noms de xasatapcx; et stannum, que l'on traduit par étainy ont donné lieu à beaucoup d'équivoques qui disparaissent dès que l'on admet que les Grecs et les Romains connaissaient le zinc, et qu'ils l'appelaient, ainsi que l'étain, xacaiiepoç ou stannum.
(1) £7rq86ç, cendre. Pline, xxxiv, 33.
(2) Kaverréov ôè tt^v TipoaeiprijjLsyYiv xaô\uetav, èYxpu7rTovxa; eî; âvOpaxa; Ê'a>ç où ôtaçavV;; YévYjxai. Dioscoride, lib. v, 84.
Fer.
En lisant les auteurs anciens, on a souvent lieu de s'étonner de la justesse de leurs observations relatives à des faits qui sontdu domaine de la chimie et particulièrement de la métallurgie. Le passage suivant de Pline en est une preuve : « De tous les minerais,, celui du fer est le plus universellement répandu ; et le fer est en môme temps le métal le plus utile et le plus nécessaire à l'homme. On rencontre des minerais de fer presque partout ; l'île d'Elbfe (llva insuia) en contient. On les reconnaît sans peine à leur couleur jaune de terre. Les variétés du fer sont très-nombreuses ; la qualité du terrain et du climat y entre pour beaucoup* On retire de certains minerais un fer mou, qui est très-propre à la fabrication des clous et des roues de voiture; d'autres donnent, au contraire, un fer aigre et cassant, qui ne convient nullement à la fabrication de ces objets. Les bonnes espèces s'appellent strictum ou fer de dégaine, fer de lames , du terme militaire stringere acie?n, tirer l'épée. La différence du fer entraîne la différence des fourneaux : les uns sont destinés à forger le noyau de fer (nucleus ferri)y le plus dur et le plus propre au tranchant. Dans d'autres , on fabrique seulement des enclumes et des marteaux.
« La plus grande différence du fer est produite par la trempe, qui consiste à plonger dans l'eau le fer rougi au feu (in aqua candens immergitur). Ce procédé a suffi pour faire la réputation de plusieurs villes, telles que Bilbilis (î) et Turiasso en Espagne, Côme en Italie, etc.; mais le fer de là meilleure trempe est sans contredit le sérique. Après celui-là, l'acier parthique tient le premier rang; dans notre contrée, l'acier doit, ainsi que dans la Norique, sa bonne qualité à la mine de fer d'où il provient (2). Ailleurs , il la doit à la trempe ; on cite à cet égard
(1) Aujourd'hui Calatajud, ?il!e du royaume d'Aragon, et patrie de Martial, qui fait souvent mention (dans ses Épigrammes, Mb. iv) de la trempe du fer de sa ville natale. — Bilbilimaquis et armis nobilem (lib. i, 50.).&wo BUbilim optimam métallo (lib. iv, 55). Auro Bilbilis et superba ferro (lib. xn, 18). Cette qualité de la trempe était attribuée aux eaux de la petite rivière de Sdlone; Salone qui ferrum gelât.
(2) On lit noricus en sis (épée norique) chez Horace, et noricos cvllros (couteaux norique* ) dans Pétrone.
l'eau de Sulmone (4). Il est bon de noter que l'acier s'aiguise mieux à l'huile qu'à l'eau sur la pierre à aiguiser : l'huile rend le tranchant plus fin (delicatipr acies) (2). »
Gomme les industriels de nos jours, -ceux de l'antiquité s'dccupaient des moyens d'empêcher le fer de se rouiller etitie s'oxyder au contact de l'air ou de l'eau. Us cherchaient à préserver le fer de la rouille, en le recouvrant d'un enduit que les Grecs appelaient antipathie, et qui était un mélange de :poixi liquide, de gypse et de céruse (3).
La rouille de fer était employée en médecine, tant < extérieurement qu'intérieurement, à peu près dans les mêmes cas où on la prescrit encore aujourd'hui. On s'en servait pour arrêter les pertes utérines, qui sont souvent accompagnées de chloirose (pâles couleurs), maladie contre laquelle le fer passe pour un remède souverain et en quelque sorte spécifique (4). L'emploi médicinal de l'eau ferrée remonte à. une époque fort reculée.
« On éteint, dit Pline , un fer incandescent dans l'eau, et cette eau s'administre dans plusieurs maladies, et particulièrement dans la dyssenterie (5). »
Bien que nous ayons sur ces maladies d'autres théories que les anciens, nous les traitons cependant encore aujourd'hui par les mêmes moyerls. A quoi servent les théories?
L'aimant (magnes) est connu de toute antiquité. Il doit sa célébrité à*un phénomène d'attraction propre à attirer l'attention du premier venu. Aussi les anciens auteurs sont-ils pleins des merveilles de l'aimant, dont le nom, magnes, vient, selon Nicandre, d'un rtommé Magnés, qui, le premier, aurait découvert l'aimant sur le mont Ida. Ce Magnés était un berger qui, en me- . nant un jour paître son troupaau, fut, dit-on, tout à coup retenu au sol par les clous de ses semelles et le fer de sa houlette (6).
(1) C'est urobablemenl Salone qu'il faut lire, nom de la rivière de Bilbilis, que cite aussi Justin comme particulièrement propre à la trempe du fer (Mb. xliv , cap. 3).
(2) Pline, xxxiv, 41.
(3) Pline, xxxiv, 42.
(4) Sistit et feminarum profluvia. Plin., ibïd., 45.
(5) Calefitetiam /errocandenteaqua.Covtper. Cœl. Aurefian , î, Chron., c 4; Cels., iv, c. 9 ; Scribonius Largus, Compos., 146. In multis vitiis, privatim vero indysenteria. Pline, loc. cit.; Dioscorid., v, 93.
(6) Pline, xxxvi, 25. D'antres font venir magnes de mag , charme (d'où
Les anciens admettaient deux espèces d'aimants, l'aimant mâle et l'aimant femelle; celui-ci était de couleur noire, et passait pour le plus faible.
Ils parlent aussi d'une troisième espèce d'aimant : c'était l'hématite, de couleur^sanguine ; « mais, ajoute Pline, elle n'a pas la propriété d'attirer le fer. » Ce rapprochement, qui ne repose sans doute sur aucune analyse, est très-digne de remarque; car l'hématite est un minerai de peroxyde et l'aimant un composé intermédiaire de protoxyde et de peroxyde de fer.
L'Ethiopie avait la réputation de fournir le meilleur aimant. On en retirait aussi de la ïroade, de la Béotie, de la Cantabrie. Dans ce dernier pays on le rencontre, dit Pline, non pas en strates contigus formant des chaînes de montagnes (caute continua), mais en fragments épars par builation [sparsa bullatione) (1 ).
On n'ignorait pas à l'époque de Pline que l'aimant communique sa propriété au fer (ferrum in/îciteademvi), et qu'on peut l'employer avec avantage dans la fusion du verre (2).
Manganèse.
Le manganèse n'est guère connu à 4'état métallique. L'oxyde noir de manganèse ou la magnésie noire était , dans toute l'antiquité, confondu avec l'oxyde noir (magnétique) de fer (3).
Son usage, dans la fabrication du cristal et des verres colorés, ne paraît pas avoir été inconnu des contemporains de Pline. Magnes et Androdamas paraissent signifier, tantôt aimant, tantôt manganèse (4).
vient le mot magie) et du mot celtique ees (en allemand eisen), Ter; de manière que magnés signifierait charme dujer.
(1) Pline, xxxiv, 42,
(2) Pline, ibid.
(3) C'est de magnés (aimant) que vient sans doute le nom de manganèse ou magnésie noire.
(4) Pline, xxwi, 34; xxxvi, 3h.
PREMIÈRE ÉrÔQUE. 137
Plomb.
Les auteurs latins mentionnent deux espèces de plomb : le plomb blanc (plumbum album) et le plomb noir (plumbum nigrum). Le premier est, selon Pline, nommé par les Grecs cassiteros. Le plomb blanc serait donc l'étain,- ou peut-être même le zinc. Quant au plumbum nigrum , c'était le plomb proprement dit.
L'Espagne et les Gaules possédaient les principales mines de plomb exploitées par les Romains. 1rs savaient que le minerai de plomb est généralement argentifère ; aussi la galène (gdlena) était-elle soumise à un traitement préalable afin d'en retirer l'argent qu'elle contenait (i). Le minerai appelé molybdène {molybdœna) n'était, d'après Pline, que de la galène,- ou un minerai de plomb argentifère [vena argenti plumbique commuais) (2).
Le plomb était laminé pour divers usages. Il était surtout employé dans la construction des tuyaux de fontaine, que Ton soudait, comme aujourd'hui, avec un alliage de plomb et d'étain, connu sous le nom de soudure des plombiers.
Une remarque curieuse, déjà faite par Pline, c'est qu'un vase de plomb, dans lequel on fait bouiLlir de l'eau, est très-promptement corrodé lorsqu'on y introduit un jeton de cuivre (3).
La litharge (XiOapYupoç de Dioscoride) (4) est ce que Pline appelle scorie de plomb (scoria plumbi). On en distinguait deux espèces : l'une, appelée cârysitis, provenait de la purification de l'or à l'aide du plomb ; l'autre, argyritis, était le résultat de la purification de l'argent par ce même moyen (5). Pour l'obtenir, on divise le plomb en lames très-»minces, et on le chauffe en le remuant avec une baguette de fer, jusqu'à ce qu'il se soit converti en cendres (donec liquor mutetur in cinerem). Il y en a qui saupoudrent de soufre les lames de plomb ainsi chauffées (6). — La
(i) Pline, xxuv, 4". Le mot galena «-st hybride : il dérive du dorieu yàpouiY^» terre, et de plena (tn castillan lleno), plein . C'est le principal minerai de plomb connu.
(2) Pline, ibid.,cap. 53.
(3) Pline, ibid.;cap. 43.
(4) De Xiôoç, pierre, et £pYuP°Ç> a'genl.
(5) Dioscoride, v, 102; Pline, xxxiii, 35.
(6) Pline, ibid. ; Dioscoride, v, 92.
litharge était, comme elle Test encore de nos jours, employée en médecine dans la préparation des emplâtres.
Le minium , qui servait surtout dans la peinture , s'oblenait pendant la calcination du minerai de plomb. On le sophistiquait avecde la chaux [vitiatur minium admixta cake). « Pour reconnaître cette fraude, il faut, dit Vitruve, mettre du minium (soupçonné impur) sur'une lame de fer, que l'on chauffe jusqu'à l'incandescence [donec lamina candescat). Si alors le minium, de rouge qu'il était, devient noir, et qu'étant refroidi, il reprenne sa première couleur, on peutêtreassuréqu'il n'est point sophistiqué (1).»
Voilà un procédé aussi exact qu'il pouvait l'être à l'époque du célèbre architecte romain, c'est-à-dire, il y a plus de dixhuit siècles.
La céruse, que les Romains appelaient cerusa, et les Grecs psirnmythion, était préparée de la manière suivante : « On met, dit Pline, des lames de plomb dans des outres remplies de vinaigre, qu'on tient bouchées pendant huit jours. Il se forme sur ces lames une crasse qu'on racle; on replonge ensuite ces lames dans les outres, on les racle de nouveau au bout d'un certain temps, et on continue cette opération jusqu'à ce qu'elles soient toutes consumées (donec deficiat maferia) (2). »
« Les Rhodiens, rapporte Vitruve, mettent du sarment dans des tonneaux où ils versent du vinaigre , puis ils placent sur ce sarment des lames de plomb, enfin ils ferment les tonneaux avec des couvercles. Après un certain laps de temps ils ouvrent ces tonneaux , et trouvent le plomb changé en céruse. Vœrugo ou xruca se fait de la môme manière, en employant des lames de cuivre au lieu de lames de plomb (3). »
Les principales fabriques de céruse étaient établies à Rhoçles, à Corinlhe, à Lacédemone et à Peuzzoles (4).
La céruse, soumise au grillage, était convertie en minium (5). Elle était employée comme fard par les dames romaines (adcandorem feminarum) (6), et servait aux mômes usages médicaux que la lilharge.
(1) Vihuve, Archit., lih. vu, c.,9.
(2) Pline, xxxiv, 54 (édil. Lemaire).
(3) Vitruve, Archit., lib. vu, c. 12.
(4) Dioscoride, v, 103.
(5) Pline, xxxiv, c. 5'i.
(6) Pline, ibi<l.
Dioscoride, Pline et Galien mentionnent les propriétés toxiques des préparations de plomb.
Étaln.
Les écrivains classiques ne s'accordent pas sur la valeur exacte des expressions de stannum, plumbum album, plumbum argenla- Hum y cassiteros (xacrcr^epoç), que les interprètes se contentent généralement de rendre par étain. Quoiqu'il soit bien difficile de démêler ici le vrai du faux, on peut cependant admettre comme à peu près certain que plusieurs de ces termes s'appliquent, nonseulement à Tétain, mais encore au zinc ou à un alliage dans lequel le zinc prédomine, comme cela paraît être le cas pour le xcuwiTepoç, auquel Homère donne l'épithète de brillant (<paeivoç), et qui servait à la fabrication des boucliers et d'autres instru- ■ ments (4).
Les îles Gassitérides, que Ton croit être les mêmes que les îles Britanniques, étaient, dans toute l'antiquité, célèbres par leurs mines d'élain (2). Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Angleterre est encore aujourd'hui un des pays les plus riches en mines d'étain, dont les minerais sont d'ailleurs répandus avec parcimonie à la surface du globe. En faisant la description des îles Gassitérides Strabon remarque que le cassiteros est plus fusible que le plomb (-riixeŒÔat ttoXI -cfyiov poXuêSou ). Or, cette propriété ne peut s'appliquer qu'à Yélain, au plus fusible de tous les métaux, ou à ce que Pline appelle le plomb blanc.
On reconnaît, dit le naturaliste romain, le véritable plomb blanc en ce que, étant fondu, il peut être versé sur du papier sans qu'il le brûle (3).
(1) Hom., Iliade, xxxm, 561.
(2) Strabon, t i, p. 265 (édit. Casaub. ). « Le» Iles Cassitérides sont au nombre de dix. Les unes .«ont désertes, les autres sont habitues par des hommes qui portent des vêtements noirs, tombant jusqu'aux talons, et attachés autour de la ceinture par des branches d'arbre. Ces hommes portent des barbes longues comme celles des boucs. Les Phéniciens, franchissant le détroit de Cadix , faisaient î=euls le commerce avec ces Iles, abondantes en mines de plomb el d'élain. »
(3) Pline, xxxnr, 48.
L'étamage est, suivant Pline, une opération fort ancienne. « On se sert, dit-il, de l'étain pour recouvrir des vases de cuivre, qui présentent ainsi le double avantage de donner une saveur plus agréable et d'être préservés de la rouille [stannum compescit œruginis virus). »
C'est aux Gaulois que revient l'honneur de cette invention, si utile a la santé de l'homme. Les airains étamés des Gaulois s'appelaient vûsa incoctilia. Dans la ville d'Alise (1), on substitua l'argent à Tétain pour étamer des objets d'airain. Les habitants de Bourges [Bitvriges) argentaient jusqu'à leurs yoitures, leurs litières et leurs chariots ($).
On faisait, avec l'étain, des miroirs très-estimés des Romains. 11 y avait à Brindes une fabrique de miroirs d'étain.
Pline rapporte que le minerai d'étain se trouvait dans la Lusitanie et dans la Galice, à fleur de terre, sur un sol sablonneux, qu'il était de couleur noire, et entremêlé de petites pierres [interveniunt minuti calculi ).
Quant au métal que l'on rencontrait dans les mines d'or (alula), et qui, après le lavage du minerai, se présentait sous la forme de calculs noirs, variés de taches blanches, à peu près du même poids que l'or, et se trouvant pêle-mêle avec les sables aurifères au fond des corbeilles destinées à le receuillir. ce n'était certainement pas l'étain (3).
Quel était dono ce métal blanc au moins aussi pesant que l'or ? Ce ne pouvait être que \q platine. D'ailleurs, il n'est pas étonnant que les anciens aient connu le platine, puisque ce métal se rencontre souvent dans les mines d'or, et qu'il se présente, ainsi que l'or, avec l'aspect qui le caractérise.
§ ai.
Mercure.
Ce métal, dont l'état liquide a de tout temps frappé l'imagination de l'homme, était parfaitement connu des Grecs et
(1) Les opinions sont encore partagées sur la véritable topographie de cette cité gauloise. On croit quVIle était située près de Sainte-Reine en Bourgogue.
(2) Pline, xxxiv, 48.
(3) Imeniunlvr (eœ arena?)e* in aurariis melallis, qux aluta vocant, aqua immissa eluente calculos nigros paulum candore variâtes, quibus eadem gravitas qux auro, et ideo in calât hi s in quibus aurum colligitur, rémanent eu m eo. Pline, xxxiv, 47.
des Romains, qui en distinguaient deux espèces : l'argent-vif (argentum vivum) ou le mercure natif, et Peau-argent {hydrar* gyre) ou le mercure préparé artificiellement. Le premier £tait recueilli dans les mines de l'Espagne, sous forme « d'un liquide éternel, comme l'appelaient les Romains {liquoris œterni), poison de toutes choses (venenum rerufn omnium) (4). »
Ils exprimaient la densité considérable de ce métal, en disant que toutes les matières surnagent sur le mercure, excepté l'or, qui y tombe au fond.
L'hydrargyre ou le mercure était extrait, comme il l'est encore aujourd'hui , de son principal minerai , appelé cinabre {ctnnabaris), que l'on confondait souvent, à cause de sa couleur rouge, avec le minium ou le miltos des Grecs, erreur qu'avait déjà signalée Dioscoride. «C'est à tort, dit-il, que Ton confond le cinabre avec le minium ; car le cinabre s'exploite en Espagne : les ouvriers sont obligés de se couvrir la figure avec une vessie, à cause des vapeurs mercurielles, qui sont dangereuses à respirer (2). »
Dioscoride décrit ainsi le procédé d'extraction : «On place dans un creuset de terre une assiette de fer contenant du cinabre, puis on y adapte un chapiteau ou alambic (à(u6ixa 7cepix*8a7rrou<riv ), en le lutanttout autour (7repiaXetyotvTeç tttjXw); enfin, on allume des charbons au-dessus de cet appareil. Alors le mercure se sublime et vient s'attacher au chapiteau, où, parle refroidissement, il se condense et prend la forme qui le caractérise (a7ro^/ÔÊî<ia uSpapyu-
Roç yivexai) (3). »
Pline raconte cette opération à peu près dans les mômes ternies (A). Et Vitruve ajoute que les gouttelettes de mercure éparses dans le fourneau sont balayées dans un vaisseau plein d'eau, où elles se joignent et s'unissent (5).
L'extraction du mercure et la préparation du pompholyx, indiquée plus haut, auraient pu conduire à la découverte de la distillation.
Un autre procédé pour extraire le mercure du cinabre consistait à piler (avec des pilons métalliques) un mélange pâteux
(1) Pline, xxxiii, 32 (édit. Lemaire).
M Dioscoride, v, 109.
s' I (3) Dioscoride, v, 1 10.
*"| W Pline, xxxili, 4.
!t\ (5) Vitrine, lib. vu, 8.
de minerai et de vinaigre, dans des mortiers de cuivre (i). On comprend que, dans cette opération, le pilon et le mortier métalliques soient attaqués : ils décomposent le cinabre en s'emparant du soufre et mettant le mercure en liberté. Le vinaigre était propre à hâter cette action.
On purifiait le mercure en l'amalgamant avec de l'or, et en le passant à travers les pores d'une peau ou d'un linge (2). Ce procédé était en même temps employé pour l'affinage de l'or.
« Le mercure, dit Vitruve, sert à beaucoup de choses; car on ne peut, sans le mercure, bien dorer ni l'argent ni le cuivre. Lorsque les étoffes tissues d'or sont usées, pour en retirer l'or, on les brûle dans des creusels; et la cendre étant jetée dans l'eau, on y ajoute du vif-argent, qui s'empare de toutes les parcelles d'or (id auiem omnes micas auri corripit in se, et cogit secum coire). Après avoir décanté l'eau, on met l'amalgame dans un linge, qui, étant pressé avec les mains, laisse passer le vifargent liquide et retient l'or pur (3). »
Voilà un procédé aussi simple qu'ingénieux ; il était pratiqué il y a deux mille ans, et on n'hésiterait pas à l'employer encore aujourd'hui.
Bien que les anciens nous parlent des propriétés vénéneuses du mercure, ils ne font pourtant nulle part mention du sublimé corrosif ni des autres composés mercuriels, si ce n'est du sulfure naturel (cinabre), avec lequel on préparait des liniments, préconisés pour frictionner, dans certaines maladies , la tête et le ventre.
On voit que le mercure n'avait pas encore alors l'importance que lui attribuèrent plus tard les alchimistes. On sait qu'ils en" firent le principal élément des métaux. Faut-il voir une allusion à cette doctrine, dans ce texte très-explicite de Dioscoride, qui dit : « Quelques-uns racontent que le mercure existe essentiellement et comme partie constituante ( xaô'iauxrîv ) dans les métaux (4)?» Ces « quelques-uns» (Ivioi) seraient-ils des alchimistes?
(1) Pline, xxxm, .41
(2) In pelles subactas effundltur, per quas sudoris vice defiuens , purum relinquit aurum. Pline, loco cit.
(3) Vitruve, liv. vu, 8.
(4) "Evtot Se l<rcopoO<jiv xaî xatféauî^v h tôt; jxeTàXXotc évpiaxeaôai r?}v ùSpap- Y«pov. Dioscoride, v, 10.
§ 32. Arteiiic.
Ce corps, qui n'a été bien étudié que de nos jours, était déjà connu des anciens : ils parlent souvent de l'orpiment, de la sandaraque, et môme de tarsenicum ( «paevixov ).
L'histoire primitive de l'arsenic se borne à la connaissance des sulfures naturels, et notamment de la sandaraque et de Y orpiment, qui portail le nom d'arsenic par excellence. • uVarsenic (arsenicum), dit Pline, se compose de la même matière que la sandaraque [ex eadem est materia); le meilleur est celui qui a une belle couleur jaune d'or (optimum, coloris eiiam in auro excellentes); celui qui est plus pâle, ou qui ressemble à la sandaraque, est réputé de qualité inférieure (1) ».
Au témoignage de Pline on peut ajouter celui de Vitruve, qui affirme que l'orpiment (auripigmentum) est ce que les Grecs appellent arsenicon (2).
Il est étonnant que les anciens n'aient pas décrit les propriétés toxiques de Y arsenic blanc (acide arsénieux), d'autant plus qu'ils savaient que, pour donner plus de force à l'orpiment, il faut le torréfier dans un vase de terre neuf jusqu'à ce qu'il change de couleur (3), et que les malades affectés d'asthme et de toux sont soulagés en respirant la vapeur arsenicale, résultant de la combustion de l'orpiment avec du bois de cèdre (4).
« On calcine, dit Dioscoride, la sandaraque avec du charbon, jusqu'à ce qu'elle ait changé de couleur. Ainsi employée en frictions sur la peau, elle l'irrite et fait tomber les poils. On la trouve en Mysie, en Cappadoce et dans le Pont (5). »
La sandaraque ou l'orpiment calciné n'était, selon toute apparence, que de l'acide arsénieux impur. Mais les auteurs grecs et latins ne nous ont laissé à cet égard aucun détail précis.
Dioscoride, Celse, Pline et Galien, et tous les écrivains posté-
(1) Pline xxxiv, 56 (édit. Lemaire).
[1) Vitrove, vu, 7. n
(3) Torretur, ul validius prosit, in nova testa, donec mutel cotorem. Pline, xxx iv, 56.
(4) Pline, loco cit.
(5) Dioscoride, v, 121.
rieurs, ont mentionné l'action caustique et épilatoire des préparations arsenicales (1).
Antimoine*
L'antimoine, qui acquit au moyen âge tant de célébrité par les écrits de Basile Valentin, n'était pas tout à fait inconnu desanciens.
Le stimmi ou slibi de Dioscoride était du sulfure d'antimoine, tel qu'on le rencontre dans la nature. « Il est, dit cet auteur, rayonné, friable, et se divise facilement en morceaux. Étant calciné avec du charbon et de la farine, à une chaleur suffisante, il prend l'aspect du plomb (2). »
Ce procédé ne devait pas manquer de fournir une certaine quantité d'antimoine métallique, dont on n'ignorait probablement pas la forme cristalline, caractéristique.
Indépendamment des noms de stimmi, stibium, barbason^ platy ophthalmon, on l'appelait encore albastrum, contraction de album astrum (étoile blanche), nom qui paraît avoir été appliqué à l'antimoine métallique.
Le stibium naturel (sulfure d'antimoine) était employé. dans le traitement des blessures récentes, et pour teindre les cils en noir (3).
Soufre.
Le soufre [sulphur des Romains, ôsîov des Grecs) est connu depuis la plus haute antiquité. Le soufre natif, que l'on rencontre encore aujourd'hui-en Sicile et à Naples, autour de l'Etna et du Vésuve, n'avait échappé à aucun des observateurs anciens. C'est ce qu'ils appelaient le soufre vif (vivum) ou apyre (airupoç), c'est-
(1) Discoride, loco cit.; Cela., lib. v, c. 7 ; Gai. De fac. simplic. med.f lib. ix, 3; Pline, xxxiv, 56.
(2) Dioscoride, v, 99.
(3) Pline, xxxiu, 34; Cels<\ v, 20.
à-dire qui n'a pas besoin d'être traité par le feu, comme une autre espèce de soufre appelée gleba ( minerai de soufre).
Le soufre était employé en fumigations dans les cérémonies religieuses et mystiques (1), non pas seulement à cause de son odeur particulière, suffocante, mais surtout à cause de sa singulière flamme livide, qui, comme dit Pline, « communique dans l'obscurité , aux figures des assistants , la pâleur des morts (2). »
« Le soufre est, continue le môme auteur, de toutes les matières, la plus inflammable; ce qui fait voir qu'il renferme en lui une grande force de feu : Quo apparet ignium vint magnam etiam ei inesse. »
Ces paroles ne rappellent-elles pas la théorie Stahlienne, d'après laquelle le soufre et le charbon sont les substances les plus riches en phlogistique?
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un traducteur de Pline (M. de Sivry), vivant vers le milieu du dernier siècle, eût traduit ce passage, de la manière suivante : a Ce qui fait voir que le soufre contient beaucoup de phlogistique (3) . »
Le soufre ne servait pas seulement en fumigations, mais il était encore, comme aujourd'hui, employé pour sou/rer des mèches, et dans le blanchiment des étoffes de laine (ad suffiendos lanas candorem mollitiemque confert ).
Les eaux thermales et les préparations sulfureuses étaient, comme elles le sont encore aujourd'hui, prescrites comme trèsefficaces dans le traitement des maladies de la peau (4).
Malgré les nombreux usages du soufre , on devait ignorer, jusqu'à notre époque, ce qui se passe pendant la combustion du soufre. L'acide sulfureux n'apparaît que dans la chimie des gaz.
Sels alcalins*
Aucundes sels alcalins n'était autrefois connu à l'état de pureté. Les épithètes de rouge, jaune, gris, bleu, appliquées à ces sels,
(')Odyss., xxii, 481; Juvénal, Satir., h, 157; Ovide, Fast., iv; Properce, %-, iv, 9.
(2) Pallorem dirum velut defunctorum. Pline, xxxv, 15.
(3) Histoire naturelle de Pline, traduite en fiançais, l. xi, p. 349. '/») Pline, xxxv, 15. Aufert lichen as et tepras.
suffiraient pour nous en convaincre, si nous ne savions pas combien il est difficile, môme à l'aide de nos moyens d'analyse, d'obtenir le chlorure de sodium, le carbonate de soude, le nitre, etc., purs et exempts de tout mélange.
L'évaporation spontanée ou artificielle des eaux de mer et des fontaines salées formait, indépendamment des gisements naturels, la principale source des sels alcalins.
Carbonates de potasse et de soude. — La substance que les Grecs et les Romains désignent par le mot nitrum (vkpov)est tantôt notre potasse du commerce (carbonate de potasse impur), tantôt, mais plus rarement, le nitre ( azotate de potasse ) proprement dit, tantôt enfin la soude du commerce (carbonate de soude impur). Dans ce dernier cas, nitrum est synonyme de natron (1). Quelquefois môme le carbonate de potasse, ainsi que tout autre sel alcalin, porte simplement le nom de sel (sal).
La potasse du commerce, appelée plus tard sel alcali végétal, s'obtenait par le môme procédé qu'aujourd'hui, en filtrant l'eau à travers les cendres des végétaux. L'eau, ainsi chargée de tout ce qu'elle a pu dissoudre, laisse, après l'évaporation, un dépôt salin au fond du vase. Pour préparer ce sel, les anciens n'employaient pas indifféremment les cendres de toute espèce de végétaux; ils choisissaient de préférence celles du chône, du coudrier (corijlus), des roseaux, de la vigne et de la fougère.
Ils n'ignoraient pas que le sel végétal (carbonate de potasse} se liquéfie facilement au contact de l'air humide, et qu'en cela il diffère d'un autre sel analogue (carbonate de soude), qui se change à l'air en une poussière blanche ( efflorescence ).' Ce dernier s'obtenait par l'évaporation des eaux de certains lacs de l'Egypte, de la Macédoine, etc. (2).
Les médecins de Rome et de la Grèce connaissaient la propriété cautérisante des sels alcalins, car ils les prescrivaient pour faire tomber les poils (detrahit pilos efficacissime). Ils les incorporaient dans des huiles grasses, pour en préparer des linimenls savonneux. Mais on en faisait surtout un grand usage dans la fabrication du verre.
Ce qui doit ici attirer notreattention, c'est l'emploi de la chaux, brûlée pour donner plus de causticité aux sels alcalins. Au rap—
(1) Voy. page 58.
(2) P!ine, xx\i, 46.
port de Pline, ce procédé était surtout employé en Egypte (1).
Pour se convaincre que le nitre des anciens n'était pas toujours ce que nous appelons nitre ou salpêtre, on n'aura qu'à lire le passage suivant de Pline : « Ce' nitre (qui, étant mélangé de chaux, picote vivement la langue) ne pétille point dans le feu; il blanchit et gâte les mets, et verdit davantage les herbes potagères (olera) (2). »
Le natron (sesquicarbonate de soude) se trouve naturellement dans plusieurs lacs d'Egypte. Il était de tout temps employé pour la conservation des matières animales.
Quant au produit, obtenu en faisant brûler du soufre avec le nitrum ( carbonate de potasse ou de soude), ce ne pouvait être qu'un sulfure alcalin ou une espèce de foie de soufre. C'est ce produit qu'ils appelaient lapis, pierre (3).
Savon.
Pline a le premier fait mention du savon ; il en attribue la découverte aux Gaulois. On le fabrique, dit-il, avec des cendres et du suif (A). Galien, ou Pauteur du Traité des médicaments simples, ajoute que le meilleur procédé consiste à traiter la graisse de mouton, de bœuf ou de chèvre, avec une lessive de cendres et de chaux (5).
Tels étaient les principes généraux de la saponification. Quant aux détails d'exécution, ces auteurs n'en parlent pas.
Les Gaules et la Germanie eurent les premières fabriques de savon (6). Les muscadins de Rome se servaient de savon germanique pour teindre leurs cheveux en blond. Déjà du temps d'O-
(1) PHne, xxxi, 46. Adulleratur in JEgypto calce; deprehenditur gustu; — pung'U. )
(2) Pline, ibid.
(3) Sal ni trum sulphuri concoctumin lapidem convertilur. Ibid.
(4) Piin., xxviu, 51. Sapofit ex'sebo et cinere. Les mots sapo , <jâ7ca>v, sepe, sri/e, savon, ont tous la môme origine.
(5) De simplic. medicam. Sapo conficitur ex sevo buhulo, vel caprino aul tervecino , et lixivio cum calce.
(6)Theodor. Priscian., lib. i, 3 et 18. Aretaeus, De diuturn. morbis, ir, 13. Aëlius, Deartemed.y vi,-54; xm, 126.
vide et de Martial l'emploi de la pommade pour teindre les ch< veux n'était pas inconnu à Rome (1).
Les médecins arabes parlent souvent de l'usage du savon e médecine et pour le blanchiment des étoffes (2).
On employait quelquefois le fiel de taureau pour nettoyer li linge; c'est qu'en effet le fiel est, ainsi que le savon, essentielle ment alcalin (3). Ce fut donc la pratique qui conduisit à la théorie d'après laquelle la bile est une espèce de savon.
Nitre (azotate de potasse on de soude).
Les cavernes de l'Asie, appelées Colyces, desquelles on retirai jadis des quantités considérables de nitre (4), nous rappellen les cavernes de nitrate de soude de l'Amérique méridionale qu'on exploite aujourd'hui. On a essayé d'expliquer la pro duction de ce nitre des cavernes par la quantité prodigieux d'animaux de toutes espèces qui s'y réfugient le jour et la nuit
On ne paraît pas avoir autrefois accordé une grande attention au phénomène, si remarquable, de la cristallisation. Une étude attentive de ce phénomène aurait prévenu bien des erreurs, en servant à distinguer la plupart des sels entre eux.
Cependant les expressions de fislulosum,ftbrosum, paraissent devoir être appliquées, l'une à la forme cristalline du nitre, l'autre à celle du sel ammoniac. « Pour être bon, il faut, dit Pline, que le nitre soit fistuleux, » en faisant probablement allusion aux prismes allongés et creux de l'azotate de potasse (5).
Les médecins de Rome n'ignoraient pas sans doute la vertu diurétique du nitre, puisqu'ils le prescrivaient aux hydropiques (6).
Une observation qui doit ici trouver place, c'est que le nitre que l'on obtient par l'exploitation, soit des nitrières artificielles, soit des, nitrières naturelles (plâtras, vieux murs, écuries), et
(1) Mark, xiv, 25, 27 ; vin, 23, 19 ; Ovide, De arte amandi, m, 163.
(2) Serapio, éd. Braunf., c. 348. Rhases, De simplic, p. 397.
(3) Pline, il, p. 474.
(4) Pline, xxxi, 46.
(5) Pline, ibid.
(o) Pline, ibid. Hydropicis cumfico datur.
dont on fait aujourd'hui une si grande consommation pour la fabrication de la poudre à canon, était, dans l'antiquité, un sel de très-peu de valeur. Car, encore une fois, le véritable nilre des anciens, celui qui les intéressait le plus, c'était notre potasse ou notre soude du commerce.
Ce ne fut que vers le huitième siècle de Père chrétienne que l'usage du nïtre, qui reçut alors plus particulièrement le nom de sel de pierre ou de salpêtre (salpetrœ), acquit une véritable importance, en formant un des principaux ingrédients dp feu grégeois et de la poudre à canon (1).
Quant à la pierre d'Assos, dont parlent Pline et Dioscoride, c'était probablement l'alunite ou une espèce d'alun naturel (alun à base d'alumine et de potasse).
Sel marin (chlorure de sodium).
Le sel marin est le sel par excellence (2). — Nil sole et sale utilius ; rien n'est plus utile que le soleil et le sel, disait un vieil adage romain, dont personne ne contestera la justesse. Le sel, si nécessaire pour nous faire savourer nos mets, sert en môme temps, dans toutes les langues, anciennes et modernes, à désigner les saillies de l'esprit. Nam ita sales appellantur : omnisvitx lepos, et summa hilaçitas, laborumque requies.
Les rations militaires consistaient, dans les premiers temps de Rome, enpain et en sel; de là vint le nom de salaire appliqué à la solde de la troupe. Du pain et du sel, voilà la frugale nourriture de ce peuple qui devait conquérir le monde et appeler son empire orbis terrarum.
Dans les sacrifices, l'offrande n'était jamais présentée sans sel (nulla conjiciuntur sine mola salsa) (3).
Le sel, qui, après le pain et l'eau, est la substance la plus nécessaire à la vie matérielle de l'homme, est aussi, par une sage prévoyance, l'une des matières les plus abondamment répandues
(1) Voy. MM. Favé et Reinaud, Histoire de P Artillerie, lre partie (du Feu grégeois ), p. 17.
(2) Le nom de sal (sel) dérive, selon Isidore, deexsilire, décrépiter. Isid. Orig., wi. En effet, le sel décrépite sur les charbons ardents.
(3) Pline» xxxi, 41. Horace, Sa tir., h, 2.
dans la nature. La mer en fournissait la plus grande partie : on faisait arriver Peau de mer, au moyen d'écluses, dans des étangs ( stagna ), où elle s'évaporait spontanément par la chaleur du soleil, en laissant le sel sous forme de dépôt (1). C'était le système des marais salants, tel qu'il se pratique encore aujourd'hui. Ces marais étaient appelés salinœ; il y en avait dans l'île de Crète, et sur quelques points du littoral de l'Italie et de l'Afrique.
Dans les Gaules, en Germanie, en Cappadoce, ainsi que dans beaucoup d'autres pays de l'empire romain, on exploitait, comme on le fait encore aujourd'hui, desfontaines salées. Dans les climats chauds, ces fontaines étaient évaporées par la simple chaleur du soleil; dans lesclimats plus froids, comme dans les Gaules et dans . la Germanie, on employait, à cet effet, la chaleur artificielle : « Dans ces pays, on verse, dit Pline, l'eau salée sur des charbons ardents (-2). »
Enfin, on exploitait en Cappadoce, à Agrigente, àTragasée, à Oromène, des mines de sel fossile ou de sel gemme (3). Ce sel est beaucoup plus difficile à fondre que le sel cristallisé, obtenu par voie d'évaporation; car ce dernier fond facilement dans son eau de cristallisation, tandis que le premier, ne subissant que la fusion ignée, exige une température beaucoup plus élevée. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre Pline, quand il dit que le sel d'Agrigente et de Tragasée résiste au feu (ignium patiens), qu'il n'y décrépite point (in igné nec crépitât nec exsilit), mais qu'il fait effervescence dans l'eau (ex aqua exsilit) (4).
A ces indices il esU impossible de ne pas reconnaître le sel gemme, analogue à celui de Wieliczka en Pologne.
Ainsi, les anciens savaient fort bien distinguer le sel gemme, désigné par le nom générique sel, du sel marin obtenu par la voie humide; car ils avaient observé que le premier est plu& difficile à fondre, et qu'il fait effervescence dans l'eau ; caractère^ que le sel ordinaire cristallisé ( non fossile) ne présente point- Pline se sert ici de l'expression ex aqua exsilire (littéralement
(1; Pline, xxu, 77; Dioscoride, x, 127.
'2) Galliae Germaniaeque ardentinus lignis aquam salsam infundunt. Plin^