‹ Histoire de la chimie (volume 4)Chapitre 42 sur 53 · ALCHIMIE · texte numérisé non relu

ALCHIMIE

Comme il n'entre pas dans notre plan d'écrire Thisloire de l'alchimie , nous ne ferons que mentionner les alchimistes du xvii^ siècle.

On a beaucoup parlé de la confrérie de la Rose-Croix, dont l'existence fut, pour la première fois, révélée vers 1604. Sans nous engager dans une discussion, au moins oiseuse, sur l'antiquité de cette sorte de société maçonnique^ il est permis de croire que c'était une association, d'abord tenue secrète, d'alchimistes qui mêlaient des questions politiques et religieuses à des doctrines hermétiques. Les travaux des frères de la Rose- Croix avaient, entre autres, pour objet la transmutation des métaux

et l'art de conserver la vie bien au-delà du terme ordinaire. Ils

avaient aussi la prétention de connaître tout ce qui se passe dans les pays les plus éloignés, et d'avoir acquis , par la kabbale et la science des nombres , la connaissance des choses les plus cachées. Ils se croyaient appelés à régénérer le monde avec l'aide des esprits et des démons les plus puissants. Les huit premiers Rose-Croix passaient pour avoir la faculté de guérir toutes les maladies, et ils soutenaient que par leurs moyens la tiare serait bientôt réduite en poudre. Ils n'admettaient que deux sacrements, ainsi que les cérémonies de l'Église primitive, et ils reconnaissaient l'empereur pour leur chef, aussi bien que de tous les chrétiens.

A cette profession de foi, ils ajoutaient six règles de con? duite dont voici la teneur :

' 1^ Les initiés guériront gratuitement les malades ;

2* Dai^s leurs voyages ils s'habilleront conformément aux usages des pays où ils se trouvent;

2f* Ils se rendront tous les ans au lieu de leur assemblée gêné-

raie, et, en cas d'empêchement, ils présenteront une excase bien motiyée ;

4^ Chaque frère choisira une personne capable de lui succéder, lorsqu'il lui plaira de mourir;

S"" Le nom de Rose-Croix leur servira de marque pour se reconnaître les uns les autres ;

6^ La confrérie, sera tenue secrète pendant cent ans.

Le fondateur de cette société, Christian Eosenkreuz^ Allemand d*origine, avait été, dit-on , initié en Arabie aux sciences de rOrient. Il ordonna, en mourant, que son tombeau ne fût ouvert que dans cent ans. A l'ouverture de ce tombeau, effectuée en 1604, on trouva un livre écrit en lettres d'or, contenant , dit-on, de très-grands secrets.

Quoi qu'il en soit, cette société comptait beaucoup d'afBliés vers le milieu du xvii* siècle , et elle ne parait pas avoir été inutile aux progrès des sciences. La plupart de ses membres étaient des illuminés ou des fanatiques. Potier, Michel Mayer, J. Sperber, faisaient partie de cette société.

L'origine et les prétentions des frères de la Rose-€roix devinrent l'objet de vives controverses. J. Valentin André commença le premier l'attaque, en publiant un ouvrage satirique, sous le singulier titre de « ISoces chimiques (Chemische Hochait) de Christian Rosen-kreuz ; les secrets perdent leur valeur, la profanation détruit la grâce; donc, ne jette pas les perles aoi porcs et ne fais pas à un âne un lit de roses; » Strasbourg, 1616, in-8« (i).

Al. WoRMius (2), J. Sn-ERT (3), L. Conrad de Bergez^ {Montanvs) (4) et J. Schubert, etc., poursuivaient les Rose-Croix de leurs sarcasmes.

En France, cette société fut moralement tuée par le manifeste de Gab. Naudé, Avis à la France sur les frères de la Bose-Croix,

(1) Une nouvelle édition de ce singulier livre parut à Ratisbonne, 1781, in 8*. Valentin André est probablement aussi Tauteur de Fama fraiemîtatà Crucis ciun eorum con/e«tonc, 1614, in-S" ; en aUemand ; Cassel, 1615, in-«*.

(2) Laureaphilosophica contra fralres Bosex Crucis; Hafo., 1619, in4*.

(3) Entdeckte Mummenschanz oder ftebelkappen ( Momeries déroflée^, etc.);Magdebourg, 1617, in-8^

(4) Gruiidliche Anweissung zu der wahren hermetischen Wissenschafi ( Instruction fondamentale de la science hermélique, etc.) ; 1635 ( en manuscril > Imprimé àFrancf. et Leîpz., en 1751, in-8^

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imprimé en 1623, la même année où ceux-ci avaient essayé de faire à Paris des prosélytes par une affiche ainsi conçue : j

<x Nous députés du collège principal des frères de la Rose- Croix , faisons séjour visible et invisible en cette ville, paria grâce du Très-Haut, vers lequel se tourne le cœur des justes; nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être pour tirer les hommes, nos semblables, d'erreur de mort. »

Cette affiche piqua vivement la curiosité des Parisiens; mais elle manqua son but. Onj répondit par des ouvrages anonymes, parmi lesquels on remarque : Examen de la nouvelle et inconnue cabale des frères de la Rose-Croix , habitués depuis à Paris; effroyables pactes faits entre le diable et les prétendus invisibles (1).

Les doctrines cabalistiques et alchimiques des frères d^ la Rose- Croix furent défendues par Robert Fludd, et propagées par J. FRiSH(2),Ph. A Gabella (3),S.GentersbergI" (*),Brotoffer(5), Grosschedel ab Aicha (6), H. Neiihaus ( 7), F. Rieser (8), Scuweig- UARD (9), Spacher (10), Th. DE Pega (il); par un grand nombre d'auteurs , dont les noms étaient déguisés sous des allégories et des anagrammes, tels que Jesaias sub Cruce^ Irenxus Agnostus, Nigrinu.s, Philaretes^ Stellatus, etc.; enfin, par beaucoup d'ouvrages anonymes (12).

(1) Paris, 1623, ia-8.

(2) Summum bonum, qaod est venim magiae, cabalae, alchimiœ fratrum Roseœ Cnicis subjectum; Franc, 1628, in-fol.

(3) Secretioris philosophiœ considéra tio, cum confessione fratemitatis Roseœ Crucis édita ;Francf., 1616, in•8^

(4) Spéculum utriusque. luminis Gratise et Naturœ, etc.; Darmstadt, 161 1 , In 8°.

(5) Elucidarius major, etc.*, Luneburg, 1617, in-8^.

(6) Calendarium naturale magicum perpetuum profundissimani rerum secretissimarum contemplationem totiusquc pliilosopbiœ cognitionem complectens; — Proteus mcrcurialis, exhibens naturam metallorura , etc.; Francf.^ 1619, in-8*.

(7) De fratribus Roseoe Crucig;Dantzig, 1618, in-8°. — UtUissima admonitio de F. R. C. nempe an sint^ quales sint, etc.; Franct, 1618, in -8".

(8) Cabbala chymica, etc.; Mulhus., 1606, in-S"*.

(9) Spéculum sopbicum rodostauroticon, siye Révélai io collegii et axiomatura Rosas Crncianorum ; 1617, in4''.

(10) Cabala, seu Spéculum artis et naturse in alcbimia ; 1616, in-4<*.

(11) Sylloge an bostia sit panis , a fratribus Roscœ Crucis donata Rhumelio et Puello; HanoY., 1618, in-8*.

(12) Voy. Gmelin, Geschichfe der Chemie, t. I, p. 564; et Lcnglet-Dufresnoy,

La société cabalistique de la Rose-Croix, dont bientôt oq n'entendit plus parler, ne doit pas être confondue, comme Pont fait Lenglet-Dufresnoy et Bergmann , avec une autre société du même nom , qui s'était formée vers la même époque en Dauphiné, et dont le fondateur s'appelait Itoâ^ (2). —La société de la Rose s'était proposé de résoudre les problèmes du mouvement perpétuel {perpetuum mobile), de l'art transmutatoire des métaux, et de la médecine universelle. Pierre Wormius , après avoir fait de vaines démarches pour intéresser les états généraux de la Hollande au plan de cette société, publia en 1630 un livre curieux sur les travaux des membres du Collegium Rosianum (3).

AlelilmUitM du IL VII* mkifMm.

Dans tous les temps les hommes se sont laissé séduire par ceux qui leur promettaient santé et richesse , prooiessés fallacieuses de la pierre philosophale. Être riche et jouir delà vie, voilà ce qui est au fond de presque tous les désirs des mortels. Les moyens d'y parvenir sont divers; et c'est là en effet la seule chose qui varie. Aujourd'hui c'est l'astuce qui, sous prétexte du bien général, s'empare du bien d'autrui; demain, ce sera la force qui supprimera la liberté pour se donner ensuite l'air de la rendre. Partout on tient de beaux discours, pour cacher la laideur de pensées égoïstes. Est-il donc étonnant qu'on se soit adressé à la science del'alchimistequi se disait en possession de la pierre philosophale, à une époque où l'on brûlait les magiciens, et où l'on croyait plus encore au diable qu'à Dieu?

Les alchimistes étaient, jusque vers la (In du XYIP siècle, bien accueillis à la cour des princes allemands et scandi-

Hist. de la philosophie hermétique, t. 411. Pour plus de .détails sur les frères de la Rose-Croiv, consultez Semler, Historié der Bosen-Ereuzerfl^'^ 1786, in-S**; Tiedemann, Ce^ichte der Philosophie, t. V, p. 539-541. — Mercure français, t. IX. ^ Histoire de la philosophie hermétique^ t. I,p ^^

(2)Kazauer, Diss. hist. de Hosxattcianis ; Wittemb., 1715, iu-l*.

(3) Arcaiia totius naturie sccrelissima nec hactenus unquam détecta, a colle* gioRosiano in lucem produnlur; Lugd., 1630, in-i^^.

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naves, parmi lesquels on cite François II, duc de Saxe-Lauenbourg ; OustaTe- Adolphe, roi de Suède, qui, dit-on, avait fait frapper un grand nombre de ducats avec de Tor alchimique, portant les signes 0$cJ($oieiIy Vénus, Mars); Ferdinand III, empereur d'Allemagne, qui gratifia un nommé Richthausen du titre de baron de Chaos. Cet alchimiste avait, dit-on, transmuté deux livres et demie de mercure en or qui servit à faire frapper une médaille de la valeur de trois cents ducats. Cette médaille, qui, au rapport de Fr. Gmelin, se voit encore aujourd'hui, dans le trésor impérial de Vienne, porte Tinscription suivante : Divifèa metamorphosis exhibUa Pragœ, xvjun. an. MDXXXXVIII, m prxseniia Cœs. Majest. Ferdinandi III. Sur le revers on lit : Rara hxe 14 hominibus nota est arSy ita rara in lucem prodit. Landetur Deus in œternvm, qui parlem infinitœ suœ scientiœ nobiscvm abjeciissimis suis creaturis communicai; en mémoire de la transmutation opérée en présence de l'Empereur, en l'année 4648.

n y avait des alchimistes attachés au service des rois, comme il y avait des médecins et des astrologues. Gaspard Harbach fut longtemps l'alchimiste attitré des rois de Danemark Christian IV etFrédéric III : il savait, dit-on, extraire de l'or des mines de la Norwége, ce qui est plus croyable que la transmutation du fer oii du cuivre en or. On lit sur l'exergue des médailles frappées avec cet or : Vide miraDomini, 1647; ces mots sont surmontés d'une paire de lunettes. W. Heinersberg transmuta devant l'empereur Léopoid une coupe d'étain en or. Mais oii découvrit, après la mort de cet alchimiste, qu'il avait dérobé à sou maître plus de 20,000 florins^ et que cet or lui avait servi à opérer la transmutation.

Cependant les alchimistes n'avaient pas toujours à se louer de leurs relations avec les princes. Ceux qui n'étaient pas assez habiles pour remplir, en apparence du moins , leurs promesses, furent soumis à des tortures cruelles , jetés dans de sombres cachots, et payèrent souvent de leur vie leurs téméraires entreprises. On pourrait raconter à ce sujet bien des scènes tragiques.

Les auteurs qui ont, pendant le dix-septième siècle, écrit sur Talchimie , sont si nombreux, que nous devons nous borner à mentionner seulement les principaux, d'après la liste donnée par Gmelin. Parmi ceux de l'Italie on cite : A Potius (I), Jean de Pa-

(1) Libri duo de quinta e$$enlia solutivOy Panor., 1613, in-4''.

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