DEUXIEME SECTION
DE 640 AVANT J.-C. AU IIÎ* 5IÈCLE APBÈS J.-C. (jusqu'à l'école D'ALEXANDRIE ).
ANTIQUITË 6RËC0-R0HAINIL
UsGrecs se sont particulièrement distingués des autres peuples
parleur puissance généralisatrice, ainsi que par leur aptitude à feiQuier des théories, dont quelques-unes nous étonnent encore âDJourdliuî par leur hardiesse et leur originalité. Comme tous les esprits qui se complaisent dans les abstractions, ils dédaignaient de descendre dans les détails de la pratique, et d'interroger l'expérience , afin de s'assurer si elle s'accorde avec la théorie.
Moins ingénieux, moins spéculatifs et d'un esprit plus pratique que les Grecs, les Romains aimaient mieux conquérir le monde que faire des systèmes. Leurs philosophes n'ont point inventé les doctrines qu'ils professent; ils n'ont fait qu'adopter et propager les idées des Grecs.
L'enseignement des arts, des sciences et des lettres était priniitivement exercé à Rome par des étrangers esclaves, ou par te affranchis. Plus tard, cet enseignement était exercé, comme â Athènes, par des hommes libres. Avec les sciences et les arts, ^^n vit le luxe et les richesses s'introduire à Rome.
Les Grecs, malgré le joug qui leur fut imposé par les Romains, ^tûservèrent leur esprit de nationalité et le génie qui les carac- ^l^ait.
Aax premiers signes de la chute de l'empire romain, la Grèce "« sépara de Rome, et transporta le siège de son empire, lam- ^u de l'empire du monde, à Byzance, la ville de Constantin. *^est là que se réfugièrent les arts et les sciences.
Dans l'antiquitéy comme au moyen âge, la religion et la science
étaient étroitement unies. La mythologie des Grecs et des Romains , en grande partie empruntée aux croyances religieuses des Égyptiens, renferme, suivant Topinionde quelques auteurs, tous les secrets de la chimie, sous une forme mystique et allégorique.
On a écrit des volumes (1) pour montrer cbmment les mythes anciens, les fables d'Homère et d'Orphée^ ne sont que des allégories de Tart sacré. Ainsi, le mythe qui représente Jupiter se transformant en une pluie d'or, fait, dit-on, allusion à la distillation de Tor des philosophes (2.) Par les yeux d'Argus, se changeant en la queue du paon, il faudrait entendre le soufre^ à cause des différentes couleurs que cette matière est susceptible de prendre par l'action du feu. La fable d'Orphée cacherait la douceur de la quintessence et de l'or potable. Le mythe de Deucalion et de Pyrrha contiendrait tout le mystère de Talchimie. Quelquesadeptes sont allés jusqu'à soutenir que l'élément avec lequel Thaïes expliqué la création de toutes choses est, non pas Teau commune, mais Teau-argent, c'est-à-dire le mercure. Aussi traduisent-ils le commencement de la première Olympique de Pindare : to apiarov p.£v CSwp (la meilleure chose, c'est l'eau), par « la meilleure chose, c'est le mercure (3) » .
S'il n'y avait eu que les alchimistes du treizième siècle pour avancer de pareilles idées, il n'y aurait pas à s'en étonner. Mais ces idées paraissent remonter à une époque beaucoup plus ancienne ; car Plutarque, qui vivait au deuxième siècle, voit dans la théogonie des Grecs la science de la nature, cachée sous une forme symbolique. Il ajoute que par Latone on entendait Teau^ par Junon la terre , par Apollon le soleil et par Jupiter la chaleur, et que, d'après les Égyptiens, Osiris était le soleil, Isis la lune, Jupiter Tesprit universel répandu dans la nature, etc. Suidas, qui vivait plusieurs siècles après Plutarque , dit expressément que la fable de la toison d'or est une allégorie de Tart de faire de l'or au moyen de la chimie (4).
Si la plupart de ces rapprochements allégoriques doivent être
(1) Voy. les Fables des Égyptiens et des Grecs dévoilées, par Pernety. 2 vol. in-8, 1786; Paris.
(2) Comp. Creiizer, Symbolik nnd Mythologie, 1. 1, p. 790 et «m>. (2* «^'^-^
(3) 0. Oorricliius, De ortu et progressu chemix. Manget, Bibl. Chem-t tome I.
(4)Said. v.SIpfia.
PREMlÈaS EPOQUE. 7i
rejelés comme exagérés el puérils, il y en a d'autres qui paraissent avoir cependant une certaine connexité avec des faits évidemment empruntés à l'art chimique. Ainsi, par exemple, le ciel d'airain, dont il est si souvent question dans la mythologie ancienne, signifie le ciel bleu; car Tairain, ou plutôt l'oxyde de cuivre, donne, étant convenablement fondu avec du cristal (sable et potasse), un verre d'un bleu céleste.
Les philosophes anciens étaient loin de repousser l'alliance delà religion avec la science. De leur côté, les alchimistes, presque tous théologiens, croyaient trouver dans les dogmes de la religion chrétienne la solution de tous leurs problènies.
Aujourd'hui, l'alliance de la science avec la religion telle que les dogmes Tont faite, serait plus nuisible qu'utile au progrès. C'est ^ ce qui distingue la tendance scientifique des temps modernes d'ivec celle de l'antiquité.