HT. DF. LA CHIMIE. •— T. I
moyen âge, disséminés aujourd'hui sur tout le globe^ les Juifs ont conservé, au milieu de leurs infortunes , leur foi, leurs mœurs, leur caractère, jusqu'au type même de leur physionomie (1). Cet accord de tous les peuples à maltraiter les Juifs ne donne-t-il pas à penser? — Ce qu'il y a de certain, c'est que le christianisme, qui prêche la fraternité, a eu son berceau chez les Juifs, qui dans toute l'antiquité passaient pour le peuple le plus égoïste elle moins conciliant du monde. Les Romains, les plus tolérants des mortels, ne leur reprochaient-ils pas odium totius generis humant? — Incontestablement les Israélites étaient dès leur origine animés du môme esprit de lucre que les Phéniciens, avec lesquels ils avaient plus que de simples rapports de voisinage.
Quoique fidèles à leurs croyances religieuses, les Hébreux ont cependant emprunté aux Égyptiens et aux Phéniciens la pratique des choses qui leur paraissaient les plus utiles. Us mettaient dans la construction dû tabernacle tout le raffinement des arts de FÉgypte ; et les ornements du grand-prêtre devaient avoir mis à contribution les ateliers de Tyret de Sidon (2). Bien que Moyse, le Solon des Juifs, n'ait pas précisément institué des lois en faveur dp la culture des arts, il fait cependant l'éloge des ouvriers et des artisans. (Exod., XXI, il ; XXXV, 30—36. ) Les orfèvres, les sculpteurs, les forgerons, en général tous les artisans (D^ï?in), étaient, comme chez les Égyptiens, des hommes libres, et non des esclaves, comme chez les Grecs et les Romains.
De rorl^^ine de la chimie.
Hermès ou Mercure, surnommé le trois fois très-grand (tpU ft^Yiatoç), passe pour l'inventeur des arts en Egypte, et particulièrement pour l'inventeur de la chimie (3). On attribue à ce
(1) On a remarqué que les figures des Israélite» peintes il y a plus de trois mille ans, sur d'anciens sarcophages ou sur d'autres monuments é;.'yptienâ, ont les mêmes traits de physionomie que les Juifs de nos jours.
(2) Voy. pour la description du tabernacle l'excellent ouvrage de ral>i»« Glaire, Introduction historique et critique aux livres de VÀnden et du /><>«' veau Testament, t. ii; Parlii, 1839, p. 606.
(3) Teriullien (de Anima y c. 2, et adversus YalentinianoSf p. 1&) >PP^1® Hermès physicorum maç'sirum.
personnage mythique , qui s'appelle aussi Thaat ou Thaut, un grand nombre d'écrits sur les arts, sur la médecine et l'astrologie, dont plusieurs existent encore sous le pseudonyme d'Hermès Trismégiste (i).Ce qui prouve que ces écrits sont supposés, c'est qa'aucuQ écrivain antérieur à Tère chrétienne n'en fait mention. Les auteurs qui en ont parlé les premiers appartiennent presque tios à la fameuse école d'Alexandrie, véritable atelier de science ft de littérature pseudonymes.
D'autres attribuent l'invention des arts utiles à Phtha ou à Vulcain. Ils le regardent comme identique avec Tubalcaïn qui, d'après la tradition biblique, travailla le premier les métaux (2). Z'>5inie, Eusèbe et Synésius rapportent qu'il y avait dans le i£mplede Phtha (Yulcain), à Memphis, un endroit destinée î^iercice de la science divine ou de l'art sacré, qui, comme s^i^fe verrons plus bas, n'était autre que la chimie ou l'alchimie, '^é^ùnsi que les alchimistes se réunissaient autrefois dans '^^(^édrales pour se livrer aux opérations du grand œuvre.
Les alchimistes paraissent avoir également emprunté aux prêtres de TÉgyp te les formes énigmatiques, les signes hiéroglyphiques de leur art, le rapprochement mystique des métaux, des pîanètes et des signes du zodiaque, les théories de l'œuf philosophique, etc.
On a beaucoup et vainement discuté sur la science caché'e des prêtres de Thèbes, de Memphis et d'Héliopolis. Le silence était Imposé à ces prêtres sous les peines les plus sévères, et il ne leur ^^t permis de s'exprimer que symboliquement.
Au rapport d'Eusèbe et de Synésius (3), c'est dans le temple ^ Menjphis que Démocrile d'Abdère fut initié par Ostanes
'!> U Ubie d'émeraude (tabula smaragdina) de Hermès Trismégiste était "imitée comme un oracle par les alchimistes du moyen ftge. Le divinus Ptf- ^der^ écrit originairement cd grec (alexandrin), et traduit en latin par Mar- ''«iFicin,eston ooTrage mystique, aonvent cité. Foy. les ouvrages attribués à
^4s Trismégiste, dans Clément d^Alcxandrie (Stromat,, lib. yi) Thea-
'^cAfinfeum, Mangct, BiàL chemica; latro-mathematica^Hermetis, pàv ^^ lioeschel, Augsb., 1697; le^ manuscrits arabes de la Bibliotlièqiie de Leyde. ^Voguslin ( de Civ. Dei, c. 23, 24 et 26) cite un otivrage attribué k Hermès ^'*é|Rte sous le titre de Verbe parfait ( Aôyoç TéXsio;). On lui attribue aussi ^^rt intitulé Asclepias, dont la version est probablement duc à2Apnlé«.
*2 Gcnes., iv, 27. Diodore de Sicile, liv. ii. "H^aiffrov Xrfowiv TiJçTwBpi toO • ''çflfj ip^aïwx; tbçtxic* T»^8<j0ai .
'•; Euiebiana grœea Scalig.y p. 43.
36 HISTOIHE DE LA CUIHIE.
aux mystères de l'Egypte, en compagnie d'autres philosophes, parmi lesquels on cite Pamraènes, et une prophélesse juive, nommée Marie.
Ces initiations mystiques offrent quelque analogie avec celles des alchimistes du moyen âge, qui s'engageaient aussi, par des serments terribles, à garder le secret de leur art, et qui ne parlaient des choses les plus simples que par énigmes.
Les disciples de Tart sacré, comme les alchimistes, se divisaient, à proprement parler, en deux classes : 1** ceux qui traitaient de la science par des signes ou des symboles, et qui dédaignaient d'observer la nature ou d'interroger l'expérience; 2* ceux qui, sans suivre exclusivement leur imagination, arrivaient par la pratique de leur art à des découvertes utiles. Les premiers se faisaient remarquer par leur dogmatisme orgueilleux : ils se disaient les initiés par excellence, pour se distinguer de ceux de la deuxième classe, qui, pour être plus modestes, n'en étaient que plus estimables. Si c'est à la première classe qu'appartenaient les prôlres de Memphis, de Thèbes et d'Héliopolis, nous n'avons pas à regretter leur science : elle méritait l'oubli.
Les objets d'art de l'antiquité sont sortis des mains de l'ouvrier; étranger à la langue du prêtre, il travaillait les métaux, fabriquait le verre, faisait de riches étoffes, et métamorphosait la mSitière brute en monuments que le temps a en partie respectés et que la postérité admire.
Laissons Borrichius (i), Conringius (2), Kircher (3), et
(1) De orta et progressa Chemiae, dans Manget, Bibl.j chem,, 1. 1.
(2) H. Conringius, de Htrmetica jEgypl, Helmst. 1648, 4.
(3) Atli. Kircher, Œdip. JEçypt., t. ii, par. u ( Rome, 1653, in-fol.), p. 387- Alchimia hierogliphica. Suivant cet auteur, les niyUies égyptiens, comme les mythes grecs, renferment, sous une forme allégorique, tous les secrets de la chimie. Qtiris et Isis représentent, dit-il, comme Jupiter et Junon , le principe m&le et le principe reroelle, l*«ctif et le passif. Osiris (la matière de l'alchimiste) est mis en pièces par son frère adultérin Typhon (division), et phicé dans un tombeau (vase chimique ),>ù il subit Taclion de Phtha (feu). Bientôt Isis rassemble les morceaux épars du corps d'Osiris, les joint et les combine ensemble, pour en faire on corps plus parfait. C'est pourquoi Isis est à la fois la mère, la sœur et réponse d'Osiris. De Tunion d'Osiris avec Isis naquit Horus, qui fut instruit par sa mère dans tons les secrets du grand œuvre. Horus ( Apollon ) était le maître d'Hermès Trismégist» qui, selon la tradition, est Tinventeur des hiéroglyphes et de tous les arts pratiqués en Egypte. — Les pommes du jardin des Hespérides, gardé par un dragon, renferment, selon le même auteur, tout le mystère de Tart liermétique. Hercule , étouffant le lion de la forêt de Némée, exprimerait symbo-
PR£MI£A£ iPOQUE. 37
d'aaires érudils, discuter si c'est à Hermès Trismégiste, à Phtha, ou aux prêtres de Memphis et de Thèbes, que revient l'honneur de Tiovention de la chimie ; si cet art a pris uaissance, sous le règne d'Isis et d'Osiris, dans l'Egypte, appelée âDciennement Chemia ou Chamia (pays deCham), ou s'il a eu §00 berceau dans ChemmiSy ville de la Thébaîde, consacrée à Pan. Essayons plutôt d'apprécier convenablement les connaissances pratiques que possédaient les- Égyptiens dans les arts tributaires de la chimie.
Les preuves de l'antique existence des arts du verrier, du peintre, du sculpteur, du batteur d'or, du doreur, du statuaire tu pierres et en métaux, du graveur, du stucateur, du fabricant de ce papyrus sur lequel les anciens habitants de l'Egypte traçaient leur écriture , du fabricant de toile , du teinturier, etc. ; b preuves de l'antique splendeur de tous ces arts se voient
eocore aujourd'hui dans les palais, dans les temples et sur- M dans les hypogées de la ville de Thèbes. On y admire de petits tubes d'émail colorés, les uns en bleu, les autres en n>Qge; des poteries émaillées de diverses couleurs, des vases, des statues en faïence, des verres, des pâtes de verre colorées, un stuc composé, vraisemblablement comme le nôtre, de plâtre et de colle forte, ou, comme celui des Romains, de marbre blanc et de chaux, et sur ce stuc, sculpté en relief, des figures diversement peintes, et qui ont, après des siècles, conservé leurs Tives couleurs. On y voit des momies d'hommes et d'animaux, dont l'enveloppe et les membres sont couverts de feuilles d'or; des statues de bois et de bronze dorées ; des toiles de lin et de coton, les unes sans couleurs, les autres teintes, ou en bleu, par llndigo, ou en rouge, par la garance; enfin des papyrus offrant des caractères tracés avec une encre noire par des mains exercées.
On rencontre encore aujourd'hui, dans plusieurs villes de TÉ- ^te, des édifices construits en briques émaillées, et des appartements décorés de carreaux de faïence recueillis dans les nùnes des villes anciennes, et qui, à causQ de leur beauté, sont ftéférés par les riches aux carreaux que fournit actuellement
^^iieoient la décomposition de la matière par un acide puis5aiit. On joue ici fa le mot vXr^, qni sîgoiiie en effet tout à la fois foréi et matière. Vog, Maier, ^Ttdna areanorttm omnium arcanisiimum, — J. Faber, Hercules Piochy-
»Wtt.
l'art du faïencier, dégénéré dans ce pays , comme les autres arts (1).
Essayons de remonter à l'origine de ces arts.
Pain. — Ferment. — Vin. — Bière. — Huile.
Les premiers besoins de l'homme ont dû de bonne heure éveiller en lui cet esprit de recherches qui amène des découvertes ou des inventions utiles et nécessaires. Des témoignages irrécusables nous attestent l'antiquité de l'art de faire le pain, le' vin, Thuile, de la fabrication des étoffes et des métaux, etc. A peine l'homme eut-il de quoi satisfaire les premiers besoins de la vie, qu'il songeait à embellir son existence. Jubal est contemporain de Tubal. Le vin est aussi ancien que le pain. La préparation des couleurs, la teinture des étoffes, l'emploi des pierres précieuses, etc., remontent à l'antiquité la plus reculée. La musique et la danse datent de l'origine du monde.
Du blé au pain la distance est grande. Gomment cette distance fut-elle franchie? C'est ce qu'il est difficile de déterminer. 11 a fallu peut-être longtemps avant de découvrir que le grain donne la farine, et que là farine réduite en pâte^ et ayant subi la fermentation et la cuisson, donne le pain ; ce symbole de la vie dans la langue sacrée. L'agriculture, dont le principal objet était la culture des céréales et de la vigne, remonte probablement aux temps antéhistoriques. Beaucoup d'anciens peuples employaient, comme le font encore aujourd'hui les tribus sauvages, certaines racines au lieu du fruit des graminées; et ce n'est certes pas l'analyse chimique qui leur a appris que ces racines renferment une substance ( fécule ) tout semblable à celle que contient le froment.
Il fallait des instruments pour broyer les graines. A cet effet deux pierres pouvaient suffire. Ces deux pierres broyantes donnèrentsans doute l'idée du mortier, qui devaitconduire à l'invention
du moulin. Cène fut certainement que beaucoup plus tard qu'on
(I) Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Egypte pendant Vexpédition de l'armée française, 2* édit. in-S**; Paru, 1821 ; t. ix, page 247.
PREMIÈEE ÉPOQUE. 39
inventa Je tamis, ou un inslrument analogue, propre à séparer l'enveloppe de la graine, le sou de la farine. C'était déjà un raffi- Dément. L'opération du blutage devait être d'abord très-imparfaite; car le pain qu'on a trouvé dans les momies d'Egypte contient du blé grossièrement moulu, ce qui lui donne l'apparence du pumperniekel des Hollandais (1). Cependant Pline nous apprend (2) que les Égyptiens connaissaient le tamis, et qu'ils le fabriquaient avec des filaments de papyrus et des joncs trèsminces. Les anciens habitants de l'Espagne faisaient des tamis en fil, et les Gaulois sont les premiers qui aient eu l'adresse d'y employer le crin des chevaux (3).
Il se passa sans doute bien des sièclesavant d'arriver à faire fcrmenterla pâte, et à lui appliquer le degré de cuisson convenable dias des fours appropriés. La fermentation avant la cuisson déooie déjà un certain perfectionnement dans l'art de la panificii^ja. Le pain, DnS {lekhem), qu'Abraham servit aux trois anges p/ui apparurent dans la vallée de Mambré, avait été fait avec ^f 11 pâte non fermentée; c'était une espèce de biscuit de mer. /i fut (le bonne heure interdit de faire fermenter la pâte du pain qui devait servir aux cérémonies religieuses. Pourquoi? Parce que h fermentation, qui est une espèce particulière de putréfaction, était regardée comme l'acte d'un mauvais génie.
Dés l'époque de Moyse on connaissait l'usage du levain et du pain fermenté. Ce législateur, en prescrivant aux Hébreux la aianièredont ils devaient manger l'agneau pascal, leur défendait «pressément de manger du pain fermenté (yçn) (4). Nous liions dans l'Exode que les Israélites, lors de leur sortie d'Egypte, mangèrent du pain sans levain et cuit sous la cendre : les Égyptiens les avaient si fort pressés de partir, qu'ils ne leur avaient pas laissé le temps de mettre le levain dans la pâte (5).
Les Juifs mangent encore aujourd'hui du pain azyme (non fermenté), en souvenir de la sortie de leurs ancêtres de la terre <ie Mizraïm.
En général, les anciens ne préparaient leur pâte qu'au moment '« ils voulaient s'en servir; ils la faisaient immédiatement cuire
i; Oa voit des morceaux de ce pain au Musée égyptien du Louvre.
}]Uist. na^, lib.XYiii, U.
3]Plifi. ibid.
;i) Ëiod«, \n, 65 ; XIII, 3.
(^) Exode, XII, 39.
SOUS la cendre, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans certains pays. D'autres fois ils préparaient avec la farine et Peau une espèce de bouillie claire, qu'ils faisaient cuire avec des viandes; c'est ce que les Romains appelaient pulmentum ou pu/mentarium. Lors de la découverte des Canaries, on remarqua que les indigènes de ces îles ignoraient l'art de la panification : ils mangeaient leur farine cuite avec de la viande ou du beurre.
Comment fut découvert le ferment? Le mot Aa^aref n'explique rien. Il fallut nécessairement que l'esprit d'observation s'emparât d'un fait, en apparence, insignifiant. On aura été sans doute bien étonné en voyant qu'un morceau -de pâte aigrie, et d'un goût détestable, ajouté à une pâte fraîche la faisait gonfler, el que cette pâte donnait un pain plus léger, plus savoureux , et d'une digestion plus facile.
La fermentation est de tous les phénomènes chimiques le plus im{K)rtant et en même temps le plus anciennement connu. Et cependant ce phénomène n'a été bien étudié que de nos jours : c'est la fermentation qui, par la découverte de l'acide carbonique , devint, au dix-septième siècle de notre ère, le point de départ de la chimie moderne.
L'idée d'exprimer le suc des raisins et de le conserver dans des vases, pour s'en servir en guise de boisson, devait se présenter tout naturellement à l'esprit des hommes. Aussi l'art de la vinification est-il très-ancien en Egypte, ainsi que dans les contrées principales de l'Asie où prospérait la vigne. Sa connaissance remonte aux temps mythologiques. Osiris apprit aux hommes, selon la tradition des Egyptiens, à cultiver la vigne et à faire du vin (1). Suivant d'autres, l'honneur de cette invention revient à Noé {2) et à Bacchus. Dans les sacrifices primitifs, on offrait à la Divinité du pain et du vin (3).
La bière, dont la connaissance est fort ancienne, était probablement d'abord une espèce de tisane d'orge. C'était la boisson la plus commune de la plupart des habitants de l'Egypte (4). Les Espagnols et les Gaulois connaissaient de temps immémorial la préparation de la bière. Tacite raconte des Germains qu'ils
(1) Diodore de Sic. , i.
(2) Gen., IX, 20.
(3)Gen.,iiv, 18.
(4) Hérodote, u, 77. —Diodore, li?. i. — Straboo, lib. xvii, p. 1179 (ëdil. Casaub.). ^ Attiénée, i, p. 34 ( édit. Schweigh.)
PfiEMIÈRK EPOQUE. * 41
a?aieat « un breuvage fait avec de i'orge, et converti, par la corruption (fermentation), en une espèce de vin : ex hordeo foetus et inquamdam similitudinem vint corruptus) (1) ; » ce qui montre que la bière des Germains était une liqueur fermentée comme le vin, et qui devait être en effet semblable à notre bière. L'emploi du houblon dans la préparation de la bière est d'une date réceote ; aussi les bières des anciens devaient-elles facilement tourner à Taigre ou éprouver la fermentation acide.
Les anciens ignoraient sans doute que dans le suc exprimé des raisins, de même que dans le moût de bière (2), la matière sucrée se transforme en alcool sous l'influence du ferment. Mais ils savaient fort bien que le moût perd au bout de quelque temps sa saveur sucrée, et qu'il acquiert la propriété d'enivrer. Sils ignoraient Teau-de-vie pure, ils connaissaient des liqueurs qui en contenaient : la découverte de Tesprit-de-vin coïncide a\et celle de la distillation.
U connaissance du vin et de la bière implique celle du vioiigre; car ees liqueurs, exposées au contact de l'air et dans les conditions atmosphériques ordinaires, s'acidifient naturelle- Qi^nt, en donnant naissance, par suite de l'oxydation de l'alcool, à l'acide acétique. Les anciens connaissaient le vinaigre, Jûais ils ignoraient la cause qui le produit. Le vinaigre {vinum ficidumy d'où acetum ) ne servait pas seulement à assaisonner des légumes (3) ; mais, délayé dans de l'eau, il était employé comme boisson (4). Chez les thalmudistes, le vin et le vinaigre sont souvent pris l'un pour l'autre, et c'est dans ce sens qu'il faut entendre ce passage de l'Évangile : « Ils lui donnèrent à boire du ^naigre (o;o<;) mêlé de bile. (5) »
U est à remarquer qu'ici, comme dans beaucoup d'autres cas, ^^nom donne, en quelque sorte, la raison môme de la chose.
10 Tacite, de Moribus Germanorum.
iV Les Grecs appelaient la bière oivo; xpiOtvoç, vin d^orge. l\ tu est souvent ^im dans les œuvres de Xénopbou.
(3)Rulb.,ii, M.
<*) Nombres, vi, 3.
iâ) Saint Mathieu, XXVII, 34. Ce qui prouve que le mol Ô;o; signifie oîvo;, vin , t'est que saint Marc (XV, 23), rapportant le même fait de la Passion, emploie le *^ «2vo; : «ai iStSow aOtcj) meîv io(iupvt<r(i,svov olvov. On remarquera en même '"■P* que le root è<j|iuûvt<î|iévov, aromatisé de myrrhe ( aromate très-amer ), 'opiacé, dans saint Marc, les roots \uxà xoXijc luuiYtiivov , mêlé de Mie, de ^Mathieu.
Ainsi, [e moi y nh{khomels), qui signifie (en hébreu, en chaldéen, en phénicien, etc.) vinaigre, dérive de yi2n(khatnets), qui veut dire ferment, comme pour indiquer que le vinaigre est un produit de la fermentation. Bien plus, le nom p> ( yine) vient luimême du verbe n\, faire effervescence, se soulever (i), comme pour faire allusion au moût, qui se soulève (en dégageant de IV cide carbonique) pour se transformer en vin. Le nom vt^ (yine), qui signifie produit de la fermentation, est à peu près le même en phénicien, en syriaque, en arabe, en cophte et en arménien [ghini). Le nom grec oTvoç et le latin vinum dérivent évidemment de la même racine; car oTvoç devait se prononcer inos , comme on le prononce encore aujourd'hui en Grèce, et peut-être faisait-on sonner en même temps Tesprit doux (') comme v, de manière à prononcer vino^; de là le latin vinum (2). C'est de ce dernier mot que dérive Tallemand wein (en bas-saxon wyn), l'anglais wine , l'italien vino, le français vin, enfin les mots qui dans toutes les langues indo-européennes signifient vin, c'est-àdire |>roc?M«Y de la fermentation.
Mais ce n'est pas seulement avec les raisins qu'on faisait une boisson fermentée; le suc du palmier et d'autres végétaux servait depuis fort longtemps à la préparation des liqueurs fermentées. Le vin de palmier des Assyriens est déjà mentionné par Hérodote (3).
L'idée d'écraser les fruits pour en retirer, soit la fécule, soit le suc, amena la découverte de l'huile. Dans presque toutes les graines où l'embryon n'est pas entouré de fécule, on trouve, à la place de celle-ci, une matière grasse, qui paraît, comme la fécule, être destinée à nourrir l'embryon à mesure qu'il se développe. Selon toute apparence, l'huile, la fécule et le moût ont été découverts en même temps; ,car l'homme qui le premier songea à écraser le fruit de la vigne n'avait aucune raison pour ne pas poursuivre ses expériences : il devait essayer rfe traiter de même tous les fruits secs ou charnus des plantes qu'il avait sous les yeux.
( I) ion (khemer), qui sigoifie aussi vin, Tienl du verbe IÇH (khamar), qui veul dire /aire ^/erveseence, fermenter,
(2) Ce qui prouve que l'esprit doux (*) était souvent prouoncé comme v, c'est que oIc( brebis), alcov(Age), ont doimé uaissance aax mots iàUmoviSf xvum, qui ODt les mêmes siguificatioos.
(3) Herod., i, 113.
L'huile, et en particulier Thuile d'olive, fut d'abord, ainsi que le produit des autres fruits, employée comme aliment; puis on s'en ser\'it dans les cérémonies religieuses, enûn comme d'un moyen d'éclairage. L'observation d'un fait à la portée de tous doQQa sans doute lieu à l'invention de la mèche. Avant l'emploi des lampes, on s'éclairait à la lueur des torches en bois résineux, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans les pays où abondent les forêts de pins, de sapins et de cèdres. Les lampes devaient ^tre connues en Egypte déjà avant l'arrivée de Moyse. L'usage qu'en fait ce législateur et la description qu'il en donne ne per* metteat aucun doute à cet égard (1).
létallitivle. — Or. — Argent. — Airain. — Fer, etc.
Les métaux sont les indispensables auxiliaires de l'industrie. & attirèrent de bonne heure l'attention du cultivateur et du l'iiassear. Et le guerrier luî-méme devait bientôt reconnaître, soit pour l'attaque , soit pour la défense, l'incontestable supériorité ({^métaux sur les armes primitives de pierre ou de bois.
Le premier connu de tous les métaux , c'est l'or. D'abord, sa couleur et son éclat le font remarquer des sauvages et même àt certains animaux (2) ; puis, on le rencontre presque partout à l'état natif, c'est-à-dire avec la couleur, avec l'éclat et les autres propriétés physiques qui le caractérisent.
Une chose digne de remarque, c'est que le nom qui en hébreu, ^Q phénicien et probablement dans la langue démotique des ^tiens, signifie or, nn] [;saAa6), dérive précisément du verbe ^^lUr, resplendir^ anv {tsahab). C'est avec l'or qu'on a fabriqué l^s premiers instruments métalliques. Il est question, dans le hntateuque (3), de coupes, d'encensoirs, de tasses et de candéla- ^$, faits avec de l'or pur, travaillé au marteau.
Le mot linrj (toAor), qui signifie pur^ sans mélange, suppose- ^t-il la connaissance de quelque moyen chimique de purifier '^^ C'est une question sur laquelle nous reviendrons.
:i) Exode, XXV, 31.
v^) Us pies, les oorbeaai, et d^autres oiseaax d^ua instinct voleur.
vi) Exode, XIV, 29, 3i, 36.
11 parait cerlain que l'on ne connaissait pas à l'époque de Moyse la dorure proprement dite, et que Ton ne savait aucun moyen de dissoudre l'or. Pour la construction du tabernacle, le seigneur avait dit: a Vous couvrirez lésais de lames d*or; — vous couvrirez aussi ses barres de lames d'or (1). »
C'était là une simple opération mécanique, semblable à celle dont parle Homère à propos du sacrifice de Nestor : « Vint le forgeron tenant dans ses mains les instruments de son art, l'enclume, le marteau et les tenailles bien faites, avec lesquels il travaillait For (/pu^ov «pYa^cTo) (2). »
Les anciens chimistes ont fait bien des conjectures sur le veau d'or que Moyse brûla , et qu'il donna à boire aux Israélites (3). On est allé jusqu'à supposer ce législateur initié à la chimie ou à l'alchimie. Suivant Stahl, l'auteur de la fameuse théorie du phlogistique, Moyse eut le secret de l'or potable , et en faisant boire cette dissolution il aurait aggravé la punition infligée aux Israélites récalcitrants (4). Le mot 6n</er, remarque Wiegleb (5), signifie aussi fondre; comme le veau d'or était probablement en bois recouvert de lames d'or, Moyse ne brûla réellement que le bois, pendant que l'or allait se fondre en culot: les cendres mises dans l'eau donnèrent non pas de l'or potable , mais une eau lixivielle (chargée de sels alcalins), qui devait produire Teffel d'un purgatif.
Moyse s'était-il réellement servi d'un moyen chimique pour dissoudre le veau d'or? Non; car en lisant attentivement le texte hébreu on peut se convaincre qu'il n'y est parlé que d'une opération purement mécanique. Voici comment nous traduisons ce passage de l'Exode : « Et il {Moyse) prit le veau, qu'ils (les Israélites) avaient fait, et le détruisit dans le feu (6), et il le moulut
(1) Exode, xxTi, 10, 29.
(2) Odyssée, m 432 et suit.
6«X' Iv yt^h êxwv xoXxriîa, fcetpara té/vy);, dx(j.9va te açvpdv t* cùtioititôv te icupâYpviv, olffîv xe ycMaoy dç^âJ^ixo.
(3) Exode, XXXII, 20.
(4) Viiulus aureus in Opusc. Chym. Phys. med., p. 585.
(5) Handbuch der allg. Chemie, t. i, p. 120; 1786.
(6) LUtéralement, il Vabsorba dant le feu, UNS *11W',], c'est -à-dire qu'en le fondant il en détruisit la forme. Exode, xxxir, 20.
PREHI£R£ EPOQUE. 45
(dans un noulin à bras (4) en petites parcelies, qu'il jeta dans l'eau et fil boire aux fils d'Israël, d
Ainsi donc, c'était de l'or divisé par un moyen mécanique et tena en suspension dans l'eau , que Moyse fit boire aux'Israélites. Toutes ces discussions sur la prétendue dissolution du veau d'or et sur le savoir chimique de Moyse tombent d'elles-mêmes devant la clarté du texte original.
Vargent devait être connu presque en même temps que l'or; car il est plus répandu dans la nature qu'on ne se l'imagine, et il se rencontre également à l'état natif. Quoique l'argent n'attire pas autant les regards. que l'or, le nom qu'il porte dans toutes les langues anciennes est fondé sur la couleur et l'aspect qoe présente ce métal. Ainsi, ^ç^ {khesef), qui signifie argent en hébreu, dérive du verbe s]Ç3 (khasaf), être pâle; de même
qii'eogrec «pYvpoç (argent) vient de (ipyoç, blanc. C'est de là que
dément le latin argenlum et les mots équivalents des langues
flé&laiines. L'argent servait au3Ç' même usages que l'or.
Après ces deux métaux viennent le cuivre,Vé(ain, Vairainei le plmb. On trouve Ténumération complète des métaux anciennement connus (vers 1500 avant J.-C), dans le passage suivant du Pentaieuque (2) : « Que l'or anî {zahab), l'argent «^p? {khesef, le fer Sri? {barzel), l'airain nirn; (nekhochet), le plomb nnsir 'oferei), l'étain Sna {betil), et tout ce qui peut passer par le h (3), soit purifié par le feu. »
L'histoire ne nous a pas transmis le nom de celui qui eut le premier l'idée de retirer les métaux des minerais, dont l'extérieur ne failordinairementguére soupçonner les substances qu'ils recèlent.
Les Égyptiens attribuaient cette découverte à leurs premiers souverains (4); les Phéniciens, à leurs divinités (5).
Quand on songe qu'à noire époque, où la science fait tant de progrès, on n'a pas encore trouvé le moyen d'obtenir les mé- 'wx à l'état de pureté parfaite, on a toute raison de croire que les métaux des anciens étaient très-impurs et très-imparfaits.
^) F7""^?^.^ '^7 ÎDP?1 •• *« ▼crbe |nç ithahhané), qui est ici employé, vient fc «ihM.inanç (takhanah), moulin à bras.' 1) Montbr./x»!, 22 et 23.
:3) VHi Ki> ivK lai-Ss
-ODiodore, i, 43. Agalliareliide apud Phot., c. it.
.à) Voy. Dotrc Pkénicie, p. 6«, dans ? Unix ers pittoresque.
Comme les minerais ne renferment jamais un seiM et môme métal, les métaux qui en provenaient devaient être des espèces d'alliages, plus ou moins faciles à travailler. L'extraction et raffinage des métaux supposent des connaissances qui se perfectionnent de jour en jour.
Il nV a qu'un moyen d'expliquer la haute antiquité des métaux, c'est d'admettre, par Jiypolhèse, que les métaux ou leurs mines étaient pour ainsi dire à fleur de terre ; que les éléments minéralisateurs, comme le soufre, l'oxygène, etc., n'avaient pas encore eu le temps de compléter leur action en altérant les métaux au point de les rendre méconnaissables, et que la plupart existaient à Tétatnatif ou à peine altérés, pareils au fer et au nickel qu'on trouve dans les météorites. Ne se pourrait-il pas que le fer d'alors, dont le prix était presque égal à celui de Tor, fût du fer aérolithique? C'est une question que nous ne faisons que poser. Les Égyptiens paraissent avoir connu de temps immémorial le moyen de purifier l'or et l'argent à l'aide du plomb et des cendres des végétaux. Le borith (n^'js), par lequel il faut entendre tantôt le sel alcalin retiré des cendres (carbonate de potasse du commerce), tantôt les cendres mêmes, était primitivement employé comme fondant et dans l'affinage des métaux (1).
Les anciens ignoraient l'usage des acides ou des eaux corro> sives pour attaquer les métaux ou les minerais. Ils ne connaissaient que le vinaigre et les sucs acides des végétaux; ils savaient cependant que ces derniers, conservés dans des vases d'airain, acquièrent des qualités malfaisantes. Il faut arriver au neuvième siècle de notre ère pour trouver les premières traces de la dissolution des métaux au moyen d'un acide minéral (eauforte).
Les opérations auxquelles on soumettait les métaux étaient, pour le répéter, purement mécaniques. L'enclume, les tenailles et le marteau sont mentionnés par les auteurs les plus anciens comme attributs du forgeron (2). On réduisait les métaux en lames plus ou moins minces ; mais on ne connaissait pas encore le moyen de les réduire en fils.
Les peuples primitifs eii^ployaient, comme le font encore aujourd'hui les peuples sauvages, le cuivre, ou des alliages de cui-
(1) Voy. pag. 54 et 58.
(2) Job, \xx , 10; Hoin., Odyss., m, 432.
vre et d'étain ou de zinc (airain, bronze), pour les mén)es usages auxquels nous faisons aujourd'hui servir le fer ou Tacier. « Les Massagètes emploient, dit Hérodote, l'airain pour la fabrication des lances, des pointes de flèche, des sagayes. L'or leur sert dans leurs ornements. Ils garnissent le poitrail de leurs chevaux de cuirasses d'airain, et enrichissent d'or les brides, les mors et les housses. Mais ils ne connaissent pas le fer (1). »
Les alliages de cuivre sont désignés par les noms génériques rpnj (nekhochet) (2), /Xaxoç, aes, que l'on traduit généralement parûiVûin. Nous reviendrons plus bas sur la valeur de ces mots.
Tous les auteurs anciens s'accordent à dire que les instruments aratoires, les armes, les outils employés dans les arts, etc., étaient fabriqués en airain (3). Les armes, et d'autres instruments antiques, que l'on conserve dans les musées et dans les arsenaux de l'Europe, confirment ces témoignages (4).
Le/er cru et non travaillé était probablement connu depuis la pins haute antiquité. Mais comme ce métal est très-difficile à fondre et à travailler, il s'était sans doute passé des siècles avant que Ton parvînt à l'extraire convenablement de sa mine, à le forger, et à le rendre par la trempe apte à servir dans une foule d'usages, et à devenir ainsi le plus utile et conséquemmeot le plus précieux des métaux.
L'histoire de la découverte du Nouveau Monde nous apprend çwles Mexicains et les Péruviens, qui connaissaient depuis longtemps Tart de travailler l'or, l'argent et le cuivre, n'avaient aucune notion des instruments de fer, quoique ce dernier métal
;ij Hérodote, I9 315.
{7j nrns est un nom onomatopique, qui dérive àeVT}Z (nakhach) , /aire i* bruit, si/fler.
;)) Gènes, w, 23. Exod. xxm, il. Hésiod. Tlieog. y, 722, 726, 733. Lucrèce, iiî. ?, 1286.yarron dans S. Augustin, de Civ, Dei^ lib. vu, c. 24. Isid. Orig. lib. tiii, c 11. liiad. iT,T. &11; xni,y. 622; xiiii, v. 560; xxiii, y, ▼. 723;xxiii, y. 118. ûilus. XXI, y. 423; t, y. 244. Diodore, i. AgaUiarchide apud Phol., c. 1341 "11344.
<4y Ayant la connaissance du bronze, les hommes fabriquaient leurs armes et ustensiles avec des pierres sil ceuses. De là trois âges biçn distincts dans la marche ^ la civilisation : V TAgc de pierre» 2** l'ftge de bronze, 3^ Page de fer. La durée lie chacone de ces périodes est difficile, siiion impossible, à dtUerminer. Comp. p. iOcl 43.
abonde au Mexique et au Pérou (l).,0r5 Thistoire des peuples sauvages est l'histoire des peuples primitifs.
Les traditions des Phéniciens et des Cretois font remonter la découverte du fer à des époques très-reculées (2). Les Grecs l'attribuaientà des personnages fabuleux, à Cybèle,àProméthée,auxCyclopes et surtout aux Dactyles du montida. «Les Dactyles étaient, dit le scoliaste d'Apollonius de Rhodes , des enchanteurs et des magiciens, qui passent pour avoir trouvé le fer (3); » — Il y avait un mont Ida dans Pile de Crète et un autre sur les limites de la Troadeet de la Phrygie, au fond du golfe d'Adramyttium. Duquel des deux s'agit-il ici? Cette question se trouve résolue par le passage suivant de Diodote : « Le mont Ida est la plus haute montagne de l'Hellespont; on y trouve un antre merveilleux, où les déesses furent, dit-on, jugées par Paris. C'est dans ce même antre que la tradition place les ateliers des Dactyles idéens , qui les premiers forgèrent le fer, après avoir appris cet art de la mère des Dieux (4). » — Les Chalybes, qui habitaient sur les bords du Pont-Euxin, passaient aussi pour très-habiles à travailler le fer (5) par l'emploi de la trempe, dont ils paraissent avoir eu le secret. Serait-ce en honneur des Chalybes que l'acier reçut le nom latin de chaUjhs?
La connaissance de la trempe du fer, que François Bacon regarde à tort comme une découverte moderne, remonte au moins à mille ans avant l'ère chrétienne. Homère en parle en termes non équivoques, à propos de Polyphème, auquel Ulysse creva l'œil avec un pieu. c< Et il se fit entendre, dit le poète, un sifflement semblable à celui que produit une hache rougie au feu et trempée dans l'eau froide; car c'est là ce qui donne au fer la force et la dureté (to ^^p auxe ciôi^pou ys xpatoç loriv) » (6).
Sophocle, qui vivait au temps de Périclès, par conséquent plus de 400 ans avant J.-C, compare quelque part un homme dur et
( 1 ) Al. Barba, 1. 1, p. 1 1 1 et 1 1 8. Acosta, Hist. des Indes, in-fol . , p. 132. Mém. de TAcad. de Berlin, 1746, p. 451.
(2) Sanclioniatli. apud Ëuseb. p. 35.
(3) Ad Argonaut. I, 1129. Voy. P. Rossignol, les Métaux dans Vantiquitét p. 16 (Paris 1863).
(4) Diodore, XVII, 7.
(5) Eschyle, in Prometh. vlncto, ▼. 718. Vîrg. Georg, )ib. i, r. 58. Amnïien Marcelin, liv. xxii, c. 8. Tzetzè-S Chron, 10, p. 338.
(«) Odyss. IX, 393.
PHEMIKRE ÉPOQUE. 49
mtété à du fer trempé (paipt) oiav)po<; &ç) (1). Selon les marbres d'Ârundell, le fer était connu 188 ans avant la guerre de Troie. Mais cette autorité est contredite par Hésiode, Plutarqueet d'autres. Les anneaux de fer que Ton a trouvés dans les tombeaux d'Egypte sont d'une date plus récente; la plupart ne paraissent pas être antérieurs aux Ptolémées (2).
La dureté du fer et la difficulté de le faire fondre, ces deux qualités caractéristiques, ont de tout temps fixé l'attention sur ce métaL Moyse parle.souvent, au figuré, de la dureté du fer (3). Une domination dure est désignée par Sris layô {chef et harzel) (4), ^ domination de fer ; un cœur insensible est comparé à une chaîne deifer(Sii3Tu)(5).
En Toyant Moyse comparer la servitude à la chaleur d'un fourseau dans lequel on fond le fer, on serait porté à croire que l'on coiglruisait déjà à l'époque de ce législateur, et probablement
»ifiteette époque, des fourneaux particuliers pour faire fondre le
fer. «Le Seigneur, dit Moyse aux Israélites, vous a fait sortir de ^%ptecomme d'un fourneau [où l'on fond] le fer ( Sran nia ) (6).
Qu'il nous soit permis ici de relever une de ces erreurs qu'il arrive souvent de commettre, lorsqu'on est réduit à se fier à des traductions qui ne peuvent en aucun cas remplacer le texte oripnal.
Goguet dit, à la page 342, tome I, d'un ouvrage estimé (7) : • Mais ce qu'on doit le plus remarquer, c'est que dés lors (à l'époque de Moyse) on faisait en fer des épées, des couteaux , des ^<^ées, et des instruments à tailler des pierres. Pour parvenir Claire des lames de couteau, d'épée, etc., il a fallu trouver l'art ^t coQvertir le fer en acier, et le secret de la trempe. Ces faits ffle paraissent prouver suffisamment que la découverte de ce ntélal et l'art de le travailler remontent à des temps très-ancieus, etc. »
Cette opinion, inconsidérément adoptée par beaucoup, d'au-
i;Ajax, V. 720.
V J.-G. Wilkinsoo, Mannen and Custonu ofthe ancient Egyplians, voL i,
1 Doit. ixTiii, 23 et 48 ; m, It ; Tin, 9. lArH, xxvi, 19.