SYSTÈMES DES PHILOSOPHES DE LA GRÈCE
Pour trouver chez les Grecs quelques notions théoriques de la chimie , de cette science qui n'était encore désignée par aucun nom spécial , il faut recourir aux annales de la philosophie. La philosophie de nos maîtres ne consistait pas, comme aujourd'hui, dans rétude exclusive de Phomme intellecluel et moral; son plan était vaste comme le plan de Punivers : la cosmogonie, Pastronomie, la médecine, les mathématiques, les sciences physiques et naturelles, en un mot, toutes les connaissances humaines devaient entrer dans la philosophie grecque. Platon et Aristote n'étaient pas seulement des philosophes dans le sens qu'on attache aujourd'hui à ce mot; ils représentaient, l'un par Pohservation, l'autre par la conceplfon, les deux pôles du mouvement humain.
Jetons un coup d'œil sur cette partie de l'histoire de laphilosophie qui se rattache plus spécialement aux doctrines spéculatives des sciences d'application , parmi lesquelles la chimie et la physique occupent le premier rang.
École ionienne. — Thaïe*.
Le chef de Pécole ionienne naquit, suivant Apollodore , dans la 1^*^ année de la 35^ olympiade (an 640 avant J.-G.), à Milet eu lonie. Il passa une partie de sa vie en Egypte, et fut initié à la science des prêtres de Memphis et deThèbes (1). Mis en présence de la nature, Thaïes s'efforça d'approfondir les merveilles de la création. En homme qui réQéchit, il se demanda : Comment et pourquoi tout ce qui existe s'est-il produit? La matière, d'où vient-elle? où va-t-elle? — C'est dans un des plus beaux pays du
(I) Ce fut après son retour daos sa patrie que Thaïes prédit Téclipse tolale de soleil dont parle Hérodote, et qui, d'après un travail récent de M. Airy (Philosopkical Transact,, année 1863), doit être fixée au 28 mai 685 avant J.-C.)
monde, sur les plages fertiles de Tlonie, en face de la raer qui sépare l'Asie de l'Europe, que Thaïes se posait ces questions.
Veau est le principe de tout; c^est l'eau qui a produit toutes les choses. Les plantes et les animaux ne sont que de Teau condensée sous diverses formes ; c'est en eau qu'ils se réduiront. Telle fut la réponse de Thaïes (i).
En substituant l'air à l'eau, on a la réponse d'Anaximène et d'autres philosophes de la môme école (2).
Vingt-quatre siècles nous séparent aujourd'hui de Thaïes. Et voici l'éloquente parole d'un de nos plus célèbres chimistes :
«Les plantes, les animaux, l'homme', renferment de la matière. D'où vient-elle? que fait-elle dans leurs tissus et dans les liquides qui les baignent ? Où va-t-ellc quand la mort brise les liens par lesquels ses diverses parties étaient si étroitement unies? — Les plantes et les animaux dérivent de l'air, ne sont que de l'air condensé. Ils viennent de l'air, et ils y retournent. Ce sont de véritables dépendances de l'atmosphère (3). n
Loin de nous la pensée de faire de ce rapprochement une question de priorité. Il y a là quelque chose de bien plus élevé : la loi universelle qui semble présider à la conception de toutes les théories. Les anciens, pauvres en faits d'observation, formulent des théories dont la portée nous étonne. Et aujourd'hui, plus riches en faits que nos ancêtres, nous voyons surgir des systèmes qui ne sont pour ainsi dire que la reproduction d'idées dont la plupart sont aussi vieilles que le genre humain. Ikdeux choses l'une : ou ces idées sont des vérités éternelles, inhérentes à l'intelligence môme de l'homme, ou ce sont de ïDyslérieux mouvements de l'esprit, se reproduisant toujours "^^usies mômes formes dès que la pensée de l'homme s'arrôte là où l'expérience semble l'abandonner. Voilà le grand dilemme posé par l'histoire des sciences.
(i)Am(ote, Metaphys., i,c. 3. De cœlo, ii, 13. Sextu:^ £mpiricus, Pyrrhon, ^fpotyp. , ui, $ 30. Plotarqiie, de PlaeiL philos., i, 3. Stobée, Eclog, phys. i, c. 2 ; ^ Heeren, page 291. Les doctrines de Thaïes se trouveDl très- bien exposées ^ E. RôUi, Geschichte der Griech. PMlosopMe, 1. 1, p. 90 et suiv. (Mann- ^, iSig).
1) Capjcius, poète italien du sfeizième siècle, développe longuement, dans un Po^ne De principes rerum, cette donnée ancienne, d'après laquelle Tair est le prtndpe de toute cliose. ^
(3) M. Damas, Cours de chimie organique, fait (en 1841) à la Facullé de inc^deûtt de Paris.
7i HISTOIRE PE LA CHIMIE.
ABaxinuiB«lre (né en 611 9 Biort en 545 avant «iF.-CO»
Ce philosophe continua d'enseigner les doctrines de l'école ionienne. Il admit comme principe universel quelque chose d'indéfini (airsipov), de subtil, qui pénètre toute la matière. Ce priocipe est, selon lui, plus subtil que Teau, moins ténu que l'air, et plus grossier que le feu. Tous les éléments matériels sont contenus dans ce principeélhéré ; il en est séparé par le mouvement ; en se raréfiant et en se condensant il produit tous les corps que nous voyons (1). Tout corps s'est formé par le rapprochement de ses particules homogènes préexistantes (2). L'action de la chaleur et du froid préside à tous les changements que subit la matière. La forme arrondie des corps célestes provient de radio n combinée de l'air et du mouvement (3).
Aaaximèae (557 avant «l.-C).
Disciple d'Anaximandre , Anaximène considérait l'air comme le principe de toutes choses : « Tout vient de l'air, et tout y retourne (4). » Les animaux et les plantes en tirent leur origine (5). Selon ce même philosophe, Tâme elle-même est quelque chose d'aérien. La condensation et la raréfaction, le froid et la chaleur, déterminent toutes les modifications de la matière; l'air infioi est la Divinité même (6).
(1) Arist. Pkysie.f 1, c. 5; Metaphys., xii, c. 2.Decœlo, w, c. 5. TbemisUos ad Arist. Phys., Toi. 16, a. S. Augustin, De eiv. Dei, viii, 2.
(2) Simplicioft in Phy$ic. AriU.^ p. 6 fr.
(3)Voy. Rôth, GeschieMeder Griech. Philosoph.y t. 1, p. 131 et suit. (4) *Ex TOUTOU Ta navra YéveoOat, xaî ei; avrôv TcâXiv àvaXueaOat. Stot)ée, Eclog » p. 296. Conf. Enseb., Prxp. evangeL^ i, 8, el Cic. Acad. quxst.t 11, 37. . (&) Plotarque, Plae., m, 4.
(6) Cic, De Kai, deor.^ 1, c. 10. s. August., De c\v, Dei, vin, 7.
Pythmi^re et «on école*
Gomine Thaïes, Pythagore avait développé ses connaissances par de longs voyages en Chaldée et en Egypte. Pour lui le principe de toutes choses était Tordre ou V harmonie. Les pythagoriciens appliquaient ce principe même à la vie nnalérielle : « Comme la puissance de Tesprit , disaient-ils , l'emporte sur celle du corps, il faut donner pl^is de nourriture à l'un qu'à Tautre. » Tout le monde connaît le régime frugal des disciples ^e Pythagore, et leurs pratiques ascétiques qui rappellent la vie te anachorètes de la Thébaîde et des brahmines de llnde.
Voici les principales doctrines de Pythagore, que s'approprièrent plus tard les néoplatoniciens et les alchimistes.
eLes nombres constituent le principe de toutes choses (i ). d — I^mot nombre (dlptO{A(^(;) est pris ici dans un sens très-étendu ; il peut signifier grandeur, quantité, corps, par opposition à l'espace qui était posé==o. Mais il signifie aussi rapport; et c'est probablement dans ce sens qu'il faut le prendre.
Les nombres impairs (TCEpirra) sont seuls complets et parfaits ; les nombres pairs sont imparfaits ; car un nombre impair, additionné à un nombre pair, donne toujours un nombre impair. Un nombre pair, divisé par deux, ne donneaucun reste; tandis que la division d'un nombre impair par deux laisse toujourfe un élément placé au milieu de deux moitiés égales. Le nombre impair a donc un commeneeinent, un milieu et unefn; le nombre pair n'a pas de milieu.
Le nombre 10 est le plus parfait de tous, parce qu'il comprend toutes les unités, et que le tétractys est le résultat de l'addition des quatre premiers nombres : i -h2+3-f-4=10(2). Le tétractys était le symbole du serment des initiés , dans les doctrines ^«Pythagore (3).
C'est à la doctrine pythagoricienne des nombres que se rattache
(1) Arist., I, c. 5. Cic, Metaphys., Quxst, Acad.^ iv, c. 37.
(i) An tétractys se rattachait le télragamme mysiérieuit de niH^, jouant un si 9^ rôle dans la religion mystique des Clialdéens et des Égyptiens , auxquels Nttgore a? ait en partie emprunté ses doctrines.
(^) Porphyre, de Yita Pythag,, éd. Kiesiing, p. 50.
êb HISTOIRE DE LA CHIMIE.
la théorie des éléments ou des alomes. Pythagore donnait aux éléments les formes des cinq solides géométriques : la terre était le cube, le feu le tétraèdre, Tair Toctaèdre, l'eau Ficosaèdre , et Féther le dodécaèdre. Du reste, il représentait les molécules élémentaires comme inûniment petites ^i).
Le monde est enveloppé d'un autre monde, au milieu duquel il vit comme un animal qui respire dans Tair.
La terre, la lune et les cinq planètes tournent autour du soleil, qui occupe le centre du monde. — On voit que le système de Kopernik est fort ancien. — La terre, par son mouvement de rotation, produit alternativement le jour et la nuit (2). Le soleil, ce feu central, est le foyer de la vie et de l'harmonie céleste.
Le son est produit par une vibration de Pair, et cette yibratioq elle-même est déterminée par le choc des corps. La variété des sons dépend de la vitesse des ondes sonores et de la masse vibrante.
La théorie des sons, fondée sur le principe des nombres, conduisit à la théorie des corps célestes (3). Chacun des corps célestes produit, selon cette théorie, un son particulier, déterminé par son genre de mouvement. Et la réunion de ces sons, qui sont entre eux dans des rapports parfaits, constitue la grande harmonie de l'univers. Si personne n'entend cette musique, ajoute Pythagore, c'est parce qu'elle est continuelle, permanente, et que nous y sommes habitués dès notre naissance. 11 faudrait qu'elle cessât pour recommencer; car nous ne percevons les sons qu'à cause du silence qui les précède.
Les corps de la nature n'intéressaient Pythagore que comme grandeurs mathématiques en rapport avec l'harmonie universelle. C'est pourquoi les substances ne sont, au fond, que des nombres, et l'univers, fort bien désigné par le mot }ioa{Ao< ( harmonie, ornement), repose sur des rapports d'harmonie mathématiques.
Le soleil est la source de la vie ; il occupe le centre du monde: ses rayons traversent l'éther, et pénètrent les objets les plus cachés pour tout animer. L'âme du monde est, selon les Pythagoriciens, la lumière du soleil (4).
(1) Voy. Rôtii, Geschichte der Griech. Philos. , t. Il, p. 844 et suit.
(2) Voy. notre article Pythagore , dans la Biographie générale.
(3) Arist., Âîéiaphys.,i, c. 5. Cic, Quœst. Acad.fiYf c. 37.
(4) Sextus Empiricus, Adversus Math.y ix. — Cicéron, De naluradeorumfU 17. — Jarablique, Vita Pythag, — Porphyre, Deabstin., ii, 15.
ToutTaîr est rempli d'âmes ou de démons, sous l'influence desquels sont placés la santé, les maladies, la divination et la magie (1).
Les âmes, indestructibles comme la force primordiale d'où elles émanent, entrent dans les corps pour y parcourir des gcles indéfinis (Métempsycose),
Tel est, en résumé, le système pythagoricien, bien imparfaitement reconstruit avec les fragments épars que nous ont transmis les auteurs. Ce système, un des plus extraordinaires qu'ait enfantés le génie de l'homme, a beaucoup contribué à l'établissement des principes dont s'est plus tard nourri l'esprit des alchimistes.
École éléatiqae.
Le fondateur de l'école d'Élée, Xénophane, était contemporaiode Pytbagore, dont il connaissait les doctrines. Il ne nous reste des ouvrages de Xénophane, de Parménide, de Mélisse et de Zenon, que de faibles fragments, conservés dansAristote, dans ^ittis Empiricus, etc., et recueillis par Fûlleborn (2). Voici les principaux points de la philosophie éléatique, qui
doivent nous intéresser ici.
fi/en n'est créé; tout ce qui est, existe et dure éternellement. Toatest un; Dieu est l'univers, et l'univers est Dieu.
La terre et l'eau sont les principes du monde matériel (3). L'âme est un être aériforme. — Vingt siècles plus tard cette opinion de Xénophane fut reproduite par Priestley, le même qui découvrit Toxygène.
Les phénomènes de la nature reposent sur deux principes op- I»sé5, l'un actif, l'autre passif : la chaleur et le froid, la lumière «t les ténèbres (4). Tout corps privé de chaleur est mort; tout ei^tpour lui froid, silence et ténèbres (Parménide).
(t)DiogteeLaeii.,Ttii. Plutarque, Plac'U. Phil., \, 8, Cic. De divinatione, i, 46. (1) Liber de Xénophane^ Zenone, etc., in-8''; Halle, I789.
(3) Au rapport de Diogène de Laerte (ix, 49), Xénophane regardait les quatre déneikU coaime les principes' de ta matière.
(4) Cet attlagonisme ae rencontre dans presque tous les ouvrages alchimiques, >>Mlc Mm de principes m&le et remelle, d'agens et de pa tiens, etc.
78 HISTOIRE DE LiL CHIMIE.
Le mouvement est impossible, parce qu'il suppose que l'espace et le temps sont limités. Zenon entre ici dans des subtilités qu'il serait inutile de reproduire. D'après plusieurs auteurs, Zenon aurait également nié la réalité des substances.
Le panthéisme , qui se trouve au fond de tous les systèmes de la philosophie grecque antérieurs à SocBate, était, dans l'école d'ËIéc, arrivé en quelque sorte à sa plus haute puissance.
PUlMophle d'HéraeUtc (MM avant S.-C}. ^
Heraclite d'Ephèse s'était posé les mêmes questions que les maîtres de la philosophie ionienne. Il considérait le feu ou Télément igné comme le principe de toutes choses. Le feu est la force primordiale, qui tient sous sa dépendance tous les phénomènes, tous les changements qui s'opèrent dans les corps. C'est le feu qui détruit, mais à la condition de reconstituer (1).
L'état primitif du monde était un état igné. Il viendra un temps où le monde se réduira de nouveau en feu (2). Les corps matériels peuvent être changés ou modifiés ; le feu ne saurait l'être, parce que c'est lui qui change ou modifie tout ce qui est. La terre se réduit en eau, l'eau en air, et l'air en feu. De là le chemin qui monte (dégagement), et le chemin qui descend (fixation ) (3). Le premier est le symbole de la génération ; le dernier, celui de la décomposition (4).
Le feu lire son aliment des parties subtiles de ï*air , comme l'eau tire sa nourriture de la terre (5).
En lisant la proposition qui précède, ne serait-on pas tenté de croire qu'Heraclite avait, par une sorte d'intuition surnaturelle, entrevu un fait qui ne devait être démontré expérimentalement que deux mille ans après lui, et cela chez des peuples qui
(1) Arisl., Melaphys., i, 3.PluUrque, Décret, phil., i, 3. Diog. Laert, ix,S7-
(2) Arisl., Physic, m, 5. Clément d'Alexandrie, Slromat,, v, 14.
(3) Cest rimage de l'évaporalion de Tcao : la vapeur s'élève, se confood avec Pair, tandis que la terre (sels ferreux) se dépose au fond du vase.
(4) Diog. Laert., ix, § 8. Ti^v tuxae&^i^v xaXeîoOai ôôovivw xalxaw.
(5) Diog. Laert., ix, $ 9.
alors étaient aussi inconnus aux Grecs que le sont aujourd'hui pour nous les peuplades sauvages de l'intérieur de TÂfrique ?
D'après le témoignage d'Aristote, Tévaporation , ou plutôt le dégagement d'un corps aériforme ( car c'est ce que signifie^ à proprement parler, le mot dvaôufjitaffiç), joue, dans le système d'Heraclite, un rôle très-important (i). C'est là-dessus que ce philosophe avait fondé ses Hypothèses sur la nature des astres et des âmes.
Heraclite explique la lumière du soleil et des astres par Taccumulation de substances aériformes en ignition, ce que nous iraduirions aujourd'hui par gas incande.scents,
La vie consiste en un changement perpétuel de la matière^ dans un mouvement continuel d'émission et d'absorption (2j. Ce mouvement est celui du cercle (3).
L'âme du monde est un corps aériforme, et l'aliment du feu, principe de toutes choses.
Cette âme du monde, qui est appelée tantôt irvEujxa xoajxou, esprit du monde, tantôtOetoç Xoyoç, essence divine, ne serait-elle autre chose que l'oxygène, l'air vital, universellement répandu, et qui entretient la flamme et la respiration?
Ce qui tendrait à le prouver, c'est le passage suivant de Sextus empirique {Adv. Math., vu, 129) : « Nous vivons, suivant HéwcVue, en aspirant cette essence divine par la respiration. » fïi^^ — TOUTOv Tov ôetov Xoyov, xaô' 'HpaxXeiTov, Si' àvaicvoT); aita-
Le inonde doit sa naissance au feu, et il périra de même par le feu. Ce mouvement alternatif d'apparition et de destruction aura lieu d'après de certaines périodes (xaTa tivk; itepidSouç) (4). Ces périodes se succéderont régulièrement comme le jour et la nuit.
Tout est régi par des lois fixes et immuables. Les phénomènes en apparence les plus contraires ou les plus inutiles sont nécessaires à l'harmonie du tout. Tous les êtres, même quand ils
(l)Arist., de Anima i, c. 3.
(t) Cette grande idée a été, dans le* temps moderoes, démontrée expérimentale-
(3) TertiiU., adv. Marc.f ii, 2ft. Hippocrat., de Alimentis, ti, p. 297 (édit. Chartier).
(«) Dbg., Il, 8. Seit. £mp., Pf/rrh. Hyp.t i, 212, 2iô. Plutarque , de Ptac. pAiI^i.3. Antonio, m, c. 3.
donnent , contribuent à la solidarité d'action des êtres du monde (1).
L'amour et la haine, Vaitraction et la r^/?ti/5ton, voilà les grandes lois de Tunivers (2).
Tel est l'exposé sommaire des doctrines d'Heraclite. C'est à ce philosophe que Hegel a emprunté, entr'autres le principe d'après lequel toutes les choses sont dans un perpétuel devenir,
Parmi les disciples les plus célèbres d'Heraclite on cite Hi^pocrate.
L'oracle de Cos fut souvent consulté par les physiciens et les chimistes du moyen âge, d'après ce que nous apprend Tachenius (3).
Le petit traité Des airs, des eaux et des lieux, est le seul écrit d'Hippocrate qui pourrait offrir ici quelque intérêt. Encore renferme-t-il plusieurs erreurs, qu'il importe de signaler.
Ainsi, par exemple, l'auteur dit :
G. 25. a Le brouillard, en tombant, se mélange avec l'eau (^YxaTa{jLiYV£u[i.£vo(;), et trouble la transparence de ce liquide. »
Cela se concevrait si le brouillard était lui-même un corps particulier, insoluble.
C. 28. « Les eaux stagnantes (aiotatua) ont une mauvaise odeur, parce qu'elles ne sont pas courantes (oùx àiro^fuToi). »
Hippocrate n'indique ici qu'une coïncidence, mais il n'en donne pas l'explication.
C. 35. «Le fer, le cuivre, l'argent, l'or, le soufre, l'alun (<jtuicTYjpia), l'asphalte, le nitre, toutes ces substances proviennent de l'action de la chaleur (6irô piYjç yiYvovTai tou Ô£p[i.ou). »
L'auteur fait jouer ici au feu un rôle trop exclusif. Pourquoi n'a-t-il pas adopté l'opinion des premiers philosophes, qui admettaient que tous les corps proviennent de la combinaison de deux, de trois, de quatre ou même de cinq éléments ?
C. 42. « Ceux qui regardent les eaux salines comme purgatives
(1) Antonîn, ti, c. 42. Kal toù; xaOeii$ovTac, ô ^HpdixXeiTO; èpYâTotç etvai Xéret*»^
(2) Diog. Lftert., ix, § 8. Platon, Symp., c. 12. Arittote, de Mundo, c. 5.
(3) Ott. Taclienius (Taclien.), Hippocrales chimicus, Venei., 1666, ln-1?.
PREMI£R£ EPOQUE. g|
{ikuMok uoaTfli) se trompent. Loin de là, elles sont contraires aux évacuations. Elles resserrent le ventre plutôt qu'elles ne le relâchent. »
Ceci revient à dire que les sels alcalins ne sont pas purgatifs. Or ce sont précisément ces sels qui se trouvent le plus ordinairement dissous dans l'eau. '
Hippocrate explique (c. 48) la formation de la pluie par le choc des vents, et par la condensation des vapeurs d'eau ou des nuages, que déterminerait ce choc. Aristote, qui vivait à peine cent ans après le grand médecin de Gos, explique beaucoup mieux la formation de la pluie et de la glace par Paction d'un abaissement de température.
L'erreur que commet ici Hippocrate est d'autant plus singulière, qu'il venait (c! 43) d'expliquer Tévaporation naturelle, la . îonnation du brouillard, etc., par l'action du soleil, qui attire
m^et) les parties légères (volatiles) de l'eau^ et laisse les sels
•% déposer.
Action du soleil, formation des vapeurs d'eau, action du froid et condensation des vapeurs, voilà tous les éléments d'un appareil distillatoire. Ce fut sans doute l'observation du vaste appareil distiliatoire de la nature qui mit sur les traces de la découverte delà distillation. Bien que les annales deja science ne signalent celle découverte qu'aune époque relativement assez récente, iJ est cependant à présumer qu'elle remonte à des temps fort reculés.
PkilQMphIe «t'Bmpédocle (4IIO avant ^.-C.)-
Dans le système cosmologique d'Empédocle, comme dans celui d'Heraclite, le feu joue un très-grand rôle. Vamour et la haine y ^'oilraction et la répulsion^ y figurent également comme lois bodamentales du monde physique.
le philosophe d'Agrigente, s'éloignant de ses prédécesseurs, ^lit quatre éléments : le feuj l'air, Veau^ et la terre (i), en notdQt cependant que ces^éléments ne doivent pas être considérés comme les dernières molécules, immuables et indécomposables,
■I) ArUt., Met-, i, 4. Se\lus. Kinp., adv. Math., Tii, li:>.
HiST. DP. L\ cHtaie. — T. I. 6
82 Hl-T.niE ÎE LA CfilXIE.
de la nialiêre 'I . ' Cjnjr:.e rrypérience, ciî-i!, apijcesd que ces éléiiicnls (tto'./ûï^ peuYtrLl éjrju\er diffcreiits chaRgemtnls. il est clair quiU ne ^orit riea luoias qi: immuables. • Eq con<equeijce, il admet que îe feu, Teau et la tt- :re, tt-îs que robserralîon nous les pré>enle, socl comfjïjMf- d'une muîûîuiie de f^rtîcul^s treS'petiies, indivUibUs H iu-ucahlîs, qui sont les rentables eU^ tnenfs des corps de la nature. L'air se compose de particules qui sont homogènes entre elles: de mt-me Teau, etc. ^i^.
C'e^t à ces éîémenls que la gênéralioD (combinaison) et la destruction 'décomposition^ s'arrêîmt. Ces phénomènes ne vont jamais au-delà des derniers éléments 3^.
Les dernitrs élériients (particules élémentaires' sont invariables â'jnz^^fr'zi ^ indestructibles 'iz'mz'ii. et ét'-rnels 'iicw. Ils • constituent tous les corps. Les changements de la matière dépendent du déplacement et de la combinaison de ces particules élémentaires. Il n'y a ni création {v^-i^ ni destruction OivaTo^), dans l'acception propre de ces mots; ce qu'on appelle ainsi ne consiste que dans des phénomènes d'agrégation et de désagrégation, de composition et de décomposition i4).
Les éléments dont se composent les corps de la nature ne sont pas tous homogènes; car les particules élémentaires de Fair se combinent avec celtes de Feau pour donner naissance à tel ou le! corps», et ainsi des autres (S).
La doctrkie d'Empédocle ne s'éloigne pas beaucoup, comme on voit, de celle que les chimistes professent aujourd'hui sur la constitution moléculaire des corps.
Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'Empédocle attribue au feu une action à part, différente de celle qu'exercent les autres éléments dans la constitution des corps. Le feu est, suivant lui, le principe actif par excellence, tandis que les autres éléments se comportent d'une manière plutôt passive ou comme des masses inertes (6).
(1) Platarque, de Placit. philos., \^ c. 3. Clem. Alex., Strom., V. 624. (3) Plut., de Placit, philos,, i, c. 13, c. 17, c. 18.
(3) Aristot., Dégénérât, et corrupt., i, c. 8. 'On i«x?î ^^v orotxstwv fx'' Tifjv Yév(0iv xal T1QV çOopdv.
(4) Arislolc, ibid., i, c. 1 ; i, c. 3 et 4. Simpliciiis Ad phys., r, p. 66.
(5) Arist., Phys.y i, c. 4; De cœlo, m, cl-, De générât, et corrupt., ii, c. 6.
(6) Kr\si./De général., ii, c. 3. Clément d*Alex., Strom., y, p. 570. Pseudo-Orig., Philosoph., c. ut.
L*affinilé, l'amtWe(cpiXia), et la répulsion, Vinimiliê{^ttixo^)^ président aux phénomènes de composition et de décomposition de la matière (i). Les particules homogènes s'attirent et se combinent; les particules hétérogènes se repoussent et se désagrègent (2).
D'après ces idées, Ëmpédocle déCimi le monde physique : la réunion de toutes les combinaisons produites par des éléments simples (3). Nous n'en saurions aujourd'hui donner une meilleure définition. Le chaos est donc pour lui la condition primordiale du monde, dans laquelle les éléments constitutifs sont à l'état de non-combinaison, ou à Tétat naissant. C'est cet état du monde qu'Empédocle appelait TtoXXa {beaucoup de choses), par opposition au monde constitué, qui portait le nom de ty (un), ou de xo(t;x<k (harmonie).
Tous les corps solides sont poreux : ils ont des interstices (xoî^a), comparables à de petits tubes capillaires, par lesquels ont lieu des effluves ( àro^j^oiai ) de forces particulières [A). C'est par ces effluves qu'on explique l'action de l'aimant attirant le fer (Alex. Aphrod., Quœst, nat., lib. Il, c. 23), la conservation des feuilles sur l'arbre (Plutarque, Sympos., III, 2, t. p. 649), la vision, la production des couleurs , etc.
Rien de plus instructif que de suivre Ëmpédocle dans ses taisonneraents tendant à établir que le principe de la connaissaocc repose sur l'identité de la pensée avec ce que celle-ci cherche à s'approprier. L'homme étant composé des mêmes ^iéments simples que les objets du monde qu'il observe, la conoaissance implique l'identité (de composition) du sujet connais* santavec l'objet connu.
Philosophie «le I^enelppe (49& avant «l.-C.).
Leocippe, contemporain d'Empédocle, est le véritable auteur du système atomistique, repris et perfectionné par Démocrilc, son disciple.
(i)Siinplicios, ad Aritt. Phys., i, p. 34.
{T, Arist, Metaphys,, i, c. 4. Sextus, adû. Mathem., ii, § iO; et x, 317. Ma- ^nh-tSatum., vii, 5.
% Plot., de Placit. philosoph., i, c. 5.
(i) Plitoo, Menon. Comp. Teonemaim, Gesch, der Philosophie, vol. i, p. 299, <le rédH. de Weadt, et Dde de Téditeur.
84 HISTOIRE D£ Là CHUTIF.
Voici, en siibstanee, ce système, qui se rattache, par plus d*un point, aux idées de récoleéléalique et des doctrinesd'Empédocle:
La terre, l'eau, l'air et le feu, que plusieurs ont considérés comme des élémeots simples, ne sont que des corps composés. Les dernières particules des corps composés n'admettent plus de division; elles sont immuables; leur changement de position, leur séparation et leur combinaison expliquent toutes les variations de la forme des corps matériels. Les dernières particules de la matière sont tellement petites que nos sens sont impuissants à les saisir. Ce sont ces particules qui se nomment les insécables y en grec atomes (axouLa; .l). Les atomes sont soumis à un mouvement intérieur, cause de toute combinaison comme de toute décomposition. Ils sont inégaux de grandeur et de forme. Les atomes ronds se meuvent avec le plus de vitesse. Aussi le feu a-t-il, ainsi que Pâme, les atomes ronds (2).
La matière contient des pores ou des inten*alles vides qui favorisent le mouvement des atomes; car l'expérience enseigne qu'un vase rempli de cendres peut contenir en même temps le même volume d'eau ^3), que. le vin peut être comprimé dans une outre, etc. (i).
Leucippe expliqua la création du monde par la seule action des agents physiques, sans l'intervention d'aucune intelligence créatrice (3).
En matérialiste conséquent avec lui-même , il considérait l'âme comme un être matériel, composé d'atomes ronds, comme le feu. Selon sa doctrine, le mouvement de ces atomes constitue la pensée. L'âme est un être igné, peut-être identique avec le feu. C'est pourquoi la respiration est un phénomène absolument nécessaire à la vie ; car la vie, de même que le feu, a besoin d'air pour subsister (6).
(I) A!rhiùte,de Gênerai, i. 8, de Cœlo, m, 4. Galien, de Elément, Hippocrat. tib. u, 7.
(?) Aiislote, de Cœlo, lu, c 4.
(3) Cette opinion de Leucippe est contredite par Texpérience. (4, Amtote, Phys.^ nr, 8.
{b) Stobée, Eclog. phys., vol. i, 442 (édtt. Heeren). (6; Arôtote, de Anima, i, c. 2.
PBEinÊaE ÉPOQUE. 85
§ io.
Bémocrito (470 avaDt J.-C).
Démocrite, natif d'Abdère, fut un des grands penseurs de l'antiquité. II passa pour un habile physicien ; à l'exemple de Pythagore, il acquit ses connaissances et les perfectionna dans de longs voyages en Perse, en Syrie, en É^pte. — Il ne faut pas confondre ce philosophe avec le pseudo-Démocrite, auquel les alchimistes attribuent différents ouvrages âur la physique et la chimie.
Diogène de Laërte et Suidas donnent la liste des écrits attribués à Démocrite. De ces nombreux écrits il n'y en a probableoseot que deux d'authentiques : Tun est intitulé Msysç ^idxoayuoç IW Grand Diacosme), et l'autre, n«pl ^uwwi; t6u xoajxoo (Sur la natniedu monde) (i). C'est ce que semble confirmer Vitruve, lors- <|Qîldit que Démocrite avait écrit plusieurs livres sur là nature <ies choses, et qu'il avait coutume de sceller de son anneau les expériences qu'il avait vérifiées par lui-même (2). Cette coutume s'est plus tard reproduite chez les alchimistes, qui manquaient rarement d'apposer sur leurs fioles le sceau d'Hermès. Coluraelle (xi, 3) nous a conservé le titre d'un ouvrage de Démocrite, intitulé IlEpl Xîftwv (Sur les pierres).
Démocrite savait, dit Pétrone, extraire les sucs des plantes et passait sa vie à faire des expériences , afin d'approfondir les secrets des règnes végétal et minéral (3). Sénèque nous apprend que c'est au philosophe d'Abdère que nous devons le fourneau à réverbère, les moyens d'amollir l'ivoire, d'imiter la nature dans la production des pierres précieuses et particulièrement des émeraudes (4).
Démocrite défendit et perfectionna le système atomistique de Leucippe, son maître. Du principe, dit-il , que rien ne se fait de rien, découle la nécessité d'admettre des atomes; car si tout corps est divisible à Vinfini, et que la division ne s'arrête jamais, il arrivera le deux choses l'une : ou il n'en restera rie», ou il en restera tou-
:i) Diog. L., IX, 39. Atlieo., lY, c. 19, p. 168. Teonemann, Hist, de la philo- <0pAie (en altemand ), toI. i, p. 338. ;î) Vitrave, n, 3.
13) Peiron. Arbit., p. 29, édit Francf., in-4% 1629. (4)Séoèqae, Epist.90.
jours quelque chose. Dans le premier cas, le corps ne se composerait de rien, ou il ne se composerait que d'une réalité apparente. Dans le second cas, on peut demander: Que resle-l-il? une quantité, ou une étendue? Mais alors la division n'est pas encore épuisée. Ne reste.-l-il que des points?Mais, quel que soit le nombre des points qu'on additionne, ils ne donneront jamai» une étendue. Donc, il faudra admettre des éléments réels, indivisibles et insécables. Tels sont les raisonnements de Démocrite (i).
Les atomes sont variables, non-seulement en grosseur, mais en poids. Les atomes les plus petits sont aussi les plus légers. Tous les atomes sont entre eux dans urf état actif ou passif, et cet état constitue leur mouvement propre.
Les atomes sont impénétrables : deux atomes ne pourront pas occuper simultanément le même espace. Cbaque atome résiste à l'atome qui tend à le déplacer. Cette résistance donne lieu à un mouvement oscillatoire (irfliX[i.oç) qui se communique à tous les atornes voisins qui , à leur tour, le transmettent aux atomes plus distants. De là un mouvement giratoire, une rotation (ôivt)), qui est le type de tous les mouvements de ce monde (2).
Li groupement des atomes donne naissance à un nombre infini de mondes, dont les uns se ressemblent et les autres ne se ressemblent pas (3).
Comme Leucippe, Démocrite essaya d'expliquer la création et tous les phénomènes du monde par la seule action des forces ou des agents physiques, sans aucun concours de la Divinité, dont il n'est pas question dans ce système, exclusivement matérialiste. — Le mouvement de l'âme, qui est la pensée , s'explique par le niouvement des atomes de l'ftme. Car, ajoute Démocrite, l'âme n'aurait pas la faculté de mouvoir le corps, si elle n'avait pas la force de se mouvoir d'abord elle-mômç. La chaleur est la condition nécessaire de la vie ; cette chaleur suppose un foyer, qui est l'âme; car l'âme elle-même n'est que du feu ou une agrégation d'atomes ignés. Lorsque ces atomes se dissipent, la vie cesse (4).
Toutes les sensations s'opèrent par l'intermédiaire d'objels sensibles. L'œil contient de l'eau, laquelle est l'intermédiaire de
(!) Aristote, de Gênerai, et Corrupt., i, c. 2 et 8.
(7) Pliitarqiie, de Placit, philos,, i, 26. Stolx^e, Eclog, phys., vol. i, p. 394.
(3) Cicéron, Acad. Q., iv, c. 17. Diog. L., ix, 44.
(4) Arifttote, de Anima, i, 2.
PRE^flÉRE ÉPOQUE. 87
la vision. L'ouïe a lieu par le moyen de l'air : l'objet sonore communique son mouvement d'abord àTair qui l'entoure, et celuici transmet le mouvement de proche en proche, jusqu'à ce qu'il vienne frapper l'organe auditif. (1). Ce mouvement, en se communiquant aux atomes de l'âme, y proiluit des oscillations qui persistent même après que l'objet qui les avait déterminées n'existe plus. C'est ainsi que l'eau continue à s'agiter longtemps après l'éloignement de la cause de son mouvement. C'est cette persistance du mouvement oscillatoire qui explique les songes au milieu du calme de la nuit (2).
Démocrite avait de nombreux disciples, empressés de propager les doctrines du maître. On nomme, parmi les plus célèbres, Métrodore le sceptique, Nessus de Chios, Diogène de Saiyme, Anaxarque, contemporain d'Alexandre le Grand, et Nwphane, maître d'Épicure (3).
Philosophie d'AnwLiLt^gore»
L'Asie Mineure (lonie), la Sicile et l'Italie inférieure, connue sous le nom de Grande Grèce, avaient été jusqu'alors le siège pnocipal des sciences et des lettres. Anaxagore de Clazomènes (né vers 498 avant J.-C. ) transporta ce siège à Athènes.
Anaxagore, dont la vie nous intéressée plus d'un titre, tut accusé, par les Athéniens, de sacrilège; il n'échappa à la sentence de mort que par la fuite (4). Voici le principal motif de cette étrange accusation. Anaxagore avait enseigné que le soleil est un globe de feu, que la lune a des montagnes et des vallées, une mer et un continent, et qu'elle est habitée; que les éclipses pro- Mennent de causes toutes naturelles, etc. (5). — Abreuvé de chagrins, victime de l'ingratitude de ses concitoyens, Anaxagore îe rendit à Lampsaque, où il ne tarda pas à mourir. Il reçut; après ^ mort, le beau surnom de Notiç, Intelligence,
1 PlaUrque, de Plac. philos., \y, 8. Arist., de Sensu, c. 4. Diog. L. ix, 44. 2) Arist, de Divinai. per somnum, c. 2.
;3^ Yo^fez, poor plus de détaili , notre article DémocrHe, dans la Biographie fénéraU, 'y, Diog. L,, ij, 12. Plutarqiiep xvi, t. i, p. 404, éd. HuU. >) XéDoplion, Memorab. Socrat.^ iv, 7, 7.
Ce grand philosophe adopta la théorie atomistique de Déraocrile et de Leucippe. Nous allons indiquer les principaux points de son système.
Tout est dans tout (i). Chaque atome est un monde en miniature. Nous mangeons du pain, nous buvons de Teau. Les aliments nourrissent les muscles, le sang, les os, en un mot, toutes les parties du corps. La nutrition serait-elle possible , s'il n'y avait pas, dans le pain et dans l'eau, des atomes ou des molécules ((Aopia), identiques avec celles dont se composent le^ muscles, le sang, etc. (2)?
Cette observation, qui touche au domaine de la chimie la plus délicate, a de quoi nous surprendre par sa justesse et sa profondeur. — Voici comment nous raisonnerions aujourd'hui : le sang, les muscles, elc, se composent, en dernière analyse, d'oxygène, d'hydrogène, de carbone, d'azote, de soufre et de phosphore; or, ces éléments sont fournis par les aliments que le corps s'assimile. Donc, il y a identité de composition du corps vivant avec les substances dont celui-ci se nourrit.
Suivant Anaxagore, les corps composés peuvent être réduits, par l'analyse, à leurs éléments ou particules similaires {homéoméries); mais ces éléments sont eux-mêmes insécables et indestructibles. Il s'ensuit que le nombre des homéoméries ne peut être ni augmenté ni diminué. La quantité de matière dont se compose le monde demeure donc constante , quelles que soient les transformations qu'on y remarque (3).
C'est par une erreur de langage que la composition («uy*?^' ciç) et la décomposition des éléments (5taxpi(Tiç) sont appelées naissance et mort (4).
Il n'y a pas d'espace vide. Les intervalles, les pores (itépoi), qui séparent les atomes, sont, non pas vides, mais remplis d'air (5).
La cause de l'ordre et du mouvement de la matière est en dehors de celle-ci. C'est en cela qu'Anaxagore s'écarte surtout
(1) On se rappelle que cette proposition a été reproduite de nos jours, comme un axiome, par les Saint-Simoniens.
(2) Plutarque, de Placit. philos,^ i, S.
(3) Aristote, Metaph., i, 3.
(4) Simplicius, in Phys., p. 6. Arist., de Gênerai., i. 1.
(5) Aristote, Phys., it, 6 . On voit qu'Anaxagore s'éloigne de la doctrine de Léocippe et de Démocrite, qui admettait des interfalles vides (xcvd), et qu'il se rapproche de plus en plus de la vérité.
PREMIERE LPOOUE. 89
de la doctrine des autres écoles qui, presque toutes, avaient placé le priocipe du mouvement dans la matière elle-même. La matière de la création et la cause de la création sont donc pour Anaxagore deux choses différentes : la première tombe sous les sens, tandis que la dernière échappe à l'observation directe. La matière subtile (éther, feu), que les autres philosophes avaient coQsidérée comme la cause du mouvement de la matière, plus grossière, et des changements que ce mouvement entraîne, est comprise, par Anaxagore, dans la catégorie à laquelle est opposé le principe actif (vou(;)(<). Ce principe actif possède tous les attributs de Tintelligence suprême (2), qui ne peut être représentée sous aucune forme matérielle.
Anaxagore a , un des premiers, parlé des aérolithes : il les bit tomber, non pas de la lune, mais du soleil, qui lui-même userait qu'un immense aérolithe (3).
Us plantes sont des êtres vivants, doués d'une véritable respiration (icvoT^) (4). — On sait que cette proposition, établie par Anaiagore, est aujourd'hui démontrée par Texpérience et universellement admise.
Ce grand philosophe admettait deux sortes de génération : la génération par les éléments, et la génération par les espèces (génération proprement dite) (5).
La génération élémentaire des végétaux, il la comprenait d'une façon tout à fait conforme à la doctrine des chimistes modernes. Voici comment il s'exprime à cet égard : «L'air possède, dit-il, les éléments (semences) de tous les êtres; et ces éléments, qui ont pour véhicule l'eau, engendrent les plantes. » \ Avgt;cÉYopoiç (jl^v tèv àipa icctVTcov ^àvxcov e)^etv crirép^otTa, xsi Totura ^Txsia^epojxeva tw SSoiTt YtvvSv tk cpuxa. ) (6).
(Plusieurs passages des auteurs anciens nous autorisent à croire . qu'Anaxagore expliquait d'une manière analogue la génération élémentaire des animaux.
Nous passons sous silence la partie purement métaphysique
t) Simplicios, in Physiea Àrisi.y p. 336.
î) ItMd., p. 38.
3. Piiitarque, de Superstitiont, foi. yi, p. 648, de l'édil. de Reiske.
*y Plotarqop, de Respirât., 2. Id., Quxst. naturaL (éd. Reiske, vol. ix,
>) Diog. L.,ii, 9.
% Tlieoplirasle, Bist. planiar,, m, c. 2. (Diog. Laert., it, $ 9).
00 KlrT IIX :£ lA Ci tlL.
du M^Urifje d'AfiautiJore. tn d^-ï p.:i> rrz-ÉLr:;-;iil« de ranliquité, fflqîjî l^tddît À ^*:LTc^^^^ k: :.^:<rrliùl-:L.e de Leucippeet de DéîiiocriU:.
a\ar,t J.-C).
Dio^r^-ne d'AfKilIonie, viiie de Crète, fut, cotiime Anaxagore. ipernéetité par rinloiérance religieuse des AîLéLÎeDS. il composa un livre Sur la nalttre et les m^ltorts^ dont Simpiieîus et Diogène de Laêrle nous ont conservé quelques fragments.
La matière et le principe du mouvement de la matière ne socl pas ici s^'[^rés aussi nettement que dans ie système dWnaxagore. «L'riir infini, qui pénètre et anime tout, contient en lui-même le princifje de la matière. » Celte proposition rapproche Diogène du système des matérialistes.
Voici s^'S principaux philosophèmes :
Tons les corps de la nature sont, dans leur essence, homogènes. La nature ne pourrait nourrir ni les plantes ni les animaux, si le produit n'était primordialement homogène avec le principe producteur (1).
L'air fournit les éléments de toutes choses (i). L'eau contient de l'air; c'est de l'air que les poissons respirent dans l'eau; et s'ils meurent dans l'air, c'est qu'ils en respirent trop à la fols, et qu'il y a mesure à tout (3). L'air peut être chaud ou froid, sec ou humide, condensé ou raréfié, agité ou calme, dans des proportions indéflnics; et, dans ces conditions diverses, l'air est plus ou moins apte à engendrer des choses nouvelles (4).
L'air est la source de toute vie et de la pensée elle-même ; car l'homme et les êtres vivants ne vivent que parce qu'ils respirent de l'air. Toute vie, toute pensée cesse au moment où la respiration s'arrôto (5). Les nombreuses variations que peut subir l'air expliquent la multiplicité des êtres animés, qui ne sentent,
(1) Diog. Laert, ix, 57. SImpItc. xn Physic. Arist., i.
(2) 8. AugustiD, de Civ. Dei, tiii, 2.
(3) Aristote, Metaphys., u3;de Respirât, i, 2 et 3.
(4) DIog. Laert., IX, 57.
(5) Slmplfdos, in Phys. Aritt.» i.
PREMIÈRE EPOQUE. 9i
ne voient, n'entendeDt et ne pensentque par l'air (1). La pensée repose sur ce que l'air parcourt avec le sang tout le corps (2). Le siège principal de Tâme est dans la cavité artérielle du cœur (3). Le dernipr degré de la combinaison de l'air avec les corps a lieu dans l'action des métaux exposés à l'air : à l'exemple du fer. du cuivre, etc., ils absorbent des corps aériformes ou les dégagent, dans certaines conditions. Alexandre d'Aphrodisie, en rapportant ces idées de Diogène d'ApolIonie, compare les coçibinaisoQS des corps à l'assimilation des aliments par l'organisme vivant : Id î toque quod est sihi cognitum et affine in se recipere; (piod autem non est, extrudere. Trahit etiam nutrimentum animai;facit id quod est inier ipsum et id quod appétit ^ sibi simile (4).
Àrtkélœùs de Milet, disciple d'Anaxagore et de Diogène, s'attii'ba, comme tous les philosophes physiciens (9ucrtxot),à l'observation des phénomènes de la nature, pour en déduire la connaissance des objets d'un ordre plus élevé ; mais le plus souvent rimaginatîon l'emporta sur l'expérience.
Ainsi, le feu est, selon Archélaûs, de l'air raréflé (5) ; l'eau est de l'air condensé (6).
Saint Clément d'Alexandrie rapporte, une opinion ancienne, d'après laquelle le feu se changerait par l'air en eau (7).
Gomme pour Anaximène, Anaxagore et Diogène, l'air est pour Archélaûs de Milet, le principe de toute chose. Suivant ce philosophe, le chaud et le froid, le sec et Thumide, jouent un grand rôle dans la composition ou la génération des corps.
'\\ Siraplicius, In Phy$. Arist. % Ibid.
'3; '£v t^ àpTTipiax^ xoiXqt tij; xotpSîoiç, ^Ti; iari 7tvev(i.attxiQ. Pliitarqiie, de nad/. philos.^ Hb. iv, c. ^.
'4) Alexaiidr. AplirodU., Quacst. natur., n, 23 fol. 18. "») CeUe propoftilioo , puremeal hjpoiliétique , rappelle un fait bien connu ^ MK jour» : rhydrogène se présente sous forme d*un air extrêmement léger ^tt\ le plo9 lé^er de tous les kbz), et 8*eiiflamme au contact du feu, ce qui lui ^iit même d^abord le nom d'air de /eu. Or, cet air de feu brûle dans Tairet *»oc de l'eau.
6, Plut., de Plaeit. phiL, i, 3.
.7; Strom., V, p. 437, éd. Heins.
92 HISTOIRE p£ LA CHIMIE.
Les animaux, dit Archélaûs, sont primitivement sortis d'une vase laiteuse de la terre, chauffée par le soleil (1).
C'est avec Archélaûs que finit la première et peutiStre la plu$ belle époque de la philosophie grecque, dont les principaux efforts tendaient à mettre les principes métaphysiques et inoraui en harmonie avec l'observation directe des phénomènes de la, nature.
Dans la période qui va suivre, nous verrons dominer pres-| que exclusivement Timagination, les conceptions idéales et le raisonnement affranchi de tout contrôle expérimental.
lies sophutes (^50-iOO avant J.-C). i
La guerre contre les Perses, la lutte entre Athènes et Lacédémone pour la suprématie de la Grèce, les arts, la richesse et ia prépondérance morale d'Athènes, exerçaient une influence marquée sur la marche des sciences comprises sous la dénomination générale de philosophie. Périclès,. en protégeant les sciences, les arts et les lettres, fit d'Athènes le foyer des lumières et le centre de la civilisation. L'exemple étant donné d'en haut* l'émulation devint bientôt générale. Mais partout où des existences rivales sont mises en jeu, l'ignorance et l'oisive vanité ne tardent pas à lever la tête à côté du vrai mérite. Aussi vit-on bientôt à Athènes une secte, appelée du nom de sophistes, s'arroger le monopole de la science et les avantages pécuniaires et honorifiques qui s'y rattachaient.
C'est du moins ainsi que Platon, Xénophon et Aristote nous représentent Protagoras, Gorgias, Prodicus, Hippias et beaucoup d'autres. Ces hommes, dont le principal savoir consistait dans des subtilités sur l'art poétique, sur la rhétorique et la métaphysique, paraissaient avoir été (à en juger d'après les fragments conservés dans Platon, Xénophon et Aristote) complètement étrangers aux sciences d'obsenation.
(l)Dlog.L.,i,l.
Platon ( 420 avant J.-C).
Platon nous a transmis, dans quelques-uns de ses dialogues, et Dotamraent dans le Timéej des notions qui montrent que l'étude de la nature n'était pas entièrement dédaignée par les disciples de TAcadémie, dont Platon était le chef.
Le grand disciple de Socrate admettait une matière première, qui u'était ni le feu, ni Tair, ni Peau, mais qui était capable de revêtir toutes les formes. A cette matière première, nourrîcière de tous les corps, était associé un principe de mouvement q^iest désigné sous des noms différents (1).
(/imme le Timée renferme, en quelque sorte, toutes les con- Qâis^Qces physiques de Técole de Platon, nous allons en donner i^i m résumé succint.
'L'ordre du monde est composé des quatre éléments, pris chatQQdans sa totalité. Dieu a composé le monde de tout le feu, de (oute l'eau, de tout Tair et de toute la terre ; et il n*a laissé en dehors aucune partie ni aucune force de ces éléments, afin que i'aDiroal entier fût aussi parfait que possible, étant composé de parties parfaites (2).
'i Dieu créa quatre ordres d'êtres animés, correspondant aux fjuatre éléments : le premier est l'ordre céleste des dieux, corn- ;^ presque tout entier de feu ; le second comprend les ani- ^uxailésetqui vivent dans l'air, le troisième, ceux qui habitent •tseaux; et le quatrième, ceux qui marchent sur la terre. »
Voici des considérations qui devaient singulièrement nuire à l'iulorité de l'expérience : « De tous les êtres, le seul qui puisse posséder l'intelligence, c'est l'âme; or. Pâme est invisible, tandis l^^lefeu. Pair, l'eau et la terre sont tous des corps visibles.
^àis celui qui aime l'intelligence et la science doit rechercher,
^^me les vraies causes premières, les causes intelligentes, et
^^ire au rang des causes secondaires toutes celles qui sont
^et qui font mouvoir nécessairement (3). »
X Meiners, Geschichte der Wistenschaflen in Griechenland, 2« vol. (i782, •^«l, p. 711.
% œo?res de Platon, trad. par V. Coasin, t. xii, p. 123. % Ibid., p. 147.
9i HISTOIRE I»E LA CHIMIE.
Le passage suivant rappelle la doclrine d'Anaxagore : «Ueaii, en se condensant, se change en pierres et en terre; la terre dissoute et décomposée devient, en s'évaporani, de l'air; Tair enflammé devient du feu; le feu comprimé et éteint redevieol de l'air; à son tour, l'air condensé et épaissi se transforme en nuages et en brouillard ; les nuages, en se condensant encore davantage, se résolvent en eau; Teau se change de nouveau en terre et en pierres : tout cela forme un cercle, dont toutes les parties semblent s'engendrer les unes les autres (1). »
La nature des quatre éléments était expliquée par la doctrine mystique des triangles, dont Platon parle avec beaucoup de réserve, et à laquelle il était interdit d'initier les profanes. « Une base, dont la surface est parfaitement plane, se compose de triangles. Tous les triangles dérivent de deux triangles ; ces deux triangles (désignés dans le texte avec beaucoup d'ambiguïté) sont le triangle isocèle, et le triangle rectangle scalène. Telle est, continue Platon, l'origine que nous assignons au feu et aux trois autres éléments. Quant aux principes de ces triangles euxmêmes. Dieu, qui est au-dessus de nous, et, parmi les hommes, ceux qui sont les amis de Dieu , les connaissent (2). »
Nous avons souvent montré comment l'esprit humain peulatteindre la vérité par une sorte d'inspiration. Le passage suivant en offre un exemple : « L'eau, décomposée (divisée) par le feu, peut devenir un corps de feu ou deux corps d'air. » — L'eau se compose, en effet, de deux espèces d'air (gaz), d'oxygène et d'hydrogène. Ce dernier s'appelait aussi air de feu, — « Quant à l'air, lorsqu'il est décomposé, d'une seule de ses parties peuvent naître deux corps de feu (3). »
a Le cercle de l'univers, qui comprend en soi tous les germes, et qui, par la nature de sa forme sphérique, aspire à se concentrer en lui-même, resserre tous les corps, et ne permet pas qu'aucune place reste vide. C'est pour cela que le feu principalement s'est infiltré dans toutes choses ; ensuite l'air, qui vient après le feu pour la ténuité de ses parties, et les autres corps dans le même ordre.... Outre cela, il faut songer qu'il s'est formé plusieurs espèces de feu : la flamme d'abord, puis ce qui sort de la flamme; enfin, ce qui reste de la flamme, après qu'elle est
(1) Œuvres de Platon, trad. par V. Oousin, t. xii, p. 153. (2; Ibid., p. 162.
(3) Ibid., p. 168.
éteinte, dans les corps enOammés. De m^me aussi il y a dans Tair une partie plus pure, l'éther; une autre plus épaisse , et d'autres espèces sans nom, qui naissent de Tinégalité des triangles (1). »
Platon semble réduire les minéraux à l'élément liquide (eau). fDe toutes les eaux appelées fusibles, celle qui se compose des parties les plus ténues et les plus égales forme ce genre qui ne se divise point en espèces, eb qu'embellit une couleur fauve et brillante, le plus précieux de tous les biens, l'or, dont les parties se réunissent en s'infiltrant à travers la pierre. Une espèce voisine de l'or, très-dure, et dont la couleur est noire, c'est le diamant. Une autre encore, qui se rapproche de l'or pour les parties qui la composent, est une de ces eaux brillantes et condensées qu'on nomme airain (2). »
La division suivante des corps organiques est très-remarquable : elle se rapproche, sous beaucoup de rapports, des types géaéralemcnt adoptés aujourd'hui en chimie végétale. « Les sucs peuvent, dit Platon, être divisés en Quatre espèces principales. La première contient du feu : à cette espèce appartient le vin; à la seconde espèce appartiennent la résine, la poix, la graisse et l'buile; la troisième est celle qui produit la sensation de douceur, et que l'on distingue des autres espèces par le nom de niie1;la quatrième, enfin, comprend les sucs laiteux du pavot,
du figuier, etc. (3). »
Us idées de Platon sur la formation des terres argileuses, du oitre.dasel, etc., sur les sens de l'ouïe, de la vue, sont tellement obscures, qu'il est impossible de les apprécier à leur juste valeur. L'école de.Platon était d'ailleurs bien moins initiée à l'étude de la nature que l'école ionienne.
L*éleclricité était connue dès la plus haute antiquité. Platon Î4 compare à la respiration, ou à un mouvement de contraction et de dilatation, a Quant à la chute de la foudre, dit-il, et aux phénomènes d'attraction qu'on admire dans l'ambre [électron ^ doii le mot électricité) et dans les pierres d'Héracléc, il n'y > dans aucun de ces objets une vertu particulière; mais, comme il n'existe pas de vide, ils agissent les uns sur les autres, chanè^ot entre eux de place^ et sont tous mis en mouvement par
1; ŒoTm de PUtQD, trad. de V. Cousin, I. m, p. 173. IMbid., p. 174.
% ItNd., p. 178
ÎMî IIÎ^T^OIRE DE LA CHIMIE.
MJÎte des dilatations et des contractions qu'ils éprouvent. C'est aussi de la même manière que s'accomplit la respiration [1]. »
Voici comment Platon comprend rexistence et la condition des corps animés au milieu de* agents du monde physique.
« Le semblable se porte vers son semblable '%. Les corps qui nous environnent ne cessent de dissoudre le noire et d'en disperser les parties, en attirant de chacune d'elles ce qui est de même nature; et, au dedans de nous, les parties de notre sang, divisées et réduites, sont obligées, comme tout ce qui est animé sous le ciel, de suivre l'impulsion commune à tout l'univers : tout ce qui est divisé au dedans de nous tend aussitôt vers son semblable, et remplit ainsi ce qui est devenu vide. Quand il s'échappe plus de parties qu'il n'en revient, l'individu dépéril; quand il s'en échappe moins, il augmente (3). »
La plupart de ces idées, aussi belles que vraies, furent reproduites dans le petit traité Sur rame du monde (Timée de Locres), qui passe pour apocryphe. *
On a beaucoup exagéré la valeur de certaines expressions, qui se rencontrent dans le Timée. Ainsi, quelques érudits ont cru reconnaître Toxygène dans l'âme ou la mère du monde. « Cette mère du monde , nous ne l'appellerons ni terre, ni air, ni feu, ni eau; mais nous ne nous tromperons pas en disant que c'est un certain être invisible, incolore, etc. (4). »
D'autres ont voulu voir, dans le passage suivant, une allusion à la doctrine de l'affinité : « Un corps ne peut produire en luimême aucune altération, ni en éprouver aucune de la part d 'un être avec lequel il a une entière ressemblance; au contraire, tant qu'un corps étranger se trouve contenu dans un autre, et combat contre plus fort que soi, il ne cesse d'être attaqué ou dissous (5). »
D'autres, enfin, ont cru, avec plus de raison, entrevoir le germe de la théorie du phlogistique dans le texte que voici : «Lorsque, par l'action du temps, la partie terrestre vient à se dégager des métaux (eaux fusibles), il se produit un corps que l'on appelle la rouille (6). d
(1) Œuvres de Platon, t. \ii, p. 220.
(2) Ces paroles devinrent un des principaux axiomes des akbimistcs.
(3) Ibid., p. 221..
(4)Ibid., p. 156.
(5) Ibîd., p. 169.
(C) Ibid., p. 174.
Ainsi donc, d'après Platon, la rouille (oxyde) se l'orme, non pas parce que le métal absorbe quelque chose, comme la science le démontre aajoiird'hui, mais parce qnUl perd quelque chose. Ce pielque chose est de la terre pour Platon, c'est du feu pour Stahl, auteur de la théorie du phlogistique ; voilà toute la différence. L'an et l'autre s'étaient trompés, parce qu'ils avaient oublié que c'est à l'expérience de décider si une théorie est vraie ou erroDée. C'est la balance et non le raisonnement qu'il aurait fallu ici employer.
Au reste, il est bien difBcile de juger un auteur sur quelques fragments ou sur des lambeaux de texte. Il faut à cet égard beaucoup de circonspection, appuyée d'un savoir solide et indépendant, les doctrines contenues dans le Timée furent reprises et comrmiées plus tard parles philosophes néoplatoniciens; elles passèrent de là dans le domaine des sciences physiques, et par- Mièrement de la chimie, telle du moins qu'elle était cuili- ?ée durant les premiers siècles de l'ère chrétienne, et pendant le moyen âge.
ArUtote (né en 384, mort en 322 avant J. C).
Âristote de Stagire, quoique disciple de Platon, s'éloigna de la philosophie de l'école académique. Autant Platon se complaisait dans la sphère des idées, autant Aristote inclinait vers l'étude de la nature, et en particulier vers celle des animaux et des plantes, qu'Alexandre le Grand pouvait lui expédier du fond de l'Asie, a C'est l'expérience, dit Aristote, qui doit fournir la malière propre à être élaborée et convertie en principes généraux ; car la logique n'est que l'instrument (^p^avov} qui doit fournir la forme de la science, a Malheureusement, les péripatéliciens «Iceux qui invoquaient l'autorité d'Aristote n'étaient pas toujours fidèles à ce sage précepte, auquel , du reste, le maître avait ^•û-méme plus d'une fois dérogé.
Les ouvrages d'Aristote, pour lesauels la critique et la philologie ont encore beaucoup à faire, n'ont qu'un médiocre intérêt pour l'histoire de la chimie. La Physique, les Problèmes et les Météori^giques , ces derniers commentés par Alexandre d'Aphrodisie, contiennent beaucoup de vues générales qui, n'étant
BIST. DR LA CamiE. ^ T. I. 7
98 liTSTOIRE DE LA CHIMIE.
point fondées sur des faits positifs, sont susceptibles de toutes sortes d'interprétation. U n'en est pas de môme des faits que robservation peut vérifier en tout temps; ceux-là, on peut les citer sans s'exposer à des équivoques. Malheureusement, ils sont en petit nombre, malgré l'espèce de culte qu'Aristote professait pour la méthode expérimentale.
Moins habile dialecticien , mais plus naturaliste que Platon , Âristote émit sur la matière et sur le mouvement des idées qui ont fait longtemps autorité dans les écoles, mais qui n'ont pas aujourd'hui une grande valeur scientifique.
Aristote admettait, comme Platon, quatre ou plutôt cinq éléments : deux éléments opposés, la terre et le feu ; deux intermédiaires, Teau et l'air; et un cinquième, l'éther (1), plus mobile que le feu dont le ciel serait formé, et d'où il fait aussi dériver la chaleur des animaux.
Dans plusieurs passages des Météorologiques , il est question de kl vaporisation de l'eau par la chaleur, et de sa condensation par le froid. Ce fait, d'une observation vulgaire, devait naturellement conduire à la découverte d'un des procédés les plus importants de la chimie, la distillation. Si la distillation n'est pas décrite par Aristote en termes aussi explicites qu'on pourrait le désirer, au moins l'est-elle par son commentateur Alexandre d'Aphrodisie, qui vivait environ six cents ans après Aristote (i).
Voici le passage d'Aristote qui devait suggérer à son commentateur l'idée de la distillation :
« L'eau de mer est rendue potable par Févaporation ; le vin et tous les liquides peuvent être soumis au même procédé : après avoir été réduits en vapeurs humides, ils redeviennent liquides (3). »
Ce passage aurait dû conduireà la découverte de l'esprit-de-vin.
Bans un autre endroit (lftf<eoro%.^ lib. i, c. 34), Aristote explique très-bien la formation de la rosée par la condensation des vapeurs d'eau suspendues dans l'air, qui vont se précipiter sur la (erre par Paction do froid. Il ajoute, avec sa sagacité ordinaire, que la neige n'est que de l'eau congelée par un degré de
(1) Ce m«t vient de Ail 6mi, je ciAirs tonjmim.
(2) Compar. ProblenL sect. 23, où il e«t également question de Tenu de mer rendoe potable, et d*ane huile qii^on retirait artificiellement du sel.
(3) Mtleorolog, lib. ii, c. 2. * Ale\andr. Aplirodis., in Meteorohg, comment. IH). n, 15 (iB-4% IMS, Venise).
rpoid plus grand que celui qui est nécessaire pour réduire la vapeur à l*é(at liquide.
K\\\e\irs{lll€i0arolog., lib. ii, c. â), le chef des péripaléticiens explique, aussi bien qu'on le ferait aujourd'hui, à quoi Teau de mer doit son goût amer et salé. « De même que l'eau , dit-il , qu'on filtre à travers des cendres, acquiert un goût désagréable , m<\ l'eau de mer doit sa saveur aux sels qu'elle renferme. L'urine et la sueur doivent également leur saveur à des sels qui restent au fond du vase, après qu'on a évaporé l'eau. »
Nous ignorons si ces faits étaient déjà alors du domaine public, tar Aristote ne s'en attribue pas la découverte. Mais voici une observation d'un grand intérêt pratique, doit ce chef d'école fii certainement l'auteur.
«Lorsqu'on met dans la mer, dit-il, un vase d'argile bien fermé «levâtes parts, on remarque que l'eau, qui y pénétre à travers )^ pores, est de l'eau potable, et aussi pure que si elle avait été ^llté^ et débarrassée de ses parties salines. » (Méteoroiog., lib. it« c.2,sect. 17.)
Un peu plus loin, il fait observer que si les eaux de la mer peuvent porter de plus grands navires que les eaux douces , c'est à cause du sel qu'elles tiennent en dissolution. Et comme preuve il cite l'expérience d'après laquelle un œuf plein, placé à la surface d'une cuvette d'eau douce, tombe au fond, tandis qu'il surnage lorsque l'eau a été préalablement salée.
Aristote divise les eaux en eau stagnante, en eau de puits, en oau de rivière et en eau de mer. Cette division , que l'on pourraitencore admettre aujourd'hui, est, en quelque sorte, justifiée par la diversité des substances que ces eaux renferment.
Il raconte ensuite que dans un certain endroit de l'Ombrte on brûle différentes espèces de joncs, qu'on en fait bouillir les cendres avec de l'eau que l'on évapore ensuite, et qu'enfin il se «dépose, par le refroidissement, une quantité notable de sel que 'îttc l'on recueille (1). — Il parle aussi, des fontaines ou
•onrces, dont les eaux doivent leur saveur et leurs propriétés
^î\ sels qu'elles renferment; et il cite, à cette occasion, les
"tierces acidulés de la Sicile, les sources amères de la Scythio.
Ngnale particulièrement l'alun (cTuiPTTipiot) et la chaux que ces
mx pourraient renfermer.
i'C*e»t ià ta préparation ilusel végétal ou «lu carlMiDale d«* potasse impur.
Le tonnerre ei les éclairs sont, suivant Arislote , produits par des esprits subtils, qui s'enflamment avec bruit, à peu près comme le bois, qui, «n brûlant, fait quelquefois entendre un pétillement. L'éclair, ajoute-t-il, est un esprit incandescent (i).
Nous pourrions faire ici un rapprochement curieux entre les idées d'Arislote et une opinion émise deux mille ans plus tard par un des fondateurs de la chimie moderne , Berthollet , qui soutenait que le tonnerre et l'éclair étaient l'effet de la combustion des gaz hydrogène et oxygène dans les régions supérieures de l'atmosphère (2).
a Le bois, continue Aristote, se compose de terre et d'air; c'est pourquoi le bois est combustible et non liquéûable. Les corps peuvent être divisés en liquéfiables, et en non liquéfiables. Ces effets proviennent des causes contraires ; car tout corps que le froid et le sec coagule est nécessairement liquéfié par le chaud et l'humide... Les corps, que l'eau ne dissout pas, le feu les dissout; et cela' tient à ce que les pores de ces corps sont plus ouverts au feu qu'à l'eau. » {Meteorolog,^ lib. iv, text. 30, Comment. Alex. Aphrod.)
Il esta remarquer qu'Aristote n'emploie qu'un seul et même mot (Tiixs9Ô(xt) pour désigner la dissolution aqueuse et la fusioo (liquéfaction) par le feu. Il considérait la fusion des métaux comme une pénétration des particules du fe4i dans les pores de ces métaux, de même qu'il supposait une pénétration des particules de l'eau dans la dissolution des corps.
Un fait bien observé et nettement formulé par Aristote, c'est celui de l'évaporation de l'eau, proportionnellement à la surface que celle-ci présente. «L'eau que l'on conserve, remarque-l-il, dans une coupe, s'évapore très-lentement, tandis que cette même quantité d'eauversée sur une table s'évapore très-promptement. {Meteorolog., lib. ii, text. 7, Alex. Aphrod.)
Il ne faudrait pas se laisser séduire par le titre d'un traité d'Aristote, qui porte le nom de Physique : on n'y trouve que des conceptions théoriques sur le fini, sur l'infini, sur l'espace, sur le temps, le mouvement, la matière, etc. Ces conceptions ne seraient guère du goût de nos savants; d'ailleurs, elles intéresse-
(1) Fulmen xpirttut accensum. Meteorolog., lib. ii, text. ôO, Comment, Alexaod. Aphrodis.
(2) On sail que ces deux gaz, mêlés dans des proportions convenables, brûlent avec détonation au contact d'une flamme, et donnent ainsi naissance à de l*eau,
PREMIÈKE ÉPOQUE. iOI
raient fort peu Thistoire de la chimie et de la science qu'on appelle aujourd'hui la Physique. Quant aux autres ouvrages d'Âristote (excepté l'Histoire des animaux, les Traités sur la respiration, sur la génération, etc.), ils ne concernent que la philosophie proprement dite.
Théophraste (St& WL^mmt ^.-C.).
Parmi les nombreux disciples d'Aristote, on distingue parlicolièreroent Théophraste d'Kressos, que le maître avait désigné lui-même comme le plus instruit de ses auditeurs^ pour être 'fjn successeur et son héritier.
Ibéophraste est souvent cité comme une autorité par les aristotéliciens. Des nombreux écrits qui portent son nom, plusieurs sont certainement apocryphes; tel esl, entre autres, le Traité «f la pierre philosophais
Dans un petit Traité sur les pierres (1), Théophraste fait mention des charbons fossiles (charbons de terre), qu'il dit pouvoir servir aux mômes usages que les charbons de bois. « On en trouve, ajoute-t-il, mêlés avec du succin, dans la Ligurie eldans Itlide; les fondeurs et les forgerons en font une grande consommation. » — Ainsi, l'emploi du charbon de terre, dans les travaux métallurgiques, remonte à une assez haute antiquité.
« Pour tailler et polir les pierres précieuses, on se .<ert, dit Théophraste, du fer. » L'auteur remarque ensuite que l'on ob- Heni un verre coloré en faisant fondre du cuivre avec des substances qui donnent le verre ordinaire.
il sait aussi que l'orpiment et la sandaraque (2) se rencontrent <iaos les mines d'argent, et quelquefois môme dans les mines 4c cuivre, mais qu'alors ils sont accompagnés d'ocre, de chry- ^halque et d'azur (3) ; il ajoute qu'en brûlant l'ocre, on obtient ^J rouge artificiel (colcothar), et qu'il faut distinguer l'azur
idtarei de l'azur artificiel, qui se fabrique particulièrement en
%pte.
M Ilcpi Xtikiiv. Paru, 1574. (trad. lat. àe. Turnèbe).
'2j Sotrores d'arteuic. Théophrasia est Tauteur le plus aocien qoi fasse mention de ces sabsUnces arseBîcales.
'.3) ^rite et cartmoate de coi?re.
lOâ HISTOIAE DE LA CHIMIE.
Théophraste donne le moyen de préparer du minium, de b céruse et du vert-de-gris, à peu près comme l'ont plus lard indiqué Vitruve et Pline.
Le Traité du feu (i) renferme des discussions subtiles sur le froid et l'humide, sur la chaleur et la sécheresse, empruntées la plupart à la doctrine d'Arislole. On y trouve cependant un passage du plus haut intérêt, dont voici la traduction littérale : «// n'est pas irrationnel de croire que la flamme est entretenue par un souffle ou corph aériforme (^2). )> — Il fallut plus de deux mille ans de recherches et de tâtonnements pour arriver à la démonstration expérimentale de ce grand fait.
L'auteur ajoute qu'il donnera ailleurs plus de détails sur« tout cela. Mais, comme il ne revient nulle part sur ce même sujet, il faut croire, ou qu'il oublia sa promesse, ou que son ouvrage a été perdu.
C'était une opinion généralement répandue, et que nous retrouverons à l'occasion du feu grégeois, que la poix enflammée ne peut pas être éteinte parl'eau, mais qu'il faut employer à cet effet l'huile et le vinaigre ( Traité dufeu^ de Théophraste).
A propos des substances aromatiques et des huiles essentielles, Théophraste remarque avec justesse que l'odeur est due à la volatilité des corps (3) ; qu'il n'y a que les corps composés qui affectent l'odorat, et que les corps simples sont inodores (rà àiùM aoafAa) (4)..
L'air joue, suivant Théophraste, un rôle important dans le développement des plantes; à l'influence de l'air il faut encore ajouter celle du terrain, a L'air, dit-il, et les localités influent puissamment sur les différentes qualités des plantes (.5). »
S'il est vrai que beaucoup de ces écrits, attribués à Théophraste^ sont supposés et d'une origine plus récente, il faut néanmoins reconnaître que le style en est assez pur, et qu'il ne ressemble pas au grec des écrivains de l'école d'Alexandrie.
Après Pythagore, Déroocrite, Platon et Aristote, l'esprit humain semblait las d'enfanter de nouvelles doctrines. On ne son-
(1) eeoçpdffTov Tiepl «vpo;. Pari», 1567, in-i**; éd. Turnèlie.
(2) ToÙTo (Uv oOv oOx ôv ÂXoYftK dô^etc cMvtpytXw TrvtO{Aa ti. Il)i(1. (S) Ta Yttp TYJc 6a(L^ év àvanvo^. Ibid.
(4) Traclaf. irepè &a(tâv( ite Odoribns), <^d. TiirnèlK». Lnlet. Iôà6, ill-4^
(5) Atà TÔv dÉpa xoit &7cXâ>c tôicovi;. De Causis planiorunu Paris, 15&0, in-r.
geait plus qu'à emprunter ou à commenter. La théorie des atonies et des subtiles émanations des corps, Épicure ( né en :i37, mort en 270) l'avait empruntée à Démocrite. La doctrine du feu universel, ou de l'Âme du monde (iwsûfxa et loyoç), de l'école ionienne, servit de base à la physique de Zenon, Andronicus de Khodes, Cratippe, Thémistius, Simplicius et Alexandre d'Aphrodise commentèrent habilement et propagèrent les doctrines» d'Aristote, tandis que les idées de Pythagore et de Platon, enveloppées déformes mystiques, avaient trouvé des disciples enthousiastes dans ApoUe^irius de Tyane, dans Nicomaque de Gerasa, dans Plutarque, et, plus tard, dans Numenius, Plotin, Porphyre, Jamblii^ue et Proclus.
Plus enclins à la pratique qu'aux théories abstraites de la science, les Romains montrèrent plus de goiVt pour la philosophie du Portique et d'Épicure que pour celle de Platon et d'Aristote. Les systèmes de la philosophie grecque ne furent guère connus à Rome qu'après la conquête de la Grèce. Cicéron, Lucrèce et Sénèque contribuèrent particulièrement à en répandre la connaissance. C'est ainsi que la Grèce conquit Rome.
Il^amé des t^Bdances de la phlloeophle ancieMie»
£n examinant attentivement les différentes théories, enfantées parle génie de l'homme pour expliquer les phénomènes de la oalure, on s'étonne de cette puissance généralLsatrice qui, par l'énoncé de quelques propositions, tend à embrai>ser tous les fiitç particuliers; on se demande si tous ces systèmes, consignés dans les annales de la philosophie, ne sont que le produit d'une imagination exaltée en présence des richesses de la nature, ou s'ils sont le fruit d'une étude consciencieuse des faits.
Cette question, si importante sous tous les rapports, est malheureusement très-difHcilc à résoudre.
Quelques-unes des théories que nous venons dépasser en revue sont évidemment entachées d'erreur. Mais il y en a d'autres qui restent inattaquables : l'expérience des âges postérieurs est venue les conflrnier. Que l'on se rappelle seulement le rôle que l'école ionienne faisait jouera l'air, ou plutôt aune portion àf" l'air. Véritable âme du monde physique, l'air devait vivifier
tous les êtres et entretenir l'action da feu, sans lequel l'univers serait plongé dans le froid de la niort.
Les doctrines de Thaïes, d'Anaximène, d'Heraclite, de Démocrite, d'Anaxagore, etc., si on les juge au point de vue de la science actuelle, laissent sans doute beaucoup à désirer; mais, il faut le reconnaître, elles sont toutes frappées au coin de Toriginalité, elles nous étonnent par leur hardiesse.
Ces philosophes ne nous auraient-ils légué que les lois et les peints culminants de la science, sans avoir daigné décrire les faits qui devaient les y conduire? Auriuent-ils suivi le procédé de certains philosophes de nos jours, qui donnent à leurs systèmes le titre de philosophie de la nature, après avoir mis en avant çà et là quelques données expérimentales, dont ils s'exagèrent ensuite la valeur?
Deux faits pourraient répondre afûrmativement à ces questions : io Les systèmes de philosophie actuels, ayant pour point de départ quelques faits d'observation empruntés aux sciences, ont tous la plus grande analogie avec les systèmes de la philosophie grecque, surtout avec ceux qui sont antérieurs à Platon et à Aristote.
2* Presque tous les auteurs de ces systèmes, Thaïes , Démocrite, Pylhagore, étaient initiés à la science des prêtres de TÉgypte. Or, c'est dans les temples de Memphis, de Thèbes et d'Héliopolis qu'était pratiqué l'ar^ sacré y qui, comme nous le montrerons, n'était autre chose que la chimie expérimentale, enveloppée de symboles et de dogmes religieux. L'art sacré, dont il n'est fait nulle part mention chez les auteurs antérieurs au troisième siècle de l'ère chrétienne, apparaît à l'époque de la grande lutte qui éclata entre le paganisme et la religion chrétienne, c'est-à-dire à l'époque où tous les mystères, si longtemps dérobés à la coimaissance du profane, furent mis en discussion et exposés aux regards du vulfçaire. Dans ce combat à mort, où deux religions, l'une vieille et décrépite, l'autre jeune et pleine de vie, absorbaient l'attention du monde, il fallait, de toute nécessité, montrer et mesurer les armes avec lesquelles elles allaient se combattre.
Ajoutons que les systèmes des anciens philosophes ne nous sont pai venus que tronqués, et que les ouvrages dans lesquels ces systèmes étaient exposés avec les faits d'obser\*atîon qui leur avaient probablement servi de base, ont, pour la plupart, en-
entièrement péri. En effet, nous ne connaissons les philosophes antérieurs à Platon ;et à Âristote que par des fragments et des citations incomplètes, disséminées dans les écrits d'Aristote, de Cicéron, de Plutarque, de Sextus TEmpirique, d'Origène, de Porphyre, etc.
Enfin, si, dans les doctrines auxquelles Heraclite, Démocrite, Platon, etc., ont attaché leurs noms, nous n'avons vu que des généralités, voyons maintenant si, dans les ateliers du forgeron, du métallurgiste, du vitrier, du peintre, dans les arts que l'on pratiquait en Grèce et dans l'empire romain, nous ne retrouverons pas presque tous les éléments, d^me science qui devait bientôt recevoir un nom.
La philosophie ancienne, la science des Grecs, était une syn- 4èse prématurée.
PARTIK PRATiaïK.
Métallnriirle* ^- AlUttgem*
A l'exemple de tous les peuples anciens , les Grecs font remonter aux temps mythologiques la découverte de l'art de tra- .vailler les métaux. On admet généralement que les Grecs ont emprunté la plupart de leurs connaissances techniques aux peuples de l'Orient, et principalement aux Égyptiens ; de même que plus tard les Romains empruntèrent ces connaissances aux Grecs. Cadmus, dont le nom indique une origine sémitique (1), passe, d'après leç traditions antiques, pour avoir le premier enseigné aux Grecs Textraction des métaux et l'art de les travailler (2). Le nom de cac^mtV? (minerai de zinc) rappelle encore aujourd'hui celui de Gadmus.
Après Tor et l'argent, on savait dès la plus haute antiquité travailler le cuivre et ses alliages. Vœs, le x^Xxoç, que Ton traduit par airain, était, comme nous l'avons dit, employé encore à l'époque de la guerre de Troie (900 à 4000 ans avant J.-G.), pour la fabrication des armes, des outils d'art (3), des haches, des piques de lances, et de tous les instruments du forgeron (4).
Il règne une grande confusion à l'égard des noms tels que œs, x°^\yi6<it aurichalcum, nrnJ [nekhocheth], que l'on traduit indifféremment par airain, cuivre , bronze, laiton. Pour cotn* prendre cette confusion, il faut se rappeler que les noms des substances étaient primitivement fondés sur l'aspect extérieur, et sur des propriétés physiques, souvent très-accidentelles; de sorte que des substances, très-différentes les unes des autres par leur composition, pouvaient être considérées comme identiques. C'est ainsi qu'un verre coloré par un oxyde métallique passait
(1) Q7p {Kadm ou Kedem) signifie du côté df. VOrient.
(2) Hérod., VII, 6 ei 12. — Pline, vu, HUt. nat.bl \ Clément d* Alex., Strom. i-
(3) Hum., Iliad.y xxiii, v. 118 et 826; Odysê., m, T. 43J ; v, t. 24).
(4) Hom., Odyss., y, 24* ; tii,-432.
pour une véritable pierre précieuse, et que la baryte , la stron- (jane et la magnésie étaient , pendant des siècles, confouduesavec la chaux. A la rigueur on pouvait parvenir à distinguer l'argile lâlumine) de la chaux par le simple toucher ou par le contact de la langue (l'argile seule happe à la langue). Il était encore faelle de s'assurer que l'une et l'autre terre ne donnaient pas le même résultat par l'action du feu. Mais il fallait des moyens chimiques pour distinguer la baryte de la strontiane, celle-ci de la chaux, la soude de la potasse, etc. Cette remarque s'applique aussi à la dénomination générique d'œs ou de x"^^^> 4^' ^^^i~ gne tantôt un alliage de cuivre et de zinc, tantôt un alliage de cuivre et d'étain en proportions variables, tantôt enfin le duivre {proprement dit.
Voyons si ce que nous venons de dire se conOrme par le téimignage même des anciens.
Lorsque Ton calcine dans un fourneau certains minerais de cQivre et de fer, assez abondamment répandus dans la nature, il se forme, sur les parois de la cheminée, des dépôts grisâtres, quelquefois en quantités tellement considérables qu'ils finiraient par obstruer le fourneau, si on n'avait pas soin de les détacher de temps en temps avec des ringards. Ces dépôts (oxyde de zinc impur), qui portent le nom de cadmies, sont connus depuis fort looglemps. La cadmie provenant des fourneaux de Tile de Chypre passait pour la meilleure (i).
Les Grecs et les Romains connaissaient également la calamine, qu'ils appelaient cadmie naturelle.
» La cadmie, disent Dioscori^e et Pline (2), est un produit qui
"^ sublime par l'action combinée du soufflet et de la flamme, et
qui. en raison de sa légèreté, s'attache aux parois des fourneaux.
^ll^* qui se trouve à l'ouverture supérieure de la cheminée s'ap-
P^lie eapnitis (de xaicvo^, vapeur),- à cause de sa grande légèreté ;
'elle qui est attachée à la partie moyenne du fourneau se nomme
^ryti$ (de ^puç, grappe), pour rappeler la forme sous laquelle
«^lle se présente; elle est plus lourde que la précédente et plus
^ère que la troisième espèce, appelée plakitis (de ttlél, croûte),
(Ri adhère k la partie inférieure des parois de la chemi-
l Pline, Hîst. nat.^ \\\\\, 22 (édit. de la ( oUeclion d« Lemaire). îj Dio»€orM., àtat.tned.f ▼. S4. V\ine, HùH. nat,, xxxivi, 22. Ce fws- ^ «^e rime e^t, pour ainni dire, la reproiiiiction littérale de celui de Dioscorid^-
née ; c'est un corps poreux comme la pierre ponce. Celte dernière espèce porte le nom &onykitis lorsqu'elle est bleue au dehors, et qu'elle offre intérieurement les taches de Tonyx ; elle se nomme ostrakitis lorsqu'elle est d'un aspect uoir et sale. »
Ces distinctions, fondées en réalité, mais que nous trouverions aujourd'hui insignifiantes, avaient anciennement une grande valeur. Ainsi, la cadmie hotrytis était uniquement réservée au traitement des maladies de l'œil. L'espèce, appelée plahitis^ était exclusivement employée contre les maladies de la peau, et comme un moyen de faciliter la cicatrisation des plaies (i).
On se servait de la cadmie, non-seulement pour des usages médicinaux, mais encore, et c'est là ce qu'il importe de noter, pour la fabrication de Vairain (ses, y^Xx^)' En voici la preuve :
Pline dit {Hist. fiât. y xxxiv, 22) : a La pierre dont on fait l'airain, et qui est utile aux fondeurs, se nomme cadmie. » — C'était la cadmie naturelle ou la calamine. Le même auteur rema^ que ensuite que la cadmie qui se dépose sur les parois des cheminées [cadmie artificielle) peut également servir à la fabrication de l'airain, mais qu'on l'emploie plus particulièrement en médecine.
D'un autre côté, Dioscoride ( Mat, med,, v, 84) nous donne eo quelque sorte l'analyse de l'airain, en affirmant que la cadmie se produit pendant la calcination de l'airain, qu'elle s'attache sur les parois de la cheminée, etc. En effet, le zinc, étant volatil, devait, parl'actiondelachaleur, se séparer du cuivre, qui est fixe.
Ainsi, il demeure bien établi que les anciens faisaient de Vairain avec du cuivre et du zinc; leur airain était donc une espèce de laiton. Mais on se demande alors comment ils appe- ' laient le cuivre? Eh bien! ils l'appelaient également otram (aes). | « L'airain, dit Pline, se retire aussi d'une autre pierre, appelée ckalkitis ( pyrite de cuivre) , qu'on rencontre dans l'Ile de Chypre (2). Mais Vauriehalque , ajoute-t-il, obtint bientôt, par sa beauté, tous les suffrages, et remplaça généralement l'airain de Chypre.» Cet airain de Chypre, que Pline appelle ailleurs (3) eypriumj d'où vint plus tard le nom dectiprtim, cuivre^ était employé pour la coloration des verres. C'est avec ce môme cuivre que
(I); Pline, Hist, nat., xxxiv, Î3.
(2) ffitt. nat., XXXIV, 2.
(3) IbW., XXXVI, 28.
PREMliftE ÉPOQUE. 109
l'on imitait sur les statues la couleur rouge des robes prétextes (i ) . Le nom de eyprium ou à*xê cyprium (airain de Chypre) ne parait avoir définitivement fait place à celui de ouprum (de Kuicpoc, Chypre) que vers la fin du troisième siècle de notre ère (2).
Maintenant , qu'était-ce que Vaurichalque ou orichalgue dont parle déjà Platon (3) , et que les anciens estimaient, à cause de sa beauté, au-dessus de l'airain de Chypre, ou du cuivre (4)? La réponse^ nous la trouvons dans Festus qui dit : « Pour faire de Ytturiel(alquey on projette de la cadmie sur de V airain (cuivre) (5). »
Ainsi, l'aurichalque était aussi .une espèce de laiton ou de cuivre jaune.
Passons à une autre signification du mot xs. a L'airain {œs) qui sert, dit Pline, à faire des statues ou des tables, se fait en ajoutant douze livres et demie de plomb argentaire {plumhum argentarium) à cent livres de cuivre en fusion (6). »
Or, le plomb argentaire est, non pas du plomb contenant de l'argent, mais un alliage de plomb et d'étain. Car Pline lui-même remarque, un peu plus loin, que Ton sophistique Tétain {plumbm album) en faisant fondre ensemble parties égales d'étain et de plomb, et que Ton appelle cet alliage plomb argentaire (7). - Le plomb argentaire était donc un alliage assez semblable à Vaitiage connu aujourd'hui 30us le nom de soudure des plombiers. lle&t probable que, dans beaucoup de cas', le plomb argentaire éUit réellement de Tétain; car on n'avait alors aucun moyen de distinguer chimiquement ce métal de ses alliages.
ulleidste, continue Pline, une autre espèce d'airain (œs) appelée airain de forme (formalis temperatura œris)^ qui prend facilement la couleur qu'on appelle grécanique ; cette espèce d'airain est un alliage de 100 parties de cuivre, de 10 parties de plomb, et de 5 parties de plomb argentaire (8) ». — C'était là notre bronze ordinaire.
1^ Pline., miiv, 20.
'X, Spartieii (qui ▼ivait vers 290) dil, daiu la Vie de Caracalla : Cancelli ex *re tel cupro.
f3) CrUiat, Dtalog.
X Pluile,iii ilfi/t<.,act. s, M. I, V. 64 : Cède tresmihi homine» aurichalco courra, cum i4/li mori^iu.
'3; Cadwua terra in xi eonjîcitWf ut fiât aurichalcum,
'«) Hist. nat., xxxiv, 20.
(') Ibid., ixxiY, 48. — Hoc argentarium scplambum appellant.
l») Hut. nat,, xx&iv, 20.
110 UrSTOIRE BE LÀ CHIMIE.
Enfin Vairain de Corinthe, si célèbre dans toute l'antiquittN et que l'on estimait au poids de l'or, était un alliage de cuivre, d'or et d'argent, composition indiquée par Pline (I).
En résumé, les Grecs et les Romains connaissaient les différents alliage de cuivre, de zinc, de plomb et d'étain.liCs mots œs et '/jathioç signifient tantôt laiton, tantôt bronze, et môme quelquefois cviVr^. L'aurichalque, qui veut dire or-cuivre, paraît avoir été le môme alliage que celui qui est connu aujourd'hui sous le nom de chrysochalque ou chrysocale (or-cuivre).
Nous avons vu plus haut# que l'airain servait autrefois à peu près aux mômes usages qu'aujourd'hui le fer ou l'acier. Il faut donc admettre que l'on connaissait aussi ia trempe du bronze, comme nous l'apprennent en effet les commentateurs grecs d'Hésiode et d'Homère , Proclus et Eustathe. Pour la culture des terres, dit Proclus, les anciens se servaient du cuivre, comme on emploie aujourd'hui le fer; mais, le cuivre étant mou de sa nature, ils le durcissaient par une sorte de trempe (5w tivoç
pscp7;ç ffTep^oiroiouVTCç (2).
Eustathe confirme le témoignagne de Proclus, en disant que l'on trempait l'airain lorsqu'on voulait s'en servir au lieu du fer (3).
Forest, dans son Voyage à la Nouvelle- Guinée, rapporte que les habitanls delà côte occidentale de cette contrée sont armés de zagaies, d'arcs, de flèches, et même d'épées de cuivre (bronze), et que le fer leur paraît inconnu (4).
G. Pearson, ayant analysé des hallebardes et d'autres instruments tranchants d'origine celtique, les a trouvés composés d'un alliage dans lequel l'étain entrait de 10 à i4 pour 100 (5).
D'autre part , il résulte des expériences de Darcet : !• que le bronze rougi au feu et plongé dans l'eau froide est amolli d'une manière très-sensible, ce qui permet, de le travailler sur le tour, de réparer à l'outil l'irrégularité des pièces moulées , de Tétendre sous le marteau, enfin de le dresser avec la lime et de le polir avec la pierre, qui est une espèce de sléatite ; 2? que le
(1) Hist P(af., XXXIV, 3.
(2) Comment, ad vers. Heslod.^ Opéra et dèet, 14).
(3) Toû xa^xoO, 6inr|VÎxav cl; ai^ij/^j xp^^s^^i i^émêxo. Comment, ail vers. U?, tiv. I, Iliad.
(5) Annales de chimie, xxiit, 150.
PREMIÈRE ÉPOQUE. JIJ
bronze, chauffé au rouge et refroidi dans Tair, devient dur, mais aigre et cassant.
Les ouvriers terminaient probablement leur opération en chauffant de nouveau les pièces de bronze amollies par Timnier- )ion; et, en les laissant refroidir dans l'air, ils leur donnaient un certain degré de dureté. C'est par ce second procédé, le refroidissement dans l'air, qu'ils parvenaient à rendre tranchants les épées et les couteaux de bronze (i). — Voilà comment les peuples primitifs étaient parvenus à faire servir le bronze aux usages auxquels nous employons le fer, métal dont l'apparition «iénote déjà un degré de civilisation plus avancé.
Mf talliii*||>ie. ^- Exploitation de» mines.
Dans toute l'étendue de l'empire romain , les mines étaient exploitées par des fermiers de l'État (publicani), qui, réunissant en iuminan leurs capitaux, appelaient à leur aide des hommes spéciaux, des inspecteurs ou des ingénieurs des mines (â). Ceux-ci tra^^aientaux mineurs la voie qu'ils devaient suivre, et indiquaient les filons à exploiter. Les ouvriers occupés au travail des mines tUteot des esclaves ou des repris de justice, que les chefs meuieotà coups de fouet (3). Le nombre de ces malheureux devait «^(rp très-considérable ; car Pline rappelle une loi censorienne qoi défendait d'occuper plus de cinq mille esclaves pour le ser- ^iee des mines; c'est ce nombre que les fermiers de l'État employaient dans un seul petit canton du territoire de Verceil (4). Cette loi peut nous donner en même temps la mesure de l'importance de cette branche d'industrie chez les Romains. Les iDioes des Gaules et de l'Espagne étaient particulièrement le but dt leurs entreprises. Excités par l'espoir d'une fortune rapide, les (itojens romains y accouraient en foule, à peu près comme '''ize siècles plus tard, par une singularité du destin, les descendants des.Ibères allaient à leur tour se rendre en Amérique, -lires par la soif de l'or.
M; Sléoi. de I'AcmL àtei în>cript., vol. viii (IH^T).
'h 'Eçempcort; tsT; (UTa>JuxaZc ipYCtfîau;* Diodore de Sicile, v. 30.
3) Diorfore de Sicile, ibid.
'•; Bi$i. nat.f xwut, 2i.
La condamnation aux travaux des mines équivalait à un arrêt de mort ; car on n'ignorait pas que ces travaux devaient, dans un bref délai, mettre un terme à la vie (1).
On savait qu'il existait, dans les souterrains, des airs irrespirables, qui éteignent les lampes en même temps que la vie de l'ouvrier mineur; on connaissait ces mofettes qu'on attribuait. au moyen âge , à l'influence des démons. On cherchait à eo prévenir les effets par des courants d'air, par des espèces de ventilateurs établis dans les ruelles souterraines.
Pline a tracé un tableau éloquent de ce genre de travail, auquel les Romains paraissent avoir été de bonne heure initiés {%.
a On creuse, dit-il, sous les montagnes, des espaces immenses éclairés par la lumière des lampes. Les jours et les nuits se con* fondent; car on n'aperçoit la lumière du soleil qu'au bout de plusieurs mois. Ces mines portent le nom d^arrugies (3). Qu'^rrive-t-il? Les ruelles, pratiquées sous terre, s'abîment loutà coup sur ceux qui les construisent. Et les voilà de nouveau occupés à reconstruire des voûtes pour soutenir des montagnes près de s'écrouler. Dams tout ce travail , on rencontre des carrières de silex. On les fait éclater par le feu et le vinaigre. Mais comme les mineurs seraient suffoqués par la vapeur et la fuoiée, on brise la roche à coups de marteau, et on la réduit en fn|(ments d'environ cent cinquante livres, que les ouvriers chargent. jour et nuit, sur les épaules, et se les passant de proche en proche à travers les ténèbres; car ceux qui occupent l'entrée de la mine voient seuls le jour. Si la roche de silex a trop d'épaisseur, on creuse tout autour un corridor en pente. Toutefois le silex passe pour être plus facile à percer qu'une certaine terre composée d'une espèce d'argile et de gravier, qu'il est presque impossible d'entamer (4). On l'attaque avec des coins de fer et des maillets.
(1) su. Kalicufl, lib. i, t. 231. « L'avare Asturieu, après avoir déchiré les enrailles de la terre, s'y enfonce profondénienl, et n'en soit qu*aTec un visage pâle et liTide, dont la couleur le dispute à celle de l'or qo'il rapporte de ces goufTres ténébreun . »
(2) Pline, Mis t. nat., xxxiii, 21.
(3) ArrugiXt de ruga, ride, sillon, ruelle. On dit eneore aujourdliui Us rua d'une mine.
(4) Ibid. Terra ex quodam argUlx génère^ glarÎBX mixta ^ prope ines* pugnabUis. — On se tromperait étrangement si l'on voulait toujours prendre les mots silex, argilla, calx, etc., dans le sens qu'ils ont aojourd*bui. Ces mot« avaient, ches les anciens , une signifiGation très-vague, et qui ne s'appliquait çài
PREMIÈRE EPOQUE. ii3
RieD n'est plus dur, si ce a* est la soif de Tor, qui est plus dure encoTe(auri famesduri6siina),Le travail étant achevé, on coupe le soutènement des voûtes : lachute prochaine s'annonce par un signe qu'aperçoit seul celui qui fait sentinelle au sommet de la monlagoe. Il crie et frappe aussitôt, pour faire retirer tous les travailleurs; lui-même fuit en toute hâte. La montagne brisée tombe et se disperse en mille éclats, avec un fracas qu'aucune expression ne saurait rendre. Les mineurs, victorieux, contemplent avec satisfaction la nature qui s'écroule. Cependant ce n'est peutêtre pas encore là de l'or, et ils ont fait tous ces travaux sans être sûrs d'en rencontrer. »
Le même écrivain résume par ces mots toutes les opérations du métallurgiste : «Le minerai {quod effusum est) est bocardé {lundiiur)y lavé, moulu, chauffé et forgé. »
Voici comment Diodore de Sicile s'exprime, d'après Agatharchide, sur la manière dont les mines d'or étaient exploitées en Egypte :
«Les contrées de l'Egypte voisines de l'Ethiopie et de l'Arabie sont riches en mines d'or, dont l'exploitation coûte beaucoup de travail et de dépenses. C'est un minerai noir, marqué déveines blanches et de taches resplendissantes. Les chefs de l'entreprise emploient un très-grand nombre d'ouvriers, qui "«nt tous ou des criminels condamnés, ou des prisonniers de guerre; on y appelle même tous les parents des condamnés, lorsque le nombre des ouvriers est insuffisant. Us travaillent jour et uuit, sans relâche , et sous la surveillance de soldats barbares, parlant des langues différentes de celles des mineurs, afin qu'ils nepuissent être gagnés ni par des promesses ni par des prières. — Celui qui distingue les veines d'or se place à la tête des ouvriers, et icur désigne l'endroit à fouille/. Les rochers sont brisés, non par les moyens de l'art, mai^par des coins de fer. Les mineurs suivent, dans leurs travaux, la direction des filons métalliques, et ^nl éclairés par des lumières dans les souterrains obscurs. Les roches sont amenées au dehors, pilées, et réduites en petits morceaux.
« Jamais les ouvriers ne chôment ; on les excite sans cesse au
loajoure aux mêmes objets. Ainsi, le silex de Piine, que l'on aUaqunit avec du viuigre, n*éUit pas de la silice, qui est complètement inattaquable par cet acide, laait c'était probablement une roc^^e calcaire, de la chaux carbonatée; cl la terre qo*U appelle inexptignnhle é\^\i une rocAe «t/tceuse ou granitique.
niST. oc LA cnmiiî. — t. i. 8
travail par de mauvais traitements et par des coups de fouet. Les enfants mêmes ne sont pas ménagés : les uns sont chargés d'apporter les blocs de pierre, les autres de les briser en morceaux. Ces morceaux sont repris par des ouvriers plus âgés (ayant plus de trente ans), pour qu'ils les pilent dans des mortiers de fer. Les fragments, ainsi piles, sont ensuite moulus dans des moulins à bras, qu'on fait tourner par des femmes et des vieillards. 11 y en a deux ou trois pour chaque moulin. II est impossible de décrire les souffrances de ces malheureux : exposés tout nus au froid et à la pluie, on ne leur laisse aucun repos ; il n'y a aucun sentiment de commisération, ni pour la femme débile, ni pour le vieillard sur le bord du tombeau; il n'y a aucun égard pour le malade en proie au frisson de la fièvre ; on les frappe tous indistinctement à coups redoublés, jusqu'à ce qu'ils expirent à la peine, sur le lieu même de leur travail. »
Détournons les yeux de cet horrible tableau : il fait honte à l'humanité , et ne rappelle malheureusement que trop la conduite tenue plus tard par les Espagnols dans le Nouveau Monde, et toujours pour ce même métal.
Enfin Diodore ajoute que ce procédé est très-ancien, et qu'il a été inventé par les premiers rois d'Egypte (i).
Après avoir ainsi réduit la mine en poudre, on rétendait sur des > planches larges et un peu inclinées ; on y faisait ensuite arriver un
courant d'eau, destiné à entraîner les matières terreuses et à séparer l'or arrêté par son poids. Les ouvriers employés à ce travail répétaient plusieurs fois cette opération; ils frottaient pendant quelque temps la matière entre leurs mains, puis ils l'essuyaient avec de petites éponges, pour achever d'enlever les impuretés que l'eau seule n'aurait pu entraîner. Par ce moyen la poudre d'or devenait nette et brillante (2).
Ainsi l'extraction de l'or était fgndéé sur le procédé de lavage que l'on emploie encore aujourd'hui.
L'extraction de l'argent (natif) était basée sur la môme méthode.
Les auteurs grecs et latins ne nous ont laissé aucun détail
(1) Diodore de Sicile, iv, 11 et la (t. i» p. 19S de notre traduction, 2« é<iit«) Comp. Plini^, xYxiii, ai.
(2) Hippocrate avait déjà connainMnce, pln^ieor* siôc!e< avant Diodorf, ^ 0 ^ prorédé» de lavage emplo)^* en Egypte. HIppocrale, rfe l'irt. rrrl., i : x&uaCov
épY^ovtai, xôwTOU^, tiXûvovai, Tf,xovit itupi.
PREMIÈRF ÉPOOt'E. 115
précis sur Texploitation des minerais de fer, de cuivre, de plomb
et d'étaio.
Alllmf«0 d^or» d^ai^eiit et de evlTre* — Moyens de parideatloii* ^- OovpeUatlon*
Les anciens savaient que Por et l'argent ne se rencontrent que rarement dans la nature à Tétat de pureté. L'or natif contient presque toujours une certaine quantité d'argent. L'or pur était appelé y^^ah^ «irupoç, or sans feu, c'est-à-dire or qui n'a pas besoin de passer par le feu pour être pur. On trouve en Aribie, dit Diodore , des morceaux d'or apyre, d'une belle coulearde flamme et de la grosseur d'une châtaigne (i).
Ce qu'il y a de remarquable, c'est que, comme nous, ils employaient le plomb pour purifier ou affiner ces métaux. C'est d'êux-mômes que nous le savons.
a Les fondeurs, dit Agatharchide, après avoir reçu , au poids et à la mesure, une certaine quantité de minerai d'or, le dépo* sent dans un vase de terre; ils y ajoutent du plomb proportionnellement à la quantité d'or (2), avec une addition de sel, d'un peu d'étain et de son d'orge ; ensuite ils recouvrent le creuset d'un couvercle qu'ils lutent exactement ; enfin, ils exposent le creuset à un feu de fourneau pendant cinq jours et cinq nuits, sans discontinuer. Après ce laps de temps, ils laissent refroidir la matière. Alors on voit apparaître l'or très-pur, et sans la moindre trace des substances étrangères qu'on y avait ajoutées. Le métal a P^rdu un peu de son poids (3). n
Cette opération était une véritable coupellation : tous les éléments du procédé s'y retrouvent, sauf l'étain et les grains d'orge, ioQl nous ne voyons pas trop aujourd'hui la nécessité.
Ce qui doit surtout fixer notre attention, c'estle soin qu'on avait <léjà alors de proportionner la quantité de plomb à celle de l'or ^W s'agissait de purifier. N'était-ce pas là un procédé d'tnguar- ^iiml L'orge, qui, comme toute matière riche en carbone, a la
(I) Diodore de Sicile, m, 13 ( t f, p. 195 de notre traduction). (DMi^ovtcc 3è xatà tàicÀfjOoc âvsXotov (&oXuS9ou. Diodore, m, 13 (t. ii p. 20& ^l'editioo bipontioe).
(3) Oii-pj; ènov«i«; Ye"if£vr,piivTi;. Ibîd.
propriété de revivifier les métaux en les désoxydaot, était sans doule employée comme l'emblème de la purification et de la résurrection. On sait combien l'influence des dogmes religieux était grande dans l'antiquité. Le sel , comme Torge , avait une valeur symbolique.
L'or, ainsi purifié, s'appelait or obryze (aurum obryzum), c*es^ à-dire de l'or plusieurs fois passé au creuset (1). L'opération elle-même s'appelait obrussa (2), que nous pourrions traduire par coupellalion, Suétone raconte, dans la vie de Néron^ que cet empereur exigeait que les ittipôts lui fussent payés en or a qui eût passé par l'épreuve de Tobrusse » : exigit aurutn ad obrussam. Pline lui-même nous apprend d'ailleurs que l'essai de l'or pnr le feu s'appelle obrussa.
L'opération de Vobrusse paraît être assez ancienne; car HéroôoUi parle déjà (3) d'or calciné, par opposition à l'or blanc, qui était un alliage d'or et d'argent, appelé electrum (4).
Velectrum (ïjXêXTpov) signifie, chez les anciens, deux choses bien difl'érentes : d'abord l'électrum proprement dit, c'est-à-dire Vambre jaune ou le succin, qui est une substance organique (espèce de résine fossile); en second lieu, un alliage d'or et d'argent, comme nous l'apprend Pausanias (lib. i) : olXXo viXsxTpov, àvo(^ue{AtYfjL£V(K l(rr\v àp^upc}) xp^^^ç, « il existe un autre electrum, qui est un alliage d'or et d'argent. x> Comp. Pline, xxxiii,23 : o Tout or est allié d'argent; la proportion seule varie : c'est quelquefois la dixième, la neuvième, la huitième partie du poids. Lorsque la proportion de l'argent est d'un cinquième , l'or perd son nom, il s'appelle electrum (5). o
Les Grecs et les Romains avaient-ils un procédé particulier pour séfiarer l'or de l'argent^ soit dans les alliages naturels, soit dans les alliages artificiels de ces métaux? La simple coupellation ne suffisant pas pour en obtenir le départ , il est permis de croire
(1) IloXXdxi; é^idiv uxnt Y^veodai 56(>uoov. Schoiiaste ad Tliucyd., lib. ii, fol., p. I06,e<lit. Duker. — Conf. Herodot., Kb. i, p. 19 {MU. H. Stepli.). (V Cic. in Bruto.-^ Sénèqiie, episi. U, 1 et 2.
(3) Lib. I, pag. 19 (éd. H. Stepb.).
(4) Oïlyss. lY, 71.
(5) Un auteur italien , Corliuovis {Opuscoli scelti suite scienze, etc. Milaoo, 1760, in-4^), a cherché à prouver, dans une savante dissertation , que le platioe éiaii connu des anciens sous le nom à'electrum. Les raisons qu'il en donne ne sont pas. concluantea.
qu'ils connaissaient effeclivement le moyen de séparer Tardent de Ter par la voie sèche, moyen qui était autrefois employé, sous le nom de cément royal, dans plusieurs monnaies de l'Europe (i).
En décrivant le mode d'exploitation des mines hispaniques, Strabon rapporte qu'après avoir fait passer le minerai au feu, il en résultait un mélange d'or et d'argent (fA^y^Aa ^pvxoç àp^upou xai Xpucroû), qu'on faisait subir à ce mélange une nouvelle calcination, que l'argent était alors détruit ou brûlé (tov {jiiv apyupov ànoxoLU^- ^0» et que l'or restait pur au fond du creuset (tov 8è xp^^o' ^^o-
wvsiv) (2).
D'après ce passage, ii est évident que les Espagnols savaient séparer l'or de l'argent, bien que Strabon, qui était, avant tout, ^graphe, n'indique pas le moyen dont ils se servaient.
Mais Pline supplée ici en quelque sorte au silence de Strabon.
ff On met, dit-il, avec l'or, dans un vase de terre, deux parties de sel commun, trois parties de misy (3), et de nouveau deux parties d'un autre sei, et une partie d'une pierre appelée schiste (terre argileuse); on expose ce vase à l'action du feu : le mélange s'empare alors de tout ce qui est étranger à l'or, qui demeure pur (4). » •
Nous enregistrons ces paroles de Pline : elles sont d'une baute importance pour l'histoire dç la chimie. Car un mélange de sel commun {chlorure de sodium) ^ de vitriol {sulfate de fer w deeuivre) et d'argile {alumine), produisait, sous l'influence de la chaleur, une réaction , de laquelle devrait résulter un des acides minéraux les plus énergiques , Vesprit de sel , appelé aujourd'hui acide chlorhydrique.
Quel était cet autre sel que l'auteur ne nomme pas? Si c'est le nitrate de potasse, les Romains auront connu Veau régale. Or la vraie chimie ne date que de l'emploi bien établi des acides minéraux» qui sont les véritables dissolvants des métaux.
Dans l'opération que nous venons de rapporter, l'acide n'était
(I) RechercheM sur la métallurgie des anciens ^ par Loiii» Savot, chap. Tin. ^ le Recueil àes Anciens minéralogistes de France , par Gobct, t. n ; Parift, '^9, 8.
{^ISlnbon, lib. ni, p. 146, édit. Casaub.
(S) Lemiiy était, selon toutes les probabilités, le sulfate de fer ou de ru ivre.
(4)Torretur cum salis geroino pondère , triplici myseos, et rursum cuin duaiMsttVn^rtioiiibaset ona lapidis, quem schiston Tocant. H. N. xxxm, 24.
118 Ill^T» IF.E :»E L\ nWMlT..
point isolé ; maiï> l'actioD était la même : en réagissant surrargent, 00 opérait le départ du métal ;à 1 état de chlorure). C était là tout le but que Ton se proposait d atteindre.
La matière ainsi séparée, que Strabon appelle pierreuse et vitrifiée, et qui plus tard reçut le nom de iune cornée y ne paraît avoir été primitivement d'aucun usage. Peut-être, par une fausse analogie, était-on conduit à penser que l'argent était brûlé et irrévocablement réduit en cendre , comme le bois qui brûle dans la cheminée. Rien n*a été plus funeste au progrès de la science que des théories fondées sur de fausses analogies.
Cependant la métallurgie était, au temps de Strabon, dans un état assez avancé; car cet auteur nous apprend que (1) : a II y avait autrefois dans PAttique des mines d'argent très-riches, qui sont aujourd'hui délaissées. Ceux qui font maintenant fondre les scories et le résidu qu'avaient laissé les anciens obtiennent une quantité notable d'argent ; ce qui prouve qu'ils n'avaient pas une grande expérience du travail des fourneaux (tSv i^/ii»>
dlCEipCiK XaULtVEUOVTtolV ). »
Le fourneau de fondeur s'appelait en grec xautvoç, en latin caminus ou fornax, Pline y distingue les côtés {iatera)^ le dôme {caméra) , et la bouche (os). Il est assez difficile de déterminer exactement la forme de ces fourneaux. Tout ce qu'on peut assurer, c'est qu'elle variait b.eaucoup , suivant les lieux, ou plutôt suivant la nature du minerai qu'on avait à exploiter : fomacum maxima differentia est (2). La forme de quelques loupes ou culots ' de fonte, trouvés dans quelques monuments romains, nous permet de croire que leurs fourneaux ressemblaient à peu près à ceux dont on fait encore usage^ pour l'extraction du fer, en Catalogue et dans une bonne partie des Pyrénées (3).
Momiales*
L'or, Targent et le cuivre, voilà les métaux qui ser\'aieQt de temps immémorial à la fabrication des monnaies et des médailles.
(1) Lib. IX, p. 399, édit. Ca<^iih.
(2) Pline, xxxiY, 41.
(3) Arneiition, dans le t. xlvi des Mém, de VAcad. des inscriptions, p. 513.
Les anciens habitanls de la Grande-Bretagne (1), les Clazomé* oiens (ï), les Lacédémoniens et les Byzantins ont aussi employé le fer à cet effet.
Aristote et PoUux rapportent que Denis, tyran de Syracuse, fil battre de la monnaie d'étain. Il parait môme que les plumbei nummi, traduits ordinairement par monnaies de vil prix, étaient de véritables monnaies de plomb. Ce qu'il y a de certain, c'est que, sous le règne de Septime Sévère, la monnaie de cuivre contenait une quantité notable de plomb en alliage ( bronze) (3). Quant à la monnaie d'argent, elle parait avoir toujours été exemple de plomb ; car ce métal, allié avec i'argent , rend celuici aigre et cassant , à moins que l'un de ces métaux ne dépasse de beaucoup l'autre dans les proportions employées.
Les monnaies de l'antiquité grecque et romaine étaient faites avec des alliages naturels , avec l'or et l'argent tels qu'ils étaient extraits de leur minerai par les procédés alors connus. \ucune loi n'avait fixé le titre de la monnaie, c'est-à-dire la quantité d'or ou d'argent pur qui doit entrer dans la compositioQ d'une pièce monnayée d'un poids et d'une valeur déterlûiiiés. Les petites quantités d'or et de cuivre qu'on a trouvés dans d«s monnaies d'argent, frappées pendant la république de Rome ou sous le règne de Pbilippe de Macédoine, sont purement accidentelles, et tout aussi variables que l'argent et le cuivre dans les ffloonaies d'or.
L'or et l'argent, aussi purs que les procédés alors connus permettaient de les obtenir, devaient, à cause de leur moins grande dureté, présenter l'avantage d'une manipulation facile, en se laissant mieux laminer sous le marteau, et en recevant plus aisément l'empreinte de l'efligie et de l'exergue.
A mesure qu'on s'éloigne des beaux temps de Home et d'Athènes, et que Ton se rapproche de la chute de l'empire romain, ou observe que le titre des monnaies est d'abord déterminé par
1} Cn»T, 8. G., r, 12.
.2i Ariftt, liv. Il Œcon.
3} L. Safot ( Discours sur les médailles antiques. Paris, 1627, ^'*) dit : « Ceux S>i en Mot ciirieui les mettent dans le feu, et ne voyent point quM en sorte 'Dcun plomb ou e^tain auparavant le temps du dit Septimius, mais bien et fort viiblement de celles qui ont été fabriquées do depuis, desquelles on voit suinter H lortir par petites gvolles le plouab en dhers endroits, quand elles ont senti un pearardeur do feu. »
des lois spéciales, mais que ces lois font bientôt place à la volonté arbitraire des empereurs, qui, pour conserver leur trône et souvent leur vie, se faisaient faux monnayeurs. Ils y cherchaient les moyens de satisfaire les passions d'un peuple blasé, et les caprices d'une milice indisciplinée qui disposait en souveraine du sceptre de l'empire. C'est ainsi que nous verrons, au moyen âge, les rois souvent recourir au faux monnayage pour combattre l'esprit d'indépendance des grands vassaux. On peut donc établir en règle que la dégradation des monnaies est en raison directe de la décadence des mœurs. L'empire romain nous en offre l'exemple le plus éclatant. Voici quelques détails à l'appui de notre opinion.
Monnaies grecques de 600 ans avant J.-C.
Parmi les plus anciennes monnaies de la Grèce que l'on conserve dans les médailliers de nos musées, on remarque une monnaie de Crotone. On suppose qu'elle a été frappée 600 ans avant l'ère cbrélienne. Cette monnaie est d'argent, épaisse, rude au toucher et imparfaitement arrondie. Son poids est 413 gr. 64.
Composition : Argent 109,50
Cuivre 1, 0
Or 0,13
Perte 3. o
C'est donc là une monnaie en argent presque chimiquement pur (4).
Les statères d'or de Philippe de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, sont, d'après les analyses de Patin et de Fabroni, composées de 0,979 d'or et de 0,024 d'argent. Ce litre est à peu près celui de l'or natif, c'est-à-dire tel qu'il se rencontre dans la nature. Les mines du mont Pangée fournissaient annuellement pout la valeur de 5,229,000 fr. d'or. C'est de là que Philippe tira k levier le plus puissant pour l'exécution de ses desseins politiques (2).
(1) Voy. Thomson, Annales de chimie, lxxi, 113.
(2) Du temps d'Hérodote (vers 500), l'or s'échangeait en Grèce contn^ sf'm fois son poidft en argent. Phis tard, du temps de Socrate, il ne valait plus ei argent que douze Tois son poids ; et cette diminution de la râleur de l'or doit éln attribuée aux sommes versées toujours en or par les rois de Perse, pour cor
PREMIÈRE ÉPOQUE. l!2l
D'Arcel donne l'analyse d'une monnaie antique, composée d*un alliage probablement dû au traitement incomplet d'un minerai particulier (1). Cette monnaie a fourni à Tessai :
Argent 36A
Or 184
Cuivre 448
11 n'est pas probable^ ajoute judicieusement d'Arcet, qu'une loi monétaire ait exigé un alliage aussi compliqué, surtout à une époque 011 les moyens d'analyse ou d'essai ne consistaient qu'en méthodes approximatives. Arcbimède n'eût pas appliqué les lois de la pesanteur spécifique à la détermination du titre de la couronne d'Hiéron, s'il eût pu se servir d'un moyen plus exact.
Monnaies de 200 ou 300 ans avant J.-C.
Denier romain frappé du temps de la république. Poids : 60gr.O6.
Argent 59,68
Or 0,29
Cuivra 0,09
C'est là à peu près la composition de quelques espèces d'argent natif.
En jetant un coup d'œil sur le tableau suivant, on pourra se convaincre que la dégradation des monnaies allait en augmentint avec la décadence de l'empire romain.
Monnaie de Vespasien. Poids : 3«'\04.
(An de J.-C. 69.)
Composition : Aricent 2,431
Cuivre 0,539
Or 0,020
Êtain de!« tracps.
roMpre les r^pabliqaes grecques. Vers l'an 300, le rapport de l'or à l'argent, en Grèce, n'était plus qoe de nn à dix. (Letronne, Comidéraiions sur les mon' naiês des Grecs et dfs Romains.) (l)iiiiia/ei de Chimie, lxxii, 50.
lâi MISTOIRE DE LA CHIMIE.
Monnaie de Trajan. Poids : 2^^'S' (An deJ.-C. 98.)
Composition : Argent 2,455
Cuivre 0,34t
Étain.
Or...i ^'^^^
Monnaie (T Adrien. Poids : 3«'"-,47.
(An de j,-c. 117.)
Composition : Argent 2,808
Cuivre 0,66t
Ëtain. i
Or...| «'«^»
Monnaie d'Antonin Pie. Poids : 3«'-,87.
(An de J.-C. 138.)
Composition : Argent 2,7 17
Cuivre i ,053
Or..J ^'^^
Monnaie de Marc-Aurèle, Poids : 2«''-,92: (Au de J.-C. 161.)
Composition : Argent 2,37C
Cuivre 0,à»2
Étain. )
Or...| «'«^^
Monnaie de Commode, Poids : ^^''jl03.
(An de J.-C. 180.)
Composition : Argent 1 ,814
Cuivre 0,869
Êtaiu. )
Or...i «•«"
Monnaie de Gordien Pie. Poids : 3«'-,4.
Quantité analysée, 3^34.
(Ad de J.-C. 238.)
CooipositJOD : Argent 0,941
Cuivre 2,262
Élain. i
Or...| «'^37
Monnaie de Philippe l'Arabe, Poids : 3»''', 5. (An de J.-C. 244.)
Quantité analysée, 3,47.
Composition : Argent 1,608
Cuivre 1,917
Étain. )
Or...| ''^'^
Monnaie de Décius, Poids : 3«''*,768.
Analyse faite sur 3,758.
Composition : Argent 1,490
Cuivre 2,213
Étsin. I
Or...j 0,055(1)
Vers les derniers temps de Tempire romain, le trésor manquait souvent d'argent pour payer la solde d'une nombreuse armée (2). Dans cet état de détresse, Galicn et ses successeurs eurent recours à un moyen extrême, en faisant, par une refonte
;i) La plupart de ce« monnaies romaines proviennent des fouille» Taites à Faaurs ( Fanttm Marti»), village situé à une* lieue de Valenciennes. Voy. Annales de chimie f t. xixii (année 1820), p. 320. Ces analyses s*aocordent sensiblement avec celles faites par Klaprotb et consignées dans tes anciennes Annales de chimie fU LXXVI, p. 82.
(1) La paye jonmalière d*un soldat était de dix as ou d'un nummus denanui, qui devait, d'après la loi, contenir soiiante grains d'argent.
12 i H <T01KL DE LA CHIiCE.
génér.ile, re in-r iargtnl coatenu dans le^ monnaies. A la place de celles-ci, ils firent frapper des monnaies de bronze ou de cui\re élanié, simulant les monnaies d argent. Tout en recufrillanl le profit de cette opération frauduleuse, les empereurs aTaient ordonné de ne faire percevoir les revenus du trésor qu'en monnaies d'or, qu'ils s'étaient bien gardés d'altérer.
Dix de cr^s fausses pièces de bronze étamé, à l'effigie de Galien, pesant i35gr., ont donné [V :
CoÎTre 22 1 ,25
Argj^nl 1 ,25
Étaîn 9
La quantité d'argent qui s'y trouve est accidentelle, et probablement due à rimperfeclion du procédé mis en usage pour extraire ce métal. La présence de Tétain dans les monnaies du troisième siècle suppose l'emploi du bronze {œs statuarium), ou du cuivre provenant d'ancienne vaisselle (a?* celadrium, ses ollarium). C'est ainsi qu'on a vu, pendant la révolution française, frapper des monnaies avec du métal de cloche.
Cependant; dans toute l'étendue de l'empire romain, les monnaies de plomb et d 'et ain étaient, comme fausses, exclues delà circulation; il y avait défense expresse d'en émettre , comme nous l'apprend la loi 9, parag. 2 du livre 8 du Digeste, titr. 10, où il est fait mention de la loi Comelia, établie contre les faussaires : Eadem lege exprimiturj ne qvis nummos stanneos emere^ vendere dolo malo velit.
La plupart des médailles antiques des Grecs et des Romains, de même que celles des premiers rois de France et des empereurs d'Allemagne, étaient fabriquées avec de l'argent où de l'or aussi pur que les procédés alors usités pouvaient le permettre (2). Les tributs dont les consuls et les premiers empereurs romains frappaient les nations vaincues s'effectuaient en monnaies d'argent (3), tandis que plus tard les impôts devaient être payés en
(1) KiBproiU, Annales de chimie, lxxxi.
(2) Savot (citant Bodin ) dit que,l^ar un essai qui Tut failnle son tenaps à Paris, on trouva que les nM^dailles d'or de Veiipasien étaient à si liaut titre que les orfèvres et le président de la cour des monnaies n'y trouvaient qu'une 788* partie d'empirance. {Métallurgie des anciens, cliap. vi.)
(8) Pline, ixxui, 15. Sed prxier alia eguidem miror populum romanum victis gentibus in trilmto semper argentum imperitasse, non aurum.
PREBUÈRE ÉPOQUE. 125
or. De là les expressions aurumpublicum^ aurum coronarium, a. lustrale, a. glebale, elc.
A une époque plus récente, Charlemagne et ses successeurs avaient soin d'ordonner (comme le montre le texte des Gapilulaires) que les monnaies, et surtout celles destinées à solder l'impôt, fussent pures et de bon poids : denarii ex omnibus moneiis meri ac àene pensantes.
L'altération des monnaies fut de tout temps un crime assez répandu : les souverains eux-mêmes en avaient donné Texemple. Cependant, comme dit le proverbe, à quelque chose malheur est bon. C'est à la fabrication des fausses monnaies que nous devous l'art de l'essayeur. Pline l'affirme en ces termes : «Les uns, dit-il, altèrent les monnaies en y ajoutant du cuivre, les autres font utie soustraction du poids légalement établi, et qui est tel que 84 deniers pèsent exactement une livre. C'est pourquoi on institua par une loi Vart d'essayer les monnaies {ars denarios probandi). Cette loi était si agréable au peuple, qu'on éleva à Marins Gratidîanus, qui l'avait fait porter, des statues massives dans toutes les rues de Rome. C'est une merveille de voirque, dans cet art des faux monnayeurs, le vice seul demande une étude {mirumque, in hac artium sola vitia discuniur] ; une pièce fausse est conservée comme un modèle, et s'achète au prix de plusieurs pièces de bon aloi (1). »
On voit, par ce passage de Pline ^ que les fausses monnaies
consistaient principalement dans Taltération ou l'abaissement du
titre. D existait aussi de fausses monnaies par la substitution de
letainou d'un alliage de plomb et d'étain à l'argent. On a même
rencontré des monnaies fourrées, remontantau temps des premiers
empereurs romains; ce sont des monnaies de fer ou de cuivre
recouvertes de minces lames d'argent. Cependant beaucoup de
(es monnaies, qu'on a regardées comme fourrées, sont faites
«vec des alliages très-peu homogènes; ce qui arrive toujours
'•^rsque le titre est trop bas, et que le cuivre y entre dans des
proportions trop fortes par rapport à l'argent. L'histoire nous
apprend qu'Antoine, Caracalla, Héliogabale et Alexandre Sévère
(1) Ptioe, sut. nat., xxiiii. 46. — Les anciens savaient non-seulemeut recQQiM)(re la pureté de l'argent ou de l^or par la pierre de touche , par 1< son ou ''odorat, comme le parait iosinoer Tauteur (M. Mongez) des Mémoires sur ^^i du monnayage chez les anciens, etc. ; mais ils faisaient déjà, comme nous ^cfiofts de le voir, usage de la coupellation.
l!26 UISTOIRE DE LA CHIMIE.
ne se sont pas fait scrupule d'allérer ainsi le titre des monnaies. Ce dernier, atteint de quelque remords de conscience, s'appliqua, vers la fin de son règne, à rétablir l'ancien titre, en faisant refondre toutes les monnaies. C'est ce qui lui valut le surnom de restitutor monetœ, ce qui montre combien Taltération était poussée loin. Il y a des épithèles qui valent des pages entières de rhistoire.
Nous avons fait voir que la coupellation était bien connue des anciens. Tous les essais des monnaies se faisaient donc par ce procédé.
Un sujet de surprise, c'est que, dit Pline, pour purifier l'argent, il faille le calciner (coquere) avec du plomb (1).
On lit, dans la loi Lucia , qu'il y avait des essayeurs {artifices), spécialement chargés d'analyser les monnaies el d'en séparer les matières d'alliage (2).
Le moyen dont on se servait pour obtenir le dépari de l'or et de l'argent consistait, comme nous l'avons dit, dans un mélange de substances analogue au cément royal. On employait également rélain, qui était quelquefois confondu avec l'antimoine (3).
Les Romains ne se dissimulaient pas combien ces moyens étaient imparfaits, et combien il était difficile d'enlever à l'or les dernières traces d'argent. C'est du moins ce qui ressort d'un passage curieux des Institutes, dans lequel l'alliage d'or et d'argent est comparé à un mélange de vin et de miel. « De même que le vin et le miel, y est-il dit, donnent naissance à une espèce d'émulsion (mulsurn) , ainsi l'or et l'argent, fondus ensemble, donnent un alliage appelé electrum, dont il est également difficile de sépsirer les éléments (4). »
Vohryse ou Vohrusse (5) était, comme nous l'avons vu, employée^ ainsi que l'amalgamation, pour purifier l'or.
(1) Plioe , nist. nat., xxxrii, 19.
(2) Tit. I, 41 des Digestes. — Cuin diversœ materiœ aes atqiie argentom sit, ab artificibiis {(eparari et in pristinam materiain reduci solei.
(3) L. Savot, Disc, sur les médaille» antiques, cli. vi. — Voy. p. 109.
(4) Lit). H, Insiit^ tit. i, parag. 27. — L. 7 du 41* des Digestes, tit. I, ^ acquirendo rerum dominio, $ 8.
(5) Cod. Theod., tit. de Ponderitms : Diu motturoqae nammae examine in ea obry7j detineatur, qoemadroodnm pnra rideatur.
PREW£RE ÉPOOnS. 127
Propriétés des métaux. — - Conposés et préparations métal-
lique*.
Or. — Ce métal devait son prix à son inaltérabilité et à sa stabilité au feu. C'est ce qui lui valut plus tard le nom de roi des mfiavx. Voici comment Pline nous trace en deux mots Thistoire de l'or (1) : « L'or existe parfait dans la nature, pendant que les autres métaux ne se perfectionnent que par le feu. En outre^ il n'est pas sujet à se rouiller, ni à changer de poids ou de qualité. Il résiste à l'action des sucs acides^ qui attaquent toutes les autres substances (5110^05 aceii domitoresrerum). De plus, il se laisse filer comme de la laine. On fait des tissus d'or pur. J'ai vu moimême l'impératrice Agrippine, femme de Claude^ assister, à côté de son mari, au spectacle d'un combat naval; elle était Têtue d'un manteau tissé de purs fils d'or. x>
Il faut que le luxe des Romains et leur goût pour les objets d'or aient été poussés bien loin ; car Pline rapporte, avec indignation, que Marc-Antoine, le triumvir, s'était servi de vases d'or pour les besoins et les usages les plus dégoûtants; luxe, ajoute^ Wl, à faire rougir Cléopâtre même (2).
«Nulle substance, dit' Pline, en poursuivant son récit, n'est plus malléable que l'or (3) : une once d'or se laisse étendre en plus de sept cent cinquante lames minces {bracteas)^ de quatre doigts de long et d'autant de large. Les plus épaisses de ces feuilles s'appellent aujourd'hui feuilles de Préneste. On applique 'Orsur le marbre, au moyen du blanc A'cbmÎ {canâido ovi). La véritable méthode de dorer le cuivre consiste dans l'emploi du ^i'argent («r» tnawrari arye?»/o t?itH)). A cet effet, on- décape d'a- ^)r<l parfaitement le cuivre, en le chauffant, et en l'éteignant '^s un mélange de sel, de vinaigre et d'alun. On lui applique ^ite les feuilles d'or, amalgamées avec du vif-argent, et ^«^iées de poudre de pierre ponce et d'alun. »
1; Hltt. nai., wxni, 19.
î) lUd. IX XIII, 14. AureU usttm in omnibus obscenis desiderîis^ pudendo <"»îiie, e/iam Cleopatrx.
(3)]bt4. 19. Il citft comnae exemple 1e« fenilles d*or de Préneste. Cependant on m phis loin il dit qae le plomb est plus malléable que Por.
Voici un passage du même auteur, souvent cité par les alchimistes : (( Indépendamment de l'or natif, il y a un moyen unique de faire de Tor, c'est avec deTorpiment (auripigmenium)^ qui sert en peinture et que l'on trouve en Syrie, à fleur de terre. Il est de couleur d'or, mais fragile comme une pierre spéculaire (1). Un prince Irès-avide de richesses, Caligula, séduit par l'espoir de se procurer de l'or, fit calciner une énorme quantité d'orpiment. Mais la quantité d'or qu'il obtint ainsi était si minime, qu'il y avait perte plutôt que gain ; et personne ne fut depuis tenté de recommencer l'expérience (2). »
Les chercheurs de la pierre philosophale n'ont pourtant guère profité de cette leçon de Caligula; car nous verrons par la suite que l'orpiment (minerai d'arsenic) jouait un rôle important dans leurs opérations.
Laissons encore parler Pline, qui est ici notre principal guide : a Le minerai d'argent ne s'annonce pas, comme celui de l'or, par la couleur et l'aspect qui caractérise ce métal. Sa mine [tem^ est tantôt rousse, tantôt couleur de cendres. On ne peut griller celte mine qu'avec du plomb ou avec une mine de plomb appelée galène, qui accompagne souvent les mines d'argent {juxta argenii venas plerumque reperilur). Dans cette opération, le plomb va au fond et l'argent surnage, comme l'huile sur Teau.
a On trouve des minerais d'argent dans presque . toutes les provinces de l'empire romain (c'est-à-dire dans tous les pays du monde alors connu). L'Espagne en est surtout riche. On les rencontre dans un sol stérile et dans les montagnes. Une veine d'argent met sur la voie d'une autre, qui d'ordinaire n'en est pas éloignée. Du reste, celte loi s'observe également pour les autres métaux, et c'est probablement pour cela que les Grecs les ont appelés metalla (3).
(( Autrefois la fouille d'une mine d'argent était arrêtée dès
(1) Siiirate de cbaax lamellaire.
(2) HisL naL, »xiii, 22.
(3) Ibid., 31. Le nom de metalla ( (jlet* âXXa) signifie, en grec, les uns après Us autres.
PRBlfliRB ÉPOOUE. ii9
qu'on avait renconlré une couche d'argile {alumen). Aujourd'hui, OD cesse de fouiller, d^s que» sous la couche d'argile, on trouve une veine de cuivre. Les exhalaisons des mines d'argent sont mortelles à tous les animaux, mais principalement aux chiens. Il en est de l'argent comme de l'or : plus ces métaux sont mous, plus ils sont beaux et purs, b
L'ibérie était surtout riche en mines d'argent. Les Gaules étaient plus riches en mines d'or (!).
Au rapport de Slrabon, les mines de la Nouvelle-Carlhage, en Espti^ne, étaient exploitées de la manière suivante : on broyait d'abord le minerai {SwXov x^m àpYupïTiv); puis on le lavait dans des courants d'eaux, dans lesquels on avait placé des cribles ou des Lirais. Celte opération était répétée cinq fois. Enfin le résidu, fondu avec du plomb, donnait, après lé départ de celui-ci {dnoyy- &£\-îo; Toï |xoXu<5^ou), de l'argent pur (2). Les fourneaux dont on se servait, dans ce cas particulier, avaient des cheminées très-hautes, ou venait s'attacher une espèce de suie (Xtyvuç) provenant des minerais (3).
Le môme écrivain ajoute : a L'argent coupelle et projeté (à l'état de fusion) dans l'eau se recouvre de bosselures irréguliôres, et prend le nom émargent en grenaille. C'est ce que les Romains exprimaient par argerUum pustulatum, argent eu pustules, ce que équivaut à argent trèi-pur (4). »
U seul composé argentique que les anciens fussent parvenus à préparer était le chlorure d'argent. Ils l'obtenaient, comme Dous l'avons vu, dans l'affinage de l'or, et le rejetaient parmi les scories.
Cuivre.
Voxyde de cuivre était connu chez les Grecs et les Romains 5ousle nom d'écaillés (XéitiSeç, squamœ). On le préparait, en grillant , dans des vases de terre, des morceaux de cuivre. C'était là
(1) Dio<i. de Sicile, lib, v.
(V Slrab, Geogr., lib. ui, p. 138 fédit. Casaiib.).
(3j Ibid., p. 146.
('«) Le mot pustulatum a fort embarrassé les cominent4teurs étrangers aux «iiiice&. Ils ont cru se tirer d'embarras en proposant de^ variantes singulières , U'iles qoe poUulaiam , pastillatunif pussilalum.
BIST. Dc L\ camiR. — T. I. 9
une des principales industries des habitants de Chypre. Ce produit était employé en médecine pour Textirpation des polypes et d'autres excroissances de chair (1).
Il est difficile de décider à quels composés cuivreux s'appliquent exactement lesjriots œrugo, chalcanthos^ scolecia, mhy, sory, chalcitis^ atramentvm sutorium , que les traducteurs rendent, d'un commun accord, par verdel ou vert-de-gris.
Pour débrouiller ce chaos, il importe de rappeler que les Grecs et les Romains confondaient trois sels de cuivre dont ils avaient connaissance : le sulfate^ Vacétate et le carbonate de cuivre (vitriol bleu, verdet, vert-de-gris). Dioscoride et Pline nous apprennent que Vœrugo (loc) se préparait de différentes manières, el qu'on l'obtenait, 1° en chauffant des clous de cuivre savpondrés de soufre dans un vase de terre, et en exposant le produit à l'humidité ; 2° en raclant celui qui se forme naturellement sur la pierre khalkite, d'où l'on tire le cuivre (2); 3** en arrosant avec du vinaigre de la limaille de cuivre, et en agitant le mélange plusieurs fois par jour, jusqu'à ce que tout le cuivre soit dissous {donec absumatur)\ 4° en couvrant des vaisseaux ou des lames de cuivre de marc de raisin {vinaceis)^ et en les raclant dix jours après (3).
Or, les deux premiers procédés donnent du sulfate, el les deux derniers de l'acétate de cuivre. Il s'ensuit que ces deux sels étaient, à cause de leur couleur, confondus ensemble sous le nom commun de œrvgo (verdet).
A l'époque des Grecs et des Romains on n'avait sans doute aucune idée de l'analyse chimique. Mais la sophistication avait déjà fait de très-notables progrès; comme le mensonge, elle date de l'origine de notre espèce.
'(On sophistique, dit Pline, Vxrugo de Rhodes (4) avec du marbre pilé. D'autres le falsifient avec de la pierre ponce ou de la gomme pulvérisée. Mais la fraude qui trompe le plus, c'est celle qui se fait avec le noir des cordonniers, a^romcw/ww jswtorium (5). »
(I) Pline, Hint. Wfr^,xxxiv,26(é«lil. Lemaire) ; Dioscoride, v, 87; Oribase, xiiï,i>. (1) La khalkile n'est autre chose que du snirnie de cuivre présentant des ef- Ooresceiices de siiirat^.
(3) Diosc, V, »7, 91 ; Pline, xxxiv,26; Vitnivc, vu, I?..
(4) Le carbonate de cuivre.
(5) Sull'aie de fer (tonperose \er(e).— Pline, xxxiv, 11.
PESUlÈRfi ÉPOQUE. 131
La fraude^ chose triste à constater, est de tous les pays et de tons les temps. Demandez à nos droguistes, à nos épiciers, à nos boulangers, à quoi la poudre de craie ou de plâtre peut leur servir.
Cependant on songea de bonne heure à arrêter les débordemenbde latroriiperie. Suivant Pline on reconnaissait que Yxrugo est sophistiqué avec de Vatramentum sutorium , lorsque, étant mis sur une lame de fer rougi au feu, il se recouvre de taches muges {rube$cU). C'est effectivement ce qui a lieu lorsque le sulfate de cuivre esl, ce qui arrive fréquemment, mêlé de sulfate de fer. Ces taches rouges ou jaunes, qui se manifestent pendant la décomposition du sulfate, ne sont au Ire chose que de l'ocre (oxyde de fer).
(odépendamment de ce moyen, Pline en indique un autre nriti moins curieux : il recommande d'appliquer Vœrvgo sur du [lapynis qu'on a laissé auparavant macérer dans du suc de noix de galle; la fraude est, dit-il , manifeste, si le papiernoircit (1).
Voilà le premier papier réactif dont il soit fait mention ; et il peut servir encore aujourd'hui à constater la présence d'un sel de fer (2).
Les faits que nous venons de signaler prouvent que le levier le plus puissant du progrès de la science est, non pas l'amour du bien, mais le génie du mal.
Vt-erugo était employé, en médecine , pour faire des collyres ♦ t des emplâtres (3). Dioscoride en indique déjà la propriété vomitive.
L'espèce û'œrugo appelée scotecia (4) se préparait en traitant ensemble un mélange de cuivre, de nitre, d'alumine etde vinaiçrp blanc très-fort {cum aceto albo quam acerrimo). Une autre méthode de l'obtenir consistait à racler la surface du minerai de euivre appelé hhalkitis (3).
Il résulte dfe là que la scokcia était tantôt un acétate de cuivre <'|«nl-étre un mélange d'acétate et de nitrate), tantôt le sulfate du môme métal.
(1) Deprehendltur et papyro galla prius macerato; nigrescU enim stalim «rumine illïia, Plin., Hist. nat., xxxiv, 26.
(2) La noix de galle (acide tannique) noircit les seU de fer, en donnant nais- ^nre à de l'encre.
(3) Pline, xxxiv, Î7 ; Diosc, v, 87.
(4) lTw>r,Ç, ver ; à cause de son aspect (â) Pline, xxxiv, 29.
La chalcile {khalkHis) était un minerai qui bervait ordinairement à la préparation du cuivre. C'est un sulfure de cuivre qui, étant exposé à l'air et à l'humidité, peut se convertir en sulfate de cuivre (vitriol bleu). «La bonne chalcite se reconnaît, dit Pline, à sa couleur de miel, à sa friabilité, à l'absence (Je tout gravier dans sa subslance. » —Il lui attribue à peu près les mêmes qualités médicamenteuses qu'à ra?rw^o proprement dit(l).
Quant au sonj et au tnisy. substances sur les propriétés desquelles les auteurs ne s'accordent pas entre eux, ce sont également des sulfates de cuivre plus ou moins impurs, communément mélangés de résines jaunes et de matières odorantes (2).
Le khalkanihe{de x^^^^ôç, cuivre, ofvôoç, fleur) des Grecs est tantôt le vitriol bleu (sulfate de cuivre), tantôt le vitriol vert (sulfate de fer). Dans le premier cas, il portait plus particulièrement le nom de khalkanlhe de Chypre ; et dans le dernier cas, les Romains l'appelaient atramentum sutorium, noir des cordonniers. Ce qui confirme notre manière de voir, c'est que les anciens nous apprennent eux-mêmes que le khalkanthe est tantôt d'un beau bleu (sel de cuivre), tantôt d'un vert pûle (sel de fer). On l'obtenait sous forme de cristaux, en faisant évaporer, à la chaleur du soleil, les eaux qui le contenaient en dissolution (3).
Le khalkanthe était employé dans un grand nombre de maladies, tant externes qu'internes.
En résumé, les Grecs et les Romains connaissaient incontestablement Voxijde de cuivre (bioxyde), le carbonate^ le stilfaie et Vacéiate de ce métal.
Zinc.
Nous avons vu que les anciens connaissaient les minerais de zinc (cadmic et calamine) avec lesquels ils préparaient l'airain. Le pompholyx dont parlent Dioscoride, Pline, Galien, etc., était préconisé comme un ingrédient des emplâtres siccatifs. Il était pré-
Ci) Pline, xxxiT, 29 (édit. Lemaire).
(2) Ibid.; Diosc. t, 117.
(3) Fit et salis modo , Jlagrantissimo sole adm'mas dulees aquas eogenir I Ibid., nxx, 12; Conf. Orig., liv. 16; Dioscortd., t, 114. {
paréde la manièresuivante : on construisait deux petites chambres l'une sur Pautre; dans le milieu de celle d'en bas était placé le fourneau, dont la bouche allait se rendre dans la chambre supérieure. Cette chambre avait le plafond voûté, selon Galien, et une petite fenêtre qu'on tenait fermée pendant la préparation du pompholyx. Quand le feu était bien allumé et le fourneau bien chaud, on y jetait, par la petite fenêtre pratiquée dans la chambre supériiure, du cuivre jaune ou de la calamine, qui, par l'action du feu, répandait d'épaisses fumées blanches. Ces fumées venaient s'attacher aux parois et à la voûte de la chambre, sous forme de petits flocons doux au toucher, auxquels on donnait le nom de pompholyx, et plus tard celui de laine des philosophes {iana philosophica). Les flocons qui retombaient sur le plancher inférieur, et qui étaient réputés moins purs, constituaient le spodium des anciens (1).
h powphotijx et le spodium ne sont donc que Toxydé de zinc, qui se produit chaque fois que Ton chauffe le métal au contact de l'air.
Si dans Topération que nous venons de décrire les anciens avaient évité le contact de l'air, .ils auraient obtenu le zinc distillé, et personne ne leur aurait pu contester la connaissance du zioc métallique.
Dioscoride dit : a II faut recouvrir ladite cadmie de charbon , et la chauffer jusqu'à ce qu'elle devienne brillante (2). »
Cette cadmie brillante (Staopavi^c), serait-ce le zinc métallique, obtenu par la réduction du minerai (oxyde) au moyen du charbon?
Il est à regretter que Dioscoride n'entre pas ici dans de plus amples détails, et qu'il ne nous parle pas de la distillation. Son laconisme laisse le champ libre aux commentaires.
Les noms de xaav^-cepo^ et stannum, que l'on traduit par étain^ onl donné lieu à beaucoup d'équivoques qui disparaissent dés que ion admet que les Grecs et les Romains connaissaient le zinc^ et qu'ils l'appelaient, ainsi que l'étain, xaoaiTgpoç ou stannum,
'Il Inoîoç, cendre. Pline, xxïiv, 33.
iioyavr^ Ytvrjai Dioscorîde, lib. v,84.
i3i HISTOniE DE LA CHIMIE.
En li-anl les auteurs anciens, on a souvent lieu des'élonner de la ju-lessede leurs observation< relatives à des faits qui sont du domaine de la chimie et particulièrement de la métallurgie. Le [las'^^e suivant de Pline en est une preuve: « De tous les minerais, celui du fer est le plus universellement répandu; et le fer est eo m^:rne temps le métal le plus utile et le plus nécessaire à Thomme. On rencontre des minerais de fei presque partout ; Pile d'Elbe {llva imulu) en contient. On les reconnaît sans peine à leur couleur jaune de terre. Les variétés du fer sont très-nombreuses ; la qualité du terrain et du climat y entre pour beaucoup. On retire de certains minerais un fer mou, qui est très-propre à la fabrication des clous et des roues de voiture; d autres donnent, au contraire, im fer aigre et cassant, qui ne convient nullement à la fabrication de ces objets. Les bonnes espèces s'appellent stricturœ on fer de dégaine, fer de lames j du terme militaire slringere acicM, tirer Tépée. La différence du fer entraîne la différence des fourneaux : les uns sont destinés à forger le noyau de fer {nuciens /erri)^ le plus dur et le plus propre au tranchant. Dans d'autres , on fabrique seulement des enclumes et des marteaux.
a La plus grande différence du fer est produite par la trempe, qui consiste à plonger dans l'eau le fer rougi au feu {in aqua cnndens immergilur). Ce procédé a suffi pour faire la réputation de plusieurs villes, telles que Bilbilis {{) et Turiassoen Espagne, Côme en Italie, etc.; mais le fer de la meilleure trempe est sans contredit le sérique. Après celui-là, l'acier parthique tient le premier rang; dans notre contrée, Tacier doit, ainsi que dans la Norique, sa bonne qualité à la mine de fer d'où il provient (!2). Ailleurs, il la doit à la trempe; on cite à cet'égard
(1) AiijoiirdMiut Calatajud, ?ille du royaume d'Aragon, et patrie de Martial» qtti fait nouvent mention (dans ses Épigrainmes, Mb. iv) de la trempe du fer à» sa Tille natale. — BUbtlimaqws et armis nobïlèm (lib. i, b(s.).Sxvo Bilbilim optimam métallo (lib. iv, 55). Auro Bilbilis et svpeiba ferro (Hb. xii, 18). (;ert6 qualité de la tri^mpe était attribuée aux eaui de la petite rivière de Sdlone: Salone qui femtm gelât.
(2) On lit noricui enxis {éftée norique) cliez Horace, et not^icox cvltros (cotiteaux noriques) dan» Pétrone.
PREMliEE ÉPOUUK. 135
Teau de Sulmone (i). Il est bon de noter que l'acier s'aiguise mieux à rhutle qu'à Teau sur la pierre à aiguiser : l'huile rend le tranchant plus fin {delicaiior actes) (â). )>
Comme les industriels de nos jours, ceux de l'antiquité s'occupaient des moyens d'empêcher le fer de se rouiller et de s'oxyder au contact de l'air ou de l'eau. Ils cherchaient à préserver le fer de la rouille, en le recouvrant d'un enduit que les Grecs appelaient antipathie^ et qui était un mélange de poix liquide, de gypse et de cénise (3).
La rouille de fer était employée en médecine, tant extérieurement qu'intérieurement, à peu près dans les mêmes cas où on la prescrit encore aujourd'hui. On s'en servait pour arrêter les pertes utérines, qui sont souvent accompagnées de chlorose (paies couleurs), maladie contre laquelle le fer passe pour un remède souverain et en quelque sorte spécifique (4). L'emploi raéflicinal de Teau ferrée remonte à une époque fort reculée. « On éteint, dit Pline , un fer incandescent dans l'eau, et cette eau s'administre dans plusieurs maladies, et particulièrement dans la dyssenterie (5). »
Bien que nous ayons sur ces maladies d'autres théories que les anciens, nous les traitons cependant encore aujourd'hui par les mêmes moyens. A quoi servent les théories?
L'aimant (ma^/^À*) est connu de loule antiquité. Il doit sa célébrité à un phénomène d'attraction propre à attirer l'attention du jiremier venu. Aussi les anciens auteurs sont-ils pleins des merveilles de l'aimant, dont le nom, magnes^ vient, selon Nicandre, d'un nommé Magnè3, qui, le premier, aurait découvert l'aimant sur le mont Ida. Ce Magnés était un berger qui, en menant un jour paître son troupeau, fut, dit-on, tput à coup retenu au sol par les clous de ses semelles et le fer de sa houlette (6)
\)ÇtsX urobablemeiil Satone qu'il faul lire, nom de la rivièra de Biibifis, que cite aussi Justin comme |>articulièrement propre à la trempe du fer (iib. xi.iv ^ cap. 3).
(3) Pline, XXX IV, 41.
(3) Winr, xxxiv, 42.
(4) Sistii et feminarum profluvia, Plin., ibid., 45.
f^) Calefitetîam /errocandenteaqua.Coy9{ier. Cal. Aurelian , i, Cliron., c. 4f Cfis., iT^ c. 9 ; Scribonius Largus, Compot., (46. In mullis viliiSy phvaCim wro tji dystnteria. Pline, loc. cil. ; Dioscortd., v, 93.
{^) Pline, XXXVI, 25. D'antres font venir magnes de mag , charme (d*où
Les anciens admellaientdeux espèces d'aimants, l'aimant mâle et l'aimant femelle; celui-ci était de couleur noire^ et passait pour le plus faible. ^
lis parlent aussi d'une troisième espèce d'aimant : c'était l'hématite, de couleur sanguine ; « mais, ajoute Pline, elle n'a pas la propriété d'attirer le fer. » Ce rapprochement, qui ne repose sans doute sur aucune analyse, est très-digne de remarque; car l'hématite est un minerai de peroxyde et l'aimant un composé intermédiaire de protoxyde et de peroxyde de fer.
L'Ethiopie avait la réputation de fournir lé meilleui' aimant. On en retirait aussi de la Troade, de la Béotie, de la Ganta brie. Dans ce dernier pays on le rencontre, dit Pline, non pas en strates contigus formant des chaînes de montagnes {caule continua), mais en fragments épars par huUation [sparsa huUatione) (i).
On n'ignorait pas à l'époque de Pline que l'aimant communique sa propriété au fer (ferrum inficit eadem vt), et qu'on peut l'employer avec avantage dans la fusion du verre (2).
Manipaiièse*
Le manganèse n'est guère connu à l'état métallique. L'oxyde noir de manganèse ou la magnésie noire était , dans toute l'antiquité, confondu avec l'oxyde noir (magnétique) de fer (3).
^on usage, dans la fabrication du cristal et des verres colorés, ne parait pas avoir été inconnu des contemporains de Pline. Magnes et Androdamas paraissent signifier, tantôt aimant, tantôt manganèse (4)?
vient le mot magie) et du mot celtique ees (en allemand eisen)^ fer; de manière que magnés signifierait charme dujer.
(1) Pline, xxxiY, 42.
(2) Pline, ibid.
(3) C'est de magnés (aimant) que vient sansdoule le nom de manganèse ou magnésie noire .
(4) Pline, xxxvi, 34; xxxvi, 3b.
PREMIÈRE ÉrOQVE. 137
Plomb.
Lesauteurs latins mentionnentdeuxespècesdeplorob : leplomb blanc (plumbum album ) et le plomb noir (plumbum nigrum ) . Le premier est, selon Pline , nommé par les Grecs casiiteros. Le plomb blanc serait donc Tétain, ou peut-être même le zinc. Quant au plumbum nigrum y c'était le plonab proprement dit.
L'Espagne et les Gaules possédaient les principales mines de plomb exploitées par les Romains. Ils savaient que le minerai de plomb est généralement argentifère ; auss>i la galène (galena) était-elle soumise à un traitement préalable afin d'en retirer l'argent qu'elle contenait (1). Le minerai appelé molybdène {molybdsna) n'était, d'après Pline, que de la galène, ou un minerai de plomb argentifère (vena argenti plvmbiqne communia) (2).
Le plomb était laminé pour divers usages. Il était surtout employé dans la construction des tuyaux de fontaine, que l'on soudait, comme aujourd'hui, avec un alliage de plomb et d'étain, connu sous le nom de soudure des plombiers.
Une remarque curieuse, déjà faite par Pline, c'est qu'un vase de plomb, dans lequel on fait bouillir de l'eau, est très-promptement corrodé lorsqu'on y introduit un jeton de cuivre (3).
La litharge (XiOdpyupoç de Dioscoride) (4) est ce que Pline appelle scorie de plomb {scoria plumbi). On en distinguait deux espèces : l'une, appelée cAryst/», provenait de la purification de i or à l'aide du plomb; l'autre, argyriiis, était le résuitatde la purification de l'argent par ce même moyen (5). Pour l'obtenir, on divise le plomb en lames très-minces, et on le chauffe en le remnanl avec une baguette de fer, jusqu'à ce qu'il se soit converti en cendres (donec liquor mutetvr in cinerem). Il y en a qui saupoudrent de soufre les lames de plomb.ainsi chauffées (6). — La
ij Pline, xwiv, 47. Le root galenae»i hybride : il dérive du dorieii Yâpuùrfv;, '^r«,etdep/eii£i (in castillan //eno),p2ein.C'estie principal minerai de plombconoii. <2) Pline, ibid., cap. 53.
(2; Pline, ibid., cap. 48.
% De >i6oç, pierre, et âf.Tfvpoç, argent. îi) Dioftcoride, t, ï02 ; Pline, xxxiii, 35. ifi) Pline, ibtd. ; Dioscoride, Y, 92.
138 inSTOIRB LE LA CHiMIE.
lilhar-re étiit, comiue elle re>l encore de nos jours, employée en médt'cine dans la préparation des emplâtres.
Le ntinium, qui servait surtout dans la peinture , s'obtenait pendit nt la ealcinalion du minerai de plomb. On le sophistiquait avec de la chaux vit iatur minium admixfa caice). « Pour reconnaître c ette fraude, il faut, dit Vitruve, mettre du minium (soupçonné impur ) sur'une lame de fer, que l'on chauffe jusqu'à l'incandescence donec lamina canc/^^ra/,. Si alors le minium, de rouge qu il était, de\ieBlnoir, etquelaul refroidi, il reprenne sa première couleur, on peut être assuré qu'il n'est point sophistiqué ((;.»
Voilà un procédé aussi exact qu'il pouvait Tôtre à l'époque du célèbre architecte romain, c'est-à-dire, il y a plus de dixhuit siècles.
La céruae, que les Romains appelaient remsa, et les Grecs fwimtnfjlhion, était préparée de la manière suivante : « On met, dit Pline, des lames de plomb dans des outres remplies de vinaigre, qu'on tient bouchées pendant huit jours. Il se forme sur ces lames une crasse qu'on racle; on replonge ensuite ces lames dans les outres, on les racle de nouveau au bout d'un certain temps, et on continue cette opération jusqu'à ce qu'elles soient toutes consumées (donec deficiat maferia) (2). »
ri Les Rhodiens, rapporte Vitruve, mettent du sarment dans des tonneaux où ils versent du vinaigre , puis ils placent sur ce sarment des lames de plomb, enfin ils ferment les tonneaux avec des couvercles. Après un certain laps de temps ils ouvrent ces tonneaux , et trouvent le plomb changé en céruse. Uxrugo ou iprvca se fait de la même manière, en employant des lames de cuivre au lieu de lames de plomb (3). »
Les principales fabriques de céruse étaient établies à Rhodes, à Corinthe, à Lacédémone et à Pouzzoles (4).
La céruse, soumise au grillage, était convertie en minium (5j. Elle était employée comme fard par les dames romaines (ad eaudorem feminamm] (6), et servait aux mômes usages médicaux que la lithargè.
(1) Viiruve, Archit., Iili. vii, v. 9.
(7) Pline, XXXIV, 54 (édil. Leniaire).
(3) Vitruve, Archtl.^ iib. vu, c. 12.
(4; Dioëcoride, v, 103.
(o) IMine, xxxiv, c. 6*. ^
(6} Pline, ibiii.
PREMliRE ifOQUS. 139
Dioscoride^ Pline et Galien roenlioonent les propriétés toxiques des préparations de plomb.
Les écrivains classiques ne s'accordent pas sur la valeur exacte des expressions de stannum^ plumbum allmm^ plumbum argentarium, cassiteros (xaaadepcK), que les interprètes se contentent généralement de rendre par éMn. Quoiqu'il soit bien difticile de démêler ici le vrai du faux, on peut cependant admettre comme à peu près certain que plusieurs de ces termes s'appliquent, nonseulement à rétain, mais encore au zinc ou è un alliage dans lequel le zinc prédomine, comme cela paraît ôtre le cas pour le xa99iT€p<K, auquel Homère donne l'épithète de brillant ((pacivoc), et qui servait à la fabrication des boucliers et d'autres instruments (1).
Les îles Cassitérides, que Ton croit être les mômes que les lies Britanniques, étaient, dans toute l'antiquité, célèbres par leurs mines d'étain (2). Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Angleterre est encore aujourd'hui un des pays les plus riches en mines d'étain, dont les minerais sont d'ailleurs répandus avec parcimonie à la surface du globe. En faisant la description des lies Cassitérides Straboa remarque que le cassUeros est plus fusible que le plomb (rvixea^oti icoXb Tot/tov fAoXu6$ou ). Or, cette propriété ne peut s'appliquer qu'à Vélairiy au plus fusible de tous les métaux, ou à ce que Pline appelle le plomb blanc.
On reconnaît, dit le naturalisteroniain^ le véritable plomb blanc en ce que, étant fondu, il peut être versé sur du papier sans qu'il le brûle (3).
(I) Hom., fliadej ixxiii, 561.
;2y Stralmn, t i, p. 265 (ëdit. Casaiib. )• • Le» Iles Cassifériiles sont au nombre de dix. Les unes 5ont déitertes, les» autres sont habilites par de» lionimtvs qoi portent des Yët»'nienls noirs, tombant jusqu'aux talons, et attachés autour ^ la ceinture par des branches d*arbre. Ces hommes portent des barbes longues cooiiDe rellf!!! des boucs. Les IPIiëiiiciens , franchissant lé détroit de Cadix , faitti^nt «?uls |p commerce afec ces Ile?, al»ondantes en mines de plomb et dVtdin. •
(3) Pline, xxxit, 48.
L'élaraage est, suivant Pline, une opération fort ancienne. «On se sert, dit-il, de Tétain pour recouvrir des vases de cuivre, qui présentent ainsi le double avantage de donner une saveur plus agréable et d'ôh-e préservés de la rouille [stannum compescit œruginis virus), »
C'est aux Gaulois que revient Thonneur de cette invention, si utile à la santé de l'homme. Les airains étamésdes Gaulois s'appelaient vasa incoctilia. Dans la ville d'Alise (1), on substitua l'argent à l'étain pour étamer des objets d'airain. Les habitants de Bourges (Z/i7wr/^^5) argentaient jusqu'à leurs voitures , leurs litières et leurs chariots (-2).
On faisait, avec l'étain, des miroirs très-estimés des Romains. H y avait à Brindes une fabrique de miroirs d'étain.
Pline rapporte que le minerai d'étain se trouvait dans la Lusitanie et dans la Galice, à tleurde terre, sur un sol sablonneux, qu'il était de couleur noire, et entremêlé de petites pierres [inierveniunt minuti caiculi ).
Quant au métal que l'on rencontrait dans les mines d'or {aluta), et qui, après le lavage du minerai, se présentait sous la forme de calculs noirs^ variés de taches blanches, à peu près du ménie poids que l'or, et se trouvant péle-môle avec les sablés aurifères au fond des corbeilles destinées à le receuillir. ce n'était certainement pas l'étain (3).
Quel était donc ce métal blanc au moins aussi pesant que l'or? Ce ne pouvait étVe que le platine. D'ailleurs, il n'est pas étonnant ^ que les anciens aient connu le platine, puisque ce métal se rencontre souvent dans les mines d'or, et qu'il se présente, ainsi que l'or, avec l'aspect qui le caractérise.
Ce métal, dont l'état liquide a de tout temps frappé l'imagination de l'homme, était parfaitement connu des Grecs et
(1) Les opinions sont encjore partagées 8ur la vrrilable topographie de cette cité gauloise. On croit qiiVUe était située près de Sainte-Reine en Bourgogne.
(2) Pline, xxxiv, 48.
(3) /wiewiiiw/tir (eae arenan) e^ in aurariis metallis, qux aluta vocant, aqua immissa eluente calculas nigros pavlum candore variatos, quibus tadem gravitas qux auro^ et ideo itt calathis in quibus aurum.colligitur, /«matient cum eo. Pline, xxxiv, 47.
PaEMIÈRE ÉPOQUE. 141
des Romains, qui en distinguaient deux espèces : l*argent-vif [argentum vivum) ou le uiercure natif, et i'eau-argent {hydrargyre) ou le mercure préparé, artificiellement. Le premier était recueilli dans les mines de TEspagne, sous forme « d'un liquide éternel, comme l'appelaient les Romains (liqubris œtemi)^ poison de toutes choses [venenum rerum omnium) (1).-»
Ils exprimaient la densité considérable de ce métal, en disant que toutes les matières surnagent sur le mercure, excepté l'or, qui y tombe au fond.
L'hydrargyre ou le mercure était extrait, comme il Test encore aujourd'hui , de son principal minerai , appelé cinabre cinnabaris)^ que Ton confondait souvent, à cause de sa couleur rouge, avec le minium ou le miltos des Grecs, erreur qu'avait déjà signalée Dioscoride. «C'est à tort, dit-il, que l'on confond le cinabre avec le minium ; car le cinabre s'exploite en Espagne : le< ouvriers sont obligés de se couvrir la figure avec une vessie, à cause des vapeurs mercurielles> qui sont dangereuses à respirer (2). »
Dioscoride décrit ainsi le procédé d'extraction : «On place dans uncreusetde terre une assiette de fer contenant du cinabre, puis on y adapte uu chapiteau ou alambic (auêixa TrepixocOxTrroudtv ), en le lulanl tout autour (TtepwXÊi^^avTeç TnjXG); enfin, on allume des charbons au-dessus de cet appareil. Alors le mercure se sublime et vient s'attacher au chapiteau, où, par le refroidissement, il se condense et prend la forme qui le caractérise [iiw^ijx^tlftai uBpip'^rj' .
?XTfinT«i) (3). »
Pline raconte cette opération à peu près dans les mômes termes (4). Et Vitruve ajoute que les gouttelettes de mercure éparses dans le fourneau sont balayées dans un vaisseau plein d'eau, où elles se joignent et s'unissent (5).
L'extraction du mercure et la préparation du pompholyx, indiquée plus haut, auraient pu conduire à la découverte de la distillation.
Un autre procédé pour extraire le mercure du cinabre consistait à piler (avec des pilons métalliques) un mélange pâteux
l; Pline, xTixiH, 32 (édit.Lemairê).
?y Dioscoride, ▼, 109.
'3) Oioftcoride, T, IlO.
!«) Pline, xxxiii, 4.
(^)VitniTe, lib. vu, 8.
de minerai et de vinaigre, dans des mortiers de cuivre (1). On comprend que, danscetle opération, le pilon et le mortier métalliques soient attaqués : ils décomposent le cinabre en s*emparant du soufre et mettant le mercure en liberté. Le vinaigre était propre à hâter cette action.
On purifiait le mercure en Tamalgamant avec de Tor, et en le ' passant à travers les pores d'une peau ou d'un linge (2). Ce procédé était en même temps employé pour Taffinage de Tor.
a Le mercure, dit Vitruve, sert à beaucoup de choses; car on ne peut, sans le mercure, bien dorer ni Targent ni le cuivre. Lorsque les étoffes tissues d'or sont usées, pour en retirer Tor, on les brûle dans des creusels;et la cendre étant jelée dans l'eau, on y ajoute du vif-argent, qui s'empare de toutes les parcelles d'or (id aulem omnes miccLS auri corripit in se, et cogit secum coire). Après avoir décanté Teau, on met l'amalgame dans un linge, qui, étant pressé avec les mains, laisse passer le vifargent liquide et retient l'or pur (3). »
Voilà un procédé aussi simple qu'ingénieux; il était pratiqué il y a deux mille ans, et on n'hésiterait pas à l'employer encore aujourd'hui.
Bien que les anciens nous parlent des propriétés vénéneuses du mercure, ils ne font pourtant nulle part mention du sublimé corrosif ni des autres composés raercuriels, si ce n'est du sulfure naturel [cinabre]^ avec lequel on préparait des iiniments, jwéconisés pour frictionner, dans certaines maladies, la tête el le ventre.
On voit que le mercure n'avait pas encore alors l'importance que lui attribuèrent plus tard les alchimistes. On sait qu'ils en firent le principal élément des métaux. Faut-il voir une allusion à cette doctrine, dans ce texte très-explicite de Dioscoride, qui dit : <( Quelques-uns racontent que le mercure existe essentiellement et comme partie constituante (xaO'sauTr^) dans les métaux (4)?» Ces « quelques-uns» (evioi) seraient-ils des alchimistes?
(1) Pline, xxxiii« .41
(7) In pelles subactas e/fandilur, per quas sudoris vice defluens , purum relinqnit aurum. Pline, loco cil.
(3) Vitruve, liv. vii, 8.
(4) 'Eviot fie loTopoOdiv x»i xa6*éauTiQv tv toî; luxoXXoïc £;jpioxea6ai t^^v ùôpip- YypGv. Dioscoride, v, 10.
PHKMliBE ÉPOQUE. 143
Arsenic.
Ce corps, qui n'a été bien étudié que de nos jours, était déjà connu des anciens : ils parlent souvent de Vorpiment, de lii sandaraque, et iftôme de Varsenicutn (àpàjvijcov).
L'histoire primitive de Tarsenic se borne à la connaissance des sulfures naturels, et notamment de la sandaraque et de l'orpiment, qu\ portail le nom d^arsenic par excellence.
aVarsenic (arsenicum), dit Pline, se' compose de la même matière que la sandaraque {ex eadem est materia)\ le meilleur est celui qui a tfne belle couleur jaune d'or (optimum^ coloris eiiam in auro excelleniius); celui qui est plus paie, ou qui ressemble à la sandaraque, est réputé de qualité inférieure (i) )>.
.^u témoignage de Pline on peut ajouter celui de Vitruve, qui affirme que l'orpiment (auripigmentum) est ce que les Grecs appellent arsenfcon (2).
Il est étonnant que les anciens n'aient pas décrit les proprié* lés toxiques de Varsenic blanc (acide arsénieux], d'autant plus qu'ils savaient que, pour donner plus de force à l'orpiment, il faut le (orréfier dans un vase de terre neuf jusqu'à ce qu'il change de couleur (3), et que les malades affectés d'asthme et de toux sont soulagés en respirant la vapeur arsenicale, résultant de la combustion de l'orpiment avec du bois de cèdre (4).
« On calcine, dit Dioscoride, la sandaraque avec du charbon, jusqu'à ce qu'elle ait changé de couleur. Ainsi employée en frictions sur la peau, elle l'irrite et fait tomber les poils. On la trouve en Mysie, en Cappadoce et dans le Pont (5). »
La sandaraque ou l'orpiment calciné n'était, selon toute apparence, que de l'acide arsénieux impur. Mais les auteurs grecs et latinsne nous ont laissé à cet égard aucun détail précis.
Dioscoride» Celse, Pline et Galien, et tous les écrivains posté-
1) Pline xx\iv, 56 (Wil. Lfmaire).
1] Vitruvc, vn, 7.
I) Torretur, ul validius prosit, in nova lesfa, donec mulet coiorem. IMne, Uïiv, 56.
» Pline, lococit.
(â) Dioscoride, v, 121.
ii4 HISTOIRE DE LA CHIMIE.
rieurs, ont mentionné l'action caustique et épilatoire des prépa rations arsenicales (i).
Antimoine.
L'antimoine, qui acquit au moyen âge tant de célébrité par les écrits de Basile Valentin, n'était pas tout à fait inconnu des anciens.
Le stimmi ou &tihi de Dioscoride était du sulfure d^antimoiDe. tel qu'on le rencontre dans la nature, n II est, dit cet auteur, rayonné, friable, et se divise facilement en morceaux. Étant calciné avec du charbon et de la farine, à une^chaleur suffisante, il prend l'aspect du plomb [%. »
Ce procédé ne devait pas manquer de fournir une certaine quantité d'antimoine métallique, dont on n'ignorait probablement pas la forme cristalline, caractéristique.
Indépendamment des noms de stimmi^ sHbium^ barbason, plattj ophthalmon, on l'appelait encore albastrum^ contraction de album astrum (étoile blanche), nom qui parait avoir été appliqué à l'antimoine métallique.
Le stibium naturel (sulfure d'antimoine) était employé. dans le traitement des blessures récentes, et pour teindre les cils en noir (3).
Sonfre.
Le soufre (.<ti//}Atir des Romains, esîov des Grecs) est connu depuis la plus haute antiquité. Le soufre natif, que l'on rencontre encore aujourd'hui en Sicile et à Naples, autour de l'Etna et du Vésuve, n'avait échappé à aucun des observateurs anciens. C'est ce qu'ils appelaient le soufre vif (viVum) ou apyre (àdrupoc), c'est-
(1) DUcoride, lococîl.; CeU., lîh. v, c. 7 ; Gai. De/ac» sïmpUc, med., Ub. n, 3; Pline, xxxiY, 56.
(7) Dioscoride, y, 99.
(3) Pline, xxxiu, 34; CHsp, v, 20.
PBXMlillB ÉFOQUB. 145
à-dire qui D*a pas besoin d'être traité par le feu, comme une autre espèce de soufre appelée gleba ( minerai de soufre).
Le soufre était employé en fumigations dans les cérémonies religieuses et mystiques (1), non pas seulement à cause de son odear particulière , suffocante, mais surtout à cause de sa singulière flamme livide, qui, comme dit Pline, a communique dans Tobscurilé , aux figures des assistants , la pAleur des morts (2). »
« Le soufre est, continue je môme auteur, de toutes les matières, la plus inflammable; ce qui fait voir qu'il renferme en lai une grande force de feu : Quo apparet tgnium vim magnam eliam ei inesse. »
Ces paroles 'ne rappellent-elles pas la théorie Stahlienne, d'après laquelle le soufre et le charbon sont les substances les plus riches en phlogistique?
Il ne faut donc pas s'étonner qu'un traducteur de Pline (M. de Sivry), vivant vers le milieu du dernier siècle^ eût traduit ce passage, de la manière suivante : uiCequi fait voir que le soufre contient beaucoup de phlogistique (3). »
Le soufre ne servait pas seulement en fumigations, mais il était encore, comme aujourd'hui, employé pour soufrer des mèches, et dans le blanchiment des étoffes de laine (ad suffiendatlanascandorem mollitiemque eonfert ).
Les eaux thermales et les préparations sulfureuses étaient, comme elles le sont encore aujourd'hui, prescrites comme trèsefDcaces dans le traitement des maladies de la peau (4j.
Malgré les nombreux usages du soufre, on devait ignorer, jusqu'à notre époque, ce qui se passe pendant la combustion du soafre. L'acide sulfureux n'apparaît que dans la chimie des gaz.
Sels alealliiB.
Aucun des sels alcalins n'était autrefois connue l'état de pureté. Les épilhètes de rouge^ jaune^ gris, bleu, appliquées à ces sels,
(i)0dya8., xxii, 4SI; Juvénal, Satir., ii, 157; Oviôe, Fus(,, iv; Properce,
^2) Paliorem dirum velut defuneiorutn. Pline, \x\v, 15. ')) Hbloire naturelle de Pline, traduite en français, 1. xi, p. 349. '*j Pline, xxxv, 15. Aufert lichena» et lepras,
nWT. DS LA CHIMIE. ~ T. I. 10
i46 HISTOIRE DE LÀ CHIMIE.
suffiraient pour nous en convaincre, si nous ne savions pas combien il est difficile, môme à l'aide de nos moyens d'analyse, d'obtenir le chlorure de sodium, le carbonate de soude, le nitre, etc., purs et exempts de tout mélange.
L'évaporation spontanée ou artificielle des eaux de mer et des fontaines salées formait, indépendamment des gisements naturels, la principale source des sels alcalins.
Carbonates de potasse et de soude, — La substance que les Grecs et les Romains désignent par lemotmïrwwi (v(Tpov)est tantôt notre potasse du commerce (carbonate de potasse impur), tantôt, mais plus rarement, le nitre ( azotate de potasse] proprement dit, tantôt enfin la soude du commerce (carbonate de soude impur). Dans ce dernier cas, nitrum est synonyme de nalron[{]> Quelquefois môme le carbonate de potasse, ainsi que tout autre sel alcalin, porte simplement le nom Aesel (sal).
La potasse du commerce, appelée plus tard sel alcali végétal, s'obtenait par le môme procédé qu'aujourd'hui, en filtrant l'eau à travers les cendres des végétaux. L'eau, ainsi chargée de tout ce qu'elle a pu dissoudre, laisse, après l'évaporation, un dépôt salin au fond du vase. Pour préparer ce sel, les anciens n'employaient pas. indifféremment les cendres de toute espèce de végétaux; ils choisissaient de préférence celles du chône, du coudviev {cor y Itis), des roseaux, de la vigne et de la fougère.
Ils n'ignoraient pas que le sel végétal (carbonate de potasse) se liquéfie facilement au contact de l'air humide, et qu'en cela il diffère d'un autre sel analogue (carbonate de soude), qui se change à l'air en une poussière blanche (efflorescence ). Ce dernier s'obtenait par l'évaporation des eaux de certains lacs de l'Egypte, de la Macédoine, etc. (2).
Les médecins de Rome et de la Grèce connaissaient la propriété cautérisante des sels alcalins, car ils les prescrivaient pour f^iire tomber les poils [detrahit pilos efficacissime). Us les incorporaient dans des huiles grasses, pour en préparer des linimenls savonnpux. Mais on en faisait surtout un grand usage dans la fabrication du verre.
Ce qui doit ici attirer notre attention, c'est l'emploi de la chaux brûlée pour donner plus de causticité aux sels alcalins. Au rap-
(1) Voy, page 58.
(2) Pline, xwi, 4G.
port de Pline, ce procédé était surtout employé en Egypte (f). . Pour se convaincre que le nilre des anciens n'était pas toujours ce que nous appelons nilre ou salpêtre, on n'aura qu'à lire le passage suivant de Pline : « Ce nitre (qui, étant mélangé de chaux, picote vivement la langue) ne pétille point dans le feu; il blanchit et gâte les mets, et verdit davantage les herbes potagères (olera) (2). »
Le natron ( sesquicarbonate de soude) se trouve natnrellemeotdans plusieurs lacs d'Egypte. Il était de tout temps employé pour la conservation des matières animales.
Quant au produit, obtenu en faisant brûler du soufre avec le nt/rvm ( carbonate de potasse ou de soude), ce ne pouvait être qu'unsulfure alcalin ou une espèce de foie de soufre. C'est ce produit qu'ils appelaient /a/>/>, pierre (3).
liavoB*
Pline a le premier fait mention du savon ; il en attribue la découverte aux Gaulois. On le fabrique, dit-il, avec des cendres et du suif (4). Galien, ou l'auteur du Traité des médicaments simples, ajoute que le meilleur procédé consiste à traiter la graisse de mouton, de bœuf ou de chèvre, avec une lessive de cendres et de chaux (5).
Tels étaient les principes généraux de la saponification. Quant aux détails d'exécution, ces auteurs n'en parlent pas.
Les Gaules et la Germanie eurent les premières fabriques de savon (6). Les muscadins de Rome se servaient de savon germanique pour teindre leurs cheveux en blond. Déjà du temps d'O-
;i) Pline, iku,46. AduUeratur in ySgffplo calceideprehendUurgustu; — pungu, '
(2) Pline, ibid.
(3) Sal nitrum sulphuri eoncoctum in lapidem convertitur, IbM.
(4) Piin., XX VIII, 5t. Sapofit exsebo etcinere. Les mots tapo , aaircov, sepe^ feife, savon, ont tous la même origine.
(6) De simplie, medicam, Supo conficitiir ex sevo biibulo, vel capfino aiil lenrecino , el lixivio eu m calce.
(6)T1ieodor. PrUeian., lib. i, 3 et 18. Aretaeiis, De diuturn. morbiXt it, 13. Aèiius, DearUmed., vi,.&4; xm, 19.6.
148 HlSTX)IliE DE LA CHIMIB.
vide et de Martial l'emploi de la pommade pour teindre lesch^ veux n'était pas inconnu à Rome (1).
Les médecins arabes parlent souvent de l'usage du savon eo médecine et pour le blanchiment des étoffes (2).
On employait quelquefois le fiel de taureau pour nettoyer le linge; c'est qu'en effet le fiel est, ainsi que le savon, essentiellement alcalin (3). Ce fut donc la pratique qui conduisit à la théorie, d'après laquelle la bile est une espèce de savon.
IVltrc imMmtmim 4e pot«— •■ 4e eeaAe).
Les cavernes de l'Asie, appelées Colyces, desquelles on retirait jadis des quantités considérables de nitre (4), nous rappellent les cavernes de nitrate de soude de l'Amérique méridionale qu'on exploite aujourd'hui. On a essayé d'expliquer la production de ce nitre des cavernes par la quantité prodigieuse d'animaux de toutes espèces qui s'y réfugient le jour et la nuit.
On ne parait pas avoir autrefois accordé une grande attention au phénomène, si remarquable, de la crisialUsation. Une étude attentive de ce phénomène aurait prévenu bien des erreurs, en servant à distinguer la plupart des sels entre eux.
Cependant le? expressions de fistulosunijjibrosutn^ paraissent devoir être appliquées, l'une à la forme cristalline du nitre, l'autre à celle du sel ammoniac. « Pour être bon^ il faut, dit Pline, que le nitre soit fistuleux,» en faisant probablement allusion aux prismes allongés et ôreux de l'azotate de potasse (o).
Les médecins de Rome n'ignoraient pas sans doute la vertu diurétique du nitre, puisqu'ils le prescrivaient aux hydropiques (6).
Une observation qui doit ici trouver place, c'est que le nitre que l'on obtient par l'exploitation,. soit des nitrières artificielles, soit des nitrières naturelles (plâtras, vieux murs, écuries], et
(1) Mart., XIV, 7b, 27 ; Tiii, 23, 19 ; Ovide, De arte amandi, lu, 163.
(2) Serapio, éd. Brauof., c. 34S. Rbases, De simplie., p. 397.
(3) Pline, ii, p. 474.
(4) Pline, TLXXi, 46.
(5)Pline, ibid.
{0) Pline, ihid, a ydropiciscumjicodaiur.
-PRBMIÈRB ÉPOQUB. 149
dont on fait aujourd'hui uue si grande consommation pour la fabrication de la poudre à canon, était, dans l'antiquité, un sel de très-peu de valeur. Car, encore une fois, le véritable nitre des anciens, celui qui les intéressait le plus^ c'était notre potasse ou notre soude du commerce.
Ce De fut que vers le huitième siècle de l'ère chrétienne que l'usage du nitre^ qui reçut alors.plus particulièrement le nom de tel de pierre ou de salpêtre {soi peirx), acquit une véritable importance, en formant un des principaux ingrédients du feu grégeois et de la poudre à canon (1).
Quant à là pierre d'Assos, dont parlent Pline et Dioscoride, c'était probablement l'alunite ou une espèce d'alun naturel (alun à base d* alumine et de potasse).
Le sel marin est le sel par excellence (2). — Nil sole et sale ^ilius; rien n'est plus utile que le soleil et le sel, disait un vieil adage romain, dont personne ne contestera la justesse. Le sel, si Qécessaire pour nous faire savourer nos mets, sert en même temps, dans toutes les langues, anciennes et modernes, à dési- Soer les saillies de l'esprit. Nam ita sales appellarUur : omnisvUm lej^, el summa hilaritas^ laborumque requies.
Les rations militaires consistaient, dans les premiers temps de Rome, enpain et en sel;dQ là vint le nom de salaire appliqué à la solde de la troupe. Du pain et du sel, voilà la frugale nourriture de ce peuple qui devait conquérir le monde et appeler son empire orbis terrarum.
Dans les sacrifices, l'offrande n'était jamais présentée sans sel (nlla eonfieiuntur sine mola salsa) (3).
Le sel, qui, après le pain et l'eau, est la substance la plus nécessaire à la vie matérielle de l'homme, est aussi, par une sage prévoyance, l'une des matières les plus abondamment répandues
(I) Toy. MM. Favé et Reinaud, HMoirede V Artillerie, 1^ partie (du Feu gré- J«4t), p. 17.
(3) La nom de tal (tel) dérite, seloo Uidore, âeexsUire, décrépiter. Isid. ^'9 tvi. En effet, le id décrépite sur les cliarbons ardents.
(3| Ptine, uxi, 41. Horaee, Satir., ii, 3.
iôO HISTOIRE DE LA CHIMIE.
dans la nature. La mer en fournissail la plus grande partie : on faisait arriver Teau de mer, au moyen d'écluses, dans des étangs [stagna ), où elle s'évaporait spontanément par la chaleur du soleil, en laissant le sel sous forme de dépôt (1). C'était le système des marais salants, tel qu'il se pratique encore aujourd'hui. Ces marais étaient appelés salinœ; il y en- avait dans l'île de Crète, et sur quelques points du littoral de l'Italie et de l'Afrique.
Dans les Gaules, en Germanie, en Cappadoce, ainsi que dans beaucoup d'autres pays de l'empire romain, on exploitait, comme on le fait encore aujourd'hui, desfontaines salées. Dans les climats chauds, ces fontaines étaient évaporées j)ar la simple chaleur du soleil;dans lesclimats plus froids, comme dans les Gaules et dans la Germanie, on employait, à cet effet, la chaleur artificielle : « Dans ces pays, on verse, dit Pline, l'eau salée sur des cljarbons ardents (-2). »
Enfln, on exploitait en Cappadoce, à Agrigente, àTragasée, à Oromène, des mines de sel fossile ou de sel gemme (3). Ce sel est beaucoup plus diflicile à fondre que le sel cristallisé, obtenu par voie d'évaporation; car ce dernier fond facilement dans son eau de cristallisation, tandis que le premier, ne subissant que la fusion ignée, exige une température beaucoup plus élevée. C'est dans ce sens qu'il faut comprendre Pline, quand il dit que le • sel d'Agrigente et de Tragasée résiste au feu (ignium patiens), qu'il n'y décrépite point {in igné nec crépitât nec exsitit), mais qu'il fait effervescence dans l'eau {ex aqua exsiiH) (4).
A ces indices il est impossible de ne pas reconnaître le sel gemme, analogue à celui de Wieliczka en Pologne.
Ainsi, les anciens savaient fort bien distinguer le sel gemme, désigné par le nom générique .«e/, du sel marin obtenu par la voie humide; car ils avaient observé que le premier est plus difficile à fondre, et qu'il fait effervescence dans l'eau ; caractères que le sel ordinaire cristallisé ( non fossile) ne présente point. Pline se sert ici de l'expression ex aqua exsilire ( littéralement
^1) Piine, xxM, 77; Dioscoride, x, 127.
^2) Galliae Germaniaeqne anientibiis lignis aqiiam salsam infundiint. Pline XXXI, 39.
(3) Pline, ihid.\ Aiilii-Gelle , ii, 2; Sidoine, ix, Episf. 12.
(4) Pline , xxxi, 39.
PREMliRE ÉPOQUE. 151
sauter hors de l'eau), comme s'il avait su qu'il se dégage quelque chose pendant refTenescence (1).
Indépendamment de ses usages culinaires^ le sel commun était employé dans la salaison, pour conserver les viandes et les poissons, et dans le traitement d'un grand nombre de maladies (2). Vanron rapporte que les habitants des bords du Rhin remplaçaient le sel marin et le sel fossile par la partie saline des cendres des plantes qu'ils brûlaient '3) ; ce sel devait être sensiblement caustique, même pour les guerriers de la Germanie.
ftel ammoniac (chlorure d^ammonlam )•
La forme cristalline de ce sel ne permet pas de le confondre avec le précédent. Aussi est-ce presque exclusivement d'après la forme cristalline yîftrewje {iongis glebis rectiSy scissuris) que l'on distinguait le sel ammoniac du sèl marin, a Le sel ammoniac (to àîi|AtDviaxov), dit Dioscoride, est facile à diviser dans le sens (le ses Gbres droites (4). »
C^est dans les sables de la Cyrénaïque que, selon les auteurs anciens, se rencontrait principalement le sel ammoniac. Cette circonstance lui a valu sans doute le nom qu'il porte; car ammos {iîiiioç), en grec, signifie sable,
Alun. — Alumine (5).
Les anciens admettaient plusieurs espèces d'aluns, suivant la différence des localités (6). C'est ainsi qu^ils nous parlent des aluns de Mélos, de Chypre, d'Arménie, de Macédoine, d'É-
(1) On sait que, pendant re(Tervesci>nce de quelques sels geoimes dans Peau, il M dégage des gaz, notamment de Tliydrogène et des carbures liydrogénés. ;i) PitM, xvxi, 19 6140.
(i) Varroii, De renaiica, i, 7.
(4) Dioscoride, v, 126.
(5) Le mot alumen vient, selon Isidore de Séville, de lumen (quod lumen co« loribus prr«lat lingendifi). Isid., Orég., xvi.
(6) PHiie,tkxx, 5^
gypte, de Lipara et de Sardaigne. Parmi ces aluns, ils distinguaient Talun dissous dans l'eau, d'un aspect laiteux, portant le nom de phorimon, et l'alun sophistiqué avec la noix de galle {quod inficiatur galla), appelé parap*oron. Ils mentionnent aussi l'alun schisteux et l'alun plumeux ou chevelu {trikhUe) : ce dernier n'était probablement que l'asbeste ; car Pline paraît lui refuser la propriété d'êlre astringent, et « l'astringence est, dit-il, une propriété commune à toutes les espèces (4). »
C'est pourquoi les Grecs appelaient l'alun stypteria (atuTinipia), d'où vient notre expression de styptique, appliquée à toute substance d'un goût acerbe et astringent.
D'après Pline, l'alun le plus renommé était celui de Mélos; selon Dioscoride, c'était l'alun schisteux (2). Voici comment on cher- • chait à reconnaître la pureté de l'alun : a On fait, dit Pline, tomber du suc de grenade sur l'alun ; si ce dernier noircit, c'est un signe de sa pureté; dans le cas contraire, c'est un indice qu'il est falsifié (3). D .
D'après cette épreuve, l'alun des anciens ne serait que du vitriol (sulfate ) de fer. Carie suc de grenade (acide tannique) ne noircit l'alun qu'autant qu'il contient du fer, ce qiïi a presque toujours lieu pour l'alun naturel; et même l'alun obtenu artiOciellement en est rarement exempt.
Les auteurs anciens se Uisent sur la composition de l'alun, à Texception de Pline, qui se contente de dire qu'il se compose de terre el d'eau ( ex aqua limogue), et qu'on je décompose en le réduisant en cendres sur des charbons incandescents (coquitur per se carbonibus puris, donec cinis fiât).
L'alun éUit destiné absolument aux mômes usages auxquels nous le faisons servir aujourd'hui; dans les arts, pour la préparaUon des laines, des cuirs; en médecine, pour arrêter des hémorrhagies, pour toucher les ulcères de la bouche, pour raviver les chairs et nettoyer les plaies de mauvaise nature, comme répercussif de la transpiration de la peau, etc.
La terre de Samos {terra Samia), la terre d'Étrurîe, celle de Chîo et la terre Ciraolienne éUient blanches ou grises, douces au toucher et happant à la langue {lingux glutinosai).
(1) Summam omn^m genemm vi$ in aitringendo. Pline, xxxy, 6î.
(2) Dioscoride, T, 123. * .. ,
(3) An sit adulteratumdeprehenditur iucco punici mah: sineerum enm
mixtura ea nigreseit. Pline , xxxr, 52.
PREMIÈRB ÉPOQUE. i5d
Ces ferres D'étaient autre chose que de l'argile (alumine impare), partie constitutive de l'alun. On les employait dans les emplâtres siccatifs, ou pour en faire des trochisques (1).
La terre ou Tai^ile de Samos et d'Arretium ( Italie) était la plus estimée pour les ouvrages de poterie. L'argile rouge (ferrugineuse) âerrait à faire des objets de tout genre, des assiettes, des coupes, des tonneaux à renfermer le vin, des tubes pour administrer l'eau chaude dans les thermes, des tuiles plates ou à rebord, voire même des cercueils. L'état de potier était si estimé que, déjà du temps de Numa, il fut institué un septième collège, en faveur de la communauté des ouvriers en poterie et en faïence {collegiwnjîgulorum) (2).
Le« villes de Tralles (Lydie), d'Ërythres (lonie), d'Adria, de Rhégiom et de Gumes, étaient célèbres pour leurs fabriques de poterie. Les amphores de Cos étaient si estimées que les riches patriciens cherchaient, par de semblables cadeaux, à capter les suffrages des plébéiens. Les vases signiens étaient faits avec des tessons brisés, incorporés dans une pâte de chaux. Us étaient renommés pour leur solidité et leur dureté.
Les Grecs construisaient en briques la plupart de leurs édifices ; on en distinguait plusieurs espèces, suivant la couleur ou le degré de consistance de la matière. La muraille d'Athènes qui regarde le mont Hymette était en briques, ainsi que beaucoup de palais etd'édifices publics. Le temple de Jupiter à Patras (Achaîe), le palais d'Attale à Tralles, celui de Sardes, le mausolée à Halicanasse, tous ces monuments, qui existaient encore du temps de Pline, étaient en briques. Les maisons de Rome n'en étaient point,, à cause d'une loijédile qui défendait que les maisons en briques eussent plus d'un éUge (3).
(I) Pfine^ xxxT, &7 ; Dioacortde, ▼, t72 ; Aëlius , ii, 6.
(2)PiiM,XiiV, 66.-
(a) VitroTP, II, 31 ; Wliic, %1X9, 49.
Vases marrhlns (t)«
Les vases murrhins, si célèbres dans l'antiquité, ne furent connus à Rome que vers la fin de la république. On en vit alors, pour la première fois, au triomphe de Pompée, après la guerre du Pont. Ils étaient fort chers ; car une coupe murrhine, de la capacité d'à peu près un demi-litre, se vendait jusqu'à 70 talents (environ 170,000 francs). Néron en acheta une au prix de 300 talents (environ 720,100 francs). A cette occasion, Pline se demande, en gémissant, comment un père de la patrie pouvait boire dans une coupe si chère (2). Il ajoute que Néron ne rougissait pas de recueillir jusqu'aux débris de ces vases, de leur préparer un tombeau et de les y placer, à la honte du siècle (m dulorein sscufi), avec le même appareil que s'il se fût agi de rendre honneur aux cendres d'Alexandre.
« Les vases murrhins, continue Pline, n'ont pas beaucoup d'éclat, bien qu'ils soient luisants. On estime ceux qui sont de dilTérentes couleurs, et qui offrent des taches jaunes, rouges ou lactescentes. »
On a beaucoup discuté pour savoir dequoi étaient composésces vases. Selon quelques auteurs, ce n'était rien moinsquedela porcelaine de Chine ou du Japon (3). A l'appui de cette opinion, on soutenait que les Parthes, de qui les Romains tenaient cette marchandise, étaient des pirates, interceptant le commerce que les anciens faisaient avec les Indes et la Chine par la mer Rouge (4). D'autres avançaient que la matière murrhine était une espèce de pierre précieuse, « le jaspe, l'onyx, l'obsidienne. » Quelques-
(1) Suivant SaumaUe, le mot murrhae^i ialiii, et signifie nacre de perle. D'après N. I agrange, ce mot est oriental et rap|ielle IMIe de Matni où l'on aurHil fi* tiriqué les vases munliin.s.
(2) Memoranda rex tantl imperalorem patremque palrhe hibisse. Pline • xixvii, 7.
(3) Celte opinion a été soutenue par Mariette ( Traité des pierres gravées), et, p^r N. Lagrange ( Excursus de Murrhinis poctdis ), à la fm du tome II des Œu- VI es de Sénèque de l'édit. de Rouillet (Collertton des classiques latins de Leinaire).
(4) Suivant Properce, les vases murrhins étaient cuits dans les fournaux mêmes <les Faillies : Murrhena in Parthis pocula cocia focis. Lit», iv. Eleg.^y
uns enfin, réfutant à leur manière ces deux opinions principales, cherchaient à en établir d'aujres également inadmissibles.
A notre jugement, les vases murrbins n'élaient autre cbose que des vases de cristal opaque. D'abord les auteurs anciens qui en parient les placent eux-mêmes dans la même classe que les objets de cristal (1); ensuite, ces vases avaient à peu près la même épaisseur que ceux de verre ; enfin, malgré les taches laclesceules ou colorées (qu'on obtient facilement en faisant fondre la matière vitreuse avec du phosphate de chaux et des sels de fer ou de plomb), ils conservaient encore une certaine transparence.
Mais ce qui vient surtout à l'appui de notre opinion c'est que, d'après ce qu'en rapportent les anciens, ces vases ne paraissaient pas pouvoir supporter une température élevée, sans se déformer ou même se fondre. Enfin, Pline lui-même parle de la fabrication d'un verre blanc, qu'il appelle raurrhîn (vilrum murrhmum) (2).
La matière murrhine n'était pas très-dure, s'il faut en croire Pline, qui prétend avoir vu un seigneur romain ronger de plaisir le bord d'un de ces vases ( ob amorem abroso ejus margine ) (3). Ce fait aurait dû suffire pour détruire d'avance l'opinion que la matière murfbine était notre porcelaine.
Mlllee. — Verres (silicates aleallns artificiels).
La silice (pierre à fusil, silex) constitue, après la chaux, la plus grande partie de la croule terrestre. Le sable, les roches aréna-
(>) Cest ainsi qae irfartiat plaisante sur les conpes, dont le défaut de tratif^pa- ^ce masquait la qualité du ?in.:
Nos bibimus vitro, tu myrrha, Pontice : quare? Prodat p«r.4picuiis ne duo ?ina caiix. (Lib. iv, Ep\g. 86.)
Ailleurs (lib. un, ep. 110 et lib. x, ep. 80), ces mAmes vasrs sont désignés famine peints et ayant des couleurs distribuéifs par plaques : Surrentioa bibis ? nec murrliina picla, nec au ru m snme. Plorat KroA, quotl<*s raacnlosa pociila murrli» inspicil.
Tomp. S<^nèqa6, (<(! Beneficiis, VII, 9, et EpisioL CXIX, 4 et CXXlll, 6. (1) Pline, txxTii, 7.
(3) Pline , YWTii, 7.
cées, le granit, le quartz, ont pour élément la silice. Mais celleci ne se distingue pas seulement par son abondance, mais encore par sa grande dureté. Son usage est indispensable dans la fabrication du verre.
Les anciens comptaient plusieurs espèces de silice» suivant les différentes couleurs qu'elles présentaient; ils leur reconnaissaient à toutes un caractère commun, celui de résister à Taction du feu (quibusne guidem ignisnocet). La silice est effectivement une de ces pierres qui ont passé pour infusibles jusqu'à la découverte du chalumeau à gaz.
Les roches siliceuses étaient travaHIées pour en faire des moules dans lesquels on faisait fondre des ouvrages d'airain (1). Les Romains choisissaient ces roches de préférence pour la construction des ouvrages de maçonnerie les plus solides, construction dans laquelle ils excellaient. .
Néron avait reconstruit le temple de la Fortune de Seïa tout entier en cristal de roche (silice pure, transparente); en sorte que tout le monde s'émerveillait du phénomène de la réfraction de la lumière, qu'offrait ce temple dans son intérieur (2).
Le cristal deïoche, appelé pAen^è/^ (de fativ<K, brillant), était aussi employé en guise de miroirs. «Je puis affirmer, dit Pline, que ce cristal naît dans les rochers des Alpes (3}. »
La fabrication et l'usage .du verre étaient jdepuis longtemps connus en Egypte et en Phénicie (4). Du temps de Pline, on commençait à établir des verreries dans les Gaules et en Espagne. Cependant le verre était encore fort cher à Rome à l'époque des premiers empereurs, puisque Néron paya deux coupes de verre d'une capacité médiocre, au prix de 6,000 sesterces (environ ^600 francs), et Pline nous apprend que les vases de verre étaient môme préférés aux vases d'or et d'argent.
Voici comment cet auteur raconte la fabrication du verre: 0 Une- verrerie se compose de plusieurs fourneaux* contigus, comme ceux des fondeurs de cuivre. On fait d'abord fondre, dans un premier fourneau, du sable blanc pilé, recueilli à l'embouchure du Vultume, avec trois parties de niirutn (carbonate
(1 } Pline, uxTi, 48. 8x iès fomuejiunt, in qui^i xra fundWÊtur. (%) Pline, XXXVI, 46.
(3) tiosqffirmare posMumtu in cmtiibu» Alphtm nasei. xttTi, 46.
(4) Voy. p. 63.
P&SMiiRS iPOQUB. 157
dépotasse ou de soude )(l). On reprend ensuite cette masse fondue et refroidie (appelée ammo-ni/itm» sable-nitre) pour la faire recuire dans un second fourneau. C'est après cette seconde fusion que Pon obtient le verre pur, sous la forme d'une masse vitreuse et transparente ( nuissa viiri candidi). Cette masse est ensuite travaillée dans les ateliers , où les uns lui donnent en soufflant la forme qu'ils veulent {aliud flaiu ftguratur)^ tandis que les autres la façonnent au tour ou la cisèlent , comme une matière d'argent ( aliud iomo terilur^ aliud argenli modo cxlatur) (2). »
Ainsi, les anciens en savaient presque autant que nous sur la Êibrication du verre.
Les Romains et les Grecs , auxquels leurs richesses permet^ taient ce laze, buvaient dans des coupes de verre (3). Ils se servaient aussi du verre pour orner les murs de leurs appartements, à peu près comme nous ornons les nôtres avec des glaces et des trumeaux (4).
Pline mentionne des miroirs de verre qui provenaient des fabriques de Sidon; mais il n'en donne aucun autre détail (5).
Les lames de verre' servant de clôture transparente à certaines parties des habitations, les carreaux de vitre , qui nous font jouir du bienfait de la lumière, à l'abri du froid et des injures de l'air, ne paraissent guère avoir été connus antérieurement au premier siècle de notre ère (6). Avant cette époque , les riches employaient , au lieu de vitres, la corne, les pierres transparentes, telles que la pierre spéculaire (verre de Mosco- ^e), laphengite (cristal de roche), l'agate, etc.; les pauvres restaient exposés à toutes les injures de l'air (7).
(I) Oo y ajootait une certaine quanUté d^oxydede fer (aimaDl), et même quel* 1«e(oiftdctcoqaiUe« de crustaoés. Pline, xxxti, 66. (DPline.ibîd'., 66.
(3) Ariitopli., in Araehn., v, 73 et 74 : lirivo|uv il OoiXCvfi»v Ixkoii^twv, Mm liôiDes dans des f aies de Terre.
(4) Sén^ne, Bpisi. 86. Pauper sibi videtur ae sordidut ^ -nisi parietes «Ofaïf et preliMis orbiàus re/mUerunt^ — nul viiro abêcondUur caméra.
(&) Pline, xi&Ti, 66. Dulena {Origine des découveries, etc., 2 vol.; Paria, 1812) >e trompe éTidemment, quand il prétend que Pline parle, dans le passage eriti- 9^t àe niiroirs de verre et de feuilles d*or appliquées defrière, au lieu de ««rnire, etc.
i6; Laetance, De opi/icio Dei, c. 8.
0) Plutarqoe, PlacU.^ >"* ^ » Sénèque, Epist,^ 90 ; Martial, tiii, Épig. 14 el 68.
458 UISTOIRK DE LA CUIMIX.
Les fenêtres des palais impériaux à Rome étaient encore, au premier siéclede noire ère, conslruiles avec ces matières, comme nous l'apprend Philon dans son ambassade auprès de Caligula: (( Cet empereur courut dans une grande chambre , et, se promenant de long en large , il ordonna qu^on ouvrit les fenêtres, faites en pierres presque aussi transparentes que le verre; elles n'interceptent point la lumière, tout en empêchant le vent d'y pénétrer, et elles préservent de la chaleur du soleil (1). »
On a trouvé, en 1778, dans les fouilles de Pompéi, près de Naples, des salles de bain, garnies de fenêtres en verre aubsi belles que les nôtres (2).
L'étude de ces carreaux de. verre fut reprise de nos jours par M. Bonlemps (en i862). Par quel procédé les anciens oblenaiont-ils ces grandes plaques rectangulaires dont plusieurs mesurent 7i centimètres sur 54 centimètres? Les obtenaientils par le soufflage ou par le procédé, plus simple, du coulage? La présence de bulbes d'air et quelques autres particularités démontrèrent à M. Bontemps que les antiques vitraux de Pompéi sont le résultat d'un simple coulage. L'analyse chimique a établi la presque identité de leur composition avec celle de nos vitres actuelles (3;.
Pline rapporte , comme un bruit qui courait de son temps, qu'on avait découvert, sous le règne de Tibère, un procédé pour rendre le verre flexible, au moyen d'une espèce de trempe, mais que l'atelier de l'inventeur fut irréparablement détruit, afin de prévenir la dépréciation qu'auraient subie le cuivre, l'argent et l'or (4). ,
Verre* colorés. — Pierres précieuses y naturelles et arti-
flcielles*
Pline parle d'une espèce de verre noir^ qu'il appelle
(1) Philon, Delegatione ad Caïum Caligulam,
(2) Diitens, Origine des découvertes, t. ii.
(3) Comptés -rendus de F Académie des sciences de Paris, nui 1S62. M. Clau'iet a trolkvé les vitres de Pompéi composées de silice 69 ; rhanx, 7 ; sonde, 17; alumine, 3; oxyde de fer 1 ; manganèse el cuivre, traces.
(4) Pline, xxxvi, 66; Conf. Pelron. Arbit.; Dion Cassius, LVii, p. 617; l^>*'-t Orig., XVI, 15.
ûbsidim^ à cause de sa ressemblance -avec la pierre portant le même nom (1). a J'en ai vu, dit-il, des statues massives représentant l'empereur Auguste, qui aimait beaucoup ce genre de verre. On le fabrique dans les verreries oix l'on colore le verre {fit et tincturx génère obsidianum). On fabrique aussi du verre rouge de sang, appelé A^ma/mon (de a^a, sang), puis du verre blanc, du verre murrhin , du verre qui imite le saphir, l'hyacinthe, enfin des verres de toutes couleurs {ex omnibus alm coloribus). Nulle matière n'est plus maniable [sequacior)^ plus propre à prendre toutes les teintes. »
Les abraxas, les amulettes, et les espèces de jetons appelés nbaeuii, dont on voit des échantillons dans nos musées, témoigneraient suffisamment, en l'absence de toute autre preuve, en faveur de la connaissance qu'avaient les anciens de la fabrication des verres colorés.
Dans une contrée de l'Arabie, voisine de l'Egypte, on faisait, suivant Diodore, du cristal par le moyen d'un feu divin (uiro Oe(ou icupoç). Ce cristal recevait diverses couleurs par le dégagement à'm esprii {^^r^yai icoXu(iiop^M; avaôufxiaaet 7rvtu|jLaToc). On fabriquait de»émeraudes et des béryls dans des forges d'airain. ((Toutes ces couleurs sont^ ajoute Diodore de Sicile, II, 5â (tome I, p. 472 de noire traduction, 2' édit. ), un effet de la lumière (xât ypco^uocTot 79 ûk direpYaÇeoOai). »
Rien de plus obscur que l'histoire des pierres précieuses. Il est impossible de se reconnaître au ^niiieu de ce déluge de dénominations, telles que onyx, sardonyx, chrysoprase, xrizusa, fyonoj, capnîa^, jiutponyx, chryselectroUy leucochry^e^ mélichrysey ^iro$y im, alectoriCy etc. (2).
Au reste , il nous importe peu de savoir si l'anneau de Polycrale, retrouvé, dit-on, par un cuisinier dans le ventre d'un Frisson, était une topaze ou un saphir, ou si l'anneau de Pyrrhus, sur lequel on voyait gravés Apollon et les neuf Muses, èUit un corindon ou un rubis.
le diamant {adamas) était tout aussi estimé des Grecs et des Hornains qu'il l'est de nos jours. Sa dureté était, depuis long-
M) Ai MimHUftdinem lapidis qvrnn in jE(hiopia invenit obsidius,nigerrimi co/orii, aliquando et Iranslucidi. Pline, xxxti, 67.
{1) Pline donne, h la (in de son Histoire naturelle ( xxxvii , 53 et suiv.), une liste ^ pierres précieuses.
160 UISTOIRB DB Ul CHIMUB.
temps passée en provélrbe. Pline parle de la cristallisation du diamant à six faces et à six angles (1). On exploitait des mines de diamant en Ethiopie.
Les Romains mettaient surtout un grand prix à l'émeraude [smaragdus). Le dictateur Sylla se servait d'un cachet en émeraude, représentant Jugurtha livré aux Romains. Le sceau de Mécène, ministre et favori d'Auguste, avait la forme d'une grenouille. « On redoutait , dit Pline , beaucoup ce sceau, parce qu'il servait à sceller les édits pour la levée des impôts. » Néron regardait à travers une émeraude les combats des gladiateurs.
Les rubis {carbunculi) étaient aussi en grande faveur. On en faisait venir des Indes et du pays des Garamantes. On appelait rubis femelles ceux dont l'éclat était plus faible (2).
De toutes les pierres précieuses, celles qu'on imitait le plus communément étaient l'émeraude et le rubis. On imitait l'émeraude au moyen du cuivre incorporé dans une masse vitreuse, et le rubis au moyen du fer. Mais ce qui ne doit pas moins nous surprendre^ c*est qu'on savait déjà fort bien distinguer > une pierre artificielle d'une pierre naturelle. Dans ce but, on se servait d'une pierre dure, siliceuse (cotes), qui devait entamer ou rayer l'une, et laisser l'autre intacte. « Car, ajoute Pline, la matière des pierres imitées est plus tendre {motlior emm materia). s On les distinguait également au poids, ainsi qu'à d'autres caractères extérieurs, n Toutes les pierres précieuses, vraies ou fausses, sont rayées par le diamant, o
Ce serait le cas de tracer le tableau du luxe effréné des empereurs et des dames romaines^ de la magnificence que les vainqueurs déployaient dans les triomphes. Mais ce serait une digression déplacée ici.
Couleurs.
La connaissance que les anciens avaient, des couleurs nous intéresse plus particulièrement. On s'accorde à croire que les Grecs et les Romains ont emprunté la connaissance des
(I) Pline, XXXVII, 15.
(2}Id., ibid.,25.
couleurs, et de leur application à la peinture, aux Phéniciens et surtout aux Égyptiens. Déjà du temps d'Auguste on reprochait aux peintres de se servir de mauvaises couleurs gui se détérioraient promptement; et on leur citait, sous ce rapport, comme des modèles, les chefs-d'œuvre d'Âpelles, de Mélanthe , de Nicomaque , et d'autres , dont on admirait la. parfaite conservation. Nous faisons aujourd'hui le même reprochée nos artistes, en citant, comme des modèles à imi-. ter, les tableaux du Corrége, de Raphaël, de Rubens, où les couleurs se sont conservées, depuis des siècles, avec la fraîcheur qui les caractérise. A quoi cela tient-il? Gela tient à ce tons ces grands maîtres avaient très-bien compris la nécessité de préparer eux-mêmes leurs couleurs, et que ceux qui recourentpcur cela à des mercenaires, qui partout ne songent qu'à leur intérêt, sont sûrs d'être mal servis. Apelles, Mélanlhe, Nicomaque , n'étaient pas seulement de grands peintres dans l'acception propre de ce mot, ils étaient aussi initiés à toutes les pratiques qui, de près ou de loin, touchaient à leur art. Ce tut ainsi que, vingt siècles plus tard, les immortels maîtres des écoles flamande et italienne ne dédaignaient pas de préparer eux-mêmes leurs couleurs ; leur exemple devrait être suivi par les artistes de tous les temps.
Cicéron, en parlant de l'école grecque, dit qu'on ne faisait autrefois usage que de quatre couleurs, et, parmi les peintres giecs, alors les plus renommés pour le coloris, il cite Zeuxis, Pdygnote, Timante, Aétion, Nicomaque, Protogène et Apelles (1).
Pline, qui vivait plus de cent ans après Cicéron, remarque que les quatre couleurs dont se servaient les peintres grecs étaient le blanc, le notr, et les ocres jat^n^ et rouge (2). Mais il ^ trooipe quand il nomme Apelles comme s'étant servi seulement de quatre couleurs; car, dans le tableau qui représentait Venus sortant de Vécume de la mer (ava$uo(ii^vr,) et qu'il admirait t^nt, la mer était couleur d'azur.
Us ocres jaune et rouge, le hianc et le noir, étaient les couleurs les plus employées par Protogène et Apelles; ce sont ces mêmes couleurs que l'on remarque aussi dans les plus beaux
(l}Cie. in Bruto^ ieu de Claris oratoribuSt c. xviii. (^)iïw.ïla^,x«T, II.
<;hefs-d œuvre de Raphaèl et du Titien. Le Saint Marc et la Yéfius offrent des exemples remarquables de peintures dans lesquelles toutes .les teintes foncées sont évidemment produites par des ocres jaune et rouge, et par des substances carbonacées (4).
Le sentiment du beau est le même chez tous les peuples civilisés de l'Occident, et à toutes les époques les grands artistes se servent des mêmes moyens pour le satisfaire. Il y a ici un rapport digne de nos méditations.
Dans tous leurs sujets historiques et moraux, les artistes de la Grèce étaient très-sobres de teintes brillantes; semblables en cela aux grands peintres des écoles romaine, espagnole et flamande, dont les tableaux ont un ton sévère et, autant que possible, uniforme.
Passons maintenant à la description de chacune des couleurs en particulier.
Pourpre*
Nous avons déjà mentionné cette couleur (2) ; nous allons nous y arrêter davantage.
Y avait-il plusieurs espèces de pourpre? Quels étaient les procédés de teinture anciennement usités (3)?
Suivant Aristote, il y avait plusieurs mollusques qui fournissaient la pourpre. « Les coquillages, dit-il , qui vivent dans les golfes (de la Méditerranée) sont grands et garnis d'aspérités; la plupart ont une fleur noire , quelques-uns l'ont rouge, et en petite quantité. Ceux qui naissent près des côtes sont petits, mais presque tous à couleur rouge. Leur tissu est dense, et a l'aspect d'une membrane blanche qu'on enlève. Quand on
<!) Humphry Davy, Annales de la chimie, t. xcvi.
{2) Voyez plus haut, p. 60.
(3) Vers la fin du siècle passé , le gouvernement espagnol fit publier tous les documents relatifs à la pourpre des anciens , sous le titre suivant : Memorias sobre la purpura de los a^itiguos, restaurada en Espaha, gué de orden de la real junta gênerai de comercio y moneda se dan al publicofpor don Juan Pahlo Canals y Marti. Madrid, (779, 4. Oo n*y trouve aucune observation . neuve.
le presse, il teînt et colore la main; ce qui paraît être la fleur (malière tinctoriale) s*y ramifie comme une veine (i). »>
SelonVitruve et Pline, qui copient ici en partie Aristote, la véritable pourpre était d'un rose foncé (2). On ajoutait à la liqueur, retirée des vaisseaux veineux des mollusques^ une quantité proportionnée de sel (carbonate alcalin, environ i pour 100 de liquide), dans lequel on la laissait macérer pendant trois jours; «nsuite on la faisait bouillir dans des chaudières de plomb {(emrehplumdo)y jusqu'à réduction d'un seizième; enfin on essayait la liqueur en y trempant une étoffe de laine convena- Wement préparée par le lavage {vellus elutricUum mergitur in ^^mentum ). On continuait à la concentrer jusqu'à ce que ^à couleur, ainsi soumise à l'épreuve, fût d*un très-beau rouge te. On laissait la laine, pendant cinq heures, plongée dans la teJDture, puis on la retirait, et on la cardait pour l'y plonger <ie nouveau, afin qu'elle fût bien imprégnée de la matière tinctoriale (3).
Pline raconte que les coquillages qui donnent la pourpre ^nt de deux espèces : l'une, plus petite, s'appelle buccin {^^num)j à cause de sa ressemblance avec l'instrument ^^ ce nom; l'autre se nomme pourpre {purpura); le temps le plus favorable pour leur pêche était soit après le lever de la ca- ''icule, soit avant le printemps (4). Vitruve assure que la couleur ^ifl^érait suivant les pays; qu'elle approchait davantage du vio* 1^1 dans les pays du Nord, tandis qu'elle était plus rouge dans les contrées méridionales ; qu'on la préparait en battant le co- <|uiiiage avec des instruments de fer, et que la liqueur pourpre ^parée du reste de l'animal était mêlée avec un peu de miel (5).
Tout ce que les anciens nous rapportent des coquillages, tels ?ue le murex et le buccin, comme fournissant la fameuse couleur POQrpre, a été, par quelques auteurs , regardé comme fabu-
0) Aristote, ffist. anim.f v, 13.
i/PUne, Hitt.naL, ix,60.