‹ Histoire de la chimie (volume 3)Chapitre 17 sur 31 · XXXI · texte numérisé non relu

XXXI

(3) Pline, ibid.\ Aulu-GeJle, u, 2; Sidoine, ix, Epist. 12.

(4) Pline , xwi, 39. ' ' s

sauter hors de l'eau), comme s'il avait su qu'il se dégage quelque chose pendant l'effervescence (1).

Indépendamment de ses usages culinaires, le sel commun était employé dans la salaison, pour conserver les viandes et les poissons, et dans le traitement d'un grand nombre de maladies (2). Varron rapporte que les habitants des bords du Rhin remplaçaient le sel marin et le sel fossile par la partie saline des cendres des plantes qu'ils brûlaient (3) ; ce sel devait être sensiblement caustique, môme pour les guerriers de la Germanie.

Sel ammoniac (chlorure d'ammonium).

La forme cristalline de ce sel ne permet pas de le confondre avec le précédent. Aussi est-ce presque exclusivement d'après la forme cristalline fibreuse (longis glebis rèctis, scissuris) que l'on distinguait le sel ammoniac du sel marin. « Le sel ammoniac (to 5%ufjLcovtaxov), dit Dioscoride, est facile à diviser dans le sens de ses fibres droites (4). »

C'est dans les sables de la Cyrénaïque que, selon les auteurs anciens, se rencontrait principalement le sel ammoniac. Cette circonstance lui a valu sans doute le nom qu'il porte; car ammos {aufxoç), en grec, signifie sable.

Alan. — Alumine (5).

Les anciens admettaient plusieurs espèces d'aluns, suivant la différence des localités (6). 'C'est ainsi qu'ils nous parlent des aluns de Mélos, de Chypre, d'Arménie, de Macédoine, d'É-

(1) On sait que; pendant l'effervescence de quelques sels gemmes dans Peau, il se dégage des gaz, notamment de l'hydrogène et des carbures hydrogénés.

(2) Pline, xxxi, 39 et 40.

(3) Varron, De reruslica, î, 7.

(4) Dioscoride, ▼, 126.

(5) Le mot alumen vient, selon Isidore de Séville, de lumen (quod lumen co« Joribus praestat tîngendis). Isid., Orig., xvi.

(6) Pline, xxxx, 52.

gypte, de Lipara et de Sardaigne. Parmi ces aluns, ils distinguaient l'alun dissous dans l'eau, d'un aspect laiteux, portant le nom de phorimon, et l'alun sophistiqué avec la noix de galle (quod inficiatur galla), appelé par aphor on. Ils mentionnent aussi l'alun schisteux et l'alun plumeux ou chevelu (trikhite) : ce dernier n'était probablement que l'asbeste ; car Pline paraît lui refuser la propriété d'être astringent, et « l'astringence est, dit-il, une propriété commune à toutes les espèces (1). »

C'est pourquoi les Grecs appelaient l'alun stypteria (fftuTtnipta), d'où vient notre expression de styptique, appliquée à toute substance d'un goût acerbe et astringent.

D'après Pline, l'alun le plus renommé était celui de Mélos; selon Dioscoride, c'était l'alun schisteux (2). Voici comment on cherchait à reconnaître la pureté de l'alun : « On fait, dit Pline, tomber du suc de grenade sur l'alun ; si ce dernier noircit, c'est un signe de sa pureté; dans le cas contraire, c'est un indice qu'il est falsifié (3). »

D'après cette épreuve, l'alun des anciens ne serait que du vitriol (sulfate) de fer. Carie suc de grenade (acide tannique) ne noircit l'alun qu'autant qu'il contient du fer, ce qui a presque toujours lieu pour l'alun naturel ; et même l'alun obtenu artificiellement en est rarement exempt.

Les auteurs anciens se taisent sur la composition de l'alun, à l'exception de Pline, qui se contente de dire qu'il se compose de terre et d'eau ( ex aqua limoque), et qu'on le décompose en le réduisant en cendres sur des charbons incandescents ( coquitur per se carbonibus puris, rïonec cinis fiât).

L'alun était destiné absolument aux mêmes usages auxquels nous le faisons servir aujourd'hui ; dans les arts, pour la préparation des laines, des cuirs; en médecine, pour arrêter des hémorrhagies, pour toucher les ulcères de la bouche, pour raviver les chairs et nettoyer les plaies de mauvaise nature, comme répercussif de la transpiration de la peau, etc.

La terre de Samos {terra Samia), la terre d'Étrurie, celle de Chio et la terre Cimolienne étaient blanches ou grises, douces au toucher et happant à la langue (linguœ glutinosœ).

(1) Summam omnium generumvis in astringendo. Pline, xxxv, 52.

(2) Dioscoride, v, 123.

(3) An sit adulteratum deprehenditur succo punici mali; sincerum enim mixtura ea nigrescit. Pline , xxxv, 52.

Ces terres n'étaient autre chose que de Pargile (alumine impure), partie constitutive de l'alun. On les employait dans les emplâtres siccatifs, ou pour en faire des trochisques (1).

Poterie* — Faïence ( vasa flctilia ).

La terre ouj'argile de Samos et d'Arretium ( Italie ) était la plus estimée pour les ouvrages de poterie. L'argile rouge (ferrugineuse) servait à faire des objets de tout genre, des assiettes, des coupes, des tonneaux à renfermer le vin, des tubes pour administrer l'eau chaude dans les thermes, des tuiles plates ou à rebord, voire môme des cercueils. L'état de potier était si estimé que, déjà du temps deNuma, il fut institué un septième collège, en faveur de la communauté des ouvriers en poterie et en faïence ( collegium figulorum) (2).

Les. villes de Tralles (Lydie), d'Érythres (Ionie), d'Adria, de Rhégium et de Cumes, étaient célèbres pour leurs fabriques de poterie. Les amphores de Cos étaient si estimées que les riches patriciens cherchaient, par de semblables cadeaux, à capter les suffrages des plébéiens. Les vases signiens étaient faits avec des tessons brisés, incorporés dans une pâte de chaux. Ils étaient renommés pour leur solidité et leur dureté.

Les Grecs construisaient en briques la plupart de leurs édifices ; on en distinguait plusieurs espèces, suivant la couleur ou le degré de consistance de la matière. La muraille d'Athènes qui regarde le mont Hymette était en briques, ainsi que beaucoup de palais et d'édifices publics. Le temple de Jupiter à Patras(Achaïe), le palais d'Attale à Tralles, celui de Sardes, le mausolée à Halicarnasse, tous ces monuments, qui existaient encore du temps de Pline, étaient en briques. Les maisons de Rome n'en étaient point, à cause d'une loi édile qui défendait que les maisons en briques eussent plus d'un étage (3).

(t) Pline, xxxv, 57 ; Dioscoride, v, 172; Aëliua, h, 6.

(2) Pline , xxxv, 56.

(3) Vitruve, n, 31 ; Pline, xxxv, 49.

Vases murrhins (f )•

Les vases murrhins, si célèbres dans l'antiquité, ne furent connus à Rome que vers la fin de la république. On en vit alors, pour la première fois, au triomphe de Pompée, après la guerre du Pont. Ils étaient fort chers ; car une coupe murrhine, de la capacité d'à peu près un demi-litre, se vendait jusqu'à 70 talents ( environ 170,000 francs ). Néron en acheta une au prix de 300 talents (environ 720,C00 francs). A cette occasion, Pline se demande, en gémissant, comment un père de la patrie pouvait boire dans une coupe si chère (2). Il ajoute que Néron ne rougissait pas de recueillir jusqu'aux débris de ces vases, de leur préparer un tombeau et de les y placer, à la honte du siècle (in dolorem sœcw/t), avec le même appareil que s'il se fût agi de rendre honneur aux cendres d'Alexandre.

« Les vases murrhins, continue Pline, n'ont pas beaucoup d'éclat, bien qu'ils soient luisants. On estime ceux qui sont de différentes couleurs, et qui offrent des lâches jaunes, rouges ou lactescentes. »

On a beaucoup discuté pour savoir de quoi étaient composés ces vases. Selon quelques auteurs, ce n'était rien moins que de la porcelaine de Chine ou du Japon (3). A l'appui de cette opinion, on soutenait que les Parthes, de qui les Romains tenaient cette marchandise, étaient des pirates, iuterceptant le commerce que les anciens faisaient avec les Indes et la Chine par la mer Rouge (4). D'autres avançaient que la matière murrhine était une espèce de pierre précieuse, « le jaspe, l'onyx, l'obsidienne. » Quelques-

(1) Suivant Saumaise, le mot murrha est latin, et signifie nacre de perle. D'après N. la grange, ce mot est oriental et rappelle Plie de Mauri où Ton aurait fabriqué les vases murrhins.

(2) Memoranda res tanti imperatorem patrcmque patrix bibisse. Pline, xxxvii, 7.

(3) Cette opinion a été soutenue par Mariette ( Traité des pierres gravées), et, par N. Lagrange ( Excursus de Murrhinis poculis), à la fin du tome 11 des Œuvres de Sénèque de Pédit. de Douillet (Collection des classiques latins de Lemaire).

(4) Suivant Properce, les vases murrliin< étaient cuits dans les foirrnaux mêmes de> Parthes : Murrhena in Parthis pocula coda focis. Lib. iv. Eleg. v,

uns enfin, réfutant à leur manière ces deux opinions principales, cherchaient à en établir d'autres également inadmissibles.

A notre jugement, les vases murrhins n'étaient autre chose que des vases de cristal opaque. D'abord les auteurs anciens qui en parlent les placent eux-mêmes dans la même classe que les objets de cristal (1); ensuite, ces vases avaient à peu près la môme épaisseur que ceux de verre; enfin, malgré les taches laotescentes ou colorées (qu'on obtient facilement en faisant fondre la matière vitreuse avec du phosphate de chaux et des sels de fer ou de plomb), ils conservaient encore une certaine transparence.

Mais ce qui vient surtout à l'appui de notre opinion c'est que, d'après ce qu'en rapportent les anciens, ces vases ne paraissaient pas pouvoir supporter une température élevée, sans se déformer ou même se fondre. Enfin, Pline lui-même parle de la fabrication d'un verre blanc, qu'il appelle murrhin [vilrum murrhtnum ) (2).

La matière murrhine n'était pas très-dure, s'il faut en croire Pline, qui prétend avoir vu un seigneur romain ronger de plaisir le bord d'un de ces vases (obamorem abroso ejus margine) (3). Ce fait aurait dû suffire pour détruire d'avance l'opinion que la matière murrhine était notre porcelaine.

Silice. — Verres (silicates alcalins artificiels).

La silice (pierre à fusil, silex) constitue, après la chaux, la plus grande partie de la croûte terrestre. Le sable, les roches aréna-

(0 C'est ainsi que Martial plaisante sur les coupes, dont le défaut de transparence masquait la qualité du vin :

Nos bibimus vitro , tu myrrha , Pontice : quare ? Prodat perspicuus ne duo vina calix. (Lib. iv, Epig. 86.)

Ailleurs (lib. xiii, ep. 110 et lib. x, ep. 80), ces mêmes vases sont désignés comme peints et ayant des couleurs distribuées par plaques : Surrentiua bibis ? nec murrhina picta, nec aurum sume. Piorat Eros, quoties maculosœ pocula murrhae inspicit.

fomp. Sénèque, de Beneficiis, VII, 9, et Epistol. CX1X, 4 et CXX11I, 6. (î) Pline, xxx vu, 7.

(3) Pline , xxxvii, 7.

cées, le granit, le quartz, ont pour élément la silice. Mais celleci ne se distingue pas seulement par son abondance, mais encore par sa grande dureté. Son usage est indispensable dans la fabrication du verre. •

Les anciens comptaient plusieurs espèces de silice, suivant les différentes couleurs qu'elles présentaient ; ils leur reconnaissaient à toutes un caractère commun, celui de résister à l'action du feu (quibusne quidem ignisnocet). La silice est effectivement -une de ces pierres qui ont passé pour infusibles jusqu'à la découverte du chalumeau à gaz.

Les roches siliceuses étaient travaillées pour en faire des moules dans lesquels on faisait fondre des ouvrages d'airain (1). Les Romains choisissaient ces roches de préférence pour la construction des ouvrages de maçonnerie les plus solides, construction dans laquelle ils excellaient.

Néron avait reconstruit le temple de la Fortune de Seïa tout entier en cristal de roche (silice pure, transparente); en sorte que tout le monde s'émerveillait du phénomène de la réfraction de la lumière, qu'offrait ce temple dans son intérieur (2).

Le cristal déroche, appelé phengite (de cpaetvoç, brillant), était aussi employé en guise de miroirs. «Je puis affirmer, dit Pline, que ce cristal naît dans les rochers des Alpes (3). »

La fabrication et l'usage du verre étaient depuis longtemps connus en Egypte et en Phénicie (4). Du temps de Pline, on commençait à établir des verreries dans les Gaules et en Espagne. Cependant le verre était encore fort cher à Rome à l'époque des premiers empereurs, puisque Néron paya deux coupes de verre d'une capacité médiocre, au prix de 6,000 sesterces (environ %600 francs ), et Pline nous apprend que les vases de verre étaient même préférés aux vases d'or et d'argent.

Voici comment cet auteur raconte la fabrication du verre : «Une verrerie se compose de plusieurs fourneaux contigus, comme ceux des fondeurs de cuivre. On fait d'abord fondre, dans un premier fourneau, du sable blanc pilé, recueilli à l'embouchure du Vulturne, avec trois parties de nitrum (carbonate

(1 ) Pline, xxxvi, 48. Ex us formœfiunt, in qui bus sera funduntur.

(2) Pline, xxxvi, 46.

(3) Nos affirmare possumus in cautibus Alpium nasci. xxxvi, 46. (4)Voy. p. 63.

de potasse ou de soude) (I). On reprend ensuite cette masse

fondue et refroidie (appelée ammo-nitron, sable-nitre) pour la

faire recuire dans un second fourneau. C'est après cette seconde

fusion que Ton obtient le verre pur, sous la forme d'une masse

vitreuse et transparente [massa vitri candidi). Cette masse est

ensuite travaillée dans les ateliers , où les uns lui donnent en

soufflant la forme qu'ils veulent (aliud flatu figuratur), tandis

que les autres la façonnent au tour ou la cisèlent, comme une

matière d'argent ( aliud torno teritur, aliud argenti modo cxla-

tur ) (2). »

Ainsi, les anciens en savaient presque autant que nous sur la Fabrication, du verre.

Les Romains et les Grecs , auxquels leurs richesses permettaient ce luxe, buvaient dans des coupes de verre (3). Ils se servaient aussi du verre pour orner les murs de leurs appartements, à peu près comme nous ornons les nôtres avec des glaces et des trumeaux (A).

Pline mentionne des miroirs de verre qui provenaient des fabriques de Sidon; mais il n'en donne aucun autre détail (5). Les lames de verre servant de clôture transparente à certaines parties des habitations, les carreaux de vitre , qui nous font jouir du bienfait de la lumière, à l'abri du froid et des injures de l'air, ne paraissent guère avoir été connus antérieurement au premier siècle de notre ère (6). Avant cette époque, Us riches employaient, au lieu de vitres, la corne, les pierres transparentes, telles que la pierre spéculaire (verre de Moscovie), la phengite (cristal de roche), l'agate, etc.; les pauvres restaient exposés à toutes les injures de l'air (7).

(1) On y ajoutait une certaine quantité d'oxyde de fer (aimant), et même quelquefois des coquilles de crustacés. Pline, xxxti, 66.

(2) Pline, ibid., 66.

(3) Aristoph., in Arachn., v, 73 et 74 : è7tivo|iev èÇ OaXivuw éx7rou.<XTu>v , °oas bûmes dans des vases de verre.

(4) Sénèque, Bpist. 86. Pauper sibi videlur ac sordidus, nisi parietes ntagnis et pretiosis orbibus refulserunt, — nisi vitro absconditur caméra.

(5) Pline, xxxvi, Se. Dutens (Origine des découvertes, etc., 2 vol.; Paris, 1812) 8« trompe évidemment, quand il prétend que Pline parle, dans le passage criti - ^é, de miroirs de verre et de feuilles d'or appliquées derrière, au lieu de wercwrc, etc.

(6) Lactance, De opificio Dei, c. 8.

(7) Plutarque, Placit., ni, 5 ; Sénèque, Epist., 90; Martial, vin, Épig. 14 et 68.

Les fenêtres des palais impériaux à Rome étaient encore , au premier siècle de notre ère, construites avec ces matières, comme nous l'apprend Philon dans son ambassade auprès de Caligula: « Cet empereur courut dans une grande chambre , et , se promenant de long en large, il ordonna qu'on ouvrît les fenêtres, faites en pierres presque aussi transparentes que le verre; elles n'interceptent point la lumière, tout en empêchant le vent d'y pénétrer, et elles préservent de la chaleur du soleil (i). »

On a trouvé, en 1778, dans les fouilles de Pompéi, près de Naples, des salles de bain, garnies de fenêtres en verre aussi belles que les nôtres (2).

L'étude de ces carreaux de verre fut reprise dé nos jours par M. Bontemps (en 1862). Par quel procédé les anciens obtenaient-ils ces grandes plaques rectangulaires dont plusieurs mesurent 72 centimètres sur 54 centimètres? Les obtenaientils par le soufflage ou par le procédé, plus simple, du coulage? La présence de bulbes d'air et quelques autres particularités démontrèrent à M. Bontemps que les antiques vitraux de Pompéi sont le résultat d'un simple coulage. L'analyse chimique a établi la presque identité de leur composition avec celle de nos vitres actuelles (3).

Pline rapporte , comme un bruit qui courait de son temps, qu'on avait découvert, sous le règne de Tibère, un procédé pour rendre le verre flexible, au moyen d'une espèce de trempe, mais que l'atelier de l'inventeur fut irréparablement détruit, afin de prévenir la dépréciation qu'auraient subie le cuivre, l'argent et l'or (4).

Verres colorés. — Pierres précieuses, naturelles et artificielles.

Pline parle d'une espèce de verre noir, qu'il appelle

(1) Philon, Delegatione ad Calum Caligulam.

(2) Dntens, Origine des découvertes, t. u. *

(3) Comptes-rendus de V Académie des sciences, de Paris , mai 1862. M. Claudet a trouvé les Vitres de Pompéi composées de silice 69 ; chaux, 7 ; soude, 17; alumine, 3; oxyde de fer 1; manganèse et cuivre, traces.

(4) Pline, xxxvi, 66; Conf. Petron. Arbit. ; Dion Cassius, lvii, p. 617; Isid., Orig.y xvi, 15.

obsidien, à cause de sa ressemblance avec la pierre portant le même nom (1). « J'en ai vu, dit-il, des statues massives représentant l'empereur Auguste, qui aimait beaucoup ce genre de verre. On le fabrique dans les verreries où Ton colore le verre {fit et tincturœ génère obsidianum). On fabrique aussi du verre rouge de sang, appelé hœmatinon ( de aï^a, sang), puis du verre blanc, du verre murrhin , du verre qui imite le saphir, l'hyacinthe, enfin des verres de toutes couleurs {ex omnibus aliis coloribus). Nulle matière n'est plus maniable (sequacior), plus propre à prendre toutes les teintes. »

Les abraxas, les amulettes, et les espèces de jetons appelés abaculi, dont on voit des échantillons dans nos musées, témoigneraient suffisamment, en l'absence de toute autre preuve, en faveur de la connaissance qu'avaient les anciens de la fabrication des verres colorés.

Dans une contrée de l'Arabie, voisine de l'Egypte, on faisait, suivant Diodore, du cristal par le moyen d'un feu divin (Ô7co ôetou irupoç). Ce cristal recevait diverses couleurs par le dégagement d'un esprit ((J<x<p5ivai iroXukuop<po>ç àvaôufjuaasi irvEu^atoc). On fabriquait des émeraudes et des béryls dans des forges d'airain. «Toutes ces couleurs sont, ajoute Diodore de Sicile, II, 52 (tome I, p. 172 de notre traduction, 2e édit. ), un effet de la lumière (x& ypwtAara to cpôiç àTtepydtÇEaôoa). )>

Rien de plus obscur que l'histoire des pierres précieuses. Il est impossible de se reconnaître au milieu de ce déluge de dénominations, telles que onyx, sardonyx, chrysoprase, œrizusa, cyanos, capnias, jasponyx, chryselectron, leucochryse, mélichryse, astros, iris, alectqrie, etc. (2).

Au reste, il nous importe peu de savoir si l'anneau de Polycrate, retrouvé, dit-on, par un cuisinier dans le ventre d'un poisson, était une topaze ou un saphir, ou si l'anneau de Pyrrhus, sur lequel on voyait gravés Apollon et les neuf Muses, était un corindon ou un rubis.

Le diamant (adamas) était tout .aussi estimé des Grecs et des Romains qu'il l'est de nos jours. Sa dureté était, depuis long-

(1) Ad similitudinem la pi dis qvmn in Mlhiopxa invenit obsidius,nigcrrimi coloris, aliquando et translucidi. Pline, xxxvi, 67.

(2) Pline donne, à la fin de son Histoire naturelle ( xxxvii , 52 et suiv.), une lifte des pierres précieuses.

temps passée en proverbe. Pline parle de la cristallisation du diamant à six faces et à six angles (1). On exploitait des mines de diamant en Ethiopie.

Les Romains mettaient surtout un grand prix à l'émeraude (smaragdus). Le dictateur Sylla se servait d'un cachet ea émeraude, représentant Jugurtha livré aux Romains. Le sceau de Mécène, ministre et favori d'Auguste, avait la forme d'une grenouille. « On redoutait , dit Pline , beaucoup ce sceau, parce qu'il servait à sceller les édits pour la levée des impôts. » Néron regardait à travers une émeraude les combats des gladiateurs.

Les rubis (carbunculi) étaient aussi en grande faveur. On en faisait venir des Indes et du pays des Garamantes. On appelait rubis femelles ceux dont l'éclat était plus faible (2).

De toutes les pierres précieuses, celles qu'on imitait le plus communément étaient l'émeraude et le rubis. On imitait l'émeraude au moyen du cuivre incorporé dans une masse vitre'use, et le rubis au moyen du fer. Mais ce qui ne doit pas moins nous surprendre, c'est qu'on savait déjà fort bien distinguer une pierre artificielle d'une pierre naturelle. Dans ce but, on se servait d'une pierre dure, siliceuse (cotes), qui devait entamer ou rayer l'une, et laisser l'autre intacte. « Car, ajoute Pline, la matière des pierres imitées est plus tendre (mollior enim matériel). » On les distinguait également au poids, ainsi qu'à d'autres caractères extérieurs. «Toutes le^ pierres précieuses, vraies ou fausses, sont rayées par le diamant. »

Ce serait le cas de tracer le tableau du luxe effréné des empereurs et des dames romaines, de la magnificence que les vainqueurs déployaient dans les triomphes. Mais ce serait une digression déplacée ici.

Couleurs.

La connaissance que les anciens avaient des couleurs nous intéresse plus particulièrement. On s'accorde à croire que les Grecs et les Romains ont emprunté la connaissance des

(i) Pline , xxxvh, 15.

(2)Id., ibid., 25.

couleurs, et de leur application à la peinture, aux Phéniciens et surtout aux Égyptiens. Déjà du temps d'Auguste on reprochait aux peintres de se servir de mauvaises couleurs qui se détérioraient promptement; et on leur citait, sous ce rapport, comme des modèles, les chefs-d'œuvre d 'Apelles, de Mélanthe,de Nicomaque, et d'autres, dont on admirait la parfaite conservation. Nous faisons aujourd'hui le même reproche à nos artistes, en citant, comme des modèles à imiter, les tableaux du Corrége, de Raphaël, de Rubens, où les couleurs se sont conservées, depuis des siècles, avec la fraîcheur qui les caractérise. A quoi cela tient-il? Cela tient à ce tous ces grands maîtres avaient très-bien compris la nécessité de préparer eux-mêmes leurs couleurs, et que ceux qui recourent pour cela à des mercenaires, qui partout ne songent qu'à leur intérêt, sont sûrs d'être mal servis. Apelles, Mélanthe , Nicomaque, n'étaient pas seulement de grands peintres dans l'acception propre de ce mot, ils étaient aussi initiés à toutes les pratiques qui, de près ou de loin, touchaient à leur art. Ce fut ainsi que, vingt siècles plus tard, les immortels maîtres des écoles flamande et italienne ne dédaignaient pas de préparer eux-mêmes leurs couleurs; leur exemple devrait être suivi par les artistes de tous les temps.

Cicéron, eji parlant de l'école grecque, dit qu'on ne faisait autrefois usage que de quatre couleurs, et, parmi les peintres giecs, alors les plus renommés pour le coloris, il cite Zeuxis, Polygnote, Timante, Aétion, Nicomaque, Protogène et Apelles (1).

Pline , qui vivait plus de cent ans après Cicéron , remarque que les quatre couleurs dont se servaient les peintres grecs étaient le blanc, le noir> et les ocres jaune et rouge (2). Mais il se trompe quand il nomme Apelles comme s'étant servi seulement de quatre couleurs; car, dans le tableau qui représentait Vénus sortant de V écume de la mer (àvaSuofxévr,) et qu'il admirait tant, la mer était couleur d'azur.

Les ocres jaune et rouge, le blanc et le noir, étaient les couleurs les plus employées par Protogène et Apelles; ce sont ces mêmes couleurs que l'on remarque aussi dans les plus beaux

(l) Çic. in Bruto, seu de Claris oratoribus, c. xyiii. (î) nist.nat.,x\x\, 31.

chefs-d'œuvre de Raphaël et du Titien. Le Saint Marc et la Vénus offrent des exemples remarquables de peintures dans lesquelles toutes les teintes foncées sont évidemment produites par des ocres jaune et rouge, et par des substances carbonacées (4).

Le sentiment du beau est le même chez tous les peuples civilisés de TOccident, et à toutes les époques les grands artistes se servent des mêmes moyens pour le satisfaire. Il y a ici un rapport digne de nos méditations.

Dans tous leurs sujets historiques et moraux, les artistes de la Grèce étaient très-sobres de teintes brillantes; semblables eu cela aux grands peintres des écoles romaine, espagnole et flamande, dont les tableaux ont un ton sévère et, autant que possible, uniforme.

Passons maintenant à la description de chacune des couleurs en particulier.

Pourpre.

Nous avons déjà mentionné cette couleur (2); nous allons nous y arrêter davantage.

Y avait-il plusieurs espèces de pourpre? Quels étaient les procédés de teinture anciennement usités (3)?

Suivant Aristote, il y avait plusieurs mollusques qui fournissaient la pourpre. « Les coquillages, dit-il, qui vivent dans les /golfes (de la Méditerranée) sont grands et garnis d'aspérités; la plupart ont une fleur noire , quelques-uns l'ont rouge, et en ^petite quantité. Ceux qui naissent près des côtes sont petits, rmais presque tous à couleur rouge. Leur tissu est dense, et a l'aspect d'une membrane blanche qu'on enlève. Quand on

(1) Humphry Davy, Annales de la chimie, t. xcvi.

(2) Voyez plus haut, p. 60.

(3) Vers la fin du siècle passé , le gouvernement espagnol fit publier tous les documents relatifs à la pourpre des anciens , sous le titre suivant : Memovias sotoe la purpura de los antiguos, restaurada en Espa/ïa, que de orden de la realjunta gênerai de comercio y moneda se dan al publico; por don Juan Pablo Canals y Marti. Madrid, 1779, 4. On n'y trouve aucune observation

t neuve.

le pressé, il teint et colore la main; ce qui paraît être la fleur (matière tinctoriale) s'y ramifie cooame une veine (4). »

Selon Vitruve et Pline, qui copient ici en partie Aristote, la véritable pourpre était d'un rose foncé (2). On ajoutait à la liqueur, retirée des vaisseaux veineux des mollusques, une quantité proportionnée de sel (carbonate alcalin, environ 1 pour 100 de liquide), dans lequel on la laissait macérer pendant trois jours; ensuite on la faisait bouillir dans des chaudières de plomb {fervere inplumbo), jusqu'à réduction d'un seizième; enfin on essayait la liqueur en y trempant une étoffe de laine convenablement préparée par le lavage (vellus elutrialum mergitur in experimentum). On continuait à la concentrer jusqu'à ce que la couleur, ainsi soumise à l'épreuve, fût d'un très-beau rouge foncé. On laissait la laine, pendant cinq heures, plongée dans la teinture, puis on la retirait, et on la cardait pour l'y plonger •de nouveau, afin qu'elle fût bien imprégnée de la matière tinctoriale (3).

Pline raconte que les coquillages qui donnent la pourpre sont de deux espèces : l'une, plus petite, s'appelle buccin {buccinum), à cause de sa ressemblance avec l'instrument de ce nom; l'autre se nomme pourpre (purpura); le temps le plus favorable pour leur pêche était soit après le lever de la canicule, soit avant le printemps (4). Vitruve assure que la couleur différait suivant les pays; qu'elle approchait davantage du violet dans les pays du Nord, tandis qu'elle était plus rouge dans les contrées méridionales ; qu'on la préparait en battant le coquillage avec des instruments de fer, et que la liqueur pourpre séparée du reste de l'animal était mêlée avec un peu de miel (5),

Tout ce que les anciens nous rapportent des coquillages, tels que le murex et le buccin, comme fournissant la fameuse couleur pourpre, a été, par quelques auteurs , regardé comme fabu-

(1) Aristote, Hist. anim.9 v, 13.

(2) Pline, Hist. nat., ix, 60.

(3) Id., ibid., 62.

(4) Plin., ix, 61. Kéaumur pensait que la matière tinctoriale, renfermé» dans la veine ou poche de ces mollusques, est un amas d'oeufs de certains poissons, servant de pâture à ces animaux, et qu'il y a lieu de croire que cette pâture est trop indigeste pour eux, ce qui fait qu'ils la rejettent.

(5) Vilruve, vu, 14.

leux/ Cependant il existe plusieurs espèces de mollusques marins, notamment le murex brandaris et le purpura lapillus, qui donnent un liquide pourpre dont on se sert encore aujourd'hui , sur les côtes de l'Ecosse , pour marquer le linge. Ces espèces se rencontrent également sur les bords de la Manche et dans la mer Méditerranée:

Pendant tout le moyen âge , on s'était borné aux renseigne* ments qu'Aristote, Pline et Vitruve nous ont laissés sur les coquillages à pourpre. Vers le milieu du seizième siècle, Rondelet essaya le premier de rectifier les idées des anciens sur ces mollusques (1).

Les premières expériences pratiques sur la pourpre des anciens furent faites, au dix-septième siècle, par un Anglais (2). Elles furent plus tard reprises par Réaumur, pendant un voyage qu'il fit sur les côtes du Poitou (3).

D'après les recherches, plus récentes, de M. Lesson, la matière colorante en question serait fournie par plusieurs espèces de janthines( mollusques marins gastéropodes), et particulièrement par \dijanthina prolongata. C'est dans la Méditerranée, dit M. Lesson, que vit cette espèce. Elle est jetée parfois sur les côtes de Nar— bonne par les vents violents, de manière à joncher les grèves. Or, à Narbonne, existaient, du temps des Romains, des ateliers de teinture en pourpre très-célèbres, et il est presque certair* que la janthine était la véritable pourpre alors employée. Dti reste, les caractères distinctifs que Pline attribue aux animaux qui la fournissaient peuvent s'appliquer à la janthine de la Méditerranée.

Cette coquille est pélagienne , et vit sur l'eau par essaims de millions d'individus; elle est soutenue à la surface des mers par des vésicules aériennes que Pline appelle une cire gluante, et elle laisse échapper, aussitôt qu'on la relire de l'eau, une couleur très-pure, très-brillante, du rose violacé le plus-vif. Chaque coquille en renferme près d'une once dans le vaisseau dorsal du îpollusque. Cette couleur prend, par l'action des alcalis, une teinte verte. Ce que Pline appelle une langue est le corps et la tête de

(1) Rondelet, Histoire des poissons, etc. ; Lyon, 1553, in-fol. p 44.

(2) Philosoph. Transactions , t. XXV, année 1685; et Journal des savants, année 1686.

(3) Voy. dans les Mém. de VAcad. des sciences, année 1736 : Quelques expériences sur la liqueur colorante que fournit la pourpre.

l'animal, qui sont en effet arrondis et très-consistants. « Quelques essais imparfaits , continue M. Lesson , que nous essayâmes à bord de notre vaisseau, sur la couleur de la janthine, nous prouvèrent qu'elle pourrait servir de réactif précieux; car elle passe très-rapidement au rouge par les acides, et revient au bleu par les alcalis; par l'oxalate d'ammoniaque elle donne un précipité bleu foncé , et par le nitrate d'argent une couleur de cendre bleue très -agréable, qui nous a fourni une très-bonne nuance pour le dessin à l'aquarelle. »

Les anciens connaissaient aussi l'usage de certaines plantes pour teindre en pourpre. La teinture rouge ou violette ^égélale paraît être moins ancienne que la môme couleur, tirée du règne animal. Cetle dernière, déjà mentionnée par Homère (Iliade, VI, 294; Odyssée, XV, 424), s'appelait àXncop<pupoç, pour la distinguer de la pourpre végétale. Celle-ci venait particulièrement de la Lydie, de l'Arabie et même de l'Inde, tandis que la pourpre animale était d'origine tyrienne ou sidonienne. Il y avait v des pêcheries de pourpre non-seulement sur les bords de la Méditerranée , mais encore dans plusieurs endroits de la côte Atlantique de l'Europe et de l'Afrique (1).

Suivant Vitruve et Pline , on préparait une pourpre végétale (rouge, violetet rose foncé) avec la garance (erythrodanum, Diosc.) et avec une autre plante, appelée hysginum (2).

« On fait, dit Vitruve , des couleurs pourprées au moyen dé la craie de la racine de garance et de Yhysginum; de même qu'on peut, avec le suc de plusieurs fleurs et fruits, imiter toutes les autres couleurs (3). »

On ne sait pas au juste qu'elle est l'espèce de plante désignée Par hysginum. On croit généralement que c'est le pastel (isatis

(1) Voyez notre Phénicie dans V Univers pittoresque, Paris, 1852, p. 96.

(2) Les caractères que Dioscoride (m, 160) attribue à la plante qu'il appelle ipvôpôoavov conviennent parfaitement à ceux de notre rubia tinclorum. Celle plante était cultivée dans la Carie, en Galilée, et à Ravenne, en Italie. Le nom français garance vient de varantia ou veranlia, nom qu'on donnait, au moyen âge, à la racine du rubia iinct., et qui signifie couleur rouge, ou vraie couleur; xà àXrjOivà pourret, dit Myrepsus ( Salmasius ad Capitolini Macrinum, p. 169). — Ce fut au xvic siècle que Lemnius observa, pour la première fois, la coloration des os au moyen de la garance (De miraculis occultis nalurœ; Colon a* Agripp., 1581, 8.)

(3) Fiun l pur pure i colores infecta crela rubix radice et hysgino. Vitruve, vu, 14.

tinctoria). C'est ainsi qu'avec le bleu et le rouge on aura obtenir le violet pourpre, si estimé des anciens.

Parmi les autres plantes tinctoriales , Vitruve cite le vacc?*nium , dont les baies sont encore aujourd'hui employées dan s quelques pays du Nord pour teindre des étoffes (4), la vio-~ lette (viola) et le luleum%(herba luteum) , qui est probableiner** notre gaude (reseda luteola). I

Quant à la garance , les anciens la désignaient par Iç non*3 1 qu'elle porte encore aujourd'hui en botanique. Les Romains l'ap-"^ pelaient rubia (rubia tinctorum ) ; et les Grecs , erythrodanon (quv ~* donne le rouge). «Celte plante, qui sert à teindre les laine ^

et à tanner les peaux , est .employée en médecine comme dia

relique (2). »

Dioscoride en parle à peu près dans les mômes termes qu^^ Pline.

S'il restait encore quelque doute sur l'emploi de la garanc^^ chez les anciens , on n'a qu'à se rappeler que le nom même d^*^ rubia dérive évidemment de ruber, rubra, rouge (3).

Interrogeons maintenant les monuments qui nous restent d^ ,(* l'antiquité.

H. Davy rapporte qu'on a trouvé , dans les bains de Titus, u^^* vase de terre brisé (4), contenant une matière colorante ou laqu^ l(* d'un rose pâle, qui pendant dix-sept siècles s'est très-bien con^^~ servée, excepté la partie externe, qui s'était un peu altérée a^^"3 contact de l'air. Il résulte , de l'analyse qu'en a faite ce ce — lèbre chimiste, que cette laque est de nature organique, mêlé^^ de silice , d'alumine et de chaux. Et comme elle ne donne pa ^ l'odeur ammoniacale, particulière aux substances animales, ell^^ paraît être une matière organique non azotée. Est-ce une laqu^^ de garance? C'est probable, bien que Davy n'ose pas l'affirme^*

(1) Nous avons montré ailleurs (dans le Cosmos de 1864) que les vacciniez nigra de Vilrnve, de 'Pline, de Virgile, ne pouvaient pas êlre nos airelles (vaccin nium myrlillus), mais que c'étaient probablement les baies noires du troène. . (2) Rubia — qua tinguntur lanœ pellesque perficiuntur, in medicina uri~ nam ciet. Pline, xxiv, 56 ; Conf., xix, 17 ; Dioscorid., m, 160; Cœlius Aurelianus^ m, 5.

(3) Dans presque toutes les langues , le nom de celte plante rappelle l'usage qu'on en faisait.

(4) 11 ne faut pas confondre ce vase avec un autre, également rempli de différentes espèces de couleurs, dont Davy parle à la page 77 des Annales de-

chimie, vol. xcvi.

«Tune manière positive (4). Chaptal, qui a publié un Mémoire sur sept couleurs trouvées dans une boutique de Pompéi , en remai*- «qua une d'une belle teinte rose, semblable à la laque qu'on obvient en fixant la matière colorante de la garance sur l'alumine. « La conservation de cette laque, ajoute Davy, pendant dix.neuf siècles, sans altération sensible, est un phénomène qui doit étonner les chimistes. Les rouges pourpres des anciennes peintures à la fresque ( bains de Titus) sont des mélanges d'ocre rouge et de bleu de cuivre. Dans la Noce Aldobrandine , il y a un pourpre dans les habits de l'épouse ; mais sa teinte est trèsfaible , et ce pourpre paraît être un composé minéral de môme nature. Il ne fut point détruit par les solutions de chlore; et, - quand on en exposait un peu à l'action de l'acide muriatique , cet acide devenait jaune, et le reste donnait pour résidu une poudre bleue (2). »

Chacun admire la vivacité et la fraîcheur des couleurs dont sont peints- les hiéroglyphes qui ornent les gabbares des momies égyptiennes , conservées dans nos musées. Nous avons eu la curiosité de nous assurer nous-mêmé que le rouge et le jaune qu'on remarque parmi ces couleurs sont, non pas des oxydes métalli- ques, comme on pourrait le penser, mais des couleurs de nature organique. Est-ce delà garance, de lagaude, ou quelque ^utre substance tinctoriale organique? C'est ce qu'il est difficile d'affirmer, môme dans l'état actuel de la science. Qu'il nous suffise d'avoir établi que ce ne sont pas des couleurs minérales. Théophraste , Dioscoride , Vrtruve et Pline parlent d'un assez grand nombre de matières colorantes dont se servaient les artistes de l'antiquité; mais on n'avait fait, jusqu'à Davy, aucune expérience chimique pour s'assurer de leur identité avec celles qu'on trouve dans les monuments anciens, comme dans les peintures et les ornements des bains de Titus, dans les ruines appelées les bains de Livie, dans les débris des autres palais et bains de l'ancienne Home, et dans les ruines de Pompéi- H. Davy a donc bien mérité de l'histoire de la chimie, en analysant les échantillons de couleurs anciennes que lui avait procu-' rés son ami Canova , chargé du soin des travaux relatifs aux.

(1) H. Davy, Expériences et observations sur les couleurs dont se scrvaien>les. anciens, Annales de chimie, vol. xevi, p. 198.

(2) Annales de chim.9 vol. lxx., p. 199.

anciens arts à Rome. C'est à Davy que nous emprunterons la plu^part des détails qui doivent ici nous intéresser.

Couleurs ronge» et Jaune* •

Dès la plus haute antiquité , le vermillon était employé en peinture. On se rappelle l'épithète de jAiXiowapTioi, à joues rouges, qu'Homère donne aux vaisseaux des Achéens. Les censeurs de Rome étaient, par leurs fonctions, obligés, les jours de fête, de faire peindre la face de la statue de. Jupiter en vermillon ; et les généraux romains, témoin Camille (4), avaient la coutume, pendant leur triomphe , de s'en barbouiller la figure , à l'exemple des sauvages. Le" vermillon était également employé pour enluminer des caractères tracés sur de l'or ou sur du marbre, et jusqu'aux inscriptions des sépulcres , comme on le voit sur les cippes et sur d'autres monuments qui nous sont parvenus.

Il est bon de signaler ici une confusion de termes , assez com- . mune chez les auteurs. Le minium des Latins, ouïe jàiXto; des Grecs, signifie tantôt le vermillon (sulfure rouge de mercure), tantét le véritable minium (oxyde de plomb). Ainsi le môme mot se trouve appliqué à deux substances essentiellement différentes, et qui ne se ressemblent que par leur couleur.

Du reste, les anciens, entre autres Pline, ont eux-mêmes soin de nous avertir qu'il y a <» deux espèces de minium : l'un naturel, d'un beau rouge, provenant des mines d'Espagne (2) ; on l'appelait aussi cinnabaris; » c'est là notre véritable cinabre. Rome tirait annuellement de la province d'Espagne, sous forme d'impôt, dix mille livres de cette substance, dont le tarif était fixé par des règlements particuliers. «La société, à laquelle l'exploitation des mines d'Espagne était affermée, réalisait de grands bénéfices, en sophistiquant le vermillon par une foule de procédés (multis modis) (3). » — 11 est à regretter que Pline, qui nous donne ces détails , n'indique pas ces procédés.

Quant à l'autre espèce de minium, qui était de qualité infé-

(1) Pline, xxxiii, 36.

(2) Ces mines de mercure sont encore exploitées aujourd'hui.

(3) Hist. nat.t xxxui, 37-40.

rleure, c'est le minium proprement dit, appelé secondaire [secundarium) ou artificiel (1); car on le préparait en grillant le minerai de plomb (2). On distinguait le vermillon du minium, par le poids et par la beauté de la couleur. D'ailleurs, le. minium secondaire est, ajoule Pline , une espèce de rouille métallique (3).

Le minium était surtout employé pour peindre les murs. Mais, comme on savait que cette peinture s'altérait à l'air, il fallut trouver un moyen propre à remédier à cel inconvénient. Voici ce que nous apprennent à ce sujet Yitruve et Pline :

« Le minium est d'une nature faible et instable. A l'abri du contact de l'air, il se conserve parfaitement, tandis qu'il s'altère et noircit dans des lieux découverts, où l'air, les rayons du soleil et de la lune ont accès. Or, si Ton veut que le minium, appliqué sur un mur, conserve sa couleur, il faut le recouvrir, avec un pinceau (seta), d'une couche de cire punique, qu'on a fait fondre avec un peu d'huile. On approche du mur un réchaud plein de charbons incandescents, on le fait suer, puis sécher; enfln, on l'essuie avec des linges propres. De cette manière on rend le mur aussi brillant que du marbre, et la couleur du minium se conserve intacte (4). »

Parmi les autres couleurs rouges et jaunes minérales, les auteurs nomment les ocres (oxyde de fer jaune ou rouge), l'orpiment et la sandaraque (sulfure d'arsenic) (5). L'ccre jaune, l'espèce la plus estimée pour la peinture , provenait de l'Attique.

Ces témoignages sont confirmés par les monuments qui nous estent. Parmi les substances trouvées dans un grand vase de terre contenant des couleurs mêlées avec de l'argile et de la chaux, vase qui fut découvert, il y a environ cinquante ans, dans une chambre des bains de Titus, il y avait différentes espèces de rouge, qui furent toutes analysées par H. Davy. L'une d'elles, d'un rouge vif, était du minium ou de l'oxyde rouge de plomb ;

(1)On l'appelait aussi céruse calcinée, cerussa us ta. Pline dit que cette substance fut découverte accidentellement , pendant un incendie qui eut lieu au Pir*e, à Athènes.

(2)/6trf., 40. — Fitexusto lapide vents pennixfo.

itylbid. Rubigo quœdam melalit est.

(4) Vitruve f vu, 9 ; Pline , xxxm, 40.

(ô)Vitruve, vu, 7. Le nom de sandaraque était quelquefois appliqué au mintoip, comme on le voitliv. vii^c. 12.

une autre, d'un rouge pâle, était une ocre ferrugineuse; une troisième, d'un rouge pourpre, était également une espèce d'ocre ; enfin , une quatrième , d'un rouge vif, était du cinabre. On avait fait usage de toutes ces couleurs dans les peintures à la fresque des bains de Titus. On s'était particulièrement servi des ocres dans les ombres des figures, et du minium dans les ornements des bordures. Quant au cinabre, il formait la base de la couleur de la niche et des autres parties de la chambre dans laquelle fut trouvée la statue de Laocoon.

Dans un autre pot de terre, également tiré de ces bains, il y avait trois espèces de jaune , dont deux étaient des ocres mêlées avec des quantités variables de carbonate de chautf, et le troisième , une ocre jaune mêlée avec de l'oxyde rouge de plomt* - La couleur jaune se remarque dans différentes parties des bain^ y mais principalement dans les chambres les moins ornées, ^* dans celles qui étaient probablement destinées à l'usage desdc^*-* mestiques (4).

Quant aux sulfures d'arsenic (orpiment, sandaraque), Dair^J avoue n'avoir jamais vu que Ton en ait fait usage dans les ar»-- * ciennes peintures à la fresque. Un jaune foncé, qui approcha^** de l'orange, et qui couvrait une pièce de stuc dans les ruiner s près du monument de Caïus Gestius , consistait en un mélangr * de protoxyde et de peroxyde de plomb (2).

Couleurs bleues.

Nous avons à distinguer ici les couleurs bleues minérales de^ couleurs bleues organiques. Parmi ces dernières, on cite Vhys^ ginum [isatis tinctoria?), probablement notre pastel. Pline rap^ porte que les fleurs de violelte desséchées, soumises à lB décoction et filtrées sur de la craie d'Érétrie , donnent une nia- ; tière bleue avec laquelle on frelatait l'azur, qui, comme nous le verrons, est une couleur minérale.

Vitruve et Pline parlent du bleu indien qui était depuis peu

(l)H. Davy, Miscellaneous papersand researches, p. 135 et su.v. Lond. 1840 (t. Vides Œuvres complètes, publiées par John Davy, frère de Humphry).

(2) Ouvrage cité, p. 139. Annales de chimie, vol. xcvi, sur les couleurs des anciens . etc.

apporté à Rome. Ce bleu , de nature organique , était une espèced'indigo. Les Romains l'appelaient eux-mêmes indicum, en sousentendant cœruleum (bleu) (1). C'est de là que vient le nom dïwdico ou d'indigo, qu'il porte encore aujourd'hui.

Les couleurs bleues minérales étaient à peu près exclusivement fournies par les composés de cuivre et de cobalt; car ces deux métaux étaient confondus originairement sous la même dénomination.

Il y a, dans Vitruve, un chapitre remarquable sur la préparation du bleu; en voici les détails textuels : « La préparation du bleu fut primitivement inventée à Alexandrie, et Nestorius en a depuis établi une fabrique à Pouzzoles. L'invention en est admirable : on broie ensemble du sable avec de la fleur de natrum (carbonate de soude) (2), aussi menus que de la farine; on les mêle avec de la limaille de cuivre, et on arrose le tout avec un peu d'eau , de manière à en faire une pâte. On fait ensuite avec cette pâte plusieurs boules que l'on fait sécher. Enfin, on les chauffe dans un pot de terre (in urceQ fictili) placé sur un fourneau , en sorte que, par la violence du feu, la masse entre en fusion et donne naissance à une couleur bleue. »

Telle est la préparation du fameux bleu d'Alexandrie et de Pouzzoles.

C'était cette même couleur ou fritte ( produite par la fusion de la soude avec l'oxyde de cuivre) qui, d'après les analyses de H. Davy, avait été employée dans l'ornementation de quelques moulures, détachées du plafond des chambres des bains de Titus. « Les murs d'une chambre , entre les compartiments de marbre rouge, ont été, ajoute Davy, sûrement couverts de cette fritte ; ils en ont conservé encore des traces notables (3). » Les bleus de la Noce Aldobrandine sont également des composés de bleu d'Alexandrie ou.de Pouzzoles.

Dans une excavation faite à Pompéi , dans le mois de mai 1814, opération à laquelle Davy fut présent, on découvrit ua petit vase rempli d'une couleur bleu pâle; c'était un mélange de carbonate de chaux et de fritte d'Alexandrie (4).

(1) Pline, HisL nat,f xxxw, 57 ; xxxv, 12.

(2) Vilruve, vu, 9. Arena cum natri flore conteritur. La véritable leçon empruntée aux meilleurs mss. est nalri, au lieu de ni(rit qui se trouve dans presque toutes les éditions.

(3) Annales de chimie, vol. xevi, p. 87.

(4) H. Davy, Miscellaneotis papers, p. 142.

il 2 HISTOIRE DE LA CHIMIE.

Au rapport de Vitruve, on savait imiter le bleu indien ou Tin-' digo, en mêlant la poudre d'un verre coloré (tJaXo;) avec de \m> craie sélinusienne ou annulaire.

Davy pense que ce verre était coloré par l'oxyde de cobalt, et que la matière était semblable à notre smalt.

Les vases d'un verre bleu transparent , qu'on trouve dans les tombes de la Grande-Grèce, sont teints avec le cobalt. Tous les verres bleus transparents, grecs etromains, analysés par H. Davy, en contenaient (i).

Violet.

Théophraste et Pline parlent d'une espèce de lichen que plusieurs savants (Beckmann, Dillen, etc.) regardent comme identique avec Forseille (lichen roccella).

Théophraste rapporte que ce lichen ou fucus marin (xh ttovtiov <puxoç) se rencontre, sous des roches, dans l'île de Crète, et qu'on l'emploie pour teindre la laine en pourpre (2). La môme chose est rapportée par Pline (3).

La matière colorante du lichen n'a été isolée, sous le nom d'orcéiney que dans ces derniers temps, près de deux mille ans après Théophraste.

Couleurs Ter tes.

Les couleurs vertes minérales des anciens étaient toutes des carbonates ou des acétates de cuivre. H. Davy incline à penser que les acétates de cuivre, employés comme substances tinctoriales par les Grecs et les Romains, se sont, à la longue, transformés en carbonates.

On remarque différentes teintes de vert dans les bains de Ti-

(1) Annales de chimie, t. xcvi, p. 90

(2) Hist. plant., iv, c. 7.Comp. Dioscoririe, iv, &5.

(3) Pline, xxvi, 66; xxxn, 22. Voy. Bekmann, Beilrxge zur Geschichte (1er Erfindungen , ». i, p. 335.

tas, ainsi que sur les fragments trouvés dans les monuments de iaïusCestius". Dans un vase contenant diverses couleurs, il y avait rois variétés de vert différentes : Tune, qui approchait de l'olive; s'était de la terre verte commune de Vérone; l'autre était d'un vert d'herbe pâle; elle avait l'apparence du carbonate de cuivre avec de la craie ; et une troisième, qui était d'un vert de mer, se composait de cuivre mêlée avec la fritte de cuivre bleue (1).

Chrysocolle.

Cette substance est, suivant quelques commentateurs, le borax, qui sert à souder les métaux. Mais la chrysocolle était aussi employée comme couleur. Or celle-ci n'était que du carbonate de cuivre, mêlé à des phosphates alcalins ; elle servait ' aux orfèvres pour souder l'or; de là le nom de chrysocolle (xpuooç» or, et xoXXSv, souder ). Ces phosphates alcalins étaient fournis par l'urine; car Dioscoride et Pline disent expressément qu'on pré- . parait' la chrysocolle avec de l'urine et de Vœrugo de Chypre (carbonate de cuivre).

Couleurs noires et brunes.

Selon les auteurs grecs et romains, les couleurs noires étaient Wles avec des substances carbonacées, soit avec la poudre de charbon, soit avec le noir de fumée, tel qu'on l'obtient par la combustion incomplète des résines.

Ceci est en partie confirmé par l'analyse des couleurs qu'on rencontre sur les anciens monuments. Dans un vase antique rempli de couleurs mélangées, Davy trouva différentes espèces de brun ; l'une d'elles avait la couleur du tabac, une autre était d'un rouge brun, et la troisième d'un brun foncé. Les deux Premières se trouvèrent être des ocres mêlées d'une matière or- Sanique (noir de fumée); la troisième contenait de l'oxyde de Manganèse, ainsi que l'oxyde de fer.

(I) H. Davy, Mistellaneous papers, p. 144 et suiv.

- Les* anciens connaissaient évidemment les mines de manganèse , à juger par l'usage qu'ils en faisaient dans la fabrication des verres colorés. Deux échantillons d'un vase pourpre romain étaient, d'après une analyse faite par Davy, peints avec de l'oxyde 4e manganèse.

Les bruns, dans les peintures des bains de Livieet dans la Noce Aldobrandine, sont tous des mélanges d'oxyde de fer et de noir de fumée.

Couleurs blanche*.

Théophrasîe, Dioscoride, Vitruve et Pline décrivent la céruse comme la couleur blanche la plus commune, et ils en indiquent l'emploi en peinture. Ils parlent aussi de diverses espèces de craies et d'argiles destinées au même usage.

Cependant Davy dit n'avoir pas rencontré la céruse dans l 'analyse des couleurs anciennes.

Application des couleurs*

Les couleurs employées dans la peinture à fresque étaient appliquées humides à la surface d'un stuc formé de marbre pulvérisé et lié par la chaux. Le plafond et la muraille des édifices romains étaient, selon Vitruve, composés de trois couches distinctes de ce stuc; la première était de marbre grossièrement pulvérisé; dans la seconde, la poudre de ce marbre était plus fine ; et dans la troisième, elle était plus fine encore.

Ces témoignages sont confirmés par les monuments. Les stucs des bains de Titus et deLivie sont de la plus fine espèce, ainsi que la base de la Noce Aldobrandine. Ils sont d'un très-beau blanc, presque aussi durs que le- marbre, et il est facile, d'y distinguer la pierre calcaire pulvérisée à différents degrés de finesse.

C'est en partie d'après ces caractères qu'on évalue l'antiquité des ruines de Rome. Dans les maisons qui ont été bâties au moyen âge ou plus récemment, le ciment calcaire se trouve toujours mé-

langé avec des débris de lave, au lieu du marbre pulvérisé , et les stucs de ces maisons sont gris ou bruns, et très-grossiers dans leur texture (1).

Nous ayons vu plus haut que Vitruve et Pline recommandent l'encaustique pour fixer le minium, et pour le garantir du contact de l'air. Ce procédé consistait à couvrir la peinture d'iine couche de cire punique, liquéfiée de manière à former un vernis. Nous savons, d'après Pline, que plusieurs artistes grecs avaient peint leurs ouvrages à l'encaustfque ; les couleurs, avant d'être employées, étaient mêlées de cire. La colle appelée gluten servait particulièrement à fixer les noirs dans la peinture.

Malgréces renseignements, H. Davy avoue cependant n'avoir pu découvrir la présence d'aucun vernis de cire , ni d'aucun gluten animal du végétal, dans les anciennes pièces de stuc p eint don il a fait l'analyse.

Minerais. — Marbre (carbonate de chaux). — Plâtre, gypse ( sulfate de chaux )• — Mortier, etc.

Pline divise implicitement les pierres (minéraux) en pierres médicinales {lapides médicinales), et en pierres employées, dans les arts et pour des ouvrages de maçonnerie.

Dans la première classe il comprend la pyrite, que l'on rencontrait surtout dans l'île de Chypre et dans les mines des environs d'Acarnanie, et dont on retirait le cuivre en calcinant le produit du grillage (oxyde de cuivre) avec du miel (coquuntur in mette).

Le miel, substance fiche en carbone, agissait ici de la même manière que le charbon que l'on emploie aujourd'hui pour la réduction des oxydes. La seule différence consiste dans le prix de la matière. Ce fait est propre à nous expliquer le prix élevé des métaux chez les anciens.

Les pyrites étaient employées par les médecins grecs et romains les mêmes cas où nous employons l'iode (2).

Les pierres appelées mélitite, gagate, géode, ostracite, et dont Pline n'indique aucun caractère distinctif, étaient préconisées

(I) H. Davy, ouvrage cité, p. 153, et Annales de chimie, vol. xc», p. 20i. 6) Pline, Hist. nat., xxxvi, 30.

contre les morsures des serpents, contre les maléfices, contre les ulcères rebelles, etc.

V hématite ou le schiste hématite est un minerai de fer (peroxyde anhydre) que les anciens connaissaient sous le même nom que nous. Ce minerai était recommandé dans le traitement des pertes utérines et des vomissements sanguins. Dans ce dernier cas, il était délayé dans du suc de grenade (1).

Les fameuses pierres d'aigle ou aétftes, auxquelles les médecins du moyen âge attribuaient des propriétés si merveilleuses, entre autres celle de préserver l'accouchement des douleurs qui l'accompagnent, ne sont que de petits cailloux roulés, ou des débris de marne qui se trouvent souvent accidentellement attachés aux matériaux avec lesquels les aigles construisent leur nid. Qncroyait ces pierres pondues ou préparées par l'aigle ellemême.

La pierre de Samos (lapis Samius ) servait en médecine contre les vertiges. C'était probablement un minerai de fer, car l'île de Samos abondait en mines de ce genre. •

Les pierres ponces (pumices) étaient employées par les dames et les fashionables de Rome pour enlever les inégalités de la peau et la rendre plus unie (2).

L'effervescence des pierres calcaires au contact dtin suc acide, et notamment au contact du vinaigre, était un fait connu de toute antiquité. C'est à l'aide du vinaigre que Ton attaquait les roches calcaires, pour achever de les briser ensuite avec des maillets de fer.

Les pierres calcaires, le marbre dont on connaissait un grand nombre d'espèces, servaient à la construction de ces monuments grecs et romains , dont nous admirons encore aujourd'hui les magnifiques débris.

La craie, dont le nom latin creta rappelle celui de l'île de Crète, jouissait, auprès des médecins de Rome et d'Athènes, d'une réputation spéciale pour modérer les sueurs excessives, et dans les traitements des maladies de la peau. Elle était alors associée au vinaigre ouà l'huile d'olive pour former une espèce de liniment.

C'est avec de la craie que les Romains marquaient leurs esclaves, afin de les reconnaître. Us les marquaient aux pieds,, comme on le fait aujourd'hui pour les bestiaux.

(1) Pline, Hist. nat., xxxvi, 37.

(2) /d., ibid ., 42.

Les pierres étésienne, thébaïque, ténarienne, pœnique, employées pour la fabrication des pilons et des morliers, n'étaient que des variétés de marbre.

Les Romains mettaient un soin tout particulier dans le choix et la préparation des matériaux qui devaient entrer dans la composition du mortier destiné à la construction des murs. Nous ne saurions trop admirer la solidité de l'architecture romaine dans les monuments qu'a respectés le. vandalisme.

La préparation d'un bon ciment était pour ainsi dire une affaire d'État. Les édiles et même les" censeurs s'en occupaient.

a Gaton le Censeur n'approuve point, dit Pline, la chaux provenant de pierres de diverses couleurs ; la meilleure est celle que l'on fait avec une pierre calcaire blanche. Celle qui est faite avec une pierre calcaire dure convient mieux pour les constructions (structura utilior); l'espèce poreuse est plus propre aux murailles. La cbaur. provenant des pierres retirées du sein de la terre est préférable à celle qu'on trouve aux bords des rivières. La chaux de la pierre meulière est la meilleure, parce qu'elle est d'une nature plus grasse que les autres. — C'est un sujet d'admiration de voir la chaux brûlée s'échauffer d'elle-même lorsqu'on y verse de l'eau (1). »

Ainsi, la délitescence de la chaux, la chaux vive et la chaux éteinte, sont des faits connus depuis longtemps. Mais des siècles se passèrent avant qu'on pût les comprendre et les expliquer scientifiquement. 0

«Quant au sable, continue Pline, qu'on ajoute à la chaux, il y en a trois sortes : le fossile, qu'il faut mélanger avec un quart de ctiaux; le fluviatile et Je marin, qu'on mélange avec un tiers de cette substance(2). On rend le mortier encore meilleur, eny ajoutait un tiers de tessons concassés. Il est bon de rappeler qu'il existait une ancienne loi édilienne qui prescrivait aux entrepreneurs de calciner la chaux au moins trois ans avant de l'employer pour la préparation du mortier. Dans les endroits voisins de la mer [ubi salsugo vitiat), il est convenable de substituer au sable des tessons concassés. »

Le ciment des mosaïques paraît avoir été fait avec de la chaux

(1) Pline, Hist. nat.t xxxvi, 53.

(2) Ceci est entièrement conforme à ce que dit Vilruve : « Quand la chaux est éteinle, il en faudra mêler une partie avec trois parties de sable de rivière tu de mer. » De Archit., 11, 5.

vive, mêlée à une matière organique (blanc d'oeuf ). C'est du moins ce qui résulte d'une analyse faite par d'Arcet du ciment d'une mosaïque antique trouvée à Rome (4).

La chaux hydraulique, si utile dans les constructions exposées au contact de l'eau , n'est pas une découverte récente : elle était fort bien connue des Romains.

« Il existe , dit Yitruve , une espèce de poussière qui produit des choses merveilleuses ; on la trouve dans la contrée de Baies, et sur le territoire des Municipes , voisin du mont Vésuve. Mêlée avec de la chaux et du ciment (cœmento ) , cette poussière procure non -seulement de la solidité à tous les édifices en général, mais, ce qui plus est, elle rend les môles et les constructions sous-marines plus solides et . plus compactes [sed etiam moles quœ construuntur in mari, sub aqua solidescunt (2). »

La poussière en question , qui est ailleurs appelée poussière dePouzzoles, n'était autre chose qu'une terre alumineuse, nécessaire à la confection de la chaux hydraulique.

Quant à la chrysocolle des anciens , dont la vraie signification a beaucoup occupé les interprètes, nous en avons déjà dit un mot (3). Ajoutons seulement ici que les Grecs et les Romains distinguaient deux espèces de dhrysocolle : la naturelle , telle qu'on la rencontrait dans les mines; et l'artificielle, que l'on préparait avec des urines d'enfants (4).

Cette dernière chrysècolle ne devait son action qu'à la présence des phosphates alcalifts. Elle était particulièrement employés pour souder l'argent et le cuivre (5).

La résine (de pin) servait ^'intermédiaire dans la soudure de certains métaux. Et l'urine , qui devait, au dix-septième siècle, donner lieu à la découverte du phosphore , entrait déjà, à des époques fort reculées, dans beaucoup d'opérations chimiques.

Les anciens avaient, avons-nous dit, coutume d'appliquer le

(1) Composition de ce ciment : chaux vive 56,3; acide carbonique 41 ; matière -organique 2,7. La présence de l'acide carbonique doit, suivant d'Arcet, être attribuée soit à la décomposition de la matière organique, soit à l'absorption de l'acide carbonique de l'air, par la chaux vive. Annales de Chimie, t. lxxiv, 313.

(2) Vitruve, De ArchiL, h, 6. Conf. Pline, xxxvi, 55. Sidoine Apollinaire, de Amplitudine Byzantii.

(3) Voy. pag. 173.

(4) 'Ex tôv irai&xâv ofywJj xpvsoxoXXa cwtoarxi. Strabon , Geograph., xrr, 4>.7ô4(édil. Casaub.).

(5) Vitruve, de Archit., vu, 9.

même nom à plusieurs substances à la fois, de nature d'ailleurs fort différente. Le nom de lapis specularis, pierre spéculaire, en «st un nouvel exemple. Il est évident, d'après ce qui va suivre, que la pierre spéculaire était, tantôt du sulfate de chaux cristallisé (verre de Moscovie), tantôt du mica (sel magnésien). « La pierre spéculaire, dit Pline, se divise facilement en lamelles, aussi minces qu'on le désire (4). On a reconnu que le meilleur plâtre possible s'obtenait avec la pierre spéculaire ou avec une pierre à feuillets écailleux (2). »

C'était donc là le sulfate de chaux cristallisé , qu'on employait également en guise de vitres, et même de tuiles, disposées de manière à imiter le plumage de la queue du paon. Ces sortes de constructions s'appelaient toits de paon (pavonacea tegendi gênera ) (3).

C'est ainsi que le phénomène de la réfraction de la lumière , que présentent les lames de sulfate de chaux, avait été mis à profit pour embellir les habitations et les villas des Romains.

« On trouve aussi, continue Pline , des pierres spéculaires en taillant les rocs. Il y en a quelquefois de couleur noire. Mais la blanche est d'une nature merveilleuse ; car, toute tendre qu'elle est, elle résiste à l'action du soleil et du froid. Les pierres spéculaires de l'Espagne et de laCappadoce sont très-molles, mais non transparentes. Celles de l'Italie sont petites , parsemées de taches et engagées dans une substance siliceuse. On en répand des paillettes dansvle grand Cirque, afin de faire paraître l'arène d'une blancheur éclatante (4). »

Ici, la pierre spéculaire est, non plus une pierre calcaire comme dans le premier cas, mais une pierre magnésienne; c'est du mica ou du talc.

<( Le gypse est voisin de la chaux (cognata calci res gypsum **l) (S)» Voilà tout ce que Ton savait, il y a cent ans à peine, sur la nature de cette substance. Marggraf, le même chimiste qui découvrit vers le milieu du dix-huitième siècle le sucre de betterave, donna la première analyse du gypse, qu'il démontra identique avec le plâtre, composé d'acide sulfurique et de chaux.

(1) Pline, xxxti, 45.

(2) Ibid.f cap. 59.

<3) Pline, xxxvi, 45.

<4) Pline ,ibid.

<5) Plineî xxxvi, 59.

On employait le gypse pour faire des moules, des statues, des corniches et des couronnements de maisons. Après avoir calciné la pierre à plâtre et détrempé le gypse, il faut, dit Pline, avoir soin de s'en servir tout de suite avant qu'il ne sèche (I).

£. Proculeius, favori d'Auguste, en proie à une cruelle maladie d'estomac , but une si grande quantité de plâtre délayé qu'il en mourut. C'est peut-être ce fait qui donna lieu à l'opinion anciennement si répandue que le gypse est un poison.

Air*. — Corps aériforme».

On a reproché aux anciens de n'avoir pas reconnu la matérialité de l'air, malgré les phénomèmes qui frappent à chaque instant les sens de l'observateur. Ce reproche est trop exclusif. « Les vents, dit Sénèque, qui emportent quelquefois avec eux des poids énormes , attestent , ainsi que les sons, la force et la résistance de l'air ( intensionem aëris) ($).

« Lesvenls, continue le môme auteur, sont les ondes de l'air. On dit que la mer est calme , lorsqu'on ne la voit pas visiblement agitée. Il en est absolument de môme de l'air, qui n'est jamais dans une immobilité complète, bien qu'il nous paraisse tranquille. C'est ce qu'on observe lorsque le soleil pénètre dans un endroit fermé : une multitude de corpuscules montent , descendent et s'agitent en tous sens (3). »

. Longtemps avant Sénèque , Vitruve s'était déjà prononcé pour la matérialité de l'air, en posant en principe que la force du souffle (de l'air ) est en raison de la chaleur (4). « C'est ce que nous apprend, ajoute Vitruve , l'expérience que Ton peut faire a[vec les éoliptjles, qui sont des boules d'airain creuses, ayant un très-petit orifice par lequel on les remplit d'eau. On place ces éotlipyles, pleines d'eau, auprès du feu. Tant qu'elles ne sont pas chaudes, on n'observe rien ; mais, dès qu'elles commencent

(1) Pline, xxxv, 59.

(2) Sénèque, Qitœst. naturaL, h, 6.

(3) Ibid., v, 1.

(4) Impetus fervoris eorprimtt vim spiritus Jlantis. .,*.•'

à s'échauffer, on voit qu'elles produisent un souffle violent {flalum vehcmentem efficiunt (1). » — Voilà le point de départ de l'histoire de la vapeur.

Vitruve, en confondant , dans l'expérience qu'il rapporte, la vapeur d'eau avec l'air, démontre, par cela môme, que l'air est quelque chose de matériel.

Le môme auteur dit qu'aucun corps ne peut vivre sans air; que la matière ne périt pas, qu'elle subit seulement des transformations, et que tout ce qui est d'air retourne dans l'espace (2).

Aux idées des philosophes grecs sur la substance de Pair considéré comme nécessaire à la respiration et à la combustion (3), nous pourrons joindre encore ce que Vitruve dit à propos de la machine de Ctésibius, qui était destinée à conduire Peau à une certaine hauteur ( Ctesibiaca machina quœ in altitudinem aquam educit ). L'auteur fait observer que Ton peut, à Paide de pistons convenablement appliqués , élever l'eau très-haut, et que c'eut l'air qui est la cause de cette élévation, que des obturateurs ou soupapes s'opposent au retour de l'eau élevée dans le bassin par la force de l'air (qui obturantes foramina narium non patiuntur ezire id quod spiritu in catinum fuerit expressum (4).

Seize siècles séparent Vitruve de Torricelli, l'immortel inventeur du baromètre ! — Décidément le moyen âge n'était qu'une longue léthargie de l'esprit humain.

Les anciens avaient certainement quelques notions , quoique très-vagues, des corps aériformes , appelés plus tard gaz, qui se développent naturellement ou accidentellement. C'est ce qu'attestent les expressions de spiritus, flatus, halitus, aura, emanatio nubila.

Galien dit que la flamme est un air enflammé (<pXoÇ à^p Ixttupo)Ô£i<;), et que le roseau brûle, non parce qu'il est sec,' mais parce qu'il contient beaucoup d'air susceptible de s'enflammer (5).

(1) Vitruve, ArchiL, i, 6.

(l)Qu<equedcaère nascerenturtilemin cœliregiones rêver «.Vitruve, Pra/.t lib. vin.

(3) Coin par. page 70 .

(4) Vitruve, x, 12.

(5) GaL, de Simplic. medte. facult., i, 14; t. xiii, édit. Chartier. On trouve, ilaus les œuvres de saint Cément d'Alexandrie, un passage très-curieux qui donne à croire que l'on connaissait l'oxjgcjie dès les premiers siècles de notre ère.

Ne dirait-on pas que, par une sorte d'intuition, Galien entrevoyait la découverte des gaz incandescents , tels que l'hydrogène, l'hydrogène bicarboné, Poxyde de carbone, etc.?

Émanations irrespirables. Les ouvriers mineurs savaient que dans certains lieux souterrains les lampes s'éteignaient, et qu'ils s'y exposaient eux-mêmes à mourir asphyxiés. Ces accidents étaient primitivement, et avec raison, attribués à des airs irrespirables; mais la superstition. des siècles suivants les transforma en démons et en esprits malins. C'est ainsi que l'homme semble condamné à méconnaître la vérité , lorsqu'elle se présente à lui tout naturellement : pour être convaincu , il faut qu'il y arrive par son travail, par ses propes efforts. C'est depuis cent ans à peine que la science a démontré que ces fantômes terribles qui soufflaient la lampe du mineur ne sont autre chose, comme l'avaient déjà pensé les Grecs et les Romains , que des airs ou. des gaz irrespirables, tels que l'acide carbonique, l'azote, l'hydrogène, des carbures d'hydrogène, etc.

Pline et d'autres auteurs parlent de grottes dans lesquelles périssent les chiens ou des animaux de petite taille. Cet effet est produit, nous le savons aujourd'hui , par des sources naturelles de gaz irrespirables, et en particulier de gaz acide carbonique.

Les accidents qui peuvent arriver dans des celliers, où l'on fait fermenter du moût de raisin, ne devaient pas non plus être ignorés des anciens.

Gaz imflammables. Pline parle de certaines localités qui prennent flamme à l'approche d'une torche allumée (1). Il y avait dans le voisinage d'Apollonie une source de laquelle on voyait constamment sortir des flammes (2). Cette source rappelle la* fontaine de feu du Dauphiné , dont les auteurs du quinzième et du seizième siècle racontent tant de merveilles. La campagne de Bal)ylone, très-riche en bitume, offrait le spectacle de fréquents incendies spontanés (3). Lesphamps d'Aricie, à peu de distance

« Les esprits se divisent, y est-il dit, en deux catégories : un esprit pour le feu. divin, qui est l'âme, et un esprit matériel ( au>[/.axtx6v TivsOjjia), qui est la nourriture du feu sensible et la base de la combustion ( «cou al<j8r,xo0 nupôç xpo^pr] xxl C>7céxxau|xaYivexat). Sentcnliœ Theodoti , dans Clém. d'Alex., éd Heins. ; Lugd. Bat., 1616, in- fol.

(1) Pline, Hist. nat., u, 110.

(2) Élen, Hist. variar., xni, 16.

(3) Pline, h, 110.

«le Rome, prenaient feu à l'approche d'un corps enflammé.

Nous savons aujourd'hui que les gaz inflammables, qui se pro- Nuisent dans ces circonstances, sont l'hydrogène sulfuré ( sourcessulfureuses), l'hydrogène bicarbonéet l'hydrogène phosphores

Les Romains, qui n'aimaient guère les hypothèses, se bornaient à constater les faits sans chercher à les expliquer.

Baux. — Eanx minérales.

Les physiciens de la Grèce et de Rome avaient sur la nature, sur les propriétés et la diversité des eaux, des connaissances aussi exactes que l'état de leur science pouvait le permettre.

a Aucune partie de la nature, s'écrie Pline, n'est plus riche en merveilles que les eaux. » — iLe naturaliste romain a parfaitement raison. Seulement on trouvera les merveilles qu'il rapporte de certaines eaux minérales un peu exagérées. Ainsi, après avoir divisé les eaux minérales en chaudes et en froides quant à leur température, puis, quanta leur action, en sulfureuses, en aluminevses , en salines, en bitumineuses et en acides, division en partie adoptée encore aujourd'hui , il raconte qu'il y a dans la Béotie, près du fleuve Orchomène, deux sources dont l'une a la propriété de fortifier la mémoire, et l'autre celle de la faire perdre; qu'il y a une source en Cilicie, dont l'eau donne de l'esprit, et qu'une autre, dans l'île de Chio, rend stupide; qu'enfin à Cyzique, il y a la fontaine de Gupidon , qui guérit de l'amour ceux qui en boivent (1).

De pareilles sources, s'il y en avait, deviendraient le rendezvous du monde entier. Cette seule raison, à défaut d'autres , suffirait pour détruire les assertions de Pline.

On lit, dans les fragments de Rufus, publiés dans les œuvres de Galien (édit. Ghartier) , un passage qui indique le moyen suivant pour reconnaître la pureté des eaux : « Les eaux qui bouillent plus vite sont meilleures et plus pures que celles qui bouillent plus lentement (2). »

(l)Pliae, Hist. fia/., xxn, H.

(2) Œuvres d'Hippocrate et Galien , édil. Cliartier (Lut. Paris., 1679, in-fol.), t. vi( p. 495. Comparez M. Daremberg, Œuvres choisies d'Hippocrate, p. 378. {Paris, 1855).

En effet, on sait aujourd'hui que la présence des substances * étrangères, et surtout du sel marin, peut retarder l'ébullition de a l'eau de 2 à 3 degrés du thermomètre centigrade. i

Les vasa stillicidia étaient , non pas des vases distillatoires , i mais des vases argileux, laissant l'eau suinter à travers les pores i d'une pâte peu cuite. Ces vases se rencontrent encore aujourd'hui en Orient, et notamment en Egypte. En Espagne on les appelle alcarasas, et on s'en sert pour tenir l'eau fraîche en été. .

Les eaux troubles étaient clarifiées au moyen de.filtres [cola), et on les faisait bouillir avec du blanc d'œuf. La clarification des liquides troubles, au moyen du blanc d'œuf, est une pratique qui remonte, aux premiers siècles de l'ère chrétienne.

Les substances qui rendent l'eau trouble sont en général non volatiles; aussi reconnaît-on, comme l'observe Vitruve , la pureté des eaux lorsque, ayant été réduites en vapeur, elles ne laissent au fond du vase aucun sable ou limon, et que les légumes qu'on y fait bouillir cuisent promplement (i).

Ce dépôt salin , dont les anciens connaissaient l'origine, tout en en ignorant la nature, fut plus tard regardé comme l'effet de la transmutation de l'eau en terre., Tant il est vrai qu'il faut passer par l'erreur avant de revenir aux idées qui s'étaient d'abord offertes comme les plus simples et les plus naturelles !

Voici un chapitre de Vitruve (ch 3, 1. vin), aussi curieux qu'instructif, concernant les eaux minérales et thermales. «Toutes les fontaines chaudes ont, dit l'auteur, une vertu médicinale. Après avoir été chauffées dans le sein de la terre, et pour ainsi dire cuites dans les minéraux à travers lesquels elles passent, ces eaux acquièrent une nouvelle force et un tout autre usage que l'eau commune. » ' .

Après avoir divisé les sources thermales en sulfurosi fontes , aluminosi et bituminosi, Vitruve parie des sources froides qui ont traversé des couches de minerais de fer (2), de plomb et de cuivre, et il cite plusieurs endroits où l'on rencontre ces sources.

« Il est à croire , continue-t-il , que la nature différente du

(l)Vitruvi», de drchit., vm, 5.

(2) Pline, xxxi, 8, dit : « La cité de Tongres , dans les Gaules, possède une source célèbr insignemfonlem), dont Peau tout étincelante de bulles (plurimis bullis slellantem), a un goût ferrugineux. » Ce sont les eaux de Spa, dont la connaissance remonte à une époque fort reculée, puisque Pline en parle déjà comme d'une source célèbre de son temps.

terrain csi la cause des différents goûts dans les eaux aussi bien que dans les fruits; car si les racines des arbres et des vignes, et les semences des plantes, ne prenaient pas chacune pour la production de leur fruit un suc qui tient de la nature du terrain, les métnes fruits auraient en tout lieu le même goût. Or on sait que lé vin nommé protyron croit dans l'île de Lesbos ; le vin talakekavmtnos , en Méonie ; le méliton, en Lydie, etc. »

Sénèque , s'ëmparant de la môme idée , la développe trèsingénieusement, a II existe, dit-il, au sein de la terre des roules dont les unes sont parcourues par l'eau , et les autres par des souffles (spiritus}. La terre nous offre ici L'image du corps de l'homme. De même que le cerveau est logé dans le crâne , la moelle dans les os, qu'il y a de la salive, des larmes, du sang, de même il y a aussi dans la terre des humeurs diverses, qui se durcissent ou qui restent liquides. Là, on trouve la terre doç métaux, d'où l'avarice retire l'or et l'argent, etc. (i). »

Ces idées ne furent pas perdues. Les alchimistes s'en emparèrent, en les exagérant à leur manière. C'est de là que viennent en partie leurs théories sur la maturation des métaux au sein delà terre, sous l'influence des planètes, sur la grossesse de la terre , mettant au monde l'or et l'argent après un certain nombre de lunes, etc.

Mais revenons au passage de Vitruve. a 11 existe, ajoute l'auteur, des eaux acidulés qui, comme celles de Lynceste, de Théano et de beaucoup d'autres lieux, ont, lorsque les malades en boivent, la propriété de dissoudre les calculs qui s'engendrent dans la vessie de l'homme (2). »

o Pour expliquer cette action, on n'a, poursuit Vilruve, qu'à songer aux faits suivants : lorsqu'on plonge un œuf dans du vinaigre, son écorce se ramollit et se dissout (cortex ejus mullescit et dissolvitur). 11 en est de même du plomb , qui se dissout également dans le vinaigre. Le cuivre , les perles et les . pierres de chaux se dissolvent de la même manière. Ainsi , de toutes ces choses qui se passent sous nos yeux nous concluons que les acides peuvent attaquer et dissoudre les calculs, et guérir les hommes qui en sont affectés (3). »

(1) Séoèque, Quxst. nat., in, 15.

(2) Qux hanc habent virtutem, uti calculos in vesicis, qui nascuntur in corporibus hominum, potionibus dis eu liant.

(3) Vitruve , yiii, 3.

Les médecins chimistes de nos jours, qui ont essayé de guérh les calculs de la vessie à l'aide des eaux acidulés, ne sauraicnl pas mieux raisonner, à cet égard , que les médecins dont Vitruvc s'est rendu l'organe il y a plus de dix-huit siècles.

Les eaux saturées de bicarbonate de chaux laissent déposer une croûte calcaire sur les objets qu'elles rencontrent, en dégageant l'excédant d'acide carbonique, qui tient la chaux en dissolution. Sénèque parle de plusieurs de ces fontaines incrustantes , dans lesquelles on faisait pétrifier des branches d'arbre qu'on vendait comme objets de curiosité (1).

Si la chimie s'est élevée, par la suite , au rang qu'elle occupe, c'est en grande partie à la découverte des acides minéraux qu'elle le doit. Il est donc à regretter que les anciens n'aient pas indiqué d'autres acides, pour attaquer les métaux, que le vinaigre, le jus de citron, de grenade, et en général le suc des fruits acides.

§57 Feu.

Fidèles à cet esprit pratique qui les caractérisait, les Romains se contentaient de signaler avec admiration les effets du feu, sans se perdre dans des théories sur les causes de cet agent.

« Le feu, dit Pline, est nécessaire dans la fabrication du verre; ici il fournit le minium , là l'argent , ailleurs le plomb , ailleurs des couleurs, ailleurs encore des médicaments. Le feu change les minerais en métaux; il met en fusion et dompte Te fer; il convertit la pierre à chaux en ciment propre à construire des murailles. A combien de produits l'action réitérée du feu ne donne-t-elle pas naissance ! tel produit apparaît au premier feu, tel autre au second, un autre enfin au troisième. Le charbon éteint, et qui a déjà une première fois subi l'action du feu , a bien plus de force * et chauffe bien mieux qu'auparavant (2). Immense et captieuse portion de la,nature, qui nous fait douter si, dans son action, elle ôte ou si elle ajoute (in qua dubium sit plura absumat an panât) (3). »

(t) Sénèque, Quœst. nat.f ni, 20. — Sive virgam sive frondem demerseris, lapidem post paucos dies extrahis.

(2) Ne pourrait-on pas induire de ce passage que les Romains connaissaient la coke et qu'ils en faisaient usage dans leurs opérations métallurgiques ?

(3) Hist. nat.t xxxvi, 68.

Aérolithes.

On avait pendant longtemps regardé comme fabuleux tout ce qui avait été dit autrefois sur certaines pierres tombées du ciel. Hais les témoignages modernes sont venus confirmer les assertions des observateurs anciens.

Les Grecs racontent qu'une pierre (saxum) de dimension d'une voiture ordinaire {magnitudine vehis), et d'un aspect noirâtre , tomba , du temps d'Ànaxagore, près du fleuve iEgos-Potamos en Thrace. Cette pierre se voyait encore dans le môme lieu, à l'époque de l'empereur Vespasien. U y avait des pierres aérolithiques dans le gymnase d'Abydos, et dans la ville de Cassandre en Macédoine. Pline dit avoir vu lui-môme une de ces pierres tomber dans la campagne des Vocontiens, clans la Gaule Narbonnaise (1).

Documents concernant la chimie organique.

L'agriculture était en grand honneur chez les Romains , qui nous ont laissé à cet égard des préceptes encore utiles à suivre aujourd'hui. On sait combien le sénat avait à cœur de faire défricher les terres incultes de l'Espagne, des Goules, de la Dalmatie, enfin des provinces les plus lointaines de l'empire, en y envoyant des colons italiens, sous la protection des lois de Rome. Des généraux et des chefs de l'État, Gincinnatus, Dioclétien, ne dédaignaient pas d'atteler la charrue. Dioclétien, après avoir abdiqué volontairement le sceptre, se retira dans une petite ville de Dalmatie, pour cultiver son jardin, et engagea son collègue à en faire autant. Caton, Varron, Columelle, Cicéron,

* el beaucoup d'autres écrivains, nous attestent l'importance que

I les Romains attachaient à l'agriculture.

\ Après l'industrie et les arts, l'agriculture fut, sans contredit r le plus puissant leviçr du progrès de la chimie.

(i) Hist.nal.y u, 59. ;

Engrais.

L'usage de l'engrais pour fertiliser le sol remonte à la plus haute antiquité. Ainsi nous voyons, dans Homère, le vieillard Laêrte fumer lui-même son champ (i).

Tout fumier n'était pas indifférent. Varron donne la préférence -à la fienle de pigeon (2), qu'il vante beaucoup pour les pâturages des bêtes à cornes. Columelle, tout en adoptant l'opinion de Varron, condamne le fumier provenant des oiseaux aquatiques (3).

Théophraste raconte que Purine de l'homme, mélangée avec les poils de peaux tannées, est un engrais propre à transformer certaines plantes sauvages en plantes domestiques (4).

Après le fumier de pigeon, qui occupait le premier rang» vient, dans Tordre de supériorité, le fumier de chèvre, puis le fumier de mouton; enfin, le fumier de bœuf et celui de cheval.

« Dans les pays où il n'y a point de fumier d'animaux, on peut dit Pline , employer à cet effet la fougère. »

On sait que la fougère est de tous les végétaux le plus riche e potasse qui, comme en général tous les alcalis, constitue ut partie essentielle de l'engrais. *

Pour se faire une idée des soins que les cultivateurs romai * mettaient à préparer leur engrais, on n'a qu'à se rappeler qu*vant de se servir des excréments comme fumier, il les faisais * sécher pour les réduire en poudre, et qu'ils tamisaient cetl poudre comme de la farine [farinx vice) (5). C'était donc c> qu'on appelle de i&poudrelte que préparaient les Romains pou] engraisser leurs terres.

Dans certaines contrées, aux environs du Pô par exemple, on se servait, comme on le fait encore aujourd'hui, de la cendre des végétaux, au lieu du fumier animal. Encore l'emploi de la cen-

(1) Oïlystée, xmv, 225 ; Cic, de Senect., c. 5i.

(2) Varron, de lie raslica, i.

(3) Columelle, de Re ruslica, h, 15.

(4) Tliéophrasle, n, de Causis plant. ; Pline , xvn, G.

(5) Pline, xvn, 0.

lire dépendait-il de la nature du terrain et des plantes à ensemencer.

On a tort de croire que l'emploi du plâtre comme engrais date du temps de Franklin; car ce que les Grecs appelaient kucargillos ( argile blanche ) , et les Romains marga , était le plâtre , avec lequel les Gaulois et les Bretons fumaient particulièrement leurs terres. Cet engrais, dont on distinguait plusieurs espèces , servait surtout pour fumer les pâturages et les champs de blé.

.Voici les préceptes que nous ont laissés les anciens relativement à l'usage du plâtre comme engrais : « Avant de l'employer, il faut d'abord labourer la terre, afin que l'absorption se fasse mieux (ut medicamentum rapiatur). 11 est convenable de mélanger le plâtre, s'il est trop rude, avec un peu de foncier, autrement il nuirait au terrain, et ne le fortifierait que l'année suivante. Il faut aussi, avant d'employer cet engrais , s'enquérir de la nature du terroir. Le plâtre sec convient mieux à un terrain humide, tandis que le plâtre gras est préférable dans un terrain sec et aride (1). »

En résumé, les Grecs et les Romains connaissaient parfaitement toutes nos espèces d'engrais, même celles que nous croyons d'invention moderne.

. Via.

Il est difficile de s'imaginer toutes les précautions, tous les soins et les artifices employés par les Grecs et les Romains dans l'art de la vinification. — Le vin aïgleucos (atl yXuxu;, toujours dou*) était une espèce de vin de Champagne. Pour l'empêcher de fermenter complètement on le soumettait à une température basse, en plongeant le tonneau dans de l'eau froide. On sait que la fermentation ne s'opère qu'à une température de 15° à 25°,

et qu'elle est arrêtée par une température trop basse ou trop

élevée .

Vaigleuços sfe fabriquait non-seulement en Grèce , mais encore

dans la province Narbônnaise, dont les habitants, les Languedo-

(l) Pline, xvu,4.

1<J0 rnsTOOE se la ami.

ciens et les Gascons d'aujourd'hui, étaient, an rapport de Pline, très-versés dans l'art de falsifier les Tins. Pour bien réussir dans la préparation de Yatçleneo* , on avait soin de tordre les pédoncules des grappes avant leur entière maturité , et de les laisser dans cet état sur la vigne (1). Ce moyen s'emploie encore aujourd'hui pour conserver le raisin que l'on sert , en hiver, sur nos tables, et qui est connu sous le nom de raisin tord*.

Pline nous apprend que, pour conserver les grappes sur la vigne, on avait soin de les enfermer dans des fioles de verre, après avoir enduit de poix les pédoncules, et que de cette manière on les conservait jusqu'aux raisins nouveaux. C'est ce qu'il exprime poétiquement : Sobolem novam in tnatreipsaexspecUaU transluddœ (uvse) vitro (2).

Pour faire le vin appelé diachyton, célèbre par son excellent fumet, on mettait les raisins sécher au soleil pendant sept jours, dans un endroit fermé et sur des claies éloignées de la terre. Durant la nuit, on les garantissait de la rosée ; le huitième jour on les pressurait (3).

Le bios (vie) et le leucocoûm (vin blanc de Gos se préparaient de la manière suivante : on cueillait les raisins un peu avant leur maturité; on les faisait sécher aux rayons d'un soleil ardent , ayant soin de les retourner trois fois par jour. Ensuite, le quatrième jour, on en exprimait le jus pour le laisser fermenter dans des barils. Enfin, on y ajoutait une certaine quantité d'eau de mer, ce qui avait fait donner à ce même vin le nom de lethalassomenon ou de vin mariné (4).

Le vin siréen (sirœum) ou sapa était un vin extrêmement doux, épais, et qui servait à sophistiquer le miel (5). Il s'obtenait en faisant bouillir le moût jusqu'à réduction d'un tiers (6).

On porte au nombre de quatre-vingts les espèces de vins connues des Grecs et des Romains. Les deux tiers de ces espèces appartenaient l'Italie. Le fameux vin de Faierne était très-al-

(i)m*t. nat.,xn, n.

(3) Hist. nat.% m, %.

(I)/Wd.,c. il.

(4) lbié.> c. 10.

(5) C'était une iftpèce de rob ou de sirop. Ctr le mot sir ou xirf qui, dans plu* •leurs idiomes Indo-européens, signifie doux, explique Péty mologie du mot sir-rop ou sirop.

(6) Hist. net., cil. -

coolique; car on cite comme un caractère propre à ce vin de s'enflammer au contact du feu.

Les vins épiçés et aromatisés paraissent avoir été de*bonne heure en faveur chez les anciens. Plaute parle déjà de vins aromatisés avec de la myrrhe et du jonc aromatique (4). L'usage des vins épicés s'est maintenu jusqu'au moyen âge, où ces sortes de boissons, comme en général tous les aliments de haut goût, étaient très-recherchées.

La plupart des vins que les anciens appelaient factices (vina factitia) n'étaient que de simples infusions ou des macérations vineuses de fleurs, de tiges ou de racines aromatiques. À cet effet , le thym, l'origan, la menthe, la sarriette, le serpolet, la marrube, la rose , le raifort, l'absinthe, le safran , la cannelle , le poivre, la racine de gentiane , la sauge, les baies de genièvre, le laurier, étaient les substances le plus ordinairement mises en usage (2).

Les vins dans lesquels on faisait macérer ou infuser des plantes aromatiques étaient ce que nous appellerions aujourd'hui des vins médicinaux , préparés dans les officines.

La liqueur, provenant de la fermentation des graines de millet ( miliisemine maturo), était une espèce de bière.

Les Gaulois, les Germains et les Égyptiens préparaient depuis longtemps une liqueur fermentée avec de l'orge et de l'eau, qui s'appelait, en grec, ©ïvoç xptôtvoç, vin d'orge, et qui reçut plus tard le nom de cerevisia (3).

Les vins de palmier, de lotus et de figuier, étaient des liqueurs aqueuses , sucrées , ayant subi la fermentation alcoolique, et contenant des quantités variables d'acide acétique, d'acide tar trique, de bitartrate de potasse et d'autres sels alcalins. Les vins de poires et de pommes étaient notre poiré et notre cidre.

L'hydromel , dont le nom indique la composition (4), est une liqueur fermentée, d'un usage aussi répandu dans l'antiquité qu'aujourd'hui dans les pays Scandinaves.

Pour préparer l'hydromel , on se servait d'eau de pluie bouillie, à laquelle on ajoutait un tiers de miel. Après avoir laissé

<1) Plant., Pers., act. î, se. 3, v. 5. <2) Pline, xiv, 19.

(3) Athénée, Ht. x, p. 447 ; Hérodote , u, 77 .

(4) De ti&op, et eao, \U>.it miel.

fermenter ce mélange au soleil , on le mettait , le dixième jour, dans des vaisseaux bien fermés (i). L'hydromel de Phrygie était estimée l'égal de notre meilleur cidre de Normandie.

Voxymel (2), qui était plus souvent employé pour les usages de la médecine qu'en boisson habituelle, s'obtenait en faisant bouillir, jusqu'à réduction d'un dixième, un mélange composé de cinq parties d'eau, de dix parties de miel et d'une partie de sel marin (3).

« De tous ces vins artificiels, dit Pline , il n'en est aucun qui se conserve plus d'un an; il y en a plusieurs qui ne se conservent même pas trente jours. »

. Connaissait-on des moyens chimiques, soit pour prévenir, soif pourcorriger l'acidité du vin?A cette question, qui intéresse tant l'histoire delà chimie, nous pouvons répondre affirmativement. Il est incontestable que les marchands de vin de Rome et d'Athènes étaient des falsificateurs aussi habiles ou pervers que nos marchands actuels. L'esprit du mal, plus précoce que l'esprit du bien, est aussi plus Inventif. .

Lorsque le vin a éprouvé la fermentation acide, ou lorsqu'il a , comme on dit, tourné à l'aigre, on a recours à des substances propres à neutraliser l'acide acétique qui s'est développé aux dépens d'une certaine quantité de l'alcool du vin. Les substances qu'on emploie dans ce but sont, comme on peut le deviner, les alcalis ou les terres alcalines.

En effet, pour adoucir {mitigare asperitatem) les vins devenus aigres, les Carthaginois, les Grecs et les Romains employaient la chaux brûlée, le sel des cendres de sarments ou de chêne, et même la lie devin desséchée (potasse) (4). Ils ne se servaient pas de litharge, parce qu'elle décolore le vin , indépendamment du préjudice qu'elle porte à la santé du consommateur; préju- . dice dont le marchand , en qui la conscience est étouffée par . l'esprit de lucre, se soucie d'ailleurs fort peu.

Ces moyens sont sans doute propres à neutraliser l'effet de l'a- . cide libre ; mais, comme ils sont impuissants à régénérer la portion de l'alcool détruite par suite de la fermentation acide , et que le vin ne s'estime que par la quantité d'alcool qu'il contient,.,

(1) Dioscoride, v, 79 ; Pline, xiv, 17.

(2) De ôÇo;, vinaigre, et |ié).t, miel.

(3) Pline, xiy, 21; Dioscoride, v, 22. - Pline, xiv, 22; Columelle , xu, 20.

ces moyens sont frauduleux, et doivent, comme tels, être proscrits.

Le sirop de dextrine, qui est aujourd'hui généralement employé pour la bonification de la bière et môme du vin , était alors remplacé par le moût de vin, évaporé jusqu'à consistance sirupeuse. Ce moût bouilli (mustum decoctum). était mélangé avec des vins trop acerbas et pauvres en sucre (4).

Les gourmets de Rome aimaient à leurs vins un bouquet d'essence de térébenthine, dont ne s'accommoderait guère le palais de nos gastronomes. La térébenthine, qui entrait dans les vins des anciens, est, sous beaucoup de rapports , comparable à l'alcool; c'est aussi un excitant; mais, moins diffusitye, il porte son action plus particulièrement sur l'appareil génito-urinaire. On sait que l'usage intérieur de l'essence de térébenthine communique aux urines une agréable odeur de violette. C'était là peut-être une des principales raisons de l'emploi de cette substance; car on pouvait tout attendre de la part des sensualistes de Rome, zélés partisans de la philosophie d'Épicure, comme Horace, qui s'enorgueillissait d'être Epicuri de grege porcus.

Cependant la conservation du vin entrait aussi pour beaucoup dans l'emploi de la résine de pin. Au moment ou la fermentation du moût était à peu près achevée, on y jetait de la résine de pin (résina terebinthina seu picea), qui devait communiquer au vin, non-seulement un goût d'essence de térébenthine , mais s'opposer à la fermentation ultérieure du vin. La résine jouait ici le même rôle que le houblon dans la bière. Les huiles essentielles tuent le ferment.

Lés anciens qui, comme Caton et Columelle, ont traité cette matière, ne se lassent pas de recommander d'enduire les tonneaux de résine , afin d'empêcher que les vins ne fermentent une seconde fois. Ils reconnaissaient donc deux espèces de fermentation : la première, nécessaire au vin ; la seconde , nuisible à celte liqueur. Les vins, tournés àl'aigre par cette seconde fermentation, recevaient le nom de vappa, par lequel on désignait aussi, en terme de mépris, un homme débauché (2).

La pratique, si générale aujourd'hui, de soufrer les tonneaux pour conserver les vins était déjà connue du temps de Caton.

(1) Pline, xiv, 24.

(2) Pline, xiv, 25.

i$t HISTOIRE DE LA CHIMIE.

L'acide sulfureux, résultat de la combustion du soufre, produisait le même effet que les huiles essentielles.

La lie de vin (fœx vini) n'était pas un objet perdu. On la desséchait, et on la brûlait pour en retirer la cendre , qui servait aux mêmes usages que le sel des cendres de végétaux,

Nul/a fn parte mundi eessat ebrietas , il n'y a pas de pays au monde où Ton ne s'enivre, disaient les Romains, les conquérants du monde alors connu. L'usage du vin allait en augmentant, eu raison de la puissance et de la splendeur de Rome; mais il n'allait pas pour cela en diminuant avec la décadence de l'empire romain. Le vice de l'ivrognerie était déjà enraciné du temps de Marc-Antoine, qui, au rapport de Pline, composa, quelques jours avant la bataille d'Actium, un traité d'apologie de l'ivrognerie, dont nous n'avons pas beaucoup à regretter la perte. Les convives de Lucullus prenaient de la ciguë, afin que la crainte de la mort les fit gorger de vin, qui passait pour le contre-poison de la ciguë (i). Jusqu'où peut aller la folie humaine !

Vinaigre.

Ce produit de la seconde fermentation du vin était depuis longtemps employé en médecine comme rafraîchissant et discitssif, par la raison (donnée par quelques médecins) qu'étant versé sur le pavé , il y produit une sorte d'ébullition écumeuse (infusum terrx spwnat) i'(2). On devait encore longtemps ignorer que ce phénomène est dû au dégagement d'un gaz (acide carbonique) provenant de la décomposition ti'un sel (carbonate).

Les vapeurs du vinaigre étaient respirées par les malades au sortir du bain. Le vinaigre étendu d'eau servait de boisson ordinaire aux convalescents. La cendre des sarments de vigne et du marc de raisin, délayée dans du vinaigre, était appliquée extérieurement dans le traitement des maladies de la peau. Le vinaigre était employé comme antidote de plusieurs poisons, et particulièrement contre la morsure des serpents venimeux. Enfin il 'servait d'assaisonnement.

(1) Pline, xiv, 28; Dioscoride, y, lî.

Î2) GeUi», v, 27; Pline, xxm, 27.

On dit qu'Ànnibai, en passant les Alpes, fil dissoudre les rochers avec du vinaigre. Pour comprendre ce fait, qui a paru en effet singulier, il faudrait supposer que ces roches fussent presque entièrement composées de chaux carbonatée, et que le vinaigre employé pour les dissoudre fût en quantité prodigieuse. Mais il n'est pas même nécessaire d'avoir recours à ces supposir tions , puisque Tite-Live, qui raconte le fait , a soin d'ajouter que les rochers ainsi arrosés de vinaigre étaient ensuite attaqués par des coins de fer qui les brisaient en éclats (4).

Sucre.

Les anciens ne connaissaient pas compie nous la préparation et l'emploi du sucre, cela est certain; mais soutenir qu'ils n'en avaient alftolument aucune connaissance, ce serait commettre une grave erreur/

Pour s'en convaincre on n'a qu'à lire ce que dit ici Pline, qui,, de môme que Dioscoride , se sert du mot saccharon : «L'Arabie produit du sucre {saccharon) ; mais celui de l'Inde „; est plus renommé. C'est une sorte de miel recueilli sur des ro- ^ seaux (in arundinibus colleclum), blanc^comme de la gomme, Â et qui croque sous la dent. Les plus gros morceaux ne sont que >' de la grosseur d'une aveline. On ne l'emploie qu'en méde- / cine (2). »

i Qu'est-ce que ce miel recueilli sur des roseaux, blanc comme ) de la gomme et croquant sous la dent? c'est évidemment le sucre. Les roseaux en question étaient donc des espèces de canne à sucre. Cela ne pouvait pas être de la gomme, puisque le saccharon est doux comme du miel. D'ailleurs le mot miel est encore [ aujourd'hui employé pour désigner une matière sucrée.

Le passage de Pline est confirmé par Dioscoride , par Galiea et par Paul d'Égine (3). »

| (1) Tite-Live, xxi; Plularque, Vie d'Hannibal ; Galien, de Fac.<simpt.

mcd.f c. 22.

(2) Pline , xri, 17. Voy. la note de Desfontaines tjédit. de la Collection de Le ma ire , t. V, p. 29). *

(3) Dioscoride, h, 104; Galien, de Fac. simpl. med., vu ; de Slmplic. medic. iv, 41; Paul d'Égine, n, 52. ConV. Michael Watson, Theatrum variant m *

Nous savons maintenant pourquoi le sucre, qui devait un jour opérer une si grande révolution dans le commerce et l'industrie, n'était guère répandu dans l'antiquité; c'est que son emploi était exclusivement réservé à la médecine (i).

Miel.

La connaissance du miel remonte aux temps les plus reculés. C'est le miel qui, dans l'antiquité, a remplacé l'usage du sucre; et celui-ci est devenu un aliment aussi indispensable que l'était le miel sur les tables des Grecs et des Romains.

Le miel diffère pourtant essentiellement du sucre par l'absence de la fermentation 'al'coolique. Les abeilles sont, non pas des instruments passifs dortt le rôle se bornerait à transporter le suc des nectaires (solution de sucre de canne) dans les ruches : c'est au sein de leur corps môme que ces insectes opèrent la transformation du sucre en miel.

De tout temps rien n'excita autant la curiosité de l'observateur que les travaux des abeilles. Aristomaque de Soles consacra, dit-on, cinquante-huit ans de sa vie à observer les habitudes etles mœurs de ces intéressants animaux (2).

Une chose digne âe remarque, c'est que les anciens avaient déjà reconnu que le suc recueilli par les abeilles sur les plantes est différent du miel déposé dans les ruches ; car ils définissent le miel un suc recueilli sur des fleurs et digéré par les abeilles (alveis maceratus) (3).

Le miel attique du mont Hymette était célèbre dans toute l'antiquité. Il avait une odeur très-suave, provenant des plantes aromatiques qui, telles que l'origan, le thym, la sauge et d'autres plantes de la famille des labiées, se plaisent dans les terrains montagneux et arides.

rerum, etc. Brème, in-8°, 1673, para u, p. 21 ; et Angélus Sala, de Saceharologia, Ro<tock,in-8°, 1037.

(1) Les médecin* arabes parlent souvent du tabaschir w*£,LL ou du suc épaissi de la canne du bambou, qui était, à n'en pas douter, notre sucre de canne, et le même^que les Grecs appelaient jiéXi xaXajiivov (miel de roseau), et fiX; »Iv&x>i (sel indien). Voy. Sprengel, Hist. de la médecine, t. il

(2) Pline, xi, 9.

(3) Pline, ibld., c. 12.

Le bon miel devait être odoriférant, doux, gluant et transparent (1). On rencontrait dans la province du Pont, aux environs d'Réraclée , une espèce de miel appelé tnainomenon (furieux), qui était rangé au nombre des poisons. C'est de ce miel qu'avaient mangé les soldats de Xénophon : «Tous les soldats, dit ce chef, qui mangèrent des gâteaux de miel eurent le transport au cerveau , vomirent , et eurent la diarrhée ; aucun d'eux ne pouvait se tenir sur lès jambes. Ceux qui n'en avaient que goûté avaient l'air de gens plongés dans l'ivresse; ceux qui en avaient pris davantage ressemblaient, les uns lx des furieux, les autres k des mourants. On voyait plus de soldats étendus sur le sol que si l'armée eût perdu une bataille, et la même consternation y régnait. Le lendemain, personne ne mourut; l'accès avait cessé , à la même heure où il s'était déclaré la veille. Le troisième elle quatrième jour, les empoisonnés se levèrent, las et fatigués, comme on l'est après l'action d'un remède violent (2). » On était persuadé , et avec raison , que la propriété malfaisante de ce miel était due à des plantes vénéneuses sur les* quelles les abeilles avaient butiné. On cite, parmi ces plantes, différentes espèces de rhododendron, de lauro-cerasus, d'azalea (a. pontica). Peut-être devrait-on y ajouter plusieurs espèces d'evphorbia, bella-dona, hyoscyamus , etc.

'Cire.

On distinguait plusieurs sortes de cire. La meilleure de toutes était la cire punique, qui avait été blanchie artificiellement. Voici le procédé décrit par Pline : a On prend de la cire jaune, que l'on expose à plusieurs reprises à l'action de l'air. On la fait bouillir dans de l'eau de mer, prise à une grande distance de la côte, et mélangée de nitre (sel végétal). On écume alors la fleur, c'est-à-dire la partie la plus blanche, et on la met dans un vase contenant un peu d'eau froide. On la fait bouillir de nouveau et séparément avec de l'eau de mer, et on laisse refroidir le tout. Après avoir répété trois fois celte opération, on fait sécher la cire

(1) Pline, xi, c. 15.

(2) Xénophon, Anabase, îv, 45.

au soleil et à la lune, sur une claie de jonc. Mais, de peur qu'elle ne se fonde, on la recouvre d'un linge fin. Enfin elle devient trèsblanche après cette exposition au soleil. On noircit la cire avec de la cendre de papier, et on la rougit avec de l'orcanette (anchusa). On la teint encore avec plusieurs autres couleurs, et on lui fait prendre toutes les empreintes possibles. La cire est employée pour une infinité d'usages : appliquée en guise de vernis, die sert à la conservation des murs et des armes (1). »

Farine (2).

La finesse de la farine dépend de celle du tamis ou du bluteau. L'alica de première qualité , la plus fine de toutes , était reçue dans un bluteau à pores si, étroits qu'ils laissaient à peine passer un fil d'araignée [tanium aranea transmittente). Pour obtenir un pain parfaitement blanc , on ajoutait à la farine une es- , pèce de craie blanche, très-douce au toucher, qu'on recueillait sur la colline Leucogée, située entre Pouzzoles et Naples (3). Cette -espèce de craie était probablement le carbonate de magnésie, qu'emploient encore aujourd'hui nos boulangers dans la fabricalion des pains blancs; car la farine, quelque fine et blanche qu'elle soit, ne donne jamais un pain parfaitement blanc.

Ce serait nous éloigner de notre sujet que d'insister sur tous les détails de la panification , ajt dans lequel les Romains étaient très-avancés. Ce qui nous intéresse ici plus particulièrement, c'est l'histoire du levain, qui jaue un rôle vraiment chimique dans la panification. Voici ce qu'ils nous apprennent à cet égard :

« On prépare maintenant le levain (fermentum), dit Pline,, avec la farine ordinaire ; on en fait une pâte non salée , que l'on fait <*uire comme une bouillie, après quoi on l'abandonne jusqu'à ce qu'elle aigrisse. Ordinairement Tm se dispense de la faire cuire, et on se sert seulement de la matière qui a été gardée de la veille. On voit par là que la fermentation repose sur un prin-

(1) Pline, xxi, 49.

(2) Le mot farine dérive de/ar, qui signifie originairement manger; ça?*), je mange, vient lui-même de pha, qui dans presque toirtos les langues orientales signifie bouche; faiine signifie donc nourriture par excellence.

(3) Pline, xviii, 29 .

PREMIERE EPOQUE. i9tf

-cipe aigre (naturam aeore fermentari ). Le pain fermenté est plus sain que le pain non fermenté. »

Le même auteur remarque que le ferment se préparait autrefois dans la saison des vendanges, en pétrissant de la farine de millet avec le moût de raisin blanc {musto aîbo), et que l'on formait de cette pâte des espèces de trochisqu es que Ton faisait sécher au soleil. « Celui qui veut s'en servir, ajoute-t-il , les délaye dans de l'eau avec de la fleur de farine, et les ajoute à la farine à pétrir. — Les Grecs estiment que huit onces de levain suffisent pour un boisseau de farine, et. l'on prétend que le pain ainsi préparé est excellent (1). »

Telle était la préparation du levain ou fermentum proprement dit.

Mais on n'employait pas seulement de la pâte aigrie pour faire lever la pâte; on se servait aussi depuis longtemps de la levure de bière dans les Gaules et en Espagne, ainsi que dans tous les pays où l'on fabriquait de la bière. C'est la levure de bière que les Romains appelaient une « écume concrète (spuma concreta ), employée à la place de la pâte aigrie. » C'est à soji emploi qu'ils attribuaient la grande légèreté du pain des Gaulois (2).

Amidon ou] dextrine.

On neNlira peut-être pas sans intérêt la manière dont les-Romains préparaient leur amylum. Us faisaient macérer des graines de froment dans de l'eau douce, qu'ils renouvelaient cinq fois par jour. Lorsque ces graines étaient bien amollies, sans cependant avoir contracté de saveur aigre, on les exprimait à travers un linge; la matière ainsi obtenue était étendue sur des tuiles mduites de ferment, et on la laissait dans cet état sécher au soleil (3).

Voilà ce que les anciens appelaient amylum ou amidon, parce qu'il était préparé sans le secours de la meule (4). C'était, à juger d'après leur préparation, des tablettes de gluten (5).

(1) Pline, xyiii, 26.

(2) Pline, xviii, 12.

(3) Pline, xvtii, 17 ; Dioscoride, n, 123 ; Calon , c. lvxxvii.

(4) De à privatif, et \tûkr\, meule.

(5) Comparez Oribase, Collect. med., i, 5, t. I, p. 17, de l'édition grcco-fran- «ça<se de MM. Bussemaker et Daremberg.

Les lies de Ghio et de Crète faisaient un commerce considérable d'amidon , très-goûté à Rome.

De quelque» produits Yégétaux.

L'olivier était de tous les arbres le plus estimé et en même temps le plus utile. Aussi tous les peuples anciens lui avaientils voué une sorte de culte. L'huile qu'il fournit, à l'aide d'une simple opération mécanique, était d'un usage extrêmement répandu dans l'antiquité.

L'huile tfomphacium était la plus estimée ; on la retirait des olives avant qu'elles fussent arrivées à leur parfaite maturité.

On a eu tort de supposer que les Grecs et les Romains n'avaient guère connu d'autre huile que l'huile d'olive ; car, à juger par la description qu'ils font du kiki, ils connaissaient certainement V huile de ricin. «Le kiki est un arbre qui se trouve en Égypteetén Espagne ; sa tige ressemble à celle d'une ferula, sa feuille à celle de la vigne ou du platane, son fruit à une grappe de raisin. » Ces caractères, indiqués par Dioscoride, Pline et Théophraste, s'appliquent parfaitement à notre ricin (i). D'ailleucs Pline ajoute que le kiki des Grecs est appelé ricinus par les Romains, à cause de la ressemblance d'un insecte de ce nom avec la graine du végétal (2). 11 est bon d'ajouter que le ricin ( /?. palmachristi ) , que Pline décrit comme étant un arbre , parvient en Egypte et dans les climats chauds à des dimensions considérables; que c'est une véritable plante vivace, ligneuse, qui, transplantée dans nos climats, se dépouille en quelque sorte de sa nature, et devient une plante annuelle.

On se procurait l'huile de ricin par deux procédés différents : 1° par la pression; 2° par la décantation, en faisant digérer la graine dans de l'eau bouillante. Cette huile était employée, ainsi qu'elle l'est encore aujourd'hui, comme un moyen d'éclairage (luccrnis utile), et en médecine comme un purgatif (3). ' .

(1) Dioscoride, iv, 164 ; Pline xv% 7; Théophraste , Hist. plant., î, 18.

(2) Le kikaïon, sous lecjuel s'abritait le prophète Jonas, était très-probablement un ricin.

(3) Dioscoride, iv, 164; Pline, xv, 7, et xxw, 4 ; Diodore de Sic, i, 34 ; Hérodote, " H, 9?.

Après l'huile de ricin vient l'huile d'amande, appelée melonium. On la préparait ordinairement avec des amandes desséchées, pilées, et arrosées d'eau. Cette huile ainsi préparée devait avoir, à cause de la présence de l'acide cyanhydrique , des propriétés vénéneuses ; c'est peut-être ce qui lui a valu le nom à'après-l'opium (metopiwn).

A ces huiles il faut encore ajouter Vhuile de noix, nommée caryinon (4), et l'huile de poisson.

Huiles essentielles. — Les anciens connaissaient un grand nombre d'huiles essentielles , dont quelques-unes seulement se trouvaient à l'état de pureté ; car leurs huiles factices ( olea factitia) étaient plutôt des solutions d'essences dans les huiles grasses ; ils les obtenaient particulièrement en faisant macérer des plantes aromatiques dans l'huile d'olive. C'est ainsi qu'ils préparaient les huiles de myrte (2), de roseau aromatique (calamus aromaticus), d'iris, de cardamome , de mélilot, de nard gaulois , de marjolaine, d'aunée,decinnamome, de rose, ilejusquiame(3), de. lupin, de narcisse, de sésame, de lis, de troène.

Toutes ces huiles, que Pline dit fort bien être composées d'un suc odorant ( essence ) et d'un excipient ( matière grasse ), étaient employées dans, la parfumerie, qui constituait une branche d'industrie très-importante dans l'antiquité. Plusieurs villes , comme Capoue, Préneste, Corinthe, Rhodes, Mendès en Egypte, s'étaient, sous ce rapport, acquis une grande renommée. L'usage des parfums, originaires de la Perse, était alors bien plus répandu qu'il ne l'est aujourd'hui; les Romains le regardaient comme un des plus honnêtes plaisirs de la vie (inter honestissima vitœ bpna admissa est) (4).

Presque toutes ces huiles étaient colorées avec du vermillon ou de l'orcanette , afin de réjouir la vue en même temps que l'odorat. On les conservait dans des vaisseaux bien fermés, et à l'abri de la chaleur.

Il faut que l'amour des parfums ait été poussé bien loin chez les Romains, pour que les aigles de leurs armées redoutables fussent parfumées les jours de réjouissances publiques (5).

(1) Dioscoride, i, 41.

(2) Dioscoride, i, 48; Pline, xv, 7.

(3) Dioscoride, i, 42; Pline, xxm, 4.

Ci) Pline, xm, 2.

( j) Pline , xu, 4.

L'huile de citron et celle de laurier étaient des essences pures, oblenues directement et sans l'intermédiaire d'une huile grasse (1). L'huile nommée glucine ou gleucine était préparée en traitant l'huile d'olive avec du moût de raisin , à une température peu élevée.

L'huile des semences de raifort (e raphani semine) était principalement fabriquée en Egypte (2).

Mais, de toutes ces huiles, celle qui nous intéresse le plus sous le point de vue de l'histoire de la chimie, c'était le pissé- Jéonou l'huile de térébenthine, préparée avec la résine de cèdre ou de pin. .

C'est là une des premières substances qu'on ait obtenues à l'aide d'un procédé distillatoire extrêmement curieux, et qui prouve combien l'esprit humain est habile à faire varier les moyens pour arriver au même but.

Voici 6e procédé, tel que nous le décrit Pline : « On allume du feu sous le pot qui contient la résine; la vapeur (halilus) s'élève et se condense dans de la laine qu'on étend sur l'ouverture du pot où l'on fait cuire la résine. L'opération étant terminée, on exprime la laine ainsi imprégnée d'huile. C'est cette iiuiie qu'on appelle pissinum ou pisséléon (3). » •

Quelque imparfait que soit ce procédé, il mérite néanmoins d'être médité : un pot servait de cornue, et un bouchon de laine de récipient. Combien de tentatives n'a-t-il pas fallu avant de songer à faire communiquer la cornue avec le récipient à l'aide d'un tuyau ou d'un tube, une chose qui nous paraît aujourd'hui la plus simple du monde! Tout cela parait simple aujourd'hui parce que nous n'avons pas eu la peine de l'inventer. C'est une de ces erreurs de perspective intellectuelle que nous .aurons plus d'une fois l'occasion de signaler.

On préparait cette huile principalement dans le pays de Bruttium et dans la ville de Colophon en Grèce. Le résidu était appelé poix (pix), ou poix de Colophon. Delà l'origine du nom

(1) Pline, xv, 7.

(2)Pline,tôitf. • -

(3) Pline, xv, 7. Comp. Scrifoonius Largus , Compos., 40 : Florem picis aulem appello, quod excipitur dura ea coquitur, lana superposita ejus vapori. Compar. Sénèqne., Nat. quxst., m, 24 : Facere solemUs dracones et miliaria et complures formas in quibus œre tenui fistulas slruimus per déclive circumdatas. — C'est à tort que Dutens a voulu voir dans ces paroles hi description d'un appareil distillatoire. — Athénée, Deipnos., xi, p. 480; Vitruve, vu, 8.

moderne de colophane, appliqué au résidu de la distillation de l'essence de térébenthine.

La plus estimée de toutes lès résines était fournie par les téré bin thés {terebinlhi) de l'Orient (de Syrie et de Chypre). La résine provenant du cèdre, du cyprès, du pin, était moins estimée, a Toute résine, observe Pline, se dissout dans l'huile {résina omnis dissolvitur oleo) (i). »

Le procédé distillatoire que nous venons d'indiquer, et dont Pline ne prétend nullement être l'inventeur (ce qui en fait remonter la découverte à plus de deux mille ans), rappelle le passage suivant d'Alexandre Aphrodisie, déjà signalé par Alex. de Humboldt : «On rend, y est-il dit, l'eau de mer potable en la vaporisant dans des vases placés sur le feu , et en recevant la vapeur condensée sur des couvercles (récipients?)». Le célèbre commentateur d'Aristote ajoute qu'on peut traiter de la môme manière le vin et d'autres liquides (2).

Alexandre d'Aphrodisie vivait au troisième siècle, c'est-à-dire environ cent cinquante ans après Pline le naturaliste (3).

Nous verrons plus bas Zosime, le Panopolitain , donner le premier la description exacte et détaillée de l'appareil de la distillation.

Suc de grenade.

L'écorce et les baies de grenade renferment une quantité considérable de tannin. C'est du suc de l'écorce et des baies de grenade que se servaient les anciens pour tanner le cuir. Cet usage fit appeler la grenade malicorium, pomme aux tanneurs (4). •

L'infusion d'écorce et de racine de grenade était , comme

(!) Pline, xiv, 25.

(*2) Quidquid ex ipsis. évaporons in operculis colligitur. — Vimim et alia qux humorem aut succum habent a (que évaporant, ex transmutatione rursus vaporis in humidum, aqua fiunt. Alex. Aphrodis., in Meteorolog. Aristot. Comment., lib. u, corn. 15, p. 19 verso, edit. Piccolomini ; Yenetiis, in 4°, 1548.

(3) Voyez notre article Alexandre d'Aphrodisie, dans la Biographie générale.

(4) Celse, il, 33 ; Pline, xxm, 40; xxiv, 57. ^

aujourd'hui, employée dans le traitement des hérnorrhagies, d<*^ la dyssenterie et du ténia. En faisant bouillir Pécorce et la ra — cine de grenade jusqu'à consistance de miel, on préparait u» extrait aqueux qui servait aux mêmes usages (4).

La noix de galle était également employée pour tanner le cuir. Les anciens savaient que ces excroissances des feuilles du chêne sont dues à des piqûres d'insectes; car Pline rapporte que, dans les petites boules qui se développent sur les feuilles du chêne, il s'engendre de petits moucherons (culices nascvntur) (2).

Nous avons déjà dit que la noix de galle était employée comme réactif de Yatrament ou vitriol de fer. Mais il ne paraît pas que la liqueur noire qui résulte de la combinaison du suc de la noix de galle (acide tannique) avec ce sel de fer, et qui n'est autre chose que l'encre, ait été aussi généralement employée qu'elle l'est aujourd'hui.

Encres. — Encre sympathique.

Vatramenium librarium était une espèce d'encre de Chine , dont Dioscoride nous a laissé la formule (3).

Ovide enseigne aux filles un moyen dé tromper la vigilance des gardiens qui cherchent à intercepter leur correspondance amoureuse ; ce moyen consiste à tracer les lettres avec du lait frais, et aies rendre lisibles avec de la poussière de charbon (4). Le poète Âusone propose à Paulinus(5) le même moyen, qui réussit en effet lorsque le lait n'est pas privé du corps gras ( beurre) qu'il contient. 11 y a là une simple action mécanique, consistant clans l'adhérence de la poussière de charbon au corps gras du lait. Dans les différentes espèces d'encre sympathique modernes,

(1) Pline, xxui, 57.

(2) Pline, x?i, 9 et 10.

(3) Dioscoride, y, 183, IUpt (xe).avo; : trois onces de noir de fumée pour ubc once dégomme.

('i) De Arte amandi, lib. m, v, 629 :

Tuta quoque est , fallitque oculos e lacté recenti Litera : carbonis pulvere lange ; leges.

(ô) Ausone, Epis t., xxiu, y. 21. Comp. Pline, xxtiii, 18, qui propose la cendre à la place de la poussière de charbon. '

il y a , au contraire , une action chimique : il se produit une combinaison noire de l'hydrogène sulfuré avec la solution d'uu sel de plomb ou de fer.

Sucs 4e pavot, de laltne9 de figuier.

C'est à tort qu'on a contesté aux anciens la connaissance de l'opium. L'opium et ses propriétés étaient connus depuis fort longtemps. Qu'était-ce que Yopion, le meconion, le diacodion ?

a Le pavot noir (p. nigrum) donne un suc qui provoque le sommeil, et qui, à plus haute dose, occasionne la mort. Ce qu'on appelle opion s'obtient de la manière suivante : On fait, au milieu de la journée et par un temps sec, des incisions longitudinales sur la tête du pavot; il faut avoir soin que ces incisions ne soient pas trop profondes. Le suc qui s'en écoule ne larde pas à s'épaissir; lorsqu'il est sec, on l'enlève avec l'ongle, on le pile, et on le réduit en trochisques (pastillos). On reconnaît l'opium à son odeur forte et vireuse; étant allumé, il donne une flamme claire et brillante : c'est ce qui distingue le véritable opium de l'opium falsifié , qui s'enQamme plus difficilement et s'éteint plus vite. On s'assure encore de sa bonté en l'exposant aux rayons ardents du soleil; car alors le vrai opium se liquéfie de manière à prendre l'aspect d'un suc nouvellement découlé de l'arbre. L'opium est le plus souvent falsifié avec du suc de laitue. »

Voilà, en résumé, ce que Dioscoride et Pline nous apprennent sur l'opium, qui est bien , à n'en pas douter, celui de nos' officines (1).

Le meconion des anciens n'est point notre opium; il suffit d'entendre Pline. « Le liquide, dit-il, provenant de la décoction des feuilles et des têtes de pavot dans l'eau , s'appelle meconium. II a bien moins de force que l'opium {multum opio ignavion). » (Pline, xx, 48.)

' Il est impossible de définir plus clairement le meconium.

«Lediacode (2) se fait, ajoute-t-il, de la manière suivante :

(!) Dioscoride, îv, 65; Pline, xx, 76.

(2) Dtacode signifie littéralement par des têtes de pavof, dis xco&fav. Corn p. Galien, Krcà Torcovç, c. 2.

Prenez cent vingt têtes de pavot sauvage (p. sylvestris), faites — les macérer deux jours dans trois sextaires d'eau de pluie; puis. :

faites-les bouillir dans la même eau. Passez la décoction à tra

vers un linge; reprenez la colature avec du miel, et évaporez

la jusqu'à réduction de moitié. » (Pline, xx, 78.) — C'est là ;■«■ peu près notre sirop diacode y dans lequel le sucre remplace 1^3 miel.

La culture des pavots était, dès les temps antiques , particulièrement en faveur chez les Romains. On se rappelle que Tarquin le Superbe, pour toute réponse aux -ambassadeurs que son fils lui avait envoyés, fit tomber, en leur présence, les têtes de pavots de son jardin (1).

L'emploi de l'opium, dont on faisait un grand commerce à Alexandrie, fut le sujet de vives discussions parmi les médecins de l'antiquité. Ërasistrate et Diagoras le proscrivaient, il y a plus de vingt siècles, comme vénéneux (mortiferum ) et nuisible à la vue (quoniam visui noceret) (2).

Il est bon de rappeler que les auteurs anciens nous citent plusieurs cas d'empoisonnement par l'opium. Ce fut avec ce moyen que Cécina , un des ancêtres de Mécène, se tua de désespoir.

•§72. Suc 4e laitue et 4e figuier.

u Le suc de la laitue sauvage ( lactuca sylvatica) est blanc , et jouit à peu près des mêmes propriétés que celui du pavot; on le recueille en incisant la tige de la plante à l'époque des moissons. Ce suc est rafraîchissant et narcotique. s> (Pline, xx, 7.)

Le suc de figuier cultivé, du figuier sauvage (caprificus ) et du sycomore, était préconisé pour la guérison d'un grand nombre de maladies, et comme antidote des poisons animaux. « Le suc du figuier, remarque Pline, fait cailler le lait, comme ferait le vinaigre (3). »

(t) Pline, xix, 53.

(2) Dioscoride, iv, 65 ; Pline, xx, 76.

(3) Pline, xxiii, 64; Columelle, vu, 8; Dioscoride, i, 183.

D'après Vairon, on faisait le fromage en coagulant le lait avec du vinaigre et du suc de figuier (4).

Papier (charta).

Varron nous apprend que le premier papier de papyrus fut fabriqué quelque temps après les conquêtes d'Alexandre le Grand, dans la ville nouvellement fondée d'Alexandrie (2). On considérait dans le papier son format, son épaisseur, sa blancheur, et son aspect lisse et uni. Les bandes de papyrus, disposées en forme de croix, étaient collées avec de la farine bouillie dans de l'eau acidulée de vinaigre. Le papier étant collé, on l'amincissait en le battant avec un marteau, ensuite on le le soumettait dé nouveau au collage. Enfin, après l'avoir mis à la presse pour le dérider, on le battait de nouveau avec un marteau pour l'étendre et le rendre uni.

<t Tel est , ajoute Pline qui nous donne ces détails , le papier sur lequel sont écrits les ouvrages de Cicéron, d'Auguste et de Virgile, que j'ai souvent sous les yeux (3). »

Gommes.

La gomme étant un produit naturel de certains arbres, il n'est pas étonnant que les anciens aient connu à peu près toutes les espèces de gommes que nous connaissons aujourd'hui. La gomme (gummi, xo'fxfxt) provenant de Yacanthos d'Egypte était préférée à toutes les autres (4). Or Yacanthos, dont le fruit était, comme la noix de galle, employé pour tanner les peaux, ne pouvait être qu'une espèce à'acacia; et la gomme qu'il produit était notre gomme arabique Mi Elle est, dit Pline, sans aucun mélange d'écorce, et s'attache aux dents quand on la mâche; une livre de cette gomme se vend trois deniers romains (5). »

(1) Varron, de Re rustica, », 9.

(2) Pline, xiu, 21.

(3) "Pline, xiii, 26.

(4)ThéopliraMe, fNjf.p/an/., nr,2; Dioscoride, m, 15; Pline, un, 20. (5) Pline , xiii, 26. Environ 1 fr. 20 cent, de notre monnaie.

On connaissait, en outre, les gommes de l'amandier, du ceri— j sier et du prunier. Cette dernière était la moins estimée. Us~ sarcocolle, distillant d'une espèce -d'arbre indéterminée, étai 1 employée dans la peinture (1). .

Ligneux. — Lin. — Coton. — Tissus incombustibles*

Le lin n'était pas seulement cultivé en Egypte, mais encore dans les Gaules et dans la Germanie, chez des nations que les Romains regardaient comme des sauvages. Dans les pays riverains du Pô, on fabriquait des étoffes de lin d'une finesse extrême. « Le fil , dit Pline , en est aussi fin que celui d'une araignée (2). »

Les tiges de lin ont besoin, avant d'être employées, d'une sorte de préparation , connue sous le nom de rouissage. A cet effet , on laisse macérer le lin, qu'on vient d'arracher du sol , au fond d'une eau stagnante. Ce procédé était également pratiqué par les anciens , qui jugeaient le lin suffisamment roui, lorsque son écorce était devenue plus lâche (membrana laœatior). En général , pour tout ce qui concerne les arts et l'industrie , dépendant plus ou moins de la chimie, on était plus avancé dans l'antiquité qu'au moyen âge.

Les voiles des navires et les draperies des théâtres étaient de lin. Jules César, élevé à la dictature, fit couvrir de toiles de lin le grand Forum de Rome, ainsi que la rue Sacrée, qui allait de son palais au Capitole (3). '

LJétoupe (stupa) servait à faire des mèches qu'on imprégnait d'huile de noix ou d'huile de ricin.

Le gossipion ou le xylon des Grecs, qui provenait d'un fruit dé la grosseur d'une aveline, était évidemment le coton (4). C'étaient des étoffes de coton, appelées xylinesy qui composaient les vêtements des prêtres de l'Egypte, jmrce qu'elles étaient plus blanches et plus douces que celles de lin.

(1) Pline, un, 30.

(2) Pline, xix, 1 et suiv.

(3) Pline, xix, 2.

(4) Parvus est, similemque barbât» nucis de fer t traclum , etijus ex interiore bombyee lanugo netur. Pline, ibid.

Le ligneux àusparlum et du schoinos était employé pour faire ^s matelas (strata), des chaussures (calceamlna), des cordages, et des habits grossiers pour les pâtres. Le spartum était une espèce de genêt (genisla scoparia ? ) ; et les cordes qu'on en faisait Se nommaient en grec x«fxr,Xoi, carneli, que les traducteurs du Nouveau Testament ont rendu par chameaux.

Le schoinos était une sorte de jonc, semblable au phormium tenax, dont on retire aujourd'hui une espèce de lin, appelé lin de la Nouvelle-Hollande.

Saint Clément d'Alexandrie connaissait le ver à soie {bombyx ) et les tissus de soie : il en donne la description dans ses Stromates(i).

Tissus incombustibles. — En quoi consistaient ces étoffes dont on enveloppait les cadavres des rois, au moment de les brûler, afin que leurs cendres ne se mêlassent pas avec celles du bûcher? Qu'était-ce que ce lin incombustible avec lequel les patriciens de Rome faisaient fabriquer des nappes, qu'après le repas ils jetaient au feu pour les blanchir ?

Ce lin incombustible était ce que nous appelons aujourd'hui amiante ou asbeste. Ce nom qui signifie, par métonymie, wcombustible, lui est venu des Grecs. C'est la substance que les alchimistes, qui ne voyaient partout que du merveilleux, appelaient lin vif ou laine, de salamandre, parce que, d'après leurs idées, la salamandre était à l'épreuve du feu.

On sait que l'asbeste est une substance minérale que l'on trouve dans beaucoup de mines d'Allemagne et d'Angleterre.

Les architectes grecs et romains paraissaient avoir connu le moyen de rendre le bois de construction réfractaire au feu, en le trempant dans des solutions de sels alcalins et alumineux.

Aulu-Gelie raconte que Sylla, assiégeant le Pirée, ne put, malgré tous ses efforts, parvenir à brûler une tour en bois construite par Archélaûs. Il se trouva que le bois de cette tour était recouvert d'alun (2).

(1) démentis Alexandr. Opéra, éd. Dan. Heins. ( 1616, Lugd. Bat.), lib. i, p. 148.

(2) Aulu-Gelle, Nocles atticœ, xv, i. Omnem materiam obliverat alumine , guod Sylla alque milites admirabantur.

Charbon.

Le charbon employé par les forgerons ou les fondeurs était d charbon de chêne, qui passait pour donner plus de chaleur qui . eelui.de toute autre espèce de bois. Le charbon était préparé ei grand parla méthode que nous employons encore aujourd'hui. Seulement les meules, au lieu d'être recouvertes de gazon , étaient recouvertes d'une couche compacte d'argile ou de plâtre, qu'on avait soin de percer en plusieurs endroits pour laisser échapper la fumée (1).

L'agaric du saule et les feuilles sèches servaient d'excipient au feu, ou d'amadou, que les Romains appelaient fomes, d'où notre expression de fomenter.

D'après la doctrine des anciens, qui rappelle le phlogistique de Stahl; les charbons ainsi que le bois fournissaient une quantité de chaleur proportionnelle au principe de chaleur qu'ils étaient supposés contenir. Or, le bois de chêne, étant regardé comme le plus riche en matière ignée, devait aussi donner le plus de chaleur.

Si les alchimistes avaient raisonné comme les Grecs et les Romains, ils ne se seraient pas fourvoyés.

§ 77." Embaumement. — - Conservation des fruits.

L'expression de Taptxeueiv, dont se servaient les Grecs, signifie à la fois saler si embaumer. On .attribuait depuis longtemps au sel la propriété de préserver les substances animales de la putréfaction (2). Dion et Plutarque racontent que Pharnace envoya à Pompée le corps de Mithridate, conservé dans de l'eau salée. Plutarque ajoute que le visage n'était plus reconnaissable, parce qu'on, avait oublié de retirer le cerveau (3). Suivant Eunape, qui

(t) Pline, xvi, 8.

(2) Pline, lib. xxxi, 45. Salis natura —corpora siccans, defuncta etiam a putrescendo vindicans, ut durent itaper sxcula, Isidore, Orig.9 lib. xvi, c. 2, répèle la même chose. Sextus Empiricus, in Pyrrhon. hypotypos. cap. 24.

(3) Dion Cassius, xxxvn, 14. Plutarque, Vita Pomp.

vWait au IVe siècle, il y avait une secte de religieux dont l'occupation consistait à embaumer, dans une saumure, les têtes des ttiartyrs (1).

Le même procédé était employé pour conserver certains animaux comme objets de curiosité (2).

Après les sels alcalins, le miel et la cire étaient réputés/somme* préservatifs de la putréfaction. Les Assyriens enduisaient lesmorts de miel et de cire (3). Les corps d'Agésipolis, d'Agésilas, d'Àristolas et d'Alexandre le Grand furent embaumés de cette manière (4). Le corps de l'empereur Justin fut embaumé avec du miel mélangé de substances aromatiques.

Les anciens faisaient confire les fruits dans du miel; c'étaient des conserves analogues à nos confitures sucrées.

Tous les procédés de conservation mis en usage parles anciens avaient pour but de prévenir, autant que possible,, Paccès et l'influence de l'air, comme s'ils avaient entrevu que cet agent contient un principe éminemment propre à bâter la fermentation et la putréfaction des substances végétales et animales. Spiramentum omne adimendum, disaient les Romains, comme nous dirions aujourd'hui : Évitez le contact de l'oxygèn*.

C'est conformément à ce principe que, pour conserver les pommes et les grenades, ils les recouvraient d'une couche de cire ou de résine. Ils conservaient les raisins, ainsi que beaucoup d'autres fruits, dans des vases d'argile exactement fermés et enfouis dans du sable à plusieurs pieds de profondeur. C'était là la méthode indiquée par Varron (5). Dans d'autres cas, ils faisaient bouillir les substances fermentescibles dans Peau, avant de les enfermer dans des vases; c'était un assez bon moyen de prévenir la fermentation (6).

Les olives Y ertès se conservaient dans une solution de sel marin, ou dans une espèce de saumure qu'on emploie encore aujourd'hui dans le même but.

(1) Énnape, in Vitis Philos. Comp. Siegebert, in Actis S. Guiberti, cap. 6.

(2) Varron, de Rerustica, n, 4. Pline , vu, 3. Phlegon Trallian., de Mirabil. f pag. 34, 35. Geopon.f xix, cap. 9. Philostorgius, Bistoria ecclesiast., Gênes , 1643,4, p. 41.

(3) Strattbn, xvi, p. 1082.

(4) Xenoph., Hist. Grxc.9vf p. 384. Diod. de Sicile, lib. xv. Josèphe, Antiq. Jud. , xiv, 13. Stace, Sylv., m, 2.

(5) Pline, xv, 34.

(6) Ce moyen rappelle la méthode d'Apperf, employée de nés jours,

Œaft.

Le jaune et le blanc de l'œuf avaient de nombreux usages en médecine. On connaissait depuis longtemps la propriété qu'ont les œufs de noircir la vaisselle d'argent; mais c'est de nos jours seulement que nous savons pourquoi : cette propriété est due au soufre qui entre dans la composition de l'œuf et qui, en se combinant avec le métal, forme un sulfure noir.

Les anciens savaient que la coquille d'œuf ainsi que les coquilles d'huîtres donnent de la chaux. Ils faisaient même, avec du blanc d'œuf et de la chaux vive, une espèce de mastic pour luter le verre (i). Ce lut était employé, jusque dans les temps modernes, pour fermer exactement les vaisseaux dans les opérations chimiques.

Lait.

La coagulation du lait par les sucs acides, et particulièrement par le vinaigre, est une des observations les plus anciennes qu'on ait faites s'ur ce liquide nourricier. Les Grecs etlesRofriains employaient, comme on le fait de nos jours, la caillette (coagulum) ou l'estomac des ruminants pour faire cailler le lait, c'est-à-dire pour séparer le caséum du petit-lait.

Le lait de vache et le lait de chèvre étaient le plus communément employés pour la confection du beurre etdu fromage. Quant au lait d'ânesse, sa réputation comme remède et comme moyen hygiénique paraît remonter à une époque assez reculée. Il était surtout prescrit, comme il l'est encore aujourd'hui, aux poitrinaires. On raconte que la femme de Néron se baignait dans du lait, d'ânesse, et qu'elle menait, dans ses voyages, cinq cents ânesses à sa suite.

Le petit-lait n'était pas une boisson du' goût des Romains; ils ne l'estimaient bonne que pour les barbares.

Pline, Mix, il.

Le beurre était employé aux mêmes usages que l'huilé ; mais il servait, surtout à Rome, à oindre les enfants.

Les fromages étaient un oiets très-recherché sur la table des Romains. Les fromages de Ntmes (ISemausus) et des Alpes étaient particulièrement recherchés. C'est avec le fromage des Alpes que l'empereur AntoninPie se donna une indigestion qui lui coûta la vie.

Pour donner aux fromages un goût qui plaisait alors aux gourmets (le goût et le costume sont une affaire de mode), on les exposait à l'action de la fumée des plantes aromatiques. Cette pratique était surtout mise en usage par les Gaulois, les fournisseurs privilégiés de la table des patriciens.

« Le fromage, dit Pline , prend en vieillissant un goût de sel, bien qu'on n'y en ait pas mis. Mais si on le laisset remper dans du vinaigre, il reprend son premier goûtai). »

Ce fait s'explique. Le fromage développe, à mesure qu'il vieillit, beaucoup d'ammoniaque, qui, étant neutralisée par le vinaigre, doit, à peu de chose près, rendre au fromage son premier goût. C'est donc un moyen chimique qu'employaient ici les anciens : ils saturaient une base alcaline par un acide. Voilà comment les faits précèdent les théories.

Le fromage au vinaigre paraît avoir été fort du goût des Grecs et des Romains, dont la cuisine ne flatterait guère aujourd'hui le palais de nos gourmets, du moins à en juger d'après la composition du fameux myma, espèce de ragoût dont parle Athénée (2). En voici la recette ; poulet et intestins hachés, mélangés avec du sang, avec du vinaigre, avec du fromage grillé, et assaisonnés de cumin, de thym, de coriandre, d'oignons brûlés, de raisins secs, de mielfcet de grains de grenades. — Il faut avouer que, si les anciens ne se brûlaient pas l'estomac avec de l'eau-de-vie , ils le cautérisaient avec des épices, dont ils faisaient un grand usage.

Poisons.

C'est une vérité triste à confesser, que les vices de l'homme sont un des principaux stimulants du progrès. Combien de défi) Pline , xi , 96 et suiv.

(2) Deipn.y xvi, 23.

couvertes ne devons-nous pas à la fraude, à la cupidité, aux crimes des empoisonneurs et des faux-monnayeurs ? ,

N'est-ce pas vraiment humiliant de voir les plus mauvaises passions de l'humanité servir en quelque sorte d'engrais à l'une de nos plus belles sciences?

h? La connaissance des poisons est aussi ancienne que le crime de l'empoisonnement, ce qui revient à dire qu'il est impossible d'en fixer l'époque.

Soit par respect pour la morale, soit par obéissance aux lois -établies, les auteurs anciens s'étaient imposé le silence le plus absolu sur la matière toxicologique, témoin le serment d'Hippocrate, qu'on faisait autrefois prononcer dans toutes les facultés de médecine de l'Europe. C'est probablement ce qui explique pourquoi l'histoire nous apprend si peu de chose sur la préparation des poisons.

Galien, dans son Traité des antidotes, dit que les seuls auteurs qui aient osé s'étendre sur les poisons, sont Orphée, surnommé le Théologue (0€oX6yoç), Horus, Mendésius le Jeune, Héliodore d'Athènes, Arate et quelques autres (1). Malgré sa remarque, « qu'il est imprudent de traiter des poisons et d'en faire connaître la composition au vulgairequi pourrait en profiter pour commettre des crimes , » il ne se fait pas de scrupule d'indiquer une série de substances réputées vénéneuses, et qui se retrouvent dans Nicandre et dans Dioscoride.

Aucun des auteurs mentionnés par Gàlien n'est arrivé jusqu'à nous. Parmi les écrits d'Arate qui nous restent, il ne se trouve pas de traité sur les poisons. Quant à l'auteur du poôme Ilepl Xtôwv {sur les pierres), il ne paraît appartenir qu'aux premiers siècles de l'ère chrétienne, époque à laquelle on rencontre une multitude d'écrits, pseudonymes, des traités sur la pierre philosophai, attribués'à Platon, à Aristote, etc.

Idée dupoëme IleplXiôwv. — Théodamas, filsde Priame, expose à Orphée les propriétés des pierres, et surtout leur vertu contre la morsure des serpents venimeux. Il cite comme remèdes la topaze, l'opale, le jaspe, la lépidote, la chrysolithe, l'aimant, le rubis, l'émeraude, etc. Au milieu de ce récit, le poêle intercale plusieurs anecdotes concernant la famille de Laomédon et les rois de Troie. Le dialecte est ionien, et imite assez maladroitement le langage d'Homère.

(1) Galien, De antid.t h, 7.

Deux raisons démontrent surtout que l'auteur de ce poème n'est point Orphée : 1° Orphée vivait, selon les traditions mythologiques, longtemps avant la guerre de Troie ; il lui aurait don6 été impossible de parler d'Ulysse, d'Hector, et de tous ces héros de la guerre de Troie, comme le fait notre pseudonyme ; 2° le supplice des magiciens dont parle l'auteur (vers 73-74). Avant le règne de Constantin, il n'existe aucune loi infligeant la peine capitale à ceux qui s'étaient adonnés à là magie, à la divination ou aux sortilèges (1). Cette circonstance permet de fixer l'époque à laquelle aura vécu notre Pseudorphée. Aucun auteur n'avait fait mention de ce poème avant Jean Tzetzès et le grammairien Démétrius Moschus , qui tous deux vivaient vers le xne siècle de notre ère (2).

L'auteur le plus ancien qui nous ait laissé quelques détails sur l'histoire des poisons, c'est Nicandre de Colophon; il vivait entre 204 et 138 avant l'ère chrétienne (3).

Lorsqu'on compare entre eux Nicandre , Dioscoride, Pline, Galien, Paul d'Ëgine, relativement à ce qu'ils nous apprennent des poisons, on incline à penser qu'ils se sont copiés les uns et les autres, ou qu'ils ont tous puisé aux mômes sources.

Voici d'abord ce que nous apprend Dioscoride :

«Si les poisons, dit-il, sont nombreux en espèces, leur action est assez uniforme. Aussi leur oppose-t-on à tous à peu près les mêmes remèdes. » Dioscoride donne ensuite rénumération assez exacte des symptômes de l'empoisonnement. De là il ar rive à conclure qu'il est difficile de trouver un symptôme exclu-

(1) Ce fut Tan 357 qu'apparut un édit de Constantin , De magis supplicio capitis fer iundis, v. Cod. Theod., ix, tit. xvm, 5 : Supplicio capilis feriatur guicunque jussis nostris obsequium denegavit. Sont ensuite signalés à la vindicte de la loi : Chatdxi et magi, et cœteri quos maleftcos ob facinorum magnitudinem vulgus appel lat. — . La religion chrétienne venait d'être déclarée religion d'État, en remplacement du paganisme qui avait laissé les magiciens et les sorciers parfaitement libres. Longtemps persécutée, elle devint à son tour persécutrice. Toilà comment le christianisme s'éloigna de sa vraie source.

(2) Voy. Ilept a£6<ov/ éd. Jo. Math, Gesner, cum notis Th. Tyrwhitt., Lon- <dini,'1781, S. C'est ainsi que tombe l'affirmation de M. Rognetta, prétendant que l'auteur du poème Ilepi Xtôtov était antérieur à Homère. {Mém. sur l'empoisonnement par V arsenic ; Paris, 1840, 8.)

(3) Nicandri Colophonit Theriaca, id est bestiarum venenis, etc., éd. Gottlob Schneider ; Lips., 1815, 8. — Nicandri Alexipharmaca, éd. G. Schneider; Halle, 1792, 8.

si vement propre à tel ou tel poison (i). Il avoue même que plusieurs de ces symptômes sont communs à des maladies qui ne sont pas, à vrai dire, des empoisonnements.'!! diviseensuite implicitement les poisons en ceux qui tuent promptement, et en ceux dont l'action est plus lente, et qui occasionnent souvent | des maladies de longue durée.

Après ces idées , qui sont pour la plupart exactes , l'auteur aborde la question du traitement. Ici tous les auteurs s'accordent à dire que le premier moyen qu'on doit employer dans un cas d'empoisonnement, c'est de chercher à expulser le poison par la voie la plus courte. Et, à cet effet, ils conseillaient de provoquer immédiatement le vomissement avec de l'huile tiède, seule ou mélangée avec de l'eau <2). « Si Ton a pas d'huile sous la main, on donne, ajoute Dioscoride, du beurre dans de l'eau tiède, ou une décoction de mauve, de graine de lin, de semence d'orties, etc. Ces substances ont l'avantage de chasser le poison, non-seulement par la bouche, mais encore parles selles, et d'amortir par là, l'action corrosive du poison. »

Nicandre ajoute à ces moyens, comme ayant la même action, l'huile d'olive , le lait , une lessive chaude de cendres de sarments, des noyaux de poches écrasés dans de l'huile blanche.

Après le vomissement, on donnait ordinairement à boire une infusion de plantes aromatiques, du vieux vin, de l'hydromel contenant du nitre pilé, etc. Après l'exposé de ces idées, qu'on peut considérer comme la base de la toxicologie ancienne, Dioscoride, et, après lui, Galien, donnent la liste suivante des substances vénéneuses ou réputées telles.

A. Poisons- tirés du règne animal.

Cantharides. — Dioscoride décrit fort bien les troubles que ce poison détermine dans l'appareil génito-urinaire. Les observateurs modernes n'ont fait, sous ce rapport, que développer les idées des médecins anciens.

Bupreste. — C'est un insecte ayant les mêmes propriétés que la cantharide. Nicandre conseille, comme contre-poison des cantharides, le moût de vin ou des œufs avec du sel marin.

(I) Dioscoride, Ilept âr,X7}TY)pi<ov çoptiàxaw, p. 395(Lugd., 1598, in fol.). (2) Dioscoride, ibid. Galien, De antidot., il, 7 : xp» tôpètaiov ôepjjiôv Siôovctt xai *;o/./.ù irivetv xai àvay^aÇeiv éjxeîv. Kitnndre, Alejipharm.

Sangsue. — Avalée par accident , la sangsue était supposée causer la mort par le sang qu'elle suçait dans l'estomac.

Lièvre marin. — Les auteurs anciens racontent beaucoup de merveilles, au sujet du lièvre marin qu'on regardait comme fabuleux. On ignore s'ils ont voulu désigner par ce nom une espèce de phoque, de poisson , de crustacé, ou d'araignée de mer (1).

Crapaud. — Salamandre. — Serpents venimeux.

Sang de taureau. — C'était probablement du sang qui avait éprouvé la fermentation putride. On sait que, dans cet état, le sang est un des poisons septiqucs les plus énergiques. Ce genre de poison était très-usité chez les Athéniens.

MieldHéraeléety.

B. Poisons tirés du règne végétal.

Suc de pavots. — Opium. Nicandre (Alexiphram., vers. 433 et suiv. ) dit : « Celui qui boit un breuvage dans lequel entre le suc de pavots tombe dans un profond sommeil. Les membres se refroidissent ; les yeux deviennent immobiles ; une abondante sueur se manifeste sur tout le corps. La face pâlit , les lèvres enflent, les ligaments de la mâchoire inférieure se relâchent ; les ongles deviennent livides, et les yeux excavés présagent la mort. Cependant ne te laisse pas intimider par cet aspect; donne vite au malade une boisson tiède, composée de vin et de miel, ou 'de l'huile de rose, d'iris, et remue le corps violemment, afin que le malade vomisse. »

On pourra comparer ce passage à un autre non moins curieux de Jules l'Africain (du quatrième siècle de Père vulgaire), qui le premier indique la formule d'un composé pharmaceutique, tout à fait analogue à notre laudanum : « Faites digérer de l'opium (hébaïque (fatov 6y)6aixov ) avec de la cannelle dans du vin (3). » Jusquiame. — C'était surtout la graine qui servait de poison; aussi Pappelait-on fève de cochon ou hyosciamus (&o<jxu«fAoç). On distinguait anciennement, comme aujourd'hui, la jusquiame

(1) Dioscoride, De venenis. Nicandre, Alexipharmaca. Pline, xxxn, 3; ix* 72, Athénée, Deipn., x, p. 446. Comp. Réauinur, Mém.de VAcad. de Paris, 1715, p. 11. —C'est avec ce poison que Domilien a, dit-on, empoisonné Titus (Voy. Philostrate, in Vita Apollonii).

(2) Voy. pag. 196.

(3) Jul. Afric., Cesti.

noire (à graine noire) , et la jusquiame blanche J[ à graine blanche). Elle passait pour causer des vertiges et une folie momeatanée. « On ne peut, dit Pline, manger plus de quatre feuilles de jusquiame, sans que la tête soit .bouleversée (1). » Le lait était l'antidote de ce poison.

Mandragore. — Ce nom paraît avoir été appliqué, non pas aune seule espèce, mais à plusieurs espèces de solanum, qui, comme on sait, contiennent un principe toxique, commun à presque toutes les plantes de la famille naturelle des solanées*

C'est avec différentes espèces de solanum, dehyosciamus, de datura, de belladona, données en breuvages, qu'on produit des visions étranges et des aliénations mentales momentanées. Les anciens connaissaient-ils cette propriété des solanées? C'est très-probable.

Ciguë (cicuta). — Ce poison consistait dans le suc condensé des tiges, des feuilles, des fleurs et des graines exprimées. On employait à cet effet la ciguë de Suse , de Crète et de Mégare, qui était peut-être tout simplement notre cicuta virosa, ombellifère très-commune dans les lieux humides» Les auteurs signalent, comme un symptôme particulier de l'empoisonnement parla ciguô, le froid et la pesanteur des membres inférieurs; Platon en parle dans la mort de Socrate. La ciguô chez les Athéniens et chez les habitants de l'ancienne Massilia (2) remplaçait la guillotine de nos jours. Le vin pur passait pour le contre-poison de la ciguë. Nicandre conseille à cet effet les graines de la pomme épineuse (u.y\kzirl<; ^kw^eoç dtypioç xap7rdç).

Sucs de dorycnium , de psyllium, de pharicum, de toxicum, de carpasus, de thapsia, d'elaterium. — Ce sont, autant qu'il est permis d'en jugej, des sucs tirés de plusieurs plantes de la famille des euphorbiaeées , ou de celles des apocynées et des cucurbitacées. Le suc d'elaterium était probablement le suc amer de la bryone (momordica elaterium).

Aconit (racine d') (3). — C'est là un des poisons les plus énergiques du règne végétal. Les anciens déjà le savaient, puisqu'ils donnaient à l'aconit l'épithète de pardialankès ( tue panthère ) ; c'est ainsi que nous appelons aujourd'hui une certaine espèce

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