HIST. DE LA OBIMIE. — T. II. U
162 HISTOIBE DE LA GHIMI8.
« Pourtant je n^affirmeraî pas, ajoute»t-il, que tous les Tëgétauz acides ou astringents puissent donner les mdmes résultats (1). s
En effet, tous les végétaux ne renferment pas de l'acide tannique qui, combiné avec Porjrde de fer, produit l'encre.
En substituant au vitriol une lessive de potasse, ajoutée à une infusion de pétales de roses rouges, on obtient, selon l'auteur, un précipité de couleur sale et un liquide d'une belle couleur rouge. Dans un autre passage^ il remarqué que cette couleur est encore plus belle, si l'on remplace la lessive de potasse par du minium et un peu d'acide sulfurique (2).
Tous les éléments de l'encre, telle qu'on la fabrique aujour^ d'bui, se trouvent résumés dans un procédé que Boyle indiquait à une dame qui lui avait demandé ce qu'il fallait faire pour oe pas se salir les doigts en écrivant.
« Une grande dame s'était plainte à moi de ce qu'elle ne pouvait écrire sans se noircir les doigts. Je lui conseillai de préparer le papier dont elle se servait, en le firottant (à l'aide d'une patte de lièvre) avec une poudre composée de 3 parties de couperose, de A parties de noix de galle, et de 1 partie de gomme arabique; et d'écrire sur ce papier avec une plume trempée dans de l'ean claire (3). »
Au nombre des moyens proposés pour effacer l'encre, figurent Tesprit d'urine et les sels acides retirés des végétaux.
On sait, en effet, que le sel acide d'oseille (bioxalate de potasse) possède la propriété 'd'effacer l'encre ordinaire.
Boyle avoue lui-même que l'emploi de ces matières est insuffisant pour faire disparaître sans retou r toute trace d'écriture; et il ajoute qu'il connaissait un moyen qui remplirait parfaitement ce bot, mais qu'il ne jugeait pas à propos de le divulguer, à eause du mauvais usage qu'on en pourrait faire.
Gravure sur métaux, par le moyen tPun acide.
Boyle a décrit le procédé de graver sur métailx, tel qu'il est eneore employé de nos jours. Ce procédé consistait à recouvrir la lame d'un métal ( cuivre, argent) d'une coucbe de vernis, à y tracer avec un stylet le dessin que l'on désirait, et à la laver avec
(J) UseftilDess of philoaophy, dans les Œuvres de Boyle, vol. r, p. 57.
(2) EvperinenU vpon ooloor8,n)id., vol. ii, p.'^TS.
(3) TTtefalnessof phllosophy, Ibid., vol. r, p. 1 14.
TROISliUE EPOQUE. J63
de l'eau-forte qui ne corrode le métal que dans les^points mis à DU par le stylet (i).
Avant de donner la description de ce procédé, l'auteur décrit la préparation d'un alliage propre à recouvrir les glaces. Cet alliage se. composait de i partie de plomb, de 1 partie d'étain, 2 parties de bismuth, et de 10 parties de mercure (2).
Acides minéraux. — Dissolvants,
Boyle simplifia beaucoup les procédés de préparation des acides minéraux. Ainsi, il préparait Veau-forle, a en distillant un mélange d'acide sulfurique et de salpêtre », et il obtenait Vesprii de sel, en soumettant à une forte chaleur un mélange de limaille de fer, de sel commun et d'eau (3). « Dans cette opération , dit-il , le récipient se remplit de vapeurs blanches abondantes, qui, étant condensées et mêlées avec de l'eau-forte, dissolvent très-bien les feuilles d'or (4). »
Veau régale, il la préparait en mêlant une partie d'esprit de sel avec deux parties d'esprit de nitre (acide ni trique* concentré) (5).
Il n'ignorait pas que l'eau-fort© très-concentrée n'attaque pas les métaux, et qu'il faut y ajouter de l'eau pour les dissoudre (6).
Le nitre est un composé de potasse et d'eau-forte; c'est ce que Boyle démontre, non point par l'analyse, mais par la synthèse , en préparant du nitre par un moyen direct. Ce moyen consistait à traiter à chaud les cendres des végétaux par de l'eau-forte, et à faire cristalliser la liqueur par le refroidissement (7j.
L'emploi de la voie humide et des dissolvants en chimie organique remonte aux travaux de Boyle. C'est ainsi qu'il cherchait, pour nous servir de ses mots, à rendre l'opium plus actifs en le traitant par du tartre calciné ( carbonate de potasse ) et par de
(1) Usefulness of pbilosopliy, vol. i, p. 133. (3)lbid., p. 129.
(3) On eiplique aujourd'hai le secret de cette réaction ; le fer oxydé aux dépens de Peau, qui se décompose, joue le rôle â*un acide qui se combine avec la soude i le chlore, s^mparant de l'hydrogène de l'eau, se dégage à Pétat d'acide clilorliydrlqne, nommé aulrerois esprit de sel.
(4) Usefulriess of philosophy, vol. i, p. 76.
(5) Usefulneas of philosophy, toI. i, p. 63.
(6) Ibid., p. 165.
(7) Ibid., p. 76.
l'alcool (1). — C'est en efTet la potasse qui, s'empa^ant de Tacide méconiquc , met en liberté la morphine, la partie la plus active de l'opium , laquelle est dissoute par Talcool. Boyle avait le premier obtenu la morphine ^ sans le savoir.
Il proposa aussi différents moyens internes, empruntés soit aux acides, soit aux alcalis, pour dissoudre chimiquement la pierre dans la vessie. Nous avons vu que déjà Vilruve avait songé à ces moyens (2). Boyle fit l'analyse de quelques calculs urinaires; il j découvrit le premier la présence de la chaux comme d'un de leurs principaux éléments constitutifs (3).
11 observa aussi le premier que le sel commun retarde le point de congélation et le point d'ébullition de l'eau, et il montra qoe l'eau se dilate en passant à l'état solide (glace), au lieu de se contracter (4).
Boyle avait l'excellent esprit d'allier partout la physique à la chimie. « La physique, la mécanique, les mathématiques, la chimie, l'agriculture, la médecine, toutes ces sciences doivent, dit-il, se donner la main et se prêter un mutuel appui. » -- Ctet ce que les savants ont toujours eu de la peine à comprendre.
<c La chimie vulgaire, continue le maître, n'est que de la roo- i tine ; c'est une espèce de recueil d'expériences sans lieu , sans I ordre philosophique, et qui ne repose sur aucun principe solide. Pour construire l'édifice de la science, nous avons besoin de deux instruments, l'intelligence et l'expérience (5). » i
Boyle revient souvent sur ces idées, marquées au coin du génie. Il appelle philosophie naturelle la pratique des sciences appliquées aux arts, à l'industrie, à l'agriculture, etc. ,
Continuant ses recherches , Boyle prouva expérimentalement I ffie les sels jouent un grand rôle dans la végétation , que la teite végétale est très- riche en sels alcalins , et que c'est de cette condition que dépend la fertilité du sol. L'importance du carbonate d'ammoniaque, qu'il préparait en distillant les cendres de bois avec l'extrait d'urine, ne lui avait pas échappé dans la question de l'engrais.
La conservation des fruits, des viandes, en un mot^ des matières
(1) Usefulness ofphilosophff^ p. 74.
(2) Voy. plus haut, t. i, p. 185.
<3) Usefulness of pliUosopliy, vol. i, p. 34.
(4) Ibid., p. 144.
(5) Usefulness ofphilosopliy, yoI. i, p. 74.
TROISIÈME £POQU£> J65
organiques faciles à se corrompre , avait été de tout temps un sujet d'étude, obscurci par de vaines théories (i). Boyle ne pouvait manquer de s'en occuper utilement ; et, en effet, il arriva à ce principe fécond , que tout ce qui tend à détruire l'influence de l'air est le plus propre à conserver les matières organiques (i).
Pour savoir ce que Boyle pensait de l'alchimie, il faut lire ses traités The excellence and grmnds ofthe tnechanical philosophy^ et The origin of forms and qualities.
Nous savons déjàqu'il rejetaitla théorie, d'après laquelle le mercure, le soufre et le sel son( les éléments des métaux, sinon de tous le^ corps de la nature.
« Quel que soit , dit-il , le nombre des éléments , on démontrera peut-être un jour qu'ils consistent dans des corpuscules insaisissables, mais de forme et de grandeur déterminées , et que c'est de l'arrangement et de la combinaison de ces corpuscules que résulte une multitude de composés complexes. Si nous construisons , avec des briques de môme dimension et de même couleur, des ponts, des routes, des maisons, uniquement par un changement de disposition de ces matériaux de même espèce, quelle variété bien plus grande de composés ne doit produire l'arrangement varié de ces corpuscules primitifs , que nous ne supposons pas tous d'égale forme comme les briques (3) I »
Boylen'hésila pasà révoquer en doute la théorie d'aprèslaquelle feau est un corps simple : il se fondait sur ce que, dans l'alimentation des végétaux, l'eau donne naissance à des produits divers.
La synthèse, avons-nous dit , est beaucoup plus ancienne que ' l'analyse. Ce n'est pas en décomposant le cinabre , mais en for mani avec du soufre et du mercure un composé rouge , jouissant de toutes les propriétés du cinabre naturel , que les alchimistes ont constaté les éléments de ce corps. 11 en a été de même de beaucoup d'autres substances.
En vertu de quelle loi ou de quelle force les molécules se groupent-elles dans tel ou tel ordre pour produire un composé?
Le mot d'attraction ou d'affinité n'ayant pas encore été inventé, la réponse à cette question était alors très-difficile. Aussi ne faut-il pas s'étonner si l'auteur Taborde avec quelque hésitation.
(1) Voy. plus haut, t. i, p. 211.
()) Uwfuliiess of pbilo8opliy, vol. i, p. 52.
(3) Tbe eicellenee and groonds, etc., vol. i, p. 193.
i66 HISTOIRE DE LA CHIMIE.
(( Il y a, dit-il , une matière universelle , commune à tous les corps, en tant que substance étendue , divisible et impénétrable. Cette matière étant une d'après sa nature, 4a diversité des corps doit nécessairement provenir d'une autre cause; et comme dans la matière en repos il n'y a pas de changement, il faut nécessairement admettre un principe de mouvement et une tendance au mouvement. L'origine du mouvement dans la matière , ainsi qoe les lois d'après lesquelles il s'opère, et qui donnent au monde sa forme actuelle, dérivent de Dieu (1). »
Sans doute tout ce qui est vient de l'Être suprême, et y retourne. Mais la science ne ferait jamais de progrès, si, pour résoudre an problème difûcile, il suffisait de prononcer le nom de Dieu. L'intelligence nous a été donnée pour en faire usage, en méditant sur les œuvres de la création et en interrogeant l'expérience. C'est plus que blasphémer le Créateur, que de laisser dans l'inaction les facultés dont il nous a doués. Aussi le travail est-il la meilleure des prières. Orat qui laborat est un adage fort ancien.
Bojle est loin de combattre la possibilité de la transmutation des métaux. Il semblerait même admettre que les métaux se composent d'une matière universelle, commune à tous les corps, et qu'ils ne diffèrent entre eux que par le poids , la forme, la structure, etc. Cette proposition hardie, il essaie de 1^ démontrer par l'expérience suivante : a Je fîs^ dit-il, avec l'huile rectifiée du beurre d'antimoine (acide chlorhydrique ) et l'esprit de nilre,an menstrue très-acide ( menslruum peracutum ), propre à dissoudre ' les corpuscules de l'or; ensuite je fis fondre une certaine quantité d'or avec 3 ou 4 fois son poids de cuivre; cet alliage fut dissous dans de l'eau-forte, de manière que tout l'or se déposa sous forme de poudre. Celte poudre, ayant été fondue en un petit culot, fut traitée par une grande quantité de menstruum peraetUmi où elle se dissolvait lentement. Enfin, il resta au fond de la liqueur un dépôt considérable d'une poudre blanche^ insoluble dans l'eau régale. Cette poudre , fondue avec du borax ou tout autre flux convenable , donna naissance à un métal malléable et blftnc comme de l'argent ; enfin il fut établi , par sa dissolution dans l'eau-forte , que c'était de l'argent véritable (2). »
Cette expérience, dont le résultat paraît fort surprenant au pre-
(1) The origfn of forros, etc., vol. i, p. 197.
(2) A>rm8and qualifies, yoI. i, p. 260.
TBOISlilIB ÉPOQUE. 167
mier aboM, s'explique très-bien quand on se rappelle que l'antimoine ( dont le chlorure est ici employé pour la préparation du mensiruum peractUum ) est , ainsi que l'or; presque constamment argentifère. Les alchimistes , fascinés par le prestige du merveilleux, n'admettaient pas cette explication; l'expérience de Boyle ne servit, au contraire, qu'à faire reprendre de plus belle la recherche de la pierre philosophale.
Le chapitre sur les couleurs (experiments and observations upon colours ) contient des documents d'un grand intérêt pour l'histoire de la chimie (i). On y trouve , entre autres, pour la première fois , l'emploi du sirop de violettes proposé pour reconnaître si une substance est acide ou alcaline. « C'est là , dit l'auteur, un caractère constant; le sirop de violettes est rougi par les acides et verdi par les alcalis. »
Ce réactif devint depuis lors d'un usage universel.
Bo|yle s'assura , par de nombreuses expériences , que les sucs colorés des végétaux prennent des teintes diverses sous l'influence des acides et des alcalis. Il n'ignorait pas l'intervention de l'air dans un grand nombre de phénomènes de coloration. « Beaucoup de couleurs, dit^l, sont instables; elles changent, et prennent des nuances variées ; et cela provient de l'influence de l'air. »
Le chlorure d'argent noircit au contact de la lumière. Boyle attribuait ce phénomène à l'action de l'air.
L'action des acides et de certains sels métalliques sur les huiles essentielles avait particulièrement attiré son attention^ > Une très-petite quantité d'huile essentielle d'anis concrète donne , dit-il,\avec l'huile de vitriol une couleur rouge de sang. Le sucre de plomb (sous-acétate de plomb) communique à l'essence de térébenthine avec laquelle on l'a fait digérer, une teinte rouge. C'est probablement un bon remède (â). n
L'auteur termine le chapitre Sur les couleurs, par cette réflexion d'une touchante modestie : « Je n'essaie de bâtir aucune théorie sur les observations et les expériences que je viens de communiquer; je laisse ce soin aux observateurs à venir, o
Dans le remarquable travail où Boyle examine les causes mécaniques des précipités {the mechanical causes of precipUcUion)^
(1) Vol. u {Philosophîcal Works), p. 1-105.
()} Experiments and observations upon colours, vol. ii, p. 78.
il fait un fréquent usage de la balance (i). II attribue la formation dès précipités à Faction prépondérante de la pesanteur en même temps qu'à la faiblesse du véhicule, impuissant à maintenir le corps (qui se précipite) en dissolution.
Il remarque que le précipité pèse quelquefois plus que le corps dissous; que, par exemple, le précipité blanc, produit par le sel marin dans une dissolution d'argent faite avec l'eau-forte, pesait plus que l'argent dissous. Il n'avait plus qu'un pas à faire pour arriver à la théorie des équivalents.
Les anciens chimistes s'adressaient des questions que les chimistes modernes dédaignent, bien à tort selon nous, de soulever.
Pourquoi, se demandaient-ils^ par exemple, l'eau-forte ne dissout-elle pas l'or, tandis qu'elle dissout l'argent?
« C'est parce que, répondit Boyle, les pointes de Tacide ne pénètrent pas les pores de l'or, et qu'elles pénètrent très-bien les pores de l'argent, b
Cette explication, quelque insuffisante qu'elle soit, moDtre du moins un effort de bonne volonté. Aujourd'hui on ne se donne même pas la peine de se demander pourquoi tel ou tel corps est soluble dans tel acfde , et insoluble dans tel autre. L'a^ gent est soluble dans l'acide nitrique , l'or y est insoluble; et tout est dit. Il y a cependant là une inconnue à dégager.
Boyle consacra plusieurs mémoires à l'origine mécanique dn froid et de la chaleur ( The mechanical origin of heai and cold (2i; •— Memoirsfor an expérimental history ofcold (3).
Le froid et la chaleur, qu'il considère, avec les anciens phpciens, comme deux phénomènes antagonistes, dépendraient des propriétés mécaniques et physiques des molécules qui composent les corps. Il n'ignorait pas que le froid resserre, tandis que la chaleur dilate les corps, et que c'est là-dessus qu'est fondée la théorie des thermomètres.
Son travail Sur le froid et la chaleur renferme de nombreuses expériences concernant divers mélanges frigorifiques. H démontre que beaucoup de sels , mais surtout le nître et le sel ammoniac , déterminent , étant dissous dans l'eau , un abaissement de
(1) Vol. 1 (Phïlosophieal w(frhs),p. 515625. il) Vol. I {Philosophical Uforks), p. 550-672. (3) Ibid., p. 573-7S0.
TAOISIÈMS £POQDE. 169
température sensible au thermomètre. L'habile expérimentateur faisait^ avec un mélange de sel commun et de neige, congeler de l'urine, de la bière, des vins du Rhin, de France, des huiles, etc.; et il observait que Ton peut remplacer le sel par bien d'autres substances, telles que le nitre, Talun, le sel ammoniac, le vitriol et même le sucre.
Les moyens de produire une chaleur artificielle jne sont pas moins variés. La chaux vive , humectée d'eau , était une expérience connue depuis longtemps. Les alchimistes savaient que le tartre calciné, ainsi que Thuile de vitriol, produisent, au contact d'une petite quantité d'eau, une élévation de température assez considérable. Mais ce qui était moins t;onnu, c'est qu'un mélange de limaille de fen et de soufre pulvérisé et humecté d'eau produit également de la chaleur. Le mercure est dans le même cas'au moment où il s'âmalgame avec l'or.
Boyle se plaignait de ce que les thermomètres alors en usage ne fassent pas comparables : il leur manquait encore un point fixe propre à servir d'unité de mesure. 11 fut donc le premier à proposer comme point fixe le point «de congélation de l'eau. Il apporta ainsi d'importants perfectionnements au thermomètre, de même qu'il avait déjà perfectionné la machine pneumatique et le baromètre.
Il y a certainement autant et peut-être plus de mérite à détruire une erreur qu'à découvrir une vérité.
C'est ainsi que Boyle , dans son nlémoire Sur la salaison de la mer (4), mérita bien de la science, en montrant l'erreur d'Arislote , renouvelée par Scaliger, qui prétendait que la salaison de la mer était produite par l'action du soleil, et que les eaux de mer n'étaient salées qu'à la surface. Au moyen d'un vaisseau à soupapes , construit par lui , Boyle se procura de l'eau de mer puisée à diverses profondeurs, et se mit ainsi en état de prouver qu'elle y est partout aussi salée qu'à la surface, et que sa densité spécifique est sensiblement la même.
« 11 ne faut pas , dit*il , faire entrer ici en ligne de compte les courante et les sources d'eau douce qui se trouvent accidentellement dans la mer, surtout dans le voisinage des côtes. La salaison de la mer provient du sel que l'eau dissout partout
(1) Eipeiiments iDd obserfatlons apoo the sattoeis of tbe êea, vol. m, p. 214- 3t. .
i70 HISTOIRE DE LA. GHOflE.
OÙ il se rencontre. Ce sel peut, depuis le commencement du monde, exister en masse considérable au fond des mers, ainsi qu*on en rencontre des couches puissantes au sein de la terre, où il contribue à la formation des fontaines ou sources salées naturelles. Par la distillation, on trouve le sel en résida dans la cornue ; l'eau qui a passé dans le récipient est douce et potable. Il serait à souhaiter que Pon fit des expériences multipliées pour s'assurer si les mers sont partout également salées. li ne serait pas impossible que l'on trouvât, sous ce rapport, de . nombreuses inégalités. x>
Pour faire, à cet égard, des expériences précises, etpcmi déterminer la quantité de sel commun qui domine dans les eaux de mer, Boyle proposa d'employer une dissolution d'vgent dans l'eau-forte (nitrate d'argent); il précipitait ainsi tout le sel marin. Pour faire voir ensuite combien ce procédé est exact, il s'était assuré que cette dissolution d'argent produit un uuage blanc très-marqué dans- 3000 grains d'eau distillée tenant en dissolution un grain* de sel commun sec.
((Il est probable, ajoute-t-il, que des chimistes habiles pourront trouver un procédé moins coûteux; mais il sera difficilement aussi net et aussi certain que* celui que je propose (1). >
Dans son mémoire Sur le nitre (2), l'auteur avance que l'air pourrait bien jouer un rôle important dans la formation du nitre naturel. Mais, n'ayant pas fait à cet égard des expériences précises, il se tient dans une extrême réserve. Cepeiidant il montra le premier que le nitre se compose de deux principes distincts: l'un est volatil , de nature acide , jaunissant la teinture rouge do bois de Brésil : a c'est, dit-il, une espèce de vinaigre minéral;* l'autre est fixe et de nature alcaline, semblable à l'alcali obteDo par la lixi\iation du tartre calciné.
Il reconstitua le nitre décomposé par l'action des charbons incandescents , en combinant le résidu avec de l'esprit de nitre. « La quantité qu'il faut employer pour recomposer le nitre est à peu près, dit-il, aussi considérable que celle que le sel a perdue par la combustion. » Il explique la chaleur qui se produit pendant
(\)Experim&nUandob8ervaiioni,tV&,, voLiir, p. î28. — Suivant HtUey,!»»' laiflon de la mer allait en augmeoUnt avec le temps, et rien n'éUit plos propn à calcoler Tige du monde que les analyses comparatives des eanx de mer, Ms dansdifTérents siècles. Philosaph, TratuoeL^ n" 344, p. 39e.
(2) A fundamental eiperiment made with nitre» vol. i, p. 197*304.
cette combinaison, par le mouvement des molécules , toute chaleur étant inséparable du mouvement.
Le travail de Boyle «Sur les eaux minérales est de beaucoup supérieur à tout ce qui avait été fait jusqu'alors sur le môme sujet (1). I/auteur trace d'abord des règles et indique les principes généraux , qui devraient guider tous ceux qui se livrent à rétude des eaux minérales.
II essaie ensuite d'introduire dans la science une méthode plus exacte pour analyser les différents sels dont ces eaux peuvent être chargées. Il proposa l'emploi de Ja teinture de noix de galle pour s'assurer si les eaux sont ferrugineuses; Tinfusion du bois de Brésil ou du papier réactif trempé dans cette infusion , le sirop de violettes , pour constater si les eaux sont acidulés ou alcalines; l'ammoniaque, pour reconnaître la présence du cuivre; la dissolution d'argent (nitrate), pour déceler des traces de sel commun.
c( L'arsenic, dit-il, peut aussi se rencontrer dans les eaux minérales; ce qui n'est pas étonnant, car ce corps existe abondamment dans l'intérieur de la terre, d'où jaillissent ces eaux. Il est très-difficile d'en constater la présence ; il n'est que faiblement soluble dans l'eau. L'esprit d'urine (carbonate d'ammoniaque), et l'huile de tartre per deliquium (carbonate de potasse) , produisent dans la solution arsenicale un léger précipité blanc. »
Boyle montra le premier que l'arsenic blanc doit être rangé parmi les acides, bien qu'il ait une réaction très-faible. Il le classe parmi les poisons corrosifs (2). L'hydrogène sulfuré n'était pas encore mis en usage. Le meilleur moyen de reconnaître l'arsenic dans une liqueur « consiste , ditr-il , à employer le sublimé corrosif , qui produit immédiatement un précipita blanc abondant».
Le premier aussi il a recommandé l'emploi du microscope pour découvrir dans les eaux minérales des matières organiques ou des êtres vivants.
La détermination de la densité de ces eaux, sujet alors tout nouveau, fixa particulièrement son attention. Critiquant les résultats que les pharmaciens obtenaient, dans leurs laboratoires.
(i) Mémoire for a naturel history o( nûDerel watere, vol. m, p. 495-520. (3) Ibid,, vol. III, p. 509 et 610.
au moyen dinstraments grossiers et inexacts, il propose lui-même une méthode nouvelle pour déterminer la densité des eaux minérales. Cette méthode consistait à prendre pour terme de comparaison Teau distillée pesée dans un matras à col cylindrique très-long et étroit (de l'épaisseur d'un tuyau de plume d'oie), à y introduire jusqu'à la tare marquée sur te col du matras et à peser les eaux dont on veut connaître la densité. Il n'y est pas tenu compte de Taction de la température.
Nous donnons en note quelques résultats obtenus à l'aide de cette méthode (i).
L'auteur en conclut que les eaux minérales sont plus pesantes que Teau distillée, à cause des sels qu'elles conttenneDt.
(.a balance dont Boyie se servait était sans doute encore bien loin d'avoir la précision de nos balances actuelles. Cependant elle était exacte à un cenligramftie près, c'esl-à-dire qu'elle était supérieure à toutes les balances employées jusqu'alors.
Les alchimistes s'étaient beaucoup occupés de la question dQ sang humain; mais personne avant Boyle ne l'avait abordée d'une façon vraiment scientifique.
Dans son Histoire naturelle du sang humain hors des vaisseaux (2), Boyle constata d'abord, à l'aide du thermomètre, quelc sang se maintient constamment, en hiver comme en été, àuoe température supérieure a à la chaleur de la. canicule 9. — On sait que la température moyenne du sang est d'environ 38" du thermomètre centigrade.
« La densité spécifique du sang humain est, dit-il, beaucoup plus difficile à déterminer qu'on ne pourrait se l'imaginer; car
(1) Mémoire for a ruUural history of minerai waters, vol. m, p. 501.
onces. dnchmeM. vraiw (1J>
£au distillée 3 4 41
— commune ^ S 4 43
— d*Acton 3 ^ 4 48;
— d'Epsom 3 4 51 *
— de Diiiwich .^ 3 4 54
— de Streliiam. ,,. 3 4 55
— deBarnet 3 4 52
— de Norlh-ball .• 3 4 50
U faut se rappeler que le grain' vaut cinq centigrammes le drachme, 4 j et l'once 32 grammes.
(2) Mem. for thenat. hist. of êxtravased humain bhod, foL m, p. M^^'
TROISliME ÉPOQUE. 173
elle peut varier sensiblement selon le sexe, l'âge, le tempérament; et chez le môme individu elle peut varier, suivant le temps de Tannée, et même de la journée, selon le plus ou moins grand intervalle qui s'est écoulé entre le repas et la saignée, etc. Outre cela, il y a une difficulté mécanique inhérente àTexpérience elle-même : le sang commence à se coaguler si vite après sa sortie de la veine, qu'il n'est guère possible de le peser hydrostatiquement , soit en y plongeant un corps solide plus pesant, soit en mettant toute la masse du sang dans l'eau; le premier moyen est rendu impraticable par la partie fibreuse» et le dernier par le sérum du sang. »
Ces paroles font voir combien l'auteur mettait de précision dans ses expériences^
Il ne lui avait point]échappé non plus que le sang noir acquiert, à sa surface, une coloration rouge vermeil par le contact de Tair. -^ De là il aurait pu facilement arrivera la conclusion que l'air change , dans les poumons , le sang noir des veines en sang rouge des artères.
Boyle soupçonna, mais sans essayer de le démontrer, que le sang contient du sel marin.
Il fit aussi de nombreuses expériences sur la coagulation du sérum au moyen des acides, de l'alcool concentré, de la chaleur, etc., ainsi que sur la transfusion du sang, alors si souvent ordonnée par les médecins.
Boyle^ associé à Wren , donna une forte impulsion à la toxicologie; il fit des expériences sur des chiens, en injectant, par les veines crurales , des poisons et leurs antidotes (1).
Frappé de l'analogie que présentent certaines maladies avec les symptômes d'un empoisonnement, il mit en avant l'idée que ces maladies (choléra, peste, etc.) pourraient bien n'être que le résultat d'un véritable empoisonnement produit par des molécules d'une substance toxique suspendue dans l'air (2).
Sobre de théories, Boyle était toujours prêt à interroger luimême l'expérience. « Bien que ma condition me permette. Dieu merci , de faire exécuter les expériences par d'autres en ma présence, je ne me suis jamais refusé à disséquer moi-même
(i) Tlie Uflcfalness of pbilotophy, vol. i, p. 3S.
(7) Tha air.coasider'd witb regard to lieald aod siekneM, vol. «i^ p. 537.
des animaux , et à manier, dans mon laboratoire , le lut et le charbon (i). »
Personne n'était mieux que Boyle au courant du mouvement général des sciences en Europe. S'agissait-il quelque part d'une découverte inattendue, aussitôt il employait tous les moyens pour en connaître les détails , et pour en répandre la connaissance. C'est lui qui arracha à quelques chimistes ambulants les secrets du phosphore et du quinquina.
Ses mémoires Sur les phosphores naturels et les phosphores ar- Uficiels contiennent des documents précieux pour l'histoire de la chimie (2). Les observations de Boyle sur les phosphores naturels parmi lesquels il comprenait le ver luisant , le diamant, le bois, et les poissons pourris phosphorescents, datent de Tannée 1667, et sont par conséquent antérieures à la découverte de Brand. Il appelle artificiels i® les phosphores qui ne luisent dans l'obscurité qu'après avoir été préalablement exposés au contact des rayons solaires; tels sont le phosphore de Bau* douin ( nitrate de chaux calciné) et la pierre de Bologne (sulfure de baryum); ^ le phosphore proprement dit {aerial nodiluca)j luisant dans l'obscurité sans avoir besoin d'être préalablement exposé au soleil. En analysant plus loin les travaux de Runckel, nous donnerons l'histoire détaillée de la découverte du phosphore. Nous ne ferons connaître ici que ce que raconte Boyle, qui passe, non sans quelque raison, pour avoir découvert le phosphore.
Rrafft , s'étant approprié le secret de Brand , passa en Angle terre, où il gagna beaucoup d'argent en montrant son phosphore comme une curiosité. « Il montra (c'est Boyle qui parle) à Sa Majesté ( Charles II ) deux espèces de phosphores : Tdo était solide , de l'aspect d'une gomme jaune ; l'autre était liquide; celui-ci ne me paraissait être qu'une dissolution du premier.... Après avoir vu moi-même ce corps singulier, je me mis à songer par quel moyen on pourrait parvenir à le prépaparer artificiellement. M. Kraflt ne me donna, en retour d'au secret que je lui avais appris^ qu'une légère indication, eo me disant que la principale matière de son phosphore était quelque chose qui appartenait au corps humain. »
(1) Usefulness, etc., yoI. i, p. 8.
(jt) Natoral phospliori, vol. in, p. 145-173. Artifidal phosphori (aerni aodOoca), ibid., p. 173-213.
TBOiSikHB fPOQUE. 175
Enfin, après bies des tentatives inutiles, Boyle parvint à se procaret qstetques petits morceaux de ce nouveau produit : ils étaiesl delà grosseur d'un pois, transparents, incolores; il leur donnait le nom de phosphore glacial {glacial noctiluea or phosphorus). Il en décrit parfaitement les propriétés^ indique le danger qu'il y a à le manier et la manière dont il se comporte avec les acides, avec les huiles essentielles, les alcalis, etc. En étudiant ces réactions diverses , il fut témoin d'un dégagement d'hydrogène phosphore spontanément inflammable à Tair (i). Avec le phosphore et les fleurs de soufre , il avait obtenu un mélange explosîble par des chocs légers (2).
Le phosphore glacial noctiluea de Boyle avait été préparé en évaporant, jusqu'à consistance d'extrait^ de l'urine humaine putréfiée^ et en soumettant le résidu à la distillation avec trois fois son poids de sable blanc très-fin. Ces deux matières^ intimement mélangées, étaient introduites dans une forte cornue, à laquelle était adapté un grand récipient eu partie rempli d'eau. Après avoir soigneusement luté les jointures de l'appareil, l'auteur y appliquait graduellement un feu nu pendant cinq ou six heures, afin de chasser d'abord tout le phlegme (eau). Après cela, le feu était augmenté, et poussé, pendant cinq ou six heures» à un degré très-intense. Par ce moyen il se produisait des vapeurs blanches*, abondantes , semblables à celles qui se forment pendant la distillation de l'huile de vitriol; enfin, au • moment du maximum de la chaleur, il passait dans le récipient une substance assez dense, qui se rassemblait, sous forme solide, au fond du récipient.
Voilà comment Boyle rend compte du procédé qu'il avait employé pour préparer le phosphore. Comme il est le premier qui ait fait connaître publiquement la préparation de ce corps, à l'aide d'un procédé que personne ne lui avait appris, on pourrait, avec quelque justice, réclamer pour lui l'honneur de la découverte du phosphore.
La substance qu'il appelle phosphore aérien était un gaz inflammable. Il l'obtenait en traitant l 'esprit-de-vin rectifié par de l'esprit de nitre : « Il se produit, dit-il, un air qui s'enflamme à l'approche d'une bougie , et continue à brûler de lui-même jus-
Ci) Artifidal phospbori, vol. 'm, p. 200. (3)lbp.,203.
qu'à ce que reffervescence du liquide Tienne à cesser (1). « Nous terminerons cette analyse par les deux tables de Boyle , dont Tune indique la fusion de la glace dans différents liquides, l'autre, la densité spécifique d'un assez grand nombre de corps. On remarquera qu'ici l'auteur ne s'est pas beaucoup éloigné des résultats auxquels on est arrivé aujourd'hui.
De l'eau congelée dans des tubes de verre de même longueur et de même épaisseur fut mise dans différentes liqueurs, la température étant la même (température ordinaire). Une pendule à secondes indiqua exactement le temps qui s'écoulait entre le moment d'immersion et la fusion complète de la glace dans chacun de ces liquides. Voici les résultats de ces expériences, alors aussi neuves qu'intéressantes (2) :
Table des densités spécifiques^ Veau étant prise pour unité (3).
Or pur 19,640
Mercure 14,000
Plomb 11,325
Argent fln 11,091
BtomuUi 9,700
Cuivre 9,000
Acier doux 7,738
Acier dur 7,704
Fer 7,645
ÉUin 7,320
Soufre 1,800
CrisUl de roche 2,650
Sei gemme 2,143
NItre 1,900
Borax 1.714
Huile de vitriol 1,700
Esprit de nitre 1,315
Miel ^ 1,450
Gomme arabique 1,375
Sérum de sang humain .... 1,190
Egpritde sel 1,130
Esprit d*ur1ne 1,120
Sang liumain.. . 1,040
Lait 1,030
Urine.... 1,030
Camphre..... 0,996
Huile d'olive 0,913
Essence de térébenlliiDe. . . 0,874
Ksprit-de-f in recUfié 0,866
Cendres desséchées 0,800
Liège 0,240
Air 0,0011/4
(1) Artificial phospbori,p. 210.
(2) Experiments upon cold, vol. i, p. 638.
I l'air fut fondue dans reapace de 64
Tessence de térébenthine. «— — 44
l'eau-forte — -. 12 1/4
Teau commune ~ ^ 12
respri^de*vin...« — — t2
Thuile de vitriol — ' — s
(S) The Hffdrostatieal balance fioh ii, 345. — L'aaieur nedU pas ii c*ètaît de Peau distillée, ni à quelle température il l'avait prise pour onilé daaa la déCennination des densités spécifiques.
TBOISIÈME ÉPOQUE 177
C'est la première table de densités qui ait été dressée depuis l'établissement de la science moderne.
Ce fut probablement pendant ses recherches sur le phosphore, que Boyle découvrit la liqueur qui porte son nom; il l'avait obtenue en soumettant h la distillation un mélange intimç de soufre , de chaux vive et de sel ammoniac pulvérisés, a On chauffe, dit-il, d'abord lentement sur un bain de sable; puis, la chaleur étant devenue plus intense, il passe dans le récipient une teinture volatile de soufre ( a volatile tinciure^of sulphvr ) qui pourrait devenir un remède utile en médecine. La liqueur distillée est d'une couleur rougeâtre, et répand, à l'air, d'abondantes vapeurs blanches, très-nuisibles (i). » — C'était là ce qu'il appelait teinture volatile de soufre. Il n'ignorait pas qu'elle pré* cipile en noir les dissolutions de plomb et d'argent.
Comme homme et comme savant, Boyle est un des plus beaux modèles que nous présente l'histoire. Et pourtant , malgré les immenses services qu'il a rendus à la science et au progrès , sa ménaoire est aujourd'hui à peu près oubliée. Les. chimistes et les physiciens eux-mêmes, qui lui doivent tant, ne connaissaient guère son nom que par celui de liqueur fumante de Boyle (suifhydrate. d'ammoniaque ),
Un peu plujs de justice et un peu moins de dédain ! Ne craignezvous pas, malheureux! — c'est aux chimistes et aux physiciens de nos jours que je m'adresse, — ne craignez-vous pas que, dans deux siècles d'ici, vos descendants ne vous traitent comme vous avez traité vos devanciers? Vous prétendez à la gloire de revivre dans la postérité ! Quelle illusion 1 Tout se liquide ou s'expie.
. Boberi FEitJDD ( Robertas de Fluctibus ).
Né à Milgat, dans le comté de Kent, en 1574, mort en 1637, R. Fludd fut un des savants les plus singuliers de son temps. Tout en se montrant partisan outré des doctrines de la kabbale, dont il avait sondé les mystères, il aimait les sciences exactes et faisait pçeuve d'un rare esprit d'observation. Nul n'avait des connaissances plus variées : il était à la fois philosophe,
(1) Rip^riioenU and ol)8er?ations upoD colour^, vol. ii, p. 78 (ex|>er 34).
BMT. DC LA CniHie. — T. 11. 12.
médecin, anatomiste, physicien, chimiste, mathématicien et mécanicien. Il avait construit des machines .qui faisaient l'admiration de ses contemporains. Il était renommé dans toule TEqrope comme astrologue, nécromancien et chiromancien. Gassendi était son adversaire en philosophie.
Ceux qui cherchent à allier les sciences occultes avec les sciences positives doivent prendre pour modèle Robert Fludd. Ses écrits, qui ne sont pas très-communs, semblent avoir été conçus sur le plan de cette alliance.
Si Robert Fludd n'avait été qu'un philosophe mystique, planant dans les régions abstraites de la pensée, nous l'aurions passé sous silence; mais ce fut en même temps un investigateur sagace qui , à Taide de l'expérience, est arrivé à établir des principes propres à exercer une grande influence sur h marche des sciences physiques.
La méthode expérimentale employée par l'auteur nous rappelle, par sa rigueur mathématique, les principes de la philosophie naturelle de Newton. Celui qui découvrit les lois delà gravitation universelle et qui commenta l'Apocalypse, Newton, avaitil pris Fludd pour modèle? Pour éclaircir cette question, nous allons citer un exemple de la façon de procéder de Fludd.
Le troisième livre (Tr. ii, part, vu) De r histoire tnéiaphy signe, physique et technique du macrocosme et du microcosme commence ainsi (1) :
PROPOSmON I.
Uair, étant un corps matériel, ne cède à aucun autre corps l'espace qu'il occupe , si ce n'est à la condition d'être lui-même déplacé en partie ou en totalité.
Démonstration.
En Tenversant un verre rempli d'air sur une cuve d'eau, on remarque que l'eau ne monte dans le verre qu'autant qu'on en retire l'air qui s'y trouve.
(1) Utriusque Cosmi majoris sciiicet et miDoris melapbysica, physica a(qoe(ecb- Dîca historia, in duo volumina secundum Cosmi difTerentiam diviRa, aulhore.Boberlo Fludd, alias de Fioctibus, armigero, elin medicinadoctoreCxoniensi; OppeabeÙD, 1677, io-fol.
TROISIÈME ÉPOQUE. i7i^.
Proposition ii.
Si rair emprisonné dans un vase vient à être évacué ou bofisumé, un autre corps en prendra nécessairement la place , afin guUl ne se fasse pas de vide {ne admittatur vacuum).
La démonstration dont se sert ici l'auteur est Texpérience de Van-Helmonl (!) (une chandelle brûlant sous une cloche renversée sur l'eau ).
L'auteur tire de cette expérience la conclusion très-légitime, que l*air nourrit le feu, et qu'en lui donnant cet aliment il diminue de volume.
Proposition m.
La surface de Veau est en contact immédiat avec l'air; ilriy a aucun intervalle entre ces deux éléments.
Démonstration.
Quand on plonge le bout d'un tube dans l'eau , et que l'on aspire par l'autre bout l'air qui s'y trouve, on voit aussitôt l'eau suivre l'air en s'élevant dans le tube.
Proposition iv.
Leau raréfiée ( réduite en vapeur) occupe un plus grand espace; si cet espace ne lui est pas accordé , Veau brise le vase qui la con^
tient.
Démonstration.
Lorsqu'on remplit un vase à moitié d'eau , et qu'on le met sur le feu , on remarque que l'eau en vapeur sort avec bruit par l'orifice étroit qu'on y a pratiqué. En bouchant cet orifice , le vase est brisé en éclats par la vapeur d'eau, qui tend à occuper un espace plus grand.
Cette méthode est identique avec celle qu'a suivie Newton dans ses^Prtnctpta naturalis philosophie.
(1) Voy. page 139 de ce Yolame.
Dans un autre passage (!), Robert Fludd explique des phénomènes météorologiques, telsquele venl, le tonnerre, réclair,etc., par des expériences de laboratoire très-curieuses.
Après avoir fait connaître les opinions des anciens 'sur la cause des vents , il arrive à exposer la sienne de la manière suivante : « Guidé par l'observation directe des choses, dous attribuons aux vents une double origine : les uns proviennent de Tair emprisonné dans le sein de la terre, et qui cherche violemment une issue; les autres sont l'effet de l'eau réduite en vapeur par l'action du feu central {vi ignis ceniralis). »
A cette occasion Tauteur rapports une série d'expériences sor la force élastique de l'air ou de la vapeur d'eau chaafTée dans des vases qui se brisent avec fracas quand ils sont hermétiquement clos; lorsque ces vases présentent, au contraire, une petite ouverture, la vapeur ou l'air en sort en sifflant, comme un vent impétueux. Partant de ce fait, R. Fludd imagina des espèces de machines acoustiques, dans lesquelles des instruments à vent ou des tuyaux d'orgue étaient mis en jeu par la force de lavapeur. Ce fut, si je ne me trompe^ la première fois que la vapeur reçut une application sérieuse.
Lorsqu'on projette du soufre en poudre sur du ;iitre en fusion, il se produit une explosion plus ou moins violente, accompagnée d'une lumière soudaine. Par cette expérience l'auteur expliquait le phénomène de l'éclair et du tonnerre. La poudre à canon produit en petit, ajoute-t-il , ce que ce phénomène fait en grand dans la nature.
C'est à ce propos que R. Fludd donne la composition de deux produits inflammables au contact de l'eau zl'un consiste en un mélange de parties égales de nitre , de soufre et de chaux vive^ que l'on introduit dans un œuf vide, dont on bouche ensuite les orifices avec de la cire : cet œuf, jeté dans l'eau, procure le spectacle d'un petit feu d'artifice flottant (2). L'autre produit, représentant une pierre qui s'enflamme aussitôt que Ton J crache, se compose d'un mélange de quatre parties de calamine (calamiiha), d'une partie d'asphalte, d'une partie de nitre, de deux parties de vernis liquide (vernms liquida), et d'une partie de soufre (3).
(1) Utriusqtie Cosmi Historia, Tract, i, lib. vu, c. 5,
(2) Ibid., c. 6.
(s)ibiii., c. ?:
TROISIÈME ÉP001JE. iSl
Contrairement à l'esprit de la majorité des hommes de science , R. Fludd essaya, par la méthode expérimentale , de rattacher les phénomènes du monde physique à ceux du monde surnaturel. De là une étrange confusion de la psychologie avec la physique, de Thistoire naturelle avec la philosophie spirilualiste. Voici comment il raisonne :
«L'Ame qui anime le corps tend à s*élever, ainsi que la flamme, vers les hautes régions de Tair. C'est là son instinct et son bonheur. Or, comment se fait-il que nous éprouvions une si grande fatigue, lorsque nous gravissons une montagne? Ne suivons-nous pas la route qui plaît à l'àme ? — C'est que le corps matériel , dont l'essence est de tendre , tout au rebours deTâme, vers le centre de la terre, l'emporte de beaucoup, par sa masse , sur Tétincelle qui nous anime. II faut que l'âme réunisse toutes ses forces , pour élever avec elle et faire obéir à son impulsion la lourde masse du corps qui l'enchaîne (i). »
L'auteur ne s'en tient pas à ce simple raisonnement; il a recours à l'expérience si connue d'une bougie allumée sous une cloche renversée sur une cuve d'eau; l'eau monte dans la cloche par l'action de la flamme, qui finit par s'éteindre.
La chimie doit, selon R. Fludd, être fondée tout à la fois sur l'expérience et sur la kabbale.
«Le vrai alchimiste, dit l'auteur, imite la nature. En commençant son œuvre, il réduit d'abord la matière en parcelles, il la broie et la pulvérise; — c'est la fonction des dents. La matière ainsi divisée, il l'introduit par un tuyau dans la cornue; — ce tuyau représente l'œsophage; la cornue, l'estomac. Ensuite il mouille la matière avant de la soumettre à l'action de la chaleur; — comme la salive et le suc gastrique humectent les aliments ingérés dans l'estomac. Enfin , il ferme exactement Tappareil, et l'entoure d'une chaleur humide, égale et modérée, en le plaçant dans un bain-marie et dans du fumier de cheval ; — c'est ainsi que l'estomac est naturellement entouré par le foie, la rate, les intestins, qui le maintiennent à une température égale. L'opération de l'alchimiste est assimilée à la digestion : les parties élaborées (chyle) soçt mises à part et servent à alimenter le grand œuvre, tandis que les matières
(1) De supernatiirali, nalurali, prœternaturali et contranatarali microcosmi Hfstoria. ton. ii ; Oppenbeim, 1619, in-fol. Tract i, lib. vu, p, 137*
excrémentîtielles (fœces) sont rejelées comme inutiles (1). » Les alchimistes supposaient que le saqg cache de profonds mystères; aussi entrait-il dans la plupart de leurs opérations. Vceuvre du sang (putréfaction et distillation lentes) devait être continuée pendant plusieurs années de suite. R. Fludd raconte à ce sujet plusieurs histoires fort dramatiques, dont il assure avoir été témoin oculaire.
Jf. Rodolphe GI^AinBB.
Glauberestle Paracelse de son époque. Gomme celui-ci, il fait la guerre aux médecins qui se refusent à reconnaître l'importance de la chimie. Son éducation classique est tout aussi négligée que celle de Paracelse; et il semble s'en venger en lançant contre les savants diplômés des plaisanteries qui n'oot pas beaucoup de sel.
La science avait déjà ^fait de grands pas depuis Paracelse, pour lequel Glauber eut une sorte de culte. II estime les travaux des anciens, et traite peut-être un peu trop dédaigneusement ses contemporains. Comme Paracelse , Glauber est partisan des opérations et des théories alchimiques les plus bizarres; ce qui ôte même à ses* expériences ce cachet scientifique qui caractérise les travaux de Boyle. Les recettes de panacées et de médicaments merveilleux portèrent à Glauber le même préjudice moral qu'à Paracelse.
On ne sait sur les premières années de sa jeunesse que ce que Glauber a jugé à propos de nous apprendre lui-même dans divers passages de ses écrits. Né à Rarlstadt en i604, il séjourna longtemps dans les États d'Autriche, à Vienne, à Sakboarg; puis il vint demeurer à Francfort et à Cologne. Il mourut en 1668, à Amsterdam , oîi il s'était retiré Vers la fin de ses jours. Le mépris qu'il avait pour l'espèce humaine lui faisait rechercher la solitude. Vieillard abreuvé de chagrins , vrais ou imagiginaires ; il fuyait le monde , qui n'avait pour lui aucun attrait. «Les hommes d'aujourd'hui, s'écrie-t-il , sont faux, mécliants et traîtres; rien de leurs paroles n'est sacré; chacun ne song«
(1) De mystica sanguinU Anatomiat sect. i, part. lu, lib. i, p. 3S3*33«.
TAOISIÈME ÉPOQUE. 183:
qu'à soi , et agit contre toutes les lois divines et humaines. Partout on rend le mal pour le bien , comme j'en ai fait la triste expérience. Souvent, quand je croyais avoir trouvé un aide laborieux et honnête, j'avais lieu de m'en plaindre quelque temps après : à peine lui avais-je enseigné quelque procédé, qu'il s'enflait d'orgueil , s'imaginant aussitôt en savoir plus que moimême, et cherchant toutes sortes de prétextes pour me quitter. S*il ne pouvait pas se séparer de moi publiquement sans manquer à ses engagements , il s'esquivait clandestinement', ou il se comportait de manière à me forcer à le congédier. C'est à mes dépens que j'appris la vérité de ce vieux proverbe : Quiconque, désire que ses affaires aillent bien, doit être soi-même tout à la fois son maître et son valet ( Wer seine Sachen will gethan haben reeht^ mvss selbsten seyn Herr und Knecht].... Si je n'ai pas fait dans ce monde tout le bien que j'aurais pu faire, c'est la perversité des hommes qui en a été la cause (1). »
C'est là le cri de beaucoup d'âmes généreuses. Ëst-il toujours bien justifié ?
Vravanx de CSUiitber.
Les premiers écrits de Glauber parurent vers la lin de cette désastreuse guerre de Trente ans, qui, au nom d*une religion qui prêche à tous les hommes la concorde, divisa l'Allemagne en deux camps opposés.
Dans les écrits de Glauber^ dont il serait trop long de donner ici la liste détaillée (2), nous noiis contenterons de signaler Philosophische Œfen (Fourneaux philosophiques); — Opus mi-nerale; — Pharmacopœa spagyrica; — Menstruumuniversale ; — Explicalio miraculi mundi; — Continualio miraculi mundi; — De nalura saliûm; — frost der Seefahrenden (Consolation des voyageurs sur mer); — Apologetische Schriften (Écrits apologétiques) ; — De aura potabili; — Teutschlands Wohlfart (Prospérité de l'Allemagne).
Tous ces traités ont été imprimés et réunis, sous le titre, moitié latin et moitié allemand : Johannis Rudolphi Glauberi philosophi et medici celeberrimi opéra chymica^ Bûcher und
(t) Glauber, Optra cAymtca;Francf., 1658, in-4°, p. 167-168. (2) Yoy. Gmelin, Geschichte der Chemie^ 1. 1, p. 644.
Schriften ^ sQviel deren von ihm bishero an Tag gegeben^ etc.; Franc furl, 1658, in-4° (1).
Gomme Paracelse, Glauber a rédigé la plupart de ses livres en allemand, sa langue maternelle, sauf les titres, qui, généralement, sont en latin. Mais son slyle est beaucoup plus clair que celui de Paracelse.
Les écrits de Glauber eurent beaucoup de vogue depuis le milieu jusqu'à la fin du dix-huitième siècle : ils furent traduits en angfais (i) et en français (3).
Tout le monde connaît le sel de Glauber; mais peu en connaissent peut-être rhisloire.
Laissons Pautcur la raconter lui-même : «Pendant les voyages dema jeunesse, je fus atteint, <^ Vienne, d'une fièvre violente appelée, dans ce pays, maladie de Hongrie, qui n'épargne aucun étranger. Mon estomac délabré rendait tous les aliments. Sur le conseil que m'avaient donné quelques personnes quiavaieot pitié de moi, j'allai me traîner, à une lieue de Newstadt, auprès d'une fontaine située près d'une vigne. J'avais emporté avec moi un morceau de pain que je croyais certainement ne pas pouvoir manger. Arrivé auprès de la fontaine, je tire le pain de ma poche, et, en y faisant un trou, je m'en sers eu guise de coupe. A mesure que je bois de cette eau, je sens mon appétit revenir si bien, que je finis par mordre dans l<i coupe improvisée, et par l'avaler à son tour. Je revins ainsi plusieurs fois à la source , et je fus bientôt délivré de ma maladie. Étonné de cette guérîsoç miraculeuse, je demandai quelle était la nature de cette eau ; on me répondit que c'était une eau nilrée (Salpeter-wasser ) (4). »
Glauber avait alors vingt et un ans, et à cet âge il était,
comme il nous l'apprend lui môme, encore entièrement étranger
à la chimie. Cependant le fait qu'il vient de rapporter ne lui
j sortit jamais de la mémoire. Or, un jour il eutTidée d'essayer l'eau
I de sa fontaine de santé, pour voir si elle tenait réellement da
I (1) C'est cette éditiou allemande que noua avons sous les yeux. — 0»ô^
' encore d*autres éditions : Opéra omnia; Amsterd., 1661, in-S"* ; ibid., 165M656-
I — Une édition abrégée : Glauberus concentratus, etc.; LeîpK. et Breslav, 171'»
i in.4«.
I (2) Transi, by Packe; Lond., 1689, in-ful. (3) Trad. par H. Duteil ; Paris, 1659, in-S^'.
j (4) De natara salium, p. 492 ( edit. 1658 ; Francf., in- H.
salpêtre en dissolution , coname le disaient les gens du pays. A cet effet, il en fit évaporer un peu dans une capsule, et il vit se former de beaux cristaux longs , qu'un observateur superficiel a aurait pu, dit-il, confondre avec les cristaux du salpêtre; ces cristaux ne fusaient point dans le feu et n'avaient pas les propriétés du nitre. » Glauber trouva plus tard que ce sel avait la plus grande ressemblance avec celui qu'il obtenait artificiellement, en faisant dissoudre dans Teau et cristalliser le résidu salin {caput mortuum) qui reste dans la cornue après le dégagement de l'esprit de sel (acide chlorhydrîque ) (i).
Ce sel n'était autre chose que le sulfate de soude. Glauber lui donna le nom de sel admirable, 5a/ admirabile, sans s'attribuer aucunement l'honneur de Tavoir découvert; car il soutient que ^n sel admirable est le môme que le sal enixum de Paracelse (2).
« Ce sel y dit-il, quand il est bien préparé, a l'aspect de l'eau congelée; il forme des cristaux longs, bien transparents, qui fondent sjir la langue comme de la glace. Il n'est pas âere , et il a un goût de sel particulier. Projeté sur des charbons ardents, il ne décrépite point comme le sel de cuisine ordinaire {nicht spriti" gend wie eingemein Kochsalz)^ et ne bi'ûle point comme le salpêtre. 11 n'exhale aucune odeur et supporte tous les degrés de chaleur. Gomme il n'est point caustique, on peut l'employer avec avantage en médecine, tant extérieurement qu'intérieurement. Il modifie et cicatrise les plaies récentes sans les irriter. C'est un médicament précieux (3), employé à l'intérieur : dissous dans de l'eau tiède et donné en lavement, il purge les intestins et tue les vers. Il peut aussi servir de fondant (4). »
Telle est l'histoire du sulfate de soude. Ce n'est donc pas sans raison qu'il porte le nom de sel de Glauber,
L'esprit de sel [spUilm salis) s'ohiosiisxiew distillant un mélange de sel commun et de vitriol ou d'huile de vitriol. Glauber en connaissait la nature aériforme, puisqu'il fait observer qu'on ne
(1) L*esprit de sel était autrefois préparé en soumettant i la distillation un mélange de sel narin et de vilriol de fer ou de cuivre; ce dernier ingrédient fut plus lard remplacé par Tacide même du vitriol (acide sulfurique^. Dans tous les cas, il restait au fond de la cornue le sel de Glauber (sulfate de soude) parfaitement soloble dans Peau.
(2) Opéra cliim., etc., p. 492.
(3) Ibid., p. 495.
(4) Ibid. (Phihsophische Oe/en), p. 13.
l'obtient point à Tétat liquide, à moins de lui associer de Teau; c'est pourquoi il recommandait de se servir de vitriol humide. Il ne paraît pas ignorer que, dans cette réaction, c'est Tesprit de vitriol qui prend la place de l'esprit de sel qui se dégage. Il recommande expressément de le préparer dans des vaisseaux de verre, parce que Tacide attaque les vaisseaux métalliques.
L'esprit de sel est vanté par l'auteur pour les usages culinaires, où il pourrait remplacer avec avantage le meilleur vinaigre et le jus de citron. « Pour apprêter, dit-il, un poulet, des pigeons ou du veau à la sauce piquante, on les met dans de l'eau, dans da beurre et des épices; puis on y ajoute la quantité que l'on désire d'esprit de sel^ selon le goût des personnes. Oh peut ainsi amollir et rendre parfaitement mangeable la viande la plus coriace, de vache ou de vieille poule {i), »
Il le recommande en outre comme un excellent moyen pour conserver les fruits, le vin, pour coaguler le lait et attaquer les minerais.'
Glauber appelle nitrum fixnmle produit alcalin qui provient de la combustion du nitre avec la poussière de charbon; il ajoute que ce produit peut être employé en teinture pour eommuniqucr à la cochenille [consinillium) une couleur de pourpre foncée, laquelle est ramenée à la teinte écarlate la plus vive par l'addilion de l'esprit de nitre. « Celui-ci colore aussi, dit-il, les cheveux, les ongles, les plumes en jaune d'or (goldfàrbig ). »
Il n'ignorait pas qu'une dissolution d*argent dans l'eau-forle (nitrate d'argent) teint en noir les matières organiques, telles que les plumes, les fourrures, le bois, etc.; que l'huile de vitriol se substitue facilement aux acides du nitre et du sel, qui sont trèsvolatiles; qju'une solution d'argent est d'abord précipitée par l'ammoniaque, et qu'un excès de celle-ci redissout le précipité (2).
Glauber parait avoir, le premier, entrevu l'existence du chlore; car il dit qu'en distillant l'esprit de sel sur des chaux pélalliques (.cadmie et rouille de fer), il obtenait « un esprit couleur de feu qui passe dans le récipient {geht wie Feuer ûber), et qui dissout les métaux et presque tous les minéraux. » Il l'appelle huile ou esprit de sel rectifié. « Avec ce produit, on peut, ajoute-t-il, faire de belles choses en médecine, en alchimie et dans beaucoup
(1) Oper. Chim. Philosophische Oefen (V part., c. xxv), p. 39.
(2) Ibid.^ part, ii, c. ix, p. 63.
d'arts. Lorsqu'on le fait quelque temps digérer avec de Tespritde-vin déphlegmé (concentré), on remarque qu'il se forme à la surface de la liqueur une espèce de couche huileuse* qui est rhuile de vin (oleumvini), très-agréable, et un excellent cordial (1). »
Glauber retirait de la distillation des charbons de terre une huHe rouge de sang {hlutrothes oleum) , qu'il prescrivait comme fort utile dans le pansement des ulcères chroniques (2).
On se rappelle que les anciens préparaient le beurre d'antimoine en soumettant à la distillation un mélange de sublimé corrosif et d'antimoine naturel (sulfure d'antimoine). Écoutons Glauber, qui savait, il y a deux cents ans, expliquer tout ce qui se passe dans cette opération, aussi bien que le ferait aujourd'hui un professeur de chimie :
« Dès que le mercure sublimé (corrosif), mêlé avec l'antimoine, éprouve Faction de la chaleur, l'esprit, qui est combiné avec le mercure, se porte de préférence sur l'antimoine, l'attaque en abandonnant le mercure, et forme une huile épaisse (beurre d'antimoine) qui s'élève dans k récipient. Le beurre d'antimoine n'est donc autre chose qu'une dissolution de régule d'antimoine (antimoine métallique) dans de l'esprit de sel. Quant au soufre de Pantimoine (naturel), il se combine (conjungirt sich) avec le mercure, et donne naissance à du cinabre qui s'attache au col de la cornue; une partie du mercure se volatilise. Celui qui s'entend bien à la manipulation peut retrouver tout le poids du mercure employé (3). »
Il n'y avait rien à objecter contre cette explication. Voulez-vous savoir pourquoi il la donnait? C'était afin de renverser des théories erronées d'après lesquelles le beurre d'antimoine était Vkuile de mercure (oleum mercurii), et le précipité blanc qui se forme quand on y ajoute de l'eau , le mercure de vie ( mercurius wï«). «Prenez, dit-il, cette poudre blanche appelée mercure de vie, et chaufifez-la dans un creuset; vous la transformerez en un verre d'antimoine , et vous n'en tirerez pas une trace de mercure. » — Pour achever sa démonstration, il enseigna un procédé qui permettait de préparer le beurre d'antimoine ou la prétendue
(1) Phïl&soph. Oêfen, part, i, c. xxiv, p. 28.
(3) Ibid., part, ii, c. xlit.
(3) Ibid., part, i, cxviii, p. 23.
huile de mercure, sans avoir recours au sublimé corrosif. Ce procédé très-simple, et qui est encore employé de nos jours, consistait à traiter les fleurs (oxyde) d'antimoine par l'esprit de sel. II ajoute que Ton obtient des produits semblables (chlorures) en traitant l'arsenic, l'étain et le zinc par l'esprit de sel.
C'étaient là des idées nouvelles et qui paraissaient alors fort hardies. Mais , convaincu d'avoir raison , et voulant couper court à toute discussion oiseuse, il s'écrie : « Je ne prétends d'ailleurs imposer mes opinions à personne; que chacun garde les sieoDes si bon lui semble. Je dis ce que je sais, dans le seul intérêt de la vérité. »
Ce dédain pour l'opinion des hommes et cet amour pur delà science percent, à tout moment, dans les écrits de Glauber.
Rubis d'or; — pierres précieuses artificielles; — liqueur des cailloux. Ce fut accidentellement qu'il découvrit la couleur rouge que l'or communique aux matières vitreuses : a Je fis, dit-il, il y a quelques années, fondre, dans un creuset, delà chaux d'or {calcem solis); et, voyant que la fusion s'opérait difficilement, j'y ajoutai un peu de.flux salin. L'opération étant terminée, je retirai le creuset du feu, et je fus fort surpris de trouver, ait place de l'or que j'y avais mis, une masse vitreuse d'un beau rouge de sang. Les fondants que j'avais employés étant des sels blancs , je ne pouvais attribuer cette coloration qu'à l'àme de l'or {anima auri). »
Ce fait est très-probablement antérieur à un fait analogue, décrit, comme nous l'avons vu, par Boyle, qui semble s'attribuer la découverte des verres colorés en rouge par l'or (i). Glauber avait déjà la réputation d'un chimiste distingué à l'époque où Boyle voyageait encore à l'étranger. Du reste, Libavius avait le premier observé, vers la fin du seizième siècle , que Tor était susceptible de colorer le verre en rouge (2), observation que Glauber et Boyle paraissaient également ignorer.
Glauber s'empressa de tirer parti de la découverte qui venait pour ainsi dire s'offrir d'elle-même. C'est ici que se révèle toute l'habileté de ce chimiste renommé à si, juste titre. Au lieu de faire fondre un mélange d'or ou d'un composé (sulfure) d'or avec les matières du verre, il proposa un procédé extrêmement logé-
(I) Voy. p. 159 de ce volome.
(3)Ibid.,p.28.
nieux. Ce procédé consistait à précipiter l'or de sa dissolution dans Teau régale par la ligueur des cailloux {liquor silicum) (i) ^ et à faire fondre le précipité dans un creuset, a La couleur jaune se convertit en une couleur de pourpre des plus belles {die allersehoenste Purpurfarb). » Il ajoute que ce procédé pourra être appliqué à tous les autres métaux ( cuivre ^ fer, manganèse , etc. ) pour la préparation des verres colorés ou des pierres précieuses artificielles (2).
Curieux de se rendre compte de tous les phénomènes qui se présentaient à son examen, Glauber se demanda ce qui se passe chimiquement lorsqu'on verse la liqueur des cailloux dans une solution d'or. Voici, à cet égard, son opinion ; elle rappelle la loi de l'échange ou delà double décomposition : a L'eau régale, ditil, qui tient Tor en dissolution, tue ( lôdet ) le sel de tartre ( potasse) de la liqueur des cailloux (silicate de potasse), de manière à lui faire abandonner là silice ; et, en échange, le sel de tartre (potasse) paralyse l'action de l'eau régale de manière à lui faire lâcher l'or qu'elle avait dissous! C'est ainsi que la silice et l'or sont tous deux privés de leurs dissolvants. Le précipité se compose donc à la fois de l'or et de la silice, dont le poids réuni représente celui de l'or et de la silice employés primitivement (3). »
Glauber connaissait le smalt bleu de cobalt (4), la laque de carmin, les émaux blancs ou colorés, etc. Il remplaçait le blanc de plomb (carbonate) par le précipité (chlorure), obtenu en traitant une dissolution de plomb par l'eau régale.
Il recommanda, un des premiers, l'usage des creusets de Hesse , fabriqués avec une terre argileuse des environs d'Almanroth ; et il remarqua que la solidité de ces vaisseaux est due, moins* aux matériaux employés , qu'au degré de cuisson qu'ils reçoivent.
Il donna aussi des préceptes utiles aux pharmaciens sur les précautions et la température très-modérée qu'il faut employer pour retirer des plantes les parties volatiles et aromatiques. Il
(1) Silical6 de potasse, obtenu en faisant fondre du sable ou de la silice pulvérisée atec un excès de potasse. Ce composé, dissous dans Teau, s'appelait liquor sUicum,
(7) Philoêoph, Oefen, part. H, c- lxxxii et c. Lxxxin.
(3) PhU.. Offen^ part. II, c. lxxxii, p. 123.
(4) Jkreitet von fliissiger Sand-PoU-Asche und Kobolet. Explicaf. Miraculi ■ ;p. 187.
signala l'existence de produits multipliés, provenant de la distillation du goudron et du bois.
Dans son Traité sur la Prospérité de V Allemagne^ il émet des conseils pratiques sur Tindustrie , sur l'agriculture, sur les engrais, les nitrières artificielles faites au moyen de la chaux, etc. (1).
Loin de borner Tappjication de son intelligence aux détails do laboratoire, Glauber aborde les questions les plus élevées d'économie politique, science alors encore à naître. «L'Allemagne^ ditil, est un pays favorisé par la richesse de ses mines; il n'y a ni manque de bois, ni manque de bras. N'est-ce donc pas une honte de vendre notre plomb à la France et à l'Espagne, notre cuivre à la Hollande et à Venise , pour acheter ensuite bien cher, à ces mêmes pays, le plomb transformé en blanc* d'Espagne, et le cuivre en vert de Venise ? Est-ce que notre bois , notre sable, nos cendres , ne sont pas aussi bons que ceux de France ou de Venise pour fabriquer des cristaux ? Il en est de même de beaucoup d'autres produits dont l'Allemagne fournit les matériaux que l'étranger exploite (â). » -
Ces paroles n'étaient pas seulement celles d'un ardent patriote; elles agitaient l'avenir de l'industrie.
L'histoire ne nous montre qu'à de trop rares intervalles des hommes aussi éclairés et honnêtes que Glauber.
o Je gémis, disait-il, de l'ignorance de nos contemporainset de l'ingratitude des hommes. Je sais bien que mes travaux seront appréciés différemment par les uns et par les autres, et que j'aurais tout aussi bien fait de garder mes découvertes pour moi. Mais je me moque des jugements des hommes; c'est comme un vent qui souffle sur moi sans me renverser. Si Jésus-Christ virait aujourd'hui, et qu'il fit les miracles qu'il a faits, on le brblerait, comme on l'a crucifié il y a seize siècles. Les hommes sont toujours les mômes, envieux, méchants et ingrats. Quant à moi, fidèle à la devise Ora et labora, je remplis ma carrière enhonoèle homme; je fais ce que je puis, et j'attendrai la récompense que ce monde périssable ne peut me ravir. »
(1) Tetitschlandt Wohlfart, etc., p. 340 et 441. «Le nitre peut être, dHil, ensemencé, cultivé comme les fruits des champs; une petite quantité peot serrir de/erment à une immense étendue de terrain qui ne tarde pas à se recoorrir de nitre; de même qu'un peu de levure de bière fait fermenter une prodigiflQMqvtftité de pAte. »
(2) Arcana thesauris opulenta^ p. 99 et suiv.
Dans la liste qu'on a jusqu'ici donnée des ouvrages de Glauber, nous n'avons point vu figurer Arcana ihesauris opulenta^ sive ap^ pendix generalis omnium librorum hactenus editorum; Amsterdam (Janssen), 1660, in-12. Ce livre, qui parait être rarissime, est une sorte de résumé des principales opérations et théories chimiques de Glauber. Tout est dans le soleil et le sel , in sole et sale omnia , tel est Ta^tiome par lequel l'auteur débute (1). Il insiste beaucoup sur Tidée que les métaux peuvent être amenés à leur état de maturité « par le feu et par le sel ». — « Gela se voit surtout, dit-il, dans l'accroissement des animaux et des végétaux. La graine devient un arbre par l'action combinée du sel terrestre ' et des rayons solaires. Mais comment retire-t-on des minéraux, des végétaux et des animaux l'élément le plus essentiel, propre à fortifier les corps débiles? Voilà ce que les philosophes nous ont toujours laissé ignorer. »
Cet élément ou esprit vivifiant devait être une espèce de soufre. Le mercure jouait aussi un rôle ^analogue.
Glauber' ne savait point encore recueillir les esprits ^ par lesquels il entendait les corps gazeux et volatils. Il les tirait des animaux, des végétaux et des minéraux. Us devaient être pour les chimistes ce que les anges gardiens sont pour les bommes (2).
C'est dans le traité des Arcana que la chimie se trouve désignée sous le nom de Halchimie, c'est-à-dire Chimie des sels^ c)u'il ne faut pas confondre avec Alchimie.
#e«ii Knnekel.
La méthode expérimentale, codifiée par Bacon, mise en pratique par Boyle, fut bientôt universellement adoptée.
Kunckel est un de ceux qui ont le plus résisté à la fausse direction suivie jusqu'alors par les chimistes, II demande, avant tout, d es faits , sauf à laisser à d'autres le soin de faire des théories. La science lui est redevable d'une partie de ses progrès au dixseptième siècle.
( t } opéra minerai •, p. 1 1 S.
(2) Ibid., p. III.
19S UISTOIfiS DE LA CHIMIE.
Runckel , né à Rendsboùrg en i 630, était fils d'un alchimiste établi à la cour du duc de Hoistein. On ne sait rien de sa première jeunesse. Il nous apprend lui-même que^ dès sa vingt-quatrième année, il s*élait constamment occupé de chimie. Peu satisfait des procédés obscurs des alchimistes , il se mit à l'œuvre en prenant Texpérience pour guide. Il obtint, en i65(. un emploi de chimiste et de pharmacien auprès des ducs Charles et Henri de Lauenbourg, qui , à Texemple de beaucoup d'autres princes de ce temps, s'étaient épris d'une belle ardeur pour la chimie et la transmutation des métaux. De là il passa , sur la recommandation de Langelot, au service de ^ean-Georges II, électeur de Saxe, qui lui confia la direction de son laboratoire à Dresde, avec des appointements considérables. Mais ses ennemis, dont il se plaiût amèrement dans ses écrits, l'obligèrent d'abandonner cette place : ils l'accusaient d'avoir trouvé la pierre philosophaleet d'en vouloir cacher le secret. Kunckel se retira d'abord à Annaberg, puis à ArVittemberg, où il occupa, pendant quelque temps, la chaire de chimie à l'université de cette ville. En i 679,11 se rendit, sur l'invitation de Frédéric-Guillaume^ à Berlin, pour diriger les fabriques de verre et le laboratoire de l'électeur de Brandebourg. Ses économies lui permirent de faire l'acquisition d'une propriété seigneuriale dans la Marche. Il y passa une partie de sa vie à fairt des expériences de chimie pour son propre compte. Enfin le roi de Suède, Charles XI, l'appela à Stockholm, et lui conféra des titres de noblesse sous le nom de baron de Lcewenstern^ avec la place de conseiller des, mines du royaume. Runckel mourut en i70î, à un âge fort avancé.
TraTanx de Kunckel.
Le principal ouvrage de Kunckel, écrit en allemand,parutaprès la mort de l'auteur. Il a pour titre : Laboraiorium chymieum, worinnen von den wahren principiis in der Naiur^ der Erzeugnng, den Eigenschaften und der Scheidung der VegefabUien, Mineralien, und Metalle, gehandell wird (Laboratoire de chimie, dans lequel il est traité des vrais principes naturels, de la génération, des propriétés et de l'analyse des végétaux, des minéraux et des métaux) (i),
(1) Berlin, J767, 111-8% 4* édition. U l^ediUon est de 1716, in-S» ; HamtKMirg et Leipzig.
TROISIÈME iPOQVE. 193
Ses autres ouvrages, moins importants» parurent tous du vivant de l'auteur; ils sont intitulés : Nûtzliche observationes von den fixent undflûchtigen Salzen, auro undargento potabili, spiritu mun* dif etc. (Observations utiles sur les sels fixes et volatils, etc.) (1); — Chymisehe Anmerkungen ( Notices chimiques ) de principiis chymicU, salibus acidis , alcalibuSy etc. (i); — Epistola contra spiritutn vini sine acido (3) ; — Œffentliche Zuschrift von dem phosphore mirabilis etc. (4) ; — Prohierstein de acido et urinoso sale calido et frigido (5) ; — Ars vitraria experimentalii (6).
Plusieurs de ces écrits furent réunis en un volume qui parut, en 1731, à Francfort, sous le titre de V curiose chymisehe Troc* tàtlein.
Kunckel a attaché son nom à la découverte du phosphore ; c'est lui qui nous a laissé là-dessus les détails les plus curieux. Laissons-le d'abord raconter la découverte du phosphore de Baudouin, dont nous avons déjà dit un mot (7). Cette découverte se fit à peu près vers le même temps que celle du véritable phosphore.
u 11 y avait à Grossenhayn en Saxe un savant bailli du nom de Baudouin (Balduin), qui vivait dans la plus grande intimité avec le docteur Friiben. Un jour il leur vint à tous deux l'idée de chercher un moyen de recueillir l'esprit du monde [spiritutn mundi). Dans ce dessein, ils prirent de la craie pour la dissoudre dans de l'esprit de nitre, ils évaporèrent l.a solution jusqu'à siccité, et exposèrent le résidu à l'air, dont il attirait fortement l'eau (humidité) ; par la distillation ils en retirèrent cette eau, qui avait été absorbée à l'air. C'était là leur esprit du monde, qu'ils vendaient douze groschen\Q loth (8). Tous, seigneurs et vilains^ voulaient faire
(1) Hambourg, 1676, iD-8°. Tradait en latin par Al. Ramsai ; Lond. et Rotterd., 1678, in- 12.
(2) Wittemberg, 1677, in- 8**. Traduit en latio par Ramcai, el en anglais sous le litre des Experiments ofchymical philosophy; Lond., 1705.
(3) Berlin, 1681, in-12.
(4) Leipz., 1678,in•8^ (&) Berlin, 1685, in-S^».
(6) Francf. et Leipz., 1689; Nuremb., 1743 et 1756. Traduit en français par le tiaron de Holbadi, sons le titre : Vart de la verrerie de Nerï^ Merret und Kunckel ; Paris, 1752, in-4*.
(7) Voy. t. II, p. 174.
(8) Environ deux francs les 35 grammes, somme assez considérable à une époque (quelque temi)s après la guerre de Trente ans) où l'argent avait au moins »ix fois plus de valeur qu'aujourd'hui.
BIST, ne LA CBittia. « t. n. 13
usage de cette eau. — C'est le cas de dire que la foi avait ( des miracles ; car Teau de pluie aurait été tout aussi bonne (i). »
Baudouin cassa un jour une cornue où il avait calciné de la craie avec de l'esprit de nitre , et il vit que le résidu qui s'y était formé luisait dans l'obscurité, et qu'il n'avait cette propriété qu'après avoir été exposé à la lumière du soleil. .
a Aussitôt Baudouin courut, continue Runckel, à Dresde pour communiquer ce résultat au conseiller de Priesen , à plusieurs ministres de la cour, et enfin à moi. Je fus, je l'avoue, émerveillé de cette singulière expérience ; mais, ce jour-là, je n'eus pas le bonheur de toucher la substance de mes mains. Pour obtenir cette faveur, je fis une visite à M. Baudouin , qui me reçut fort poliment, et me donna... une belle soirée musicale. Bien que j'eusse causé avec lui toute la journée, il me fut impossible d'eo tirer le fin mot de l'histoire. La nuit étant venue , je demandai à M. Baudouin si son phosphorus (car c'est ainsi qu'il avait appelé son produit de la cornue) pouvait aussi attirer la lumière d'ane bougie , comme il attire celle du soleil. Il se mit aussitôt à en faire l'expérience. Toutefois je n'eus pas encore le bonheur de toucher la substance en question. Ne serait-il pas , lui dis-je alors, plus convenable de lui faire absorber la lunûère à distance, au moyen d'un miroir concave? — Vous avez raison , répondit-il. Sur-le-champ il alla lui-même chercher soii miroir, et cela avec tant de précipitation qu'il oublia sur la table la substance que j'étais si curieux de toucher. La saisir de mes mains, en ôter un morceau avec les ongles et le mettre dans ma poche, tout cela fut l'affaire d'un instant. i>
Baudouin revient, l'expérience commence , et Runckel ne dit pas si elle réussit. « Je lui demande, continue ce dernier, s'il ne veut pas me faire connaître son secret. Il y consentit enfin; mais à des conditions inacceptables. J'envoyai alors un messager à M. Tutzky, qui avait longtemps travaillé dans mon laboratoire» et le priai de se mettre immédiatement à l'œuvre , en traitant la craie par l'esprit de nitre ( car je savais qu'on s'était servi de ces deux matières pour la préparation de l'esprit du monde), de calciner ce mélange fortement, et de m'informer du résultat de l'expérience par le retour du messager, d
L'expérience réussit, comme on le pense bien, au-delà de
(1) Vollstaendiges Laboratorium, etc., p. 601 (4« édit., 1767 ).
TROISIJEHE ÉPOQUE. 195
toute espérance, et Runckel reçut, vers le soir môme, un échantillon de son phosphore; il en fit cadeau .à Baudouin, en récompense de.... sa soirée musicale. Il est difficile d'être à la fois plus habile et plus spirituel.
Voici maintenant les détails concernant l'histoire de la découverte du phosphore proprement dit, dans laquelle Runckel a joué un rôle très-actif :
a Quelques semaines après la découverte du phosphore de Dau. douin, je fus obligé de faire un voyage à Hambourg. J'avais emporté avec moi un de ces tôts luisants {einen solchen leuchtenden Scherben)^ pour le montrer à un de mes amis. Celui-ci, sans paraître étonné , me dit : « Il y a dans notre ville un homme qui se nomme le docteur Brand; c'est un négociant ruiné qui, se livrant à l'étude de la médecine, a dernièrement découvert quelque chose qui luit constamment dans rohscurité. » II me fit faire connaissance avec Brand. Comme celui-ci venait de donner à un de ses amis la petite quantité de phosphore qu'il avait préparée , il fallait me rendrcchez cet ami pour voir le corps luisant récemment découvert. Mais plus je me montrais curieux d'en connaître la préparation , plus ces hommes se tenaient sur la réserve Dans cet intervalle, j'envoyai à M. Rrafft, à Dresde, une lettre par laquelle je lui fis part de toutes ces nouvelles. Rrafft, sans me répondre, se met aussitôt en route, arrive à Hambourg, et, sans que je me doute seulement de sa présence dans cette ville , il achète le secret de la préparation du phosphore pour 200 thalers ( environ 750 francs), à la condition de ne point me le dire, à moi. Je me présentai plus tard chez Brand, précisément au moment où il était en conférence avec Rrafft. Brand sortit de sa chambre et s'excusa de ce qu'il ne pouvait pas me recevoir, aljéguant que sa femme était malade , et qu'il y avait encore une autre personne chez lui. «D'ailleurs il me serait, ajoula-t-il , impossible de vous communiquer mon procédé ; car, ayant depuis essayé plusieurs fois, je n'ai plus réussi. » Il fallut donc , bon gré mal gré, me préparer à quitter Hambourg sans avoir rien obtenu.
« Avant mon départ , je rencontre par hasard M. Rrafft, auquel je raconte naïvement tout ce qui m'était arrivé. Celui-ci m'assura que je n'obtiendrais jamais rien de M. Brand, qui est, medisail-il, un homme très-entété. Je ne savais pas alors que Brand s'était déjà engagé envers Rrafft , par un serment, à ne communiquer
is. .
son procédé à personne. Je parlis donc comme j'étais venu.
«De Wittemberg j'écrivis à Brand, en le priant itéraUvement de me faire connaître son secret. Mais il me répondit qu'il ne pouvait plus le retrouver. Je lui écrivis encore une fois, en insistant de nouveau. Il me répondit aloi:s qu'il avait, par rinspiralioD divine, retrouvé son art; mais qu'il lui était impossible de mêle communiquer. Enfin, je lui adressai une dernière lettre dans laquelle je lui apprenais que j'allais moi-môme, de mon côté, me livrer à des recherches assidues , et que , si j'arrivais à mon but, je ne lui en aurais aucune reconnaissance. Car je savais que Brand avait travaillé sur V urine , et que celait de là probablement qu'il avait tiré son phosphore.
«A cette lettre, il me fit la réponse suivante : « J'ai reçu la lettre de monsieur, et je vois avec regret qu'il est d'assez mauvaise hnmeur, etc. J'ai vendu ma découverte à Krafft pour la somme de 200 thalers. J'ai appris depuis lors que Krafft a obtenu une gratification de la cour de Hanovre. Si je ne suis pas content de lui , je m'empresserai de traiter avec vous. Dans le cas où vous iriezvousmême découvrir mon secret , je vous rappellerai votre promesse, votre serment. »
«Cela avait-il le sens commun? s'écrie Kunckel justement iodigne. Jamais de ma vie je n'avais sollicité un homme avec des prières aussi instantes que ce M. Brand, qui se donne le litre de doctor mcdicinœ et philosophiœ^ et il a encore l'audace de me de mander une somme d'argent, si je parvenais moi-même à faire la découverte que je l'avais tant supplié de me communiquer!
a Enfin, de guerre lasse , je me mis moi-même à ToBUvre. Rien ne me coûta ; et , au bout de quelques semaines, je fus assez heureux pour trouver, à mon tour, le phosphore de Brand. Voilà, mon cher.lecteur, toute l'histoire du phosphore : on voit par là que Brand ne m'en a pas enseigné la préparation.
a J'ai, depuis ce temps, appris que ce docteur tudesque (doc/ûf téutonicus) s'est exhalé en invectives contre moi. Mais que faire d'un si pauvre docteur qui a complètement négligé ses études, et qui ne sait pas même un mot de latin ? Car je me rappelle un jour que son enfant s'étant fait une égratigndre au visage, je recommandai au père de mettre sur la plaie oleum cerx. Qu'est-ce que cela? me dit-il. — Du cérat, lui répondis-je. — Ben, bcn,rcprit-il dans son patois hambourgeois (bas-saxon), j'aurais dû y
TROISliuE ÉPOQUE. J97
penser plus tôt (i). — C'est pour cela que je rappelle le docteur tudesqne. Son secret devint bientôt si vulgaire, qu'il le vendit, par besoin, à d'autres personnes, pour 10 thalers (environ 35 francs), n l'avait, entre autres, fait connaître à un Italien qui, étant venu à Berlin, l'apprenait, à son tour, à tout le monde pour 5 thalers (environ i8 francs).
a Quant à moi , je fkis ce que personne ne sait encore : mon phosphore est pur et transparent comme du cristal , et d'une grande force. Mais je n'en fais plus maintenant, parce qu'il peut donner lieu à beaucoup d'accidents (2). »
Ces faits, qui auraient perdu leur charme par une sèche analyse , se passèrent de i668 à 1669.
Kunckel ne fut pas aussi intéressé, et ne fit pas le mystérieux comme Brand; car il communiqua gratuitement son procédé à plusieurs personnes , entre autres à Homberg , en présence duquel il fît l'opération en l'année 1679.
Comme Runckel ne décrit pas, dsins son Laboraioriiim y la préparation du phosphore, afin de ne pas devenir, ainsi qu'il le dit lui-même, la cause indirecte de beaucoup d'accidents, nous allons anticiper sur l'analyse des travaux de Homberg, qui fit le premier connaître en France la manière de faire le phosphore brûlant de Kunckel (3).
Voici en quels termes Homberg décrit le procédé de Kunckel, qu'il répéta dans le laboratoire de l'Académie royale des sciences :
« Prenez de l'urine fraîche, tant que vous voudrez; faites-la évaporer sur un petit feu jusqu'à ce qu'il reste une matière noire qui soit presque sèche. Mettez cette matière noire putréfier dans une cave durant trois ou quatre mois , et puis prenez en deux livres et mêlez-les bien avec le double de menu sable ou de bol. Mettez ce mélange dans une bonne cornue de grès lutée; et, ayant versé une pinte ou deux d'eau commune dans un récipient de Terre qui ait le col un peu long, adaptez la cornue à ce récipient et placez-la au feu nu. Donnez au commencement un petit feu pendant deux 'heures, puis augmentez le feu peu à peu, jusqu'à ce qu'il soit très-violent, et continuez ce feu violent trois heures de suite. Au bout de ces trois heures, il passera dans le récipient
(i) Su,tUf dai is ock wahr ; ick bedacht mi nïch to balde,
{7) follitaendigei laboratorium, p.ôOSet suit.
<3) i^ém. de VAcad. royaledfs scieneeSf t. x ( Méin. présenté le 30 aTril 1692).
d'abord un peu de phlegme, puis ua peu de sel volatil, ensuite beaucoup d'huile noire et puante ; et enfin la matière du phosphore viendra en forme de nuées blanches qui s'attacheront aux parois du récipient comme une petite pellicule jaune, ou bien elle tombera* au fond du récipient en forme de sable fort menu. Alors il faut laisser éteindre le feu et ne pas ôter le récipient, de peur que le feu ne se mette au phosphore , si on lui donnait de l'air pendant que le récipient qui le contient est encore chaud. Pour réduire ces petits grains en morceaux, on les met dans une petite lingotière de fer-blanc; et, ayant versé de l'eau sur ces grains , on chauffe la lingotière pour les faire fondre comme de la cire. Alors on verse de Teau froide dessus , jusqu'à ce que la matière du phosphore soit coagulée en un bâton dur qui ressemble à de la cire jaune. »
Voilà l'histoire détaillée de la découverte la plus importante qui ait été faite en chimie au dix-septième siècle. Elle soulève quelques points litigieux. Le procédé de Kunckel^ que nous ve nons de faire connaître, est exactement le même que celui que Boyle a donné comme étant de son invention (1). L'un avait échoué en Allemagne auprès de Brand, comme l'autre avait échoué en Angleterre auprès de Rrafft, dans l'acquisition du secret de la préparation du phosphore. Guidés alors par leur propre sagacité, et travaillant àl'insu l'un de l'autre, ils arrivèrent simultanément au même résultat. Cette coïncidence paraît presque aussi merveilleuse que celle des Septante traducteurs de la Bible. Si nous n'avions pas affaire à des hommes aussi honnêtes que Boyle et Kunckel, nous serions tentés de croire que Brand, l'inventeur, etKrafft,le colporteurdu phosphore, n'étaient pas aussi discrets qu'on nous les a dépeints.
Kunckel attaqua, comme Boyle, les théories des alchimistes avec les armes de Texpérience et de la satire. Il regarde le mercure des métaux et le soufre fixe comme des éléments imaginaires. «Moi^ vieillard, qui me suis, dit-il , occupé de chimie pendant soixante ans, je n'ai pas encore pu découvrir ce que c'est que le sulfur flxum^ et comment il fait partie constitutive des métaux (1). »
Il raille avec esprit les alchimistes, qui ne s'entendent fflême
(i) Yoy. p. 174 et 175 de ce voluine.
<2) VolUtaendiges Labarat,, p. 143 (4* édition).
TROISIÈME BPOOtJE. 199
pas entre eux, et qui appliquent souvent à un seul et même corps des propriétés et des noms différents; et il s'indigne de celte méthode déplorable qui a si longtemps retardé les progrès de la science.
«Les anciens , dit-il ironiquement, ne s'accordent pas sur les espèces de soufre. Le soufre de IJun n'est pas le soufre de l'autre, au grand préjudice de la science. A cela^ on me répond que chacun est bien libre de baptiser son enfant comme il l'entend. D'accord : vous pouvez même, si bon vous semble, appeler âne un bœuf, mais vous ne ferez jamais croire à personne que votre bœuf est un âne (i). »
Afin d'apprécier tout le mérite de Kunckel, il faut se rappeler que , pour déblayer le terrain de la science, ce chimiste avait à lutter contre des obstacles dont nous soupçonnons aujourd'hui à peine l'existence.
Le fameux alkahest de Paracelse et de Van-Helmont fut l'objet de la verve satirique de Runckel. On se rappelle que Yalkahest était le dissolvant universel qui devait, par conséquent, dissoudre le verre, la silice, le soufre, l'or, en un mot, tous les corps. « Mais si l'alkahest, remarque spirituellement Kunckel, dissout tout ce qui est , il doit aussi dissoudre le vase qui le renferme ; s'il dissout la silice , il doit dissoudre le verre, qui est fait avec de la silice. On a beaucoup discuté sur ce grand dissolvant de la nature : les uns le font dériver du latin a/A;a/i est, les autres, de deux mots allemands ail géist (tout esprit) ; enfin d'autres le font venir de ailes est (c'est tout). Quant à moi, qui ne crois pas au dissolvant universel de Van-Helmont, je l'appellerai par son vrai nom, ailes Lûgen heist ou ailes Lûgen ist ( tout cela est mensonge) (2). »
Voulez-vous savoir ce que Kunckel pensait de la question si controversée de la, transmutation des métaux? Écoutez-le :
(f Dans la chimie il y a des séparations , des combinaisons , des purifications; mais il n'y a pas de transmutations. L'œuf éclôt par la chaleur d'une poule. Avec tout notre art, nous ne pouvons pas faire un œuf; nous pouvons le détruire et l'analyser, mais voilà tout (3). »
Ces paroles étaient dirigées contre les alchimistes qui , dans
(1) VolUtaendiges Laborat.t p. 181.
(7) Ibid., p. 475.
(^Ibid.,p. 534.
leur orgueil , s'altribuaient le pouvoir non-seulement de transmuter les métaux, mais de créer des êtres vivants au moyen de certains éléments.
Kunckel s'était surtout rendu redoutable aux adeptes qui, avec leur poudre de projection, exploitaient la crédulité du public. Ua certain baron alchimiste avait offert à rélecteur de Saxe de lui enseigner Tart de faire de Tor. L'électeur, avant d'acheter le secret, consulta Kunckel, qui découvrit que la poudre de projection de cet alchimiste n'était autre chose qu'un composé rouge de soufre, d'arsenic et d'antimoine , où il était facile d'incorporer clandestinement de l'or ou de l'argent (i).
Poursuivons l'analyse des diverses questions sur lesquelles Kunckel a répandu de la lumière.
Rubis artificiel (verre rouge). Ici encore nous voyons Boyle et Kunckel s'occuper de la même question , et arriver, à l'insu l'un de l'autre , presque aux mêmes résultats. Laissons le dernier raconter l'histoire de la découverte du rubis artificiel : a L'honneur de cette découverte revient, dit-il, à notre siècle; caries verres rougis des anciens ne sont que des verres peints d'un seul côté : lorsqu'on les racle, on voit au-dessous de cette couche un verre grossier verdâtre. Voici comment se fit cette découverte : 11 y eut un docteur en médecine, nommé Gassius, qui avait trouvé le moyen de précipiter l'or par l'étain {prœcipitafio solis cum Jove), ce dont Glauber lui a donné peut-être la première idée. Ce docteur avait essayé, mais en vain, d'incorporer ce précipité dans le verre. Moi, qui en avais entendu parler, je me mis à faire également des essais de ce genre , et je réussis à obtenir du verre d'un beau rouge; la couleur s'était complètement identifiée avec le verre. Le premier de ces verres ainsi fabriqués, je l'offris à Télecteur Frédéric-Guillaume, mon prince et seigneur, qui m'envoya 100 ducats de récompense. Peu de temps après, le princearchevêque de Cologne me chargea de lui faire un calice de verre rouge d'un pouce d'épaisseur. Je me mis à l'œuvre , et je réussis. Ce calice était très-beau, et pesait vingt-quatre livres. Je reçus, comme prix, la somme de 800 Ihalers. L'électeur de Saxe fit présent de quelques-uns de ces verres à la reine Chnstine, qui résidait alors à Rome; et bientôt l'usage de ces verres se répandit, mais seulement parmi les grands seigneurs (2]. »
(i) VolUtaendigtt Laborat,, p. 570.
(2) Ibid., p. 690.
TROISlimS ÉPOQUE. SOI
Àvanl Kunckel, on savait déjà que Tor est susceptible de com* muniquer à la pâte vitreuse une belle couleur rouge (1) ; mais on n'avait pas encore songé aussi sérieusement à utiliser ce fait dans riûdustrie.
Fermentation et putréfaction, « La putréfaction et la fermentation, dit Kunckel, sont sœurs ; elles sont intimement liées entre elles. Dans le règne animal, la fermentation est annoncée par une odeur fétide; dès que la fermentation cesse ^ la putréfaction cesse aussi. Or, ceci a lieu du moment où l'eau , l'air et la lumière ont repris les éléments qui leur appartiennent , et qu'il ne reste plus qu'un peu de poussière ou de teï're, avec laquelle ces éléments étaient unis. Une température douce et humide hâte là fermentation ; c'est aussi là ce qui accélère la putréfaction (2). »
Kunckel préparait de Talcool avec des mûres et d'autres fruits sucrés soumis à la fermentation. Il n'ignorait pas que l'acide (vinaigre), qui se trouve dans les liqueurs fermenlées, s'est formé aux dépens de l'alcool.
(f Écrasez, dit-il, des mûres ; exposez-les à une chaleur trèsdouce^ et les mûres commenceront d'elles-mêmes à fermenter. Dès que vous verrez qu'elles s'affaissent, et qu'elles exhalent une odeur aigrelette et vineuse, distillez-les : vous obtiendrez un bon esprit-de-vin, mais pas autant que si vous aviez aidé la fermentation avec un peu de levain ou de levure de bière. Car, sans ce levain, la fermentation est plus lente; il se produit beaucoup d'acide, et cela aux dépens de Tesprit-de-vin (3). »
a Quelques théoriciens (c'est ainsi qu'il nomme les alchimistes qui négligent la méthode expérimentale) soutiennent que l'esprit-de-vin est une espèce d'huile. Mais aucun des caractères propres à l'huile n'est applicable à Tesprit-de-vin ; car celui-ci ne nage pas sur l'eau, il ne dissout pas le soufre, et ne forme pas de savon avec les alcalis. Donc, l'esprit-de-vin n'est p^s une huile (4). »
Il s'en faut de beaucoup que tous les chimistes du xvii* siècle aient raisonné de cette façon-là.
Kunckel savait fort bien que les acides, les plantes amères
(1) Voy. p. 159 et 188 de ce volume.
(2) VoUstaendigei iMborat,, p. 636.
(3)Ilrfd., p. 638.
(4) Ibid., p. 642.
(huiles essentielles), le froid, sont autant d'obstacles qui arrôteat immédiatement la fermentation.
(( Les acides empêchent, dit-il, la fermentation , parce qu'ils en tirent leur origine. Si, en faisant fermenter du sucre, vous j ajoutiez quelques gouttes d*huile de vitriol, vous verriez aussitôt la fermentation s'arrêter. Le froid agit de la même façon (1). »
Attribuant la plupart des maladies de Testomac à une sorte de fermentation, il recommande d'employer les substances contraires à la fermentation pour combattre ces maladies.
(( Les maux d'estomac, dit-il, ont pour cause des impuretés qui fermentent; car on les guérit facilement au moyen des acides x>u des plantes amères : les acides et les plantes amères arrêtent la fermentation. Le sucre est contraire aux maladies d'estomac parce qu'il augmente la fermentation. »
La déduction est logique, en supposant que le principe soit vrai.
Le ferment, qui, comme on sait, est une substance azotée, était déjà signalé par Kunckel comme pouvant, pa? l'application de la chaleur, donner naissance à du sel volatil (d'ammoniaque) (2). '
S^ls. — Suivant Kunckel, les sels (alcalins) sont composés d'une terre subtile et d'une matière huileuse (3). Et, s'il ne croyait pas à la transmutation des métaux, il croyait, en revanche, à la possibilité de transformer les alcalis en acides, et les acides en alcalis (4).
Kunckel avait une exacte connaissance de l'ammoniaque caustique, qu'il compare à la potasse caustique. Lorsqu'on traite le sel ammoniac avec de la chaux vive, on obtient la partie urineuse, d'une odeur trés-forte (ammoniaque); de même, en traitant une bonne lessive avec la chaux vive, on a un produit soluble trèscaustique. (( D'où vient, se demande-t-il , cette causticité? — Elle provient d'une combinaison ( Vereinigunç) : l'acide se sépare de la chaux et se porte sur le sel alcalin ; de là vient la causticité de ce dernier sel (5). n
En effet il s'opère ici une combinaison; mais, notons-le, celte
(1) Vollstaendiges Lahorat^ p. 651.
(2) Ibid.,p. 92.
(3) Ibid., p. 11.
(4) Ibid., p. 133 et 138.
combinaison est précisément Tinverse de celle que supposait Tauleur (i).
La chaleur, qui se produit pendant l'union des acides et des alcalis entre eux, n'avait point échappé à la sagacité de Tauteur. Cette chaleur, dit-il , peut être quelquefois assez considérable pour enflammer la poudre à canon (2).
11 avait également connaissance de Talon à base d'ammoniaque; car il dit formellement que Talun est un sel double {sol duplic€Uum)j dans lequel se trouve du sel urineux (ammoniaque) (3).
Moyen de constater la pureté de Veau-forte. — Ce moyen employé par Kunckel consiste à traiter cet acide par Targent : si toutTargent, raisonnait-il^ se résout en une liqueur limpide et transparente, Tacide est pur ; celui-ci estau contraireimpur (contenant de l'esprit de sel), si la liqueur est trouble, et qu'elle laisse déposer une chaux blanche (chlorure d'argent) (4).
Moyen de préparer de V argent parfaitement pur. — Ce moyen, indiqué il y aura bientôt deux cents ans, est le même que celui qu'on met encore aujourd'hui en usage : <k La dissolution de l'argent dans l'eau-forte est précipitée par le sel commun; le précipité blanc (chlorure d'argent) est ensuite mêlé avec de la potasse et calciné dans un creuset (5). » La seule différence, insignifiante du reste, c'est qu'on substitue en général la chaux à la potasse.
Emploi de V huile de vitriol pour séparer l* argent de Vor. — Ce procédé , qui est considéré par quelques chimistes comme une découverte récente, était également connu de Kunckel, qui dit : « L'huile de vitriol dissout l'argent, mais seulement en faisant bouillir la liqueur; cette môme huile de vitriol ne dissout pas l'or^ qui peut être par là séparé de l'argent (6). »
Antimoine. — Il y a, dans \e Laboratorium de Kunckel, plusieurs chapitres sur l'emploi des préparations antimoniales , qui sont
(1) On sait qu'en traitant du carbonate de potasse (sel de lessive) par lactiaux îÎTe, Tadde carbonique du sel dé lessive se porte sur la chaux, et donne ainsi nais» sance à la potasse caustique.
W.Vollstaendigù Laborat.^ p. 437.
(3) Ibid., p. 228.
(4) Ibid., p. 161.
(5) Ibid., p. 297. I
(6) Ibid., p. 288. I
du plus haut intérél pour l'histoire de la thérapeutique médicale; mais notre sujet ne nous permet pas de nous y arrêter. On y trouve, entre autres, un cas d'empoisonnement qui eut liea dans des circonstances assez singulières. Une femme demande à un pharmacien du régule d'antimoine (antimoine métallique) pour se purger. Le pharmacien, voulant montrera sa pratique toute sa science, lui dit : Attendez un instant, que je chasse auparavant le poison par le feu. Et aussitôt il se mit à calciner l'antimoine (le convertir en oxyde d'antimoine). La pauvre femme qui prit celte poudre eut, comme on le pense bien, des ?o* missements atroces, et faillit trépasser. La dose de l'antimoine métallique que le pharmacien avait calciné pour en chasser, comme il disait, le poison, était de 35 grains (i).
L'auteur préparait le régule d'antimoine en chauffant l'antimoine calciné (oxydé) avec un mélange d'huile, de beurre elde poussière de charbon. Par le carbone qu'ils renferment, l'huile et'le beurre agissent, comme on sait, de la même manière que la poussière de charbon.
Préparation et distillation des huiles essentielles danfi detaUool. — Ce procédé est très-ingénieux; aussi allons^nous le reproduire tel que Kunckel le décrit : a Je fais dissoudre un peu de sucre dans de l'eau chaude, et mets le solutum dans une cornue, après y avoir ajouté deux ou trois cuillerées de levure de bière fraîche. Lorsque je vois que la fermentation est bien établie, j'y jette les fleurs dont je veux retirer l'essence. Je surmonte ensuite la cornue de son chapiteau, auquel j'adapte un récipient, et je distille le mélange à une chaleur douce. De cette manière j'obtiens un excellent esprit contenant toute l'essence des fleurs ou des herbes. Les premières portions qui passent à la distillation sont les plus riches en essence ; les dernières sont les plus pauvres; et il faut alors arrêter l'opération (2). »
Ne serait-il pas possible, nous le demandons, que l'alcool, au moment où il se développe par la fermentation du sucre, conséquemment à l'état naissant, fût plus apte que dans tout autre état à s'emparer des huiles essentielles des plantes, et à les entraîner dans le récipient?
Kunckel n'était pas seulement un chimiste expérimentateur, il
(i) Voflstaendiges Laborat., p. 414 (2) Ibid., p. 649.
TROISliME EPOQOB. 205
cultivait encore avec goût, et avec un véritable amour de la science, la physiologie et l'histoire naturelle. C'est à lui que nous devons les premières observations concernant l'action que la lumière exerce sur la végétation. Il était parvenu, à Taide de nombreuses expériences, à reconnaître que les plantes que l'on fait croître dans l'obscurité n'atteignent jamais leur perfection; que surtout elles n'acquièrent pas d'odeur, et sont privées de leurs molécules aromatiques.
La lumière est pour Kunckel un agent important, qui exerce même une certaine influence sur les métaux. Â ce propos il cite une expérience fort remarquable, qui devait être un jour féconde en résultats : c Lorsqu'on interpose entre la flamme et le métal qu'elle fait fondre, un crêpe {Flohr) métallique^ l'action de la flamme est suspendue. Cet effet est dû à l'obscurité placée entre la flamme et le métal (1). »
Il est à regretter, pour la zoologie, que Kunckel n'ait pas publié son traité, qu'il avait promis ^ sur la faune de l'Allemagne. L'étude des instincts et des mœurs des animaux était chez lui une véritable passion, comme il semble l'avouer lui-^ môme : a Si mes amis, dit-il, me reprochent de m'étre livré à la chasse et à la pêche, ce n'était pas pour moi un simple amusement; j'ai appris ainsi les habitudes et mille ruses des animaux. Il n'y a pas d'espèce d'oiseau en Allemagne que je n'aie élevée auprès de moi, dans le dessein d'en étudier les mœurs. Un jour l'électeur Jean-George II, entrant dans mon laboratoire, aperçut dans un coin tiDUte une couvée de mésanges. Le prince me demanda en riant si ces oiseaux devaient chanter pour me faire passer le temps (2). »
Mais arrêtons-nous ici dans notre analyse. Qu'il nous suffise de déclarer que si tous les savants du xvii^ siècle avaient été des observateurs aussi sages et aussi habiles que Kunckel et Boyle, nous aurions pu saluer l'avènement de la science moderne un siècle plus tôt.
(1) VoUstaendiges taborat,, p. 23.
(2) Ibid., p. 564.
S» SouéhiaÊ. Beeher*
Stahl, disciple de Bêcher, a beaucoup contribué à la renommée de son maître. Mais Bêcher est loin d'être toujours fidèle à la méthode expérimentale, qui était destinée à ouvrir à la science des voies nouvelles. Il s'engage souvent dans des théories qui rappellent le règne de la dialectique. Son amour-propre et son ambition lui suscitèrent beaucoup d'ennemis, et lui causèrent beaucoup de désagréments dans sa vie.
J. Joachim Bêcher naquit en i635 à Spire, où' son père était ministre protestant. La guerre de Trente ans désolait alors l'Allemagne^ transformant les contrées les plus fertiles en d'affreux déserts. Le jeune Joachim perdit de bonne heure son père et sa fortune, et, dès l'âge de treize ans, il fut obligé de passer les jours à donner des leçons de lecture et d'écriture pour vivre et soutenir en même temps jsa mère et ses frères ; il employait les nuits à étudier et à se faire sa propre éducation. Plus tard, il se mita voyager en Suède, en Hollande, en Italie, et entra en relation, ainsi qu'il le raconte lui-même, avec les savants les plus célèbres de son temps (1).
En 4666, il devint professeur de médecine à l'université de Mayence. Mais il quitta bientôt les États de Télecteur pour aller s'établir à Munich, où il obtint, comme il nous l'apprend luimême, la direction du plus beau laboratoire de chimie de l'Europe (2). S'étant attiré la haine du chancelier de la cour de Bavière, il jugea prudent de s'éloigner du pays, et se rendit à Vienne, où il gagna les bonnes grâces du comte de Zînzendorf, qui le fit nommer conseiller de la chambre du commerce. Là, il ne tarda pas à tomber en disgrâce auprès de son protecteur. H quitta dès lors les États autrichiens et se réfugia en Hollande, où
(1) Psychosophia quiesi., 152, p. 308. — «< A Stocklioliiij*ai connu, do temps de la reine Cliristine, Descaries, Salmasins (Saomaise), Naudé, Bocliart, Mersenne, Heinsius, Freinsheim, Boekier, Meibome, Scbaerfer; en Italie, Tabbé Bonini, de Castagna, Tacbenius; en Hollande, Sylvius, Hornius, Schoten, etc. »
(2) Physica subterranea, Praef. — Cum taboratorium commodissimiiRi, aogu^ tissimnm, omnibosque reqoisitis et materialibus in8lructi8fiininm,in tota Gennaniaf ne dicam, in Europa, soi slmile tïx reperibile bic Monacbii in Aiila baboerim, etc.
TROISliVE ÉPOQUE. 207
il s'établit à Harlem vers 1678. Il présenta à cette dernière ville et aux états généraux toutes sortes de plans de finances et d'industrie pour augmenter la richesse métallique de la Hollande, et notamment pour retirer des sables des dunes l'or qu'ils pou« valent receler. Mais, soit qu'on n'eût pas goûté ses conseils, soit qu'il fût déçu dans ses espérances, ou que, ainsi qu'il le prétend , ses ennemis de Vienne ne le laissassent nulle part en repos, il passa en 1680 en Angleterre , et explora pendant deux ans les mines de Gornouailles et d'Ecosse. Mais son humeur vagabopde lui fit encore quitter ce pays. Sur llnvitatioti du duc de Mecklenboarg, qui lui promit une place honorable avec de bons appointements^ il revint en Allemagne , où il mourut peu de temps après son retour, en 1682, à l'âge de cinquante-sept ans.
Parmi les ouvrages de J. Bêcher, écrits partie en latin, partie en allemand , nous citerons, d'après Gmelin : Physica subterranea ({) ; — Œdipus ehymicus , seu Insiitutiones chymicx (2) ; — Experimentum novum ac euriosum de minera arenaria perpétua (3) ; — Trifolium Becherianum hollandicum (4); — Magnalia naturœ (5); — Triptis kermeticuSy etc. (6); — Becheri , LancetoWt, etc., epistolx quatuor chemicx (7); — Grosse ehimis'che Coneordans (8) ; — Nàrrische Weissheit und weisse Narrheil (Sagesse folle et Folie sage) (9); — Pantaleon delarvatus (10) ; — Chymischer Rosengarten (Jardin de roses chimique) (11).
Il y a dans ces écrits beaucoup plus de théories que de faits. L'auteur ne parait point avoir eu des doctrines bien arrêtées ; son imagination, fr'anchissant le domaine de l'expérience, s'abandonne à des idées ingénieuses sans doute, mais souvent contradictoires.
(1) Franc., 1669 et 1681, inS». — Édit. de Stahl; Leips., 1702, 1703,;i738,
(2) Amsterd., 1664; m-12. — Êdit. Rosenstengel ; Francf., 1705 et 1716, io-s^ Tradoit en allemand; ibid., 1680, in-8*'.
(3) Franc, 1680. — Dans toutes les éditions lalines de Physica ixibterranea,
(4) Amslerd., 1679 (en allemand) ; Francf., 1679, in-8\
(5) Lood., 1680, in-4<'.
(6) Franef.; 1680, in-S*'.
(7) Amsterd. et Hambourg, 1673, in-^^.
(8) Francf., 1683, in-4».
(9) Francf., 1682 et 1666, in-12.
(10) Opnsc. cbimir. rarior., t. XI, p. 295-310.
(11) Ibid., IX, p. 207-356.
A propos de la composition des métaux et en géoéral des minéraux, il paratt admettre trois éléments : une terre vilrifiabie, transparente, une terre subtile, volatile, mercurielle, et un principe igné, combustible (1). Ce dernier principe servit probablement de base à la théorie du phlogistique de Stahl. — Les trois éléments de Bêcher devaient remplacer les trois éléments des anciens : le sel, le soufre et le mercure. Quant au «o/feii5 eatkolicum, acidum universalè, spiritiis esurinuSy principe Universel qui devait, selon Tauteur, se trouver dans les eaux, dans les sels, et faire croître les minéraux, etc., il n'est guère.possible, commeon le prétendait, d'y reconnaître Toxygène ou l'acide carbonique (i).
On doit à Bêcher un procédé plus commode pour préparer le beurre d'antimoine (jusqu'alors préparé avec le sublimé co^ rosif), en traitant Tanlimoine avec un mélange de sel commuo et de vitriol (3). Il paraissait avoir eu connaissance de l'acide borique, obtenu en traitant le borax par l'huile de vitriol (4).
Si Bêcher avait suivi la méthode de Boyle, il aurait pu rendre de grands services à la science ; car il était loin d'être dépourra de sagacité.
En tête des médecins qui se sont distingués, au xvii^ siècle, par un sage éclectisme , et par une rare impartialité dans le conflit des opinions contraires^ il faut placer A. Sala et 0. Tachenius.
Natif de Vicence, Sala quitta très-jeune l'Italie, et passa toute sa vie en Allemagne, dont il avait adopté les mœurs et les usages. En 1602 il se mit, comme il le dit lui-même, à exercer la médecine à Dresde (3). Quelques années après, on le trouve à Torgau, à Amberg, et dans beaucoup d'autres villes de la Prusse, de la Bavière et de l'Autriche.
(1) Physica subterran., Wb. I, seet. Uf, c. iu.-v.
(2) Ibid., lib. I, sec ll^c. it.
(8) Chymischer Rosengarten, p. 76, 77 ( èdit. If uremb., 1717, !■«*).
(4) Thèse cliifD. VI. Suppléai. Il, in Phytieasutterr.
(5) Hemetologia, curât. XIV.p. 513 (Opéra medioo-pbysica).
Angelo Sala est un observateur habile, doué d'un sens droit et d'un jugement sûr. Ennemi de l'orgueil, du charlatanisme et de toutes les exagérations systématiques, il apprécie à leur juste valeur le bon et le mauvais côté des écoles antagonistes des médico-chimistes et des médecins galénistes.
Salaaparfaitementjustifié sa réputation par d'importants écrits, qui ont été recueillis après sa mort et réunis en un volume par F. Beyer, en 1647 (1). On y remarque des traités fort instructifs sur le sucre {Saceharologia\ sur le tartre (Tartarologia), sur la distillation des essences, de l'eau-de-vie {Hydrelœologia ), etc., sur l'antimoine ( Ana^omia antimonii ). Nous allons faire connaître les points les plus saillants de ces écrits.
Saccharologie. — La clarification et le raffinage (reaffinatio) du sucre au moyen du blanc d'œuf et de la chaux y sont exposés d'une manière aussi simple que claire. L'auteur s'attache à combattre et à détruire le préjugé, si généralement répandu, que la chaaxvive communique au sucre des qualités malfaisantes (2). II connaissait le produit acide de la distillation du sucre, et lui attribuait la propriété de dissoudre les pierres calcaires (3).
Sala avait très-bien observé qu'une dissolution aqueuse de sucre contenant un peu de levure de bière donne au bout d'un certain temps une quantité notable d'esprit-de-vin. — Personne n'ignore aujourd'hui que c'est un des caractères essentiels du sucre de se transformer en alcool, par suite de la fermentation. — Mais Sala n'a pas fait mention du corps aériforme. (gaz acide carbonique) irrespirable qui s'échappe au moment de cette métamorphose. Quant au vinaigre , il était, selon l'opinion de l'auteur, un produit d'altération de Pesprit-de-vin.
Tariarologie. — On trouve indiquée dans la Tartarologie la préparation de rémétique ferrugineux, dans lequel le peroxyde de fer remplace, comme on sait, exactement l'oxyde d'antimoine (4).
L'auteur parle de l'extraction du tartre non-seulement du vin, mais encore des feuilles de vigne, de mûrier, de tamarin, etc. Il donne aussi le nom de tartre (tor^are/nz) au sel d'oseille, qui, comme
(i).Ang!i Salae Vicentini chymiatri caiididissimi et arcliiatri MegalopolitaDi, Opéra medico-chTmica qu» exstant omnia; Fraacf., 1617, iQ-4^
(2) Pars I.C. 3, p. 152.
(3) Pars II, c 1, p. 162.
(4)Sect. l,c. 8, p. 131.
BUT. DE LA CBmiB. — T. II. 14
210 HISTOIRE DE LA CHiyiE.
l'on sait, contient la môme base (potasse), mais combinée avec an acide différent (acide oxalique) de celui du tarlre (acide tar* trique). Pour faire, dit-il, du tarlre bien acide, il faut exprimer le suc de l'oseille (rumex acetosa)^ elle clarifier avec du blanc d'œuf. Cela fait, il faut filtrer la liqueur, l'évaporer, redissoudre le résidu dans l'eau bouillante, et l'abandonner à la cristallisation. C'est la première fois qu'il est ainsi question du sel d'oseille (I).
Hydréléologie. — On est surpris de voir avec quel soin Tauteur savait ménager la température, varier les degrés de chaleur, par remploi des bains de sable, de cendre, d'huile, d'eau, etc., dans la distillation des essences et d'autres produits vaporisables.
La fermentation est définie par lui « un mouvement intime des particules élémentaires qui tendent à se grouper dans un ordre différent, pour donner naissance à un composé nouveau ». Il est impo^ible de donner de ce phénomène, autour duquel gravite toute la chimie organique, une définition à la fois plus large et plus exacte.
Selon les alchimistes, tous les corps de la nature sont susceptibles de fermenter. En restreignant cette manière de voir. Sala soutient que la nature des métaux, qui ne sont pas des êtres vivants, répugne à toute fermentation, et qu'il est impossible d'en retirer aucune quintessence (2).
C'était là en quelque sorte proclamer implicitement que les métaux sont des corps simples, puisque la fermentation n'est que la séparation des éléments qui tendent, par un mouvement moléculaire, à se grouper différemment pour former d'autres composés.
Les bières qu'on fabriquait en Allemagne du temps de Sala pa- * raissent avoir été, en général, beaucoup plus riches en alcool qu'elles ne le sont aujourd'hui. Ainsi la bière tant vantée de Bernburg (duché d'Anhalt) contenait environ 16 pour 100 d*aU cool. L'auteur ajoute que c'est à peu près la proportion que renferment les vins d'Espagne, et que c'est pourquoi la bière de Bernburg est si enivrante (3). On sait que la bière double ai^* glaise contient à peine 4 à 5 pour 100 d'alcool.
Le cidre de Normandie (stïAvs in Kormandia)y suc fermenté
(i)Sect. ]l,c. 4,p. 13S.
(2) Sect. II, c. 4j p. 96.
(3) Sect. IV, e. 7, p. 98.
TROISIEME ÉFOOUE. 211
des poires ou des pommes, est, selon Tauteur, également riche en eau-de-vie (i).
Vhydréléologie contient un chapitre spécialement consacré à la préparation de l'ean-de-vie de grain (2). j
Tous les habitants des contrées du-^Nord savent, y est-il dit, faire de l'eau-de-vie avec le fruit des céréales. A cet effet, ils se '
servent du blé tel qu'ils l'emploient pour la fabrication de la bière; ^iprés ravoir grossièrement moolu, ils le jettent dans une cuve, y |
versent de Teau tiède, et remuent celte pâte demi-liquide avec des spatules ; ils y ajoutent de la levure de bière, et abandonnent '
le tout à la fermentation. Il faut, ajoute l'auteur, avoir quelque habitude de la chose pour savoir quand la fermentation est parfaitement accomplie et quand il est opportun de soumettre la matière à la distillation pour en retirer Veau ardente (alcool).
La fabrication de Teau-de-vie de grain était déjà avant la guerre de Trente ans, c'est-à-dire avant Tannée 1618^ une branche d'industrie importante dans le district de Magdebourg et surtout dans la ville de Wernigerode (Harz), laquelle appt^rtenait alors au domaine des comtes de StoUberg.
Il n'est pas indifférent, en botanochimiey de traiter les racines, les tiges, les feuilles, les fruits des plantes, par l'alcool, ou par l'eau; car il y a des cas où l'un de ces véhicules est plus apte que Tautre à se charger des principes qui affectent le goût ou l'odorat; en général, l'alcool se pénètre mieux que l'eau du principe odorant (huile essentielle), et l'eau dissout davantage le principe amer*
Cette idée, qui témoigne d'un esprit sagace, se trouve exposée avec une admirable clarté, et appuyée sur des données positives, dans un appendice à Vhydriléologie (3).
AnaUmie de l'anUmoine. — Aucun médecin n'avait encore autant que Sala insisté sur les précautions infinies avec lesquelles il iiDporte d'administrer les préparationsantimoniales. «Quiconque, diV-il, aime sa santé doit se tenir en garde contre ces médicancnts. Indépendamment de l'arsenic qui s'y trouve naturellement, Tanlimoine peut, en se combinant avec d'autres corps, acquérir des propriétés vénéneuses, de même que le mercure, qui
(f) Sect ff , e. 8, p. 98.
(3) Sect. IV, e. 9.
(3) Opéra ofimia, p. 102 (édit-Francr., 1647).
âi2 HISJOIBK DE Lk CBHOE.
en lui-même n'est pas un poison, peut le de?enir à l'état de sablimé (i). »
En6n, en esprit judicieux, l'auteur anÎTe à conclure que dans l'emploi de l'antimoine il est absolument nécessaire de prendre en considération et la qualité et la quantité du médicament antimonié, en môme temps que le tempérament et la constitution du malade, et l'espèce de maladie qu'on cherche à combattre.
Après s'être élevé avec force contre les médecins qui ignorent tout à la fois la pathologie et la chimie, il s'adresse aox alchimistes, qui prétendent retirer de l'antimoine un mercure particulier propre au grand-œuvre, a Montrez-moi, leur dit-il, seulement une goutte de votre mercure merveilleux, et je voos croirai. En attendant, je reste sourd à vos déclamations, vides de sens. »
Outre les sulfures et les oxydes simples d'antimoine. Sala connaissait, ainsi que nous l'avons déjà vu, Véméiique. Il parle, en termes assez précis, d'un précipté d'antimoine qu'on a fait bouillir jusqu'à décoloration dans une liqueur alcaline de sel de tartre. Mais comme il ne s'étend pas sur ce composé, il est à présumer qu'on n'en avait pas encore fait usage en médecine (2).
On savait déjà du temps de Sala que le vin dans lequel on laisse tremper du verre d'antimoine devient un vomitif ou un purgatif très-énergique, suivant ladurée de l'immersion. Les vins du Rhin, si riches en tartre, étaient les plus propres à cette macération.
C'est à ce propos que l'auteur raconte l'histoire d'un Allemand cumulant les' fonctions de médecin et d'apothicaire, que les malades venaient voir de plusieurs lieues à la ronde, pour le consulter ou plutôt pour lui emprunter son talisman , un morceau de verre d'antimoine. Suivant que le malade avait besoin d'an médicament plus ou moins actif, il laissait cette substance trois, quatre, cinq heures en contact avec le Vin qu'il devait boire. Ce talisman avait dans l'espace de quatre ans circulé dans tons les pays d'alentour ; il avait été prêté à' plusieurs centaines de paysans, et chacun d'eux, en le rapportant à son propriétairB, l'avait accompagné d'une douzaine d'œufs (3).
(1) Pars I,c. 3, p. 306.
(2) Parsl, c. 4, p. 321. — Aiktimonium sic pnecipftatum -— bullxat io lixirM tartari, repetendo boc opus toties usque dum Inivium nallam amplios coIonii assumât.
(3) Pars II, c. 1, p. 332.
TROISlllUB ÉPOQUE. 213
Parmi les observations curieuses dont les écrits de Sala fourmillent» nous nous bornerons à signaler encore les suivantes.
Composition du sel ammoniac, — C'est par la synthèse que Sala démontre le premier la composition de ce sel. Si vous mettez ensemble, dit-il, une partie de sel volatil des urines {ammoniaque ) avec une proportion convenable d'esprit de sel ( acide chlorhydrique)y vous obtiendrez un produit qui ressemblera en tous points au sel ammoniac ordinaire (1).
Les expériences les plus anciennes qu'on ait faites sur la conaposition des corps sont non pas analytiques^ mais synthétiques (2). L'esprit humain a toujours débuté par la synthèse.
Acide phosphorique. — Ce produit était obtenu très-impur et mélangé de sulfate de chaux. L'auteur, qui le prescrivait comme un préservatif contre la peste, le préparait en traitant des cornes de cerf ou des os calcinés et pulvérisés avec de l'huile de vitriol (acide sulfurique) (3).
Esprit ou huile de vitriol. — Tout paraît clair et simple à celui qui sait déjà. C'est pourquoi bien des questions que les anciens devaient se ,'poser laborieusement, nous paraissent aujourd'hui si futiles. Ces questions cependant étaient dans leur temps d'un intérêt majeur. En voici un exemple :
L'esprit de vitriol retiré (parla distillation) du vitriol de cuivre est-il sous tous les rapports le même que celui que Ton retire du vitriol de fer? C'est là ce que se demandaient autrefois les chimistes. Presque tous admettaient deux produits différents : un esprit de Vénus, contenant un peu de cuivre , et un esprit de Mars, contenant un peu de fer.
Après avoir démontré que ces deux produits ne contiennent ni du cuivre ni du fer, et qu'ils ne constituent qu'un seul et même composé, Sala cherche à établir que l'huile ou l'esprit de vitriol n'est autre chose qu'une vapeur sulfureuse ayant enlevé quelque chose à l'air ambiant {ab ambiente aère exlractum) (4).
Il est à regretter que Tauteur n'ait pas fait des expériences directes pour élever son idée à la hauteur d'une vérité scientifique, en démontrant que ce quelque chose qui transforme le soufre en acide est le même corps aériforme (gaz oxygène) qui entretient
(1) Synop, aphorism. cbyiiiiatr., aph. 3S, p. 246.
(2) Voy. plus haut la composition du cinabre, 1. 1, p. 332 et 387.
(3) Traet. de peste, p. 454.
(4) De natura spirilus vitrioli» p. 405*408.
la^ combustion et la respiration. Hais ceci jetait réservé à un temps qui ne devait pas être éloigné.
La plupart des idées de Van Helmont et de Sala furent reprises el poussées jusque dans leurs dernières conséquences par unmédecin d'une grande autorité. C'est celui dont nous allons parler.
François Dmbois (l^lebo«), dit ftylHiuu
Nul ne porta aussi loin que Dubois la chimie appliquée à la médecine; cela se comprend aisément de la part d'un homme qui était convaincu que les fonctions de la vie ne sont que des opénh tions chimiques.
François Dubois naquit en 4614, à Hanau, d'une ancienne famille noble (Crèvecœur), d'origine française, qui s'était expatriée pendant les guerres de religion. Dés son jeune âge il se livra à l'étude des sciences médicales, sous la direction de Vorst, Heurnius, Zwinjger et Stupanus, et obtint, en 1637, le grade de docteur à l'université de Bàle. Il exerça pendant plusieurs années la médecine à Hanau , à Leyde et Amsterdam , et s'acquit une grande renommée comme praticien. En 1658, il fut appelé à remplir une chaire de médecine à l'université de Leyde ; il y réunissait, jusqu'à la fin de ses jours, un auditoire très-nombreux, composé de Français, d'Allemands, d'Anglais, d'Italiens, enfin d'élèves de toutes les nations, accourus pour entendre la parole du maître, dont le nom retentissait alors dans toute l'Europe. La mort le surprit à peine âgé de cinquante-huit aos, au milieu d'une brillante carrière. Sa devise était celle d'oo homme qui comprend la vie : Bene agere ae Ixtari.
Les écrits de Sylvius, nom latinisé de Dubois, ne sont pas bien nombreux; ils ont été réunis en un seul volume et imprimés à Amsterdam, en 1679 (1).
L'auteur n'a composé aucun traité spécial sur la chimie; mais sa Melhodus medendi et sa Praxis medica parlent de ïk préparation de quelques médicaments chimiques utiles à connaître.
(1) Francisci Deleboe Sylvii Opéra medica, vol. ia-i"*.
TROISIÈME ÉPOQOE. 215
Oq y rouve en même temps des doctrines physiologiques et pathologiques où la chimie domine.
Digestion. — Cette fonction importante de l'économie est selon Dubois une véritable fermentation, dans laquelle la salive, le^ suc pancréatique et la bile jouent le principal rôle ; c'est ce qu'il appelle le /rtumm'ra^ (1). L'estomac réunit toutes les conditions propres à entretenir la fermentation : il a de l'eau (salive et suc pancréatique), des matières fermentescibles (aliments) et une chaleur douce et constante(chaleur animale). A leur entrée dans le duodénum , les aliments subissent le contact de la bile, qui complète la fermentation, en servant à séparer le chyle des fèces.
La bile se compose d'une matière huileuse, d'eau, d'un esprit volatil et d'un sel liziviel (carbonate de soude ) (2). Une portion de la bile passe dans le sang, auquel elle communique la matière coloraDte, une saveur amère (3), en même temps qu'elle le rend plus liquide (4).
Une autre portion de la bile est employée à diviser chimiquement les aliments dans les intestins; elle est rejetée avec les matières excrémentitielles (5).
Un grand nombre de maladies sont engendrées par la viciation des sucs qui président à la digestion. La goutte a pour cause un acide qui a passé dans la lymphe et dans le sang.
Circulation. — Harvey, qui venait de découvrir la circulation du sang, avait trouvé en Sylvius un ardent défenseur. D'après ce dernier, c'est dans l'oreillette et le ventricule droits du cœur que le sang rencontre cette autre portion qui se trouve mêlée avec de la bile. Au moment de ce contact il se manifeste une effervescence comparable à celle que produit l'huile de vitriol étendue d'eau avec la limaille de fer (6). Cette effervescence est le foyer de la chaleur animale, entretenue par l'air (7).
Respiration. — Sylvius connaissait la différence qui existe
(1) Meihod. med., lib. i, c. I, § 18; c. xyu § fl. — Praxis med., lib. i, c. yu, c. X,
(2) Prax. med., 1, c. x, $ 9.
(S) Meth. med., lib. I, c. vi, $ S et 16.
(4) Ibid., lib. Il, c. xxvni, §5» 9, 10.
(5) Prax. med., lib. I, c. i, § 3; c. xi, § 7. <6) Ibid., A|»pend., traet. V, S 425.
> (7) Ibid., lib. I, c. xlti, $ 35. — Append. , tract . IX, $ 117, 1 19.
216 HISTOIU DB LA CEDOE.
entre, le sang de la moitié gauche du cœur et celui de la moitié droite de cet organe; et il attribue la coloration rouge du sang artériel à Tair absorbé pendant la respiration (1).
La repi ration a selon Tauteur la plus grande analogie a?ecla combustion, et l'activité de cette fonction est en rapport avec la température et la pureté de Tair. L'air introduit dans le corps par l'acte d'inspiration a pour but de tempérer la chaleur produite par l'effervescence dont nous venons de parler. L'acte d'expiration sert à éliminer les vapeurs qui naissent de cette effervescence (2).
Les maladies tirent, continue Sylvius, leur origine tantôt d'un principe acide, tantôt d'un principe alcalin. Ainsi, la peste a pour cause le sel volatil (ammoniaque), qui tient le sang dans ua état de fluidité anormal, et s^oppose à sa coagulation. Ce qui le prouve, c'est qu'une solution de ce sel injectée dans les veines produit les symptômes de la peste (3). C'est pourquoi les moyens prophylactiques et le meilleur traitement de ces maladies re» posent sur l'emploi des acides (4).
Beaucoup de maladies de l'estomac ont pour cause un principe acide ; ce qui le prouve, c'est que les meilleurs remèdes employés à combattre ces maladies consistent dans l'emploi des matières alcalines ou d'autres substances qui se combinent avec les acides (5).
Les idées pathologiques de Sylvius ont été en partie renoovelées de nos jours.
Médicaments chimiques^ — Sylvius était partisan de l'emploi des médicaments -énergiques. Il n'hésitait pas à prescrire intérieurement les cristaux de lune ( nitrate d'argent ) et le vitriol blanc (sulfate de zinc), pour provoquer le vomissement (6) ; il ordonnait le sublimé corrosif à la dose d'un quart de grain, ajoutant qu'il y aurait du danger à dépasser cette quantité Çl),
Les préparations antimoniales surtout trouvèrent en lui un zélé partisan. Voici celles que Sylvius aimait à préconiser :
(1) Praxis med.f lib. I, c. xxy,$ 1
(2) Disputât, de respiratione, etc., $ 69, 73.
(3) Prax. med.f Append., tracl. II, § 55, 56 cl suîv. (4)lbid., §90et8ui?.
(5) Prax, med*, lib I, c. ii, $ 5.
(6) Method. med., Ub. II, c. xi , § 83. — Prax. mtd., Append. ;trace. VI, $ ««*•
(7) Ibid., lib. II, c. V, J 22.
1' le régule d'antimoine à Tétat de pilules (globuli)^ qui, après avoir été rendues par les selles, étaient lavées et conservées pour le même usage; 2" le beurre d'antimoine (huiyrum antimmii), obtenu en soumettant à la distillation un mélange d'antimoine brut et de sublimé corrosif; 3" le mercure de vie (oxyde d'antimoine), appelé aussi poudre d'Algaroth : on le préparait par la voie humide, en ajoutant au beurre d'antimoine de l'eau, ou une solution d'huile de tartre ( carbonate de polasse) ; 4«le verre d'antimoine, préparé de différentes façons (1). Les doctrines de Sylvius, bien qu'elles aient souvent donné prise à la critique, ont beaucoup contribué à faire comprendre aux médecins l'importance de l'élude de la chimie.
§9- Otto Tachcnius.
Tachenius, dont le véritable nom est Tac*^, doit être compris au nombre des chimistes les plus distingués de son époque. Il vivait vers le milieu du xvii^ siècle ; les dates de sa naissance et de sa mort sont înccrtiûnes. Versé dans la connaissance del'anliquité, et nourri de la lecture des œuvres d'Hippocrale, de Galien et de Pline, Tachenius fut un des partisans les plus éclairés de l'école philosophique qui avait proclamé la nécessité de la méthode expérimentale. Les rapprochements qu'il fait entre les opérations des chimistes les plus récents et les divers passages des anciens, et surtout d'Hippocrate, auquel il attribue des connaissances au moins exagérées^ sont, il est vrai, souvent forcés et peu persuasifs ; mais ces rapprochements sont accompagnés de beaucoup de détails intéressants, de commentaires et de faits nouveaux, qu'il est de notre devoir de signaler.
Natif d'Hervorden en Westphalie, Tachenius se voua, dans sa jeunesse à l'étude de la pharmacie. 11 passa la plus grande partie de sa vie enitalie, etparticulièrementà Venise, où il fit paraître la plupart de ses écrits, dans lesquels il ne ménage point les médecins de son temps. Il avait engagé une polémique très-vive avec un médecin danois, Dietrich (2), qu'il appelle faussaire et
(1) Meth. med.f lib. H, c. x; De vomiioriis, § 34 — § 47.
(2) Viodiciœ adversus Oth. Tackenium; Hamburg , 1655 , in- 4**.
il8 HISTOIBS DE LA CHIMIE.
pseudo- chimiste, dans son Apologie contre les attaques de ce médecin (1).
Le premier ouvrage qu'il ait composé porte la date de 1655.
Les écrits de Tachenius sont assez nombreux. Outre sa Réponse à la diatribe de Dietrich, on a de lui : Epiêtola de fatnoso Uqwre alcahesi (2) ; — ^ Exercitatio de recta acceptaticne arthriMis et podagrœ (3) ; — HippocrateschemieuSy qui novissimi salis aniiquih sima fundamenta ostendit (4); — Aniiquissima medicinœ HippocratUclavis, manuali ezperieniia in naiurx fontiàus elaboraia (5) ; — Tractatus de morborum principio, (*pu$ tanio Achille dignum amnibusqiie nœvis liberum (6).
Ces trois derniers, et notamment Hippocrates chemicus , sont les écrits les plus marquants de cet auteur.
Tachenius étail dominé par l'idée que les anciens, alors même que le nom de chimie n'existait pas encore, avaient des connaissances chimiques plus étendues qu'on ne pense , mais que des serments terribles défendaient aux initiés d'en parler.
Cette idée paraît entièrement confirmée par nos recherches sur l'art sacré qu'on pratiquait jadis dans les temples d'Egypte. L'art sacré, qui, ainsi que nous l'avons montré, embrassait les sciences physiques, et surtout la chimie, faisait partie des mystères de l'antiquité, donf le voile fut déchiré dans la lutte mémorable entre les derniers défenseurs du paganisme et les premiers docteurs de l'Église chrétienne (7).
Dans l'analyse des travaux chimiques de Tachenius , noos avons à faire ressortir les points que voici.
Constitution des sels. — Sel ammoniac. — L'auteur donne le premier une définition rationnelle de ce qu'il faut entendre par sel : « Tout ce qui est sel se décompose, dit-il, en deux sub-
(1) Apolo^a contra falsarium et pseudocliimicum Helw. Didericum; — Ed» ad vindicias Chirosophî , in qua de Uquore ^alcahest Paracelsi et Helmontii retemm vestigia perquirantur; Venise, 1656, in-4".
(2) Venise, 1655 , in-4*».
(3) Padoue, 1662, in-4^
(4) Venise, 1666, in-12. — C^est cette édition que nous avons sons les ;ea\. — Ce traité eut encored'autres éditions : Brunsw., 1668 ; Leid., 1671 ; Paris, 1674.
(5) Brunsw.; 1668 ,• Venise, 1669, in-12 ; F/ancof., 1669 et 1678; Paris, 167f ; c'est cette dernière édition que nous avons entre les mains.
(6) Brème, 1668; Leyde, 1671 ; Osnabmelr, 1678.
(7) Voy. plus haut, 1. 1, p. 224 et suiv.
TROISlillE EPOQUE. 319
stances^ savoir : un alcali (base ) et un acide (1). » 11 cite comme exemple le sel, ammoniac, « parce qu'on en tire l'esprit de sel (acide cblorhydrique), en tout semblable à celui obtenu avec le sel commun, et Talcali volatil, identique avec celui que l'on prépare au moyen de l'urine; en réunissant ensemble l'acide et l'alcali, on reconstitue le sel ammoniac tel qu'il était. »
Il n'y a rien à objecter contre cette manière de voir. Tachenius tient parole quand il annonce, dans le style élégant et pittoresque qui lui est familier : Quicquid sensibus oecuUius se obtulit, illudy [experientia duce, vestibus spoliavi, et veriiatem rerum plane nudam anie oculos eonspieieniium expo8ui{i). Plût à Dieu que ses prédécesseurs eussent toujours cherché la vérité nue ! La science y aurait beaucoup gagné.
Sublimé cohosif. — L'auteur décrit minutieusement le procédé employé à Venise et à Amsterdam pour préparer le sublimé corrosif en grand par la sublimation d'un mélange de sel commun, de nitre et de vitriol (3). Il démontre qu'une dissolution de sublimé dans de l'eau distillée est précipitée en jaune ou en rouge sale par l'alcali qu'on retire des cendres traitées par la chaux vive, et en blanc par l'acali brut (4). C'est qu'en efTet le premier est la potasse caustique, et le dernier la potasse carbonatée.
Saponification. — Venise avait depuis fort longtemps le monopole des savons. C'étaient en général des savons mous, médicinaux, préparés avec le sel lixiviel des cendres (potasse), rendu caustique par l'addition de la chaux vive. Pour citer un exemple de l'action caustique de la potasse, l'auteur raconte qu'un ouvrier employé dans une fabrique de savon tomba d'ivresse dans une chaudière où se concentrait cet alcali, et qu'en le retirant on ne lui trouva plus que les os : son vêtement de laine et ses chairs avaient été entièrement consumés.
Tachenius établit deux degrés de concentration : dans la liqueur alcaline du premier degré un œuf vient nager à la surface ; il tombe au fond dans la liqueur du second degré. Cette dernière solution, qui est la plus faible, était traitée par de l'huile ou de la graisse, pour en faire du savon. C'est ici que l'auteur émet une
(1) Omnia salsa in duas dividuntur substantias , in alcali niminiin et acidnni. ffippocraies chemicus, p. 10.
(2) Ibid., p. 7. .
(3)Ibid.,p. 190.
(4) Ibid., p. 28. ,
remarque qui fait honneur à sa perspicacité. « Dans la saponification, dit-il, c'est un acide qui se combine^ avec l'alcali ; car Thuile ou la graisse contient un acide masqué : oUum vel pinguedo — acidutn enim occultum eontinet (1). b
Nous savons en effet aujourd'hui que les corps gras contiennent non pas un seul, mais plusieurs acides à la fois.
Tartre vtïn'o/^ (sulfate de potasse). — Ce sel était préparé directement en versant de l'huile de vitriol sur du sel détartre (carbonate de potasse), jusqu'après la cessation de l'efferrescence qui se produit dans ce cas. En évaporant la liqueur, on obtenait le sel cristallisé, appelé dans les pharmacopées anciennes tariarus vitriolatus , et universale digestivumi'îj. ^Vn autre mode de préparation consistait à traiter une solution de vitriol ( sulfate de fer) par le sel de tartre jusqu'elle r<iu'il ne se produisit plus de précipité (3). La liqueur filtrée donnait par l'évapor^tion le tartre vitriolé en question (4).
£n traitant le sel de tartre (carbonate de potasse) par le?inaigre, on obtenait l'acétate de potasse, appelé tartre devinitartarus vini); car on était persuadé que le tartre brut, tel qu'il se dépose sur les parois des tonneaux de vin, n'est autre chose que du vinaigre combiné ou neutralisé par l'acali fixe ( potasse) (3).
L'auteur démontre par la synthèse que le sel ou l'eau defifinderer {aqua Mindereri) est un sel composé de vinaigre et d'alcali urineux (ammoniaque) (6).
11 affirme que les sels de l'urine proviennent des alioieDls ingérés dans le tube digestif, et que l'urine des mourants est presque entièrement privée de sels (7),. Un peu plus loin, il fait une observation très-remarquable', à savoir que le fer ne passe pas dans les urines, mais qu'il est entièrement rejeté par les matières fécales, qu'il colore en noir (8). Il donne comme
(i) Hippocraies chemicus, p. 17.
(2) ftîd., p. 47.
(3) Ibid., p. 48.
(4) Rappelons ici que Tacide da vitriol acide se combine avec la potasse pour former du sulfate de potasse solubie, tandis que le fer (oxyde), ayant perdosoa dissolvant , se dépose, et reste sur le filtre.
(5) Hipp, chem., p. 50.
(7) Ibid,,p. 91.
(8) Ce fait, qui est parfaitement exact, s'explique par la formation d'un solAire de fe^ noir, dû à la présence de matières sulfureuses.
TBOISIBME ÉPOQUE. 2âl
preuve, que i'urine des malades soumis à un traitement ferrugineux n'est pas colorée en noir par une infusion de noix de galle. « Le colcothar (oxyde de fer) est, dit-il, précipité et rendu inso* lubie déjà avant d'être absorbé par les vaisseaux du mésentère, de manière qu'il est nécessairement obligé de rester dans les intestins (i).
La noix de galle, dont l'emploi comme réactif du fer était déjà connu des Romains, ainsi que nous l'avons fait voir (2), fut appliquée par Tachenius à toutes les solutions métalliques, de cuivre, de zinc, de plomb, d'étain, de mercure. Il note l'abondance et la couleur de ces précipités ; il contaste, entre autres^ que l'infusion des noix de galle transforme une solution d'or, colorant les doigts en pourpre, en une liqueur jaune succin, qui, étendue avec la main sur du papier, brille comme du vernis, après avoir été desséchée (3). Tachenius a donc le premier généralisé l'usage de ce réactif.
Eau commune. — Eau distillée, — Jusqu'ici on avait employé pour les usages du laboratoire à peu près indifféremment l'eau commune et l'eau distillée. Tachenius appelad'une manière toute spéciale l'attention des chimistes sur la différence qui existe entre ces deux eaux.
« L'eau des rivières, l'eau des puits, enfin l'eau commune, contient, dit-il, duselqui est nécessaire à la végétation des planteset même aux animaux. Ce qui le prouve, c'est qu'une dissolution d'argent (nitrate d'argent) y produit un trouble, un précipité blanc, absolument comme si on avait versé dans cette dissolution un peu d'eau salée (4).
Venise faisait un commerce considérable d'eaux distillées de plantes aromatiques, et surtout d'eau de roses. Celte dernière était employée comme un remède anthelminthique ; mais elle occasionnait quelquefois le vomissement. <( Cette action, que le vulgaire attribue, dit l'auteur, à l'eau de roses, est due à la présence dequelques parcelles de cuivre enlevées aux alambics cuivrés dont on se sert à Venise. En voulez-vous la preuve? Versez dans cette eau de roses quelques gouttes de sel alcalin, et vous verrez aus-
(1) Colcothar prœcipitatar priusquam Uquor ad roesaraica rapiatur, itaut necassario in intestinis permanere debeat. Hippocrat. chein., p. 103. {2)Voy. plushaut, l.I,p. 131.
(3) Hippocrat. chem.^ p. 115-117.
(4) U)id,, p. 132, 133.
23S UISTOIRX DE LA GUIIIIE.
sitôt un précipité vert se ramasser au fond de la liquear; celleci perd ainsi sa propriété vomitive, et devient semblable à toute autre eau de roses qu'on aurait distillée dans des vaisseaux de verre. Ce précipité vert, fondu avec du borax, vous donnera du cuivre (1). »
Arsenic. — Tachenius fournit des détails d'autant plus précieux pour rhistoire de la toxicologie, qu'il avait éprouvé luimême les effets de l'empoisonnement par l'arsenic. Voici à quelle occasion. 11 chaufTa de l'arsenic dans un vaisseau fermé, afin de le rendre fixe, suivant le conseil d'un certain alchimiste, Jean Agricola (qu'il ne faut pas confondre avec Georges Agricola). Voulant s'assurer s'il avait réussi, il ouvrit le vaisseau, et aspira une vapeur (auram) qui produisit dans sa bouche la sensation d'une saveur sucrée très-extraordinaire. «Mais au bout d'une petite demi-heure j'éprouvai , dit-il , une contraction douloureuse à l'estomac, accompagnée d'un mouvement convulsif de tous les membres; la respiration devint difficile, je rendis des urines sanguinolentes et accompi^nées d'une chaleur brûlante. Aussitôt après je fus atteint de coliques et de contracture des muscles pendant l'espace d'une heure et demie. » — L'auteur ajoute qu'il se rétablit en prenant du lait et de l'huile, mais qu'il resta longtemps convalescent et faible (2).
AugmetUatian du poids des métaux par la caleinatUm. — Tachenius affirme que le plomb augmente d'un dixième. de son poids, lorsqu'il se transforme en minium, qui étaita lors, comine il Test aujourd'hui, employé dans la confection des emplâtres. L'explication qu'il en donne est assez embarrassée : il semble attribuer la cause de cette augmentation à un esprit acide du bois, ou plutôt, avec Boyle, à la flamme. Dans tous les cas, il ne partage pas l'opinion de la plupart de ses prédécesseurs, qui, s'étant également aperçus de celte augmentation du poids des métaux pendant la calcination, l'avaient attribuée à la fixation de certaines particules aériennes (3).
Multiplication des minerais. — Les minerais avaient, à ce que croyaient les anciens , la faculté de croître et de se multiplier comme les végétaux et les animaux. L'auteur, adoptant celte
{i) Hippocraieschemicus, p. 135.
(2) Ibid., p. 188.
(3)U)ld.,p..2lO.
TROISliME ÉPOQUE. 223
croyance, prétend la corroborer en citant comme exemple l'Ile d'Elbe, dont les mines fournissent depuis des siècles des masses prodigieuses de fer, et qui loin de s'épuiser semblent encore aujourd'hui être tout aussi riches sinon plus riches que le premier jour. Il rappelle un autre exemple du môme genre : ce sont les mines de vitriol absorbant à l'air la substance qui semble les alirtienter. «C'est dans l'air, s'écrie-t-il avec Rhalid, que se trouvent les racines des choses ( radiées rerum in aère) (1). »
Esprit acide vital, — L'esprit acide, que l'auteur appelle fils du soleil, est un être imaginaire; mais il lui fait jouer le môme rôle qu'à Vesprit générateur des acides (oxygène). II le fait intervenir dans la formation du nitre, dans la végétation, dans la fermentation, et il affirme que son intervention s'exerce par l'intermédiaire des'rayons solaires (2).
Silice. — Tachenius est le premier qui ait soutenu que la silice (silex) est un acide. 11 s'appuie sur ce que ce corps est susceptible de se combiner avec la potasse pour former la liqueur des cailloux^qui est selon lui un véritable sel. Or, un alcali ne peut se combiner qu'avec un acide, pour donner naissance à un sel. Mais il apporte encore une autre preuve à l'appui de sa manière de voir, qui est l'expression môme de la vérité. « La silice, dit-il, n'est attaquée par aucun acide; l'eau-forte même ne la corrode pas. Pourquoi ? Parce que la silice est elle-même de la nature d'un acide, et que si elle contenait seulement la moindre parcelle d'un alcali, les acides l'attaqueraient (3). »
Puissance relative des acides. — C'est dans sa Clavis Hippocraiicœ medicinœ que Tachenius émet une idée très-féconde, qui devait plus tard conduire à une des lois fondamentales de la cbimie. Il affirme que tout acide est déplacé de sa combinaison par un autre acide plus puissant ; et il ajouté que l'acide qui se combine ainsi avec un alcali augmente nécessairement de poids d'une manière constante (5).
A part quelque simperfections, qu'il faut mettre sur le compte
(1) Tachemos, Antiquis$imx Hippocraticx medicinx clavis, p. 14.
<a) hm., p. 18.
(3>Ibid.,p. aittlM.
(4) Aniiquisshn^ Bippocraticx medkines elavii, p. 137 et 141. — Quicqoid ^lissol^iir in acido extra familiam snain, vel innato potentiori, statim supprimifar epM débile addam, et disaoluiioDe aciJi dissolTenlis naturam induat , necesse ^st addom v cum t«l^U cl conbibitur ab innato alcali rei , — crescit ejusdem rei pondus, etc.
de Tesprit de l'époque plutôt que sur les tendances dePaaleur, les travaux chimiques de Tachenius sont remarquables sous plus d'un rapport; ils méritaient Thonneur d'être cités comme une autorité par la plupart des chimistes du dix-septième, siècle.
Frédéric Hoftaïamm.
F. Hoffmann est plus connu comme médecin que comme chimiste. Néanmoins ses premiers travaux, qui parurent vers la fin du dix-septième siècle, ont presque tous pour objet la chimie. C'est en prenant pour point de départ les sciences physique et chimique que F. Hoffmann s'est acquis une juste réputation.
Frédéric Hoffmann naquit en 1660. Il étudia la chimie à leaa et à Erfurt^ sous la direction des célèbres professeurs W. Wedel et C. Cramer. A l'âge de trente ans, il fut appelé comme premier professeur à l'université de Halle, qui venait d'être fondée; grâce au talent de Hoffmann, cette université ne tarda pas d'attirer de toutes parts une jeunesse studieuse. Il serait hors de propos de faire ici la biographie, quelque intéressante qu'elle fatt de cet homme de génie, auquel la médecine doit presque autant qu'à Hippocrate (1). Nous rappellerons seulement que F . Hoffman faisait l'admiration de tous ses contemporains, nooseulement parla profondeur et la variété de ses connaissances, mais encore par ses belles qualités morales et sa probité scientifiquB. L'étendue de ses occupations ne l'empêchait pas d'entretenir une vaste correspondance avec tous les savants de l'Europe, qui se faisaient un honneur de communiquer leurs découvertes à leur illustre correspondant, comme] s'il personnifiait toute une académie des sciences. C'est par une lettre de Gareili. médecin de l'empereur Charles VI, qu'il fut instruit*" que l'^y^^ toffana ou aquetta di Napoli, avec laquelle avaient, dit-on, été empoisonnées plus de six cents personnes, parmi lesquelles deux papes, Pie III et dénient XIV, n'était autre chose qu'une solu-
(1) Voy. sur la vie de Fréd. Hoffman : Vita Fred, Hoffmani, par J.-H.ScJiflli«i Halle , 1710 , in-4^ — Pûnégyrique de Fr, Hoffmann ; Halle , 1748 . in-fol.
TROISliME EPOQUE. 225
tioD arsenicale, employée probablement à différents degrés de concentration, pour produire des effets plus ou moins lents (1). Frédéric Hoffmann mourut en 1743, à Tâge de quatre-vingttrois ans.
TraTaax ehimiqmc* de F* Hofftaïukiftm*
Ces, travaux, qui ont presque tous pour but la médecine pratique, témoignent d'une sagacité profonde ; le langage dans lequel ils sont écrits est d'une lucidité remarquable en même temps que d'une élégance qui ferait honneur à nos meilleurs latinistes.
Parmi les dissertations médico-chimiques les plus intéressantes de F. Hoffman, nous choisirons d'abord, pour l'analyser, celle qui traite des eaux minérales.
De Methodo examinandi aquas salubres (2).
Libavius avait déjà consacré un travail spécial à l'examen des eaux minérales (3); mais F. Hoffmann dirigea plus particulièrement l'attention des chimistes et des médecins sur ce point important de la science, et ce n'est que depuis lors que les ouvrages sur ce sujet se sont multipliés.
Dès le début, l'auteur soulève une question grave, à savoir, si Teau est un corps élémentaire, comme on Tavait admis de toute antiquité, ou si c'est.un corps composé. Il n'hésite pas à se prononcer en faveur de la composition de l'eau : a L'eau , ditil, est composée, d'un élément très-fluide, d'une espèce d'esprit éthéré ( aqua comporta est ex elemento fiuidissiino , videlicet spiritu œthereo ), et d'un principe salin, s
C'était là alors une idée bien hardie, car elle n'est en apparence fondée sur aucune expérience positive ; aussi ne faut-il la considérer que comme un de ces traits lumineux qui , semblables à des
( 1 } Le proeès de reropoifionneuse Toffana eut lieu à Rome en 1 7 18. Soumise à la fpie«tioD, cette femme déclara qu'elle ne communiquerait son secret qu'au pape et à Tempereur (Charles VI}, qui se trouvait alors en Italie. L'empereur le communiqua à son tour à son médecin , qui lui-même s'empressa d'en faire part à son illustre correspondant. — Fréd. Hoffmann, Medec'mx ration, systemat.^ t. II, (Halle, 1729,4), p. 2, c. 2, g 19, p. 185. — Voy. sur l'aquaTofiana le mémoire de Rogneta ( Nouvelle Méthode de traitement de V empoisonnement par Varsenie ; Paris, 1840, 8), p. xiii.
(2) Fr. Hoff., Dissertât, physico-medic. sélect. Pars altéra; Leyde, 1708, in-8'.
(3} "Voy. p. 29 de ce volume.
mar. de la cudiie. — t. ii. 15
météores, se montrent un instant à l'horizon pour s'éteindre et réapparaître dans tout leur éclat après la révolution d'une période plus ou moins longue.
Mais l'eau, remarque l'auteur, n'est pas seulement un corps composé; dans son état naturel elle n'est jamais exemple de particules de matières solides qu'elle tient en dissolution [1). Ces matières varient suivant les terrains ou les couches minérales que l'eau traverse.
Avant de procéder à l'analyse de ces matières, il faut, dit-il, d'abord constater la densité des eaux qui les renferment. Or on y arrive, soit au moyen d'une balance hydrostatique, soit en employant un tube rempli d'un liquide coloré ( espèce de liqueur normale). A cet effet, on débouche le tube en l'introduisant dans l'eau qu'on veut examiner. Si le liquide coloré est plus dense, le tube descendra ; sinon , le contraire aura lieu (2).
De toutes leseauxminérales, lesgazeuses sont celles qui fixèrent plus particulièrement l'attention de Hoffmann. Il n'ignorait pas que les nombreuses bulles qui s'en élèvent ne sont dues qu'au dégagement d'un fluide élastique, et que c'est ce même fluide qui, sousrinflue.ncede la chaleur qui le dilate, fait éclater les bouteilles dans lesquelles on tient exactement fermées des eaux acidulés gazeuses, comme celles de Wildung et d'Eger (3). Il rennarqae aussi que ces eaux laissent surtout échapper ce fluide élastique en abondance, lorsqu'on y met du sucre ou quelque acide (4). Enfin , ce fluide élastique, appelé tantôt spiritus eiasticus^ tantôt subslarUia aerea oxxœiherea^ mais le plus souvent spiritus mineraliSy et qui n'est autre chose que le gaz acide carbonique, jone, ajoute l'auteur, un immense rôle dans le règne minéral^ aussi bien que dans le règne végétal et animal.
S'appuyant sur l'observation d'un chimiste français (Duclos)) et fort de sa propre expérience, il déclare le premier de tous^que
(1) Fr. Hoflmanu, Dissertât, physico-medic. Part. II, p. 168. Nallaaquaintotâ rerum natara reperituF, qaœ non in stna suo recondat sicc» et solidas matent quippiam.
(2) Ibid., p. 170.
(3) Fr Hoffmann, Dissertât, physico-medic ^sélect. Part. Il, p. 172. Copiosissîmamm harum bullulanimascensio unice debetur œthere» aereas substantic intia poros aquœ latitanU. — Hic œther spirituosns elasticus est qnoqae ctosa cor vitra ?el lagenae angustioris orificii acidulis totœ repletœ, si nirois aecorate dandantur, saepius soleant frangi.
(4) Ibid., p. 177.
TROISlisHB EPOQUE. 227
Vesprit minéral' {acide carbonique) est de nalure aeide, parce que, étant ainsi dissous dans l'eau, il rougit la teinture de tournesol ( mqna ioma-solis ) (i ).
Arrivant aux détails de l'analyse, il s'efforce d'abord de' détruire l'erreur des anciens,. qui prétendaient que les eaux minérales contiennent de l'or, de l'argent, de l'étain, du plomb, de l'antimoine et de l'arsenic. Puis il y constate chimiquement l'existence des substances suivantes :
1** Fer, — C'est là le métal dominant {principatnm obtinet Mars). L'argile rouge, l'ocre, etc., indiquent la présence du fer. II n'est donc pas étonnant que l'eau s'en charge en traversant les terrains ferrugineux si universellement répandus. On reconnaît les eaux ferrugineuses à leur saveur astringente particulière {sapore quem retinquunt in linçua quodammodo constringente ), et à la matière ocreuse jaune qu'elles déposent, soit spontanément, soit par l'application de la chaleur. Cette matière, après avoir été fortement chauffée ( avec du charbon ), devient attirable parl*aimant, ce qui prouve qu'elle estde la nature du fer (2). Mais le meilleur réactif consiste dans l'emploi de la poudre de noix de galle : si les eaux minérales ne contiennent que des traces de fer, ce réactif n'y produira qu'une coloration purpurine; si le fer y est au contraire assez abondant, on y verra naître une coloration noire (3). La noix de galle ne produit plus aucun changement dans ces eaux lorsqu'on les a fait bouillir ; car, dans ce cas, l'ocre se dépose. On peut encore (nous continuons à citer textuellement Tauteur) séparer toute l'ocre, en mêlant les eaux ferrugineuses avec des coquilles d'huîtres ou delà chaux brûlées, et en les abandonnant quelque temps à elles-mêmes. Non-seulement les noix de galle, mais les feuilles de chêne, les écorces de grenade, l'extrait de thé, de tormentille , peuvent noircir les eaux ferrugineuses. Le fer n'étant pas soluble par lui-même,, qui est-ce qui le rend soluble 1^ C'est Vesprit minéral (acide carbonique); car, à mesure que celui-ci s'échappe dans l'air, l'ocre abandonne l*eau, et se dépose au fond des vases sous forme d'une poussière
( I) Fr. iMfaïaiin, Dlueriat. pkysico^nedic. sélect. P. 183. Ratio hujas ptuenomeni procal omnidubio est hsec, quod spiritttB minerays fuerit in dotis acidlusculse.
(2} Ibid., p. 190. ^ Igae tosta HMgn^ prompte acoedit, manifesto documento jnartulis mm mimm.
(a) IM., p. B, p. M7. -^ ^ mlnor oepia inest» nandsoiiotiir purpureum; si wcro major, atram coleram.
légère (1). D'autres fois, le fer s'y trouve à l'état de véritable vitriol ( combiné avec l'acide sulfurique ).
S"» Cuivre. — Ce métal est beaucoup plus rare dans les eaux minérales , et il ne s'y trouve qu'à l'état de vitriol ; telles sont quelques sources en Hongrie, comme celle de Neusobl, lesquelles précipitent du cuivre très-pur quand on y plonge une lame de fer (2). Ces eaux ne sont d'aucun usage interne, à cause de leur propriété émétique, dont le cuivre ne se dépouille jamais ( prth pter emeticam, quant nunquam exuit Venus, virtutem).
3*> Sel commun. — Presque toutes les eaux en contiennent; les sources de Hornhausen et de Wiesbaden surtout en sont riches. Le sel commun se reconnaît à la forme de ses cristaux cubiques ( obtenus par l'évaporation des eaux ), lesquels décrépitent dans le feu (m igné crépitant ) ; il se recpnnait aussi à ce que, traité par l'eau-forte, il donne l'esprit de sel, qui, mêlé avec la mèmeeauforte, produit le dissolvant de l'or (eau régale ] ; enfin, à ce qu'il trouble une solution d'argent, et qu'il la précipite en blanc (3).
4* Alcali /îa:e (carbonate de potasse), —Ce sel se rencontre principalement dans certaines eaux thermales, comme celles de Carlsbad en Bohême. On l'obtient par l'évaporation de ces eaux. On en constate la présence parle sirop de violettes, qui est ainsi verdi (4). Traité par le sel ammoniac, il en dégage l'alcali volatil ( gaz ammoniac ) ; mêlé avec du soufre et du nitre en proportion convenable {débita quantitale), il donne une poudre fulminante. Le sel alcali fixe se reconnaît encore à d'autres caractères: il fait effervescence avec l'esprit de vitriol (acide sulfurique), enlève à celui-ci son acidité, et forme avec lui des cristaux de tartre vitriolé (sulfate de potasse). Étant fondu * avec du soufre, il donne naissance à une substancerouge fétide, connue sous le nom, de foie de soufre ( hepar sulphuris ) (5).
(1) Fr. Hoffmann, Dissert, physico-medic. sélect.^ Pars altéra, p. 198. - Exhalante spirituoso elemento, deponunt in yasis fundum leviascolum ochrtun pulverem; nam spiritas Tolatilis ille, qui sub compedibus sais tennlsaimam Martis substanUam detinet, dum levissime exhalât, demittit ad fundum banc ipsam
(2) Ibid., p. 196. — Fontes inHungaria, y. g. Neusohiii, ex quibds ferroimmisso purissimnm prœcipitatur cuprum.
(3) Ibid., p. 199 : Prœcipitat lunam solutam in forma pulveris albi.
(4) Ibid., p. 199 : Hocsal synipoTiolamm YiridemcolorDro.Indudt.
(5) Ibid., 200 : Cum sulpbure per igoemcombinatum Jargitor substaotiinnibicundam maie olentem, quœ Tocari solet hepar sulpharis.
TROISlfcME ÉPOQUE, 229
5® Chaux. — Magriésie, — C'estdans la caractéristique différentielle de ces deux bases que la sagacité de Fr. Hoffmann se manifeste dans tout son éclat. A lui Thonneur d'avoir, le premier, parlé de la magnésie comme d'un corps particulier, qui de tout temps avait été confondu avec la chaux. Comme le sujet était nouveau^ il y procéda avec une louable réserve. Voici commenl il s'exprime : « Un assez grand nombre de sources , parmi les* quelles je citerai celles d'Eger, d'Elster, deSchwalbach, et môme cellesMe Wildung, contiennent un certain sel neutre qui n'a pas encore reçu de nom, et qui est à peu près inconnu (sol quoddam neutrum itmominatum et fere etiam incognitum) (1). Je Tai aussi trouvé dans les eaux de HornbauseU; qui doivent à ce sel leur propriété apéritive et diurétique. Les auteurs rappellent.vulgairement nitre {nitrum). Cependant ce sel n'a absolument rien de commun avec le nitre {ne minimam quidem nolam kujus habel) : d'abord il n'est point inflammable, sa forme cristalline est toute différente, et il ne donne point d'eau-forte comme le nitre. C'est un sel neutre, semblable à Varcanum duplicatum (sulfate de potasse), d'une saveur amère et produisant sur la langue une sensation de froid. Il ne fait effervescence ni avec les acides ni avec les alcalis, et n'est pas très-fusible au feu (2). »
Après cet exposé remarquable des caractères négatifs d'un sel autrefois confondu avec le nitre, l'auteur passe à l'énumération des caractères positifs, sujet beaucoup plus difficile et plusdélicat : il s'agissait de distinguer la magnésie d'avec la chaux. Mais auparavant il fallait savoir quel est l'acide qui forme, avec cette espèce de chaux tnnomiWe, ce sel dont on faisait alors, comme aujourd'hui, un si grand commerce, et qui, à la dose d'une once et au delà, était employé comme un purgatif.
a Ce sel, dit Hoffmann, paraît provenir de la combinaison de Vaeide suifurique {acidum sulphurenm ) et d'une terre calcaire de nature alcaline (3). C'est au sein de la terre que cette combinai-
(1) Ce sel n^est aatre, comme on le devine , que le sulfate de magnésie, qai se trouve sartout abondamment dans certaines sources minérales d'Angleterre, comme celles d'Epsom , etc.
(2) Dissertât, physico-medic. Pars ait., p. 200 : Non est inflammabile, non in crystallisatione figuram pyramidalem assumit, neque aquam fortem dat; sed est sal neutrum instar arcani duplicati sapons amarlcantis^ et frigus quoddam relioqnit în lingua, neque cum acido velalcaH effervescit, nec fluit in igné facUè.
(3) ÏHssertaU j^ysico-medic, p, 201 : JIoc sal originem suam trahere videtor ex combinatîone acidi suiphureiet calcaria terra indolisquealcalinœ.
Î30 HISTOIRB DE LA GIUMIB.
son s'opère ; l'eau dissout le sel qui se forme ainsi, et 4e charrie avec elle. »
Dans un autre écrit, l'auteur revient sur ce sujet, qu'il croyaitsans doute avoir incomplètement traité; il ajoute que cette terre alcaline (obtenue en traitant une solution de sel amer par l'alcali fixe] diffère essentiellement de la chaux, en ce que celle-ci, traitée par l'esprit de vitriol, donne un sel très-peu soluble , qui n'est nullement amer, et qui n'a presque aucune saveur (t).
Lister avait déjà très-bien décrit la forme cristalline du sel purgatif amer, qu'il appelait mire calcaire (2). Hais personne n'avait encore songé à considérer ce sel comme un composé d'adde sulfurigue, et d'une espèce de terre calcaire alccUine, différente de la chaux. C'est à Fr. Hoffmann qu'est due cette découverte, qui devait être, plus tard, reprise et pouKuivie dans tous ses détails par Black.
6* Eaux alumineuses, — Eaux sulfureuses , etc. — Les auteurs anciens, Aristote, Varron, Pline, et, après ceux-ci , tous les médecins chimistes > ont parlé des eaux minérales riches en alun. Taxant tous ces témoignages d'erronés, Hoffmann assure n'avoir jamais rencontré de l'alun pur dans les eaux minérales. « Cependant je ne veux pas, ajoute-t-il, nier que des sources voisines de quelque mine d'alun ne puissent se charger de cette substance; mais, dans ce cas, elles sont trop astringentes, et ne sont d'aucun usage en médecine (3). »
Il est bon de rappeler que les anciens donnaient le nom d'aluo, alumen, aruirnipCoe, à toute espèce de matière astringente ( vitriol de fer, de cuivre, etc. ), tandis que, pour Hoffmann, cette confusion n'existait plus. « Les vitriols laissent, dit-il, un caput mrtuum métallique après leur calcination; mais l'alun donne une terre bolaire très-précieuse , légère, d'une espèce particulière {suigeneris) (4). »
(1) Observât, physicochymic. sélect., t. Il obs. ii, p. 107, et obs. xtih* p. 177.
(2) Lister, De aqvis Anghx, c. i, p. 13. Hujos salis (nitii calearu)ci78talli tenues longs que sunt, ilsque mediis quatuor latera parallelogramna sont, at btt Inœquaiia; ex altéra vero parte, ipse macro ex binis planis lateribus triaopilari' bus formatur.
(3) Diss. phffsico-med. x, p. 202. Me pnruin akiinen anaquam in «quii «1»' bribns invenisse. Nod ibinras taraen tnficiat, abi alumen magaa in copia effiiditur, scaturire interdum quosdam nytes alumine refertoa, etc.
(4) Observât .physico-chyfnic, sehet., C. Ui, obs. vm, p. I7il . — VilriaU capot
TBOISIÈME ÉPOQUE. 231
Quant aux eaux sulfureuses, il en restreint égalenaent beaucoup, le nombre, et ne parait leur accorder en médecine qu'une médiocre confiance. Il remarque qu'elles se reconnaissent à leur odeur d'œufs pourris, et à ce qu'elles noircissent l'argent.
Enfin il termine en affirmant que les meilleures eaux existent dans les terrains gras et argileux, « parce qu'elles sont très-peu chargées de sels calcaires , qui, dit-il, rendent les eaux impropres à la boisson, à la cuisson des légumes, et à la fabrication de la bière (1). »
Cette dissertation si remarquable sur les sources minérales en général est suivie d'une autre Sur les eaux (hermales de Carisbad.
" De Carolinarum causa coloris, viriute et usu (2).
Rejetant la théorie du feu central, ainsi que d'autres hypothèses concernant la cause des sources thermales, Hoffmann insiste particulièrement sur la chaleur que produisent les mélanges de certaines substances. Il cite l'expérience déjà connue du mélange de soufre pulvérisé et de limaille de fer, qui s'écbauffe considérablement après avoir été humecté d'eau. Gomme ces mélanges calorifiques peuvent, dans les entrailles de la terre, se trouver en contact avec des matières très-inflammables, telles que le bitume, l'auteur explique parla l'origine des sources thermales, des volcans, des tremblements de terre et des incendies souterrains. II signale surtout le concours réuni du soufre, de l'eau et de l'air. C'est qu'en effet les volcans se trouvent presque tous dans le voisinage de la mer (3); le sommet du cône donne accès à l'air, et rien de plus commun autour du cratère que le soufre et le fer, débris des éruptions volcaniques.
A propos de ces mélanges , Hoffmann indique une expérience
foortuum metallicad indoUs est. Âlurainis yero terra valde spongiosa, sobtUls, Mans sui generis videtur.
(1) Diuert. physico-med, \, p. 205 et p. 191.
(2) Dissert, physico-med.f xi.
(3) Ce fait n*est aucunement contredit par Texistenc^ de certains volcans éteints qn^OD trouve dans Tintérieur des continents. Car, pour les volcans éteints d'Au- ▼ergpie, par exemple, on peut bien admettre, sans faire une hypothèse exagérée , que la mer Méditerranée a recouvert autrefois une grande partie du midi de là France. Il parait d'ailleurs constant que les eaux des mers éprouvent, de siècle «a siècle, un retrait marqué.
232 HISTOIKE DE lA CHIMIE.
assez curieuse, qui consiste à verser de l'esprit fumant coiwcntré sur de Thuile essentielle de girofle : il se produit à Tinstant une flamme très-belle (i). Qu'était-ce que ce sptn/vs eoncentraiissimus fumanSy versé sur l'essence de girofle ? Élail-cc le perchlorure d'étain ou l'acide nitrique fumant? C'était sans doute le dernier.
A l'objection que cette chaleur, résultat des combinaisons variées qui s'effectuent au sein delà terre, doit diminuer et enfin disparaître, fauteur répond d'abord que, les métaux ne faisant point défaut, cette chaleur se reproduit sans cesse, et, étant ainsi emprisonnée sous la croûte terrestre, elle se conserve beaucoup plus longtemps. A l'appui de cette manière de voir il cite, comme exemples, la marmite de Papin, qui conserve la chaleur pendant fort longtemps, et le corps humain lui-même, qui, par l'occlusion de ses pores et la suppression de la transpiration, éprouve l'effet d'une chaleur fébrile inaccoutumée, sensible à la peau (âj.
F. Hoffmann a traité de plusieurs eaux minérales d'Allemagne qu'il n'entre pas dans notre plan d'analyser ici (3).
La question des eaux minérales artificielles ne lui était pas non plus étrangère (4).
Il a en outre laissé des observations intéressantes sur les huiles essentielles et leur combustion par l'acide nitrique, sur la distillation de l'alcool avec l'acide sulfurique et l'acide nitrique (éthers nitreux et sulfurique) (5). Le mélange de parties égales d'éther et d'alcool concentré porte encore aujourd'hui le nom de liqueur anodine minérale d'Hoffmann. n
La théorie de Stahl commençait alors à se répandre. Hoffmana
(1) Dissert , physico-med. xi, p. 211 ; Flamroam lacidissiroam in i produco dum spiritum concentratissimum fumantem infiindo oleo caiyopbyUonun débita encheiresi.
(2) FoDtis Sedl'izenzis amari in Boheinia no?iter detecti nec non salis ex eodem parati examen chymico-medicum; Hal., 1724, in-4*. — De fontismartiati Lanchstadiensis viribuset usn; Hal., 1723 , in-4°. — De fontis Spadani et Swalbacenà» convenientia ; Hal., 1730, in-4''. — Toutes ces dissertations sont imprimées dans Opuscul. physico-medic. de elemends, virtims, utUitate et usumedieatù' rum fofitium; etc.; Ulmiae, 8. T. I et II.
(3) Ibid., p. 219.
(4) Observationes de acidulis , thermis et aliis fontibus salubrihus ad imitationem naturaJium per artificium parandis. Dans Opuscul. physicthmedk., II, n^'^- ^ Debabieomm artificialiumex scoriismetallorumusn medico; Ha)., 1722, iJi4*.
{S) Observât. physico<hymic. sélect.; Hal., 1736, in-4»-, lib. I,olis. i-w; lib., II, obs. III et obs. it.
TROISIÈME ÉPOQUS. ^33
éleva le premier des doutes sérieux sur Texactitude de celte théorie : il trouvait plus rationnel d'admettre que le charbon , loin de restituer aux chaux métalii(}ues( oxydes) le prétendu phlogistique, leur enlève plijitôt quelque chose, et les ramène ainsi à leur état primitif de métaux (i). II savait que les terres vitriolées en général (sulfates terreux), calcinées avec du charbon, peuventoffrir le même phénomène que la pierre ou phosphore de Bologne. Enfin il inventa plusieurs médicaments efficaces, d'une grande renommée, comme balsamum vitœy piluiœ balsamicx , elixir visceralây esseniia balsamica. C'est ainsi qu'il recommandait, comme un des meilleurs remèdes contre la goutte, une solution alcoolique de foie de soufre, associée quelquefois au camphre et à l'extrait de pavots (2).
F. Hoffmann n'était pas seulement un chimiste habile, il était également versé dans la physique. Son mémoire Sur les vents renferme des notions exactes sur l'élasticité de l'air et de la vapeur d'eau ; il explique la cause immédiate des vents par la diitérence d'élasticité dans les couches de l'air, et il établit que le mercure s'élève dans le tube barométrique non-seulement en raison de la pression atmosphérique, mais encore de l'élasticité de l'air, laquelle est égale à la pression de Talmosphère; que la vapeur d'eau diminue l'élasticité de l'air, et que c'est pourquoi la colonne barométrique s'abaisse , lorsque l'atmosphère est très-humide. De tout cela, il déduit des conséquences très-importantes pour la médecine (3).
Tous les médecins devraient prendre pour modèle les travaux de F. Hoffmann (4), faire, comme lui, profiter les sciences médicales des progrès des sciences physiques , et se rappeler sans
(1) Observât, physico-chymic. sélect. III, obs. \iii.
(2) A la dose de 30 à 40 gouttes prises intérieurement. — Observât, physicochymic. sélect . II , obs. xxxi .
(3) DiBsertat. physico-medicœ euriosœ selectiores; part. I, Lugd. Bat., 1708, m-S**. De ventorum generatione , or lu et cousis.
(4) Gmelin (t. II, p. 179) donne la liste des mémoires ou dissertations de F. Hoflknann , ayant trait à la chimie. On les trouve aussi indiqués dans Omnixim dissertationum et librorum ab Hoffmano, abanno 1681 ad annum 1734, edi(orumc(mspectus; Halle, 1734, in-4''. — Tous ses travaux chuniques sont imprimés dans Oper. omn. medico-physic.; GenèYe^ 6 vol. in-fol., 1740 et 1748; avec un supplément de î vol., 1749; et un second supplément de 3 vol., 1753 et 1760. — Édit. de Naples, 1753, en 25 vol in.4«; — 1763, en 17 vol.; — édit. de Venise, 1745, en 17 vol. in-4«.
cesse que le corps de l'homme n'est pas un corps isolé, mais qu'il subit perpétuellement Tempire d'agents physiques qui le modifient suivant des lois constantes.
Au nombre des médecins qui ont bien mérité de la chimie, il faut citer encore Davisson et Vigani. •
Guillaume Davisson ou d'Avissone {c*esi ainsi qu'il s'écrit laimême) (i), médecin écossais, fut appelé à remplir la première chaire de chimie créée à Paris, au Jardin du Roi (2). Il enseigna celte science dans la première moitié du xvu^ siècle, sous U minorité de Louis XIII , et ses leçons attirèrent un nombreoi auditoire. 11 nous apprend lui-même qu'il comptait parmi ses élèves des étrangers de toutes les nations de l'Europe, des Allemands, des Anglais, des Italiens, etc. (3).
Ce fut à l'usage de ses élèves que Davisson publia, en 1635, od ouvrage intitulé Philosophia pyrotechnica , seu Cnr$us ekgmior iricusy et divisé en quatre parties (4). La première et la deuxième partie, que l'auteur dédia à deux de ses compatriotes, Jacques et George Stuart, et la troisième partie ne contiennent que des théories spéculatives, qui témoignent d'une connaissance approfondie des anciens. La quatrième partie , qui traite des opéralioos chimiques, est la seule qui puisse nous intéresser.
C'est dans cette partie que se trouve, pour la première fois, traitée scientifiquement la difficile question de la formation des cristaux (5J. L'auteur étend le principe de la cristallisation
(1) M. Baudrimoiit possède une édition {Vtà., 1640] de la Philosophie pyrotechnique , où se Ut sur le recto du deraier feuillet uo autographe de Taoteor qui signe d'Avissone , sous la date du 29 août 1641.
(2) Voy. p. 103 de ce Yolumc.
(3) Pyrolech. Pars quarta , ii(]{mo?u^io adlectorem, p. 50 et 52.
(4) Paris, in-8 ; 1640 ; 1642 ; 1644 ; 1057 ; Hag. Com., 1641, in-4. Tridiiitoifr»çais : Les éléments de la philosophie de Vart du feu, éd. Uellot, 1651 et 1657.
(5) Philosopli. pyrotech. Pars qnarta, p. 184 : Doctrina de symbolo et mufatione elementorum cum quinque corporibus simplicibus geometricis; unie dilucide aperietur vera causa diversarum formarum, numerorum variarumque proportionum in composites, ut figura hexagonali, cubiea , penta- Qonali, octaedrica , rhombica ,in sale cornu cervi, in ni te sexangnlorit *»
TROISIEME fPOQïïK. 235
noD-seuIement aux sels et à des substances minérales, mais encore aux alvéoles des ruches et à certaines parties des végétaux, telles que les feuilles et les pétales des fleurs. Il ramène toutes les formes cristallines à cinq figures géométriques, qui sont le cube, rhexagone, le pentagone, Toctaèdre et le rhomboèdre. Un sujet aussi intéressant et alors tout à fait neuf, opus novum et a nullo ante me^ quod sciamy elabaratum, devait faire remettre sur le (apis les doctrines anciennes de Pythagore et de Platon, suivant lesquelles toute Tharmonie de la création repose sur les nombres elles figures géométriques. Cette discussion, un peu obscure, sur le rôle important que jouent les mathématiques dans les écrits des philosophes anciens, et particulièrement dans le Titnée de Platon^ se termine par ces vers de Boëthius :
Tu numerU elementa liga§« ut frigora flammis , Arida coDYeniant liquidis , ne purior ignis Eyolet, aut niersas deduoant pondère terras.
La cristallognosie offre un beau champ à quiconque aime les théories spéculatives de la science.
Ce chimiste-médecin, natif de Vérone, passa presque toute sa vie en Angleterre. Il appartenait à la grande école de Boyle. Adversaire déclaré des théories obscures et souvent incompréhensibles des alchimistes, il prend rexpérience pour guide dans ses recherches, et se glorifie de ne rien avancer qu'il n'ait luimême vu et observé.
C'est dans un petit traité d'une soixantaine de pages, intitulé Medulla ehymix {i\ qu'il expose les faits qu'il a découverts, ainsi que les expériences dont il fut témoin.
Purification du vitriol de fer, et préparation de Vammoniaque vitriolé {sulfate d'ammoniaque). — Le procédé que Vigani propose pour*enlever au vitriol de fer les particules de cuivre dont il n'est
crysiallo, smaragdo, adamante, vUriolo, cauUbus , floribus et foUis stirpi^im, alveolis apurn, nUro, sale gemmx et nUgari.
(1) Variis experimentis aucta, multisqi:e figuns illustrata: Lont!., 1583, in-iS.
presque jamais exempt, consiste à plonger dans la dissolution de ce vitriol une lame de fer, et de l'y laisser jusqu'à ce que tout le cuivre soit précipité. Pour préparer le nouveau sel (suU fate) d'ammoniaque recommandé comme médicameut dans les maladies chroniques^ il s'agit tout simplement de verser, dans la liqueur du vitriol de fer ainsi purifié, une solution d'alcali volatil, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. La liqueur fil* trée donne ensuite, par évaporation, le sel en question, préférable au tartre vitriolé ( sulfate dépotasse), l(mge enim antecedit (ariarum vUriolatum (i ).
Afin de démontrer qu'une chaux métallique (oxyde) se combine toujours avec la même quantité d'un même acide pour produire un composé (sel) déterminé, l'auteur prend le vert-degris artificiel (acétate de cuivre), le soumet à la distillation, et constate ainsi que la quantité d'acide volatil qui se sépare est à peu près la même que celle qjie prendrait le cuivre qui reste, après la distillation, au fond du matras, pour reconstituer le vert-de-gris (2).
Vigania, un des premiers, détiniit l'erreur Jdes chimistes qoi croyaient que l'antimoine rend le vin émétique sans rien perdre de son poids. Il affirme, par sa propre expérience, que, dans ce cas, l'antimoine, quel qu'en soit le composé^ diminue un pea de son poids, et que Témétisation du vin est produite par la combinaison des particules du tartre avec des particules aotimoniales (3}.
L'émétique est en effet un composé d'oxyde d'antimoine et de tartre (bitartrate de potasse ).
On sait que, dès l'origine, les mercuriaux étaient mis en usage pour combattre la syphilis. Vigani employait, dans ce but, un remède particulier, appelé mercure vert {mercurius viridis), et dont il regardait la préparation comme un très-grand arcane ( quem tanquam maximum arcanum conserva) (4).
On voit par là que l'intérêt pur de la science était loin de l'emporter sur toute autre considération , même chez les chimistes les plus éclairés de cette époque.
(1) Medalla chymiœ, p. 6 et 7.
(2) Ibid., p. 13.
(3) Ibid., p. 49.
(4) Ibid., p. 63.
TROisiim Époous. S37
CHIxMIE PHARMACEUTIQUE,
Les travaux de Basile Valeniin et de Paracelse devaient porter leurs fruits. La chimie continue d'envahir, à bon droit, le domaine de la pharmacologie. Le nombre des médicaments chimiques actifs allait tous les jours en augmentant.
Les médecins qui se sont le plus efforcés de rendre la chimie tributaire de la médecine et de la pharmacie sont : Frédéric Hoffmann (1); Nie. Chesneau, médecin de Marseille (2); Th. WiLLis, célèbre médecin anglais (3); J. Zwelfer (4) ; P. Pote- Rius, médecin d'Anjou, qui passa une grande partie de sa vie en Italie, où il tomba victime de la perfidie de Sancassani (5) ; Lazare la Rivière ( Riverius ) , régent de la Faculté de Montpellier (6) ; F. Bartoletti, professeur à Bologne, puis à Mantope, où il mourut à l'âge de quarante-neuf ans, en l'année 1630; il a décrit le sucre de lait, sous le nom de manna seu nitrum seri laciis (7).
Il faut encore ajouter à cette liste Ray. Minderer, médecin d'Augsboupg, qui attacha son nom à la liqueur de l'acétate d'ammoniaque, appelée esprit ou eau de Minderer {spiritusvel aqua Mhidereri) (8); Adrien de Mynsicht, surnommé ïribudenius, au-
(1) Clavis pharm^ceaticaSchrœderi; Hall., 1681, in4''.
(2) Pharmacie historique ; Paris, 1660, 1682, in-4'*.
(3) Pharmaceutica ratioDalis;Hag., 1675 et 1677; Oxf., 1678, in-8''.
(4; AnimadYersionesinphannacopœiain Auguslaaam, etc.; Vienne, 1662, in-t'ol. Korimb., 1657, 1667, 1675, in-S*".
(5) Pbarmacopœa spagirica nova et inedita; Bologne, 1622, in«>8'*; Cologne, lfi24,in 12.
(6) Praxis roedica cumtheoria; Paris, 1640, In 18. Ibid.; Lyon, 1647, 1649,
(7) Opuscal. scientific. e filolog , t. XXI, p. 393. Mazzuchelli, Scriltori dlfaiia, II, p. 429.
(,8) Aloedariuin marocostinum ; Augsbourg, 1616, in-8**. —De chalcantho
quel on attribue à tort la découverte de l'émétique (1), puisque d'autres chimistesle connaissaient incontestablement avantlui (2] ; P. Seignette, pharmacien de la Rochelle, qui découvrit, vers Tannée 1672, le sel connu sous le nom de Seignette, et qui valut une grande fortune aux héritiers de l'inventeur (3) ; TuBorrroE Maybene, martyr de l'intolérance de la Faculté de médcine de Paris, sévissant contre^ tous ceux qui cherchaient à répandre remploi des nouveaux médicaments chimiques ( préparations anlimoniales, mercurielles, ferrugineuses, etc.) (i). L'arrêté du collège médical , qui condamna Turquet à la dégradation doctorale, est un chef-d'œuvre d'intolérance et d'iniquité; il est rendu dans ce langage injurieux dont les médecins n'abusent, hélas! que trop souvent. Voici cet arrêté, qui déshonore ses
disqttlsitioialro-chyniica; AugiMt. Vindel., 1617, in-i®. —Thr^odla inedicat$>^« planctus medicinœ lugentis; Aug. Yindel., 1619, ia.8^. ^ MedicLna militam; Norimb., 1679, in-Ct; édit. allemande, 1621 et 1623, in-8®.
(1) Thésaurus niedico-chymicus; Hamburg, 1631, in-4*'. — Ce qui a probablement donné lieu à lui attribuer la découverte de Témétique , c*e$t un passage où Vauteur dit fp. 13) de mettre du fer, de Pantimoine et du mercure pnlTérisé» éaitt de resprit-dc-via tartarisé {spMtus vint tartarisatm) , pour (ditettr ua excellent médicament contre l'épilepsie , etc.
f 2) Voy. p. 30 et 220 de ce volume.
(3) Les principales utilités et Vusaçe le plus familier du véritable selpolf chreste de M. Seignette; la Rochelle*, in-4®. — Le faux sel polychreslCy etf.; la Rochelle, 1675, in-S**. — Le sel polychreste de Seignette est le tarirate double dépotasse et de soude. On l'obtient en ajoutant à une solution chaude de taitie du carbonate de soude en poudre jusqu'à ce quUl ne se manifeste j>lus dWerreS' cence. Ce sel devint, bientôt après Lemery , un remède à la mode. Sa composition fut tenue secrète pendant longtemps; Boulduc et Geoffroy la firent laivemiers connaître en 1731.
(4) Pharmacopœa , in Oper. medic. in quibus continentur consilium, epistolc, observationes , variœque medicamentorum foimul», quie in usum Add» et H. Mariœ Angliœ reginarura praescripta fuere , una cum epistola praefotoria, etc., edit. Brown; Lond., 1703, m-fol. —Les médicaments chimiques dont Turquet recommande remploi sont le mercure doux , Tantîmoîne diaphorétique , le tnriiidi minéral , des huiles pyrogénées, la solution alcoolique de Tacétate de poluKt facide beozmque, le vitriol de cuivre, le vitriol de fer, toutes substances qui »^^ encore aujourd'hui vantées dans la thérapeutique. — U conseille de préparer le vitriol martial avec de la Umaille de fer bien pur. H connaissait rinllanunabililéda gaz qui se produit lorsqu'on traite le fer par l'huile de vitriol étendue ; il imfiqM des moyens pour purifier le tartre , pour préparer le vinaigre radical. — Voilà des titres qui prouvent que Turquet n'était pomt aussi ignorant que 1^ prêtadéni ses détracteurs..
auteurs ; car rien ne peut excuser des juges qui appellent celui qu'ils condamnent impudent, ivrogne, enragé, etc.
Collegram mediconim in Academia Parisiensi légitime congregalum , aadita renunciatione censorum , quibiis demandata erat provincia examinandi apologiam sab nomine Mayerri Turqueti editaoi, ipsam unanimi consensu damuat, tanquam famosum libeUum, mendacibus convitiis et impudentibus calumniis refertnm ; quœ nonnisi ab homine imperito, impadenti, temulento et furioso i)rofidsci potnenint. Ipsum Turquetum indignum Judicat, qui usquam medicinara facial, propter temeritatem, impudentiam et verœ medicinae ignorationem. Omnes Yero medicos, qui ubique 'gentium et loconun medicinam exercent, horlatur ut ipsum Turquetum similiaque bominum etopiuionum portenta a se suisque finibus arceant, et in Hippocratis ac Galeni doctiîna constantes permaneant; et probiboit ne quis ex boc medicorum Parisiensiuro ordine cum Turquelo eique similibus medica consilia ineat. Qui secus fecerit , scbolœ ornamentis et acadcmiae priTilegiis privabitur, et de regentium numéro expugnetur (i}.
On faisait sans doute souvent un grand abus des nouveaux remèdes révélés par la pratique de la chimie ; le chevalier Digby (2), Ratteây (3), médecin de Glasgou', et plusieurs autres charlatans, débitant aux crédules leur poudre de sympathie, — d*où vient peut-être la locution vulgaire,yc/e?r de la poudre aux yeux, — méritaient la réprobation générale. Mais ici, comme partout, les coupables savaient se soustraire aux châtiments, qui tombaient sur des innocents.
Il serait facile d'allonger la liste des médepins qui ont embrassé la cause des chimistes aux prises avec les galénistes. Nous nous contenterons de joindre , d'après Gmelin , aux noms déjà cités : Dan. Sennert, qui blâme avec raison Thabilude de faire un mystère de la préparation de certains secrets (4); Arn. Kerner, médecin de Leipzig (5); Pierre Borel,
(1) Voy. Guy Patin, Lettres choisies, 1 1, p. 19-21.
(2) neceipts in physic and surgery ; Lond., 1G63, in-S*». — ^anvemix et rares secrets, et un discours touchant la guèrison des plaies par la poudre de sympathie; Anyen, 1678, in-8**. —Le chevalier Digby, de Buckingham, fort renommé k la cour de Charles I*' et de Charles II, mourut en 1665, dans un combat contre tes Turcs.
(3) Aditus noYUS ad occultas sympatbiœ et antlpathiœ causas inveniendas per prindpia philosophie naturalis, etc.; Glasgow, 1658, in.s"; Tubing., 1660, inl3.
<4) De cbemicorum cum Aristotellcis et Galenicis consensu et dissensu ; Wittecnb., 1619, in-4**. — Medicamenta officûnalia cum Galenica tum chymica ; Wittemb., 1670, In-fol.
(5) Balsamns Tegetabitis, das ist grilndUcher Diseurs von einem kœstUchen v^çetabiUschm BaUam , etc ; Leips., 1618, inl2. — Ce baume végétal n'est
connu par un catalogue fort incomplet d'anciens chimistes et alchimistes (1); R. Arnaud (2); Barlet (3); Stabkst, zélé disciple de Yan-Helmont, qui a laissé son nom au savon de térébenthine (4); And. Cassius (5), médecin de Zurich, connu par le précipité pourpre qui porte son nom (obtenu en traitant une dissolution d'or par le sel d'étain); Bertrand, médecin de Lyon (6) ; J. Hartbiann, lequel occupa, à Marbourg ( Besse ), la première chaire publique de chimie qui ait été créée en AUeroamagne (7) ; Rbineccius (8) ; Pitcairn, professeur à Edimbourg (9) ; J. SwAMMERDAM (10) ; H. OvERKAMP fil) ; Mongnot(12), qui admettait une espèce de ferment comme cause de toutes les fièvres ; S. Régis, professeur à Amsterdam (13) ; R. Vieussens (14), profes*
autre chose qu^un luélange d'aloès, de safrao, de myrrhe, de térébenthine, de baies de genièvre , et de soufre.
(1) Hortus si?e armamentarium simplicium , mineraliom, plantanim, etc.; Castris, 1666; Paris*, 1667. — Historianim et obserrationam roedioo-physica* mm centttriœ IV; Francf., 1652, 1653, in- 12; Paris, 1656, 1757.
(2) introduction à la chymie ou à la Traye physique ; Lyon , 1650 , m-$\
(3) Cours de physique résoIutiTe ou chimie, représenté par figures pour connaître la théotechnie ergocosmique , ou Fart de Dieu en Touvrage de IHuûTers; Paris, 1657,in-4°.
(4) Pyrotechnie asserted and illuslrated; Lond., 1658, in-8°. — Natures explicatives and Helmont^s vinrlirations , etc.; Lond., 1657, in-S**.
(5) De triumviratu intestinali cum suis effervescentiis diq^nitatio ; GroniagM 1668, in 4°. •
(6) Réflexions nouvelles sur Tacide et Talcali , et de l^usage qu^on en fait pour la physique et la médecine; Lyon, 1683, in -12.
(7) Opéra omnia medlco*chymica,auctaa C. Johrenio; Francf., 1684 et 1690. in- fol. — Disputationes chymico-medicœ ; Marburg, 1611 et 1614, in-4''.~ Praxis chymiatrica; Leipz.^ 1633, in-4°.
(8) Thésaurus chymicus experimentorum certissimorum , etc., cum prsfat. J. Tankii; Lips., 1609, in-S^"; Francf., 1150, in-i2.
(9) Opéra quœ prœstent corpora acida vel alcalica in curât, morb., in dissertmedic; Edimb.^ 1713, in4^
(10) Tractai us phystco-anatomico-medicus de respiratione usuque pnbnonom ; Leid., 1667 et 1679, in-8^
(11) Van der natuurder ferment atien^ etc.; Amsterd.; 1681, în-4' (en hollandais).
(12) De la giiérison de la fièvre parle quinquina; Lyon, 1679, in 12.
(13) Cours entier de philosophie; Âmsterd., vol. III, 1691, m-4*.
(14J De remotis et proximis mixti principils ; Lugd,, 1688 , in-4'. — Epislola de sanguinis humani cum sale lixo spiritum acidum suggerente, etc.: Lips., 1698 , in-4°. — De la nature du levain de l'estomac ; Journal de Trévoux, jaaner 1710. — Traité des liqueurs du corps humain; Toulouse, 1715, in-4'.
TAOI$I£M£ £POÛU£. 241
seur à Montpellier; Pierre Chirac (i); Mirot (2) ; H. BARBii- TDS de Padoue, qui entrevit Texisteuce de Talbumine dans le sérum du sang(3);Oi.BoRRiGuius, Fauteur des Conspectus chemicorum et De orluprogressu chemine (4) ; £. Harvey (5) ; M. Gharas (6) J. Ma5Get(7); J. Muralt, professeur à Zurich (8) ; C. Ajlt (9) B. Yalentini , qui préconisait l'usage de la magnésie (10) J. JuNCKEN, médecin à Francfort (11).
Enfin, en 1666, le collège des médecins de Paris fit rapporter l'arrôt qui, depuis près décent ans, défendait l'usage des préparations antimoniales (12).
Mais, de tous ces médecins-chimistes, ceux qui méritent une mention toute spéciale sont Thomas Bertholin el Thomas Wilus. Le premier, professeur de médecine à Copenhague, attribuait le ramollissement des os à des causes chimiques (13) ; il savait que la viande et les poissons pourris sont phosphorescents dans robscurité(14); il rapporte le cas d'un gaz inflammable qui s'était dégagé de l'estomac d'un cadavre soumis à l'autopsie ; il vit également sortir ce gaz de la bouched'un homme qui faisait abus deboissonsalcooliques(15). Th. WilJis, célèbre anatomiste anglais, insista sur l'analogie de la flamme avec le phénomène chimique de la respiration; il reconnut que, dans l'un comme dans l'autre
(1) Dissertatio academica, in qua disquiritur an incubet ferrum rubiginosum; Monspd.; 1692, in-12.
(2) De la nature et des causes de la fièvre, avec des expériences sur Je kinkina, etc., 1684, in-8<'; 1691, in-12.
(3) De sanguine ejusqne sero; Paris, 1667, in-12; Lugd., 1736, in-8''.
(4) Epistol. ad Bartholinum; cent. III, epist. 85.
(5) The fanûly-physician and house airathicary-, Lond., 1678, in-8°.
(6) Pharmacopée royale, galénique et chimique; Paris, 1672, 1676, 1681, in 8". •(7) Messis medico-spagyrica ; Colon., 1683, in- fol.
<8) Hippocratcs Helveticus; Basil., 1690, in.4*»; 1716, in-sr
(9) De arboribus éoniferis et pi ce conticienda ; accedit epistola de antimoiiio ; Jen., 1679, in-12.
(10) Relatio de magnesia alba, noTo, genuino, polycliresto et innoxio pharmaco purgante, Romse nuperadin?entoab G. G. Tobitz: Giessen, 1705, in-8°.
(11) Chymia experimentalis curiosa, ex principiis matheroaticis demonstrafa; Francf., 1681, in-8*».
(12) Journal des savants, année 1666. ^ (13)IIistor. anatomic. rarior.; cent. \I, hist. 40.
(14) De luce aolmalium, libri III ; Lugd. Bat., 1647, in-S" ; Hafn., 1069. —Epistol. roedic., cent. I, epist. 9, 13, 28, 83.
(15) Ibid., cent^ III, n. 56.
BIST. DE LA CniNIE. — T. II. 10
cas, l'air agit surtout par certaines particules qu'il appelle mtreuses; enfin il attribuait à ces molécules aériennes la coloration rouge du sang dans les poumons, ainsi que celle qu'éprouve le sang^ tiré de la veine, à sa surface, mise en contact immédiat avec Tair (i).
Les eaux minérales, les produits végétaux ou animaux employés en médecine, devinrent l'objet d'un grand nombre de recherches médico-chimiques.
F. VicARius, professeur de médecine à Fribourg, écrivit sur les eaux minérales (2); G. Wedel (3) et Molitor (4) publièrent des dissertations sur les eaux thermales naturelles et artificielles.
Nous emprunterons encore à Gmelin la liste suivante des au* teurs de traités spéciaux sur les eaux niinérales naturelles oufactices :DucL0S (5), Tilemamn (6),Gobcxel (7), Thile (8), Listbe(9),
SCHREYER {V\) , StISSER (il), P. GiVRY (12), J. RaI (13), RBO-
DEZ (14) et G. A TuRRE de Padoue (15).
Deux autres médecins italiens, P. Servius de Spolète, plBs connu sous le nom de Persius Trevus (16), et J. Nardtus de Flo-
(I) AfTectionum quae dicuntur hystericœ et hypochondriacœ patbologia sptfmodica vindicata; — de sanguinis accensione; — de rootu musculari; htjàt, 1671, in-12.
(3) Hydroptiylacium noTum, seu discursus de aquis aalubribus mioenlibos ▼ère novus; Uim, 1699 , in-12.
(3]Di8S. dethermis; Jena, 1695, iii>4°.
(4) De thermis artificialibus septem mineralium planetarum ; Jena, 1676, Urit
(5) Observât, super aquis mineralibns diversamm proTînciaram GallisinAca' demia scientiarum regia in annis 1670 et 1671 fiictœ. Qusd. diss. super pnacipiis mlxtorumnatnralium habita; 1677, Leyde, 1685, in-12.
(6) Deliaeatio praxeos oryctologicœ , seu modus brevis cognosoendoromeliHt)bandorum fossilium, ibermarum et aculularuin ; Wurzb., 1657, iu-8*.
(7) Consiliorum et obserrat. médicinal, décades sex. Augsb., 1683, in4«.
(8) Acidulamm artiCcialium materia, etc.; Wittemberg, 1682, in4*.
(9) Novae exercitationes et descripliones thermanim ac fontium medicstoniB AnglifiB; York, 1683; Leipz., 1684, in-8».
(10) Trinum fluidum magnum, seu nalura aquœ, etc. ; Uambnrg, 1090, in 8*.
(II) Aquarum Homhusanarum examen; Hdmst., 1689, in-4°.
(12) Arcanum acidulamm , etc.; Amsterd., 1682. in- 12.
(13) Observations topographical , moral and physiological, made in a joone? througb Germany, Italy and France; Lond., 1673, in*8*.
(14) Sur les eaux minérales artificielles; Lyon, 1690, in-12.
(15) Junonis et Nestis vires in humanœ salutis obsequium traducttt; din*) ^ aeris et aquae natura expenditur; Padoue, 1668, in4°.
(16) De sero iactis, privatœ quœdam et domesticœ exerdtatîones; Pan^ ^^' in-12; Rome, 1616, in•4^
rence(i}, examinèrent, d'une manière spéciale, la nature du lait; Hetde etViEussENS tirent des recherches sur le sang (2) ; Slare (3) et A. Nuck ^4) s'occupèrent de la sécrétion salivaire ; CflRouET, médecin de Liège, entreprit des recherches sur le cristallin et les humeurs de Tœil (5) ; Ant. de Heyde étudia le pus (6) ; enfin F. Hoffmann, Jonston (7), S. Kqenig de Berne (8), N. Pechuw (9) et Smalt (40) publièrent des observations sur les calculs nrinaires et biliaires.
La lutte que les médecins novateurs soutenaient, depuis près de deux siècles, contre les médecins de l'ancienne école, touchait à sa fin. Les médicaments chimiques, qui se distinguent des préparations galéniques et arabes en ce qu'on peut les rendre ex* trémement actifs, sous un volume relativement très-petit, commençaient , vers la fin du dix-septième siècle , à être acceptés , môme des facultés qui s'étaient jusqu'alors montrées les plus réfractaires et les plus hostiles aux innovations des médecinschimistes. Cette réconciliation de l'école ancienne avec l'école moderne arrêta, en partie, le développement d'un charlatanisme dangereux; car bien des gens, souvent étrangers à l'art de guérir, faisaient de nombreuses victimes par la vente inconsidérée d'une multitiAie de remèdes secrets, empruntés à la chimie, et qui devaient rq/tfiinw' la vieiliçsse (ii)j restaurer le sang (12), guérir rodicalement toutes sortes de maladies (13), et produire une foule d'autres merveilles qu'il serait trop long d'énumérer (14).
(1) Lactis pbysica anàlysis; Florence, 1644, in-4^
(2) De sangainis bumani, nec noû de bilis usu ; Leipz., 1698, m-4''.
(3) Philoflophical Transact., an. 1682.
(4) De docta salivàli novo, saliva, etc.; Leyde, 1685, m-12. ~ Sialographia, etc., 1696^ 1723, in-8''. (C'est le même ouvrage que le précédent.}
(5) DU», de trinm oculi humorum aliarumque ejus partium origine et formatione explicata ; Lyon, 1688, in-8®.
(6) Obaeryat. medic; Amsterd., 1684, 1686, in-8^
(7) Pbiloeopb. Transact, n'' 101.
(8) AïOoTcvMioK bumaoœ spécimen, etc.; Bem., 1689, in-12; Vienne, 1686. Philofloph. Transact., 1681, n. lUetlSl.
(9) Observât, pbysico-medic; Hamburg, 1691, m-4<'.
(10) Voy. Blancaard, CoUectan. medico-pbysic; Dec. DI, cent, VU, obs. 21. (ll)I>aUcourt; Paris, 1668,in-12.
(n) Pemauer, Ratisb., 1679, in-4«.
(13) Hemeri de Bordeaux ; Paris, 1713, 1737, 1741, in.l2.
(14) Voy. Gmelin, Gesch, derChemie, t. ï, p. 568-601 ; p. 660-677; t. Il, p. 230 !76. On y trouve la liste complète de« vendeurs de remèdes secrets et des méde« ins chimistes du xvii* siècle.
État de 1» ph»rm»eie »m dix-septième siècle.
Le nombre considérable de règlements, d'ordonnances, de projets de réforme, etc., concernant la pharmacie, nous porte à croire qu'on attachait alors une extrême importance à l'exercice régulier et consciencieux d'un art intermédiaire entre la chimie et la médecine. Ce qui manquait au corpsdes pharmaciens, qui se mettaient humblement à la suite de médecins ignorants et orgueilleux, c'était un peu plus d'union et surtout plus de dignité. Chaque pays, chaque province, chaque canton, qae dirai-je? chaque ville avait, pour ainsi dire, ses règlements pharmaceutiques.
Les ducs de Saxe réglèrent, en iWl, par voie d'ordonnance, l'exercice de la pharmacie dans leurs États. Les villes de Fribourg et de Schweinfurt arrêtèrent, d'après le rapport de J. Cornarius, un tarif pour le débit des drogues. Cet exemple fat suivi par beaucoup d'autres villes, telles que Hambourg, Bâle, Strasbourg, Rostock, Worms, Helnc^stâdt , Lemberg, Spire , etc. Le prince électeur fit en 1600, pour la ville de Mayence, des règlements qui devaient réformer la pharmacie, et soumettre à quelques restrictions les médecins, les chirurgiens, les barbiers, et tous ceux qui se livraient à la pratique de la médecine. 11 y avait des comités de médecins institués pour inspecter I l'exercice de la pharmacie^ et surveiller la préparation des mé-
jl dicaments. J. Guillaume publia à ce sujet : Règiemmt entre les
médecins et les apothicaires pour la visite des drogues, et Beraier fit paraître son Plaidoyer pour les apothicaires de Dijon {{). Thomas Bartholin édita le livrede Lîcelti Benanci Sur les fraudes despharmaciens (2) ; il y ajouta un tableau tarifé des médicaments les plus usités (3), et deux programmes sur la nécessité dç visiter les pharmacies (4).
Georges Bussius, médecin du duc de Holstein-Gottorp, tenta des
(1) Dijon, H05, in-4^
(2) Dcdaratio fraadum qu» apud pbarmacoposos committuntur; Francf., 1667 et 1671, m-S"*.
(3) Catalogns et taxa medicamentorum officinallum ; Copenh., 1672, iai''.
(4) De visitatione pharmacopœarum ; Copeoh., 1672 et 1673, ifl-^**.
TROTSIÈHE EPOQUE. 245
efforts louables pour concilier la pharmacologie avec les progrès de la chimie. Il appela l'attention des pharmaciens sur l'utilisation du résidu de beaucoup de distillations, résidu qui, sous le nomdeeqi>iU mor^ffum, était souvent rejeté comme inutile. C'est encore Bussius qui fit inscrire au nombre des médicaments le résidu qui se trouve au fond de la cornue après la préparation de l'eau-forte, au moyen dunitre et deThuile de vitriol. Cecaput moriHum^ qui n'est autre chose que du sulfate de potasse, était alors débité sous le nom de double arcane {arcanum duplicatum), ou de panacée de Hohiein {panacea Holsatia) (1).
Des comités composés de chimistes, de pharmaciens et de médecins, rédigèrent les codes pharmaceutiques ou les pharmacopées qui devaient faire loi pour la prescription des médicaments. C'est ainsi qu'on vit paraître successivement : à Anvers, Pharmaeopœa Antwerpiensis, en 4661 ; à Londres, Pharmncopœa Landinensis, en 4662; àUtrecht, Pharmaeopœa VUrajeclina^ en 4664; à Amsterdam, PAarmocopcea Amstelodamensis, en 4668; \ Bologne, Ântidoiarium Bononiense, en 1674; à Genève, PharmaeopcBa regia Galenieaet ehimica, 4684 ; à Barcelone, Phannacopcea Calalana^ en 4686; à Stockholm, Pharmaeopœa HolmiensiSy en 1686 ; à Leowardeuy Pharmaeopœa ad mentem neolericorum adornota, en 4688.
Le fait de Vaugmentation du poids des métaux par ta calcination avait été, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut, à différentes reprises (2) , signalé déjà antérieurement au dix-septième siècle; mais aucun observateur n'en avait fait, avant JeanRey, le sujet d'un travail spécial.
Ce médecin-chimiste naquit, vers la fin du seizième siècle, à Hugues, dans le Périgord ; on ignore l'année de sa naissance. Les rares moments de loisir que lui laissait l'exercice de sa profession,
(l)Sehelhaiiiiner^ Piss. de nitro; Àmsterd., 1709, in-8'.
(2) Geber, Eck de Solibâch , Césalpin, Cardan , Ubavius, en avaient déjà parlé.
consacrait à l'étude de la physique et delà chimie, etàrentretien d'une correspondance active avec un des plus célèbres physiciens de son temps, le P. Mersenne. Mais plus tard, le dérangement de ses affaires domestiques le détourna de ses occupations scientifiques, et contribua probablement à abréger sa vie.
Quinze ans avant sa mort, arrivée en 1645, il avait publié le résultat de ses expériences sur l'augmentation du poids des métaux, sous le titre de : Essays sur la recherche de la cotise pour laqvelle l'esiain et le plomb augmentent de poids quand on les oo/cm«;Bazas, 1630, in-8^, 142 pages. Gobet en donna, en 1777, une nouvelle édition (1) qui n'est que la réimpression de la première, devenue très-rare.
Ce qui donna lieu à ces Essays, ce^fut la lettre d'un pharmacien de* Bergerac j nommé Brun, dans laquelle celui-ci racontait à J. Rey que, voulant un jour calciner deux livres six onces d'étain, il fut surpris d'en retrouver, après l'opération, deux livres treize onces : il ne pouvait, disait>il, s'imaginer d'où étaient Venues les sept onces de plus. Brun avait répété la même expérience avec le plomb; mais, au lieu d'une augmentation, il avait trouvé sur six livres un déchet de six onces (2).
a A la prière doncques de Brun, j'y ây employé quelques heures ; et, estimant avoir frappé le but, j'en produis ces miens essays. Non sans prévoir très-bien que j'encourray d'abord le rapport de téméraire , puisqu'en iceux je choque quelques maximes approuvées depuis longs siècles par la plupart des philosophes. »
J. Rey se crée ici, du moins en ce qui concerne l'augmentation du poids des métaux, des adversaires imaginaires; caries plus célèbres chimistes avaient déjà, avant lui, admis en principe cette augmentation de poids que les métaux acquièrent pendant la calcination. Au reste, il reconnaît lui-môme que Cardan , Scaliger et Césalpin, « qui étoient de grands philosophes, disoient estre digne d'admiration que le plomb noir se calcinant augmente en poids de huit à dix livres pour cent (3). »
(1) Nouvelle édition, revue sur Texemplaire original, et augmentée sur les manuscrits de la BibUothèque du roi et des Minimes de Paris, avec des notes ; Paris, in 8^ 1777.
(2} Ce résultat s'explique, quand on se rappelle que Toxyde de plomb se vitrifie avec la silice du creuset , et se perd dans la substance du vase où il pénètre.
(3) Essais, édit. Gobet, p. 104. — Rey n*i«norait pas non plus rexpérieoced»
TAOISIÈME ÉPOOUS. 247
La mérite de J. Rey est d'avoir essayé le premier de généralî» ser ce fait et d*en avoir donné une explication aussi exacte que rationnelle.
(( Response formelle à la demande, pourquoy Vestain et le plomb augmentenl de poids quand on les calcine.
« A cette demande doncques, appuyé sur les fondements jà posez, je responds et soustiens glorieusement que ce surcroit de poids vient de l'air, qui dans le vase a esté espessi, appesanti, et rendu aucunement adhésif par la véhémente et longuement continue chaleur du fourneau ; lequel air se -mesle avec la chaux et s'attache à ses plus menues parties (i). »
Le principe sur lequel l'auteur fonde son explication es{ la pesanteur de l'air, qu'il essaye de démontrer d'une façon neuve et vraiment scientifique.
a Balançant l'air dans l'air mesme^ et ne luy trouvant point de pesanteur, ils ont creu qu'il n'en avoit point. Mais qu'ils ba* lancent reau(qu'ils croyent pesante ) dans l'eau mesme, ils ne luy en trouveront non plus : estant très-véritable que nul élément pesé dans soi-mesme. Tout ce qui pesé dans l'air, tout ce qui pesé dans l'eau, doibt soubs esgal volume contenir plus de poids ( pour le plus de matière) que ou l'air ou l'eau, dans lesquels le balancement se pratique (2).
(f Remplissez d'air à grande force un ballon avec un soufflet, vous trouverez plus de poids à ce ballon plein qu'ii lui-mesme estant vide (3). »
Le P. Mersenne prenait un vif intérêt à ces expériences sur la pesanteur de l'air : elles touchaient des questions dont il s'était lui-même beaucoup occupé. Une de ses lettres, adressée ( Paris, le i*"^ septembre 1631 ) à Jean Rey, contient des idées fort re-
Poppius sar Tantimoine : JBasilica antimonii , comprobata et conscripia ab Hamero Poppio Thallino phUochymico (dans la Praxis ckymiatrica de HartniaDn), 1625 et 1635. Voici la description de cette expérience :
Cap III. — De calcinatione' antimonii per radias solares. SU ad manus specolmn incensorinm sive lenticolare, ut objecta combustibilla iiiflammet; id 9oli opponatur, ita ot pyramidalia laminosœ apex ante antimonii puWeriBati et joxta in marraore in modura met» vel coni in acumen fastigiati summitatera feriat ; -. licet copiosus fumiis multnm de antimonio dissipari arguât , taroen antimonii poodas post calcinationem anctumpotlus quamdimînutum deprehenditur .
(1) Sssatt, etc. (éd. Gobet), p. 66.
(2) Essais, etc, (éd. Gobet), p. 30.
(3) Ibid., p. 35.
marquables sur rattraction universelle, et qui paraissent en quelque sorte avoir préludé aux découvertes de Newton.
(I II n'y a, dit-il, rien de pesant absolument parlant. Nous ne sçavons pas encore, ni ne sçaurons jamais, si les pierres et les autres corps vont vers le centre par leur pesanteur, ou s'ils sont attirés par la terre comme par un aimant. — D'ailleurs, je ne doute nullement que les pierres qu'un homme jetteroit en haut estant sur la lune, ne retombassent sur ladite lune, bien qu'il eût la teste de notre costé, car elles retombent à terre^ parce queUet efi sont plus proche que des autres substances, »
Poursuivant toujours ses recherches sur la pesanteur de Tair, J. Rey communique à son savant correspondant les détails de l'expérience suivante, qui lui semble, à juste titre, décisive :
(I Vous pesez une phiole de verre estant froide; vous la chauffez peu après sur un rechaud, et la pesant vous trouvez qu'elle pesé moins parce qu'il en est sorti de l'air; etafin de trouver quelle quantité, vous mettez son tuyau ('estant toute chaude ) dans Teau^ qu'elle suce, jusqu'à ce qu'il en soit autant rentré comme ileo estoit sorti d'air^ ce qui vous a monstre que l'eau est plus pesante 255 fois que l'air. Je suis assuré que toutes les fois que vous ferez cette expérience, vous y trouverez de la diversité, et partant demeurerez toujours dans le doute. Car, tantost vous chaufferez plusvostre phiole, tantost moins; tantost vous mettrez promptement son tuyau dans l'eau^ et tanstost vous y apporterez plus de longueur (1). ».
En somme, la thèse soutenue par J. Rey est celle-ci : L'air at un corps pesant, et, comme tel, il peut céder à Vétain et au plomb des molécules pesantes, qui, par leur addition, augmentent néeeh sairement le poids primitif de ces métaux»
Cette proposition, nettement posée par l'auteur, demandait une démonstration.
A propos de la fixation des molécules aériennes, J. Rey remarque que, passé un certain terme, le métal n'augmente plus de poids, et qu'il se maintient dans un état constant :
« L'air espaissi s'attache à la chaux ( métallique] (2), et va ad-
(1) Lettre de J. Rey au P. Merseime, en date du 1*' avril 1632. {EtiaU,'éâl Gobet), p. 167. — Comparez cette expérience avec ceUe de Drebbel , rapportée p. 133 de ce volume.;
(2) L'auteur ne parait pas avoir eu l'idée que la chaux (oxyde métalliqoe )"'*** elle-même qu*un composé chimique de métal et de particules aériannea.
hérani peu à peu jusqu'aux plus minces de ses parties; ainsi son poids augmente du commencement jusqu'à la fin. Mais quand tout en est affublé, elle n'en sçauroit prendre davantage. Ne continuez plus vostre calcination soubs cet espoir ; vous perdriez votre peine (1). »
Ne pourrait-on pas voir dans ces paroles un indice de la loi de la combinaison des corps en proportions définies ?
Une cbose qui fait le plus grand honneur à la sagacité de J. Rey» c'est qu'il inventa lui-même un thermomètre, sans prétendre s'approprier les travaux des physiciens qui s'étaient occupés du même sujet (2).
Voici ce que l'auteur écrit au P. Mersenne , le premier de l'an 1632 :
« Il y a diversité de thermàscopes ou Uiermomèires, à ce que je voys : ce que vous en dites ne peut convenir au mien, qui n'est plus rien qu'une petite phiode ronde, ayant le col fort long et deslié. Pour m'en servir, je la mets au soleil, et parfois à la main d'un fébricitant, l'ayant toute remplie d'eau, fors le col ; la chaleur dilatant l'eau fait qu'elle monte ; le plus ou le moins m'indique la chaleur grande ou petite (3). »
Quelque imparfait que soit cet instrument, il faut avouer que personne n'en avait encore donné une description aussi simple que précise.
Nous ignorons si J. Rey s'était formé d'après les principes de Montaigne et de Fr. Bacon (4) ; toujours est-il qu'il se fit remarquer par une grande indépendance d'esprit, et par un emploi judicieux de la méthode expérimentale. « J'advoue franchement, dit-il, n'avoir juré aux paroles*d 'aucun des philosophes : si la vérité est chez eux, je l'y reçois ; sinon, je la cherche ailleurs (5). »
U faudra rattacher aux Essais, de J. Rey les observations des chimistes, qui se rapportent à l'existence des fluides élastiques. C'était là le prélude d'une ère nouvelle pour la science.
(1) SuaU, p. 101.
(2) Voy. p. 15S de ce volume.
(3) EuaU, p. 136.
(4) Descartes n'avait que trente-quatre ans i Tépoque de la publication des Essais de J. Rey, en 1630.
(5) SssaU, p. 45.