‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 20 sur 53 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

DEPUIS LE IX* jusqu'au Xlll* SIÈCLE.

Le neuvième siècle marque à peine dans les annales de la science : c'est que les peuples avaient l'esprit tourné vers la guerre. En Espagne, les Arabes continuaient leurs conquêtes. En Italie, en France et en Allemagne, des princes faibles ou indignes se disputaient les lambeaux de Tempire de Cbarlemagne. Les empereurs d'Orient, plongés dans de sanglantes intrigues ou absorbés par de vaines disputes de religion,, avaient peine à se défendre contre les envahissements des Bulgares, des Croates, des Esclavons et des Sarrasins. *

Les siècles suivants ont laissé plus de traces lumineuses. Les Arabes se présentent ici en première ligne.

Quand les souverains donnent eux-mêmes l'exemple de la culture des sciences, les peuples se sentent puissamment encouragés. Les khalifes Al-Mansour, Haroun-Al-Raschid, Al-Manioun cultivèrent la philosophie, l'astronomie et les mathématiques. Al-Mamoun appela à sa cour beaucoup de savants étrangers, et il flt, à grands frais, traduire en arabe les classiques grecs. Partout la domination arabe répandait les bienfaits de la civilisation. Bagdad, Bassora, Rufa, Cordoue, eurent des écoles et des bibliothèques publiques, où affluaient les hommes avides de s'instruire (i). L'université de Cordoue jouit longtemps d'une grande célébrité. La bibliothèque de la capitale des émirs d'Espagne fut la plus vaste du monde : elle contenait, dît-on, plus de deux cent cinquante mille volumes. Après la conquête de Grenade, la plus grande partie de ces livres fut brûlée par le fanatisme de Ximenès. Au douzième siècle, on ne compta pas moins de

(1) Mich. Casiri, Bibliotheca arabico-hispanico-escurialensis , 1760-1770, 2 vol. fn-fol. ^ B. à'UetheM, Bibliothèque orientale ^ Pv\è, 1697, in-fol.

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soixante-dix bibliothèques publiques dans les contrées dç l'Espagne soamises aux Maures.

Cependant lesArabes avaient moins de génie et moins d'originalité^que les Grecs , qu'ils ont traduits ou copiés. On leur doit fort peu de découvertes proprement dites. Gela tenait surtout à ce que les savants arabes s'étaient entièrement formés d'après les principes de Técoie d'Alexandrie ; ils pouvaient donc, en quelque sorte, être considérés comme les héritiers et les successeurs des philosophes alexandrins. Le domaine de la poésie et du spiritua* lisme mystique convenait d'ailleurs mieux à leur imagination ardente que l'observation du monde matériel.

Les chrétiens étaient alors à peu près dans la même situation intellectuelle. C'est ce qui explique pourquoi ils s'approprièrent sans difficulté, malgré la différence de religion, la science des Arabes; et, dans leur admiration, ils allèrent jusqu'à attribuer aux Arabes ce que ceux-ci avaient emprunté aux Grecs; erreur qui s'est môme en partie conservée jusqu'à nos jours.

C'est, dit-on, par l^s croisades que la science* des Arabes fut révélée aux Occidentaux. Mais on exagère ici, évidemment, Tinfluence des croisades. Car déjà dès le neuvième siècle, par conséquent deux cents ans au moins avant la première croisade^ les savants de l'Occident s'étaient trouvés en contact avec les Maures d'Espagne et connaissaient /les trésors de l'académie de Cordoue. Au dixième siècle, Gerbert, élu pape sous le nom de Sylvestre II, avait été élevé en Espagne, et avait même appris la langue arabe.

L'influence des croisades s'est fait bien moins sentir sur les sciences et les lettres que sur les mœurs et les coutumes des Occidentaux.

Hormis les Arabes et les Grecs, tout le reste de l'Europe était encore plongé dans les ténèbres. Les rois étaient tous aussi ignorants que leurs sujets. Le clergé, qui constituait un État dans l'État, était seul chargé de conserver le dépôt de h religion, des sciences et des lettres.

Chez les Arabes, le khalife réunissait le pouvoir temporel à la i^uprématie spirituelle ; il n'y avait donc pas de conflit possible entre ces deux puissances antagonistes. Mais il n'en était pas de même chez les chrétiens. Le pape et l'empereur avaient à défendre chacun des intérêts trop divergents pour n'être pas sans cesse aux prises l'un avec l'autre : les Grégoire VII, les Inno-

cent m, les Boniface VIII, plaçant la tiare aa-dessas du sceptre, ne dérendaient pas seolemeot leur cause personnelle , ils étaient la plus haute expression de ranlagonisme permanent entre Tautorité spirituelle et le pouvoir temporel; ils représentaieat la prépotence de la pensée sur le glaive , à une époque oii ni les peuples ne savaient lire ni les princes signer leurs noms.

Ces conflits mémorables forment, sans contredit, une des pages les plus instructives de l'histoire. Mais les hommes en savent-ils profiter?

• CHMISTES ARABES.

Les Arabes s'étaient plus occupés de médecine et de pharmacie que de chimie proprement dite.

C'est particulièrement sur la préparation des remèdes qu'ils avaient fixé leur attention; et, à cet égard, ils ont rendu de véritables services, comme l'attestent les noms chaldéens arabisés^ tels que alcool (^Jiiîl) (1), aikali (2), borax (3), élixir {k)y laque (5), depuis longtemps introduits dans la nomenclature.

En dépit du Koran, qui interdit formellement les pratiques de la magie et de l'alchimie, les Arabes embrassèrent avec a^ deur les doctrines mystiques de l'art sacré et de la philosophie néoplatonicienne , dont Geber ou Djaber fut, vers le milieu du huitième siècle , un des plus zélés propagateurs.

Pour les Arabes, l'alchimie était l'art de transmuter les métaux, de faire de l'or et de trouver la panacée universelle. Us disputèrent, comme le firent plus tard les alchimistes de TOccident , pour et contre la réalité de cet art. Parmi ceux qui soutiennent la réalité de l'alchimie, on remarque El-Rasi et

(1) Le mot alcool signilie quelque chose qui brûle, du clitidëen» nSp> brûler^ torréfier. Alcool est donc à peu près synoDyme de aqua 'ardens (eau ardente; et de icOp {i7^6v (reu liquide).

(2) Ce mot vient également de la racine chaldéenne nbp brûler, torréfier, parce que l'alcali s'obtenait par la combustion du bois el la lixiviation des cendrei.

(8) Ce mot dérive de plia (horak) blanc.

(4) De 103 ( kesir,el-keiir), essence.

(5) De ^ (lakh), résine, laque.

Ebid-Durr. Au nombre des sceptiques, on place Ibn-Sina, Al- Kmdiy Tadversaire d'El-Rasi, Ben-Yetim^ l'antagoniste d'Ebid- Durr. Hais le plus célèbre des philosophes hermétiques , c'est Geber, que l'on peut, à juste titre, considérer comme le restaurateur de la science.

Les plus anciens ouvrages que les Arabes prétendent avoir reçus des Indiens, des Égyptiens, des Perses et des Grecs, sont les livres alchimiques des brahmines, Bojunol-Brehmen, c'està-dire Démonstrations des brahmines, tels que le traité {rissah) de Dsjamasp, vizir d'Erdeshir, l'épître d'Hermès Trismégiste à son fils Thaut, les traités d'Aristote , d'Agathodémon , d'HéracIius et desNabathéens, traduits par Ibn-Wachije (1).

Après Djafary le maître de Chaled ben lesid, on cite Medschriti Toghradji, auteur d'unpofîme alchimique, dont Pococke a donné la traduction 2), et Dschildegi, le dernier des grands alchimistes (3)..

Dschildegi réunît cinq livres anciens en un seul, sous le titre : la Lanterne pour la science de la clef {Al-missbah fi ilmol miftah). H annonce dans la préface que ces cinq livres renferment l'esprit des trois mille livres de Djafar, et celui-ci l'esprit des cinq. Il donne l'histoire des alchimistes du huitième siècle de l'bégire (quinzième siècle ), dans un ouvrage intitulé le Lever de la luné sous la présidence des parcelles d'or. Ce titre myslico-astrologique laisse deviner en quelque sorte le contenu de l'ouvrage.

Les Arabes étaient les légitimes successeurs des néoplatoniciens. Grâce à la trempe de leur esprit, ils devaient pousser jusqu'à l'excès le symbolisme mystique des philosophes d'Alexandrie. Ils appelaient l'alchimie la science de la clef (ilmol miflah), la science de la balance, la science de la pierre philosophale, la science de K. (initiale de Kimia)^ la science de M, (initiale de Misan, balance). Enfin il y a des ouvrages intitulés : liwe de la source, livre de l'abondance , livre de la combustion, traité de Vélixir, etc. (4).

(i}Voy. Hammer, dans i^ncyc/o/). der Wissenscha/ten (Encyclopédie des •ôeiices) de Erscli et Grober ; Lips., 1819, 4. (1) Carmen, éd. Pococke, 8; Oxon., 1661.

(3) Albolfaradje, HUt. dynast., édit. Pococke. -. J. Léo, Libeltus de viris guù àutdaim Hlustribus apud Arabes, édil. Hottinger, 1660. figur. 4.

(4) M. JaTary affirme, dans une p^tile note qu'il nous a coromuDîqoée, que déjà

: Yeber ou «eber ( DJaliar Al-Koufl ).

On ne sait rien de précis sur la vie de ce philosophe chimiste. Au rapport de divers témoignages, il était natif de la ville de Rôufa, et vivait dans le milieu du huitième siècle. Son père s'appelait Moussa, et il avait un fils nommé Haygan. Geber menait la vie contemplative des sofis. Dans plusieurs de ses écrits il se dit lui-môme contemporain de Timan Djafar, surnommé le Juste, avec lequel il eut des relations personnelles. Cet iman^ qui passe pour avoir cultivé Talchimie, et auquel les mahométans attribuent un caractère divin, mourut en 765 . Si ces détails sont exacts, l'époque à laquelle vivait Geber se trouve à peu près déterminée (i).

Selon Léon TAfricain, Geber était Grec d'origine, mais converti à l'islamisme. L'histoire ne nous a conservé de Geber que le nom et une partie de ses écrits. D'après un manuscrit ar^be, de la bibliothèque de Leyde, il était Tousensis souficus, c'est-àdire philosophe de Thus ou Thusso, ville du Rhorasan, proviDce de la Perse (2). Suivant d'autres, il était de Haran (l'ancienne ville de Carres, célèbre par la défaite de Crassus), en Mésopotamie (3). Quelques adeptes le disent roi de l'Inde, et lui

a?ant Geber il y avait des alchimistes arabes. <t Dès les premiers siècles de Tère Tulgaire, on vit, dit-il, des pliilosopbes surgir à Tenvi, dod- seulement parmi tel Égyptiens et les L itios, mais parmi les Juifs, les Arabes et les Persans. I&sus de la vieille race égyptienne, héritiers de l'antique science des prêtres d'Hermès, Octnz, Pauécis, Hakuslao parurent successivement dans Tacadémie alexandriae aux deuxième et troisième siècles de J.*G. Au troisième siècle, la Perse prodoi»it Dryatliès; au quatrième, Araxarbrel dMspalian,et Alrymed au cinquième. Chet les Arabes, on remarque Espliénor vers Tan 150; Al-findi an quatrième siècle; au cinquième, Onomien, cosmopolite, qui voyagea par toute TAsie, et péoéln jusqu'en Cbiiie; au commenct^ment du sixième siècle , Hamuel , disciple de Zosime; vers Tan 560, Albou-Haly, qu'il ne faut pas confondre avec Abn-Alyi ^ disciple d'Avicenne. »

(1) Voy. M. Reiûaod, Monuments arabes, persans, etc., du cabinet de M. U doc de Blacas, 1. 1, p. 370. Manuscrits arabes de la Slbl. impériale, fonds Ducaurroy, folio 136 et suir. — MM. Reinaml et Favé , Histoire du feu grégeois, p. 92.

(3) Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique; Paris, \^\% t.i,p. 74.

(3) Abotféda, II, p. 22. ^

doDoent celte qualification sur le titre de ses ouvrages. Rhasés l'appelle fils d*Ayen^ et cite de lui un traité des combinaisons (Mutatorum), qui n'est pas parvenu jusqu'à nous (i).

Rhasés, Avicenne, Khalid, et tous les médecins arabes postérieurs au neuvième et au dixième siècle, citent Geber comme leur maître. Cardan le place au nombre des douze plus subtils génies du monde. Boerbaave en parle aussi avec estime dans ses Institutions chimiques.

Nous montrerons, par l'analyse de ses ouvrages, qu'il mérite d'ôtre mis au premier rang parmi les chimistes ou alchimistes, antérieurs à Van-Helmont.

S'il faut en croire quelques érudits, Geber fut un écrivain extrêmement fécond : il aurait composé au moins cinq cents volumes sur la science hermétique. Ce qu'il y a de certain, c'est que plus d'un auteur portait le nom de Yeber, Djafar ouGiaber. On cite, entre autres, Min poète arabe, appelé Oiaber, né en Andalousie, et qui vivait quelques siècles après notre philosophe.

Presque tous les ouvrages qui nous restent de Geber sont en latin. La bibliothèque de Leyde renferme, dit-on, plusieurs manuscrits arabes de Geber qui n'ont pas encore été mis au jour.

Voici la liste des manuscrits de Geber qui se trouvent à la Bibliothèque impériale de Paris :

Sumtna coileciionis complementi secretorum \aturXy n^ 6514.

SMmma perfectionis^ n* 6679 et n* 7156.

Compendiunij n'' 7150 A.

Testamentum, n^' 7173.

Fragmentum de triangulis sphxricis, n** 7399.

lÀbri de rébus ad astronomiam pertinentibus^ n^ 7406 (2).

Tous ces manuscrits ont été imprimés^ sauf le fragment qui traite des Triangles sphériques. Le Compendium (n°7160, du

(0 Ce reoieignement 86 trouve dans un manuscrit latin de la Bibliotlièqiie impériale ( n* 6ôl4, fol. 125), contenant le traité inédit de Rliasës : dt Alumixtittj et salibus.

(i; L« manoscrit signalé par Borel {Bibliotheca ehimka; Paris, 1654, 12), ^^^ ie litre : Uber clariiaiis atchemix , ne se trouve |>aj dans la collection des auiascriU de la Bibliothèque impériale de Paris»

commenceiBent du seizième siècle ), abrégé fort incomplel de quelques-unes des doctrines de Geber, est probablement apocryphe. L'ouvrage le plus important de Geber est celui du manuscrit n® 65U (du quatorzième siècle), et qui se trouve reproduit deux fois dans ce môme manuscrit (fol. 61 et fol. 174). Il est à peu près identique avec le manuscrit du Vatican, imprimé sous le titre : Geberi phiiosophi perspicacissimi Summa perfectionis magisferii in sua natura, ex hiblioihecx Vaticanx exemplari emendatUsimo nuper édita (i). A la dernière page on lit: Impressnm Romœ per Marcellum Silber; in-12, sans date (il paraît avoir été imprimé entre 1490 et 1520). Cette édition, fort rare, fut réimprimée en J 682 à Dantzick sous le titre : Summa perfectionis magisterii in sua nalura iibri /F, cum additione pjusdem Gebri reliquomm traclatuum^ nec non Avicennœ, Merlini et aliorum opusculorum similis argumenti, in-8®, et reproduite dans la Bibliothèque de.Manget, t. I, et dans le Gynxceum chimicumy vol. 1; Lugd., 1679, in-8*. Salmon a traduit en français la Somme de perfection, insérée dans la Bibliothèque des philosophes chimiques, Paris, 1672 et 1678, 2 vol. in-12.

Lenglet-Dufresnoy cite quatre manuscrits arabes de Geber : (o n» 972 de la Bibl. impériale : Opus cui tilulus liber divitiaruMj tractatus chymicus , et pars oetana quingentorum illorum^ quos de hoc argumento littetis consignavit Abou Moussa Giaber ben Haijam sofiy qui vulgo Geber nuncupatur; — 2« n® 800 delà Bibliothèque de Leyde : De lapide phiiosophieo ; — 3^ n"* 801 de la même Bibliothèque : Tracfatus de invenienda arte auri et argentin sive alchymica; — i**, n^ 802 de la même Bibl. : ùuo alii tractatus de eadem materia. — Ces trois derniers manuscrits furent recueillis en Orient par Warnerus, élève du célèbre orientaliste Golius. G. Horn avait promis de les traduire en latin, dans la préface du livre intitulé : Gebri Arabîs chimia sive Traditio summœ perfectionis et investigatio magisterii tnnvmeris locis emendata , a Caspare Homio, medico Reip. Noribergensis. Accessit ejusdem medulla alchimiœ Gebricœ. Omnia édita a Georgio Hornio. Lugd. Bat., in-18, 1668 (2).

En lisant attentivement les écrits de Geber^ on peut se convaincre qu'il n'était pas seulement un compilateur, mais

(1) Ce livre se tronre à la bibliothèque du Panthéon.

(3) Cet opuscule , que nous possédons, est d'uoe rarelé f itréme.

DEUXIÈME ÉPOQUE. 3â9

un observateur, aussi consciencieux que modeste. La modestie, celte vertu que chacun aime, mais souvent sans la pratiquer, Geber la possédait au plus haut degré. Aussi est-il bien difficile de distinguer les découvertes dont Thonneur lui revient, de celles qui appartiennent à d'autres observateurs.

Geber parle le premier, — à moins qu'on ne veuille révoquer eo doute l'authenticité du traité de Alchimia (1), — de la préparalioD de Tacide nitrique et de Peau régale. Avant lui , aucun écrivain n'avait fait mention de ces dissolvants précieux, sans lesquels la chimje est impossible.

£st-ce à Geber que nous en devons la découverte, au moins tout aussi importante que celle de l'oxygène? Il n'en dit rien lui-même; mais il. nous le laisse deviner.

Geber a été invoqué comme un oracle par tous les chimistes qui sont venus après lui. Roger Bacon l'appelle le maître des maîtres, tnagister magistrorum. Nous devons faire connaître les ouvrages de ce grand maître.

Summa colUclionU complementi secretorum nalurœy autrement dit la Somme de perfection du magistère ( Summa perfectionis magislerii) (2).

L'auteur débute par une série de maximes, qu'on pourrait appeler les aphorismes de ia science positive , et particulièremeot de la chimie.

» Pour aborder l'étude de la chimie avec succès, il faut, ditil ^ être,. avant tout, sain d'esprit et sain de corps. Celui qui »e laisse égarer par son imagination, par sa vanité et les vices qui l'accompagnent, est aussi incapable de se livrer aux opérations de notre art que celui qui est aveugle ou manchot. Seulement, les défauts physiques sautent plus aux yeux que les imperfections morales.

« La patience ia plus grande et la sagacité la plus profonde ^Dt également nécessaires. Quand nous avons commencé une expérience difficile, et qui ne répond pas d'abord à notre attente, il faut avoir le courage d'aller jusqu'au bout; il ne faut

(1) Geber, de Alchimia libri très; Argentorati, arte et impfnsa J. Griening«ri. 15J9, fol.

()} Magitierium, magistère, aigaifle, en terme de basse latinité, l'œuvre du

mitre.

jamais s'arrèler à mi-chemin; car un œuvre tronqué, loin d'être utile, nuit au progrès de la science.

« Ayez de la modération et du sang-froid, et ne détruisezpas, dans un accès de colère, ce que vous avez commencé. Soyez économe de votre argent, afin que, si vous ne recueillez pas les fruits que vous en attendiez, vous ne soyez pas réduit à vivre dans Tindigence.

(( La science qui nous occupe est ennemie de la pauvreté; elle ne convient guère qu'aux riches et opulents.

(( Malheur à celui qui » dépensé son temps et son argent, sans avoir jamais rencontré la vérité ! La tristesse et le chagrin le conduiront lentement au tombeau.

a Grave-toi dans Tesprit tous les moments de tes opérations, et cherche à te rendre compte des phénomènes qui se passent sous tes yeux.

0 II nous est aussi impossible de transformer les métaux les uns dans les autres, qu'il nous est impossible de changer un bœuf en une chèvre. Car, si la nature doit employer des milliers d'années pour faire les métaux, pouvons-nous prétendre à en faire autant , nous qui vivons rarement au-delà de cent ans?

(( La température élevée que nous faisons agir sur les corps peut , il est vrai , produire quelquefois , dans un court intervalle, ce que la nature met des années à engendrer; mais ce n'est encore là qu'un bien faible avantage.

« Qui sait quelle est l'influence des astres sur les métaux, influence qu'il nous est impossible d'imiter?

a Malgré tous les obstacles , il ne faut pas se laisser décourager; d'ailleurs beaucoup de ces obstacles existent dans l'esprit des sophistes plutôt que dans la nature elle-même.

«L'art ne peut pas imiter la nature en toute chose; mais il peut et doit l'imiter autant que ses limites le lui permettent. ))

Après avoir réfuté les objections des sophistes, Geber prononce ces paroles remarquables, qui nous (ont voir quel rôle jouaient déjà de son temps les gaz, appelés esprits, spiritus :

« Il y a des gens qui font des expériences pour fixer les esprits (gaz) sur les métaux ; mais, comme ils ne savent pas bien disposer leurs expériences, ces esprits, et souvent môme les corps, leur échappent par l'action du feu.

DEUXlillE ÉPOQUE. 331

« Si VQQS voulez, ô fils de la doctrine, faire éprouver aux corps des changements divers , ce n'est qu'à l'aide des gaz que vous y paniendrez {per spiriius ipsos fieri neeesse est). Lorsque ces gaz se fixent sur les corps, ils perdent leur forme et leur nature ; ils ne sont plus ce qu'ils étaient. Lorsqu'on en opère la séparation, Toici ce qui arrive : ou les gaz s'échapperont seuls , et les corps où ils étaient fixés restent; ou les gaz et les corps s'échapperont tODS les deux à la fois. )>

Il est à regretter que l'auteur ne se soit pas étendu davantage sur un sujet aussi intéressant; mais il aurait été probablement conduit à révéler des choses qui étaient regardées comme des mystères : « Voilà , dit-il en terminant , tout ce que je dois dire , et on ne sait pas encore tout ce qu'il est possible de savoir. Aussi ne connalt-on pas tout l'œuvre. »

Ce n'est pas la première fois que nous rencontrons des notions d'une connaissance plus pu moins positive des gaz (esprits), et de leur intervention dans les phénomènes chimiques. Hais ces notions sont d'ordinaire tellement abrégées ou obscures, qu'on est tenté de croire que les châtiments les plus terribles attendaient le sacrilège qui les aurait révélées aux profanes. S'il est vrai que la chimie des gaz a été l'un des grands mystères de l'antiquité , il ne faudra pas s'étonner que les auteurs d'une époque où dominaient les croyances dogmatiques se soient abstenus de nous y initier.

L'opinion que les métaux sont des corps composés remonte à «ne époque assez reculée. D'après cette opinion , qu'adopte aussi Geber, les métaux se composent de soufre et de mercure. A ces deux éléments Geber en ajoute un troisième, Varsenic, Mais ces éléments des métaux ne sont pas le soufre, le mercure et l'arsemc véritables , tels qu'ils se présentent à nous dans la nature. Ils n'ont rien de commun avec les corps dont ils portent les noms; les alchimistes ont eux-mêmes soin de nous en avertir. En général , ils tenaient fort peu aux noms donnés aux choses. L'un de ces éléments est quelquefois appelé esprit fétide (spiritus fœtens ) , et l'autre eau vivante ou eau sèche.

Ainsi , les métau^i: se composent de deux ou de trois éléments d'une nature particulière. Leur proportion varie pour chacun des métaux. Celui qui parviendra à les isoler aura le pouvoir d'engendrer ou de transformer les métaux à volonté. Voilà, en somme, comment Geber et la plupart des alchimistes entendaient la

composition et la transmutation des métanx. Cette théorie, eV visagée sous sa forme la plus simple , n'a donc rien d'absurde, et aujourd'hui on a quelque tendance à y revenir.

Passons maintenant à la description que Geber fait successivement du soufre, de l'arsenic, du mercure, de Tor, de l'argent, du plomb, de l'étain, du cuivre et du fer.

Soufre. — « Le soufre, dit-il , est une substance homogène, et d'uue très-forte composition. Quoiquece soitune matière grasse, on ne peut pas lui enlever son huile par la distillation. On ne le calcine qu'avec perle. Il est volatil comme un esprit. Tout métal qui est calciné avec le soufre augmente de son poids d'une manière palpable. Tous les métaux peuvent être combinés avec ce corps, excepté l'or, qui se combine difficilement avec lui. Le mercure produit avec le soufre , par voie de sublimation , I'uskfur ou cinabre. Le soufre noircit en général les métaux. Il ne transformé pas le mercure en or ni en argent, comme se le sont imaginé quelques philosophes.

Arsenic. — a L'arsenic est composé d'une matière subtile, et d'une nature analogue à celle du soufre. Il est fixé par les métaux comme le soufre , et on le retire, comme ce dernier, de la calcination des minerais.

Mercure, — « Le mercure se rencontre dans les entrailles de la terre. Il n'adhère pas aux surfaces, sur lesquelles il coule vivement. Les métaux auxquels il adhère le mieux sont le plomb, l'élain et l'or ; il s'amalgame également avec l'argent, et très-difficilement avec le cuivre. 4}uant au fer, il n'y adhère que par un artifice qui est un ^and secret de l'art (1). Tous les métaux nagent sur le mercure, excepté l'or, qui y tombe au fond. Le me>

(1) Il résuite de ce passage, que Get>er Gonnaiss^t le moyen d'amalgamer te fer, moyen qui fut, au dix-huitième siècle, indiqué par Yogel. Voici cequ'oolit dans le I. VI, p. 39, des Annales de chimie : « M. Yogel est parTcnu à amalgamer du fer et du mercure en broyant une demi-once de limaille de fer et une once d'alun dans un mortier, jusqu'à ce que le tout soit réduit en poussière trèsfine. Mêlant à ceUe poussière deux à trois onces de mercure, et continuant de broyer jusqu'à ce que ce» substances se soient combinées , il faut verser sur Tamalgarae deux gros d'eau pure et agiter de nouveau le lâélange pendant l'espace d'une heure environ. Si Ton ne distingue plus de particules de fer séparées il f»' verser encore un peu d'eau sur l'amalgame, afin d'en si^parer tout l'alun qui n'a servi que d'intermède, et le sécher ensuite par le moyen d'une chaleur irès-dooce, ou bien avec du papier gris. »

ca'resert principalement dans l'application de Tor pour la dorare.

Or. — « L'or est un corps métallique , d'un jaune citron , trèspesant, brillant, extensible sous le marteau, malléable, et à l'épreuve de la coupellation {cineritium) ^ du grillage, et de la calcioation avec le charbon. L'or est soluble; sa teinture est rouge et rajeunit le corps. On le broie facilement avec du mercure et du plomb. On ne parvient qu'avec la plus grande peine à y fixer les esprits; c'est là un des grands secrets de l'art, qui échappe à celui qui a la tête dure (durœ cervicis).

Argent. — a Ce métal est d'un blanc pur, sonore, malléable, fusible, et résistant à l'épreuve du cineritium (coupellation). Allié avec Por, la coupellation ne l'en sépare pas; il faut un artifice potir l'en séparer. Exposé au contact des vapeurs acides et du sel ammoniac, il prend uoe belle couleur violette. Son minerai n'est pas aussi pur que celui de l'or, car il est ordinairemeot mêlé de beaucoup d'autres substances.

Plomb. — «Le plomb est un métal d'un blanc livide et terne^ lourd , non sonore , mou , extensible sous le marteau , et facile à fondre. Exposé à la vapeur du vinaigre , il fournit la céruse , et donne, par le grillage, le minium. Quoique le plomb ne ressemble guère à l'argent , nous le transformons cependant, par notre ar« tifice, facilement en argent. Il ne conserve pas son poids pendant la calcination (1) : il acquiert un surcroit de poids pendant cette opération. Le plomb est employé , comme nous le dirons plus bas, dans i 'épreuve du eineritium.

Éiam. — tt L'étain est un corps métallique, d'un blanc impur, peu sonore , mou, malléable, très -facile à fondre,^et rendant un brait particulier ( stridorem ) quand on le ploie. 11 ne supporte pas l'épreuve du eineritium. 11 augmente en poids pendant l'opération {magisterium). Il s'allie avec l'or et l'argent. » — Geber enseigne à préparer avec l'étain un liquide ( probablement le chlorure d'étain), qu'il conseille de conserver précieusement. < Calcinez, dit-il , avec l'étain un mélange de ie\ ammoniac , d'alun et de vinaigre fort. » Il prescrit de traiter de même le cuivre , le fer, le plomb et l'or.

Cuivre. — « Le cuivre est un métal de couleur rouge , malléable et fusible. Il ne supporte pas l'épreuve du eineritium. La tutie

(t) DuM quelques oianoscriu on lit transmutatiane au Heu de calcinatione.

( mine de zinc) se combine facilement avec le cuivre, et lui communique une couleur jaune citron. Le cuivre s'altère à Tair et au contact des acides.

Fer. — « Le fer est un métal d'un blanc livide, très-difficile à fondre , malléable et très-sonore. Il est difficile et dur à manipuler ( dufx traclationis ] , à cause de la difficulté qu'on éprouve à le faire fondre. Aucun des métaux , difficiles à fondre , n'est propre à Tœuvre de la transmutation. »

Après la description des métaux, Geber passe à une série particulière d'opérations, telles que la sublimation, la calciDation, la distillation, la dissolution, la fixation.

La sublimation, qu'il définit a une opération ayant pour but d'élever, à l'aide du feu, et de faire adhérer une substance sèche à la partie supérieure du vase, » lui fournit l'occasion d'insister sur l'importance des différents degrés de chaleur, et de varier l'intensité du feu suivant la nature des matières.

(( Vous pouvez , dit-il , graduer le feu suivant l'épaisseur du fourneau, suivant la dimension de ses ouvertures, et suivant l'espèce de bois employé. Pour avoir une température élevée, il faut que les parois du fourneau soient de la largeur de la main; pour une température modérée , elles doivent être de la moitié de cette largeur; et pour une température faible, de la labeur de deux doigts. Un bois dur et compacte chauffe plus qu'un bois poreux et léger. .

« Les vases dans lesquels on opère , ajoute-t-il , doivent être, autant que possible, de verre épais, ou d'une autre substance semblable au verre. Le verre est préférable, parce qu'il n'est pas poreux, parce qu'il ne laisse pas échapper les esprits {eu» poris careat, potens est spiritus tenere ) , et qu'il n'est pas facilement corrodé. Les vases métalliques sont attaqués par la plupart des substances. ^

(( La descente ( descensio ) est une opération qui s'applique aux substances métalliques. On traite ces substances dans un vase de terre ( âescensorium ), avec de la poussière de charbon : étant fondues , elles sortent par une ouverture pratiquée k la partie inférieure du vase. »

Delà distillation. — Il y a, suivant Geber, deux espèces de distillations : l'une s'opère à l'aide du feu, l'autre sans le feu. La première peut se faire de deux manières différentes : ou par l'ascension des vapeurs dans l'alambic, ou per deseentum^ dans

DEUXIÈME EPOOUE. ' 335

le but de séparer des huiles ou d'autres tnalières liquides par les parties inférieures du vase. Quant à la distillation sans l'aide du feu, « elle consiste, dit il, à séparer les liquides limpides par le filtre : c'est une simple filtration. n — On voit que le mot distillatio avait autrefois un sens beaucoup plus étendu qu'aujourd'hui.

fl La distillation parle féu peut, continue Geber, être variée dans son intensité, suivant qu'un chauffe le vase sur un bain d'eau ou sur un bain de cendres (1). »

De la calcinafion. — La manière dont Geber comprend et explique la calcination rappelle la théorie du phlogistique ; il la Domme principe sulfureux {suiphureikts ). a La calcination a pour but, dit-il , de brûler ce principe , et de rendre toutes les parcelles du corps accessibles au feu. »

ùe la solution. — La solution se fait en traitant les métaux , ou d'aulres substances calcinées, par du vinaigre fort, ou par des sucs acides , ou par d'autres dissolvants semblables. Le vase contenant ce mélange est enseveli, pendant trois jours et trois nuits, dans du fumier chaud. C'est ce que l'auteur appelle solutio per fim^m. D'autres préfèrent, à la place du fumier, un bain d'eau chaude dans lequel on maintient le vase pendant une heure : c'est la solutio per aquam fervenlem. Après cette opération, on verse la liqueur sur un filtre; la portioir qui s'est dissoute est séparée , et conservée à part ; la portion non dissoute est calcinée de nouveau , et soumise à une nouvelle solution Jusqu'à ce qu'il oe reste plus rien à dissoudre. — C'est là une des principales opérations de l'alchimie : elle a été depuis pratiquée par tous les adeptes.

De la coagulation^ — On désignait par le nom de coagulation i'évaporation ayant pour effet la cristallisation des sels métalliques, particulièrement de l'acétate de plomb. Quelquefois on appelait coagulation la combinaison du soufre avec le mercure. On donnait également ce nom à la transformation du mercure en une poudre rouge (oxyde), à l'aide d'une température élevée, a Cette expérience se fait , dit Geber, dans un vase de verre à long col , dont l'orifice reste ouvert pendant tout le temps qu'on chauffe, afin que toute l'humidité puisse s'en échapper (u/ pouU humidilas efus evanescere). »

(1) Od remtrqoe ici, en marge du manuscrif n** 6514, la figure <l*un fase distiliatoire Mmblable à ce!ni que nous afons dessiné à la page 2S0.

A la place de cetie kumidiié, les chimistes imaginëreQt plus tard le phlogislique. Ce fut neuf siècles après Geber que Lavoisier démontra à son tour que si, dans rexpérience indiquée, l'orifice du va^^e devait rester ouvert ^ c'était , non pas pour qu'il put en sortir quelque chose ^ mais pour qu'il pût, au contraire, y entrer quelque chose^ qui se fixât sur le mercure cl le transfor mât en une poudre rouge. Qui nous dira que ce que nous croyoDS blanc aujourd'hui ne sera pas demain démontré noir? Il faut avouer que Thistoire de la science est bien propre à nous rendre circonspects.

De la coupellation. — Cette opération, aussi importante que belle, déjà vaguement indiquée par Pline, Strabon , Diodore de Sicile, est clairement décrite par Geber. a L'aident et l'or supportent, dit-il^ seuls I épreuve de la coupellation (examen cineritii,. Le plomb résiste le moins; il s'en va et se sépare promptement. Voici ce mode d'opération :

c Que Ton prenne des cendres passées au crible ( einis eribellatvs) ou de la chaux, ou de la poudre faite avec des os d'animaux brûlés {puin's ossium animalium eombustarum) , ou ud mélange de tout cela, ou d'autres choses semblables. Il faudra ensuite les humecter avec de l'eau, les pétrir et les façonner avec la maiu, de manière à en faire une couche compacte et solide ( ut fiai itraium firmum et soUdum), Au milieu de cette couche, on fera une fossette arrondie et solide , au fond de laquelle on répandra une certaine quantité de verre pilé. Enfin , on fera dessécher le tout. La dessiccation étant achevée, on placera dans la fossette ( coupelle, fovea) l'objet que l'on veut soumettre à Tépreuve , et on allumera un bon feu de charbon. On soufflera sur la surface du corps que l'on examine , jusqu'à ce qu'il entre en fusion. Le corps étant fondu, on y projetera du plomb par parcelles , et on donnera un bon coup de feu. Et lorsqu'on verra le corps s'agiter et se mouvoir vivement, c'est un signe qu'il n'est pas pur. Attendez alors jusqu'à ce que tout le plomb ait disparu. Si le plomb a disparu, et que ce mouvement n'ait pas cessé, ce sera un indice que le corps n'est pas encore purifié. Alors il faudra de nouveau y projeter du plomb, et soufflera la surface , jusqu'à ce que tout le plomb soit séparé. On continuera ainsi à projeter du plomb et à souffler, jusqu'à ce que la masse reste tranquille , et qu'elle apparaisse pure et resplendissante à sa surface. Dès que cela a lieu, on éteindra le (eu; car

Pœuvre est alors parfaitement terminé. En projetant du verre sur la masse qu'on soumet à l'épreuve, on remarque que l'opération réussit mieux ; car le verre enlève les impuretés. A la place du Terre, on pourra employer du sel ou du borax , ou quelque alun. On pourra également faire l'épreuve du cineritium dans un creuset de terre, en soufflant tout autour et sur la surface, comme nous l'avons indiqué.

a Le cuivre se sépare de l'alliage un peu plus lentement que le plomb; mais il est plus facilement enlevé que Tétain. Le fer ne se prête pas à la fusion , et c'est pourquoi il ne s'allie pas avec le plomb. Il existe deux corps qui résistent à l'épreuve de la perfection {in examine perfeciionis perdurarUia corpora) , à savoir, l'or et l'argent, à cause de leur solide composition, qui résulte d'un bon mélange et d'une substance pure. »

A la suite de la Somme de perfection se trouve , dans l'édition de Born des œuvres de Geber ( Leyde , 1668), un petit traité intitulé (1) :

Liber invettigationis magisterii Gebri philosophi perspicacissimi.

L'auteur déclare dans la préface que le Livre de investigation du magistère a été composé avant celui de la Somme de perfection^ quoique ce dernier soit plus important que le premier. '( Nous n'avancerons , dit-il , que ce que nous avons nous-méme vu et touché d'une manière certaine et expérimentalement (2). » Voilà bien l'emploi de la méthode expérimentale.

Préparation du sel alcali ( potasse caustique, pierre à cautère).

^ On prend deux parties de cendres et une partie de chaux vive ;

on met le tout sur un filtre avec de l'eau. La liqueur qui passe

par le filtre est évaporée , et le sel reste sous form^ solide

congelatur) (3).

Préparation du sel ammoniac. — Ce sel était déjà connu du temps de Pline et de Dioscoride. Aétius, qui vivait au cinquième siècle, parle de sels ammoniacaux ( âufAODvtotxol é^Xeç), sans entrer dans aucun àélM {TetrMbloSy lib. i , sermo 2, c. 43). Synésius ,

(1) Ce traité a été reproduit dans la Bibliotheca chimica de Manget, t. I, p. US et dans le Gynxceum chimicum, toI. I, p. 164.

iV Qmœ vidimtu et tetigimus, — scilicet per experienliûm et cognitiomm certawL

(3) CTtft par ce procédé que Ton prépare encore aujourdiini la potasse. La <iaQt vive «^empare de l'acide carbonique du carbonate de potasse pour fortifier Calcalif comme disaient les anciens.

■tST. DC LA CHIMIE. — T. 1. ' 23

évoque de Ptolémaîs, qui vivait à la même époque, dit, dans une de ses lettres , que le sel ammoniac ( ^ ifAjMivigixoc j est trèsutile, et qu'il se rencontre naturellement dans la nature {EphM. 147).

Il importe cependant de noter que le sel ammoniac des an* ciens , et même celui dont parlent Columelle , Scribooios , Palladius, Avicenne, Sérapion, n'était pas toujours, à juger d'après l'indication de certains caractères , le véritable sel ammoniac : c'était plutôt notre sel gemme.

a Le sel ammoniac s'obtient, dit Geber, en chauffant, dans un vase de sublimation {in alto aludele) , un mélange de deux parties d'urine humaine , d'une partie de sel commun, et d'une partie et demie de noir de fumée (1). »

Préparation du sel d^urine. On prépare ce sel avec le résidu de l'urine décomposée et calcinée^ que l'on dissout dans l'eau pour l'y faire cristalliser.

Le sel d'urine de Geber est donc le résidu salin de l'urine, c'est-à-dire un mélange de sels alcalins, contenant du phosphore à l'état de phosphate. Plus tard, le sel d'urine était l'ammoniaque, obtenue en chauffant l'urine avec de la chaux vive.

Quant à la préparation du sel de nitre (â), de l'alun glacial ou de roche, du sel gemme, de l'alun plumeax, etc., elle consistait tout simplement dans la cristallisation de ces sels par l'éyaporation et le refroidissement de leurs dissolutions aqueuses.

Le crocus de fer (oxyde de fer) et la litharge (oxyde de plomb sont préparés par la dissolution du fer et du plomb dans du vinaigre fort^ et par leur calcination.

Le Testament ( Testamentum Geheri^ régis Indix ) , se trouve également imprimé dans la Bibliothèque de Manget (3).

a On peut, dit l'auteur, retirer un sel fixe des animaux , des oiseaux, des poissons. Ce sel s'obtient, comme le sel végétal, par la combustion , l'incinération , la solution et la flltration. Ce

(1) Le noir de fuinée arait pour effet de roieui difiser le mélange.

(2) Suivant MM. FaTé et Reinaud {du Feu grégeois, p. 95), le sal niiri est ici synonyme de natron (carbonate de soude naturel ), et ils attribuent cette eopfasion au traducteur latin de Parabe. Nous pensons que tout le passage relatif ^ la préparation ou purification du sal niiri est Tinterpolation d'un auteur postérieor à Geber ; ce qui tendrait à le prouver, c*est que ce pasf âge manque dans T^ition de Horn du Liber invesiigationis magisterii ( Leyde, 1668 )* '

(3) Manget, Bibliolh., 1. 1, p. 562.

DBCXliMB EPOQUE. 339

sel animal ( »a/ animalls ] est un excellent fondant (1). Le sel retiré des cendres d'une taupe est propre à congeler le mercure, et à transmuter le cuivre en or, et \& fer en argent (2). »

Ce dernier passage a causé bien des déceptions.

« Tout métal bien calciné peut , de la môme manière que la cendre, servir à faire un sel. » — L'auteur s'abstient de développer son idée. Un peu plus loin , il cite Teau-de-vie préparée avec du vin blanc [aqua vilx de vino aiào), mais sans entrer dans aucun détail. Il en parle comme d'une. chose alors connue de tout le iponde.

Alchimia Geberi (3;.

Ce Iraité renferme des découvertes d'une grande importance pour la chimie. En voici les principales :

Eau forte et eau régale. — Prenez une livre de vitriol de Chypre, une livre et demie de salpêtre , et un quart d'alun de Jameni ; soamettez le tout à la distillation, pour en retirer une liqueur qui a une grande force dissolvante. Cette force est encore augmentée, lorsqu'on y ajoute un quart de sel ammoniac; car alors cette liqueur dissout l'or, l'argent et le soufre (4).

Pierre infernale. — Dissolvez d'abord l'argent dans l'eau-forte {aqua dissoluliva ) ; faites ensuite bouillir Va liqueur dans un matras à long col ( in phiala cum longo collo ) non bouché , de manière à en chasser un tiers ; enfin , laissez refroidir le tout. Vous verrez se produire de petites pierres ( /api7/t ) fusibles, transparentes comme des cristaux (5).

Sublimé corrosif. — > Prenez une livre de mercure , deux livres de vitriol, une livre d'alun de roche calciné, une livre et demie de sel commun , et un quart de salpêtre; mélangez le tout, et soumettez-le à la sublimation. Recueillez le produit dense et blanc qui s'attache à la partie supérieure du vase, et conservez-le

[t) Superai aiios in virtuie fmiva.

{VSaLlotiusJalpmcombuslx congelai Mercuriun», el Venerem convertit in Solem, tt Martem in lunam,

[l) Àichimix Geberi tib. excud. Jo. Pelrelus Surembergensis ; Bern., 1545, t. — On a révoqué eo «Joute raiillienticité de cet écrit, mais sans en donner des rabom plaoMbtas.

iS) ùtinveni. verïlaL^ c. hiliii, p. !8l, in Alchem'a Geberi,

(S) fM.,e. x\i, p. ISOel 181.

comme nous l'avons dit. Si le produit de la première sublicnatioD est sale et noirâtre , ce qui peut bien arriver, il faut le soumettre à une nouvelle sublimation (1).

Précipité rouge (précipité per se), — Prenez une livre de mercure, deux livres de vitriol et une livve de salpêtre ; traitez ce mélange par le feu : il se produit un sublimé rouge et brillant (et zubllmatur ruheus etsplendidus) (2).

Foie de soufre. — Lait de soufre. Prenez du soufre réduil en poudre très-fine , et chaufTez-le avec le produit de la lixiviatioo des cendres traitées par la chaux ; ajoutez-y de Teau , et filtrez. Lorsqu'on ajoute ^ la liqueur filtrée du vinaigre , on voit le tout se convertir en une espèce de lait (3).

Nous avons insisté sur l'analyse des ouvrages de Geber, parce que les chimistes du moyen âge les ont souvent copiés, sans en citer l'auteur. Geber est pour l'histoire de la chimie ce qu'Hippocrate est pour l'histoire de la médecine.

Une chose qui frappe d'abord, en parcourant les écrits de Geber, c'est de voir combien il est sobre de théories. Il n'est pas éloigné de croire que les corps qui ont la propriété de purifier les métaux vils, et de les transformer en métaux nobles, sont en même temps des médicaments universels^ des panacées propres à guérir toutes les maladies, et môme àconsen'erla jeunesse : Est medicina lœtificans et juventutem conservans. La plupart de ces panacées étaient des teintures d'or ou d'argent.

RliMèa.

( Né en 860, mort en 940.)

Rhasés (Aboubekr Mohammed ben Zacharia), originaire de Ra! en Perse, passa une partie de sa jeunesse à cultiver les beaux-arts, et surtout la musique, pour laquelle il montra une grande aptitude. Ce ne fut qu'à Page de trente ans qu'il commença à étudier les sciences, telles que la philosophie, la mé-

(1) Àlchemia, c tiii.

(2) Ibid.^c. X, p. 173. lÀber fornaeum, part. II, c. ix, p. 193.

(3) De invent, verit., c. ti, p. 172.

DEUXIÈME ÉPOQCE. 341

decine et la chimie. Grâce à ses talents, il parvint à une grande célébrité, et fut nommé médecin en chef du grand hôpital de Bagdad , ce qui lui donna les moyens d'augmenter la somme de ses connaissances. Il visita TAfrique et l'Espagne. Atteint d'une cataracte , il se refusa à être opéré , parce que le chirurgien qui devait faire l'opération ne savait lui répondre à la ^ question : Combien Tœil a-t-il de membranes ? — Il mourut aveugle, à l'âge de quatre-vingts ans.

Gmelin, dans son Histoire de la chimie, ne mentionne pas les ouvrages chimiques de Rhasés (t), qui se trouvent dans la collecliondesmss. de la Bibliothèqueimpériale, et qui ont pour titre :

Uber Haxis qui diciiur lumen luminum magnum (2).

L'auteur parle, dans ce petit traité, en termes obscurs et ambigus, d'une huile obtenue par la distillation de Tatrament (sulfate de fer). Cette huile {oleum) ne pouvait être que Vhuile de ^triol (acide sulfurique). Le résidu de la distillation était du croc!«/errt( peroxyde de fer). C'était donc de l'huile vitriolique semblable à celle de Nordhausen que Uhasès préparait par la distillation du vitriol de fer. Il est môme probable que cet acide était déjà connu avant Rhasès, surtout à une époque oh la distillation était, ainsi qu'elle l'est encore, une opération capitale pour les chimistes. ^

Uber perfecti magisierii Rhasei (3).

L'auteur commence par donner à l'alchimie le nom d'astroaomie inférieure {asironomiam in feriorem), par opposition à l'astronomie proprement dite, qu'il appelle supérieure, parce qu'elle traite des astres du ciel en rapport avec les astres de la Icrre, c'est-à-dire les métaux. A l'exemple des anciens philosophes, il admet quatre éléments.

Il est question, dans ce* traité, de la préparation de la tutie

(1) D'après Aboo Obaiah, il composa 226 Yoturoes, dont la plupart sont perdus ; qoelques-uns out été traduits de Tarabe en hébreu et en latin. (?) Mannscrit d** 6514, fol. 1 13 recto ( quatorzième siècle). (3) Même maniucrit, fol. 1 20 verso.

34i HISTOIRE DE LA CHIMIE.

(zinc), au moyen de la distillation [separatio Mix et marcha^ siiœ ).

Mais le passage le plus curieux est le suivant, que nous allons reproduire en entier :

« Préparation de l'eau-de-vie par un procédé très-simple. Prends de quelque chose d*occulte la quantité que lu voudras, et broie-le de manière à en faire une espèce de pâte, et laisse-le ensuite fermenter pendant nuit et jour; enfin, mets le tout dans un vase distillatoire, et distille-le (1). o

Ce quelque chose à*occultej que l'auteur ne nomme point, était très-probablement des grains de blé, qui sont en effet destinés à être enfermés, cachés dans le sein de la terre. C'est là un nouvel exemple du langage symbolique des alchimistes. Peut-être est ce même avec des grains qui avaient déjà éprouvé , dans le sein de la terre , un commencement de fermentation, que Rhasès enseigne défaire de l'eau-devie. L'opération n'en aurait que mieux réussi.

D'ailleurs, quand même notre conjecture ne serait pas fondée, et qu'il faudrait entendre par occultum autre chose que des grains de blé, le passage que nous venons de signaler ne perd rien de sa valeur; car la substance que Rhasès n'a pas nommée donne, comme il le dit lui-même, de l'eau-de-vie, au moyen de la fermentation et de la distillation. Cette substance ne peut donc être qu'un produit amylacé ou sucré, susceptible d*éprouver la fermentation alcoolique.

Un peu plus loin, l'auteur semble indiquer le moyen de rendre l'eau-de-vie plus forte, en la distillant sur les cendres ou sur la chaux vive.

Liber Rosis de aluminibus tt salibuSy quœ in hac arte sunt neces-

saria (2).«

Rhasès confond, dans ce petit traité, les vitriols (alramenta) avec les aluns; confusion qui se rencontre fréquemment chez les anciens. Il établit trois espèces de vitriols : Valcotcotary l'a/-

(1) Pr^paratiol'aqvw vH« simpliciter : Accipe oocaHi quantum TOliieri«, et tire fortitiT donec fiât sictri meduUa, et dimiUe fernientari per dteni et Dodeoii et po>tea mitte in vase difttillationis, et distilla.

(i)^MéD)e manuscrit, f^. 125 recto.

surin eihcalcanthum. « Le meilleur vitriol se trouve, ajoute-t-il, cheioous, en Espagne; on le fait venir d'Élebla (I). »

Rhasès cite deux chimistes arabes, Geber, fils d'Âyen, et Gilgil. Ce dernier, probablement contemporain de Rhasès, était de Cordoue, et exploitait les mines qui sont situées au nord de cette Tille (2).

Rien n'indique que les trois écrits de Rhasès soient apocryphes. 11 n'y a aucune preuve solide à faire valoir contre leur authenticité.

Alpharabi ( A Ifarabius).

Ce philosophe hermétique, né* à Farab (d'où le nom d'il/farabHis), vivait dans la seconde "moitié 'du onzième siècle. Il était Turc d'origine, et son vrai nom était Mohammed. 11 étudia les sciences d'abord à Bagdad, puis à Damas. Il parlait^ dit- 00, soixante-dix langues, et était très-versé dans la médecine, dans la chimie et même dans la musique. Car on raconte qu'il chanta un jour, devant le sultan de Syrie, un morceau de sa composition, et que les assistants y prirent tant de plaisir, qa'ils se mirent tous à rire à l'excès ; qu'ensuite il chanta un autre morceau qui fit pleurer toute l'assemblée ; et qu'enfin, changeant encore d'harmonie, il endormit agréablement tous les assistants. Alpharabi vécut longtemps à la cour du sultan Seif-el-Daulah, dont il charma les loisirs (3).

Il fut assassiné en 954 , par des voleurs, dans les bois de Syrie. Suivant d'autres, il mourut de maladie en 1010.

A juger par les écrits qui nous restent de lui, Alpharabi ne mérite pas la réputation dont il jouissait parmi les Arabes > qui l'avaient surnommé « le second instituteur de l'intelligence. »

(I) Mùnuierètf n^ 6514. Scias quod atraroenU sonl gênera multa et ejiu minerae iaTcaiv sanl. El iptom qiiidem est aqiia eC tinctura quam terrœ sicciUa coaKtil«vit;et est in rua natiira Talidiini et siccom. Et es ejus qnidem generibus suni ^Uoltotar^ aliurin, calcadis vel caleanlum . Et melias eorum apiid noa in TtfAoia est, qood asportalur de Ëlebla, et ipsum est quod dénigrât corpora et *«RBcilatnibeani robedine et dénigrât album ; et eornm siibUlius est alcolcoCar, ^ eonm groashu est aUurin.

(1) Diitl Gilgil Cordobenais, quod d erat minera ad septentrionem Cordubae.

(S) Bi$i9h^ de laphUosophit hermétique, 1. 1, p. 85 (Paria, 1742).

^i lil>P>llL£ DE LA CHIJUE.

Alpharabi appartient à i'histoîre de la philosophie plutôt qu'à riJ^toire de la chimie. La plupart de ses oarrages, énumérés parCa^iri Bibl. arab. hup., t. L part, l'^, p. 190;, sont écrits en hebreo et encore inédits. On cite surtoat de lui une Encyclopédie (isha-^el-Oioum^j où lauteor donne une définition des sciences et des arts manuscrit de TEscurial;, et un traité de musique où il démontre le premier Tintenreation de Tair dans la formation des sons, et trace des règles précises sur la construction des instruments (I;.

Dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale de Paris, on trouve sous le nom du même auteur : Liber de orlu scientiarum (2) ; — Liber de inielleclm et inîellecio ^31 ; — Canones de essenlia j/rimst boniiatis (4).

Sur un autre manuscrit de la même Bibliothèque (n®71d6, dn quatorzième siècle ), on lit, fol. 82 ?erso : Ineijpit liber Alpharabii, sans autre' indication. Cet écrit d'Alpharabi, d'ailleurs peu étendu, nous semble bien plus intéresser la botanique que la chimie. Il y a même un passage assez remarquable, où l'auteur cherche à établir que les plantes respirent par l'écorce et par les feuilles (5).

C'est vers l'an 1000 de notre ère que Lenglet-Dufresnoy ( Histoire de la philosophie hermétique) place, par conjecture , ce philosophe arabe. Cependant Salmanas vivait probablement avant celle époque, peut-être vers le neuvième siècle. Nous avons cité de lui un petit traité sur la grêle sphéroïdale (6).

(1) On a imprimé d'Alpbarabias le traité de intelligentia dans le« ouvrages li'AYlcenne, publiés k Veuise en 1495; un petit livre de Causis, dans les œuvres d'Aristote avec les commentoiresd'Averroès, et Varia Opuscula, Paris, 163«.

(2)Ms. 6298 (quatorzième siècle).

(3) Ms. 6443.

(4) Ms., 8802.

(ô) Ms. 7156, fol. 83, verso : Dico quod per radiées uniuscnjusque arboriê et ejus cortices ascendit duplex vspor. — Qui cum fuit muUiplicatus in ventre arboris, volenlis exhalare faciunl figuram; et exhalant transeundo in ima folii.

(6) Voy. pag. 299.

Avleemne {Al-Hussein Abou-AU Ben Abdalla Ebn Sina), ( Né en 980, mort en 1036. )

Le prince des médecins {schetkh reyes) naquit à Bokhara, et fut initié^ par Alpharabi, à la philosophie d'Aristote. 11 par- Tiot par son savoir, et plus encore par son savoir-faire, à la dignité de vizir du sultan Magdal, dignité que cependant il ne sut pas conserver longtemps. Sa vie fut, par des excès de tous genres, promptement Usée; ce qui (it dire de lui, comme en proverbe, que la philosophie n'avait pas pu lui procurer la sagesse, ni la médecine lui rendre la santé. H mourut à l'âge de cinquante-six ans.

Son principal ouvrage, le Canon medicinœ^ qui ne justifie guère Timmense réputation de Tauteur, n'intéresse que Thistoire de la médecine.

On attribue à Avicenne deux ouvrages d'alchimie, Tun intitalé : Tracialuliis alchemiœ; l'autre : de Conglutinatione lapirfm(l).

Le premier est évidemment supposé; le véritable auteur de ce petit traité pseudonyme parait appartenir à Técole de Raymond LuUe. Il n'offre d'ailleurs aucun intérêt. Il n'en est pas de même du Trcûté des pierres, dont l'auteur paraît être réellement Avicenne, et qui fut traduit de l'arabe en latin par quelque alchimiste du moyen âge.

Il y a, dans cet écrit d'Avicenne, un chapitre fort intéressant pour l'histoire de la géologie ; c'est le chapitre de l'Origine des mtUagnes.

0 Les montagnes peuvent, dit l'auteur, provenir de deux causes : ou elles sont l'effet du soulèvement de la croûte terrestre, comme cela arrive dans un violent tremblement de terre ( ul tx vehemenli motu terrœ elevatur terra, et fil mons); ou elles sont l'effet de l'eau, qui, en se frayant une route nouvelle, a creusé des vallées en même temps qu'elle a produit des montagnes :

(I] MaDget, Biblioth., 1. 1. Les deux traités d'Avicenne ( Physica et de Ortu Kientiarum), qui se trouvent dans le ms. 6443 de la Bibl. impériale, ont trait à t> pUUosopliie plutôt qu*à la chimie.

346 HISTOIRE D£ LA CUIMIE.

car il y a des roches molles el des roches dures. L'eau et le vent charrient les unes et laissent les autres intactes. La plupart des éminences du sol ont cette origine.

(( Les minéraux ont la môme origine que les montagnes. 11 a fallu de longues périodes ( multa tempara), pour que tous ces changements aient pu s'accomplir ; et peut-être les montagnes vont-elles maintenant en s'abaissant. »

Les théories des soulèvements, du piutonisme et du neptanisme se trouvaient donc exposées il y a plus de huit cents ans!

L'auteur apporta même des preuves à l'appui de ce qu'il avait avancé : a En effet, continue-t-il, ce qui démontre que l'eau a été ici la cause principale, c'est qu'on voit, sur beaucoup de roches, les empreintes d'animaux aquatiques et d'autres. Quant à la matière terreuse et jaune qui recouvre la surface des montagnes, elle n'a pas la même origine que le squelette de la montagne : elle provient de la désorganisation des débris d'herbes et de limon amenés par l'eau (quam adducunt aquœ cum herbis et lutis). Peut-être provient-elle de l'ancien limon de la mer qui couvrait autrefois toute la terre ( gvandogue Mam terram cooperuit) {{). »

Voilà l'explication des terrains d'alluvion par l'effet d'un déluge universel.

Avicenne divise les minéraux en quatre classes : 1* en minéraux infusibles; ^ en minéraux fusibles, ductiles et malléables (métaux) ; 3^ en minéraux sulfurés ; 4*" en sels. Les métaux sont, selon lui, composés d'une substance humide et d'une substance terreuse. Le principal caractère du mercure consiste à être solidifié par ta vapeur du soufre. C'est qu'en efTet le mercure perd son aspect et ses propriétés physiques en se combinant avec le soufre.

Dans ce même traité, l'auteur parle des eaux incrustantes (chargées de bicarbonate de chaux) et des aérolilhes. «Il est tombé, dit-il, près de Lurgea, une-masse de fer du poids de cent marcs, dont une partie fut envoyée au roi Torate, qui en voulut faire fabriquer des épées. Mais ce fer était trop cassant, et ne pouvait pas servir à cet usage. »

On attribue aussi à Avicenne une ÉpUre de re tecta, dédiée au

(1) Mangel, Bibl. chm., 1. 1, p. 637.

ToiHasen^ et uo Livre sur la pierre des physicien, adressé à son fils Aboal. Ces deux écrits n'offrent aucun intérêt (i).

ArUtotc ( pseudo^Arislote )..

C'est sous ce pseudonyme qu'a été publié un traité alchimique, intitulé Cl Du parfait magistère» (Deperfeclo magisterio) (2), et un autre intitulé : a De la pratique de la pierre philosophale » {Dspraiica lapidis philosophici). II est question, dans Le parfait magistère f de la distillation descorps gras avec des bases métalliques.

• Noire Aristote, que quelques-uns ont confondu avec le grand philosophe de Stagire, est probablement Arabe d'origine; car il se dit lui-même disciple d'Avicènne. Il devait donc vivre vers la fia du onzième siècle. On ne sait rien sur sa vie. Peut-être les ouvrages qu'on lui attribue appartiennent-ils à une époque encore plus récente.

C'est probablement aussi vers le milieu du onzième siècle qu'il faut placer Hamuel ou Emmanuel, qui se trouve indiqué daDs les livres d'Avicenne.

Nous avons de ce pseudo-Aristote un traité Sur la pierre philoiophale^ adressé à Alexandre le Grand (3). L'éditeur dit, dans la préface, qu'il fut traduit de l'hébreu en latin, par ordre du pape Uooorius.

L'auteur parle beaucoup de l'influence des astres et des signes du zodiaque sur la génération des métaux. Il n'admet que deux éléments, la terre et l'eau ; « car la terre, dit-il, renferme le feu, de même que l'eau contient de l'air, n

Peut-être cet alchimiste fut-il le précepteur de quelque prince arabe ou persan, et, en habile courtisan, voulut-il comparer son élève à Alexandre le Grand, en se comparant luimême à Aristote. Les épithètes hyperboliques de gardien

(1) Aviceon» ad Hasen regem epiMola, de re lecla, — DeclaraUo lapidi» pli>sKâ ATicennse filio aoo Aboali, dans le Theat, cKim,^ iv, \\. 972-994.

(2) MaDgft, Bibl. ehim , I. I, p. 638. Le coinnn«icem<'Dt de ce Iraité rappelle l'ooTra§» de Rliasès, qui porte le même titre.

(3) Tnclalos Arutotelis alcliinihtœ ad Alexan<lruin Magnum, de lapide philo- •oplio, etc. dans le Theat. ehim,, t. V.

de toute la machine du inonde {todus machinée custos ), conservateur de Tunivers {orbis conservator)^ qu'emploie notre pseudo- Aristote, ne pouvaient, en effet, s'appliquer qu'à des rois mahométans « parents du Soleil et fils de la Lune. » /

§7. Alphidins ( Alphindius ).

Ce philosophe physicien appartient à l'école arabe. Alphiditu ou Alphindius ( Al-phindi) n'est probablement que le nom corrompu ou latinisé d^Al-Kindi qui, selon Aboulfaradge, mourut entre les années 861 et 870 de J.-C. Son \éritable nom serait alors : Abou-Youssouf-Yacoub-ben- Ishâk, de la famille de Kendah. Alkendi, fils du gouverneur de Koufa sous le règne d'Haroun-Al Rechid, vivait à Bagdad, alors résidence des khalifes, et séjour des savants les plus renommés. 11 était versé dans les mathématiques, la médecine, la physique, la chimie et l'astrologie. Il commenta Aristote, et traduisit en arabe la géographie de Plolémée. Voyez Ténumération de ses ouvrages dans Casiri (toinel, pag. 353). On trouve dans le recueil intitulé Tacvini sanitatis Elluchasem, etc., Strasbourg, 1531, in-fol., pag. 140-163, un traité d'Alkindi De gradibus rerum. L'auteur y développe la doctrine singulière, d'après laquelle les éléments des médicaments composés doivent être dans des proportions géométriques ou harmoniques comme le sont celles de la musique (1).

Le manuscrit n" 6514 ( collection des manuscrits latins) renferme un écrit d'Alphidius Sur les météores (2), qui n'est pas, comme tn pourrait le penser d'après l'inspection du titre, un traité de météorologie, dans l'acception' propre de ce mol; c'est un écrit sur la pierre philosophale et le grand élixir. Du reste,* nous n'y avons trouvé rien qui mérite d'être rapporté. Le feu joue, suivant l'auteur, le principal rôle dans la perfection et

(1) Voy. Lackemacher, Dissertatio de i4 /*cndi, Helmsiaedt, I7l9, in-4S rt Sprcngel, HUtoire pragmatique de la médecine, tome 11, p. 371, de l'Ali» allemantle.

(2) Liber meteorum AlphiSi philosophi; il commence foi. 133 recio, et fioil fui. 135 recto. L'écriture du ms. 6ôi4 in-fol. est du quatorzième siècle.

dans la transmutation des métaux (i). C'était là Topinion de tous les alchimistes.

le Ubermeteorum à' M^hidius n'a jamais, que nous sachions, éfé imprimé. 01. Borrichius, Bergmann, Graelin, etc., ne Ton point signalé.

Il est écrit dans Un style oriental, plein d'images; les idées sont enveloppées de formes allégoriques et obscures, bien que l'auteur termine en disant au lecteur : « Voilà tout ce que j'avais à t'apprendre : je t'ai tout dit clairement, sans voile nuag^eux; saisîs-rie avec la sagacité de ton esprit, et tu trouveras si Dieu le veut (2). »

Morien*

Morien, dit le Romain ou l'Ermite, paraît avoir vécu vers le commencement du onzième siècle. Peut-être est-il antérieur à Avicenne. Il était natif de Romp, et devînt, comme il le raconte lui-môme, le disciple d'Adf ur, célèbre philosophe arabe «l'Alexandrie. Après la mort de son maître, il se retira dans les montagnes de la Syrie. Cependant , sur l'invitation du sultan Calid, il quitta un moment sa retraite pour se rendre en Kgypte, dans l'intention d'expliquer les livres qu'Adfar avait laissés après sa mort, et que personne, excepté lui, n'était capable de comprendre. Il raconte également, sous forme de f^on versât ion, une partie de son histoire, dans un petit livre qui a pour titre : De compositione alchemix , qtiem edidit â/orienus f^manu^ Calid régi ^Egyptiomm (3). Morien vécut et mourut en ♦rmite, à un ftge très-avancé, dans le voisinage de Jérusalem.

Les ouvrages que nous possédons, sous le nom de Morien, ne renferment que des généralités sur la transmutation des mé- ^»ux et sur Télixir universel (4).

(i) ibid.^ fol. l.^4 recto. Quod per îgDcm perfecloiiiim fit.

1} Ecce omoîa tam tibi patenter déclara vi, absque nubis Telamine; intelUgc *f^ ac mentis ade piaecipe, et inTenirs si Deus volneril.

:»» Ce lifre fot traduit de l'arabe en latin par Robert de Chartres, en 1182. 'oy Maoï^ft, Hlbl. chim.ji, i, p. 519.

•; De iransfigurationemftallorum li^elltts; Hanov . ,' 1 593, 8.

Galid, auquel les alchimistes donnent le titre de roi ou de soudan d'Fgypte, p^sse pour le disciple de Horien. On lui attribue deux ouvrages, l'un intitulé le Livre des secrets tTalchi' mie (i); Tautre : le Livre des (rois paroles (2). Ils sont tous les deux imprimés dans le Théfttre chimique et dans la Bibliothèque de Manget.

L'auteur des secrets d'alchimie commence par déclarer qu'il ne veut rien cacher, qu'il veut tout dire, excepté ce qu'il convient de ne pas dire. Il en résulte qu'il ne dit rien du tout

11 insiste sur les quatre opérations {magisieria) du grand œuvre, qui sont, suivant lui, la solution, la congélation, l'albification et la rubification.

Dans le petit traité Des trois paroles, Tauleur définit raichimie, « l'art des arts, la science des sciences, o — « L'alchimie, ajoule-t-il , fut inventée par le roi Alchînus. »

Voici comment il s'exprime relativement à la pierre philosophale : a ^ pierre philosophale réunit en elle toutes les couleurs. Elle est blanche, rouge , jaune , bleue , verte. De plus, elle renferme les quatre éléments; car elle est liquide, aérienne, ignée et terrestre. La chaleur et la sécheresse constituent les propriétés cachées de celte pierre; le froid et l'humidité en sont les propriétés manifestes. Les premières sont une huile, les dernières une espèce de ferment qui corrompt les corps. »

Calid appelle particulièrement l'attention des adeptes sur l'importance des signes astronomiques dans les opérations du grand œuvre. « Beaucoup de gens, dit-il , se trompent, et n'arrivent pas à bonne fin. Car, dans toute expérience , il faut obsener la marche de la lune et celle du soleil. 11 faut savoir l'époque où le soleil entre dans le signe du Bélier, dans le 3igne du Lion, ou dans celui du Sagittaire ; car c'est d'après ces signes que s'accomplit le grand œuvre. »

(1) Liber secretoriim alchemiae régis Cilid, filii Jarichi, ex bebraica lingoa in arabicann et ex arabica in latinam traoslatus, inccrto interprète. Theatr. ehlm., ▼ol. VI; Manget, Biblioth,, t. II.

(2) Liber Irium verboriim Catid regta acutissimi. !bld.

§ iO.

ArtéphlM.

Arléphius, sur la vie duquel nous n'avons aucun renseignemeDf, cite Adfar, le maître de Morien, tandis que lui-même est cilé par Roger Bacon (i). On pourra donc le placer au onzième siècle, comme contemporain de Calid et de Morien. On possède, sous le nom d'Artéphius, un Livre secret sur la pierre phitosophale {Liber secretus de lapide philosophorum) (2), et un autre, intitulé la Clef de sagesse {Clavis sapientiœ) (3). Arléphius raconte lui-môme comment, à Taide d'une teinture universelle; il a prolongé sa vie au-delà de mille ans. « Parvenu à rage de plus de mille ans, dit-il, par la grâce de Dieu-et l'usage de mon admirable quintessence, j'ai résolu, en ces derniers jours de ma vie, de tout révéler au sujet de la pierre philosophale, sauf une certaine chose qu'il n'est permis à personne de dire ni d'écrire, parce qu'elle ne se révèle que par Dieu ou par la bouche d'un maître. Néanmoins tout peut s'apprendre dans ce livre { De lapide philosophorum ) , pourvu qu'on ait un peu d'expérience et qu'on n'ait pas la tête trop dure. »

Or le grand mystère qu'il promet de nous apprendre est le digne pendant de la merveilleuse quintessence, qui devait prolonger la vie au-delà de mille ans.

ft Celui qui saura, dit-il, marier, engendrer, vivifier les espèces, produire la lumière blanche, nettoyer le vautour de sa noirceur, sera honoré partout; les rois môme le respecteront. — Dans la putréfaction et la solution apparaîtront trois signes, «voir : la couleur noire, la discontinuité des parties, et Todepr puante, rappelant celle des sépulcres. La cendre qui reste au fond du vase est celle dont les philosophes ont tant parlé ;

(!) Rog. BacoD^ Opui majus ad Clementem IV, ex codic. Dublin, piimiim éd. S^oi. ]ebb. ;Lond., 1733, fol., |Mrt. Yi, p. 671.

(2) Artephii antiquîssinii philoeophi ùearUoceulta^ atque lapide phUosopho- ^^a^ liber tecreius; ParU, 1612^ 4. — Ce traité a été traduit en français par Pierre Aranild, sieur de la CheTalerie, et imprimé avec qnelqiies écrits de Syuéaius «t <le Nicolas Flamel; Paria, 1612, 1659 et 1682, in-4''.

(3) Theatr. chimie., l. IV. Mangel, Bibl, chim., t. I. Sa'mon, Bibl. des^phx- ^phe$ chimistes ; Paris, 1632, 12.

c'est en elle que se trouve le diadème de notre roi, ainsi que le mercure noir et immonde d*où s'élève la couleur blanche, appelée oie [anser) ou poulet d'Hermogène {puHus Hermogenis) (1). Ainsi, celui qui sait blanchir la terre noire possède le secret du magistère; il peut ressusciter le mort ^ après avoir tué le vivant. Et quand tu verras apparaître la vraie blancheur, resplendissante comme un glaive nu^ il faudra toujours continuer à calciner, jusqu'à ce que se manifestent la citrinitéet la rougeur ctincelante. Dès que tu auras aperçu celle-ci, tu loueras le Dieu très-bon et très-grand, qui donne la sagesse, la candeur et la richesse à ceux qui les méritent, et qui Ole ces trésors aux méchants, en les plongeant dans la ser\îtude de leurs ennemis. Louange et gloire à Dieu ! Ainsi soit-il. »

Dans le traité : Clavis majoris sapieniix , Artéphius insiste sur le thème favori des adeptes qui rapportent la génératioD des métaux à Tinfluence des astres , et qui l'assimilent à la génération des végétaux, a Toute plante, y est-il dit , est composée d'eau et de terre ; et pourtant il est impossible d'engendrer une plante avec de l'eau et de la terre. Le soleil vivifie le sol ; quelques-uns de ses rayons pénètrent profondément dans le sein de la terre, s'y condensent, et forment ainsi un métal brillant, jaune, consacré à l'astre du jour, Tor. Par l'action du soleil, les principes des métaux, les molécules sulfureuses et les molécules mercurielles se rassemblent; et, suivant que les unes ou les autres l'emportent en quantité^ elles engendrent l'argent, le plomb, le cuivre, l'étain, le fer. »

Dans un autre chapitre, l'auteur explique, à sa manière, la transformation des divers règnes de la nature. « Les minéraux proviennent, dit il, des éléments primitifs; les plantes proviennent des minéraux^ et les animaux des plantes ; et comme chaque corps se [résout en un autre corps d'un ordre immédiatement inférieur, les animaux redeviennent des végétaux, et les végétaux des minéraux (2). » — On voit que la doctrine de la série ascendante des êtres est complétée parla série descendante.

Qu'est-ce qu'un corps? Artéphius répond que c'est quelque chose tout à la fois d'apparent et de latent (aliguid apparens et ait-

(1) C'est probablement du mercure blanc ( calômélas ) ou du sublimé corrositr obtenu en sublimant un mélange de vitriol, de sel commun, de niire et de mercure. Ce procédé était déjà connu de Geber.

(2) Theatr, chinu, t. IV, p. 226.

DIUXIÀMK ÉP0QI7B. 35«')

quid iatens),. La parlie apparente d'un corps, c*est son étendue el soD aspect ; la partie latente, c'est son esprit et son àme.

On lit dans ce môme traité, Clavis majoris sapieniiœ, la préparation du savon, décrite sans aucune ambiguïté allégorique. «Si Ton prend de l'eau filtrée sur des cendres (solution de potasse du commerce), et qu'on fasse bouillir la liqueur, à un degré CGHTenable, avec de Thuile et d'autres substances semblables, on obtient le savon (1). »

Le dernier chapitre traite des secrets astrologiques.

Artéphius passait pour un des plus grands philosophes hermétiques de son époque. Ses paroles étaient citées comme des oracles.

, Od attribue aussi à Artéphius les ouvrages astrologiques suivants : De caracteribus planetarum, cantu et moiibusavium^ rerum "prxteritQfum ei fuiuraruin; — Spéculum speculorum; — De vita propaganda. Il composa, dit-on, à l'âge de mille .vingt-cinq ans, son livre sur la Prolongation de la vie ; c'était merveilleusement prêcher d'exemple.

Eadiih.

11 existe, sous le nom de Zadith, fils d'Hamuel, un petit écrit alcbimique, intitulé Table chimique^ traduit de l'arabe et imprimé dans le Théâtre chimique (2). L'auteur, Arabe d'origine, vivait probablement vers la fin du douzième ou au commencement du treizième siècle.

U essaye , 4ans sa Table chimique , de donner l'explication <ies images symboliques des planètes et des métaux. Mais son 'engage est tellement obscur, qu'il est presque impossible de fe comprendre {3}.

(1) Theatmm ehim,, p 328.

(}) Seniorit Zadith, filii Hamoeliit Tabula chamica, exarabico aermone latina ^^Tktair.cMm.,ty.

(3) On pourra en jager d'après récbaDlilton aaivaot : t>eiponsapi ego duo lu- ^inûria in aetUf etfaetum e$t illa quasi aqua in actu habent duo lumina : iic videmus solem habentem duos radios super cinere mortuo pluentes; et ^^9iscit quod/ueratmorti dedilum, sicut mortuus post inopiam magnam.

■KT. M L4 C«Hia. — T. 1. 33

351 ilIdTOlRE DE LA ChlMIE.

Haimon ralchimiste est*il le même que Haimon le disciple d'AIcuin etl'évéqued'Halberstadt? C'esl là un point difficile à résoudre. On trouve, dans le Théâtre chimique, une ÉpUre de Haimon, sur les quatre pierres philosophales^ tirant levr matière du microcosme (1). L'auteur appartient à l'école arabe. On n'y trouve rien qui soit digne de remarque.

C'est encore de l'école arabe que relèvent les livres hermétiques de Platon^ commentés par Bamed et Hestol, ainsi que le traité de Micreris^ dédié à Mimijindus (2). Ce traité est sous forme de dialogue : Mirnifindus, le disciple, pose les questions, et Micreris^ le maître, donne les réponses. Ce dialogue ne fait honneur ni à l'un ni à l'autre, si les questions doivent marquer l'esprit du maître, et les réponses, la finesse du disciple.

Bachaïdib.

Rachaidib, fils de Zelheîbid, portait le titre de philosopha du roi des Perses.

Dans un petit écrit alchimique, attribué à Rachaîdib et imprimé dans la collection de Bàle, l'auteur prétend convertir les métaux en or au moyen de la teinture de safraB (3).

On lit dans le Gynécée chimique ( vol. I ] une allégorie sur la pierre philosopbale, tout à fait dans le genre de rallégorie de Merlin, qui se trouve imprimée, à la suite des ouvrages de Geber, dans l'édition de Rome (4). Peut-être Rachaîdib est-il l'auteur. de l'une et de l'autre. Voici cette allégorie:

(t) Epifttola Haimonis, de qiiatnor laptdlbns pliilosoptiicia materiam soain ei minore mundo de^omenUbna. Theatr. chim,, t. VI, p. 4»7-50l.

(2) PtolODi» libri qnartoruro, cum oomineiito ilebuliabes Haoed, eiplicati ab He^tole. Tractât us Micreris 8uo discipulo Mirnifindo. Theatr. c/Um., t. VI. |

(3) Racliaidibi,VeradiaDi, Rhodianiel Kanidia philoaopborom r«gia Penamm, 1 de materia pbilosophici lapidia acutiasiroe loqoentiuni, firagmentooi. Artia aorifer» quain cliemiam vocaut. Basil., 1610, in* 12, p. 255.

(4) Ex bibliothecœ vatic. exeinplari édita; imiirefla. Rom», itt-i2 ( aaoa date}. |

DEUXIÈMK ÉPOOUB. 355

Allégorie de Merlin,, contenant le très-profond secret de la pierre philosophaie. ,

oUn certain roi se prépara à la guerre pour terrasser ses ennemis. Au moment où ii voulut monter à cheval , il demanda à un de ses soldats à boire de l'eau qu'il aimait beaucoup. Le soldat lui dit : Seigneur, quelle est cette eau que vous demandez? El le roi lui répondit : L'eau que je demande est celle que j'aime beaucoup, et dont je suis moi-même aimé. Après quelques réflexions, le roi but; et il but de nouveau jusqu'à ce que tout son corps fut rempli et que toutes ses veines fassent enflées. Le roi devint pâle. Alors ses soldats lui dirent : Seigneur, voici le cheval que vous désirez monter. £t ^ ie roi répondit : Sachez qu'il m'est impossible de monter à cheval. Les soldats lui demandèrent : Pourquoi cela est-il im* possible? — Parce que, répliqua le roi, je me sens appesanti, et que j'ai des douleurs de tête si violentes, qu'il me semble que tous mes membres se détachent. Je vous ordonne donc de me déposer dans une chambre bien claire, bien sèche, et continuellement chauffée nuit et jour; de cette manière je suerai, et Teau que j'ai bue s'évaporera, et je serai délivré. Et ils firent comme le roi leur avait ordonné. Après un certain temps ils ouvrirent la chambre, et ils trouvèrent le roi expirant. Aussitôt les parents accoururent, et allèrent chercher des médecins égyptiens et alexandrins. Ceux-ci, ayant appris ce qui était arrivé, dirent qu'il n'y avait point de danger, et que le roi reviendrait à la vie. Alors les médecins égyptiens, en leur qualité de plus anciens, prirent le roi et le déchirèrent en petits morceaux; lis le pilèrent dans un mortier et le mélangèrent avec un peu de médicament liquide. Puis ils le déposèrent dans une chambre aussi chaude que la première, chaufTée nuit et jour. Au bout de quelque temps ils l'en retirèrent demi-mort^ et ayant i peine un souffle de vie. Les parents, voyant cela, s'écrièrent : I^ roi é^t mort 1 mais les médecins leur répondirent : Ne criez> pas, car le roi dort. Ensuite ils le relevèrent de nouveau, le lavèrent avec de l'eau douce pour enlever l'odeur du médicanient, et le déposèrent une dernière fois dans la même chambre. Quand ils l'en eurent retiré, ils le trouvèrent tout à fait mort. Alors les parents se mirent à crier fortement : Le roi est mortl

A qttoi les médecins répondirent : Nous avons tué le roi, afiD qu'après sa résurrection ii devienne , au jour du jugement , bes^ucoup plus beau qu'il n'était. Ensuite ils délibérèrent entre eux pour savoir ce qu'il fallait faire de ce corps empoisonné ; ils convinrent de l'ensevelir, afin que l'odeur de la putréfaction ne les incomniodÂt pas. Mais les médecins alexandrins, entendant cela, accoururent : Ne l'enterrez pas, leur disaient-ils, car nous le rendrons plus beau et plus puissant qu'auparavant. Les parents s'en moquèrent : Vous voulez, lear disaient-ils, nous tromper, comme les médecins égyptiens. Sachez que si vous ne faites pas ce que vous promettez, voas n'échapperez pas à notre colère. Alors les médecins d'Alexandrie relevèrent le roi, le pilèrent et le desséchèrent. Ils prirent ensuite une partie de sel ammoniac, deux parties de oitie^ alexandrin , et les mêlèrent avec la poudre du mort. Ils en firent une p&te avec un peu d'huile de lin, et la placèrent dans une chambre en forme de croix. Ils le couvrirent de feu, et soufflèrent dessus jusqu'à ce que tout fût fondu, et qu'il descendit, par une ouverture de la chambre, dans une autre chambre plus basse. Enfin le ^roi revint peu à peu à la vie, et tout à coup il se mit à crier : Où sont nos ennemis? je les tuerai tous, s'ils ne viennent sur-le-champ implorer notre pardon ! Chacun s'approcha du roi, et, dès ce moment, tous les princes et seigneurs l'honoraient et le craignaient. »

Celte allégorie semble indiquer les deux principaux procédés de l'janalyse chimique, la voie sèche et la voie humide, le feu et l'eau. Quant au style, fort curieux, ii rappelle le langage gréco*syriaque du Nouveau Testament.

Jérôme Crinot parle d'un certain Sophar, roi d'Egypte^ comme ayant inventé une teinture royale, propre à changer tous les métaux en or (I). Cette teinture n'était autre chose qu'un sulfure d'or, traité pendant des semaines entières, la&tôl à chaud,

lO Àmrtmm rHtmt^ odtr GmlAm Sctefs mmé WUmiiiummn, de.; Ror-

PEuxiiMS ÉPOQin. 357

(anWtàfroid, par de resprit-de-vin rectifié, appelé eau, ardente. Notons en passant qu'on rectifiait Tesprit-de-vin, en le distillant à difTérentes reprises sur du tartre fortement calciné.' Ce procédé pourrait être employé encore aujourd'hui (i).

Il est difficile de déterminer l'époque précise à laquelle vivait Sophar. Peut-être est-il le même que Sopholat ou Xopholaf, le grand roi paîen^ comme l'appelle Salomon Trismosin, et qui, grâce à un arcane appelé suforethon, aurait vécu plus de trois cents ans (S). Cet arcane , qui parait être un mélange de sulfures métalliques digérés avec du vinaigre ou avec de l'alcool, possède, dit Trismosin, la vertu de guérir Thydropisie, la goutte, le cancer, de faire repousser les cheveux aux têtes chauves, et de prolonger la vie jusqu'au Jugement dernier.

La collection des manuscrits alchimiques de la Bibliothèque impériale contient un petit écrit, intitulé Liber secretorum Bvr ^cam, Mahomeii fUiij etc., et qui n'avait pas encore été jusqu'ici signalé (3). L'auteur, sur lequel nous n'avons aucun ren- ^igoement, est évidemment d'origine arabe. 11 cite fîeber, qu'il appelle « notre philosophe » (4).

Dans ce Livre des secrets^ qui ne mérite pas les honneurs de la publicité, fiubacar commence d'abord par traiter des diverses espèces de sels, parmi lesquels il comprend non-seulement le ^1 ammoniat;, le sel gemme, le nitre, mais encore le pétrole, les résines, etc. Il enseigne de préparer le sel d'urine en évafioranl Turine au soleil pendant onze jours (5). Il parle ensuite <luA{6nïA (liqueur acide), des eaux corrosives et dissolvantes

(1) Le tirtre calcioé ou le carlKiiiate de potasse sec enlève à l'alcool l'eau qui liffiiblil.

\% Avreum Vellus, p. 47 et 48.

'.3}Mft. n^71ô6 (da quatoizième siècle), fol. 114 recto, et m!», n"* 6514, fol. 101 feno.— Cest par erreur que ce nom {Bubacaris)(dsi imprimé RubecarU dans le »t«logoe de la BiLl. irop.

(*) Ifnd,^ fol. 120 reclo.

(à) Sume orinae partes X, et pone in ampuila Titrea et suspende ad solem per ^^ Kl, et coogeiabitur et lit «al.

358 UISTCIRE G£ LA GHlMJii:.

(aguœ acu(x\ parmi lesquelles il en est une quM pTéf^arait par la distillation du sehammodîac avec une marcassite (sutfale de fer?). Son eau amère était une dissolution de se! ammomac contenant du suc déplantes ainères, telles que Taloès^ la coloquinte, etc. (1), •

«l'iiitff

Alchld Brçhir.

Le même manuscrit n*" 7156, renrerme un petit Irai té également inédit, inlituié Ordinatio Alchid Bechir Saractni philùtùphi (2). Le philosophe sarrasin parle, dans cet écrit» d'une escarboucle artificielle fcarbunrulus) ou d*uïie espèce de luoe (bonaluna), obtenue par la disLillation des urines avec de Targile, de la chaux, et des malîôres organiques ou du charbon. Il n'est pas impossilile qu'en euj ployant ce procédé avec certaines précautions, Alchld Ltechirail obtenu le phosphore, auquel il aura donné le nû[n iVescaràoucte (3),

Quoi qu'il en soit, les alchimistes, qui opéraient continuellement sur des matières riches en phosphore (os, urine, et^.)' connaissaient probablement ce corps porte-lumière ou phosphore (de^ç, lumière, et ifopdçj porleur) longtemps avant les chimistes du dix-septième siècle; mais ils en avaient fitil} comme de tant d'autres préparations, un grand secret»

Albncaflla (4).

Albucasis, natif de Zahcra, près de Cordoue, vivait à Ja En ilu onzième et au commencement du douzième siècle. D'aprè* If

(i) Amara aqua et ucuta ,■ Sume aqu^im dutcem, i^t commUce cum et ^^ tum salis ammoniad quantum fueril me^ietas ejus, et dJs9otr« et cota; po^t« sume quantum YoUierifl ei ea, ut coiniuisco eu ni cobqulatliïile in pifiuti iJ gâta, etc.

(2) n commence foL 143 r«cli>, coL 2, et fiait foJ^ 143 verte, cot. 1.

(3) Ce procédé est à ji en prè^ celui qu'employa, au dix -septième slèdc, Ttrinrll, le même qui découvrit Lfi phosphore.

(4) Ce nom s^écrit inrlitft^rerikmt^ni Atïul-Kttsim^ Abt>ul'Khat<if'ben*Aff^^* ÀlbuchasiUi, BulcarU-Gaiaft Aizacharavus et Aiaraviui.

m DEUXIÈME EPOQUE. 359

témoignage de Casiri, il mourut à Cordoue en i ISâ ; suivant d'autres, enil06. Il était plutôt médecin ou chirurgien qu'alchimiste. Son traducteur latin> Paul Ricius^ médecin de l'empereur Maximilien I*', le compare à Hippocrate et à Galien. Cet éloge est exagéré. Albncasis n'est qu'un compilateur ; il copie quelquefois textuellement Rhasés et Galien. Ses ouvrages ont été réunis sous le litre à'Al'TakriJ {la Pratique), divisée en 32 traités (1).

Comme tous les médecins arabes, Albucasis était p rofondément versé dans la préparation des remèdes. Il donne une description exacte de tous les appareils distillatoires alors en usage; c'est même ce qui l'avait fait regarder comme l'inventeur de la distillation. Il parle aussi de la préparation de l'eau -^ de-vie, de la concentration du vinaigre, et d'autres procédés qui tous étaient, comme nous l'avons vu, déjà connus avant lui.

Âvenzoïr ( Merwan Ebn Zohr), médecin du khalife de Maroc, ordonnait souvent des médicaments sucrés, des sirops, des électuaires. — Averrhoès {^Md Ebn Achmed Ebn Roschid) de Cordoae, Mesuéy Sérapion, Moise Maimonides, juif de Cordoue, Abul'Hassany évêque chrétien et médecin du khalife de Bagdad, Abdal'Al'Razzah, Ben Almukuh, Muzasfar, et tant d'autres Arabes, Hébreux, Persans et Turcs, appartiennent à l'histoire de la médecine ou de la pharmacie, plutôt qu'à l'histoire de la chimie proprement dite (2).

I^a phamaele ehez les Arabes.

Ce sont les Arabes qui ont en quelque sorte créé la profession de pharmacien, en la distinguant les premiers de celle de médecio. Leurs gouvernements exerçaient une surveillance sévère sur tous les établissements pharmaceutiques; ils avaient établi des

(t) On en a plnsieur» éditions tatioeis, dont la plus estimée est celle de Bâie : ^^€ndi methodus certa, elara et Ifrevis, plerague qux ad medicmx parles onnei, prxdpue qttat ad ehirurgiam requirunlur, libris tribus exponens ; ^e, 1541 , Tol in-fol. Jean ChanniDg a donné à Oxford , en 1778 , 2 vol in-é**, "*e liooTelle édition de la Pratique d'Albucasis, avec le texte arabe, accompagné â*une traduction latine et de figures d'infttruments chirurgicaux.

(^) Vojei la \\<ie de ces^uteurs dan^ Wùstenreld, Geschic/ite der Arabi- ^^ Mrite und Naiurforseàer, Gœtlingne, 1840.

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dispensaires à l'école de Djondisabar, à Cordoue, à Tolède, et dans d'autres villes importantes soumises à la domination arabe. C'est à ces sages dispositions que l'empereur Frédéric II emprunta, en 4233, les principaux articles d'une loi qui fut long* temps en vigueur dans le royaume des Deux-Siciïes. D'après cette loi, tout médecin devait s'engager, sous la foi du serment, k dénoncer tout pharmacien qui aurait vendu de mauvais médicaments. Les pharmaciens étaient divisés en deux classes : i"* les stationariij qui vendaient des médicaments simples, des préparations non magistrales, d'après un tarif arrêté par les autorités compétentes; ^ les confecUonarii, dont la fonction conjsistait à exécuter scrupuleusement les ordonnances du médecin. Enfin, tous les établissements pharmaceutiques étaient soumis à la surveillance d'un collegium medicorum (1).

Les Arabes doivent donc être considérés, moins comme les pères de la chimie, que comme les créateurs de la pharmacie.

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