ÉGYPTIENS. — PHÉNICIENS. - HÉBREUX
Les monuments antiques, fruits du génie et du travail de l'homme, constituent la principale source de l'histoire des sciences et des arts, auxiliaires puissants de la civilisation des peuples. A cette source il faut joindre les documents écrits, transmis par les historiens. Mais de graves difficultés se présentent dans l'emploi judicieux de ces matériaux. A quel caractères reconnait-on l'antiquité authentique des monuments invoqués à l'appui de l'histoire? Comment apprécier la valeur de documents souvent incomplets, tronqués, fictifs, ou incompréhensibles? Quel est ici le critérium pour distinguer le vrai du faux?
Ces questions , vraies pour toute l'histoire en général , s'ap-
(t) Ce rapprocliement n^est niillement arbitraire : plusieurs alchimistes soutenaient que l'eau (OS^p) de Thaïes était réellement le mercure. Voy, O. Borrichlu», De ortu et progressu chemiœ. Manget, Bibl. Càem., 1. 1.
pliquent plus particulièrenient à Thistoirc de la chimie, et surloutà l'état de cette science chez les anciens Égyptiens, chez les Phéniciens et les Flébreux. Quant aux Chaldéens, aux Assyriens et aux Babyloniens, ils échappent, faute de documents, I foute appréciation exacte.
Avant d'aborder les détails , jetons un coup d'œil rapide sur thacan de ces peuples civilisateurs de l'antiquité.
Les Égyptiens^ comme les Chinois et les Indiens, cultivèrent de bonne heure les arts et les sciences. Et ce que nous avons dit (leN Chinois s'applique en grande partie aux Égyptiens : une po- [laLition nombreuse (1), établie sur les bords du Nil, mise en '^nésence d'une nature riche en productions de toutes espèces, mbune population dépou\ue de l'esprit guerrier et de l'ambi-
u«i des conquêtes, devait nécessairement, par la seule force de
riiiîéffigence et du travail , se frayer pour sa subsistance des
^m nouvelles, inconnues à des tribus nomades ou à des nate exclusivement guerrières. A cela il faut joindre les ''Mances religieuses et les institutions politiques, qui favorisaient plutôt qu'elles n'entravaient la recherche de l'utile et du beau.
C'est dans le royaume des Pharaons que Platon , Pythagore , ^lon et Hérodote étaient venus s'intruire.
L'Egypte devint à différentes époques la proie des conquénnts. Soumis successivement à des dominations diverses, les %ptiens ont dû perdre peu à peu leur antique genre de civili- ^tioQ et ce cachet d'originalité qui les distinguait de tous les [<Qples du monde.
Le royaume des Pharaons a rarement joui des bienfaits d'une paix durable; tous les grands événements qui exercent une inâtience marquée sur les arts, le commerce et la politique des ^ffipires, ont ramené la guerre sur les bords du Nil.
tnûn, à la chute de l'empire romain, l'Egypte éprouva le sort commun aux autres nations de ce vaste empire, qui s'intitulait
^terrarum,
>ilaChine s'est maintenueà peu près intacte depuisdes siècles,
^^ qu'elle éprouva des secousses moins fortes de la part des
!0 II est incontestable que PÉgypte £Ous les Pharaons était l)eaucoop pins Npl^ qu'elle ne l'est aiijourd'tiui.
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peijrJes Ihriitrophfs : si elle a éié coaquîsc, elle la toujours été par des nations iLférieures en nombre, et les conquis ont uni prjr s'as-rimiîer complètement les conquérants (I;.
L'Éify[Je, au contraire, en changeant souvent de maîtres, [jerdit peu à peu les coutumes de ses ancêtres, et en adoptant des usa;ies nouveaux elle finit par altérer son type.
Les Phéniciens nous présentent également le spectacle d'un peuple nombreux, établi sur un territoire proportionnellement très-re^treint. Ici encore le génie de l'homme devait suppléer au défaut de la nature. Par son territoire la Phénicie était petite, mais ses habitants étaient grands par leur commerce, par leur industrie, par tous les arts de la paix. Les marchandises deTyr et de Sidon étaient recherchées dans le monde entier. Ce peuple, essentiellement navigateur et commerçant, resserré dans des limites étroites par suite des conquêtes de ses voisins, fut naturellement porté à fonder des colonies dans les contrées qu'il aborda le premier. Ce fut ainsi qu'il découvrit l'Espagne (2). Ce pays était riche en or et en argent; ses habitants n'en connaissaient ni la valeur ni l'usage (3).
(1) Quelques énidits, De Guignes entre autres, ont prétendu que TÉgypte était nne colonie chinoise. RoseUîni (Quarterly BevieWy num. 105, révr. 1835} et Davii ( la Chine, vol. ii, p. 184) possèdent, dans leurs collections, des flacons trouvés dans des UHDl>es égyptiennes. « Ces flacons sont, dit M. Davis, iden- Uques, pour la forme et même pour la beauté de la porcelaine, aux flacons de senteur et aux l>outeilles à tabac fabriquées actuellement en Chine. Sur un de ce« flacons on voit une image de plante légèrement esquissée ; la tige et les Teuilles ont Tair d^m dessin exécuté à Tencre de Chine. Le style de cette esquisse est complètement chinois. De Tautre côté sont cinq caractères pareils à l'écriture cursive des Chinois. » — Ce n'est pas avec quelques fragments d'antiques , d'une authenticité plus ou moins contestable, que l'on reconstruit l'antiquité; c'est bien plutôt avec cette profondeur de vue qui embrasse l'ensemble des détails. Micliel- Ango, par la seule conception de son génie , restaura une statue aAtique mutilée ; et lorsque, plus tard, on découvrit le fragment véritable, on le trouva en tout semblable à la pierre ajoutée par ce grand maître.
(2) Le nom Espagne est lui-même phénicien ; il dérive de Spanja, ou de 1'liébren (qui a beaucoup d'analogie avec le phénicien ) "tSU (chapan), qui signifie lapin, ou animal qui se creuse des terriers, parce que, d'après les témoignages anciens, l'Espagne était remplie d'une quantité prodigieuse de lapins. — {Varro, Dere rustica, litt. 3,c. xiit. Strah. m. ~ Plin., Hist. na^, lib. vni.) Il est bon d'ajouter que ce même nom signifie , au figuré , un ouvrier qui creuse dans les mines.
(3) Strab., lib. m. ^ Diod. de Sicile, y.
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Ce fut à peu près dans le même étal que, prés de trente siècles plus tard, les Espagnols trouvèrent l'Amérique et ses autochthones.
Les Phéniciens, après avoir établi des entrepôts dans les îles de Rhodes et de Chypre, d'où ils tirèrent leurs minerais de cuivre, frauchirent les premiers le bassin de la mer Méditerranée, et prirent possession du détroit de Gades (i) (Cadix), comme d'un poste important pour leurs colonies et leur commerce. Ils poussèrent leurs navigations, au nord, jusqu'aux îles Britanniques, d'où ils tirèrent le xaaaiTgpoç (étain), dont parlent déjà Moyse (2) et Homère (3j.
Les navigations lointaines produisirent alors dans les arts et dans l'industrie la même révolution qu'a produite à notre époque le commerce avec l'Inde.
Une chose digne de remarque, c'est que dès la plus haute antiquité, tous les peuples essentiellement mercantiles avaient auprès des autres nations une réputation d'improbité. C'est ce qu'sittestent ces paroles qu'Homère met dans la bouche d'Ulysse :
Alors Tint un Phénicien, un matlre fourbe,
Un grapiiilleur, qui avait déjà fait beaucoup de mal aux liommcs (4).
La foi punique, fides punica^ était, dans la bouche d'un Ro- TD>m, synonyme de mauvaise foi. Les peuples animés de l'esprit de lucre ne cultivent guère que le côté pratique des sc/eoces. Sous ce rapport, les Phéniciens différaient entièrement des Égyptiens, qui se complaisaient dans le dogmatisme philosophique et religieux;.
Hébreux. — Opprimés par les Égyptiens, avilis par les Assyriens et les Syriens , méprisés par les Romains, persécutés au
M) Le Dooi de Gadir (Gades, Cadix ) signifie enclos^ refuge; plus tard il fui rtoofé en celai de Gibraltar, de l*arabe ghibel al Tarick ( rocher de Tarick) ; Imtk élant un des généraux de.4 Maures qui envahirent PEspagne en 711, sous licMdaile de Walîd. Le nom de colonnes tT Hercule, que portait ce détroit, nppeik encore les Phéniciens, s'il est vrai qu'il faut faire dériver Hercule de ha* r^kel^ qui en phénicien signifie marchand,
(1) ?(acDbres, xxu, 22.
(3) ntade, xi, 25 et 34.
(4; àii me <MvtÇ vi>.6cv M^ , ànarqXia cl&ù; ,
TfMXTTiC , de ^ icoXXà xdx* &v9p<0icoi0iv iût^'fix, (Odyss., xiv, 289.)