HisroiBB PB u cauifiK
minérale, U métallurgie et la mioémlogie qui doiveni leur avancement aux Suédois. On en a . cherché, la cause dans la topographie du pays, dont les moutagnea ratent les minerais tout à lafQi$ les .plus. abondwlte fit l0s plus rares. Mais n'y a-t-il pas d'autres pays au. moias ,aussi riches eu mines que la Suède, et qui cependant sont loin d'avoir donné une aussi forte impulsion à l'étude de la minéralogie ^t de la chimie minérale? Il fout doue chercher la r^son dei ce goût si pi^>noncé pour la science, non .pas s^ulenient dans la simple conformation du sol, mais surtout dans le caractère ré&écfaî » sérieux des Suédois, qui, par leur développemeut politique et social, tout aussi bien que par leurs travaux scientifiques, peuvent servir de modèle à bien d'autres nations.
Le mouvement scientifique de la Suède s'eçt particulièrement concentré dans deux villes principales, Upsal et Stockholm. Dès l'année 1730, une réunion de .savants publiait, par cahiers trimestriels^ soit des mémoires originaux, soit des extraits ou des analyses de dissertations inaugurales. On y remarquait, parmi les chimistes, Odhelstiema, WoUeoius., Brandt, Nie. Wallerius et Colling (I). Cette réunion devint le noyau de la Société rafaie des sciences d'Upsal, instituée en 1728 pan ordre du ^successeur de Charles Xn (2).
L'Académie royale des scienees de Stockholm, fondée ei^ 1739 sous les auspices de Linné, d'Alstroemer, de Hœpken, de liielke et de Friewald, reçut ses statuts m 1741. La publication de ses travaux, depuis l'année 1740 jusqu'en 1770, se compose de 31 volumes in-4'', qui ont été en partie' traduits en latin, en français et en allemand (3).
(1) Acia Uteraria Suecix; Upsal., 4; le 1*' vdame eomprend les années t720-1724; et le 2* volome, 1725-1729.
(2) Konigl, mayis. nadiga Résolution wid den i Upsain inrodade S&eUiûs Utteraria och seieniiarum, etc.; Stockh.^ 1729, 4. — LestimvsDX de oeCfe Académie furent iniMiés, à dater de Taonée 1740, sous le Utre4e AcUi SodeiaUs regUe scienUarum UpsaliensU, in-4.
(I) Trad. latiiie : J'pitome commeniariorum regix seieiitiarum Âcademix Suecix stiecico idiàmate conscriptorum^ sive AnaJLecté Trttnsaipi».:ytaaH., Tol. 1 (proannis 1739-1746); vol. II (pro aunis 1747-17S4}, 174». — TVadhKt. française : Collection académique (vol. XI) de la partie étrangère eontenmU les Ménwins de VAcad. des sciences de Stockholm. Trad. allemande : — ikr Koenigi, sekwâdischen Akade^nie der Wissenschaften Abhandlungen, etc., V. Kaostner; les deui premiers volumes forent publiée par ifoUacher. «— n
TROfSliME EPOQUE. 4:23
Uq coup d*œil sur ces travaux suffira pour nous convaincre que la chimie minérale et métallurgique avait presque exclusivement fixé l'attention des chimistes suédois.
mrumdU
Geoi^e Brandt, conseiller au département des mines en Suède, naquit en 1694 dans -la province de Westmannie. Il parcourut, dans l'intérêt de la science, divers pays de l'Europe, et après son retour il fut nommé directeur du laboratoire de Stockholm. II mourut en 1768 à Tâge de soixante-quatorze ans.
Le nom de Brandt restera perpétuellement attaché àHisloire de Varsenic et du cobalt. Si Ton peut contesterjà ce chimiste la découverte de l'arsenic , il est impossible de lui ôter le mérite d'avoir le premier donné une description exacte de cette substance, et d'en avoir le premier iâdiqué les propriétés caractéristiques.
Arsenic, — Nous avons fait voir plus haut que l'arsenic blanc et les principaux sulfures d'arsenic étaient déjà connus des anciens (1). Mais il se passa bien des siècles avant qu'on parvînt à mettre au jour la nature de la substance en question. Brandt publia , en 1733, un mémoire (2) dans lequel il soutenait que l'arsenic blanc est une chaux (oxyde) métallique , soluble dans l'alcali fixe (potasse) et précipitàble par les acides ; qu'il se dissout très-bien dans les huiles d'amande, d'olive, dans l'essence de térébenthine, et qu'il pourrait ainsi fournir un vernis propre à garantir les bois de la pourriture, de la vermoulure, etc. Il remarqua ausisi qu'il fant.quarante-huit parties d'eau bouillante pour dissoudre une partie d'arsenic blanc ; que cette substance est également soluble dans l'huile de vitriol, et qu'elle devient ainsi fusible et capable de soutenir un grand feu avant de se dissiper en itimée ; qu'elle donne au verre de plomb en fusion une cou-
existe en français ua extrait de& Mémoires des Sociétés royales d*Upsal et de Stocldiolm, sous le titre : Recueil des Mémoires les plus intéressants de chimie et d^histoire naturelle, contenus dans les Actes de V Académie d^Upsal et dans les Mémoires de P Académie de Stockholm, publiés depuis 1720 jusqu'en 1760 ; Paris, 2 Volumes in-lt, 1764. — Crell a donné, dans les tomes I, II et III de ses Archives, de nombreux extraits des Mémoires de ces Académies.
(1) Voy. t. I, p. 143.
(3) Act. Acad. Upsal., t. III, aun. 1733, p. 39.
leur rouge; enfin, qu'en se combinant avec les mélaux, eUeles rend très-cassants. Brandt préparait le régule d'arsenic (arseoic métallique) en chauffant doucement jusqu'au rouge une pâle d'arsenic blanc avec de l'huile.
Cobalt. — On donnait ce nom aux lutins qui» selon les croyances d'autrefois, inspiraient, dans les galeries souterraines, de trompeuses espérances [if. Dans beaucoup de contrées d'Allemagne, koboli signifie encore aujourd'hui lutin* Dans certaines contrées on a même conservé encore la coutume de faire, dans les églises, des prières pour préserver les mineurs et leurs travaux de l'influence maligne des kobolis.
Le minerai de cobalt était depuis le seizième siècle, et peutêtre plus anciennement, employé dans la préj;>aration de l'émail bleu (2). On l'avait longtemps considéré comme un minerai de cuivre; mais tous ceux qui jusqu'alors avaient essayé d'en retirer ce métal avaient échoué dans leurs tentatives. C'est là probablement ce qui fit dès l'origine donner à ce minerai le nom d'esprit trompeur, de cobaU.
Brandt annonça, en 1742 (3), que la propriété de ce minerai, de produire un smalt bleu, est due à la présence d'un métal ou, comme il l'appelle, d'nn demi-métal particulier qu'il parvint le premier à extraire de sa mine. Il ne lui échappa point que ie régule de cobalt (cobalt métallique), de couleur grise, un peu roséj peut être lamelleux, grenu ou fibreux, suivant le degré da feu qu'on a employé pour le réduire et le fondre, et qu'il est, comme le fer, attirable à l'aimant Lehmann publia en 1761, dans sa Cadmtoiogie^ beaucoup de détails sur l'histoire et les propriétés de ce métal; et Bergmann confirma, en 1780, la découverte de Brandt, en y ajoutant quelques faits nouveaux.
Brandt a publié un grand nombre de notices relatives à la minéralogie et à la chimie minérale. Citons d'abord son travail 5vr les demi-métaux (4). Dans la classe des demi-métaux l'auteur rangeait le mercure, l'antimoine, le bismuth, le cobalt, l'arsenic, le zinc; et il regardait comme un caractère distinctif des métaux, qu'étant fondus, ils prennent, parle refroidissement, une forme convexe à leur surface.
(l)Voy. 1. 1. p. 371.
(3) Act. Societ. reg. scient. Upsal., ann. 1742. [H) Ibid^ ann 173».
Nous mentionnerons encore de Brandi une notice Sur Fattrae" tian entre For et ie mercure (1), où l'auteur s'attache à démontrer que le mercure peut* à l'aide d'une digestion prolongée, être si intimement combiné avec l'or, que ni l'eau régale^ ni le feu le plus violent ne peuvent l'en séparer; — un mémoire Sur Pakali fo/o/tï (ammoniaque), où il passe en revue les réactions que cet alcali détermine dans la plupart des solutions métalliques, et démontre que l'or fulminant se produit quand on précipite la solution régale au moyen de l'alcali volatil (2); — un mémoire Sur la chaux t dans lequel il met, par de nombreuses expériences, hors de doute les propriétés alcalines de la chaux (3) ; — Sur le fer (4) ; — Sur la dissolution de Cordant l'eau- forte (5) ; c'est dans ce travail que l'auteur fait voir que l'or n'est soluble dans l'acide ni* trique qu'à la condition d'être allié avec une forte proportion d'argent (16 parties pour 1 partie d'or); il recommande expressément ce fait à l'attention des essayeurs des monnaies : on sait que le platine qui, pris isolément, n'est pas soluble dans l'acide nitrique, s'y dissout, après avoir été allié avec une forte proportion d'argent ; — Sur le tel marin, qu'il croyait composé d'esprit de sel, d'alcali fixe et d'une terre alcaline particulière (6) ; — Sur la séparation de VoT (dissous dans l'eau régale) au moyen du vitriol de ferÇl); — Sur la séparationdu fer et ducuivre de leurs minerais (8^.
Nous insisterons plus particulièrement sur l'analyse du mémoire qui a pour titre :
Expériences sur le vitriol de fer (9). — C'est dans ce mémoire que Brandt explique, à sa manière, la production très-anciennement connue du vitriol, qu'il savait être composé d'huile de vitriol et de fer, composition qui s'effectue en exposant les pyrites (sulfures de fer et de cuivre) à l'air et à l'humidité (10). D'abord il n'admet point l'intervention de l'air dans ce phénomène chimique, et il nie hardiment l'existence d'un fluide élas-
(1) Act. Aead. Societ. reg. Up«al:,ann. 1731. (1) Act Acad. reg. Soec., ann. 1748.
(3) Ibid., ann. 1749.
(4) Ibîd., ann. 1751.
(5) lUd., ann. 174S.
(8) Uiid., ann. 1753.
(7) lbid.,<inn. 1652.
(8) Ibid., ann. 1764.
(9}lMd., ann. 1741.
(10) Yoy. pins haut, 1. 1, p. 274.
tique particulier, se fixant^urle soufre tK>urle:Converllr ea huile de vitriol, en aàde vitrioUque. Eh Ueni vous le eroyes peutrMre bien embarrassé de donnier de tout cela une expUcatioQ tant soit peu plausible. Détrompes-v/ous : « L'buile de. vitriol (aci(k sulfurique très-concentré), dit-il, ne dissout point le fec» à moios qu'on ne retende d'une certaine quaalité d'eau; il en est de même de l'acide vitriolique contenu dans la pyrite çrilléa; il n'agit point sur la chaux (oxyde) de fer, à moins de s'être préalablement chargé d'une quantité d'humidité aiiMsphérique suffisante pour pouvoir la dissoudre. »
L'oxygène n'étant pas encore découvert, il lui fut in^possible de connaître le rôle que joue ce gaz dans rQji;;ydation.du fer et do soufre, par conséquent dans la formation du vitriol . Il ^t beau sans doute de pouvoir aijuourd'bui apprécier les erreurs de nos prédécesseurs et de nous ériger en juges souv^rains du passé. Nais gardons-nous bien de nous tai^uer de notre savoir et de nous enfler d'orgueil ; la postérité nous jugera à son tour. Et sommesnous bien sûrs de ne pas commettre des erreur qui seront ud jour condamnées, grâce au progrès de la science, ainsi que nous venons de le faire pour l'erreur de Brandt, dont la sagacité valait pourtant celle de bien des chimistes? Qui sait si telle explication que nous donnons aujourd'hui de tel fait, et laquelle emporte tous les suffrages, n'est point qu'une pure erreur, parce qu'il y mailque quelque chose dont nous ne soupçonnons pas même l'existence? L'explication que Brandt avait donnée de la formation du fitrtol n'était fausse que parce que l'oxygène restait encore à découvrir. U manquait un terme dans la série du progrès. — Voilà des réflexions sur lesquelles il importe d'insister pour faiit sortir de l'histoire la philosophie même de la science (1).
^Yallerlas.
Jean-Gottschalk Wallerius, né en 1709, mort en 1785, assesseur du collège des mines, professeur de chimie à l'université d'Upsal; ami et collègue de Brandt, a enrichi la science d*an grand nombre d'observations qui intéressent la minéralogie et la géologie, plutôt que la chimie proprement dite. C'est à lui qu'on doit une des premières classifications rationnelles de la
(1) Comparez p. 1384e ce yolnnoe.
TROISIÈME EPOQUX. 4^7
minéralogie. Parmi, les mémoires, qu'il a insérés dans la collection d'Upsal ou de Stockholm, on remarque les suivants : V Amélioration des fonderies de cuivre (1) ; — Expériences sur «I» sel d'or et sur le nitre artificiel (2) ; — Expériences sur le mercure sans mélange d'aucun autre métal (3); -~ Recherches sur la nature de la terre qui se tire de Feau, des plantes et des aninusux (4); — Observations sur le platine (5).
Renouvelant la doctrine des alchimistes, Wallerius essaya de prouver que Teau est susceptible de se changer en terre (6). Il est à remarquer que la théorie de la prétendue transformation de l'eau en terre occupa successivement les plus grands chimistes de l'époque^ Marggraf , Scheele et Lavoisier. Wallerius fit répandre par ses nombreux élèves les idées qu'il avait sur les principes élémentaires des corps (7), suria palingénésie (8), sur l'origine des huiles dans les plantes, sur l'action chimique de la foudre (9), etc. — Son élève Petersen fit des .recherches curieuses sur la calcination des métaux (10).
Chef d'une secte d'illuminés, Emmanuel Swedenborg, né en 1688, mort en 1772, a laissé des travaux minéralogiques fort étendus, qui ne sont pas sans intérêt pour la chimie. Il a recueilli dans ses ouvrages métallurgiques un grand nombre d'observations concernant l'exploitation des minerais de fer et de cuivre, lesquelles n'ajoutent pas beaucoup au domaine de la science (11).
(1} Act. Acad. reg. scient. Saec., ann. 1743.
(2) Ibid., ann. 1749.
(3) Ibid., ann. 1754.
(4) Ihid., ann. 1760.
(5) Ihid., ann. 176S.
(6) Dissertation respondente J. Wablstrom, qua dubia quaadam contra transmatationem aquânim mota refelluntur ; Holm., 1761 , in -4**. — Resp. N. S<Siwartz, de indole aqaœ mntabili; Holm., 1761, in-4''.
(7) Diss., resp. Schoenstedt, de principiis corporum-, Upsal., 1761, in-4'*. (a)Diss., resp. Hoyer.de palingenesia; Upsal., 1764, in-4^
(9) Diss., resp. 'Wibom, animadverslones ohemicœ ad ictuni fnirainis in arce* regta Upsalensi. 24 maj. 1760; Upeal., 1761, in-4<*.
(10) Diss. om metaUenescaicinationeriEld; Upsal., 1761, in-4*.
(il) Regnum subterraneum sive minérale de cupro-et orichaloy deqne modis (luationum cnpri per Europam passiin in usam receptis, etc. -, Dresd. et Lips.,
La vie et les œuvres de l'auteur Des merveilles du ciel et de l'enfer^ qui, comme Mahomet, se disait en communication avec Dieu y et qui parle des habitants de la Lune, de Vénus, de Mercure^ etc., comme s'il avait visité ces planètes, rentrent dans les annaJes de l'histoire de la philosophie et des sectes religieuses.
Swab.
Antoine Swab avait, dès l'année 1738, recommandé l'emploi du chalumeau pour l'analyse des minéraux (i). Dans un mémoire,* inséré dans le Recueil de l'Académie des sciences de Stockholm, il fil connaître l'existence de l'antimoine natif, allié avec une certaine quantité d'arsenic (2). Dans un autre mémoire, il s'étend sur la matière gélatineuse (silice) qui se manifeste dans la dissolution de quelques minéraux et même de certains verres dans les acides. A ce sujet il raconte le fait suivant, assez curieux : la Compagnie des Indes avait embarqué pour l'approvisionnement de ses vaisseaux une certaine quantité de vin du Rhin, qui, conarne on sait, est connu pour son acidité; mis dans des bouteilles de verre, ce vin se gâta en très-peu de temps et devint trouble, sans qu'on pût eu deviner la cause. Instruit de ce fait, Swab se rendit sur les lieux, et reconnut que la matière qui troublait le vin donnait du verre de bouteille par sa fusion avec la potasse. L'acide du vin avait donc dissous une partie de l'alcali du verre et fait précipiter la silice (3).
Gromtedi.
Alex. -Frédéric Cronstedt, né en 1722, était minéralogiste plutôt que chimiste. Préparé par de fortes études mathématiques, il prit une part active aux travaux de l'Académie royale de Stockholm , dont il fut un des membres les plus distingués. Il mourut en 1765, à trente-trois ans.
1734, in-fol. ~ Nova observata et inventa drca ferrum et ignem, etc. ; Amstelod.y 1721, in-s*'. — Afiscelianea observata ctrcaresnatarales et pnMertiiii cîrca mineralia» ignem et montium slraU; Lips., 1722, in-S"*.
(1) Voy. Bergmann, De tubo fenuminatorio, etc., in Opnscul. phjsic el càemic., t. n, p. 455.
(2) Act. Acad. reg. scient. Suec., ann. 1748. (S) Ibid., ann. 1758.
TROISIJBHE ifOOVt. 429
C'est à Cronstedi qu'on doit la découverte du mckel. Il s'assura par l'analyse du minerai, connu sous le nom de kupfemiekely que les réactions qu'on y remarque ne doivent pas toutes être mises sur le compte du cuivre, mais qu'elles appartiennent à une substance métallique particulière , à laquelle il donna le nom de nickel. Il obtint le régule ou nickel métallique par la calcination et la réduction des cristaux verts que forme le kupfernickel exposé à l'air et traité par l'eau. « Ce régule, dit-il, est de couleur d'argent tlans l'endroit de la cassure, et composé de petites lames assez semblables à celles dû bismuth; il est dur, cassant, et faiblement attiré par l'aimant. »
Cronstedt attribua cette dernière propriété au fer qui devait s'y trouver combiné. Il ne se laissa point induire en erreur par quelques caractères que le nickel partage avec le cuivre ; les dissolutions du nickel dans l'eau-forte, dans l'eau régale, dans l'esprit de sel, etc., sont, en effet, vertes comme celles de cuivre, et elles produisent de même avec l'ammoniaque en excès une belle coloration d'un bleu céleste. Mais, à ces caractères trompeurs il opposa un réactif infaillible : «Le fer et le zinc précipitent, dit-il, le cuivre de toutes ses solutions, tandis qu'ici le fer et le zinc sont sans action ; c'est pourquoi le nickel approche beaucoup plus du fer que du cuivre. »
Les deux mémoires Sur le nickel furent publiés l'un en 1751 et l'autre en 1754 (1). Bergmann confirma en 1775, par de nouvelles recherches, les travaux de Cronstedt, et détruisit les objections de Sage et de Monnet, qui avaient considéré le corps découvert par Cronstedt, non pas comme un métal nouveau, mais seulement comme un composé de différents métaux, séparables les uns des autres par l'analyse.
Dans la même année 1751, où Cronstedt avait entrepris l'analyse du kupfernickel, il fit paraître la description de trois nouveaux minerais de fer, dont les détails ne sont pas sans intérêt pour la minéralogie (2).
Dans un mémoire Sur la pierre à plâtre ^ Cronstedt était arrivé presque aux mêmes résultats que Marggraf. Bien qu'il démontr&t synthétiquement que l'acide vitriolique est le seul acide qui puisse donner £ la chaux la propriété de prendre corps
(1) Act. Acad. reg. Saec., ann. 1751 et 1754. (?}Ibld.,anD. 17Ô1.
430 HISTMIUS DE LÀ CHIHIE.
et de se durcir avec Feau, après avoir été légèrement oalcinée, il demeura indécis sur la véritable composition de la pierre à plâtre ( sulfate de chaux ) (4).
A ces travaux il faut ajouter des oUervations SurUpUUine (2), Sur un acier argentifère {3)^ Sur les fabriques de chaux (4), et la description d'une nouvelle espèce 4e minéral auquel Cronstedt donna le nom de zéoUthe (5) ( de C^m, bouillir, et X(Ooc, pierre)» parce qu'elle se boursoufle au chalumeau.
HeHrt-Théophlle ^heffcr.
Les travaux de Scheffer sur le platine (6), sur une espèce de spath calcaire (7), sur différentes sortes de potasse du commerce (8), sur la préparation, du pinch-bech (alliage de zinc et de cuivre imitant l'or) (9), sur le départ des métaux (10), portent un cachet de chimie pratique et industrielle, alors assez rare. Dans ce dernier mémoire Tauteur fait ressortir l'avantage que les aflineurs pourraient tirer de la méthode par la voie humide , codsistant à précipiter la dissolution d'argent (nitrate) par le sel marin ^ et à réduire la lune cornée (chlorure d'argent) par la fusion avec la potasse. C'est là du moins, ajoute-t-il, le meilleur moyen de préparer de l'argent parfaitement pur. Il ne se dissimule pas les diniçuUés qu'il y a pour obtenir,, au moyen de l'eau-forte, le départ exact des matières d'or et d'argent; et il remarque à ce sujet que J'acide vitriolique concentré est an moins aussi bon que l'eau-forte pour séparer l'argent (à chaud) de l'or qui ne s'y dissout pas. Dans ce même mémoire il cite une expérience qui tend à prouver que la chaux (oxyde) d^argent est soluble dans l'air fixe (acide carbonique). «C'est une chose, dit-il, bien digne de remarque, que lafaçon dont l'air agit dans
(1) Act. Acad. reg. Suec., ann. 1753.
(2) Ibid., ann. 1764.
(8) Ibld., ann. 1756.
<4) UMd., ann. 1761.
(5) Ibid., ann. 1756.
(6)!bid., ann. 1762 et 1757.
(7) Ibid., ann. 1753.
(8) Ibid., ann. 1759.
(9) Ibid., ann. 1760.
(10) Ibid., ann. 1752.
TROISriMB tPOQUE. tëi
la précipitation des corps : si Ton verse subitement de Talcali fixe (carbonate de potasse) dans une dissolution d'ai^ent faite dans l'eau-forte, dont on aura presque rempli une bouteille, et que sur-le-champ on bouche cette bouteille avec un bouchon de. cristal qui la ferme bien exactement, enfin si Ton secoue le mélange pour que Talcali se mêle patfaitement avec Teau-forte, il ne se précipitera point d'argent ni d'autre métal, et l'on ne remarquera point d'effervescence tant qu'il n'entrera point d'air dans la bouteille , quand même on la laisserait pendant un an dans cet état; mais, aussitôt que l'on ôtera le bouchon, il se fera une effervescence très-vive et le métal se précipitera. »
J. Faggot communiqua en n40, à l'Académie des sciences de Stockholm, des observations sur le moyen de garantir le bois de l'action du feu et de la pourriture. Ce moyen, qui ne parait pas avoir été inconnu aux anciens (4), consiste à faire imprégner le bois d'une eau dans laquelle on a fait dissoudre de l'alun, du vitriol, ou un autre sel astringent. Salberg donna, en 4744> de plus grands développements à ce sujet, qui n'est point, comme on l'a prétendu , une découverte moderne.
Les questions scientifiques, qui se rattachent en même temps à l'industrie, paraissent avoir beaucoup d'attrait pour ce chimiste. Dans un mémoire sur la poudre à canorij il propose jine méthode nouvelle pour évaluer la qualité de la poudre et sa richesse en salpêtre. D'après ôette méthode^ il faut dissoudre la poudre (écrasée) dans de l'eau distillée, et plonger dans la solution une balance hydrostatique, dont la tare aura été jprise dans une liqueur nitrée, normale. Oh pourra, pour plus de précision, re« cueillir le précipité (composé de soufre et de charbon), dont la diminution de poids indique la quantité de salpêtre, le seul composant de la poudre qui suit soluble dans l'eau. Si le salpêtre contient, ce qui arrive presque toujours, du sel marin et de l'alcali fixe, on traitera la solution successivement par le sel d'argent (nitratejet le sublimé corrosif ; le. sirop de violette pourra aussi servir pour déceler la, présence de l'alcali (carbonate de potasse ou de soude) (2).
(1) Voy. plus haut 1. 1, p. 209.
(2) Acta Acad. reg. Suec.. ami. 17â5.
432 HISTOmC DK LA CHIMIE.
Faggot proposa remploi de la balance hydrostatique pour évaluer la qualité de la potasse du commerce.
Brovwmll.
J. Brouwaix est le premier qui ait classé l'arsenic parmi les métaux, en se fondant principalement sur l'aspect extérieur, l'éclat et la densité de ce corps. U reconnut aussi que l'arsenic» ainsi que le soufre, se trouve dans presque tous les minerais, e( minéralisé un grand nombre de métaux (1).
Le minerai appelé blende (de l'allemand blenden^ aveugler, séduire) avait été ancienniement rejeté comme une matière qui ne contenait rien de métallique.
Alex. FuNK mérita bien de la science en démontrant que la blende renferme un métal, le zinc. II réfuta en même temps victorieusement une opinion qui avait été admise sans discussion par presque tous les chimistes , à savoir que le zinc n'est pas un métal pur, mais une sorte d'alliage de plusieurs métaux. On alléguaità l'appui de cette opinion que les mines de zinc contiennent presque constamment du plomb et du cuivre. « Mais ces métaux, s'écrie Punk, n'y existent qu'accidentellement et en petite quantité; autant vaudrait regarder le soufre comme une partie constituante du cuivre et du fer, ou comme intimement combiné avec ces métaux, tels qu'ils se rencontrent dans la nature (2). >
Aujourd'hui qu'on trouve la route frayée, on se doute à peine des obstacles qui l'encombraient autrefois. Combien d'erreurs ne fallaitril pas détruire avant d'arriver à la vérité?
RiNMANN, Engestboem, Bergius, Qdist^ Retzius et Gadd, oot, en général, adopté dans leurs travaux les principes qui commençaient, depuis Lavoisier, à prévaloir.
Peu de chimistes ont eu dés connaissances aussi variées et aussi étendues que Bergmann. Les mathématiques, l'astronomie, li
(1) Act. Acad., reg. Suec., (1) IMd., ann. 1744.
TRoisiin ipoouK. 433
physique, l'histqire naturelle lui étaient familières; il contribua niéffle, par des travaux importants, au progrès de ces sciences. Sa méthode d'observation, adoptée aussi par Scheele, atteste une grande pénétration, et une rare précision des faits. Mais ce n*est pas seulement comme savant, c'est aussi comme homme de cœur, que Bergmann commande notre respect. Inaccessible à la haine et à l'envie, modeste à Texcès, ami dévoué et sincère ^ il n*eut en vue toute sa vie que l'intérêt de la science.
Torberu Bergmann naquit, le 30 mars 4735, à Catherinebcrg, en Suède. Son père, receveur des finances de l'endroit, l'envoya faire ses premières études à l'institut de Skara. Bergmann fréquenta, à l'âge de dix-sept ans, l'université d'Upsal; il s'y livra avec ardeur à l'étude des mathématiques et de l'histoire naturelle. Ses premiers travaux (1) lui valurent l'estime de ses maîtres, et, dès 1758, il obtint une chaire d'histoire naturelle. Il publia vers la même époque plusieurs mémoires d'histoire naturelle ( sur l'insecte de la noix de galle; — sur les larves des insectes;- — sur les abeilles; — sur les sangsues)y qui attirèrent l'attention de Linné.
Dans ses recherches sur les sangsues, Bergmann trouva que le eoceus a^mticuSy dont la nature n'avait pas été déterminée par Linné, n'était autre chose que les œufs d'une espèce particulière de ces annélides {hirudo mtmoculata). On raconte que cet illustre naturaliste écrivit au bas de la dissertation de Bergmann ( De cocco aquaiico sive hirudine octoculata) : Vidi et obsiupai.
En 1761, Bergmann fut nommé professeur de mathématiques ; son cours public d'algèbre ne l'empêcha pas de poursuivre ses travaux d'histoire naturelle, de physique générale, et de s'initier en même temps à la Chimie. Trois ans après, l'Académie royale des sciences de Stockholm l'admit dans son sein. Après la mort de Wallerius, il échangea, en 1767, la chaire de mathématiques contre celle de chimie et de minéralogie (2). A partir de ce moment, il se livra exclusivement à l'étude de la chimie, qui devint
[\)1>e crepuscuUs, disdertâtio acbdemica, quam, prœside Strœmer, publiée (lerendit; Upsal., 1755. -— De interpolât ione, diasertaUo, qnam, prœaide Ferner, publiée défendit; Upsal., 1758.
(2) On rapporte que, ses compétiteurs ayant fait valoir qu'il ne devait point savoir la chimie, parce qu'il n'avait jamais rien publié sur cetle srience, il se ren> ferma pendant quelque temps dans un laboratoire, et en sortit avec un mémoire Svr la fabrication de Valvn,
Dl U CHimC. — > T. II. 28
434 HISTOIEI DK UL cmciE.
sa science favorite. Tous ses efforts tendaient à faire pour la chimie ce que son compatriote liimé avait fait pour rUsloire naturelle. Il entretenait une correspondance snivie avec les principaux chimistes et physiciens de France, d'Aliemagne, d*Aïïgleterre et d'Italie; et la renommée de ses travaux se répandit dans toute TËurope. Bientôt les Académies des sciences de Paris^ de Londres, de Goettingue, de Dijon, de Montpellier, de Turin, la Société des naturalistes de Berlin, etc., se rassocièrent, et le roi de Suède lui conféra Tordre de Wasa. Dès l'année 4777, TAcadémie des sciences de Stockholm lui avait alloué une somme annuelle de 450 rixdalers (environ 600 francs), pour l'encourager dans ses expériences. Ainsi que Linné , il attira par ses coars à Upsal des jeunes gens de tous les pays. C'est sous les auspices de Bergmann que Scheele se produisit dans le monde. Il refusa de se fixer à Berlin où l'appelait Frédéric II, et épousa à Tftge de trente six ans une femme qui partageait ses goûts poor la science.
Bergmann avait eu, dans sa jeunesse, une santé débile; les voyages , l'emploi des eaux minérales , et particulièrement de l'eau de Seitz qu'il avait le premier fabriquée lui-même, ne M procuraient que des soulagements passagers. Un malhenreux accident hâta l'affaissement de sa constitution , usée en grande partie par le travail. Un jour, voulant faire avec un de ses amis une promenade dans Tile de Lintre, il posa le pied sur le bord d'un bateau, glissa, et tomba dans Teau, dV)ù il fut cependant promptement retiré; mais, quelques jours après, il cracha do sang en abondance , symptôme fâcheux du dénoûmetit d'nne phthisie pulmonaire dont il portait depuis longtemps le germe; ses forces dépérissaient de jour en jour, une fièvre hectique le consumait, et il mourut à l'âge de quarante-neuf ans, le 8 juillet 4784, aux bains de Medwi (i).
Travaux de Ber^^maui.
Bergmann apporta, dans toutes ses recherches, cette rigueur d'observation qui témoigne d'un esprit nourri des études mathématiques. Ses travaux, tous originaux, sont très-nombreux, et concernent, non-seulement la chimie, mais l'astfonomie, la physique, la minéralogie, la géologie et la zoologie.
(1) Voy. Vîcq d'Azir, Éloge de Bergmann. — Crell, Annalen der Chemk, 1787, t. I, p. 74-96.
Dans eette multiplicité de mémoire» présentés successivement, dans l'espace d'environ trente ans, à TAcadémie royale des sciences de Stockholm, nous ne choisirons que les travaux relatif à la chimie. Et ici nous devons citer en première ligne deux mémoires , dont l'un traite De Vaeiie aérien , et l'autre Des affin niiés éUetives. Arrêtons-nous d'abord sur le premier de ces mémohres.
De l'aeltfe aéries.
Bergmann appelait acide aérien ce que Black, Priestley et d'autres physiciens avaient appelé air fixe, gaz crayeux^ esprit de la craie, etc., et ce que nous nommons aujourd'hui ga& acide carbonique.
Déjà dès l'année 1770, il s'était livré à une étude approfondie de la nature et des caractères de ce fluide élastique. Avant de' faire imprimer les résultats de ses observations, il en avait fait part à plusieurs chimistes distingués, notamment à Prieçtley, qui en fit mention dans un mémoire inséré dans les Transactions philosophiques de Londres pour l'année 1772. Ce n'est qu'eu 1774 que Bergmann se décida à communiquer à l'Académie royale de Stockholm le mémoire complet Sur l'acide aérien y qui est reproduit dans ses Opmcules chimiques et physiques (1).
Avant d'entrer dans une discussion approfondie sur ce sujet, l'auteur commence d'abord par décrire les trois procédés qui lui paraissent les plus convenables pour préparer l'acide aérien : le premier consiste à verser de Tacide vitrioliqae sur des pierres calcaires; le deuxième, à calciner de la magnésie blanche; et le troisième, à recueillir le fluide élastique qui se dégage pendant la fermentation.
L'appareil mis en usage pour recueillir l'acide aérien, produit
» par les trois moyens indiqués, est à peu près le même que celui
que Priestley donne comme de son invention : c'est un matras
en verre ou une fiole à deux ouvertures, qui communique, à
l'aide d'un tube recourbé, avec une cloche remplie d'eau et
(1) Opuscuîa physica et ckemica ; Lipsise, 1788, 8, vol. I. — Trad. par If. de Morveaxi; Dijon, 1780, 8, Toi. I. — Ce mémoire se trouve imprimé dans les Mémoires de rAcadémie royale de Stockholm, pour Tannée 17/5. In mémoire beaucoup moins étendu sur le même sujet y avait déjà paru dans Tannée 1773.
436 HisTOïKi Dx ïA caam.
renversée dans ua bassin également plein d'eau. C'est Tappareil de Haies dont on se sert encore aujourd'hui, avec detrès-lègèRs modifications, pour recueillir les gaz.
Bergmann insisla Tun des premiers sur la nécessité de laver le gaz (dans des flacons de lavage), afin de l'avoir parfaitemeDl pur et exempt de Tacide minéral qu'il aurait pu entraîner. Il constata que l'acide aérien est soluble, que l'eau en absoil)e à peu près son volume à la température de iO* du thermomètre centigrade (i), et que cette solubilité diminue à mesure que la température s'élève.
Il détermina, avec beaucoup de précision, la densité de l'eaa saturée d'acide aérien , à la température de ^, et trouva que, comparativement à la densité de l'eau distillée à la même température, elle est comme 1,015 à 1,000.
Passant à la démonstration de la nature acide du gaz en question, il remarque que l'acide aérien n'a de saveur qu'autant quli est dissous dans l'eau. « Devenu plus concentré et moins volatil dans cette combinaison, il afTecte la langue d'une légère saveur aigrelette, assez agréable : c'est là le véritable esprit des eaux minérales froides acidulés. C'est par son moyen, et en ajoutant quelques sels dans une juste proportion, qu'on imite parfaitement les eaux de Sellz, de Spa et de Pyrmont. Je fais usage de ces eaux artificielles depuis huit ans, et j'en éprouve les plus heureux effets, p
D'après cette date, il faut faire remonter la découverte de l'eau gazeuse, employée comme eau médicinale, au moins à l'année 1766. Priestley a donc tort de réclamer pour lui-même celte découverte^ en la préconisant comme un immense bienfait pour l'humanité, propre à guérir et à prévenir le scorbut, ce fléau de< navigateurs, etc. (2).
(f) C*est depuis longtemps le thermomètre usité en Suède. Bergmann oos» apprend, dans une note, que le thermomètre suédois est de mercure, et q« son échelle est diyisC'e en cent parties^ dont les deu\ extrêmes sont représentées, Tune par le point de congélation de l'eau — 0 ; Tautre, par Tèau bouillante- ^ Oputeula physica et chemiea; Upsiœ, 178S, vol. I, p. 6.
(2) Voici comment Priestley raconte Thistoire de cette découverte : « Vers U fin du mois de juin 1767, je quittai ma demeure à Warrington pour m^établira Leeds ; et m'étant logé la première année dans une maison contiguc à une hrasserie, une occasion si favorable me donna TeuTie de faire quelques expériencf$^ sur Tair qui était constamment produit dans cette brasserie. Sans cette circoDstance, je ne me serais jamais probablement occupé des différentes espèces d^air.
TROISliiaS ÉPOOUI. 437
Pour démontrer que Taîr fixe est un acide gazeux, Bergmann essaya la réaction de la teinture de tournesol. Il s'assura ainsi qu'uii cinquantième de ce gaz suffit pour rougir sensiblement une bouteille de cette solution bleue, et que la coloration disparaît par Teffet de la chaleur.
L'auteur fait à ce sujet une observation pleine de sagacité, u A la vérité, dit-il, les acides minéraux, versés à très-petite dose dans cette teinture, paraissent produire également une altération aussi peu durable; mais, en examinant la chose de plus près, on découvre l'illusion. Le suc de tournesol^ qui a été préparé avec des matières alcalines, en retient toujours une portion; à l'instant oîi l'alcali (carbonate de potasse) s'unit à l'acide, il laisse échapper son air fixe (acide carbonique ), qui colore la liqueur ; et, celui-ci s'évaporant, la teinte rouge disparaît. Supposons que la saturation de l'alcali exige une quantité d'acide égale à m, il est évident qu'on peut en ajouter dix fois -^ avant que la saturation soit complète, et qu'à chaque fois on produira une couleur rouge passagère ; mais, quand on aura une fois atteint le point de saturation, l'acide que l'on versera au delà produira une altération
— Une des premières oi>érations que je Gs dans ceUe brasserie, ce fut de placer des Taisseaax évasés remplis d'eau dans la région de Pair fixe, à la surface des cuves en fermentation. £t, lorsque je les y avais laissés toute la nuit, je trouvais pour Tordinaire, le lendemain matin, que Peau avait acquis une imprégnation sensible et agréable. Ce fut avec une satisfaction singulière que je bus pour la première fois de cette eau, qui était, je crois, la première de cette espèce que les hommes eussent jamais goûtée. — Quelques-uns de mes amis qui vinrent me voir se souviennent que je les ai régalés d'un verre de cette eau de Pyrmont artificielle, faite en leur présence. Je prendrai la liberté de faire menlion, entre antres, du chevalier John Lee, qui fut singulièrement frappé de cette invention et de son effet. Ceci se passait dans Tété de Tannée 1768. ~ Pendant tout ce temps jusqu'en 177!!, je n'ai jamais entendu |>arler d'aucune autre méthode d'imprégner Teau d'air fixe, que celle dont je viens de faire mention. Ce qui me fit penser à mettre en pratique quelque méthode pour faire la même chose avec Tair dégagé de la craie et des autres substances calcaires, ce fut un pur hasard. J'étais à dîner avec le duc de Northuinberland au printemps de l'année 1772; ce lord nous montra une bouteille d'eau que le docteur Irving avait distillée pour Tusage de la marine. Cette eau était parfaitement douce, mais elle manquait de la saveur et de l'esprit de l'eau vive de source. Il me vint sur-le-champ en idée que je pourrais aisément corriger celte eau pour l'usage des vaisseaux, et leur fournir un moyen facile de prévenir ou de guérir le scorbut à» mer, etc. • — Voy. Expériences et observations sur différentes espèces d'air, par J. Priestley (trad. par Gibelin; Paris, 1777), vol. 111, p. 77-89.
438 HISTOIRE DB lA CHIIOE.
constante, et détruira, par degrés, la couleur bleue; d'où il résulte que c'est Tair fixe et non Tacide minéral qui produit la coloration rouge toutes les fois qu'elle disparaît. »
De ces donnéesà Valealiméiriê, il n'y avait qu'un pas. Ltionnear de celte invention, ou plutôt de l'applic^Qa du principe posé par Bergoutna, devait être réservé à un chiaûste plus moderne.
Ne jugeant pas la saveur et la réaction de la teinture de too^ uesol comme des caractères suffisants pour mettre en évidence la nature acide de l'air fixe, Bergmann s'arrête longuement sur les combinaisons que ce fluide élastique peut donner avec les alcalis et les chaux métalliques. C'est là un des chapitres les phu remarquables de la dissertation Sur V acide aérien ; c'est rhisloire primitive des carhon(Ues, désignés sous le nom de subslaneesaèrixi
L'auteur fait voir que la causticité des alcalis, préparés m moyen de la chaux vive, tient à ce que cette dernière enlève àPiIcali son acide aérien , et que tous les alcalis, abandonnés à l'air, reviennent à leur premier état , en empruntant à l'air le gaz acide qui les sature. En même temps il indique le sublimé corrosif comme un bon réactif pour reconnaître si un alcali est caustique ou aéré (carbonate). En effet, l'alcali fixe pur (potasse) précipite le sublimé en jaune (oxyde de mercure), tandis que Talcaii aéré (non carbonate) le précipite en blanc (carbonate mercurielj.
Mais il ne suffisait pas de signaler le simple fait de la combinaison de l'acide aérien avec les bases; il lui importait de s'assurer dans quelles proportions cet acide se combine avec les bases pour former les sels aérés (carbonates).
La méthode dont il se sert ici, et qu'il applique en général à la détermination des proportions définies, témoigne d'une exactitude à laquelle les chimistes n'étaient pas encore habitués. Cette méthode, l'auteur la décrit en ces termes :
« Soient deux flacons, dont l'un, plus grand, contenant un poids déterminé d'alcali (carbonate) dissous dans l'eau, pèse (y compris cette dissolution et le bouchon), comme A; dont l'antre, plus petit, rempli d^un acide quelconque, ait un poids égal à B : que l'on verse dans le grand flacon une portion de Tacide du petit» et qu'on les bouche aussitôt légèrement l'un et l'autre; dès que l'effervescence aura cessé, qu'on verse de nouveau de l'acide, ayant toujours soin de fermer tout de suite le flacon, et que l'on continue ainsi jusqu'à saturation. Supposons qu'après cela le poids du premier soit a, et celui du second b; il est certain
TROISliHE iPOQQI. 439
que B — fr ayant été versé dans le grand flacon , la perte du petit devrait répondre à ce que Tautre a gagné, ouB — frssa — A; or, c'est ce qui n'arrive pas, à moins que Ton n'emploie un alcali parfaitement caustique; autrement, on trouve toujours B-^ 6 > ffl — A; et la différence (B — 6) — (a + A) indique le poids de Tair fixe qui a été dégagé. U faut que TefTervescence se fasse lentement, sans augmentation de chaleur, et que le flacon soit d'une grandeur convenable, afin d'éviter qu'il ne sorte un peu.de vapeur humide avec Tair &xe , ce qui induirait en erreur. — Si on évapore ensuite jusqu'à siccité la dissolution contenue dans le grand flacon, et qu'on calcine doucement le résidu pour enlever l'eau de cristallisation et l'acide surabondant qui peut s'y trouver, on reconnaîtra, à l'augmentation du poids connu de l'alcali et de l'air fixe qui en a été dégagé , quelle est la quantité d'acide nécessaire à la saturation de l'alcali privé d'eau et d'air, p Voici les résultats obtenus par l'emploi de cette méthode :
100 pariies d^alcali minéral pur (soude caustique) exigent pour leur saturation 177 d'aeide vHrioIique.
f 85,05 diacide nitreux (acide nitrique). 125 diacide marin (acide chlorhydrique). 80 d^air fixe (acide carbonique).
100 parties d^alcali végétal
pur (potasse) 78,05 d'acide vitriolique.
64 d'acide nitreux.
51,05 d'acide maria.
42 d'air fixe.
En signalant le premier l'existence des aérâtes (carbonates) Bergraann en donna aussi en partie l'analyse. Nous nous bornerons à reproduire les résultats suivants :
La terre pesante aérée (terra ponderosa aeraia) ou le carbonate de baryte,
se compose^ en centièmes, de 7 parties d'acide aérien,
65 — de terre pesante (baryte), 8 — d'eau.
La diaux aérée {catx aerata) ou le carbonate dé chaux, — de 34 — d'acide aérien,
55 — de chaux,
.11 — d'eau.
La magnésie aérée (magnesia aerata) ou
de carbonate de magnésie, — de 25 — d'acide aérien,
45 ^ de magnésie,
30 — d'eau.
410 HISTOnUB DI LA CHUOB.
L'auteur fait, avec raison, remarquer que tous ces composés, surtout le premier et le dernier, sont solubles dans un excès dV cide aérien , et que c'est sous cette forme qu'ils existent dans beaucoup de sources minérales.
Bergmann n'indiqua pas la composition des aérâtes tnétalUqva qu'il préparait, soit en faisant digérer le métal ou la chaux roéullique dans de l'eau aérée (acidulée de gaz acide carbonique), soit en traitant la dissolution métallique par l'alcali fixe aéré (carbonate de potasse). Par une série d'expériences, il arrive à conclure que les seuls métaux qui soient susceptibles de se dissoodie dans l'eau acidulée d'air fixe (acide carbonique) sont le fer, k zinc et le manganèse. Au sujet de ce dernier métal, il affiro» que si on emploie le régule (manganèse métallique), la dissolntion répand une odeur particulière, peu différente de celle que donne la graisse brûlée. H s'étonne de ce que la céruse, qu'il montre n'être autre chose qu'une chaux de plomb aérée (cl^ booate d'oxyde de plomb), ne soit pas, comme la chaux aérée (carbonatée), soluble dans un excès d'acide aérien; Parmiles autres métaux, l'aérale (carbonate) de cuivre serait seul susceptible de se dissoudre, en très-petite proportion, il est vrai, dios l'eau ainsi acidulée.
Poursuivant le but de son travail , qui consistait à démontrer que l'air fixe est un acide aériforme, Bergmann arrive à expliquer comment l'acide aérien précipite le foie de soufre et la liqueur des cailloux. Voici, entre autres, une observation pleine de finesse :
(( La liqueur des cailloux, laissée à l'air libre, dépose, dit-^l, insensiblement de la terre siliceuse; la précipitation s'achèveeo peu de temps, quand on y introduit de l'acide aérien. Gela nous indique aussi pourquoi la dissolution de l'alcali du tartre, quoique souvent filtrée , dépose à fa longue des particules terreases : ce sel tient en effet dans une combinaison intime des molécules de silice, soit qu'il les ait reçues pendant la végétation, soit qu'il lésait prises pendant la combustion. Ceux qui calcinent les cendres de potasse y ajoutent eux-mêmes quelquefois du sable, afin d'en augmenter le poids ; et, quand il a été ainsi combiné p'^ le feu, il se dissout avec l'alcali dans l'eau : c'est cette silice qui s'en sépare ensuite, à mesure que l'alcali se sature d'acide aérien, avec lequel il a plus d'affinité. 11 n'est pas étonnant que cettesépt^ ration soit très-lente dans des flacons dont le col est étroit, qui
TROISlilIB iFOOVK. iil
sont bouchés habituellement, et où Tacide aérien de Tatroosphère ne peut passer que successivement; mais, si oh dissout' Talcali dans une suffisante quantité d'eau aérée (eau acidulée de gaz carbonique), toutes ces hétérogénéités terreuses se précipitent en même temps, o
L'acide aérien n'est pas seulement soluble dans l'eau et susceptible d'ôtre fixé par les alcalis, mais il peut être absorbé par des liqueurs inflammables. Après avoir entrepris à ce sujet un grand nombre d'expériences, l'auteur se résume en disant quel'espritde-vio absorbe le double de son volume d'acide aérien, à la température de 10* au-dessus de zéro; que l'huile d'olive en prend un volume égal au sien; que l'essence de térébenthine en dissout le double de son volume. « Si on dégage, ajoute-t-il , l'air fixe qui était ainsi dissous dans l'huile d'olive, et qu'on le reçoive dans une cloche pleine d'eau , on le trouve changé,- au moins en partie, ou mêlé de parties étrangères; car il est susceptible de s'enflammer et presque immiscible à l'eau. »
Après avoir démontré l'acidité de l'air fixe par la saveur, par la teinture de tournesol, par la solubilité, par la copabinaison avec les bases, Bergmann s'efforce de justifier l'épithète d'aérien ou d'iUmosphérique qu'il a donnée à ce nouvel acide.
a L'acidité de l'air fixe étant, dit-il, démontrée, il y a plusieurs raisons pour le nommer acide aérien ou atmosphérique. Il a en effet tellement la légèreté, la transparence, l'élasticité de l'air, que ce n'est que depuis très-peu de temps qu'on a commencé à l'en distinguer. De plus, cet océan d'air qui environne notre terre, et qu'on appelle atmosphère, n'est jamais sans une certaine quantité d'air fixe; cela se manifeste journellement par divers phénomènes. L'eau de chaux exposée partout à l'air libre fournit de la crème de chaux, ce qui n'arrive pas dans des bouteilles bien bouchées : la chaux vive exposée longtemps à l'air recouvre à la fin tout ce qu'elle avait perdu au feu, et redevient absolument terre calcaire , au point 'de ne pouvoir plus servir à la préparation du mortier qu'après qu'on l'a de nouveau privée de son acide; la terre pesante (baryte) et la magnésie recouvrent de même à l'air leur poids , et la faculté de faire effervescence avec les acides; les alcalis purs perdent à l'air leur causticité, etc. d
Bergmann a le premier émis une opinion rationnelle sur la composition de l'air» Cette opinion, Scheele, l'ami de Bergmann, se chargea de l'appuyer expérimentalement.
442 UISTOm» DE LA CRUOE.
« I/air commua , dit Bergmann, esXnn mélange de imtji%iêes élastiques, savoir^ de Tacide aérien libre, mais en si petite quantité qu'il n'ai 1ère pas sensiblement la teinture de tournesol; d'an air qui ne peut servir, ni à la combustion, ni à la respintioades animaux, que nous appelons air vicié, jusqu'à ce que nous coonaissions plus parfaitement sa nature; enfin, d'un air absolument nécessaire au feu et à la vie animale , qui fait à peu près le quart de l'air commun, et que je regarde comme l'air pur. »
Si cette manière de voir, sanctionnée par l'expérience, avait éti érigée en principe pour renverser les évaluations ancieuDes, Bergmann aurait passé pour un novateur, un révolatioDuain avant Lavoisier (i).
La densité de l'acide aérien, que Bergmann a reconaueplns grande que celle de l'air commun, expliquerait les phénomèoes d'asphyxie qui arrivent à la surface du sol dans des endroits où cet acide existe en abondance. U cite comme exemples la fontaine de Pyrmont, ouverte en 1717, où les oies ^ ayant le co» très-long, peuvent nager sans en être incommodées; les sources deSchwalbach, la grotte du Chien , près deNaples, etc.
Après avoir montré que l'acide aérien est impropre à eûlretenir la flamme , et que les armes à feti ne peuvent faire expiosiofl dans un semblable milieu, il arrive à une série d'expérieuce^ relatives à l'action que ce gaz exerce sur les animaux. Ces expériences sont faites avec une précision extrême; elles peuveo^ servir de modèle à tous les physiologistes expérimentateurs* h voici le résumé :
c Lorsqu'on introduit de l'acide aérien dans une clocheoùl'oD tient emprisonné un animal, on remarque d'abord que cet animal regarde autour de lui avec inquiétude , pour cherchera so^ tir; il commence ensuite à respirer avec peine; le globe de l'œ» se gonfle, tous les sens s'affaiblissent, et il expire dans une espè<« d'assoupissement. En'retardant le passage de l'acide aérieu, on retarde presque à volonté lai mort de Tanimal, Il y a néanmoios des différences par rapport aux différents animaux, à leur âge ^ à leur vigueur. Les oiseaux y périssent communément plusw» ^ue les chiens, et ceux-ci plus tôt que les chats; les amphibies
^1) L'air atmosphérique se coDipose en elTet d'une très -petite quanlilédaoj rarlKHiique {acide aérien), d'azote (air vicié) etd'oxygèiie (air pur, o^^^ ftm)\ et dernier, dans la proportien d\in cin«|iilème emiroB.
THOISliBIE éfOQUE. 443
y vivent plas longtemps , et les insectes y résistent opiniâtrement. A regard de Tàge , les plus jeunes n'y meurent pas aussi promptement, surtout s'ils y ont été accoutumés insensiblement; car ceux que Ton a retirés au moment de l'agonie pour les exposer à Tair libre, et qui ont été conservés en vie, ne sont pas aussitôt asphyxiés par ce fluide que ceux que Ton y plonge pour la première fois. Après la mort on trouve les poumons un peu affaissés ; ils ne tombent pas au fond de Teau, comme ceux des animaux qu'on a fait périr dans le vide; mais ils surnagent, et on remarque en plusieurs endroits des traces d'inflammation. Le tronc 4e l'artère pulmonaire, le ventricule droit du cœur avec son oreillette, la veine cave, les jugulaires, les vaisseaux du cerveau, sont remplis de sang; le ventricule droit du cœur est ordinairement rempK de concrétions sanguines. Les veines pulmonaires, l'aorte, le ventricule gauche du cœur et son oreillette , sont^ au contraire, flasques; toutes les fibres musculaires ont perdu leur irritabilité ; et le cœur, même pendant que l'animal est encore chaud , ne manifeste aucun mouvement, soit qu'on le stimule parle souffle, soit par le scalpel , ou même par l'acide vitriolique concentré. »
Il est aisé de déduire'de ces expériences que l'acide carbonique tue, non pas seulement par privation d'air respirable, mais en exerçant une action délétère sur Téconomie, particulièrement sur le sang et le système circulatoire.
Bergmann est donc le premier qui ait donné l'histoire com-* plète du gaz acide carbonique, si Ton en excepte la composition, la liquéfaction et la solidification de ce fluide; car ces dernières découvertes étaient réservées à des observateurs plus récents.
Cetle courte analyse de la dissertation Sur Vacide aérien pourra suffire pour faire apprécier la méthode d'observation qui présidait aux travaux de Bergmann.
Nous passerons rapidement en revue les autres mémoires contenus dans les Opusctda phfjsica et chimica,
AnaljM det eaa< (!}.
Ce mémoire est un des plus intéressants qui aient été publiés sur l'analyse des eaux. On y trouve plus d'une découverte.
(1) Uoe grande partie de ce mémoire seryit de texte à one dissertation inaugurale aoutenae à l'université de Stockholm en 1778, par Scbarenberg. — Opuscula physUa et ekimica^ roi. I, p. 65.
444 HlSTOUtB SB LA CHIMII.
L'auteur a créé en quelque sorte l'analyse quaDtitati?e » en enseignant à déterminer la quantité des sels contenus dans les eatu par le poids des précipités. 11 a proposé plusieurs réactifs nouveaux : pour précipiter le fer, il se servait d'un sel préparé en faisant bouillir quatre parties de bleu de Prusse avec une partie de potasse. On voit que ce sel n'est autre que le cyanoferrure de potassium jaune. Pour déceler les sels de cbaux, il employait Vaeide du «vcre, préparé avec l'eau-forte (acide oxalique) ; poQf précipiter les sels de baryte , — l'acide vitriolique , et vice versa; pour les seis de cuivre, — l'ammoniaque; pour le sel mario, — le nitrate d'argent; l'alcool absolu, — pour les sulfates; le sucre de Saturne, — pour le foie de soufre (eaux hépatiques), etc. Ce mémoire est suivi de plusieurs dissertations sur les eaus minérales froides et chaudes artificielles , avec l'indicatico des différentes proportions de matières qui se trouvent dans les eau naturelles de Seitz, de Spa, de Pyrmont, d'Aix-la-Chapelle, de Medwi, d'Upsal, etc. (1).
élMIIrcs it).
Ce travail produisit , à juste titre , une grande sensation dans le monde savant ; car ce fut là un des premiers essais qu'on eûl tentés pour réduire la chimie en un corps de doctrine, et lui imprimer une marche scientifique. On y trouve des observations intéressantes sur les affinités dont l'auteur a dressé les premières tables [attractions électives)^ et sur les doubles décompositions.
(i) De a guis Upsaliensitms; priinitivetnent çvMié, en suédois, dans mK dissertation inaugurale de P. Dube, en Tannée 1770. — De fonte acidalon Danetnarkensi, ann. 1773 (sujet d'une dissertation). — De nquis medicêfa frigidis atie parandit. Actes de la Société royale de Stockholm, aoo. 1775 - De aqua peiagiea. Actes de la Soc. de Stockb., aon. 1777 (Analyse d*oft flaeo> d^eau de mer que Sparnnann aTait rapporté d'ua voyage dans la mer KusUik sur le vaisseau du capitaine Cook). — De aquis acidulatis Medwiensibus, Ad«s de la Société de Stockh., ann. 1782. — De fontibus medicaiis Lokanis, M ann. 1783. — Tous ces mémoires se trouvent imprimés dans Opuscuia phjfsict et chemica, vol. I et IV ; Lips., 1788, 8.
(2) De altractionibus eleciivis. Ce mémoire parut pour la première foisdiitf les N. Actes d'Upsal, vol. III, ann. 1775. — Opuscul. ph^. et chem., vol. HI
tar le cim«Hi«M (i).
Le chalumeau, auquel la chimie est redevable d'un grand nombre de découvertes, fut appliqué pour la première fois, vers Tan 1738, à l'examen des minéraux, par André de Schwab. Il fut perfectionné successivement par Cronstebt, Rinmann, Enges- TRCEif, QuiST, Gaun et Sghbele. Bergmann y apporta beaucoup de modifications heureuses.
Be ranaiy te des mliierato par la toIc hanltfe (]).
Dans ce mémoire l'auteur établit^ poiir la première fois, des règles précises concernant l'analyse des minerais par la voie humide. Après avoir indiqué avec quels soins il faut laver, recueillir, dessécher et peser les précipités obtenus à l'aide de réactifs trèspurs, il arrive à l'application des règles établies, en passant en revue les minerais d'argent, de plomb, de fer, d'antimoine, etc;
9n précipités méiautqoet (S).
Cette dissertation a pour principal objet la différence de poids des précipités, la quantité de la dissolution et celle du précipitant restant les mêmes. Elle contient, en principe , la théoriedes équivalents et la loi des proportions définies.
De ractde de raere (4) .
Le sucre, traité par l'acide nitrique, donue de l'acide oxalique. Cette découverte , premier exemple d'une production organique artificielle, est due à Bergmann, qui donna à cet acide le no6i diacide du sucre. Scheele démontra l'identité de cet acide avec l'acide de l'oseille.
{i) De tubo ferruminaiorio. Le manuscrit de ce mémoire fut envoyé, en 1777) au docteur Born, qui le fit imprimer à Vienne en 1779. Opuseul, physica et chem., vol. II, p. 455.
(2) De miner<xrum docimasia hunUda; Diss., ann. 1780. Opuseul, physica, Yol. Il, p. 399.
(3) De prœeipitatis metnUicis; dans les Opuseul. physic. et cAemic.^vol. U, p. 349.
(4) De acido sacchari, dissert, inaugoral., ann. 1776, réimprimée dans les Opuseul. physic., toI. I, p. 23S.
446 ^ HISTOnUS DE LÀ GHIIflE.
Après avoir décrit la préparation , les propriétés de Tacide du sucre, ainsi que les sels qu'il 6s4 susceptible de former avec les aU calis et les chaux métalliques, Tauteur arrive à indiquer une expérience qui fournit tous les éléments de la composition de Tacide oxalique. « Une demi-once de cristaux, dit-il, donne à la distillation près de 100 pouces cubes de fluides élastiques, dont moitié est de Tacide aérien (acide carbonique), qu'on sépare aisément par Teau de chaux, et moitié un air qui s'allume], et donne une flamme bleue (oxyde de carbone ). »
Delà préparation de Valun, (i). On trouve dans cette notice la composition exacte de Talun (acide vitriolique, alcali, argile pure, eau), en môme temps que l'indication de divers mojens pour obtebir ce produit pur.
Des caleuls urinaires (i). — Bergmann et Scheele s'étaient occupés du même sujet , à l'insu l'un de l'autre , et ils étaient arrivés à peu près aux mêmes résultats, en constatant l'existence de l'acide urique dans les calculs urinaires.
De l'analyse du fer, •— Delaeause de la fragilité dufer/rùid (3X Ces deux mémoires, dont le premier est fort étendu, contiennent des notions, en partie neuves alors^ sur les propriétés de la fonte , du fer et de l'acier. Bergmann détermina pour la première fois , par des analyses exactes , la composition de ces matières, en centièmes :
Composition de la fonte {ferrum crudum) :
Mlnlmam.' Maximum.
Silice 1,0 3,4
Carbone 1,0 3,3
Manganèse 0,5 30,0
Fer 63.3 97,5
(l)I>i88ertation présentée en 1747, et réimprimée dans les Oputeui, phfiic. et chemic.y toI. I, p. 264.
(2) Observationes fionnullx de ealculis urifut; imp. avec la disaerUfioii de Scheele sur le môme sujet, dans Act. Soc. Holm>, ann. 1776. et dansO/nufW. j}Ay5ic., vol. IV, p. 887.
(3) Année 1781 ; OpuscuL pltysir., vol. III, p. 1.
mOISlil^E EPOQUE. 447
Composition du fer forgé (ferrum emum ) :
SUioe., « o,oâ 0^
CbarboQ pur 0,05 0^2
Manganèse 0,50 3o,0
Fer 99,fi0 99,4
Composition de l'acier {chalybs):
Silice • 0,3 0,9
CariioDie 0,2 0,8
Manganèse 0,5 30,0
Fer 68,3 99,0
Des acides métalliques (4). — On trouve dans cette notice la première description des acides molybdique et tungstigue, qui paraissent avoir élé découverts à peu près en même temps par Bergmann et par Scheele.
De lamagnésie (2). — Après un court exposé historique, Tauteur arrive à décrire les principaux sels magnésiens (carbonate, sulfate , nitrate , oxalate, formiate , borate , tarlrate, acétate, phosphate, chlorure). Le premier, il indiqua tous les caractères qui servent à distinguer la magnésie de la chaux. Voici comment il èe résume lui-même : « La magnésie saturée d'acide vitriolique forme un sel amer, qui n'exige guère que son poids d'eau pour sa dissolution; — la chaux forme avec le même acide un sel sans saveur, 400 parties d'eau suffisant à peine pour la dissolution d'une seule partie de sélénite; — la magnésie donne avec Tacidè nitreux (nitrique) un sel crislallisable; — le nitre calcaire ne peut être que très-difficilement amené à cristalliser; — le muriate de magnésie (chlorure de magnésium) laisse échapper son acide au feu; — il n'en est pas de môme du muriate caleaire; — la magnésie unie au vinaigre refuse de cristalliser; — la chaux donne avec cet acide une belle cristallisation; — la magnésie n'est pas précipitée par l'acide vitriolique; — celui-ci entraine sur-lechamp la chaux sous forme de sélénite. n
(i)De acidismetalUcis;XcX, Acad. Stockholm., année 1781 -, réimprimé dans les Opuscul physic, vol. lU, p. 124.
(2) De magne$ia (alba), diaquisitio, anno 1776, die 23 dec, publiée yeniiljitji in auditorio GostaviaiD; dans les Opuêcul. physic, ^ vol. !< p< 3^.
448 HISTOnJS DS LA CHmiB.
Les chimistes, qui aTaieot les premiers eoirevu l'existence de la magnésie, regardaient cette matière comme une chaux altérée, ou plutôt comme un produit de tran$muiaH<m de la ckoMx, Cette manière de voir a vai t frappé Bergmann ; et c'est à ce sujet qu'il faitlesréflexionssuivantes, qu'il estbonderappeler: c Iln'est guère possible, dit-il, qu'une même matière prenne des caractères aussi différents ; cependant, tant qu'il n'est question que de possibilité, je n'ai autre chose à répondre , sinon que nous ne sommes pas encore assez avancés dans la science chimique pour juger sûrement a priori si la nature peut ou ne peut pas opérer de semblables transmutations. Mais gardons-nous de conclure la réalité do fait , d'une possibilité même accordée ou difGcile à détruire; ce serait ouvrir la porte à une infinité de métamorphoses semblables
à celles d'Ovide N'abandonnons donc point l'expérience, qui
doit être pour nous le Vrai fil d'Ariane; les maîtres del'art veulent des expériences très-exactes, par analyse et par synthèse, qui, étant faites convenablement, présentent en tout temps et en tous lieux les mêmes résultats. »
Du zinc et de set minerai* (i). — Ce mémoire est précédé d'un excellent aperçu historique du zinc. On y trouve les premières analyses qui aient été faites des principaux minerais de zinc.
D'autres mémoires de chimie, non moins remarquables, ont pour titres : De tariaro antimoniafo (2); — De terra silieea (3) ; — De terra gemmarum (4) ; — De calce auri fulminante (5) ; — De plaiina (6); — Deniccolo (7) ; — De arsenico (8); — De sianno sulphurato (9); — De antimoniatibus sulphuratis (10); — De connttlno hydrargyri cum acido salis (41); — De laterum coelione
(1) Haec dtoiertatio publlce Teotilata est die 20 martu,anni 1779. Oputeitl. ph^ie.,\o\. II,p. 309.
(2) Dissertatio publica fentilata 22 dec. aon. 1773. Opuscul. pkjfsie., vol. f. p. 318.
(S) Di88., ann. 1779; Opuscul., vol. II, p. 20.
(4) N. Act. Upsal., ano. 1777; Opuscul., toI. 11, p. 72.
(5) DissertMio publica, ann. 1769; Opuscul. ^ vol. II, p. 133,
(6) Act. Stockh., ann. 1777 ; Opuscul., toI. II, p. 166.
(7) Diss. publica, ann. 1775; Opuscul., vol. II, p. 231. (6) Dis8. publica, ann. 1777; Opuscul., vol. II, p. 272. (9) Act. Stockh., ann. 1781 ; Opuscul., vol. III, p. 167. (10} Diss. publica, ann. 1782 ; OpusaU., toI. III, p. 164. (11) Act. Acad. Stokh., ann. 1769; Opuscul., vol. IV, p. 279.
Taoïsifan ifOQXJt. 449
nie imiruenda (I); — De cohalio^ niecolo, plaiina, magnesia^ eorumque per prwcipiiaiiimes invesiigata indole (2); — Analysis cAenUea pigmenii indki (3).
Les dissertations de Bergmanii sur Thistoire de la chimie {De primordHs chemùe; — Hisioria chemix mediixvi (4); *- Oratio de nuperrims ehemiœ incrementis) (5), renferment des documents intéressants, qui malheureusement ne sont pas toujours puisés à des sources bien authentiques.
Nous avons déjà dit que Bergmann était également versé dans d'autres sciences ; car il nous a laissé des travaux fort remarquables sur la minéralogie et la géologie, teisque Deformis crysiallorum; —De lapide hydrophano; — De terra turmalini; — De mineris ferri alins^-^^Producta igrUs sublerranei; — De analysi lithomargœ ; — De terra asbestina; — Observationes miner alofficœ; — De terris geoponicis (6) ; — De montibus Westrogothicis,
(1) Acta Acad. Stockh., ann. 1771 ; OpuscuL^ vol. IV, p. 336.
(2) Opuscul. physica, vol. IV, p. 371.
(3) Dissertation couronnée par l'Académie des sciences de Paris. Voyez Mé- ■ moires présentés à V Académie royale des sciences, etc., t. IX, i7S0, p. 121-164. — C'est un des premiers travaoi chimiques qui aient été publiés sur Tindigo. L*avtear y indique parfaitement Taction décolorante que l'acide nitrique et le chlore exercent sur l'indigo ; il ajoute môme que le chlore, quHl appelle acide marin déphlogistiqué par la magnésie noire, se transforme de nouveau, après avoir réagi sur Tindigo, en acide marin ou muriatique. Il décrit fort au long Taction des alcalis et des acides sur Tindigo, et obtint, par la distillation de cette matière tinctoriale, en centièmes, 2 parties d'air fixe (acide carbonique), S parties' de liqueur alcaline, 9 parties d'huÙe erapyreumatique, et 3 parties de charbon ; ce charbon, brûlé dans l'air, donnait 4 parties de cendre d'un rouge brique, dont la moitié se composait de rouille de fer, et le restant d'une poudre siliceuse très-fine. Traité par la voie des dissolvants, l'indigo donnait^ en centièmes :
llatière mucilagmense soluble dans l'eau 12 parties.
Résine soluble dans l'alcool 6
Matito terreuse soluble dans le vinaigre « 22
Chaux de fer ( oxyde de fer ) soluble dans l'acide muriatique. 13
Matière tinctoriale bleue pure 47
Cette analyse, dit Bergmann, ne peut malheureusement être contrôlée par la synthèse ; car il est impossible à l'art de reproduire la structure organique des substances végétales ou animales.
(4) Opuscul. physlcay vol. IV, p. 1-141.
(5) /M., vol. VI, p. 66-95.
(A) La Société royale des sciences de Montpellier avait, en 1771, rois au concours la question suivante : Quels sont les caractères des terres en général ?
■ISt. bl LA COIUII. — T. II. 29
450 HISTOntB Dl LA CfllVIE.
Parmi ses travaux sur la physique, l'astronomie è( même rbistoire naturelle, on remarque: Ewpenmenia tUtifkai'- De vi electrica turmalini; — De erepmeuUs; — Oe fulgwûtim observationes ; — De arcus calesM explieatiombm; -^ Awari horeales{i)\ -^DeanrorœborealisMitudine;-^ Deaitradkmwiii' versali; -^ De interpolatione astrmofnka; — De0pilmt;'--Deph tyoeampe, sive emca fini; — Cla$se$ larvarum; — De IdnàMm; De coceo aguaticoy sive hirvdine oetoeulata ;^^De nMra ten^edinum et erueamm apuriantm; De gnUa quadam tinfpdm[î).
•cbeele*
Peu de chimistes avaient encore'pénétré aussi loin dans less^ crets de la nature que Scheele. Il avait le génie des découvertes: aucun détail n'échappait à son regard scrutateur. Hais il loi manquait, -^ témoin la théorie du phlogistique qu'il avait adoptée, cet esprit généralisateur qui fait jaillir d'un ensemble de faits les vraies lois, fondements de la science. Or, c*ékait là précisémeot ce qui caractérisait Lavoisier. Ces deux hommes de génie
Assigner les défauts de celles qui sont peu propres à la production d» grains, et les vioyens d*y remédier, — Bergmano remporta en 1773 le prix proposé pour cette question. — Opuscula physica et chem., vol. V,p. 59. Ct mémoire renferme des notions intéressantes sur les terrains tertiaires, tant so» le rapport géologique que sous le rapport de Tagriculture. L*auteur y conàdèrv la cbauX) l'argile, la magnésie et la silice comme des corps amples, mais qv Ton pourrait bien, soupçonne-t-il, arriver un jour à décomposer en des élémests plus simples encore.
(1) OpuscuL physic, vol. V. p. 226. C'est une espèce de journal (di<in«tN)> o<i se trouvent registrées les aurores boréalea obaerrées depuis le S férrier 17Mi jusqu'à la fin de l'année 1762. Ce travail est auivi d'une disaertatîoa aor la b>oteur des aurores boréales. BergmuMia/fouéqne,malgiéde6 obserratioM asâdù. ment continuées pendant plusieurs années, il n'élut point parvenu à soumettre ce phénomène à des règles fixes, n C'est, dit^ii, une chose digDe de fenvqor que les variations qu'éprouve Taiguille aimantée pendant la durée de raurort boréale. Y aurait-il là quelque rapport avec la force électro -magnétique? >•
(2) Opuscul. physic, vol. V, p. 141. — Bcrgmann trouva que c'est un inserte luirticulier qui, en fixant son domicile sur l'écorce du chêne, donne naissance à la noix de galle ^i utile dans les arts. U communiqua sa découverte à son illustre ami et compatriote Linné, qui donna h cet insecte le nom de cpûp quercus corticis, et en traça les caractères suivants : Anfennis instrudut» longissimis, colore pallido, in crurilms tamen oculisque vividiort.
TROISdkVB ÉPOOtB. 451
étaient faits pour s'entr'aîder, ponr se compléter en quelque sorte réciproquement, et élever en commun rédiflce de la chimie : l'un semblait destiné à en apporter les matériaux, l'autre à en tracer le plan.
Charies-Guillaume Scheele naquit, le 19 décembre 1742, à Straisund, ville aujourd'hui prussienne, et qui appartenait alors à la Suède. Fils d'un commerçant, il fut, à peine âgé de quatorze ans, placé à Gothenbourg comme apprenti pharmacien, chez Bauch, un ami de sa famille. C'est là que, sans autre guide qu'un ouvrage {Prœlectiones chemicœ) de Naumann, disciple de Stahl, il se mita étudier la science qu'il devait si puissamment conlribuer à réformer. Après un apprentissage de dix ans , il demeura encore deux ans auprès de son maître ; puis il entra successivement au service deRalstroem, pharmacien à Malmoe, et de Scharenberg, à Stockholm, a Cest au milieu des occupations les plus obscures, dit un écrivain célèbre qui débuta aussi comme apprenti pharmacien , c'est au milieu de ces occupations que s'acheva son éducation dans une science ou il était destiné à paraître avec tantd'éclat (1). n En 1773, Scheele se rendit à Upsal, où il eut l'occasion de faire connaissance avec deux hommes célèbres qui remplissaient l'Europe de leur renommée, Bergmann et Linné (â). Bergmann fut le premier à le révéler au monde sa-
(1) M. Dumas, leçons de philosophie chimique (Paris, 1837, in-8*), p. 88 : — « Scheele était si ardent à Tétude de la chimie, qu'il prenait sur son sommeil le temps nécessaire à ses recherches ; et, dans un accès de malice étourdie, un de ses camarades s^avisa de mêler à ses produits une poudre détonante f de telle sorte que , revenant à ses expériences au milieu de la nuit, Scheele, dès la première expérience, détermina tout à cqnp une forte explosion qui mil toute la maison en éro<^, et qui yint dévoiler ses travaux nocturnes. Depuis œ moment on devint plus sévère aux expériences qui occupaient si vivement sa jeune imagination. »
(2} Ce fut, dit-on, un hasard qui fit connaître Scheele à Bergmann. « H était emi^oyé par un pharmacien (M. Look) qui fournissait 'à Bergmann les produits rhlroiques nécessaires à ses travaux. Celui-ci, ayant un jour besoin de salpêtre, en fait prendre chez ce pharmacien, remploie à Tusage auquel il le destinait, et cl<^termine la production d^abondantes vapeurs rouges formées, comme on sait, par Tacide hypo-kzotiquc, mais qui, dans son opinion,' n'auraient pas dA se dé- •^agerdans les circonstances où Te sel avait été placé. Bergmann étonné s'en prend a quelques impuretés du salpêtre. Il renvoie ce sel par un de ses élèves, qui ne manque pas une occasion si belle de rudoyer nn pen le pauvre garçon apothicaire |ai favalt livré. Mais Hcheele s'informe do ce qui s'est passé, se fait expliques e<^ détails de Texpérience, et il en donne immédiatement Texplicatimi. A pehic -elle-cî est-elle rapportée à Bergmann, qu'il accourt au|)rès de Scheele, IMnter-'
45â HISTOIRE DB LA CHIMIK.
vant; ii en parle avec admiration ^ dans la vasle correspondance qu'il entretenait avec les principaux savants de son époque.
L'importance de ses travaux ne tarda pas à faire sortir Scbeele de Tobscurité dans laquelle il semblait se complaire. On lai fit plusieurs propositions avantageuses, dans Ti^tention de le faire sortir de son humble condition; il refusa toutes ces offres. Frédéric II, roi de Prusse, ne réussit pas davantage à Tattirerà Berlin.
Mais il apprend que, dans une petite ville de Suède, àUjoping , il existe une pharmacie demeurée en(re les mains d'une veuve, qu'il y trouverait un emploi paisible, que la veuve pos* sède quelque bien, et qu'il pourrait aspirer à Tépouser. C'est l'avenir qu'il lui faut : retraite, calme et médiocrité. Il se transporte vite à Rjoping, il accepte tous les arrangements, et s'établit chez la veuve. Mais, par une de' ces contrariétés si fréquentes dans la vie, il se trouve, tout examiné, que la succession est obérée de dettes, et que la pauvre veuve ne possède rien. Ainsi, au lieu d'an sort paisible, d'une existence douce et tranquille, c'est une vie pénible et de labeur qui se présente. Toutefois Scbeele ne recule pas, et l'accepte sans hésiter, trouvant qu'on doit être prêta donner quand on se croit digne de recevoir. Il se met dooci l'œuvre, et, partageant son temps entre ses recherches et les soins de la pharmacie^ il emploie tous les bénéfices de la maison à eo payer les dettes. Sur les 600 livres qu'il gagnait chaque année, il en réserve 100 pour ses besoins personnels, et consacre le reste à la chimie (I). »
En 1786 Scbeele épousa la veuve qui, neuf ans auparavant, loi avait cédé son établissement, et mourut, le 21 mai 1786, deos jours après son mariage, n'ayant pas encore atteint l'âge de quarante-quatre ans.
C'est pendant son séjour à Kjoping que Scbeele mit au monde la plupart des travaux qui illustrèrent son nom (2). L'Académie
roge, et découvre, à sa grande surprise, à sa grande joie, aoos IliumUe Ubbf de rélèye en pharmacie, un chimiste profond et consommé, un chimiste de h»a\t Tolée, à qui se sont déjà révélés nombre de faits inconnus. » M. Doxnu, U- ÇOM de pkilotophie chimique, p. 90.
(1) M. Dumas, Leçons de philosophie chimique, p. 91.
(2) « On raconte que le roi de Suède, dans un voyage hors de ses États, ta^<^ dant sans cesse parler de Sdieele comme d'un homme des plus émioeots, f"^ peiné de n'avoir rien fait pour lui. Il crut nécessaire à sa propre gloire de dooaer
TROISIEME ÉPOOUE. 453
royale des sciences deStockholm, rAcadémie royale de Turin, et la Société des scrutateurs de la nature, de Berlin, se glorifiaient de le compter au nombre de leurs membres.
Scheele, dans sa courte apparition dans ce monde^ob tant d'intérêts s'entre-croisent et se brisent dans d'irrésisibles chocs, commande notre admiration et notre respect, non-seulement comme savant, mais encore comme homme privé. Avec de petites ressources, il fit de grandes choses. Jamais il n'ambitionna les honneurs et les richesses. Les passions égoïstes n'eurent point prise sur ce beau caractère. Jamais il n'avait songé à faire de la science un marchepied.
TraTaux de ftche«le«
Les ouvrages de Scheele forment une collection de mémoires de peu d'étendue (1); mais chacun de ces mémoires renferme souvent plusieurs découvertes à la fois.
L'histoire de la science n'avait pas encore offert un spectacle pareil à celui que présentent par leurs travaux La voisier et Scheele. L'un porte le flambeau de la philosophie naturelle dans la connaissance chimique des gaz ; l'autre a imprimé à la chimie minérale et organique cette marche assurée qui convient à une science essentiellement expérimentale. Si Scheele ne s'élève pas à la hauteur de Lavoisier par l'esprit de généralisation, il lui est peut-être supérieur dans l'application de la méthode expérimentale^ et dans l'examen analytique des faits. Aussi est-il bien rare de voir un seul homme réunir en lui à la fois l'esprit d'analyse et l'esprit de synthèse.
une marqae d^estime à un homme qui illustrait ainsi son pays , et il s^empressa de le faire inscrire sur l'a liste des chevaliers de ses ordres. Le ministre chargé de lui conférer ce titre demeura stupéfait. « Scheele ! Scheele ! cVst singulier, • dit-il. L*ordfe était clair, positif, pressant, et Scheele fut fait chevalier. Mais, vous le devinez, ce ne fut pas Scheele l'illustre chimiste, ce ne fut pas Scheele l^bonneur de la Suède, ce fut un autre Scheele qui se vit Tobjet de cette faveur inattendue. » M. Dumas, Leçons de philosophie chimique, etc., p. 93.
(1) Les travaux de Scheele, qui presque tous ont été imprimés, sous forme de mémoires, dans les Actes de la Société royale de Stockholm, ont été traduits en latin et réunis en deux volumes in-S"*,, sous le titre : OpusctUa chemica et • physica, latine vertu G. H. Sckaefer. Edidit et prxfatus est B, G. Hebenstreit ; Lips., 1768 et 1789. — Ils furent publiés en allemand par Fr. Hermbstaedt ISxmm^Uche physische und chemisehe Werke); Berlin, 2 vol. in-8*, 1793. — En français : Mémoires de chimie, etc.; Dijon, 1785, 7 vol. ln-18.
454 HlâTOIIUI DS U CHIMIE.
De tous lea travaux de Scheele, le moins parfait peut-être, et pourtant celui qui eut le plus de renommée, c'est /e JJvre sur Vm et le feu (I). Lorsque ce livre parut, on connaissait déjà les expériences de Black, dePriestiey, de Lavoisier, sur l'air et d'autres fluides élastiques. Les expériences décrites dans ce livre ontpour objet l'absorption de l'air du feu (oxygène) par le foie du soufre, par Tessence de térébenthine se transformant en une naatière résineuse, par le précipité vert pâle du vitriol (protoxyde de fer), par la limaille de fer humectée d'eau, par descorps combustibles, par le phosphore, par le soufre, le charbon, les métaux, etc.; la préparation de l'air du feu, soit à l'aide du précipité rouge oa de la chaux d'argent, soit au moyen du manganèse et de l'acide vitriolique (2); l'action qu'exerce l'air du feu sur la respiration des animaux, etc. Toutes ces expériences, dont quelques-unes avaient déjà été faites par Priestley et parLavoisier, mettent bien en lumière cette pénétration qui caractérise au plus haut degré l'illustre chimiste de Rjoping.
Mais s'agitril de rattacher ces faits à des lois générales, de les expliquer dans leur ensemble par des. théories philosophiques, aussitôt sa pénétration ordinaire lui fait défaut. On s'aperçoit aisément que Scheele n'est point là sur son véritable terrain; il s'égare dans les doctrines du phlogistique.
De ses nombreuses expériences si ingénieusement disposées (3}, il n'arrive qu'à conclure : 1*^ que le phlogistique est un véri-
(1) Cet ouvrage, précédé d'une' préfixe de BergmasD, parut pour la ] fois enralleinaod. Chemische Abhandlunç vonderLuft w^ Feuer, etc. {t> sal et Leipzig), en 1777. Leonhardy publia en 1781 une nouvelle édiUoii aUemande. — Traduction française : Traité chimique de Vair et du feu, etc.. traduit de Vallemandpar le baron de Dietnch^ secrétaire général des Suises et Grisons, etc.; Paris, 1781, 12. — Supplément au TraHé chimique, efmttBÊsA un tableau abrégé des nouvelles découvertes sur les diverses espèces d'air, par G. Leonhardy, des notes de B. Kirwan, et une lettre de PriesUey, etc« par la baron Dietrich; Paris, 1785, 12. — Traduction anglaise: Chemical observations and experiments on air and/ire, etc., translated from german 6f F. n. Forster; Lond., |780, 8.
(2) Scheele se servait de vessies pour recueillir les gaz. C'était U méttiode de Wren, dont il ne paraissait pas avoir eu connaissance. Voy. p. 250 de oe vo- Jume.
(3) Il est. parfaitement démontré, par quelques-unes de ces expériences, que les animaux aquatiques respirent comme les animaux terrestres, qu% absorbest Tàir duCeu (oxygène) dissous dans Teau, et le transforment en acide a^iea. Scheele se servait d*un moyen très- ingénieux pour constater la présence de Tair
T&OISliVE ÉPOQUE. >I55
table élément; 2^ qu'il peut, par raffîmté qu'il a pour certaines matières, être transmis d'un corps à un autre ; 3° qu'en se combinant arec l'air du feu (oxygène), il constitue le calorique; 4" que le calorique (combinaison du pblogistique avec l'air du feu), par suite de la combustion ou de la respiration, adhère à l'air corrompu (azote), et le rend plus léger, etc. (i).
On a lieu de s'étonner que Scheele, qui se glorifiait de ne croire que ce qui tombe sous les sens, ait pu prendre la défense du phiogistique, d'une substance chimérique que personne, pas plus que lui-même, n'avait jamais vue. Mais les considérations théoriques ne vont point à la trempe de son esprit : il trébuche dès qu'il essayede mettre le pied surledomaine de la philosophie chimique où Lavoisier était maître.
Le livre De l'air et du feu est suivi d'un mémoire sur l'analyse de l'air (2). Dès qu'il ne s'agissait plus, d'émettre des doctrines spéculatives, mais de faire preuve d'exactitude dans l'observation des faits, Scheele se montrait tel qu'il était, expérimentateur incomparable. Dans ce mémoire, il fait voir que l'air est un mélange de deux fluides élastiques bien distincts, dont l'un s'appelle air vicié ou corrompu (azote), « parce qu'il est absolument dangereux et mortel^ soit pour les animaux, soit pour les
du fea dans Teau : n Je prends, dit-il, par exemple, une once d*eaa; j*y verse environ quatre gouttes d^une soluUon de TÎtriol de mars et deux gouttes d'alcali du tartre, affaibli par un peu d*eau ; il en résulte aussitôt un précipité d'un ▼ert foncé qui jaunit quelques minutes après, lorsque l'eau contient de Vair du feu ; mis dans Teau bouillie et refroidie, ou dans Teau distillée récente, en communication aTec Tair libre, le prédpité conserve quelque temps sa couleur Terte, et ne jaunit qu*une heure environ après; et, s'il est gardé dans des flacons pleins et sans aucune communication avec Tair, il ne jaunit point. » — Dans d'autres Apériences Scheele signale la lumière comme faisant noircir le sel d'argent (chlorure), et il montre le premier qu'en exposant au spectre solaire un papier imprégné d'un sel d'argent (chlorure), on le voit noircir bien plus prorapteroent au rayon violet que dans les autres rayons. — CVst donc à Scheele que Ton doH la découverte d'un fait, sans la connaissance duiiuel on n'aurait jamais iitTenlë la photographie. Malheureusement c'est toujours le pUogisthiue qui joue, selon lui, le principal rôle dans ces phénomènes. Traité de Voir et du feu, etc., p. 237, p. 145 (Paris, 1781,in-12).
(1) Traité de Cair et du feu, etc., p. 145.
(2) Quantum aeris puri in atmosphœra quotidie insit. Acta Acad. reg. Suce, anni 1779. — Opuscul, chemica etphysica,\KA. I,p. 193-199. Supplément aa trailé chittiique de l'air et du feu, etc., par le baron de Dielrich; Paris, 1786, in^ia.
HISTOIRE DE LA GHUllE.
végétaux; Taulre s'appelle air pur ou air de feu, parce qu'il est tout à fait salutaire et qu'il entrelient la respiration. »
Mais il importait de trouver les proportions de ces deux fluides élastiques qui composent un volume d'air donné. Or, voici le procédé d'analyse qu'il avait imaginé. La figure cl-jointc (reproduite d'après le mémoire original) devait faciliter Tintelligence de la description. Au fond de la cuvette A, on voit un sup-
port B, où se trouve fixée une tige de verre, surmontée d'une petite capsule C, posée sur un petit plateau horizontal. Cet te capsule contenait deux parties de limaille de fer et une partie de soufre en poudre, humectée d'eau. Ce mélange devait absorber tout Voir pur (oxygène), contenu dans l'air commun (atmosphérique) que renfermait l'éprouvette D, renversée sur le petit appareil BC dans la cuvette remplie d'eau. A l'extérieur de l'éprouvette était collée une bande de papier £, marquant, par sa longueur, le tiers de la capacitédu verre cylindrique ; cette bande était elle-même divisée
TROISliMS iPOQUE. 457
en onze parties égales, de sorte que chaque trait deE indiquait le trente-troisième du volume de l'air atmosphérique contenu dans D. A mesure que Tozygène était absorbé, Peau montait dans Téprouvette pour combler le vide. La colonne d'eau, s'élevant ainsi graduellement, mesurait la quantité d'oxygène enlevé à l'air par le mélange de soufre et de limaille de fer humectée.
Ces expériences analytiques de l'air, au moyen de l'appareil qui vient d'être décrit, furent commencées le l*"" janvier 1778, et continuées sans interruption pendant toute Tannée jusqu'au 31 décepbre. Le résultat final fut que l'air contient une quantité à peu près invariable d'air déphlogistiqué (oxygène), et que cette quantité est de neuf trente-troisièmes, c'est-à-dire un peu plus de 25 pour cent.
La partie la plus importante des travaux de Scheele concerne la ohimie minérale et la chimie organique. C'est là que ce grand chimiste adéployé tout son génie : chaque pas qu'il fait dans cette voie est signalé par une découverte. Comme cette partie des travaux de l'illustre Suédois est peut-être un peu moins connue que le Traité de l'air et du feu, nous allons nous y arrêter davantage. Nous commencerons parles mémoires les plus remarquables, sans nous astreindre à l'ordre chronologique de leur publication. Ces mémoires peuvent, en quelque sorte, servir de modèles : ils se distinguent par une méthode rigoureuse, et par une concision telle qu'ils se refusent à toute analyse^ car il n'y a pas un mot qui n'ait une valeur déterminée, et il n'y en a pas une seule phrase à retrancher.
Comme ces mémoires sont en général très-courts, et à peu près tous rédigés d'après le même plan, nous.allons donner ici comme spécimen le mémoire sur Tacide citrique. Nous laissons parler l'auteur lui-même.
S«r le suc dm citroii et sa crlsIalUsatloii (1).
Plusieurs chimistes ont essayé d'obtenir le suc de citron sous forme de cristaux, à l'aide d'une simple évaporalion. De ce que ce moyen ne réussissait point entre leurs mains, ils en avaient aussitôt conclu que l'acide du citron est incristaliisable, bien que,
(1) De $veco eitri jusque eridaVUsatioiut. Nova Acta Acad. reg. Suc. ann., 17ai. ^ Crdl, Chemitche Annalen, 1781, cah. 7. — Opuseuia ehemica et pkffûeay vol. II, p. 181-188.
458 HisTonuB de u^ chimie,
seloi^tpute probabilité^ presque tous les acides végétaux soieul susceptibles de cristalliser» pourvu qu'on leur enlève les ma* tières étrangères qui y adhèrent.
« J'ai, ajoute-il, réduit^ parrévaporation, Le suc de citron jusqu'à consistance de miel, et je Tai dissous dans de Tesprit-de-vin concentré. Il s*est formé un coagulum qui est resté sur le filtre, et qui consistait en une matière mucilagineuse mêlée d'une trèspetite quantité de citrate d'alcali {pauxillo alcali cUriUi) . Espérant alors que le suc ainsi purifié ne se refuserait plus à la cristallisation, je fis évaporer la solution alcoolique; mais le succès ne répondit pas à mon attente, car il. ne s'était produit aucune apparence cristalline. Ceci me conduisit à penser que Tacide pouvait bien être encore sali par quelque matière étrangère sciable dans l'esprit- de- vin, et capable de s'opposer à sa cristallisation. La suite me prouva que j'avais deviné juste; car il existe dans Tacide du citron une matière grasse, savonneuse {materia saponacea)f qui se dissout, comme tout le monde sait, et dans Teau et dans l'alcool, d
Scheele rappelle ici que Tacide du tartre est extrait au moyen .de la craie (1), et qu'il se produit, dans ce cas, un sel moyen, la chaux tartarisée (ca/o; tariarisata)^ très-peu soluble dans l'eau. Or la môme chose arrive pour l'acide du citron, qui forme avec la chaux un sel très-peu soluble dans l'eau. En employant ce procédé on obtient l'acide pur et exempt de toute matière grasse ou gommeuse; on le sépare aisément de la chaux par Tintermèdiaire de l'acide vitriolique.
Mettez une mesure de suc de citron limpide dans un matras en verre d'une capacité convenable, et chaufîez-Ie sur un bain de sable. Dès que la liqueur commence à bouillir légèrement, vous y ajouterez, par petites portions, delà craie desséchée, pulvérisée et pesée,jusqu'àceque l'acide ne fasse plus d'effervescence. Pendant ces moments^là vous remuerez la liqueur constamment avec une spatule de bois. Pour saturer une mesure {cantharus) de suc de citron, il faut environ 101oths(IOO grammes) de craie sèche. Gda fait, onôte le matras du bain de sable, et on le place dans un endroit tranquille. La chaux saturée d'acide citrique {ealc eiiraie)
( 1 ) Scheele avait commuoiqué ce mode de préparation de l'acide tartrique à Reizios, qui le publia dans les Actes de l'Acad. royale de Stockholm, année 1770. Les Opuscuia chemica etphpaica de Scheele ne contiennent |pas de méaioire particulier sur Tacide tartrique.
se dépose alors sous forme de poudre. Oa enlève par décaotaiioo Teau légèrement colorée en jaune qui nage sur le résidu; on lave celuE-ci à différentes reprises avec de l'eau chaude, jusqu'à ce que Teau décantée soitexempte.de toute coloration. Ensuite on ajoute au citrate de chaux ainsi lavé li loths d'acide vitriolique, étendu de 10 parties d'eau. On remet la cornue sur le bain de sable, et on laisse bouillir le mélange pendant un quart d'heure. Le vaisseau étant refroidi, on jette le mélange sur un filtre; on lave le ^pse (sulfate de chaux) qui reste sur le filtre avec un peu d'e^u frbide, afin de lui enlever l'acide du citron qui pourrait y adhérer. On peut faire évaporer le liquide aoide filtré jusqu'à consistance presque sirupeuse, et le remettre sur le filtre, afin de séparer le restant de gypse qui pourrait s'y trouver.
La présence de la chaux citratée empêche la cristallisation de notre acide. Or, pour prévenir cet inconvénient, on verse dans la liqueur quelques gouttes d'acide vitriolique étendu; s'il se forme un précipité, il faut continuera en ajouter jusqu'à ce que toute la chaux soit éliminée à l'état de gypse. Alors, en évaporant l'acide filtré une dernière fois, on verra de petits cristaux se produire. Évaporé jusqu'à consistance sirupeuse, et exposé, après cela, à un froid modéré, l'acide du citron se prend en beaux cristaux, semblables à ceux du sucre candi.
Les sels neutres formés par cet acide cristallisent difficilement; quand ils sont parfaitement desséchés, ils absorbent l'eau atmosphérique.
Lorsqu'on soumet à la distillation l'alcali volatil citrate (citrate d'ammoniaque), on remarqueque sabase se volatilise etque l'acide se détruit.
L'acide du citron produit avec la terre calcaire un sel moyen, très-peu soluble dans l'eau. Il se combine de môme avec la terre pesante (baryte). Le sel ainsi produit est un peu plus soluble dans l'eau que le précédent.
Combiné avec la magnésie, il donne naissance à un sel assez soluble dans l'eau, mais incristiliisable; exposé à la chaleur, ce sel se convertit en une matière gommeuse transparente.
L'acide citrique attaque à peine les métaux ; le fer et le zinc sont les seuls qui soient dissous par lui avec dégagement d'air inflammable (hydrogène).
Les solutions métalliques ne sont guère changées par l'action de l'acide du citron, excepté les solutions acéteuses de chaux, de
460 HISTOIRK DB LA CHIKIE.
plomb et de mercure, qui sont précipitées en blanc. Ces précipités sont redissous par l'acide nitrique étendu; dans le cas contraire, i 'acide du citron contient encore un peu d'acide vitriolique qu'on parvient à éliminer par des cristallisations réitérées.
Scheele est l'inventeur de la méthode que nous venons de faire connattre. On s'en sert encore aujourd'hui pour la préparation de la plupart des acides végétaux.
Béeo«Terte d« chlore •owf le mobi d*aeldeBt«rlmti4«c déphle-
0ÊUnmé. — Un mémoire non moins remarquable, mais beaucoup plus étendu, est celui qui ivaiie du manganèse (magnesianigra), et qui se trouve inséré dans les Actes de la Société royale de Stockholm de l'année 1774 (1).
Fidèle à sa manière de procéder, l'auteur essaye d'abord l'action de divers réactifs sur la matière soumise à l'observation. En traitant la magnésie noire (peroxyde de manganèse) par l'acide vitrio- Hque^il obtenait un sel blanc, légèrement rosé, soluble dans Peau: c'était le sulfate de manganèse. 11 n'ignorait pas qu'il se dégage, pendant cette opération^ un fluide élastique qui possède toutes les propriétés de l'air déphlogistiqué (oxygène).
Il soumit le manganèse à l'action de tous les acides minéraux et organiques alors connus, et il arriva ainsi, au moyen de l'acide muriatique, à découvrir le chlore, ou, comme il l'appelait, Voeide mufiatique déphlogistiqué,
La découverte de ce corps si important vaut la peine que nous nousy arrêtions un moment, a Je versai, dit Scheele, une once d'acide muriatique sur une demi-once de magnésie noire en poudre. Au bout d'une heure je vis ce mélange à froid se colorer en jaune; en le chauffant, il se'développa une forte odeur d'eau régale (9).
n Afin de me rendre compte de ce phénomène je me servis du procédé suivant : j'attachai une vessie vide à l'extrémité do col de la cornue contenant le mélange de magnésie noire et d'acide muriatique. A mesure que la liqueur continuait à faire effervescence, la vessie se gonflait; l'efTervescence étant arrêtée, j'ôtai la vessie. Celle-ci était teinte en jaune par le corps aériforme qu'elle contenait, exactement comme par l'eau régale. Ce corps n'est point
(1) De magnesia nigra: Acta Acad. reg. Saec, annt 1774. Opuscula chemin etphysîca, éd. SchacfTcr et HebenslrcU ; Lips., 1788, 8, toI, I, p. 227-281.
(2) Opuscula chemica et physica, toI. I, p. 232.
TROISIÊHS ÉPOQUE. 461
de Tair fixe (gaz acide carbonique) (1); son odeur, extrômement forte et pénétrante, affecte singulièrement les Rarines et les poumons. En vérité, on le prendrait pour la vapeur de Teau régale chauffée {pro halitu aqux regix calefacix haberes). Quiconque voudra connaltse la nature de ce corps devra Tétudier à l'état do fluide élastique (3). »
Pour recueillir ce ^az, Tauteur conseille de se servir^ au lieu d'une vessie, de bouteilles pleines d*eau, renversées sur des cuvettes remplies du même liquide.
Voici la description qu'il fait des propriétés de Vacide muriatique déphlogisiiqué (chlore) :
a. Ce fluide élastique corrode les bouchons des bouteilles où il se trouve renfermé, et les teint en jaune ; il attaque de môme le papier;
b. Il blanchit le papier bleu de tournesol, et détruit la couleur rouge, bleue, jaune des fleurs, et même la couleur verte des feuilles. Pendant cette action, il se convertit, en présence de Teau, en acide muriatique;
c. Les fleurs ou les plantes ainsi altérées ne peuvent recouvrer leurs couleurs primitives, ni par les alcalis, ni par les acides;
d. Il épaissit les huiles et les graisses, et même l'essence de té« rébenthine ;
e. Mis en contact avec le cinabre, il donne naissance à du sublimé corrosif, en éliminant le soufre du cinabre ;
/". II attaque le vitriol vert (sulfate de fer) et le rend rouge. Il ne fait pas changer d'aspect aux vitriols bleu et blanc ;
g. Il dissout le fer. Cette solution, chauffée avec de l'huile de vitriol, laisse dégager de l'cicide muriatique pur,- qui ne dissout pas l'or ;
h. Tous les métaux sont attaqués par l'acide muriatique déphlogistiqné (chlore). Il est à remarquer que la solution d'or, traitée par l'alcali volatil (ammoniaque), donne un précipité de chaux (oxyde) fulminante ;
t. L'esprit de sel ammoniac (gaz ammoniac) produit, au contact du corps en question, des vapeurs blanches;
k. Combiné avec l'alcali fixe minéral (soude), l'acide muriatique
(1) C*était le premier et alors le seul fluide élastique bien eoonu, grâee aux travaux de Black et de Bergmanu.
(2) OpuicxUaehemica et phyika, vol. I,p. 348, Si9.
462 BISTOTEE BE LA CHimB.
déphlogisiiqué forme le sel de cuisine qui décrépite surles charbons ardents ; • '
/. Il rend Tarsenic déliquescent;
m. Il tue sur-le-champ les insectes;
n. Il éteint immédiatement la flamme (1).
Maintenant, quelle est la composition de ce corps nouveau? C'est ici que Scheele retombe dans la théorie du phlogistique. La magnésie noire enlève, selon lui, le phlogistique de l'acide muriatique, en le transformant en acide muriatîque déphlogUtiqué. Le grand chimiste était, sans s'en douter, bien près de la vérité. En effet, substituez au phlogistique l'hydrogène [air inflammable) et vous aurez l'acide muriatîque (chlorhydrique) déshydrogéné, c'est-à-dire le chlore.
En poursuivant ses recherches sur la magnésie noire, il arrivée constater que celte substance , chauffée avec un mélange d'acide vitriolique et de sucre, de gomme et d'autres matières semblables donne, à la distillation, un acide toutsemblable au vinaigre le plas fort : c'était l'acide formique. — L'acide oxalique (obtenu en traitant le sucre par l'acide nitrique) et l'acide formique sont les premières matières organiques qui aient été préparées chimiquement par l'intervention de substances Ininérales.
CaméléoB minéral. Mani^aBèse. — Scbeele découvrit le caméléon minéral en chauffant un mélange de nitre pulvérisé et de magnésie noire. II explique par l'action de l'air, et surtout de l'air fixe, les phénomènes de coloration que présente la masse verte obtenue par la fusion du nitre avec le manganèse (2). Il remarqua que le verre, coloré en rouge par la magnésie noire, redevient incolore lorsqu'on le fait fondre sur du charbon (3).
Enfin, après avoir très-bien décrit les propriétés de la'magnésie noire accompagnant partout le fer, jusque dans les cendres des végétaux, il arrive à établir que la magnésie noire difTère essentiellement de toutes les terres connues, et qu'elle n'est pas un élément simple.
Ce dernier point avait particulièrement éveillé Tatlention de Bergmann, qui annonça, dans la mêmeannée 1774, que la magné-
(1) Opn^cul. cheviica et phyic, vol. î, p. 250-552. (2)/Wd.,vol. I, p. 263. ,. ...
{3) Ibid.p, 272.
TROISIEME ÉPOOUE. /i63
sie noire était la chaux (oxyde) d'un métal particulier, et que ce métal, qu'il appelait magnésium (manganesium), 4tait au moins aussi difficile à fondre que le platine. 6ahn^ s'occupant alors du môme sujet, parvint, avant Bergmann, à obtenir le manganèse à Tétat de régule. Cependant Bergmann donna le premier l'histoire du manganèse métallique (1).
Une chose digne de remarque, c'est que ce n'est pas l'expérience directe, mais Tinduction, qui a amené la découverte du maganèse. Voici comment on avait raisonné. La magnésie noire colore le verre; sa densité est très-considérable; ses dissolution^dans les acides sont précipitées par le sel lixiviel du sang (cyanoferrure jaune de potassium). Or tous ces caractères sont communs aux chaux métalliques, et aucun d'entre eux n'est applicable aux terres (chaux, argile, etc.). Donc, la magnésie noire doit être, non pas une terre, comme on le prétend, mais une chaux métallique.
Parles détails qui précèdent, nouscroyons avoir donné une idée sulTisante de la méthode de Scheele, poumons permettre de ne faire qu'une analyse rapide de ses autres travaux, dont chacun est marqué par une découverte.
Verre pesante^ terra ponderoea (baryte), — Pour démontrer que la terre du spath pesant (sulfate de baryte) est tout à fait différente de la chaux, Scheele calcina, dans un creuset, un mélange pâteux de ce spath, dépoussière de charbon et de miel, et attaqua la masse hépatique (sulfure de baryum) par Tacide muriatique. Il obtint ainsi une dissolution (chlorure de baryum) qu'il précipita par une lessive de potasse. Vient ensuite l'énumération de tous les caractères propres à distinguer ce précipité blanc (carbonate de baryte) de la chaux (2).
(I) Bergmann, Opuscula physica et chemica, vol. Il, p. 201. ~ Gahn parvint à obtenir le régule de manganèse par le procédé suivant : U enduisit Tintérieur (Vun creuset de poussière de charbon humectée d*eau; il mit, avec de t^uile, dans ce creuset, une petite quantité du minéral réduit à Tétat de pâte et sous forme de boule, et il le remplit de poussière de charbon. l\ lut a un aulre creuset sur celui-ci, et exposa le tout pendant quatre heures à une chaleur trèshtense. Il trouva au fond du creuset un l)outon métallique, ou plutôt un certain lombre de petits globules métalliques, dont le poids correspondait à 0,33 de ïelui du minéral employé.
(9.) Gahn avait analysé en 1775 le spath pesant, cl Tavalt trouvé compost* d*aide vitriolique et de terre pesante (baryte), découverte par Scheele-
Bien que l'auteur n'ait publié sa dissertation sur la terre pesante qu'en 1779 (i), il a^ait déjà connaissance de ce nouveau corps en 1774; car il en fait mention dans son mémoire Sur la magnésie noire (2).
C'est Guyton de Morveau qui donna à la terre pesante le nom de baryte (de papuc, pesant). Ce nom a été depuis universellement adopté.
lie flvor minéral et son aelde (3). — L'examen du fluorfot un des premiers travaux de Scheele. L'illustre chimiste découvrit que, lorsqu'on traite le spath fluor par l'acide sulfurique, il se dégage des vapeurs acides qui attaquent le verre de la cornue, le papier, le lut, etc., et qui diffèrent de tous les au très acides connus. L'acide ainsi obtenu était l'acide fluo-silicique, et l'auteur avait parfaitementremarqué que la croûte pierreuse qui se formait dans le vase rempli d'eau, destiné à recueillir cet acide, n'était autre chose que de la silice pure. Il conclut d'une série d'expériences que cette silice provenait de l'action combinée de l'acide du fluor et de l'eau (4).
Mnis Wiegleb et Buchbolz allèrent plus loin : ils firent voir que la quantité de cette silice se trouvait d'un poids exactement égal à celui dont la cornue avait diminué dans l'expérience, et Meyer acheva de prouver que cette silice provenait du verre.
Quelques chimistes français, Achard, Monnet, et le pseudonvine Boulanger, élevèrent des doutes sur l'existence de cet acide, appdè alors acide fluorique. Scheele, pour réfuter leurs objections, entreprit une nouvelle suite d'expériences qui confirmèrent complètement sa découverte (5).
On n'est pas encore parvenu à isoler le fluor, appelé aussi phihore, parce qu'il attaque tous les vases où l'on cherche à le recueillir.
(1) Beschxftigungen der Berlinischen GêselUchaft naturforKkender Freunde; 4***^ B. 1779. — Examen chemicum de terra ponderasa, Oimsaiia chemica, vol. II, p. 202.
(2) De magnesla nigra, OpuscuU chemica, vol. I, p. 144.
(3) Examen chemicum /tuoris mineralis jusque acidi; Act. Acad. reg. Suer ann. 1771. Opiiscula cheiuica, vol. II, p. 1-22.
(4) En efTet, Tacide fluosilicique ( fluorure de silicium ] décompose Veau, ti donne naissance à de la silice et à de Tacide fluorhydrique.
(6) Annatationes de fluoré mineraii, Nova AcU Acad. reg. Soec. ann. 1710 Oimacula cheroica, vol. II, p. 92-100.
TBOISliMB iPOQUB. 46S
liro«T«l acide de ran«Hie(i}. --^n connaissait, depuis fort longtemps, l'arsenic blanc (2), auquel Fourcroy donna le nom d'acide anénieux. Scheele obtint le second acide de Tarsenic, appelé aujourd'hui acide arséniqne, en évaporant jusqu'à siccité un mélange de 3 parties d'arsenic bianc palvérisé» 7 parties d'acide rouriatique, et4 parties d'acide nitrique; le résidu de Tévaporation était l'acide arsénique, dont Scheele décrivit la plupart des propriétés, et en fit le premier l'histoire presque complète.
iTert de Sciieeie (3). — Scheele préparait la couleur verte, qui porte son nom, en ajoutant à une solution de vitriol bleu une solution d'arsenic blanc et de potasse. A cette occasion, il noua avertit que l'arsenic blanc qu'on vend dans le commerce est souvent sophistiqué avec du plâtre, et que le meilleur moyen de s'assurer de cette fraude consiste à en projeter quelques parcelles sur une lame chaude : « Si tout se volatilise» c'est, dit-il, un indice que l'arsenic n'est point falsifié, n
llelyMitee (4). — Le minerai de molybdène, appelé par Cronstedt tnolybdxna membranacea niiens, avait été, jusqu'alors , confondu avec la plombagine. Scheele en fit l'analyse, et le montra composé de soufre et d'une poudre blanchâtre à laquelle il reconnut les propriétés d'un acide particulier, appelé depuis acide molybdique. Bergmann, présumant que ce corps devait être une chaux métallique, engagea, en 1782, Hielm à s'occuper de ce sujet. Hielm parvint, en effet, à en extraire un métal particulier qu'il nomma mo/yfrdéne ou régule de molybdène (5).
La dissertation sur Tacide du molybdène fut, l'année suivante (1779), suivie d'une autre Sur la plombagine (6), substance ainsi
(1) Ve anenico iifwquo aeido; Aeta Acad. reg. Suée, anni 1776. Opuscul., etc., vol. II, p. 28-66.
(2) Voy. plus haut, t. I, p. 483.
(3) De pigmento viridi novo ; Acla Acad. reg. Suec, anni 1778.
(4) De molybdstna; Acta Aoad. reg. Suec. anai 1778. — Oposcula ehentlca, ▼ol. I, p. 200-213.
{S)Jjt oom de meifàdène vient de i&*Xv68ot(va» nom que les Grecs donnaient à des minerais de plomi), et particuUèreroent à la galène. Hiebn obtenait le noolybdène métalliqiie en ftyrmant une pâte ayec Tadde molybdique et de i^hnile de lin, et en la cfaaofRint dans un ereuset à un feu très-vif.
(6) De pfumte^lM; Aeta Acad. reg. Suec. anni l779, p. 214-222. Oposcola clieaiica, vol. I, p. 214-222.
■liT. DB LA CBlUia. — T. II. 30
466 HISTOIUS 9B LA CHIMIE.
caractérisée par Cronsiedt : malyUœiiatexUiramicacea ei groiiv- /a/a.Scbeele prouva laoalytiquement que Ja. plombagine n'était autre chose que du charbon mêlé à des traces de rouille de fer.
Ifelément» 4e 1» pierre ptmmmÈm «ppelée taagstèiie (i). — Les
minéralogistes avaientjusqu'alors considéré le minerai blanc, qui, à cause de sa pesanteur, avait reçu le nom detwigstè^^ comme une mine d'élain ou de fer contenant une terre inconnue : ferruià calciforme, terra quadam incognita intime tnixtum (Cronstedl. Scheele montra par l'analyse que ce minerai se compose dechaoi et d'une substance blanche, pulvérulente, qu'il appela aeide d« tungstên (acide tungstique). Il en décrivit parfaitement les pfoprié tés chimiques et les caractères qui le distinguent de Pacidemo* iybdique, avec lequel Tacide du tungstène a de Tanalogie.
Gomme pour l'acide molybdique, Bergmann présumait qœ l'acide tungstique était la chaux d'un métal particulier (2). Us frères d'Elhuyart confirmèrent pleinement cette hypothèse, en ré* duisant l'acide tungstique (retiré du minerai appelé uHdfnm par les Allemands) en un bouton métallique d'un brun foneé(3).
Bleu de PrtimM (4). — On pourrait écrire tout un volume sur l'histoire du bleu de Prusse, et ^sur les théories^qui ont été successivement émises sur la formation de cette substance, si importante pour les arts. La découverte du bleu de Prusse est due au hasard, c'est-à-dire qu'on n'y avait pas été conduit par le raisonnement. Un Prussien, nommé Diesbach, préparateur de cooleurs à Berlin, avait acheté de la potasse chez Dippel, fabric^ot de produits chimiques (le même qui avait trouvé l'huile animale particulière qui porte son nom), pour précipiter une décoction de cochenille, d'alun et de vitriol vert (sulfate de fer). Diesbacb fut bien surpris d'obtenir, au lieu d'un précipité rouge, une poudre d'un très-beau bleu. Il fit part de ce phénomène à Dippel
(t) Deprincipik lapidés ponderasi; Not« Acta Acad. rcf. Suec. awi I7fi — Opusctil. chemica, yoI. Il, p. 119-126.
(2) r Bergmanni addimefUum ad dissertai, pra'cedêntem;ùfiuetùif^ mica, vol. U, p. 127-131.
(3) Ce tuiiRstèae mètaUique avait été préparé en chaufiaatà aa fan très-violent Tacide tungstique avec de la pouasièn da charlXHi, dans un creuset kxaé.
(4) De fnaierta (ingénie cwrulei BêroUnenaàsi Nova Acta Arad. rcf. Soec annorum 1782 et 1783^ -- Opuscula ckemica, to|. I, p. 148^174.
quis6j*ap|»eia aussitôt que raleali (potoase) qa'ii YBQaitile vendra avait été caicioéavec du saog, et avait servi h la préjiaiatiOQ. do 80D boile animale. Cette découverte eui lieu ea 1710; oependani son bisloire ne fui rendue publique que lougteflaps après. , La préparation de cette couleur^ qui, sous le -nom ÛQ.Ueu.de Prusse (en allemand Berlmer Uau, Ûeu de Berlin), était devenue un objet lucratif de commerce^ demeura secrète jusqufà.L'anuéa ilU^ 6poque,Qii Woodward publia un procédé dont la connaissance lui avait été indiquée par un de ses amis d'Allemagne (!>. D'autre pàrt,firown Avait trouvé qu!onpouvait,dans la préparation de Talcali» substituer au sang Ja'ebair de boeui' et d'autres ma^ tières animales; que l'alun .ne servait qu'à étendre la coideur, et que la teinte bleue était produite par l'action de l'akali (calciné avec le sang) sur le fer du vitriol vert. Geoffroy, pour se rendre compte de la foro^ation du bleude Prusse, supposa, que le sang ou toute autre matière animale communique à Talcalt (potasse) le phiogislique nécessaire pour révivifier le fer du vitriol vert; de là le nom i*alctUiphlogistiquéf donné primitivemei|t au cyanure de potassium. Cette théorie fut adoptée par presque tous ies cbi-* mistes contemporains (2).
Macquer ayant entrepris, en 1752, à cetégardv 'de nouvelles recherches, fit voir qu'il y a dans le bleu de Prusse^ outre le fer, une autre substance, séparable par un alcali pur et, que l'alcali, tenu en ébuiUtion avec le bleu de Prusse, se sature complètement de cette substance, qu'on pourrait appeler la matiète colorante ^ qui aocompagne le- fer. Guyton de Morveau présenta une nouvelle théorie en 1772; cette théorie suppose l'aloali phlogistiqué combiné avec un acide particulier qui jouerait le principal r6le!dansla formation du bleu de Prusse*. Selon Sage, cet acide était l'acide pbosphorique. Lavoisier réfuta celte théorie. ..
Tel était l'état de la science, lorsque Sckeele fit paraître, en 1782 et 1783, deux mémoires ^r la matière Hncieriale dabieu de Prusse, dans lesquels il démontra que cette substance con-tient un produit subtil qui peut être extrait de l'alcali phlogistiqué parles acides, et même par l'acide aérien, et que c'est ce produit qui contribue essentiellement à la formation de la cou-
(1) Philoioph. Tramad., vol.XXXIll, 15. -^Le procédé consistait à traiter une flolutîoQ d'alun et de aidfate de fer par d0 la ftotasse calcinée crée dn sang.
(2) Voy. plus haut, pag. 3S5.
46S HISTOntl DS U CHIBIE.
leur bleue (1). Ce corps, qu'il appelle nuUeria ik^getu, esl ce que G.deBiorveaunommaactVfepnwsfjiie, nom qui depuis a prévalu. Il conclut de plusieurs expériences que celte maieria timgens était un composé d'ammoniaque et d'huile; mais, la synthèse ne confirmant pas sa théorie, il pensa que ce devait être un composé d'ammoniaque ei de charbon. Pour vérifier son hypothèse, il mit dans un creuset un mélange de parties égales de chaiiion pulvérisé et de potasse, qu'il maintenait pendant un quart d'heure à une chaleur rouge ; il ajouta à ce mélange du muriate d'ammoniaque par petits fragments, et il continua à le chauffer jusqu'à ce qu'il ne s'en dégageât plus de vapeurs ammoniacales. L'opération terminée, 'il fit dissoudre le résidu dans une certaine quantité d'eau; et il trouva à cette dissolution toutes les propriétés du pnissiate alcalin (cyanure de potassium). Une chose digne de remarque, c'est qu'il n'en signale nullement les propriétés vénéneuses. fierthoUet répéta, en 1787, ces expériences de Scheele. Il dé* montra que le bleu de Prusse est composé d'acide prussique. d'alcali (potasse) et d'oxyde de fer, et qu'on peut l'obtenir en cristaux octaédriques (2).
Im Uât «i MM Ml4e (3). — ApVès s'être un moment arrêté sur l'action dès acides et sur la solubilité du caséum dans les alcalis, l'auteur constata, par voie d'analyse, que ce principe du lait renferme une terre animale (terra animalis)j composée d'acide phosphorique et de chaux, dans les proportions d'environ là 1,3 p.c. le caséum étant bien desséché. Le sérum qui contient le sucre de lait s'aigrit par son exposition à l'air. Pour obtenir l'acide da lait, Scheele s'y prit de la manière suivante : il évapora un huitième de petit-lait; il le mit sur un filtre, et satura la liqueur acide par la chaux. A l'aide de l'acide de l'oseille (acide oAlique), il sépara la chaux de l'acide lactique. La liqueur filtrée fut de nouveau soumise au même réactif, afin de lui enlever les dernières traces de chaux, puis elle fut évaporée jusqu'à consistance de miel. Enfin, il traita la liqueur par l'alcool, qui dissout l'acide lactique en laissant le sucre de lait intact. La solution alcoolique
(1) De materia tingente cxrvUei BeroUnensù ; Nova AcU And. reg. Smc. «morum 1782 et 1783; Opascula chemica, vol. II, p. 148-174.
(t) Voy. plot loin les travaux de BerthoUei.
(S) De laete eju$que oMo; Nova AeU Aead. reg. Suée, ami 1780. Opascula chemica, yoI. II, p. 101-118.
. TEoniins froouK. 469
filtrée, toi étendue d'eau et soumise à une légère distillation; l'alcool se volatilisait, et ce qui restait était de l'eau contenant l'acide lactique aussi pur que possible.
Tel est le procédé indiqué par Scheele. Après avoir très-bien décrit les propriétés de ce nouvel acide, il termine en affirmant que ce dernier présente beaucoup d'analogie avec le vinaigre, sans être cependant un produit identique.
PriBeipe 4o«xdMk«iie» (1 ). — Scbeele découvrît que les huiles et les graisses contiennent toutes une matière sucrée, entièrement différente de celle qui se rencontre dans les végétaux. Pour Tobtenir le plus commodément, il faisait bouillir une partie de lithai^ avec deux parties d'huile d'olive récente et un peu d'eau. Lorsque le mélange avait acquis la consistance d'onguent, il le laissait refroidir et décantait l'eau. Cette eau, évaporée jusqu'à consistance sirupeuse, contenait la matière sucrée en question. Il remarqua que cette matière, qui reçut plus tard le nom de gly^ eéfine, diffère du sucre : I* en ce qu'elle ne cristallise point; 2* en ce qu'elle supporte une chaleur beaucoup plus forte, et qu'elle passe en partie non altérée dans le récipient ; 3^ en ce qu'elle n'est pas susceptible de fermenter.
I«'M!fde4eroaelll« (2). — On n'a pas été généralemeiit d'accord sur la question de savoir à qui des deux, de Bei^mann ou de Scheele, il faut attribuer la découverte de l'acide oxalique. Ce qu'il y a decertain, c'est que fiergmann aie premier décrit, sous le nom diacide du sucre ou diacide saccharine toutes les propriétés et indiqué la composition de l'acide de l'oseille. Mais Bergmann croyait son acide différent de celui de l'oseille (3). Scheele, avec sa sagacité bien connue, constata, à son tour, l'identité de l'acide du sucre avec celui de l'oseille. Il fait remarquer, au sujet de l'extraction de l'acide de l'oseille, qu'il faut préférer l'acétate de plomb à la chaux, parce que l'acide vitriolique ne déplace pas tout l'acide oxalique, qui a la plus grande affinité pour la chaux.
(i) De maierki saceharfna pecuUari eieerum exprei$orum eî pinifwél' num; IVova Acta Acad. reg. Suec., anni 1783. Opuscula chemica, vol. II, p: 175-180.^ Creil, chenUtehe Annalen, 17S4.
(2) De terra rhubarbari et aeido aeetosellx; Nova Acta Acad. reg. Su9c. anni J7S4. Opnscola chemica, vol. Il, p. 187-195.
(3) Voy. plus haut, p. 44A de ce Tolume.
470 HISIOIBS bS LA CHDIIB.
L'oxalate de plomb est ensuite, comiiie dans le procédé ocdioaire, déGomposé par l'acide vitpîoliqae : le vitriolate dé ptomb reste sur le filtre, et l'acide oxalique passe dans la liqueur.
li'aBlfie ée9 ponu^ep etém hmkmm (I). La découverte de Tacide citrique avait donné à Scheele Tidée de s'assurer si Tacide des pommes, des baies et d'autres fruits aigres était le même que l'acide du citron. Il ne tarda pas à se convaincre que ces fniits renferment, pour la plupart, un adde particulier qui n'est pas précipité parla chaux, comme l'acide du citron; il mit dès-iorsen usage le procédé dont il s-était servi pour l'extraction de l'acide de l'oseille. Il décrivit les propriétés de l'acide des pommes, appelé depuis acide malique (du latin tnalumy pcmime), et annooçt que cet acide est incristaUisable, qu'il forme avec les alcalis des sels déliquescents» qu'il donne avec la chaux un sel cristalliD en grande partie soluble dans l'eau bouillante (tandis que le citrate dechauxn'y est pas soluble); que le madate de chaux est soluble dans un excès du même acide ; que llacide malique peut élre facilement, à l'aide de l'aeide nîtrniue, converti en acide acétique, etc: Il dressa la liste des fruits les plus riche6 en acide malique et en acide citrique. Les végétaux dont les fruits contieaoent beaucoup d'acide citrique et très-peu d'acide malique sont : Tairelle rouge dont il distingue deux espèces, -le vaeeimi^ oxycêccuêp et le vaeeinùêtn vitis idaa, le merisier {prunus p^dttsl la douce-amère {sakanum diUeamara); les fruits qui, ad contraire, contiennent à peine des traces d'acide citrique et beaucoap d'aoide malique, sont : Tépine^vinette {berbères vuigaris), lesoreaa {sambueusni^tra), ]ei)pmïïe\le (prunus sfdnosa), \&sorbe {iarbuio^ cuparia), la prune (prunus éUwiesiica); enfin le» fruits qui sont aussi riches ^n acide citrique qu'en acide malique sont : 1^ groseille è maquereau {ribea gwssularîm)^ la groseille commune {ribes rubrum), l'airelle (vaeainium mytiiUus) , la prune (jwi«w)ï la cerise (eetasus)^ la fhûse {fragaria veaca), le fruit de la ronce {niAuschamœmorui^, la framboise {nAm idœus).
Un mék cwMmtlei (fMMe).4# mIx 4e «»u« (S). Scbeele avait, ie
(i) De acido pomorum et bwearum; Nova Acts AcSié. reg. Suée. ^ 1785. Opuscula chemica, vol. n, p. 196- 20S.
(2) De sale essentiali gallarum; PTova Acta Aead reg. Soee. anoi 178« Oimsciila cbemica, vol. I, p. 234-338.
TROISIÈMB éPOQUX. 471
premier, remarqué que le sédiment cristallin, qui se dépose dans une infusion de noix de galle exposée à Tair, possède les pro* priélés d'un acide. Il donna, dansïme courte notice, une description exacte de cet acide (aif gallique), dans ta formation duquel !*air intervient chimiquement,
He la nature de réther(l). — Ce mémoire renferme des détails de procédés extrêmement ingénieux, dans lesquels la magnésie noire (peroxyde de manganèse) joue uii rôle important. L'auteur annonce qu'un mélange, composé de 2 parties de magnésie noire, de i partie d'acide vilriolique et de 2 parties d*esprit-de-vin concentré, entre bientôt en efTervescence sur un bain de sable légèrement chauffé, et donne immédiatement naissance à de l'éther ; maisqu'en augmentant le feu on n'obtient que du vinaigre. En substituant à l'acide vitriolique l'acide muriatique ou d'autres acides, il obtenait des liqueurs éthériformes très-variées. Il parie ensuite des grandes difficultés qu'on éprouve dans la préparation de l'éther acétique, et il ajoute que, pour les faire disparaître, il faut préalablement mêler le. vinaigre avec un peu d'acide muriatique ou d'acide vitriolique, dont la présence hâte la formation de réther acétique.
E^tamen chimique d'un calcul urinafre (2). C'est dans cette dissertation que Pon trouve quelques indications sur l'existence de l'acide urîque (lîthique) dans l'urine, et sur les moyens de l'obtenir. Bergmann s'était occupé du même sujet, et avait, presque en même temps que Scheele, découvert dans l'urine une mati^e blanchâtre dénature acide, qui,. chauffée avec l'acide nitrique, prenait une couleur rouge.
Nous venônsde donnerune rapide anaîysedes travaux de Scheele. Nous ne ferons que citer les titres des mémoires suivants, très-courts d'ailleurs et d'une importance beaucoup moindre : RecefUiusaeris, ignés et kfdroffonim eœamen (3) ; — Desalinm neu-
(() Expérimenta alque adnotationes super œtkeris na^iira; .Mova Acta Aead. »eg(. Suée, anni 17S2. OfMiseula chémica, vol. II, p. 1^*144.
(2) Examen chemicum calcuU urinarii; Acta Acad. reg. Suec. anni 1776, Opusciila chemica, vol. II, p. 73-70.
(3)CreIl, ckemische Annalen^ 1785, vol. I, (k 229.— Opiisciila ctièm., toi. I, p. 177-102. ! ' • ,, . fi i •
472 RI9rOIEB DB U ÇBXmM.
tralium principiis ealee iHva oui ferro dissolvendis (1) ; — De uUte, argilla et alumine (2) ; — De nova methodo mereurhÊm dulcem parandi (3) ; — De pulvere alçiO'othi eommodius minoribusfye mpendis parando (4); — De aceU banitate cmuervanda (5) ; — De ferro addophosphorisaturaio et sale perlaio (6); — De terr» rhubarbari in pluribus vegetalibus prœsentia (7) ; — De prœparaiione tnagnesix albx (8); — Adnotationes de pyrophoro (9); — Animadversiones de cemssa alba (iO); — De sale bensoé (11).
£n passant en revue ces travaux divers, on se demande avec étonneoient comment un'seul homme a pu, dans l'espace de s^e ans, faire tant de découvertes. Le chlore (acide muriatique déphlogistiqué), la baryte, le molybdène (acide molybdique), le tungstène (acide tungstique), Tacideiluo-silicique^ l'acide arsénique, Tacide prussique, l'acide lactique, l'acide citrique, l'acide oxalique, l'acide tartrique, l'acide malique , l'acide gallique, le principe doux des huiles, le caméléon minéral, la composition de Tair, tels sont les titres de Scheele à la reconnaissance de la postérité.
Prlesiley. •
A côté de Scheele vient se placer Priestley. L'un et l'autre, tout en inaugurant par leurs travaux une ère nouvelle, restent néanmoins attachés aux doctrines anciennes. Fidèle à la théorie du
(1) Acta Acad. reg. Suec. anni 1779. — OposcDl. chem., toI. I, p. 333-216.
(2) Acta Acad. reg. Suec. anni 1770. — Opuscui. cliefn.,Tol. Il, p. 67-72.
(3) Acta Acad. reg. Saec. anni 1778. — Opuscul. chem., roi. II, p. 80^.
(4) Acta Acad. reg. Suec. anni 1778. — Opuscul. chem., toI. II, p. 8(-8a.
(5) NoYa Acta Acad. reg. Suec. anni 1763. Opuscul. chem., toI. II, p. 14S-
(6) Nova Acta Acad. reg. Suec. anni 1785. —Opuscul. chem., roi. If. p. 309-
7) Mova Acta Acad. reg. Suec. anni 1785. — (^QSQuLchem.»vol. II,p. 218-
(8) Nova Acta Acad. reg. Suec. anni 1785. — Opuscul. chem., toI. If, p. 221-323.
(9) CreU, ek9mi»ehe Annalen^ 1786. ^ Opnsenl. chem., toL n, p. 258-
(lO)Goettling, Almanach oder Taschenbudi, éLc,, 1788.— Opuscul. cfaen., vol. Il, p. 366-367.
(U) Acto Acad. reg. Suec. anni 1775.— Opuscul. chem., vol. n, p. 33-27.
TBOISIImS iPOQDS. 473
phlo^liqoe, Priesiley, tout comme Scheele, se montra constamment opposé aux principes établis par Lavoisier, qui renversa rédifice de Stabl, contre lequel étaient venusjusqu'alors échouer les meilleurs esprits.
Presque toutes les brancbes des connaissances humaines étaient familières à Friestley. La théologie, la philosophie, la physique, la chimie, la politique môme, perpétueront dans leurs annales le nom de Friestley. On ne sera donc pas étonné si nous n'indiquons ici que les points les plus saillants de la vie de ce penseur d'élite, qui se trouva en rapport avec les personnages les plus éminents de son époque.
Joseph Friestley naquit à Fieldbead, dans le Yorkshire, le 30 mars 1733. Issu d'une famille presbytérienne, il passa sa jeu* nesse dans l'étude des dogmes religieux et des langues classiques; il apprit le latin, le grec et l'hébreu, la connaissance des langues étant considérée par les protestants comme la base de la théologie. L'éducation que reçut Friestley devait se réfléchir dans les différentes phases de sa vie. Au sortir de ses classes, il fut nommé prédicateur d'une congrégation à Needham-Market; trois ans après, il obtint un emploi pareil à Hamptwich, où il fonda une école primaire; c'est là qu'en faisant devant ses jeunes élèves des démonstrations à l'aide des machines électrique et pneumatique, il sentit naître en lui une véritable passion pour la physique. 11 composa aussi pour ses écoliers une grammaire anglaise qui eut ' beaucoup de succès^ et qui, bien plus que sa polémique religieuse et ses démonstrations de physique, avait attiré l'attention des chefs de l'Académie dissidente de Warrington ; car Friestley fut appelé, en 1761, auprès de cette Académie pour enseigner les langues : c'est dans la même année qu'il se maria. Fendant son séjour à Warrington, il publia son Essai sur un cours <ï éducation libérale^ un Essai sur le gouvernement^ et ses TablMes bioffrapki" gués. Un voyage qu'il fit à Londres lui avait fourni l'occasion de se lier avec Franklin et Frice, qui l'encouragèrent à publier sou HiêMre de VéleeiricUé. L'amitié qu'il avait vouée à ces deux hommes célèbres ne s'est jamais démentie une seule fois dans te long cours de sa carrière. Son ouvrage sur l'histoire de l'électri^ cité lui ouvrit en 1767 les portes de la Société royale de Londres. Friestley, qui avait alors trente-quatre ans, quitta Warrington, et alla s'établira Leeds. C'est là qu'au milieu de ses controverses tbéologiques, il s'occupa de ses ei^périences si remarquables sur
474 HISTOTRK BE lA CHIMIE.
Tair ûxé (gaz acide carbonique), attr le gae nitreuz (bioxyde d'à* 2ote), sur l'air déphlogistiqùé (oxygène)^ dont nous rendrons compte plus loin. Il communiqua pour là première fois le résolut de ces expériences, en 4772, à la Société royale, qui lui décerna la médaille de Cbpely, destinée au meilleur travail de physique fait dans l'année.
Priestley publia presque en même temps, par souscription, V*Bistoire et Vétat actuel des découvertes reUUives à la vision, àk lumière et aux couleurs; mais cet' ouvrage foi, contre son attente, froidement accueilli du public. Après une résidence de six années à Leeds, il accepta l'offre d'un riche seigneur, amaieur deli science, le marquis de Lansdown, p^ur venir habiter près de lai à Willshire, en qualité de bîbfiothécaire. Ce fut là qu'il compléta ses Expériencessur différentes espèces d'air, et qalî se fit connaître comme physicien, ce qui ne l'empêchait pas de slitvt^ son penchant pour la controrerse philosophique et religieuse; car, dans les mêmes années où parurent ses volumes de physique et de chimie, dédiés au comte Shelburne (marquis de Lansdown), il fit imprimer divers' ouvrages de philosophie et de critique théologiqae, tels que : Examen de ta doctrine du sénscommun, telle que iawtr cevaienl les docteurs Rêid, Beattie et Oswald; Défense de fvmt^ rianisme; Défense de la doctrine 'Se la nécessité; fnstitution de!» religion naturelle et révélée,. Dans ses Recherches sur la mutièn «^ PesprityW avait nié, jusqu'à un certain point, rimmalérialrtéde l'âme; son Histoire des corruptions du christianisme, et VHistmt despremières opinions concernant Jésus- Christ, le mirent teileffleol aux prises avec les partisaus de l'Église anglicane, que c'était nne grande recommandation aux bienfatts du gouvernement que d'avoir combattu les opinions de Priestley; ce qui loi faisait dite plaisamment : <( C'est donc moi qniaî Yafeui ile cf es bénéfices d'Aogleterre. » Ces écrits de controverse, qui contennient des idées radicales, fortmalsonnaotes aux oreilles de l-aristoûralieanglaise, loi firent rompre ses rapports avec lord Shelburne. •«^Priestley était depuis quelq^iie temps Hé^vec le célèbre naturaliste Banks, qui avait fk)t partie du premier voyage du capitaine Gook; Ce grand navigateur, mr la récomtimtMatron de B^nks, aurait emmiené Priestley comme chapelain» sr l'aoitrâtfté n'eût pas trouvé quil n'était- pùM assez orthodoxe.
Aprèsarroir quitté lord Shélbotne, ï^rîéstléyse retiraà Birmingham, où ^es amis, parmi lesquials UU' Remarque WattëtWedg-
mOlâlilIE ^OQUE. 475
wood, se cotisèrent pour subvenir aux frais d'un laboraloire de physique et de chimie. Les loiâtrs que lui laissaient ses occupa* tioDs soientifiques étaient, comme dWdînaire, remplis par des disGOssions religieuses et philosophiques.
En travaillant ainsi, Priestley n'avait qu'une ambition, celle de parvenir à rendre l'homme meilleur : partout où l*occasion se présente, il lance Panathème contre les passions égoïstes qui corrompent la société ; sa politique est libérale comme celle de son ami Franklin. Voici ce que Priestley écrivait , plus de douae ans avant la révolution française r « Quand je considère les progrès que les conûaissances naturelles ont faits dans le siècle dernier, et qnand je me rappelle tant de siècles féconds en hommes qui n'avaient d'autre objet que Télude, il me paraît qu'il y a une providence particulière dans le concours des circonstances qui ont produit un si grand changement; et je ne puis m'empécher de me flatter que ceci servira d'insfrnment pour opérer, dans l'état du monde actuel, de nouveaux changements, qui seront d'une bien plus grande conséquence pour son avancement et son bonheur. » — Et ailleurs : «Lés grands fetjes riches donnent en général moins d'attention aux travaux scientifiques; mais cette perle est réparée par des hommes qui^ avec du loisir, de l'esprit et de la franchise, sont dans un rang moyen : circonstance qui promet plus pour la continuation des progrès dans les connaissances utiles, que la protection des grands et des rois (t). »
C'est surtout à âes idées politiques et religieuses, hautement professées, quePrleslley dut le titre de citoyen français et de membre de la Convention nationale, litre dont il aimait luî-méme àse glorifier (5). Cependant cette distinction devait lui devenir fatale. Le 14 juillet 1791, quelques-uns de ses amis politiques, habitants de Birmingham, se réunirent pour célébrer l'anniversaire de la prise de la Bastille; aussitôt le lieu de rénnion des convives fut assaîni, saccagé et livré aux flammes parla populace, égaWesans doute par quelques-unes de ces manœuvres odieuses que la po-
(1) Préface de Tèutnigc, Obiervaeions mr différentes apèces ttair,
(2) L^autMir de rarticle PrhMUif, dans la ëi^gmphie uniPerseUe, ifavatt sans doute lu. aucun des nombreux ouvrages d» PrioedUeff ; autrement il n'aHrail pas dit que Priestley ne devaH son titre de cita^feii français qu*au3L le^/res qu'il fit en réponse aux Réflexions de Edm. Burke sur les suites de la révolution française ; et que ce ne devait être qu^une méprise , puisque ces lettres étaient unAqneinent écrites en ikvenr des dissidents angliù^.
476 HISTOTU DE Là CHmiI.
litique se croit permises pour donner le changea Topinion publir qae. L'émeute se dirigea vers la maison dePriestley, leqod avait, par prudence, évité d'assister à cette réunion; ses instrameots, ses manuscrits, sa bibliothèque, sa maison, tout cela futscadaio converti en un monceau de cendres. Réfugié dans une maisooToisine, et spectateur de cette horrible scène , il ne fit enteadie aucune plainte contre cette multitude effrénée; mais il accu» plus tard hautement le gouvernement anglais de s'en être seri comme d'un instrument de vengeance. Dès lors, sa patrie deriot pour lui un séjour intolérable ; trois ans après l'émeute de Bi^ mingham, nous voyons Priestley dire à jamais adieu à l'Angleterre, et s'embarquer pour l'Amérique en 1794, l'année même de la mort de Lavoisier. Établi à Northumberland, petite ville de la Pensylvanie, il ne trouva pas d'abord le repos qu'il était aUé chercher au-delà des mers. Ses ennemis continuaient à l'y pou^ suivre. Sous l'administration du président Adams,il se vit en imUe à d'étranges défiances : on faisait, entre autres, courir le bruit qu'il était un agent secret aux gages de la république française. Après avoir vu mourir près de lui sa femme et son plus jeaoe fils, Priestley s.e retira dans une ferme qu'il avait achetée près des sources du Susquaqnah. C'est là qu'il passa, en solitaire,. le reste de ses jours, sous la protection du président Jefferson, auquel il dédia son histoire ecclésiastique {General historyofthe Chrislù» Church from the fall of the western empire to the présent time^ 4802-1803, 4 vol.in-8«}. DepuisISOi, àla suite d'une maladie que l'on a, sans preuve suffisante, attribuée à un empoisonnement, il ne fit que languir, et s'éteignit, le 4 février 4804, à l'âge de soixante et onze ans. « Ses derniers moments, dit Cuvier, farent remplis par des épanchements de cette piété qui avait animé tonte sa vie, et qui, pour n'être pas bien gouvernée, en avait causé toutes les erreurs. Il se faisait lire les Évangiles, et remerciait Dieu de lui avoir donné une vie utile et une mort paisible. U mettait au rang des principaux bienfaits qu'il en avait reçus celui d'avoir connu personnellement presque tousses contemporains célèbres, a Je vais m'endormir comme vous, dit-il à ses petits enfants, qu'on emmenait ; mais, ajouta-t-il en regardant les assistants, noos nous réveillerons tous ensemble, et j'espère pour un bonheor éternel ». — Ce furent ses dernières paroles (i) .
(l)Poar plus de détaUs, Toy. Cufier» Élo§e de PrieUie^; - fn^to* qfdeff^
La vie de Priestley fut celle d'an honnête hommes un peu opiniâtre dans ses idées, et que rien ne pouvait faire dévier de la ligne tracée par la conscience. C'est là un mérite qui vaut toutes les gloires du inonde.
Le seul reproche qu'on puisse lui adresser, c'est de n'avoir pas tenu assez compte des travaux de ses contemporains, et de s'être montré le défenseur obstiné d'une théorie insoutenable et en contradiction avec les faits, ainsi que Ta fait très-bien ressortir M. Dumas, a En effet, dit ce savant, après tant de brillantes découvertes^ après l'observation d'une multitude de faits en opposition avec le phlogistique, il a mis un tel entêtement à soutenir cette théorie, qu'il est mortdansl'impénitence finale. Il est mort phlogisticien, et seul de son avis au monde, lui dont les opinions, quelques années avant, faisaient loi en Europe (1). »
TruTAux die Priestley.
N'ayant à faire connaître Priestley que comme chimiste, nous passerons sous silence ses ouvrages de physique, de théologie et de philosophie. Mais, en appréciant ses travaux chimiques, il ne faut jamais oublier, sous peine de porter un jugement inexact, que Priestley était théologien et physicien plutôt que chimiste, ainsi qu'il se plait à le rappeler lui-même.
Ce fut en 1772 que Priestley publia ses premières Observations sur différentes espèces d'air {Observations on différent kinds of air)y qui eurent, dès leur apparition, un grand retentissement parmi les savants de l'époque (2). Ces observations, suivies bientôt
dèa; — lord Broogham, Story ofmen of lettres and science, wko flourished in the time of Georges II.
(1) ThÈma&f Leçons sur la philosophie chimiqucy etc.; Paris, 1836, iii-8, p. 113.
(2) Ces obMrvatkms furent d'abord publiées sous forme de mémoire, dans les Transactions philosophiques de Londres, vol. LXIl. Elles furent réimprimées à part; Lond., 1772, ia-4. L'année suivante, elle furent traduites en français par Rozier. Observations sur la physique^ etc., vol. I, avril et mai 1773. Dans la même année, elles parurent en italien, Giomale de' letterati ; Pisa, t. XI, 1773. — En 1774, fauteur fit paraître une seconde édition de son mémoire, qui, dans les années subséquentes, par suite d'une correspondance active avec les princii>aux physiciens et cbimistes de l'Europe, s'était élevé aux proportions d*un ouvrage considérable : Experiments and observations on différent kinds of air; Lond., in-8, 1. 1, 1774 ; t. Il, 1775 ; t. m, 1777. Cet ouvrage fut immédiatement suivi d'une traduction française, (àite en quelque sorte sous les yeux de
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d'autres semblables, eurent pour résultat immédiat de donner réveil aux chimistes, etdefaireapprofoDdir^mieuzqu'oQneravait fait jusqu'alors, la nature et les propriétés des corps aériformes.
Air fixe. Le premier gaz qui fit l'objet de ses recherches était le gaz acide carbonique f le voisinage d'une brasserie lui avait^ dit-il , donné Tidée d'examiner cet air qui se dégage pendant la fermentation. Black et Bergmann s'étaient déjà occupés du gaz acide carbonique, que le premier avait appeléatf fixe, et le second acide aérien (1). Priestley «youtapeù de données nouvel' les aux travaux de ces chimistes. Il remarqua cependant que la pression de l'atmosphère favorise la dissolution de l'air tixe dans l'eau, et qu'à l'aide d'une machine à condenser, on pourrait aisément parvenir à communiquer à l'eau commune les propriétés de l'eau de Seltz ou de Pyrmont. Priestley doit dooc être consi* déré comme le véritable inventeur des eavx gazeuses ariificielUs,
En cherchant un moyen de rendre l'air fixe propre à la.respiration et à la combustion, II arriva à l'importante découverte que les végétaux peuvent parfaitement vivre dans cet air Gxeoùieî animaux périssent, et que, de plus, les végétaux communiquenlà l'air fixe les propriétés de l'air commun ; il trouva aussi que ce dernier phénomène n'a Heu que sous l'influence de la lumière du jour, et qu'il cesse la nuit. Malheureusement, l'oxygène n'étant pas encore découvert, et ne soupçonnant môme pas l'action décomposante qu'exerce la respiration des végétaux sur le gaz acide carbonique, Priestley ne pouvait pas se rendre exactennient compte d'un phénomène qui excita au plus haut degré son attention^ ainsi que
l'auteur : Expérienees et observations sur différentes espèces d'air ; traJ. par Gibelin, docteur en médecine ; Paris, 1. 1, II, III, in-12, 1777; t. IV et t. T, 1780. — Quelque temps après, cet ouvrage fut traduit eu aUeinaiid parLadvift- Vienne et Leipz., l. I, 1778; t. II, 1779; t. lïl, 1780. — Dans Jk» années iî^ 1781 et 1786, fauteur publia une suite à son ouvrage : £Tperime$Us nsd o^ ser valions relating io voiious branches of naiurtU phiiosophy, vUha(o»tinuation o/the observations on air; Lond., in-S'\ 1779, t. I^ t. Il, Binni»ghani; 1781; t. III, 178G. — Celle suite fui égaleinent traduite ea fno- • çais par Gibelin, etc.; Paris, 1. 1 et II, 1782. Une traduction aUemandeeoparuU ' Alenne et à Leipzig, 2 vol. in-l2, 1782.
Enfin, l^auleur publia^ en 1790, un résumé de tous ses ouvrages sur» sufl sous le titre : Expcrimçnis and observations on différent kinds ofair,e^ other branches of natural pp.Uçsophy connected with the suSjectfisUi volumes f being the former VI volumes abridged and meihodized vUh «mM flrdd///on5,' Birmingham, in-S*, Yol.I-lU, 1790. . , ,
(1) Voy. plus haut, p. 349 et 445,
celle ijks siitai^U qui répéièreat avec lui cf s expérieQces, dont la pramière avait éié.fafte le 17 août 177i.
Quoi qu'il en soit^ c'est à la sagacité de Priesiley que nous devons ,1a décpuvertQ d'un 4es plus be^ux faits de la physiologie végétale* Voici comment il s'exprime en résumant ses expériences sur la respiration des végétaux et des animaux (i) ^ « Les preuves d'uQ rétablissement partiel de l'air par des plantes en végétation servent àrendre très^probablequele torique foutcootiau^Uement à ratn^03phère I^ respiration d'uA si grand nomjbre d'animaux, et Iaputrefaction.de t^nt damasses de matières végétales et ani* maies, est réparé., au moins en partie, par la règne végétal; et, malgré la masse prodigieuse d'air qui est journellement corrompue par les causes désignées, si nous considérons Timmense profusion de végétaux qui couvrent la surface du sol, on ne peut s'empâdier de convenir que tout est compensé, et que le remède est propor^ tionné au mal. »
Mais, iselon Priestley, il y aurait un autre moyeu, qui eontribne* rait non moins puissamn>ent à l'assainissement de l'atmosphère : l'agitation des eaux par les vents, et par suite la mise en liberté del'air dissous dans les eaux, lequel serait encore plus riche en molécules re^pirables quel'air commun de l'atmosphère. Dans toutcela nous ne pouvons qu'admirer la profonde pénétration de l'illustre ami de Frankliu.
L'appareil dont il se servait pour recueillir les gaz est celui de Haies, légèrement modiQé. Priestley eutîe premier l'idée heureuse de substituer le mercure à l'eau, pour recueillir les gaz solubles.
Air iBfljiiiiiiuible. Dans les années i77i et i77â, il fit des expériences sur l'air infiammabifi (hydrogène), connu depuis longtemps, et dont Gavendish avait indiqué le meilleur mode de préparation et décrit les principales propriétés.
Ces expériences portaient principalement sur l'inllammabilité et rirrespirabilité du gaz en question.
Air nitreux. Le 4 juin 1772, Priestley découvrit le bioxyde d'or zoie, qu'il appela air uiireux; il l'obtint en traitant le cuivre par l'eau-forte, et en recueillant le gaz qui se dégage. Il en constata les propriétés d'être irrespirable, de rougir au contact de l'aif atmosphérique, d'être non précipitable par Peau de chaux, decommu-
( 1 ) Les suûets les plus onMaaifes de ees ex|i«rieo66S étaient des tiges de nenttie et des souris. .. . . •■
460 HISTOOUS DB tk CHIMUL
niquer une flamme verte à l'hydrogène. Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'ilproposa ce^ comme un moyen d'analyser Tair, ou d'en reconnaître la pureté, et il assure avoir constaté par ce moyen une différence notable entre l'air de son laboratoire, dans lequel avaient respiré plusieurs personnes , et l'air do dehors (i). '
Il propose, en outre, ce gaz comme un préservatif de la putréfaction, pour conserver des animaux, des pièces d'anatomie, etc. Il dit avoir ainsi conservé, au milieu des chaleurs de la canicule de 1772, deux souris mortes : au bout de 25 jours, elles ne présentaient encore aucun indice de putréf^tion.
Il fit de nombreuses recherches sur la coloration du gaz nitreai^ et le produit cristallin que ce gaz forme avec l'acide vitriolique(2).
Dans un autre chapitre, intitulé : De C air infecté par la vapw du charbon allumé (3), Priestley fit une expérience répétée par Lavoisier, laquelle consistait à suspendre un morceau decharboD dans un vaisseau de verre rempli d'eau jusqu'à une certaine hauteur, et renversé dans un autre vaisseau pldn d'eau, et à brûler ce charbonau foyer d'unelentille. Il observa que, dans cetteexpérience, il se produit de l'air fixe, absorbé et précipité en blanc par l'eau de chaux; qu'après cette absorption la colonne d'air est diminuée d'un cinquième; etque l'air qui reste éteint la flamme, tue les animaux, n'est diminué ni par l'air nitreux, ni par un mélange de limaille de fer et de soufre humide, etc. —L'air ainsi obtenu et parfeitement caractérisé, c'était le gaz qui reçot quelques années plus tard le nom d*aMote.
La date de cette expérience, si importante pour l'avenir delà chimie, n'est pas indiquée par l'auteur. Dans aucun cas, elle ne peut èti*e postérieure à l'année 1772, puisque le mémoire où cette expérience se trouve consignée parut en 177i.
Eh bien, cette expérience capitale resta complètement stérile entre les mains de Priestley; égaré par la théorie du phlo gistique, il se perd dans des divagations obscnres ,' et finit par ajourner l'explication de ses expériences. C'est à Lavoisier que
(1) Il avait remarqué, terme moyen, qae l'air nitreax (bioayde d*aiole}<^ sorbait environ un cinquième ( 20 p. 100} de Pair ordinaire.
(2} Yoy. Expériences et observations $ur différentes branches de laph^' que, etc. (trad. de Gibelin), vol. I, p. 11-48 ; Paris, in 12.
(S) Ofair infected wid thefmMê ofbumin^ d^areoal; OtMerratioas tf différent kinds of air, etc.; Lond., 1772, p. 81.
TROISliUE ÉPOQUE. 49i
revient Thonneur d'avoir fait, en quelque sorte, sortir cette expériencedu néant, et d'en avoir tiré d'immenses résultats.
N'est-ce pas là un éclatant démenti donné à ceux qui, dédaignant la puissance du i*aisonnement, proclament sans cesse la souveraineté des faits? Mais la science ne serait le plus souvent qu'un tissu incohérent, si elle ne se composait que de faits non raisonnes, non compris, et sans aucune liaison entre eux.
Substituant au charbon les métaux (plomb, étain), Priestley constata également la diminution du volume d'air par la calcination (!). Mais, loin d'aborder la question de l'augmentation du poids des métaux correspondant à cette diminution de l'air, il ne cherche qu'à l'éluder, et il se perd dans les doctrines inextricables du phlogistique. Lavoisier répéta ces mêmes expériences , et il en tira tout le parti possible, par la puissance de son esprit généralisa teur.
Adde de l'MprUde méi (gaz acide chlorhydrique). — C'est Priestley qui recueillit le premier l'acide muriatique à l'état de gaz sur le mercure, et prouva que l'acide marin ordinaire (acide chlorhydrique aqueux) n'est autre chose qu'un fluide élastique acide, dissous dans l'eau, d'oii il peut être expulsé par la chaleur; il en étudia les propriétés les plus saillantes, signala l'absorption de ce gaz par le charbon, son action sur les huiles, sa décomposition partielle par l'étincelle électrique en air inflammable ; il attribua les vapeurs blanches que ce gaz forme au contact de Pair, à l'absorption de l'humidité, et il conclut^ de diverses expériences ' que le gaz acide marin est d'une densité spécifique supérieure à celle de l'air commun (2).
Air du nttre.— Ce que Priestley appelle air du niire paraît être l'oxygène impur (mêlé deprotoxyde d'azote); car il dit que cet air se distingue de tous les autres, en ce que, loin d'éteindre une chandelle, il en augmente la combustion avec un bruit semblable à celui que produit la déflagration du nitre, et qu'il obtenait cet air en chauffant du nitre, dans un canon de fusil. Ces expériences avaient été faites dans le courant de l'année 1771 * l'auteur ajoute en terminant : « Ces faits me paraissent très-
Ci) on (Ae effed of the cakination ofmetalls; ObservaUons oo différent kinddofair; London, 1772, în-i*, p. S4.
(2) On alrproeured hy means of spirit of sait; Obserrations on différent kjnds, etc.; Lond., 1772, p. 90.
niffr. DE LA CHIMIE. — T. II. 3|
48â HISTOIRE l)£ LA. CHDflE,
extraordinaires et importants; ils pourront, dans des mains habiles, conduire à des découvertes considérables (i). n
Cette prophétie devait s'accomplir plus tôt qu'il ne le pensait.
Pénétré de l'importance de ses observations, Priestley fui conduit à examiner l'espèce d'air qui, suivant les expériences deHales, était contenu dans les chaux (oxydes) métalliques, et avait ainâ contribué à l'augmentation dupoids de ces métaux. Il fitàcesujet une expérience très-ingénieuse : il révivifia (décomposa) le minium (oxyde de plomb) par des étincelles électriques, et recaeillit sur le mercure le gaz qui se produisait. Ce gaz ne pouvait être que Foxygène. Eh bien I il est pénible de voir cette belle expérience en quelque sorte défigurée par une déduction aussi pitoyable qu'erronée : de ce que cet air (oxygène) était susceptible d'être es partie absorbé par l'eau^ l'auteur concluait que ce n'était autre chose que de l'air fixe (gaz acide carbonique).
On se demande pourquoi Priestley n'avait pas ici mis en usage ses deux réactifs habituels, la respiration et la combustion, ane souris et une chandelle. Était-ce un oubli de sa part? Non, certes. Ce qui lui avait fait méconnaître l'oxygène, c'était l'influence tjrannique d'une théorie préconçue. On se rappelle que le charbon, qui révivifie les chaux métalliques, passait pour un des corps les phis riches en phlogistique , et qu'étant chauffé avec ce5 chaoi il devait donner naissance à de l'air fixe (gaz acide carbonique). Or Priestley avait imaginé une théorie à laquelle il était prêt à sacrifier les travaux d'une partie de sa vie; selon cette théorie, le fluide électrique était, sinon le phlogistique luimême, du moins le fluide le plus riche en phlogistique. Do comprend dès lors que, dans le sens de Priestley, l'électricité de\vt agir comme le charbon, sons, peine' de frapper de nullité tonte la théorie qu'il avait essayé d'élever avec tant de.labeur. Priestlej s'obstinait donc à voir, dans le gaz (oxygène) qu'il avait obtenu en décomposant le minium par l'électricité, un gaz identique «vee l'air fixe (gaz acide carbonique) ; car là reconnaissance de ce fait aurait suffi pour renverser une théorie à laquelle il tenait peut-être autant qu'à son honneur.
C'est à dessein que j'ai insisté sur ce détail, parce qu'il n'est pas
(1) Onair procurée^, etc., p. 1 02. Yoid les paroles textuellesde Priestley iTAif iêties ùf faets, relating io air exiracted, seem vertf extro^rdiiutry (mif*portamt, and, in able hands, may lead io considérable i
TEOXSliME ÉPOQUE. 483
rare aujourd'hui de voir un fait sacrifié à une théorie, une réalité à une fantaisie systématique.
Puisque nous en sommes à Toxygène, disons encore un mot de celte grande découverte. D'abord il faut regarder, comme non avenue l'expérience de la décomposition du minium par les étincelles électriques, puisque Priestley ne reconnut pas Toxygène dans le gaz qu'il avait obtenu. Ce ne fut qu'environ un an après que l'oxygène, sous le nom d'air dépMogistiqué , fut préparé, recueilli, et distingué comme un fluide élastique particulier. Ce sujet est trop important pour ne pas citer les paroles mômes de Priestley : « Le 1^ août 1774, je tâchai de tirer de l'air du mercure calciné per se (1), et je trouvai sur-le-champ que, par le moyen d'une forte lentille, j'en chassais l'air très-promptement. Ayantrecueiili de cet air environ trois ou quatre fois le volume de mes matériaux, j'y admis de l'eau, et je trouvai qu'elle ne s'absorbait point ; mais ce qui me surprit plus que je ne puis l'exprimer, c'est qu'une chandelle brûla dans cet air, avec une flamme d'une vigueur remarquable (2). »
il obtint le même air avec le précipUé rouge, préparé en traitant le mercure par l'acide nitrique. Et comme la première substance (mercure calciné per se) avait été préparée en chauffant le mercure à l'air libre, il en conclut qu'elle avait reçu quelque chose de nitreux de l'atmosphère.
Priestley eut d'abord quelques doutes sur la pureté du précipité rouge, et ne négligea rien pour écarter toute objection qu'on aurait pu lui faire à cet égard. « Me trouvant, rapporte-t-il, à Paris au mois d'octobre suivant (de l'année 1774), et sachant qu'il y a de très-habiles chimistes dans cette ville, je ne manquai pas l'occasion de me procurer, par le moyen de mon ami, M. Magellan, une once de mercure calciné, préparé par M. Cadet, et dont il n'était pas possible de suspecter la bonté. Dans le même temps, je fis part plusieurs fois de la surprise que me causait Pair que j'avais tiré de cette préparation, à MM. Lavoisier, Leroi, et autres physiciens qui m'honorèrent de leur attention dans cette ville, et qui, j'ose le dire, ne peuvent manquer de se rappeler celte circonstance, b
(1) C'était du mercure converti en oxyde rouge par sa calcination à fair, ainsi que Fauteur nous l'apprend lui-même plus loin.
(2) Eipérienoes et observations sur différentes espèces d'air» t. Il, p. 41 (trad. de Gibelin}, 1777.
48 i HISTOIRE DE UL CHDOE.
Priestley s'clail d*abord imaginé que ce gaz était le même que celui qu'il avait obtenu, une année auparavant (en 1773), en maintenant, pendant longtemps, l'air nitreux (bioxyde d'azote) sur de la limaille de fer humide (4).
Une nouvelle expérience sur le minium qui , chaufféipar un miroir ardent, donnait la môme espèce d'air que le mercure calciué, décida de l'opinion de Priestley.
« Cette expérience avec le minium me confirma, dit-il, davantage dans mon idée que le mercure calciné doit emprunter à l'atmosphère la propriété defournir cette espèce d'air, lemode de préparation du minium étant semblable à celui par lequel on faille mercure calciné. Ck)mme je ne fais jamais un secret d'avouer mes observations, je fis part de cette expérience, aussi bien que de celles sur le mercure calciné et sur le précipité rouge, à toutes mes connaissances à Paris et ailleurs. Je ne soupçonnais pas alors où devaient me conduire ces faits remarquables (2). »
Oii devine à quelle adresse l'auteur destinait ces paroles. 11 avoue cependant qu'il resta jusqu'au mois de mars 1775 dans l'ignoraDce de la nature réelle du gaz en question. Ce fut le 8 mars qu'il démontra, par l'expérience d'unesouris, que l'air dégagédu mercure calciné est au moins aussi bon àrespirer^ sinon meiUeur,q\ïeVi\t commun. Il constata, par des observations ultérieures, que cetair, qu'il appela air déphlogisUqué, est un peu plus pesant que Tair commun (3); qu'il forme, avec l'air inflammable (hydrogène), employé dans de certaines proportions, un mélange qui détone àrap* proche d'une flamme (4), et qu*il serait ai.sé de produire, à volonté, une température très-élevée, àl'aidede soufflets ou de vessies remplis d'air déphlogistiqué (5). Il eut, en outre, l'idée d'introduire l'emploi de cet air en médecine, et de l'appliquer au traitement des phthisies pulmonaires; car, selon sa doctrine, la respiration a pour but de s'opposer sans cesse à la putréfaction, en évacuant do poumon l'air qui se produit pendant la putréfaction et la fenneotation, savoir, l'air fixe(gazacidecarbonique) ; et le meilleur moyea
(1) Ce gaz, qui eiitrelieot U flamme, mais qui est iirespirable, n*estaBlrf que le protoxyde d'azote, provenant de l'absorption de la moitié de VwT^ du bioxyde d'azote par le fer.
(2) Exp. et observai., etc., t. 11, p. 46. ' (3) Ibid., p. 116.
(4) Ibid., p. 122.
(5) Ibid., p. 124.
de favoriser celte action consisterait dans l'usage de l'air déphlogistiqué, ou, comme on l'appelait encore, deVair vital.
Priestley eut la curiosité d'essayer l'action de cet air sur luimême, et de le respirer en l'aspirant à l'aide d'un siphon. « La sensation qu'éprouvèrent mes poumonSy^ditril, ne fut pas différente de celle que cause l'air commun. Mais il.me sembla ensuite que ma poitrine se trouvait singulièrement dégagée et plus à Taise pendant quelque temps. Qui peut assurer que dans la suite cet air pur ne deviendra pas un objet de luxe très à la mode? Il n'y a eu jusqu'ici que deux souris et moi qui ayons eu le privilège de le respirer (i). »
Enfin, mettant sur le tapis la composition de l'almosphère, il fait un appel aux chimistes futurs, afin de s'assurer, par des expériences répétées dans différents temps et lieux, si l'air conserve constamment le môme degré de pureté, la même proportion d'air vital, ou s'il éprouve quelque changement par la suite des siècles. Voici d'autres fluides élastiques dont la découverte est également]due à Priestley.
Air «Icallii (gaz ammoniac). — L'auteur prépara ce gaz en chauffant une partie de sel ammoniac avec trois parties de chaux ; il le recueillit sur le mercure, n'ignorant pas que l'eau peut en dissoudre une grande quantité. Il essaya ensuite l'action du gaz alcalin sur un grand nombredesubstances, sur l'alun, sur la glace, etc.; il constata aussi que ce gaz est un peu moins léger que l'air inflammable.
Air iMide Ti«riolli|ue (gaz sulfureux). — Priestley fit voir que le gaz sulfureux (préparé en chauffant l'acide vilriolique avec du charbon) éteint, comme le précédent, les corps en combustion, qu'il est absorbé par le charbon, le borax, etc.
n découvrit aussi Voxyde de carbone; mais il ne lui donna pas de nom particulier. Ce qui le frappait dans ce corps, c'était la flamme bleue avec laquelle il le voyait brûler. — Il obtint aussi le premier V hydrogène bkarboné^ mais il le confondait avec l'air inflammable.
Nous lui avons déjà vu signaler les principales propriétés de Tazote, qu'il appelait air phlogistiqui.
n est à regretter que toutes ces précieuses découvertes aient été d'abord exposées sans ordre, puis reprises pour être corri-
(1) Exp. et obsenr., p. 126.
gées ou perfectionnées. On perd ainsi souvent le fil conducteur au milieu d'un labyrinthe de détails, d'autant plus qu'aucune théorie rationnelle ne présidait à ces recherches, dans lesquelles le hasard aurait joué, suivant l'auteur lui-mènae, un grand rôle (1).
Celui qui lit l'ouvrage de Priestley avant d'avoir pris connaissance des travaux de Bergmann, de Lavoisier et de Scheele, se persuade aisément que le célèbre physicien anglais doit être considéré comme le père de la chimie moderne, et que les autres chimistes de la môme époque ne sont que d'ingrats disciples. Mais, en comparant tous ces chimistes entre eux, on ne tarde pas à découvrir que malheureusement Priestley ne rendait pas toujours aux travaux des autres la justice qu'il aurait vouia qu'on rendit aux siens. Sans parler de ces reproches que se font en M temps les rivaux entreeux, nous nous contenterons de faire obse^ ver que Priestley, non-seulement trouvait toujours quelque cbo$e à reprendre aux travaux de Lavoisier, mais qu'il critique, entre autres, assez aigrement, le beau travail de Scheele, le moins envieux des chimistes. Bien plus, il refait tout son travail, et change jusqu'aux noms donnés par Scheele; ainsi, il appelle aeià^spathique ce que le premier avait nommé acide du fluor; la croûte pierreuse qui se forme lorsqu'on fait arriver l'acide fluo-siliciqK dans de l'eau, et que Scheele avait reconnue pour de la silice pure, il l'appelle croûte spathique, en la supposant être de nature toute différente. Quant à l'acide du fluor lui-même, il soutient que Scheele est dans l'erreur en le donnant pour un acid^ nouveau, et que ce n'est autre chose que de l'acide vitrioiiqQ^ chargé de phlogistique.
Cependant ces défauts ne diminuent en rien la valeur des travaux de cet homme de génie. Comme tant d'antres, Priestley subissait le joug d'une fausse doctrine. En lui laissant m^^ l'honneur, qu'il semble d'ailleurs revendiquer lui-mênie, delà découverte de l'oxygène, on n'ôtera par-là rien au mérite dcUvoisîer, d'avoir reconstruit tout l'édifice de la science v^^ matériaux qui en d'autres mains seraient peut-être restés complètement stériles.
La théorie du phlogistique, depuis longtemps dépouillée de son prestige, perdit en Priestley son dernier défenseur. L'antorilé de
(1) M. Dumas a donné ane critique jndicieiise, pent-Mre va pea tn^ *^ de PriesUey, qai attribuait liû-mème ses décoavertes as basvl [ U^ ^ kUosophie chimique, p. 113. )
cet illustre savant cessa bientôt d'être invoquée comme un argument contre les idées de l'école moderne.
Pour renverser l'empire d'un système, il suffit d'un esprit révolutionnaire; mais, pour élever sur des ruines un édifice nouveau, il faut un génie créateur. Lavoisier eut l'un et l'autre. C'était l'homme qu'il fallait pour renverser la théorie du phlogistique, pour réunir des faits épars en un faisceau compacte, et pour jeter les bases d'une école dont l'enseignement se perpétue.
TROISIÈME ÉPOOUE. 489
ÉTAT DE LA CHIMIE