ITALIENS, FRANÇAIS, ALLEMANDS
Au douzième et au treizième siècle, à l'époque de la philosophie scolastique', à Page d'or des troubadours et de la chevalerie, les sciences étaient cultivées dans la solitude des cloîtres. Les ordres religieux étaient les seuls dépositaires des trésors scientifiques et litléraires. Les bénédictins^ dont le souvenir est si cher aux énidits, s'étaient déjà, dès le huitième siècle, établis dans les États napolitains ; ils venaient d'j créer la célèbre école de Salerne, la plus ancienne des Facultés de médecine de l'Europe. C'est là que les travaux des Grecs et des Arabes étaient traduits , commentés et enseignés, aux dixième, onzième et douzième siècles. La fondation de Técole deSalerne fut, en 1150, suivie de celle de la Faculté de médecine de Montpellier (1). L'université de Paris, surnommée la fille aînée des rois de France, fut complétée, en 1220, par la création d'une Faculté de médecine (2). L'université de Paris était alors une puissance dans l'État; elle s'était associée à ^ lutte du pouvoir temporel contre la papauté.
Les ouvrages arabes étaient connus en Italie avant de l'être eo France et dans les autres pays de l'Europe. Pierre d'Amiens (mort en 1072), Hildebert de Lavardin (f en 1 143), Abailard (f en 1142), Gilbert de la Porée (f en 1154), Hugues, archevêque de Rouen, ne connaissaient pas encore la science des Arabes.
Alchimistes et physiciens étaient alors peu nombreux dans les pays soumis au sceptre des souverains du Saint-Empire et des rois de France. Encore ceux que nous allons mentionner élaient-ils plutôt médecins ou astronomes qu'alchimistes.
>eeliet euicca totaliter. Hoc facto, cotilere subtiHter, et repone in vaae aliquo viutito, el saperfunde aqoam puram dulcem, et calefac qooosqae aal solvatur; et rdtera tolies qaontqtie araenicam sit album. HaBc est ablalio areenici, et voeator aneoicom, et ccmborit corpora quœ corn taii aracnico combaruntor.
(1) T. Astroc, Mémoires pour servir à Chisiaire dêia Faculté de médecine ^Montpellier; Paria, 1767, m-4.
(l)Gabr. Naodé, de Antiguitate et dignitaie sc/u>Ue medicx Parisiensis ; Piris, 1628, 8. — J.-A. Haaon, ^otiee sur les hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine en l'Université de Paris^ depuis 1 1 iO jusqu^en 1750 ; Part», 1778, iiM.
366 HISTOIIK DE LA
(mort en 10113).
Gerliert d'Auriilac , en Auvergne, s*élait moins livré à l'étude des sciences physiques qu'à celle des ^nalhématiques (1). Dénué de fortune, mais riche d'intelligence, il alla s'instruire à Cordoue, dans Técole des Arabes. De relour en France, il devint le maître de Robert, fils de Hugues Capet, et fut bientôt, par son disciple reconnaissant, nommé au siège archiépiscopal de Reims. Biais comme sa nomination n'avait pas été agréée parle pape,Gerbert fut obligé de quitter son pays. Accusé de magie et d'entretenir un commerce illicite avecles démons, en butte à mille tracasseries suscitées par des envieux, il se réfugia à la cour de Tempereur d'Allemagne, et y devint le précepteur du fils d'Othon II. Ce prinee, plus tard Othon IQ} le nomma archevêque de Ravenne. Enfin, après la mort de Grégoire V, Gerbert devint lui-même pape sous le nom de Silvestrell.
Cet homme illustre contribua puissamment à répandre eo France , en Allemagne et en Italie, la connaissance des écrivains arabes. Sa vaste érudition, alors vraiment phénoménale (il savait, indépendamment des sciences physiques et mathématiques, le grec, le latin et l'arabe), et sa positipn éminente, lui offrirent tous les moyens de succès.
Gerbert nous apprend lui-même, dans ses lettres, que les prêtres de son époque n'étudiaient guère que les doctrines spéculatives de la science (2).
(1) Laplopart des <fcrits de Gerliert se Iroiivent ioipnniés dans Pei, Thesaur, aneedot, noviis., t. III, p. 2; dans MabUIon, Vet. Analtct,^ t II; et dans Du* cbesne, Script, histor. franc. ^ t. II.
La Biblioilièque impériale de Paris possède de Gerbert les nanoscrils latins tai- ▼anU : Sermo de informatione episcoporum, u? 2400; Baiiimes numerorum Abaci, n* 6620; Geomeiria, n"" 7185; Tractatui de Abaeo, n"" 7iS9 A; Seatenha de diisonantia arithmetica et geametriea, n« 7377 C. — Voy . M. Haor^. Hiitoire de la Pfnloêophie ecolastique.
(2) Ëpist. ix, cxxx, cLi (Oochesne, t. H ).
Csmefl de CorbeU {JEgidius Corboliensis).
Gilles, natif de Gorbeîl 9 près de Paris , fut un des élèves les plus distingués de l'école de Salerne. Il viTait vers le milieu du douzième siècle. Après avoir étudié en Italie et en Grèce, il retourna à Paris, où il devint médecin particulier du roi Philippe- Augusle. On rapporte qu'il s'appliqua aussi à la théologie , et qu'il devint chanoine de Notre-Dame de Paris. Il a laissé un poème en six mille vers latins Sur les vérités des médicaments composés (1).
Gilles de Corbeil connaissait les eaux distillées des Arabes, diiïérents sirops, le sucre, qu'il appelle zucera, etc.
La chimie n'était, pour lui, qu'une science auxiliaire de la médecine. C'est ainsi que l'entendent encore aujourd'hui presque tous les médecins.
IVleolMi {Prœposiius).
Nicolas , qu'il ne faut pas confondre avec Nicolas d'Alexandrie, surnommé Myrepsus , était, vers le miliçu du douzième siècle, directeur {prxpositus) de l'école de Salerne. Il décrit, dans son Ântidotarium ou Isagogica introdiicUo in artem apothecariatus^ un grand nombre de médicaments, composés suivant la méthode des Arabes (2).
Nicolas Prœpositus appartient donc plus particulièrement à l'histoire de la pharmacie.
RoAiniM*
Ce philosophe paraît être de Pécole arabe , qui enseignait les doclrines de l'école des alchimistes grecs d'Alexandrie. Rosinus
[\)Dtl(mdibuset virtuiibus eomposHarum medkamentorum fdBM Hisioria poettuummeéii «vi, car. Pol. Leiur; Halle, 1721.
(3) Ce petit Irailé a été imprimé à la suite des Œuvres de Mesué , édit. de 1 47 1 , in-8*.
368 UISIOIBE D£ IJL CHIMIE.
cile Geber, Rhasès, Moriénus, tandis que lui-mônie est cité par les alchimistes du quatorzième et du quinzième siècle. Il paraît donc être antérieur au quatorzième siècle.
Nous avons de lui deux Épltres alchimiques : Tune adressée i Eutocie, l'autre à Tévéque Sarratante. Elles renferment des idées obscures et allégoriques sur le principe mâle et le principe femelle, ainsi que sur les propriétés universelles de la pierre pbilosophale (1).
Alain de uue (né en lli4, mort vers 1202).
Alain de Lille, surnommé le docteur universel, fut un des plus célèbres savants du douzième siècle. Contemporain de saint Bernard, il était à la fois philosophe , physicien , théologien , poète et historien. Nommé au siège épiscopal d'Auxerre ou de Cantorbéry (le lieu est incertain), il résigna bientôt ses fonctions, pour se retirer au monastère des moines de Clteanx (2). C'est probablement dansoette retraite qu'il pratiqua l'art hermétique.
On ignore le véritable lieu de sa naissance et la date exacte de sa mort. Quelques-uns le placent dans le treizième siècle et lui donnent indifféremment' pour patrie TAIlemagne, TÉcosse , l'Espagne, la Sicile et ta Flandre. Cependant Alain dit lui-même qu'il était de Lille en Flandre, dans son Antieiaudianus, ouvrage dont l'authenticité a été parfaitement établie pardom Brial (voy. Histoire littéraire, tome XVI.). Othon de Saint-Biaise cite maître Alain parmi les docteurs les pluséminents, qui vivaient en 1194. Albéric de Trois-Fontaines , écrivain du treizième siècle, place la mort d'Alain dans l'année 1202, ce qui s^accorde avec la grande Chronique belge. Les moines de CIteaux lui firent i'épitaphe suivante :
Alanum brevU hora brevi tumulo sepelivit Qui duo, qui septem, qui tolum scibila scioit ; Seire suum moriens dare vel retinere nequivit,
(0 Artis auriferœ quam ehemiam vocant, vol. III; Baiil.» 16I0, p. i&a (2) Wacliler, Gesehichte der Literatur, t. Il , p. 462.
. DEUXlàlUS ÉFOQUE. 369
Comme sur la plupart des savants du moyen âge, on a débité sur maître Alain beaucoup de fables. En voici , entre autres, âne que nous racontons , d'après dom Brial. a L'abbé de Glteaux, deyanl aller à Rome pour assister au concile général convoqué parle pape, prit avec lui Alain pour lui servir de valet de pied el panser les chevaux. Alain demanda en grâce à son abbé de le laisser entrer avec lui dans la salle du concile. On lui représenta que cela ne se pouvait pas, et qu'il serait difficile de tromper la vigilance des gardes. Il y entra cependant caché sous le manteau de l'abbé et se plaça à ses pieds. Ce jour-là on discutait la doctrine des hérétiques du temps , et plusieurs étaient là pour rendre compte de leur croyance. La dispute s'engagea , et les hérétiques semblaient avoir l'avantage. Alors Alain se levant demanda à son abbé la permission de parler, et la demanda jusqu'à trois fois sans pouvoir l'obtenir. Mais le pape, ayant su de quoi il s'agissait, lui permit de parler. Alain reprit la Qontro verse et réfuta si bien les hérétiques, que l'un d'eux s'écria : B Tu es le diable, ou bien Alain f d — a Je ne suis pas le diable, répoDdit-il, mais je suis Alain. »
Ou a de ce philosophe un grand nombre d'écrits , presque tons en vers, mais dont la plupart sont probablement supposés (1). De ses travaux alchimiques , nous ne connaissons que ses aphorismes {dicta) sur la pierre philosophale (2). Conformément aux traditions hermétiques, Alain compare la production des minéraux à la génération des plantes ; il appelle solution des philosophes {soltUio philosophorum), l'amalgame résultant de l'union de Tor ou de l'argent avec le mercure; et il ajoute
(1) Les écrits, publiés sous le nom d'Alain, sont : 1° AniiclaudianuSf sive de ^/feio viri boni et per/ecti, B&le, 1536; poème encyclopédiqae qui traite à la fois de la morale, des sciences et des arts; 2^ È)e planctu naturx ad Deum, sive Snehiridion de rébus naturx, satire contre la dépravation des hommes ; 3® DoefrinaU minus, on le Livre des paraiwles, en vers élégtaqoes; Lyon, 1491, in-4^; 4* Doctrinale alterum, on le Livre des sentences ; s"* Elucidatio super cantica nntieorum; Part», 1540; 6* De arle seu articulis catholicx fidei , publié par <ioDi Bernard Pey ; V Alani magni de Insulis , Sxplanationes in prophetiam Merlini Ambrosii, BriiannU,Hbri\u ^Francfort, 1603, in-S°; 8' Liber pœnU tentialii, dédié à Henri de Sully, qni fut archevêque de Bourges depuis 1184 jiuqaVo 1300. On dte enoore pinsieor;* ouvrages manuscrits d'Alain, conservés ^1 les bibliotbèques de la France et surtout de TAngleterre.
(2) Dicta Alani pbilosophi de lapide philosophico, e germanico idiomate latine rtddita per Jnstnm Balbian Alostanom. Tkeatr, chim,, t. ni, p. 735*7&9.
■IST. ne LA CHIMIE. ^ T. f. 34
370 HISTOIRE DE ik cumiL,
qu'on peut s'en i^rocurer fie ^Tands avanlages. u Pour cela^ il faut, dit-il, d abord chauffer lé^^èremeut ïa solution des philosophes, pui s la [-enfermer dans un vase bien r.los et caub^lé, et enfin Pexposer, pendant quarante jours, k une chaleur modérée, jusqu'à ce qu'il se forme, k la surface, une matière noire , qui est la (été du corbeau des philosophes et le fneraire des sages. i> — La lôte du corbeau ou le mercure des sages a'étail que du mercure tiès-divisi5 ou du sulfure noir de mercure.
Alain de Lille occupe une place distinguée parmi les philosophes du moyen Âge.
Hllderard» (née en 1098 ^t morte en 1180).
Hildegardo, abbesse du couvent de Rupertsberg, près deBîrigen, cultiva, vers la un du douzième siècle, la médecine, et surtout la préparation des médicaments, dans laquelle elle s'acquit une grande réputation. Elle a laissé un ouvrage sur la Composition dvn remèdes, oi\ se trouve une multitude de formules magiques^ dans le goûtdti Tépoque (1)*
Canonisée après sa mort, sainte Hildegarde passe pour avoir eu des extases, qui rappellent certains phénomènes de somnani* bulisme.
B?ip1oitRtîon des niînefl.
La métallurgie fil peu de progrès pendant le moyen âge. Les Français, les Allemands, les Italiens, étaient bien moins habiles que les Grecs et les Romains à exploiter les mines. Aussi devaient-ils renoncer aui travaux commencés par les ancieus dans les mines des Pyrénées et de TEspagne : arrivés à une certaine profondeur de la terre , ils se voyaient forcés de s'arrêter* soit à cause des airs irres[nrables qu'ils y rencontraient^ soit ù cause dei^eaux , dont ils De savaient pas se débarrasser.
(I) De com(>osili& ; Afgentotali, 1533, ia IqI. ~ Vo>. GmeHoi Getchickte dn C hernie, t. I, [*. 2^. — Spjeogel^ Uùt.de ta jnedfcinet L IL
DEfJXIÈliE iPOQUB. 371
Les Romains se servaient de machines hydrauliques pour en. lever Teau qui inondait les mines. Voici comment s'exprime à €et égard Diodore de Sicile (lib. y, 24) : c< Les ouvriers rencontrent souvent des eaux qui coulent sous terre. Mais l'avidité du gain surmonte tons les obstacles. Ils dessèchent les mines en enlevant ces eaux par le moyen de la roue ou de la vis égyptienne qu'Archiméde de Syracuse inventa dans son voyage en Egypte. En mettant ainsi à sec Pendroit où elles coulaient , ils travaillent à leur aise. »
Dans l'impuissance de vaincre tous ces obstacles , les mineurs du moyen âge abandonnèrent les mines anciennes, sur lesquelles ils avaient répandu beaucoup de contes, conformément à l'esprit général de l^époque.
a La principale raison, dit Garrault (i) , pour laquelle la plupart des mines de France et d'Allemagne ont élé abandonnées, tient à l'existepce des esprits métalliques qui se sont fourrez en icelles. Ces esprits se représentent les uns en forme de chevaulx de lesgère encoleure et d'un fier regard , qui de leur souffle cl hennissement tuoient les pauvres mineurs. Et dit on qu*en la mine d'Anneberg, en la fosse surnommée Couronne de-Rons, UQ de tels esprits tua douze ouvriers pour une seule fois. Il y en a d'autres qui sont en figure d'ouvriers afeublez d'un froc noir, qui enlèvent les ouvrans jusques au hault de la mine, puis les laissent tomber du hault en bas. Les follets ne sont si dangereux; ils paroissent en forme et habit d'ouvriers , estant de deux pieds trois poulces de hauteur : ils vont et viennent par la mine, iU montent et descendent du hault en bas , et font toute contenance de travailler. Les Grecs les nomment kobalts, pour ce qu'ils sont imitateurs. Us ne font aucun mal à ceux qui travaillent, s'ils ne sont irritez ; mais , au contraire, ils ont soin d'eu\ et de leur famille, jusques au bestial ; ce qui est cause qu'ils n'en sont effrayez , mais conversent ensemble familièrement. Ou compte six espèces desdits esprits, desquels les plus infestes sont ceux qui ont ce capeluchon noir, engendré d'une humeur mauvaise et grossière. Toutefois on peut surmonter leur malice par jeusnes et oraisons.
« Les Romains ne faisoient discontinuer l'ouvrage de leurs
(3)Fr. Garrault, Des mines (Targent trouvées en France, 1579; ParU, >. Dans GolKt, Anciens minéralogistes de France, voK I.
mines, pour quelque incommodité que les ouvriers pussent recevoir. »
Ce d ernier trait suffi t pour différencier le moyen âge d'avec l'antiquité. Le silence et les ténèbres qui régnent dans ces vastes excavations souterraines n'exerçaient aucun prestige sur l'esprit des Romains et ne les arrêtaient pas dans la recherche de l'or; tandis .qu'en présence d'un spectacle pareil, le chrétien du moyen ftge est frappé d'une sainte terreur : la cupidité , l'avarice, toutes les passions de l'homme se taisent un moment pour faire place à l'action des puissances invisibles.
Ce n'est pas aux Arabes , comme on l'a dit , que les Occidentaux ont emprunté leurs connaissances métallurgiques ; c'est aux . Grecs et aux Romains qu'ils les doivent:
Minet de Franee.
Sous les Mérovingiens , Dagobert P' accorda , en 635 , à l'abbaye de Saint*Denis , huit milliers de plomb à percevoir tous les deux ans, pour l'entretien de la couverture de l'église,
Charlemagne concéda à ses fils Louis et Charles, par des lettres patentes datées de Laon, en 786, l'exploitation des mines de la Thuringe. — Le siècle de Charlemagne fut une époque célèbre pour l'histoire métallurgique de France et d'Allemagne.
La concession des mines fut bientôt suivie de la concession du droit de battre monnaie. On en trouve beaiicoup d'exemples dans l'histoire de la féodalité. Les rois, n'ayant plus de terres k donner, vendaient à de richeë vassaux jusqu'aux droits de souveraineté, au nombre desquels on compte celui de battre monnaie.
Guignes Dauphin V, comte de Grenoble , obtint de l'empereur Frédéric I" la concession de la mine d'argent de Rame ou Ramay dans le Briançonnais , ainsi que les droits régaliens et tous les profits qui pouvaient en provenir. Il ajouta à ces bienfaits le droit de battre monnaie dans la ville de Césanne , au pied du mont Genèvre. Le diplôme est daté du mois de janvier ii55.
Les habitants de l'Oysans, connus sous le nom à'Vcenni, passaient pour d'habiles mineurs. Les pays d'Oysans et de Saint-
DEUXIXBIE EPUOUE. 373
Laurent du Lac sont encore aujourd'hui riches en mines de
Les mines de Sainte-Marie en Lorraine et celles de Lebertbal en Alsace sont très-anciennes. On lit| dans le carlulairede FoU gain, que saint Bertiu fit, vers 660, construire une église en briques de différentes couleurs, el entremêlées de lamelles (l'or. Suivant Folquin , cette église existait encore en 963.
On trouve dans l'histoire des évéques de Toul que, vers Tan 975 , Gérard. XXXIV concéda plusieurs biens à l'église de Saint- Diez, et qu'il se réserva le droit de dixième sur les mines d'àtieni {décimas minx argenti). Les évéques de Toul s'étaient fait concéder, par les empereurs, le droit de battre monnaie, et de percevoir les régales des mines de leur diocèse.
L'exploitation des mines des Pyrénées marque deux époques différentes : la première sous les Romains, la seconde sous les Maures. Les Romains construisaient les tours de leurs forts en ligne circulaire, afin d'amortir l'effet des machines de guerre sur les angles. Aussi les puits de leurs mines, soit par coutume, soit par principe, sont-ils toujours ronds. Les Maures, au contraire, et les Francs , donnaient aux tours, ainsi qu'aux excavations de mines la forme carrée. L'usage des tours carrées s'est conservé en France jusqu'à la 6n du quinzième siècle. A partir de cette époque, on a repris la forme des tours rondes, jointes aux édifices (i).
On trouvé encore des vestiges des travaux romains dans la basse Navarre , à Uzés , dans le Rouergue , etc.
Bertrand Hélie , dans son Histoire des comtes de Foix, parle d'innombrables mines {imumerœ fodinx) de plomb et d'argent qui se rencontrent dans ce comté.
Philippe le Bel confirma, en 1293, au comte de Foix la coutame de faire exploiter à son profit les mines de son comté j et en particulier une mine d'alun.
lUinefl d'Allemagne*
Les chroniques parlent de plusieurs mines d'Allemagne dont l'exploitation est antérieure aux croisades, ou qui remonte à
(0 Gobet, AncUm minéralogititt de France, toI. I, p. 121 .
l'époque même de la première et de la deuxième croisade.
Ainsi , Tempereur Frédéric I" concéda, en 4158, à l'archevêque de Trêves le droit de prélever des impôts sur la mine d'argent d'Ëms (jus argentarix in Vlm&se), dans le comté de Nassau (i). Henri YI fit, en 1189, une concession semblable des mines d'argent de Minden au bénéfice de l'évèque de ce dio« cèse (2). Les électeurs de Mayence, de Trêves et de Cologne firent frapper des monnaies avec Tor retiré des sables du Rhin.
La Chronique d'Anselme (en Tannée 1094) fait mention des mines d'argent de Wetzenloch. La Chronique des jacobins de Colmar, de l'an 1292, parle d'une mine d'or, trouvée près de Heidelberg. On exploita à Reichenbach des mines de plomb et de fer; dans le Stromberg, des mines de cuivre, de plomb et d'argent. L'empereur Frédéric II concéda. Tan 1299, en fief, à Louis, électeur palatin, tous les métaux et mines de ses fiefs et terres patrimoniales. Il est fait mention , au douzième siècle, des mines d'argent, de plomb et de fer de Schmalkalden , dans la Thuringe (3), ainsi que des mines de Brix dans le Tyrol (4). La mine d'argent de Za>Ting en Autriche s'écroula en 1158, et plus de quatre cents ouvriers furent ensevelis sous les décombres (5^. Les riches mines du Harz étaient exploitées.dès le onzième siècle, car les soldats d'Othon IV firent, à la prise de Goslar, principale ville du Harz, un butin considérable en lingots d'argent (6). En 1146 on découvrit les mines d'étain de Graupen (7).
D'après une crx)yance alors généralement répandue, les rivières recelaient du sable d'or. Aussi tout le monde voulait-il se mettre à la recherche de ce métal. Lescampagnes devinrent bientôt désertes , et l'agriculture fut abandonnée. H en. résulta des disettes cruelles. Les gouvernements recoururent à la force ou à des peines sévères pour ramener les chercheurs d'or à la culture des champs.
(•) HoDtheiiD, Hislofia Trevir. diplomat, et pragmaL, i, p. 5S8.
(?) SpeciUg, ecclesiast,, t. n, 1720.
(^5 BuUimer, Oryklotog, AOhand.; Leips. el Des8., 1783, 8.
(4) J. de Sperger, Tyrol, Bergwerhsgeschichte. Vienoe, 1765, 8.
(5) Annales dttcatus Styrix, lib. it, 1768, in-fol. (ù)ChronicaSlavorum, seu Annales Helmodi^ etc., studio Reioecdi. Fnncf.,
1581, in-fol.
(7) WeIlce^l. Hagecii», Boehm, C hronik ; Niiremb., 1697, in-fol. — GfJcAichie der Boehm. und Mahr, Bfrgwerhe; Vienne, 1780, in fol.
IffiUXliME ÉP0QU2. 375
Csltore dK pastel. — Kermès.
La culture el la préparation du pastel {isatis tinctoria)^ qui de- ?ait être bientôt remplacée par celle de rindigo,élait, dès le douzième siècle , dans Tétat le plus prospère en Lusace et dans la Thuringe. Cette dernière contrée exportait alors pour près de 1,200^000 fr. de pastel par an (!]. Goerlitz était l'entrepôt de ce commerce productif.
L'emploi du kermès ou de la cochenille {coccus iticis) pour la teinture écarlate, que connaissaient depuis longtemps les Grecs et les Arabes, fut, vers la même époque, introduit en Allemagne (i). Parmi les présents magnifiques qu'envoya Henri le Lion à l'empereur grec ( vers la fln du douzième siècle) , se trouvèrent des habits d'écarlate {vestes descharlallo ) (3). Plusieurs abbayes, comme Tabbaye des bénédictins de Prûm , le couvent de Saint- Emmeran à Ratisbonne, augmentaient leurs revenus, en exigeant, sous forme de dîmes., une certaine mesure de kermès ou de sang-de-saint-Jean {Johannisbiuth) , comme on l'appelait alors.
Dans le midi de. la France , en Espagne et dans les pays soumis à l'empire des Arabes , l'usage du kermès était connu longtemps avant de l'être en Allemagne. Les draps d'écarlate , dont il est si souvent question dans les traités des onzième, douzième et treizième siècles , ne sont vraisemblablement que des étoffes teintes par le kermès (4).
(1) Wiegleb, GescMchte der Erfindungen (HIst. des découvertes), etc. p. 179.
(2) Coceus UMs^ insecte liémiplère du genre de la cochenille; il vit prind* iaieroeot lar les feuilles du querciis eoccifera, et se vend dans le commerce sous b forme d'une coque ronde, lisse, d'un binn rouge&tre, de la grosseur d*un petit pois, et contenant une inaUère pufvérulente, composée des débris de Tinsecte.
(3) Chrenieon Slavor,, iib. m, c. 4. Prœmiserat autem dux mnnera ronlta et optima jDita morem terne nostrae, equos pnlcherrimos sellatos et veslilos, loricas, gladios, Testes de scharlatto^ et vestes lineas tenuissimas.
(4) J. R. Btscliofr, Geschiclite der Fàrbekunst (Histoire de la teinture); Sleadal, 1780, S.-
Peinture mmr Terre.
L'emploi du verre coloré, appliqué aux vitraux des églises, donna naissance à la peinture sur verre. On commença d'abord par former, avec des fragments de verre coloré, des compartiments de toutes sortes de couleurs , avant de représenter sur le verre môme des sujets tirés de l'histoire sainte. Cet assemblage de morceaux de verre coloré, transparents, agréables à la vue par la distribution et la variété des couleurs , avait beaucoup de rapport avec le travail de ces ouvriers connus chez les Latins sous le nom de quadratarii (i).
Fortunat et Paul le Solitaire décrivent , en style poétique, l'admirable effet que le soleil levant produisait à travers les vitres de l'église de Sainte-Sophie à Constantinople.
Le passage le plus explicite sur l'emploi des vitres colorées pour les basiliques est celui d'Anastase le bibliothécaire , qui nous apprend que le pape Léon III fit (en 795) mettre des vitres de couleur aux fenêtres de l'église de Latran (fenestras deabsida ex vitro diversis coloribus concltisU ) .(2).
La connaissance de Tart de brûler, dans la substance même du verre, des dessins de différentes couleurs, paraît remonter au odzième siècle. C'est dans ce temps que Ton construisit, par Tordre du roi Robert, un grand nombre d'églises dans plusieurs provinces de France.
Suger, favori et ministre de Louis le Gros, et régent du royaume sous Louis VII , nous apprend lui-même qu'il fit venir à grands frais les artistes les plus habiles de l'étranger, pour faire peindre les vitres de l'abbaye de Saint-Denis, depuis la chapelle de la sainte Vierge jusqu'au-dessus de la principale porte d'entrée de l'église ; que les ouvriers pulvérisaient des saphirs en abondance , et les brûlaient dans le verre, pour lui donner la couleur d'azur. Il ajoute que lorsqu'il fit faire ces vitres, la dévotion était si grande, qu'il se trouvait assez d'argent dans les troncs de l'é-
(1) Le VicI, PArt de la peiniuresur verre, etc., 1774, in-fol. ; Paris.
(2) Anastase, Biblioth.,in Vila LeoH, III, siib anno 795. Fleary, Hist. eceles., t. X, p. 158, in-S*".
DEUXIÈME iPOOUE- 377
glise pour payer les ouvriers à la fin de chaque semaine (1).
Le bleu elle rouge ( oxyde de Xer) dominent dans ces peintures.
L'art de la peinture sur verre alla en se perfectionnant pendant les treizième , quatorzième et quinzième siècles ; il se perdit en quelque sorte aux dix-septième et dix-huitième siècles , et fut retrouvé dans les temps plus récents^ grâce aux progrès de la chintie.
(l)DoableC, Antiquités et Recherehes de Vahba^e de Saint Denis; Parin, I62&, p. 243, 246 et suit.