OIST. DB L4 CHIMIE. — T. II
386 HISTOOB DE LA OHaO.
tant d'autres, impossible de changer des doctrines qa'il anit tonjours professées. Malgré ce genre d'obstination, pins comiDon qu'on ne s'imagine, il iiûsait preave de beaacoap de modcralion dans ses jugements , et d'une grande réserre dans ses affirmations : il ne connaissait ni l'aigreiir, ni l'emportemeat de Tamour-propre blessé.
Mai^quer avait partagé plusieurs de ses travaux avec Beaumé. Mais celui-ci, moins obstiné que son ami, se rallia plus tard franchement aux doctrines.de la diîmie pneumatique.
Macquer mourut en 1784, à l'âge de soixante-quatre ans. Soo Cours et son DieUonMoire de cAiaite, qui furent traduits dans les principales langues d'Europe, contribuèrent beaucoopà répandre le goût de cette science.
Outre les mémoires cités, on a de lui : Observations swU chaux et sur le plâtre (i) ; — Sur une nouvelle espèce de tehUm bleue, dans laquelle il n'entre ni pastel ni indigo {i) ; — Sur uni nouvelle méthode du comte de la Garaye pour dissoudre les métaux (3) ; — Sur un nouveau métal connu sous le nom d'or bUnu (platine) (4); — Sur les or files et la fusibilité de cette espèce et terre avec les terres calcaires (5); — Sur les essais des matera d'or et d'argent (Eelloi, TilletetMacquer) (6); -^ Sur Faction tm feu violent de charbon appliqué à plusieurs terres, pierres d chaux métalliques (7).
«net.
Tillet fut un des principaux collaborateurs de Macquer. On loi doit des expériences physiologiques bien remarquables, sur les degrés extraordinaires de chaleur, auxquels l'homme et les animaux sont capables de résister {I^ém. de l'Académie, aonée i764, page 186); il présenta à l'Académie, en 1763, un mémoire
(1) Mém. de VAcad,, année 1747, p. 678.
(2) UwL, ann. 1740, p. 255.
(3) Ibid., ann. 1755, p. 26.
(4) Ibid.,ann. ]758,p. U9.
(5) Ibid., même année, p. 155.
(«}Ibid., ann. 1763, p. i.
(?) Tbid., ann. 1761, p. 298.
fROlSIÂME EPOQUE. ' 387
Sur PaUffinente^M téêlU deptdds qui a iieu dans le plomb cmverti en Utkàrge (4). Après avoir dit que «et tè apgmentation est environ d'un buîttènle, ils'ti^xprîme ainsi 2 aCéston vrai paradoxe chimique ^ne r^xpéfiéUcelMt eependatit liors'de (oui doute; mais, s'il est feôiie «de oonstatet ec f^it, il oe' Test pas autant d'en rendre une raison satisfaisante; il échappe à toutes ies idées physique^ ttuè'iloU^àton^, «t «e 7\'est.que :do temps qu'pn peut attendre la solution de cette difficulté. >} '
Yoilàcombeiits'expirimaitTilietv dix ans avant le travail de Lavoisiér Sitr'iû décêmpà^iùm de^l^ûirpài- J'oxydaHondupknnb et de rétàin. ^
Diikftaiel du MoMcemi^
Presque toutes les sciences avaient été cultivées avec succès par cet esprit'Vraimeht universel, En botanique, quijne connaît ses beaux travaux sur la circulation de la sève, sur Taccroissement des plantes, sur Hinfluence du sol, de la lumière, de Pair, sur la végétation? Parlez-vous d'agriculture, d'industrie agricole ; vous y trouverez encore le nom de Duhamel du Monceau. C'est lui qui, avec Parmentier, popularisa en France la culture de la pomme de terre ; qui soumit le premier l'art des engrais à des principes scientifiques, donna d'excellents préceptes sur la greffe des arbres fruitiers , enseigna les moyens ^e conserver le blé ; c'est lui qui trouva qu'en exposant le grain dans des étuves à une . chaleur assez forte pour faire périr les œols microscopiques qui peuvent y être contenus, qu'en le privant par cette opération de l'humidité, on le garantissait à la fois de deux fléaux destructeurs, la fermentation et les insectes. Qui a fait plus que Duhamel pour ^ la niétébrolûgie? Depuis 1740 jusqu'à sa mort, il a rédigé pour . chaqueannée lesobservations thermométriques et barométriques faites à Pithiviers, avec des détails relatifs à la direction de l'aiguille aimantée, à l'agriculture , à la constitution médicale de l'année, à l'époque de la ponte ou du passage des oiseaux. Nommé, par le ministVe Maurepa?, inspecteur général de Ktnoarine, il
(1) Quelques années^ après, Macqner présenta an mémoire (année 1709, p. 153) Sur la nécessité ttextraire des toupeUes les particules émargent fin qu^eUes retiennent tovjonrs. ♦
déploya un zèle extraordinaire pour le développement de eetélé' ment de la prospérité nationale ; il donna des préceptes utiles sur remploi des matériaux de construction des vaisseaux, sur la fabrication des voiles, des cordages, sur rassainissemeDt,elc. Enfin, la physiologie^ la physique et la chimie lui doivent de précieuses découvertes.
Les questions scientifiques, soulevées par Duhamel, étaient tellement importantes, qu'elles ont été presque toutes reprises postérieurement, moins pour les rectifier que pour les agrandir. Neuf ans avant Black, Duhamel avait déjà observé que la pierre calcaire 9 étant chauffée au four, perd de son poids, et qu'elle le reprend peu à peu par son exposition à l'air (1). En 1736, il souleva le premier une question qui plus tard fut complètement résolue par Marggraf . Duhamel avait avancé que la base du sel marin (soude) est un alcali difTérent, à quelques égards, de l'alcali (potasse) qu'on retire des plantes terrestres (â). Voulant s'assurer si la différence entre ces alcalis tient à la différence spécifique des plantes qui les produisent, ou à. la nature des terrains où elles croissent, il fit semer du kali (salsolasoda), plante riche en soude, dans sa terre de Denainvilliers , et suivit ces expériences pendant un grand nombre d'années. Comme il se défiait de ses propres connaissances, il pria Cadet d'examiner les sels que contenaient les cendres des kalis de Denainvilliers, et ce chimiste remarqua que la première année l'alcali minéral (soude) y dominait encore; que dans les années suivantes Talcali végétal (potasse) augmentait rapidement; enfin, qu'il se trouvait presque seul après quelques rotations végétatives.
Son mémoire Sur la liqueur colorante que fournit la pourpre^ espèce de coquille qu'on trouve sur les côtes de la Provence, provoqua des discussions d'un grand intérêt (3). Frappé des analogies qui existent entre le règne végétal et le règne animal, l'auteur se mit à examiner si les os ne suivent pas dans leur développement les mêmes lois que l'accroissement des arbres ; puis, par
(1) Mém. de VAcad., ann. 1747.
(2}Ibid.,ann. 1736, p. 215.
(3) Ibid., ann. 1736, p. 49. Les autres mémoireâ chimiques de Duhamel oit pour titres : Sur le $el ammom'ac/dans les mém. de TAcad., ann. 1735, p. Jû«; ibid., 3* mém. p. 414 ; S" mém. , p. 483 ; — Diverses expériences sur la chmx, ibid., 1747, p. 69; — Sur les effeU de la poudre à canony ibid., 1760, p. 1;- Sur lessels qu'on retire des cendres des végétaux, ibid., 1767, p.233etp. î39.
une suite d'expériences faites sur de jeunes animaux nourris avec de la garance, il parvint à établir que les os s'accroissent par Tossiflcation successive des lames du périoste, comme les arbres par l'endurcissement de la partie interne des couches corticales. On sait que ces recherches amenèrent la, découverte de la grande loi de la rotation permanente de la matière, la forme restant invariable. Enfin, avant Franklin, il avait montré l'identité de la foudre avec le fluide électrique.
Duhamel était secondé dans ses travaux par un frère qu'il aimait tendrement. Il passait une grande partie de sa vie à la campagne , au milieu des champs, où il faisait ses expériences d'agriculture et de physiologie végétale. Il était resté célibataire, et voyait même avec peine les savants s'abandonner à un état qui les obligeait de sacrifier à de nouveaux devoirs leur temps et surtout leur indépendance. Duhamel mourut le 23 août 1785, à l'Âge de quatre-vingt-cinq ans.
Ce fut de concert avec Duhamel que Grosse publia V Histoire de Véiher (l).On sait que l'éther doit son nom à son extrême fluidité (de atOiop) éther). Plusieurs chimistes en réclament la découverte. C'est à tort qu'on attribue à Frobenius la découverte de ce corps qui s'appelait d'abord liqueur de Frobenius (2) ; car déjà d'autres chimistes le connaissaient avant lui, et en faisaient moins de mystère (3). Quoi qu'il en soit', ce n'est guère qu'au commencement du xvin^ siècle (vers i720) que l'usage de l'étirer (sulfurique) a commencé à se répandre^ d'abord en Angleterre, puis en Allemagne. '
Hanckwitz, HeMot, Geoffroy atné et Newton lui-même avaient essayé de se rendre compte de la préparation de l'éther, dont on faisait alors un grand secret. Newton dit positivement [Philos. TramsaeLy mai 1700) que l'éther s'obtient avec un mélange d'huile de vitriol et d'esprit-de-vin.
Mais personne n'avait aussi bien approfondi que Grosse le sujet
(1} Recherches chimiques sur la composition d^une liqueur irès-rolatile connue sous le nom (l'éther, dans les roém. de TAcad., ann. 1734, p. 41.
(2) Voici les paroles de Frobenius, qui lui ont fait attribuer la découverte de rétber : Paratur ex sale volatili urinoso plantarum pMogisio, aceto valde subtile per summam fermentationem cunctis snbtilissime résolvais et mixtis. Ces paroles étaient faites pour déguiser plut4)t que pour dévoiler Ucoonaiss^ince de rétber.
(3) Voy. p. 477 du 1. 1.
390 HISTOIRT. M Là, CHiaiIE.
en question. Sachant que, pendant; la distillation' du mélange d'huile de Titriol et d'espritrd€hvinj:il se dégageait dessab&taoces différentes, Grosse voulait, avant tout ,. &'as3urer de la nature de ces substances : a Pour cela i diViil , je m'avisai de piquer avec une épingle la vessie qui. joint )^ récipieDtaa beo de la coroue, afin dé discerner par l'odorat ie^ idîfférentes liqueurs à mesure qu'elles se suceéderaienU La première ne sentait presque que l'esprit-de-vin, approchant cependant up peu de Teau de Rabel (mélange d'alcool et d'aeidei sulfurîque) ; la deuxième passe en vapeurs blanches, et seat beaucoup Téther, ce qui me fit joger qu'elle était la seule qui le contint , et que les autres ne serraient qu'à l'absorber ; la troBième avait une odeur de soufre des plos pénétrantes. »
Ces Êiiis / qui témoignât d'un observateur habile , le cosduisirent à préparer l'éther de la manière suivante :
(( Je distillai , dit-il , trois pitiés d'huile de vitriol sur une partie d'esprit^de-^vin très?recti&érjusqu'à ce^e j'aperçusàla voûte de la cornue les vapeurs blanches dont j'ai parlé; alors je cessai le feu. On a par cemoyen la liqueur qui contient l'éiber, seulement un peu oiêlée d'esprit^de-vin qui passe d'abord, et puis d'un peu. d'esprit sulfureux qui vientensuite, malgré la cessation du fën. Lorsqu'on v0ut avoir retberseulj.il faut emplojer l'eau commune pour le séparer; et si on Be> trouve pas cet étli«r assez sec (privé d'eau), on peut le rectifier par une lente distillation, et Alors l'éther monte avant l'esprtt-de-vin, qui cependant passait toujours le premier dans la première opération. »
Plus tard, Beanmé et Cadet perfectionnèrent le mode de préparation de l'éther. Le premier surtout examina le résida de h distillation, et indiqua les moyens de* ste procurer nae bieo plus grande quantité d'éther qu'on n -en obtenait par la aéthode ancienne (i).
Grosse a, en outre, laissé un mémoire Siur ia manière ée furifter le plomb et l'argent qui se trouvent alliés avec l'étain. Ce mémoire renferme quelques détails qui, sans être noureaui. n'en sorit pas moins fort întéres8ant&^<2).
Cadet (né à Paris en liai, mort le 19 octobre #TO»), pb»^-
(1) Sur Vétfter tttnoUqne. par Baamë, maltr» apothieaimde Vwàv, Mte des saTants étrangers, t. lU, 209 (ann. 1765}.
(2) Mém, de VAcad.y ann. 1736. p. 167.
TROlSliHE ÉPOQUE. .'JUl
macien major de Thâtel royal des IavaU4es, a altacbé son nom à un composé arsenical conny sous le nom de li^iueur fumante de Cadet Vpici comment il décrivit iui-méme , ea 1760, la pnéparation de cette liqueur : « Je prends, dit-il, deux onces d'ar« senic (acide. arsénieux), je le mets en pondre très-fine dans un mortier de marbre, j'y ajoute deux onces de terre foliée de tartre bien préparée (acétate de potasse); j'enferme aussitôt ce mélange dans une cornue de verre lutée, que je placé à nu dans un petit fourneau à réverbère. J'adapte à la cornue un ré^ cipientque je lute, et je la chauffe par degrés; il en sort quelque temps après une liqueur un peu colorée qui répand l'odeur d'ail la plus pénétrante;, il passe ensuite une liqueur d'un rouge brun qui remplit le ballon d'un nuage épais (i). »
Dans une note communiquée à l'Académie, ce chimiste rapporte qu'il avait obtenu de l'alcali volatil, en traitant par l'alcali fixe le résidu de la distillation d'une dissolution de mercure dans l'acide nitrique alcoolisé (2).
On a aussi de Cadet des travaux Sur la nature de la bile (3); ' Sur la soude de varech {V)\ Des expériences sur le borax (5); Sur la terre foliée de tarifé, elc. (6).
Réaamiir* Bovnlelin* Dvffay* Hfalonin. Bncquet.
Au nombre de ces savants , qui ne s'étaient occupés de chimie qu'accessoirement, se trouvaient plusîears physiciens et médecins célèbres. Nous allons les passer rapidement en revue.
RsAUMUB, né en 1683, mort en i757, avait abordé, comme Duhamel, l'étude de presque toutes les sciences. Parmi ses travaux chimiques on remarque ceux qui ont pour objet la fabrica-
(i) Mémoires des savants étrangers, t. III, p. 635, aun. 1760 \i) Hisi. de VAcad., ainn. 1769, p. 66.
(3) Mém. de VAcad., ann. 1767, p. 471 ; ibid., aim. 1769, 66.
(4) IMd., ann. 1767, p. 487. Cadet parle dans ses mémoires d'une matière bieue et verte, qu'avaient aussi obtenue d^autres cliimistes, en traitant la lessive de .▼arech par on acide (acide sulfariqne ou acide nitrique). Aurait-il entrevu l'eiistence de Viode?
(&) Ibid., ann. 1766, p. 365.
'6) Mèm, des savants étranger s, X. IV. p. 518.
tion de la porcelaine, substance alors peu connue en Europe (1); la pourpre qu'onVetire de certains coquillages (2) ; la nature des terres (3) ; le fer et l'acier (4} ; le son que rend le plomb dans certaines circonstances (5).
Qui ne connaît les titres de Réaumur à la reconnaissance des physiciens et des naturalistes?
Louis-Claude Bouebeun, né à Paris en 4696» mort en 4777, était de noblesse académique : son père et son aïeul ayaienl été membres de l'Académie des sciences. Il entra à son tour dans cette savante compagnie en 1725 ; il fut bientôt nommé professeur de chimie au Jardin du Roi , et, en 1770, remplacé dans sa chaire par Macquer. D'une constitution faible et maladi?e,il avait, depuis l'âge de trente ans, l'habitude de boire du m de quinquina, et ce fut, dit-on, grâce à ce moyen qu'il prolongea sa vie au-delà de quatre-vingts ans.
Les travaux de Bourdelin sont peu nombreux, et eurent moins d'éclat que ceux de plusieurs de ses collègues (6).
Charles-François Dufay (né à Paris en 1698 , mort- en 1741), ISSU d'une ancienne famille noble , s'éprit, fort jeune, d'ooe vive passion* pour l'étude de la chimie. Comme ses parents l'avaient destiné à la carrière des armes, il ne put se livrer tout entier à ses travaux de prédilection. Mais, après avoir été reçu , en 1723, membre de l'Académie des sciences, il quitta ie service militaire, et passa le reste de sa vie suivant ses goûts.
Ses travaux de chimie sont moins nombreux et moins importants (7) que ses travaux d'anatomie, de botanique et d'astronomie,
(0 Mém. deVÀead., aan. 1727, p. 185; 2«mém., ibid., ann. 1729. — Tov« plus haat, t. I, p. 18.
(2) Mém, de PAcad.y ann. 1711, p. 218.
(3) Mém. de VAcad,, ann. 1730, p. 243.
(4) Ibîd., ann. 1726, p. 273.
(5) Ibid., p. 243.
(6) Les mémoires de Bourdelin ont pour titres : Sur la fomuUion da nài UxivieU, Mém. de l*Acad., ann. 1728, p. 384; — Sur le sel lixiviel de gafoe. ibid., ann. 1730, p. 33;. 5ur lesuccin, ibid.,ann. 1743, p. 143; -SurUsd sédatif, ibid., ann. 1753, p. 201, et ann. 1755, p. 397.
(7) Sur le phosphore (phosphorescence) du baromètre. Mém. de l'Acad., ans. 1723, p. 295; — Sur le sel delà chaux (chaux caustique), Ibid., aan. I7t4. p. 88; — QbsenHxiions physiques sur le mélange de quel^iues couleurs dant la teinture, ibid., année 1737, p. 253.
qu'il avait communiqués à TÀcadémie. Son principal titre à la recoDuaissance de la postérité, c*est d'avoir, plus qu'aucun de ses prédécesseurs, contribué à l'agrandissement du Jardin du Roi, et d'avoir à sa mort désigné Buffon pour lui succéder dans l'intendance de ce bel établissement.
Malouin (né à Caen en 1701, mort à Paris en 1778), bien qu'il appartint à la section de chiinie dans l'Académie , fit peu pour cette science. Parent de Fontenelle, il lui fut facile d'obtenir co que l'ambition d'un médecin voué à la pratique de son art pouvait désirer. Il était ami de Voltaire, parce que ce grand écrivain ne s'était pas moqué, comme Molière, des médecins. Dans tout le cours de sa longue carrière , il n'a jamais présenté à l'Académie que trois mémoires d'une médiocre valeur (1).
Le célèbre médecin François de Lassone, né en 1717, mort en 1788, ne resta pas indifférent au développement rapide et en quelque sorte exceptionnel de la chimie. Il se fit connaître comme minéralogiste et chimiste dans ses recherches, iSur les grès cristallisés de Fontainebleau, Sur quelques combinaisons de f acide borique , Sur les sels de mercure ^ d'antimoine et de fer, Sur le phosphore, etc. (2). Lassone resta cependant attaché aux doctrines des anciens : il ne voyait dans la révolution opérée par les chimistes modernes qu'une apparition de faits qui réclamaient seylement une étude plus attentive.
Jean-Baptiste Bijcquet, né à Paris en 1746, mort en 1780, se fit remarquer par ses travaux minéralogiques, et surtout par ses efforts pour rattacher la chimie à'Ia physiologie et à l'histoire .naturelle (3). Il eut pour successeur à l'Académie des sciences un chimiste qui devait l'éclipser sous tous les rapports; ce chimiste était Berthollet.
(i) Expériences qui découvrent V analogie entre Vétain et te zinc; Hém, de TAcad., ann. 1742, p. 46; — 2* mém. sur le même si^et, ilnd., ann. 1743, p. 70; — Sur le iel de chaux. Ma,, ann. 1745, p. 93.
(2) Ces recherches ont été consignées dans les Mémoires de TAcadémie, années 17B6, 1757, 1772, 1773, 1774, i775, 1776, 1777, 1778, 1780, 1781.
(3) Ses travaux se trouvent insérés dans les Mém. de TAcad., ann. 1776 ; — Mém. des savanU étrangers, vol. YII et vol. IX. — Dissertations inaugurales : Ergo digestio alimentorum vera digestio chymica; Paris, 1769, 4.
Pour compléter la liste des savants fraoçab qui ont biea mérité de la chimie pendant le commencement et ¥^rs le miliea du siècle passé, il faut encore citer ^driot (1), iean Peuetjee (i),
POLTJUÈRE (3), LefÈVRE (4), HJRISSAIÎT (5), VjSim* .(Q), ,UsîUr GAY (7), d'ArCBT (8), FOUGERPOXDB Boi!|DàI^pY (^UJCf^mTAnUJSJi (W).
Marcorelle (il). A ces noms on pourra joindre Guettarb,
Pou, SaIRT-AmAND, MeNON, BkUERT^ BAVE^f BDURGEtATi^EHÉ,
d'ËSTÈYE, Ch. LE Roi I JuYiGNYy Imlin, Romisu, Matte, Boei^ult, RcEDERER, Jars. . . .
§26.] ^vofÇvH de 1» ehlnde em AUemaipmfi l«HI«*à Vépc^vc
Les chimistes allemands étaient encore , au comaieiiéement du dix-huitième siècle, en général, trop partisans de la théorie An pblogistique, ils avaient l'esprit trop préoccupé de-cette théorie pour admettre résolument les innovations dûût la scieaee allait présenter le spectacle.
Cependant à côté de Téoole de Stahl s'était élevée, en AUeflui-
(1) Mëm. de TAcad., ann. 1700, p. 122. De Vusage mé^icênal de V&a^i£ chaux; Ibid., 1724, p. 114, Histoire d^un sel cathartique d^Espagne.
(2) L*alkahe&t, ou le dissolTaut universel; Paris, 1706, 12. — Suite du traité sur l'alkahest ; Paris, 17S6, 12.
(3) Expériences de physique, vol. II; Paris, 1709, 12; 4* éd., 1734.
(4) Hist. de TAicad., ann. 172S, p. 36; — ibid., ann. 17^, HUt.,p. 52.
(à) Mém. de TAcad., ann. 1758, p. 322. — Ergo a substantifs terres iiitra poros cartilaginum appulsu ossea durilies; Paris, 1768, 4.
(6) Voy. p. 342 de ce volume.
(7) Mëm. de t'Acad., 1758, p. 9, Sur la dissolution du soufre dans Ve^ de vin; -^ ibid., p. 29, Expériences sur les mélanges tfui dament ré^ker,s9r Vvther lui-même, el sur sa miscibiliié dans Peau,
(8) Mém. de l'Acad., ann. 1766, Sur Vaction d'un (eu égal, rioleni et cohlintLé pendant plusieurs jours, sur un grand nombre de terres, de pierres et de chmix métalliques; 2« mém., aou. 1758; *^ Mémoires sur le diavmt. Mém. de TAcad., ann. 1770.-^ Bxpèrienees mrVaiUagis fusible de plmà.ée bismuth et d'étain. Journal de médeciae, 1773, juin.
(9) Mém. de TAcad.. 1770, p. 1, Sur les sotfaiares des environs de Jteme.
— Ibid.. p. 37 et p. 46, Sur le pétrole de Parme, ...
(10) Mém. des savants étrange», t. V, p. 19. (ann. 1762), Sur l'éikermttt*^
— ibid., p. 72, Sur la cancentrationetcùUgétaiiondutinaigreraikal. 11) Ibid., I. V. p. d31 (aim. 1768), Air le salieor.
TROISliUK ÉFOQUS. 395
gne^une pépinière de chimistes indépendants; tels étaient PoTT, Elier, Neumann et Màrggraf, tous membres de TAca* demie des sciences de Berlin. ^
Essayons d'analyser sommairement leurs travaux, en commençant par l'auteur de la théorie du phlogistique. <.
mtmM.
George-Ernest Stahl naquit à Anspach (Bavière) en 1660. Après avoir achevé ses études médicales à TuniVersité de léna, il fut attaché, en 1687, en qualité de médecin, à la cour du duc de Saxe-Weîmar. Le célèbre Frédéric Hoffmann , 'qui avait, vers cette époque, reçu du roi de Prusse la mission d'organiser l'université de Halle, appela Stahl auprès de lui, et lui confia une chaire de médecine. Ce dernier conserva peu de sentiments de gratitude envers son^bienfaiteur, car il se trouva, par la suite, au nombre de ses adversaires les plus implacables. En 1716, Stahl fut appelé à Berlin pour remplir la charge de premier médecin du roi de Prusse, père de Frédéric le Grand. II mourut en 1734, à l'âge de soixante-quinze ans.
Travaax de St»hl.
Peu de travaux .ont eu autant de retentissement que ceux de Stahl, moins par les faits nouveaux, fort peu nombreux d'ailleurs, qui s'y trouvent exposés, qu'à cause d'une théorie qui, par sa simplicité apparente, avait captivé l'esprit de presque tous les savants de l'époque.
Slahl avait débuté , en 1697, par la publication d'un grand ouvrage sur la* fermentation, Zymotechnia fundamentalis (1). Mais son ouvrage le plus considérable a pour titre : FundametUa ehymiœ dogmatico-roHonalis (â).
(1) Seu fermentationis theoria generalis,' qua nobilissimœ Irajus artis et partis chymiœ, ulilissim» ac subtilissimae, catts» et effectua in génère, ex ipsia meehanico*phyaîds principiis, sumino atndio emuntur, etc. ; Hal., in-S.
(2) N<mmb., 1747, 4. — Parmi les autres ouvrvges de Stahl on remarque : Spécimen Beccherianum, sisfeits fundamenta, documenta^ expérimenta, etc., fn- 4^ ; c^est un commentaire de la Physica siibterranea de Beelier. — Opuscula ckymico'physico-medica, etc. ; MagrJeb., 1715, \A-4:*,^Observa(ioMSselectiO' re» physico-ehemico-medicas curiosx, etc.; Hal., 1709, 8. — Exp/trlmenta^ observationes, animadperslones CCC numéro cMmiae etphif9ic<v, etc. ; Berlin, 1731, 8.;
396 HISTOIRE Sfe LÀ CHIIIIE.
Pour comprendre les œuvres de Stahl (imprimées' en latin) , il faut posséder également bien le latin et Tallemand; carTanteur pousse à l'extrême ce pédaptisme littéraire, alors fort à la mode , qui consistait à entremêler l'idiome ancien d'expressions allemandes. C'est ainsi que quelque temps après, sous le règne de Frédéric II , beaucoup d'érudits se servaient d'un langage moitié allemand, moitié français. Gellert et d'autres s'en moquaient avec juste raison. Voici un échantillon du langage de Stahl :
« Sonsten Ut aus den angefûhrten allerationibus metallorum z% notiren dass in den metallis imperfectis dreyerley substanlia vorhanden sey : i» eine quasi superficialis côhsBsionis quse etea propter omnium prima abit, scilicet substantia infiammabilis seu cpXoYKTTov ; 2® substantia colorans, quse apparet in coloratis horum metallorum vitris, und endlich; 3^ substantia crudior. und dièse sonderlich in den crassioribus metallis , Eisen und Kupfer z% finden (1). »
Stahl regarda le soufre comme un corps composé, et croyait être parvenu à en extraire les éléments, l'un combustible et volatil , l'autre incombustible et fixe (2). Le foie de soufre était, suivant lui , le dissolvant de l'or, dont se serait servi Moïse poar dissoudre le veau d'or (3). En parlant de l'action des acides sur les métaux, il remarque que ces derniers n'entrent en dissolution qu'autant qu'ils ont été préalablement convertis en chaox (oxydes), et que le degré d'action de l'acide varie suivant la nature du métal. Il indiqua aussi les moyens de concentrer les liqueurs alcooliques (bière, vin) par la congélation , et de préparer du vinaigré très-concentré en le combinant avec l'alcali fixe (potasse], et en traitant cette combinaison par l'acide vitriol ique f4j. Il n'i-
(1) TrflduelUm littérale de ce passage : D^ailleors, d'après les susdites alté* rations des métaux, U est à noter que les métaux imparfaits reofenneoi trais principes ou substances : 1^ une substance de cohésion superficielle, qui s'en n la première, k savoir, la substance inflammable ou le phhgisiique; 2* une sabstance colorante, qui apparaît dans les verres colorés de ces métaux ; et eufio. 3"* une substance moins subtUe et qui se rencontre particulièrement dans les métaux plus épais, dans le fer et dans le cuivre. — Voy. Abrégé de PHisioiredil» chimie f en tète de nos Éléments de chimie minérale, etc., Paris, 1841, in-*'-
(2) Opuscul. c^imtoo-pliysico-medic, p. 749-764.
(8) Observât, cliymico-pliysico-med., ann. 1698, mmàs apritis, que fitnlus aureus ign^ combustus est, p. 585-607. — Nous avons dit plus haut (t I, p- ^) ce quMlJaut penser de cette prétendue dissolution du veau d'or.
(4) Specim. Beoch., p. II, p. 132.
TROISIÈME EPOQUEé 397
ffDorait pas que les végétaux qui, tel quela pariétaire, croissent sur Oe vieux murs, sont très-riches en salpêtre (1); que le zinc existe dans le laiton, non pas, comme on Tavait cru, à l'état de cadmie, mais à l'état métallique , et qu'on parvient à retirer tout le zinc du laiton en frottant celui-ci longtemps avec du mercure, et en l'arrosant d'eau. Il avait entrevu l'existence de l'acide tartrique en traitant le tartre cru par l'acide vitriolique (2). Le sel calcaire qui se dépose àkns les chaudières où l'on concentre des eaux salées, pour la préparation du sel commun, était, selon lui, un résultat de transmutation, et un indice que les sels se composent d'eau et d'une substance terreuse , subtile.
Théorie dm pliIo|pittiqiae«
Le germe de cette théorie fameuse, dans laquelle se sont égarés les meilleurs esprits, se trouve dans les écrits de Bêcher. S'emparant de l'idée du maître , Stahl la développe dans différents endroits de ses ouvrages , mais particulièrement dans celui qui a pour titre : Zufàllige Gedanken und nûtzlicke Bedenken ûber den Slreit von den sogenannten Sulphure, und stvar sowohl dem gemeinen verbrennlichen oder flùchiigen^ als unverbrennlichm oderftxen (Pensées diverses et méditations utiles concernant la controverse sur le soufre^ tant sur celui qui est combustible ou volatil, que sur celui qui est incombustible ou fixe). Halle, 1717, in-12'*, opuscule rarissime , que nous avons sous les yeux. L'auteur déclare, dans un Avis au lecteur, que ses premières idées sur le principe de combustibilité remontent à l'année 1679, — il n'avait alors que dix-neuf ans, — et qu'elles prirent naissance à l'occasion de ce que Kunckel avait avancé sur la composition des métaux. Stahl lui reproche d'avoir fait entrer dans la composition des métaux les éléments les plus hétérogènes et les plus vagues, tels que le mercure , un principe salin, un principe terreux, un principe acide, des fluides calorifique, frigorifique^ visqueux, onctueux, spermatique, etc., et d'avoir en même temps repoussé le soufre, comme élément des métaux.
Stahl était, dès l'origine, possédé de l'idée que, pendant la combustion, quelque chose est expulsé du corps qui brûle ou se
(1) Fragmenta quaedam ad historiam naturale^ nitri, etc., dans Opuscule phyiicO'Chymico^medica, p. 532-564.
(2) Specim. Becch., p. II, p. 132.
calcine, mais que pour que ce quelque chose ^oit aÎQsi expulsé il faut un exptUsêur { traduction Kttérale do mot Treiber). Cet expulseur était, suivant lui, le feu proprement dit, ou le moavement igné {die feurige Bewegung), « Car attribuer, ajoute Taateur, à Tantagonisme des contraires, tels que le froid et le chaud, la combustion du charbon, de Tamadou, d'un fil, c'est chercher la cause de trop loin. » Aussi la trouve*t*il dans le principe sulfureux {Schwefel-principium) f comme « le plus propre à produire le mouvement igné et à ^servir de substratum au feu dans tous les phénomènes dé combustion (i). )i
En essayant de dégager, ce qui n'est pas chose facile , Tidée* mère d'une multitude de considérations accessoires où la controverse tient souvent une trop large place, on arrive, en résumé, à ce qui suit.
Le feu (calorique) se présente dans deux états différents : l'a Tétai de combinaison ; 2* à l'état libre. Tous les corps renferment en eux un principe de combustibilité; c'est leur combinaison avec le feu qui les rend combustibles; c'est ce feu, ce principe combustible, ainsi fixé ou combiné, que Stahl appelle le principe conibustible, das vérbrenliche Wesen^ et que ses disciples ont nommé le phtogisionj de (pXo5, flamme. Or ce principe, insaisissable à l'état de combinaison, ne devient appréciable à nos sens qu'au moment où il quitte ses liens et se dégage d'un corps quelconque. Il reprend alors ses propriétés ordinaires^ que tout le monde connaît; il constitue le fèu proprement dit^ accompagné de lumière ou de chaleur. La combustion n'est autre cbose que le passage du feu combiné {phlogtstique) à l'état de feu libre. Tous les corps se composent donc, en dernière analyse, d'un principe inflammable ou phlogistique , et d'un autre élément qui varie suivant les espèces. Plus un corps est combustible ou inflammable, plus il est riche en phlogistique. Le charbon, les huiles, la graisse, le soufre, le phosphore, etc., sont les substances les plus riches en phlogistique ; ce sont aussi les plus propres à communiquer ce principe inflammable à d'antres qui en manquent.
Appliquons ces idées de Stahl aux métaux.
Qu'est-ce qu'un métal? Dans l'état actuel de la science, c'est un corps simple , un corps jusqu'à présent reconnu indécom-
(J) stahl, Znfflclliçe Gedanken, etc., 67 el suîv.
TROISIÈME ÉPÔOtE. 399
posallIeJ Soivani la théorie du phlogistique , c'est, au contraire, UD G(Mrp& composé. Quels en sont le^ éléments? le phlogistique et une matière terreuse (chaux). Le phlogistique est partout le même, mais^la jtnati^^e terreuse varie suivant la nature du métal. Cette matière terreuse n'est autre chose que la rouille (oxyde) du métal, laquelle, à^ause de son aspect pulvérulent, terreux, est appelée chaux. Lopsqu^on chauffe le métal, son phlogistique se.dégage et la chaux reste; cW pourquoi on désigne cette opération sous le nom de caleinaiion (de cate, chaux); Voulezvous rendre à cette chaux sa ductilité, son élasticité, sa malléabilité, enfin toutes les propriétés qui caractérisent le métal? Rendez-lui son phlogistique; si vous donnez au colcolhar (chaux de fer) du phlogistique, vous le changerez en fer ; si vous donnez aupompholix (chaux de ^inc) du phlogistique, vous aurez le zinc, etc. Comment donnerez-vous à ces chaux du phlogistique? en les chauffant avec du charbon, avec des graisses', en un mot, avec des substances qui abondent en phlogistique.
SUl.est vrai que la simplicité est le caractère distinctif de la vérité , jamais théorie n*atira été aussi vraie que celle de Stahl ; car ilnVst guère possible de trouver quelque part une théorie aussi séduisante par sa simplicité. Faut-il maintenant s'étonner qu'elle ait eu de si nombreux partisans?
Ainsi, comme nous venons de le voir, la caleinaiion est, selon la théorie de Stahl, une opération analtfiique, puisque le métal (ou tout autre corps) se décompose en phlogistique et en chaux, tâiidis que la réduction est une opération synthétique^ puisque, dans ce dernier cas, la chaux reprend son phlogistique.
D'après la théorie actuelle, dont le fondateur est Lavoisier, c'est tout le contraire : la calcination est une synthèse, puisque le métal, loin dé perdre, absorbe quelque chose en augmentant de poids'; et la réduction est une décomposition, car le charbon, aa lieu de rendre> enlève quelque chose au métal, en lui faisant perdrç de son poids exactement ce qu'il avait gagné pendant la caldtiaiioû.
Si Stahl et ses disciples avaient, direz-vous, employé la balance, ils anî^ient sans doute imtnédià^tement renoncé à leur théorie, comme étant en contradidliori évidente avec l'expérience.
Détrompez^vous. Voici ce que disent les phlogisticiens :
u Nous savons fort bien que les métaux augmentent de poids pendant leur calcination. Mais ce fait, loin d'infirmer la théorie
du phlogistique, vient, au contraire, la confirmer. Car le pUogistique, étant plus léger que l'air, tend à soulever le corps a?ec lequel il est combiné, et à lui faire perdre une partie de son poids; c'e corps pèse donc davantage après avoir perdu sod phlogistique. » ^
Ainsi la théorie Stahlienne, qui a été souvent modifiée, est fondée sur une illusion, sur une erreur de statique, d'après laqoelle le phlogistique ferait l'office d'un aérostat. Ses partisans sem* blaient ignorer que tout corps matériel est pesant , et que le phlogistique (en admettant s(9n existence) doit, ainsi que l'airinflammable avec lequel il fut identifié , occuper un espace beaucoup moins grand, par conséquent déplacer un volume d'air beaucoup moindre, à l'état de combinaison qu'à l'état de liberté.
Il ne faut pas oublier que Stahl, lorsqu'il établit sa théorie, n'avait aucune connaissance précise des gaz. Après la découverte de l'azote, de l'oxygène , de l'hydrogène, fluides élastiques qui paraissaient avoir certains rapports avec le phlogistique, les chimistes apportèrent à la théorie de Stahl des modifications souvent difficiles à saisir. Et comme, d'un côté, ^l'expérience, par suite des découvertes multipliées, contrariait leurs hypothèses, et que, d'un autre côté, ils ne voulaient pas, soit par amourpropre, soit par conviction, abandonner une théorie qui avait en quelque sorte présidé à tous leurs travaux, il advint, ce qui arrive toujours en pareil cas, que les hypothèses, les explications spéculatives, les additions supplémentaires à la théorie du phlogistique, s'accumulèrent à un te) point, qu'il faudrait le fil d'Ariane pour se reconnaître au milieu d'un tel labyrinthe. II n'y a pas deux chimistes phlogisticî^ns qui s'entendaient, absolument comme pour les médecins et les philosophes.
C'est dans cette seconde période , période de décadence dn phlogistique, qu'on voit apparaître les noms d'air phlogistique (azote), A'oir déphlogisHqué (oxygène), acide marin déphiogisHqué (chlore), acide vitriolique phlogistique (acide sulfureux), esprit de nitre phlogistique (acide nitreux), alcali phlogistique [ cyanofe^ rure de potassium ) , etc.
Telle est l'histoire succincte de la théorie du phlogistique, qui* vers le milieu et à la fin du dix-huitième siècle, divisa les chimistes en deux camps ennemis, et produisit en même temps une émulation très-salutaire pour le progrès de la science ; car ce n'est que du conflit des opinions contraires que jaillit la vérité, moins pour les
TKOISlilME £tO0t£. 401
contemporains que pour leurs descendants ; car c'est après que les passions ont disparu avec les individus, que l'édifice de la science se consolide. La théorie du phlogistique a soulevé certaines questions qui même aujourd'hui sont encore loin d*étre vidées. S'il est vrai, comme le soutient la théorie qui a succédé à celle de Stahl, que le calorique, logé dans les interstices des molécules matérielles, devient libre aumoment où ces molécules se rapprochent, pourquoi l'oxygène ou tout autre gaz, au moment oii il devient libre et qu'il abandonne quelque combinaison, ne détermine-t-il pas un abaissement de température au moins proportionnel au degré de chaleur qu'il produit pendant sa combinaison?— On sait qu'à la théorie de Stahl a succédé celle de Lavoisier.
Pott.
Disciple de Frédéric Hoffmann et de Stahl, Pott, né en 1692, avait associé l'étude de la chimie à celle de la médecine. Membre . de l'Académie de Berlin, il a quelque peu terni sa mémoire par sa polémique passionnée et injuste avec plusieurs de ses collègues, et particujièren^ent avec EUer. Il mourut en 1777, à l'âge de quatre-vingt-cinq ans.
Pott était un des chimistes les plus actifs de son temps. Les travaux qu'il a laissés ne comprennent pas moins d'un espace de cinquante ans ; ils attestent une connaissance étendue de l'histoire de la science, sans cependant porter le cachet d'une méthode expérimentale rigoureuse, et d'une observation approfondie des faits. Son premier mémoire Sur les soufres des métaux,' parut en 1716; Pott avait alors vingt-quatre ans.
Mais, de tous ses travaux, celui qui a pour objet le borax mérite seul une mention particulière.
Borax (1). — Les Grecs et les Romains connaissaient le borax, sous le nom de chrysocolle (soudure de l'or), nom qu'ils semblaient avoir aussi appliqué au carbonate de cuivre mêlé avec des phosphates alcalins (2). Plus tard, les Arabes désignèrent
(1) observât, et animadvers. chymic, Collect. II, p. 54-105. — DissertaUons chimiques, t. n, p. 319 (Paris, 1759, in-8}. {TL) Voj. plus haut, 1. 1, p. 173.
BISV. DE LA CBIMIE. — T. II. ^ 26
402 UISTOIKE DE LA CHTIOE.
par le nom de baurach indifféremment le nitre et le borax. Enfin, à mesure que les ténèbres qui couvraient encore la science venaient à se dissiper, le, nom de baurach, transformé en baroek ou boraxy fut exclusivement appliqué à un sel particulier que Ton faisait primitivement venir duThibetetdellnde.
Quelle est la nature du borax? Cette question avait été successivement agitée par un grand nombre d'observateurs, sans avoir reçu de solution. Zi^elfer, Berger, etc., regardaient cette substance comme un alcali fixe naturel ; Homberg la définissait on selurineux minéral; Melzer prétendait que c'est un sel marin minéral, composé d'un principe terreux vitriûable, d'alcali urineox, d'un acide subtil, et de phlogistique ; enfin les chimistes avaient émis les hypothèses les plus singulières sur la composition do borax. Ce qui entretenait ces hypothèses, c'est que la naatière organique grasse dont le borax brut (tinckal), venant de l'Inde, est toujours sali, donne ^ par la distillation et la combustion (seuls modes d'analyse alors employés), naissance à des produits empyreumatiques, ammoniacaux, propres à embrouiller plutôt qu'à éclaircir la question ; car celte matière oi^nique était généralement considérée, non comme accidentelle] et étrangère , mais comme essentiellement inhérente à la composition même da borax.
Tel était à peu près l'état de la science lorsque Pott publia, en 1741, sa Dissertation sur k borax. Ce chimiste soutenait, avec Geoffroy etLemery jeune, que le borax est une substance saline, composée d'alcaK et d'un acide particulier. Quel est cet acide? Ce n'est, répondirent Neumann et Pott, ni l'acide vitriolique, ni l'acide muriatique , puisque le borax, chauffé par le charbon, ne donne point de foie de soufre , et que, traité par l'esprit de nitre, il ne produit pas d^eau régale ; mais, lorsqu'on soumet une solution chaude de borax à l'action de l'acide vitriolique , on obtient un préci|)ité blanc, appelé s^/ ^^(fa^i/^ et la liqueur où il se dépose donne, par l'évaporation, du sel de Glauber (sulfate de soude). Voilà une expérience qui était alors connue de tous les chimistes ; et pourtant aucun d'eux n'osa soutenir, excepté Baron , que le sel sédatif, découvert en 1702 par Homberg (sel sédatif de Homberg), est un acide particulier (acide boracique ou borique], combiné avec l'alcali (soude) du sel de Glauber (1).
(1) Voy. p. 383 de ce vol.
Homberg avait entièrement méconnu la nature de son sel sédatif, appelé indifféremment sel volatil narcotique de vitriol, sel volatil de borax, fleurs de vitriol philosophique, sel blanc des alchimistes, fleurs de Diane ^ car il le regardait comme un produit du vitriol de fer. Quant à Pott, il considérait le sel sédatif, dont il décrivit les principales propriétés, comme « un sel neutre, composé de quelques molécules de vitriol et de borax ». Voulezvous savoir pourquoi? c'était parce que ce sel colore la flamme de l'alcool en vert, absolument comme le fait, à un plus faible degré, le vitriol de cuivre.
Polt est bien au-dessous de son compatriote et contemporain Marggraf, pour la sagacité et l'esprit d'observation. Ses mémoires , assez prolixes , sont beaucoup plus riches en mots et en raisonnements qu'en faits nouveaux et positifs, vraiment utiles aux progrès de la science.
Ses mémoires ont pour objet : V Analyse de F orpiment (i); — V Histoire de la dissolution particulière de différents corps (2); — Vaeide vitriolique vineux (3) (mélange d'alcool et l'acide sulfurique); — Vaeide nitreux urineux (4); — La cause de la rougeur des vapeurs de l'acide nitreux (5) [l'auteur attribue cette coloration au phlogistique); — Le sel commun (6) (il regarde la base du sel commun comme une espèce de terre calcaire) ; — L'esprit de sel vineux (7) (c'était un mélange d'alcool et d'acide muriatique , qu'il considérait comme un bon dissolvant de l'or) ; — Expériences chimiques sur V existence de Vaeide dans les animaux (produits empyreumatiques n^al définis) (8); — VAna" lyse du vitriol blanc (sulfate de zinc.) (9) ; — La terre feuillée du tartre (acétate de potasse) (10); — Le sel fusible microcosmique {H) (phosphate de soude); — Mechercies sur Punionde Pa-
(1) Halle, 1720.— Exercit. chymic, p. 46-112. — DisserUt. chimiques» t. I, p. 133.
(2) Dissertai, cblmiciues, t I (éd. Demachy), p. 319. (3)Ibîd., p. 388.
(4) Ibid., p. 489.
(5) Ibid., p. 5i7.
(6)Ibtd.,tn,p. 1.
(7) Ibid., p. 249.
(8) Ibid., t. U, p. 469.
(9) Ibid., p. 507.
(10] Ibid., p. 527.
(ll)lbid., t. III, p. 1.
eide du vitriol avec le tartre (1) (l'auteur y laisse ealrevoir rexistence de l^acide tartrique ) ; — La dissolution de la chaux vive dans t acide nitreux (acide nitrique) (2); — la déemposition du tartre vitriolé (sulfate de potasse) (3); — LadistHlation par la chaleur du soleil (4) ; — Le bismuth (5) (ce mémoire est précédé d'un long historique pour montrer qUe le bismuth était souvent confondu avec le plomb); — Le zinc (6); — I« manganèse (7) (Pott le regardait comme une combinaison intime d'une terre alcaline particulière avec un principe inflammable subtil); — La pseudogalène (blende) (8) ; — La plombagim (que l'auteur confondait avec le molybdène) (9) ; — Examen pyrotechnique du talc (il y méconnaissait la présence de la magnésie) (10) ; — Expériences pyrotechniques sur la topaze de Saxe (11),
— Examen pyrotechnique des stéatites ( il n'y trouvait point la terre magnésienne) (12) ; — Essai sur la manière de préparer to vaisseaux qui puissent supporter le feu le plus violent (13); — Recherches sur le mélange de F acide du vitriol avec le salmiae (14);
— Examen chimique de la nature du sel acide volatil du tuecin (15). Pott obtint l'acide succinique cristallisé par la distillation de l'ambre ; il décrivit les principales propriétés de cet acide qu'il a découvert.
Eller, né en 1689, fut l'antagoniste de Pott, Les discussions de ces deux chimistes rivaux donnèrent au monde le triste specta-
(I] DÎBsertaUoDS chimiquiiii, p. 159.
(2) Ibid:, p. 178.
(3) Ibid., t. III, p. 219.
(4)ItMd., p. 251.
(5) Ibid., p. 267.
(6) Ibid., p. 392.
(7) Ibid., p. 523.
(8] Ibid., p. 559.
(9) Ibid., t. lY, p. 1.
(lO)Ibid., p. 28.
(II) Ibid., p. 66.
(12) Ibid., p.. 90.
* (13) Ibid., p. 167.
(14) Ibid., p. 265.
; (15) Ibid., p. 826. 1
TROISliVE ÉPOQUE. 405
cle d'une vanité mal déguisée sous le manteau de la science (1). Il est du devoir de Thistorien de flétrir ce mauvais ferment des passions humaines, si nuisible au véritable progrès.
J.-Théodore Eller avait étudié les sciences physiques et médicales dans les écoles de léna^ de Halle, de Leyde, d'Amsterdam, de Paris et de Londres. Ses connaissances variées, sa grande souplesse d'esprit, lui avaient valu les bonnes grâces de Frédéric le Grand, qui nomma Eller premier médecin de la cour et directeur du collège médical, avec le titre de conseiller intime. Eller était donc, par sa position, le supérieur de Pott; et cette raison seule aurait dû l'engager à la modération et à user d'une noble indulgence envers son* adversaire.
Eller mourut à un âge assez avancé à Ploetzkau, dans la principauté de Bernbourg.
Les travaux scientifiques d'EIler, dont quelques-uns seulement traitent de chimie , se trouvent insérés dans la collection des Mémoires de P Académie des sciences de Berlin {%. Ils furent recueillis, après sa mort, sous le titre de : Physikalisch-Chymisch" Medieinische Abhandlungen, etc., par C. Gerhard; Berlin, 1764, in-8.
Les travaux chimiques d'EIler renferment plus d'hypothèses que d'observations. On y trouve cependant quelques recherches microscopiques, fort intéressantes, sur l'altération qu'éprouve le sang frais , maintenu à la température du corps , sous l'influence d'un grand nombre de médicaments et de substances chimiques mis en contact avec lui. Ces recherches portent particulièrement sur l'altération des globules du sang, produite par l'action deâ vitriols de cuivre et de fer, du sel marin, de l'alcali fixe (carbonate de potasse), de l'alcali volatil, du borax, du tartre, du sel d'Epsom, du sel d'oseille, da l'arsenic, du sublimé corrosif, des acides vitriolique^ nitrique et muriatique, des teintures de myrrhe', de saffan, d'aloès, d'opium, d'ellébore, de rhubarbe,
(1) Pott avait publié, en 1756, un volume in-4* [Ànimadverskmes physécocRimfex drca variçu hffpotheses et expérimenta Blleri)^ où il critique peutêtre un peu trop sévèrement les travaux d^EIlêr. Celui-ci y répondit dans un opuBcule^anonyi^e intitulé : Courte recherche stir tes vraismotifs^ui ont engagé M, Pott àiMiquer le conseiller Éîler, etc. Dans cette diatribe, indigne d'un homme de scÛBoçe, il parle des intri^es amoureuses fort compromettantes pour la réputation aè mademoiselle Pott, etc. Pott répliqua par une Tiouvelle continuation de critique, etc.
(2) Année» 1745, 174«, 1747, 1749, 1750, 1751, 1752, 1754*,' t75l *
406 HISTOIAE DE LA CHIIOB.
de quinquina, etc. II proposa l'emploi d'un micromètre particulier pour mesurer les globules du sang (1). — Son mémoire Sur les éléments des corps est un exposé historique des diverses* opinions émises par les philosophes sur la constitution de ia matière (2). Ses mémoires Sur le vide comme préservatif de la putréfaction. Sur la végétation des plantes. Sur la génération dit métaux. Sur le départ de For au moyen du soufre. Sur les propriétés de Feau^ renferment très-peu d'observations nouvelles.
' Nés
Gaspard Neumann, né en 1683^ débuta par être garçon apothicaire. Il quitta par la suite rAllemagne, et résida quelque temps en Angleterre; il visita la Hollande et la France , et se mit en rapport avec les chimistes les plus distingués de son temps. De retour à Berlin, il fut nommé par le roi de Prusse^ père de Frédéric le Grand, professeur de chimie et conseiller aulique. Ses leçons eurent un grand succès, et sa méthode d'enseignement» d'après les principes de Stahl, avait été introduite dans les écoles. Neumann mourut en 1737, à l'âge de cinquantequatre ans.
Parmi les mémoires originaux de Neumann, il n'y a guère de remar(^uable qu'une dissertation Sur U camphre^ substance qu'il était parvenu à extraire de l'huile essentielle de thyîn (3). Dans d'autres mémoires, il établit que le suc de violette est insuffisant pour déceler la, présence des liqueurs salines (4), que l'albumine desséchée est essentiellement .diCTér^te dusuçcin, ^i^n qu'elle lui ressemble par so.n aspect. ^ 4^ .des recherches sur le sel ammoniac, le soufre, le tai;tre> le vin, la bière, le café, les fourmis, etc.
(0 Mém. de TÂcad. des sciènees de Berlin, aon. 17ôl,p. ii.—Phy^kaiixk' chymische Àbhandlungen, etc., p. 17S.
(3) Mém. de PAcad. des sciences, aim. i7i6. ^ Phy$ikaliseh'Chfmis(he Àbhand, p. 197.
(3) Philosopliieal Transact., ann. 1724 et 1725, n. 389, p. 321. — BlisceUaiL Berolin., contin. il, p. 70. — damphre du thym, dans Philosopha Transcd , 1783 et 1734, D. 4,31, p. 202.
(4) Misceliàn. Berolin., contin. II, p. 54.
TAOISliUE ÉPOQUE. 407
Ândré*-Sigismond Marggraf, né à Berlin en 4709, compte avec raison au nombre des plus grands chimistes du dix-huitième siè' cle. Expérimentateur habile, ingénieux et réservé dans ses vues théoriques*, d'une logique sévère dans ses déductions, le célèbre chimiste prussien peut, à juste titre, revendiquer la gloire d'avoir, un des premiers, introduit dans la science l'emploi du microscope, et la voie humide dans l'analyse des matières organiques. C'est à lui aussi qu'on doit la découverte du sucre indigène.
Mai^raf était fils d'un pharmacien de Berlin. Après avoir reçu les premières notions de son art dans la maison paternelle, il fut placé comme préparateur auprès du professeur Neumann, dont les cours de chimie attiraient alors un grand nombre d'élèves. Plus tard il alla perfectionner ses connaissances aux écoles de Francfort, ^e Strasbourg, de Halle et de Freyberg. A son retour il fut nommé, à l'âge de vingt-neuf ans, membre de l'Académie royale de Berlin, et, en 1762, directeur de la classe de physique. L'Académie des sciences de Paris le nomma, quelque temps après, associé étranger. Pendant tout le cours de sa carrière jusqu'à sa mort, arrivée le 7 août 4780, Marggraf a joui de la réputation d'un savant consciencieux, intégre , et inaccessible à ces passions mesquines qui sont une des plaies de l'humanité. Il garda une attitude neutre dans la polémique haineuse qui eut lieu, au grand scandale du monde savant , entre deux de ses collègues, Pott etEller, et donna, par cette sagesse, un exemple qui de-^ vrait trouver plus d'imitateurs.
TrwwmMX d« Muv^;§pFtitm
Les tra:vaui de cè'graild chimiste, auquel la postérité n'a pas encore entièrement rendu justice', se trouvent insérés dans les Mémoires de l'Académie des sciences et belles-lettre» de Berlin; Il les réunit lui-même, et en- lit un recueil qui fut publié presque en même temps en allemand et en français (1).
{i) Ojniseulês chimiques de M. Marggraf; Paris, i765, 2 toI. în-8. — Marggraf a?ait lui-même revu une seconclç foi§ les mémoires que Formcy avait ha-
N'y eût-il que la découverte du sucre de bellerave , elle suffirait seule pour mettre Marggraf au nombre des chimistes qui ont le plus mérité de la science et de l'industrie.
Expériences chimiques faites dans le dessein de tirer un véritable sucre de diverses plantes qui croissent dans nos contrées, —Tel est le titre d'une dissertation publiée dans les Mémoires de l'Académie de Berlin pour Tannée 1745, et dont toute l'importance ne devait être comprise et appréciée que plus d'un demi-siècle après. .
Cette dissertation mérite une analyse détaillée. C'est Textraetion du sel d'oseille et d'autres sels acides par révaporatiou du suc des végétaux, qui avait suggéré à Mar^raf l'idée de traita, par des procédés semblables, les plantes sucrées.
L'auteur établit, avec une sagacité qui ferait bonneur à nos plus habiles expérimentateurs, que, parmi les plantes indigènes les plus riches en sucre, il faut placer en première ligne la betterave ( rouge et blanche) et la carotte; que le sucre quis'if tpouve est parfaitement semblable au sucre de comme; que ce sucre existe tout formé dans les plantes ; que le moyen «le plus commode et le plus simple de l'en extraire consiste à dessécher les racines , et à les faire bouillir dans de Tesprit-de-vin , qui se charge du sucre et le laisse déposer, sous forme cristalline, par le refroidissement.
Voilà des résultats aussi inattendus que prodigieux, eu égard àl'époqueoù ilsfurentpubliés pour la première fois. Biais, comme un résumé n'est jamais exempt de reproche, il sera plus convenable d'entendre Marggraf lui-même :
a Les plantes que j'ai soumises, dit-il, à un examen chimique pour tirer le sucre de leurs racines, et dans lesquelles j'en ai trouvé eCTectivement de véritable , ne sont point des productions étrangères ; ce sont des plantes qui naissent dans nos contrées aussi bien que dans d'autres, en assez grande quantité, des plantes communes qui viennent môme dans un terroir médiocre, et qui li'ont pas besoin d'une fort grande cqlture. Telles sont la bette blanche ou poirée, le chervis(«csartfm Dodmt») et la carotte {dauGus carotta). Les racines de ces tiK>is plantes m'ont fourni jusqu'à présent un sucre très-copieux ettrès-por. Lespre-
duits en français. — Ce recueil contient vingt*8ept dissertations, dont gnion pont \pA\à\^ di^ \hV^ t\ dçpzç de l'allemand.
TROTSIÈSCE EPOQUE. 409.
mières marques caractéristiques qui indiquent la présence du sucre emmagasiné dans les racines de ces plantes , sont que ces racines, étant «coupées en morceaux et desséchées, ont non-seulement un gaût fort doux, mais encore qu'elles montrent pour l'ordinaire, surloni au microscope ^ des particules blanches et eri^ iallines qui tiennent de la forme du sucre » .
Voilà la première fois que nous voyons apparaître, dans l'histoire de. la science, l'emploi du microscope comme un auxiliaire de l'analyse; et il est curieux de faire observer que ce fut pour servir à la démonstration d'un des plus beaux faits de la chimie moderne.
Écoutons l'auteur lui-même décrivant son premier procédé d'extraction, renouvelé de nos jours, et qui avait été considéré , par quelques chimistes ignorant le pas^, comme un procédé nouveau :
c( Comme le sucre, continue Marggraf, se dissout môme dans de l'esprit-de-vin (chaud), j'ai jugé que ce dissolvant pourrait peut-être servira séparer le sucre des matières étrangères; mais pour m'assurer auparavant combien de sucre pouvait être dissous par l'esprit-de-vin le plus rectifié , j'ai mis dans un verre deux drachmes du sucre le plus blanc et le plus fin, bien pilé, que j'ai mêlé avec quatre onces d'esprit-de-vin le plus rectifié; j'ai soumis le tout à une forte digestion continuée jusqu'à l'ébuUition; après quoi le sucre s'est trouvé entièrement dissous. Tandis que cette solution était encore chaude, je l'ai filtrée et mise dans un verre bien fermé avec un bouchon de liège, oix l'ayant gardée environ huit jours, j'ai vu le sucre se déposer sous forme de très-beaux cristaux. Mais il faut bien remarquer que la réussite de l'opération demande qu'on emploie l'esprit-de-vin le plus exactement rectifié, et que le verre aussi bien que le sucre soieaf très-secs; sans ces précautions la cristallisation se fait difficilement.
a Cela étant fait , j'ai pris des racines de bette blanche coupées en traiiches, et les ai fait dessécher, mais avec précaution, afin qu'elles ne pi^issent point une odeur empyreumatique, Je les ai ensuite réduites en une poudre grpssière; j'ai pris huit onces de cette poudre desséchée, et lésai mis^s dans un verre qu'on pouvait boucb!çr;J'y al versé s^ize onces d'esprit-de-vin le plus rec« tifiét et qui allume la poudre à oanpn. J'ai souQijs I,ç tout à la digestion au feu» poussé. jusqu'à l'ébuiUtion de l'esprit-de-vin»
en remuant de temps en temps la poudre qui se ramassait au fond. Aussitôt que l'ésprit-de-TÎn a commencé à booillir, ]Vi retiré le verre du feu, et j'ai versé promptement tout le mélange dans un petit sac de toile, d'où j'ai fortement exprimé le liquide qui y était Contenu ; j'ai filtré la liqueur exprimée encore chaude, j'ai versé le liquide filtré dans un verre à fond plat, fermé aTec un bouchon de iiége , et l'ai gardé dans un endroit tempéré. D'abord resprit-de-Vîn y est devenu trouble, et, au bout de quelques semaines , il s'est formé un produit cristallin , ayant tous les caractères du sucre, médiocrement pur, et composé de cristaux compactes. En dissolvant de nouveau ces cristaux dans de l'esprit-de-vin , On les obtient plus purs ».
Marggraf ajoute que cette expérience peut servir de moyen pour s'assurer si Une plante contient du sucre, et quelle en est la quantité. C'est ainsi qu'il parvint à constater que la betterave (blanche) renferme environ 6 p. Vo de sucre. «Ce qni mérite, dit-il, d'être remarqué en passant, c'est que la plas grande partie du sucre se sépare de l'esprit-de-vin par la cristallisation, et que la partie résineuse demeure dans l'esprit-devin. De plus, il parait que, dans cette opération ,J'eau de chaux vive n'est point du tout nécessaire pour dessécher le sucre et lui donner du corps, mais que le sucre existe tout fait, scus-fùrm cristalline^ av moins dans^nos racines.
c( Celte manière de procéder, continue Marggraf, à rextracfloo du sucre, m'ayaol paru trop coûteuse, j'ai cru devoir en chercher quelque autre. Je jugeai que ce qu'il y avait de mieux à faire c'était de suivre la route ordinaire, en ôtant à ces iticines leurs sucs par l'expression, en dépurant le suc exprimé, enrévaporant pour le soumettre à la crîslalHsatibn, et en purifiant les cristau)^ qui prennent naissance, o
Nous ne reproduirons point les détails d'exécution que l'autear a exposés avec une admirable lucidité, et auxquels on changea, par la suite, fort peu de chose. Il remarqua -que la carotte se prête assez difficilement à l'extraction du sucre , à cause d'one matière glutineuse (siciâe pettiqùe) qui entrave là cristalfisation du sucre; qu'il iRaut apporter beaucoup de soin àù k*âpage et à l'expression du sucre, afin d'obtenir la plus grande quantité possible de la matière sacrée, et que les mois d'octobre , novembre el décembre, sont répoquè fa plus propteè à la récolte de la bettera?e. ' i^plusrgraiidexlimcultéiïue'l'ëtilèUr eût rencontrée, c'était
TBOISliME ÉPOQUE. 411
de retirer de la betterave un sucre parfaitement blanc. En6n , il parvint, ainsi qu'il Tavoue lui-môme, à obtenir un sucre sem* blable au meilleur sucre jaunâtre de Saint-Thomas.
€( C'est jusque-là que j'ai, dit-il , poussé le sucre qu'on peut tirer de nos racines, en suivant le travail que j'ai indiqué. Je réserve le reste à un autre temps, ob je pourrai me procurer une plus grande quantité de suc tiré de nos racines, en me servant de la bette blanche, qui est, de toutes ces plantes, celle qui fournit le plus de sucre; et alors je ferai passer ce sucre par un plus grand nombre de solutions ; je le dépurerai plus exactement par l'addition de l'eau de chaux vive, et je tâcherai de lui procurer une plus grande blancheur. )>
Ce travail, à tous égards si intéressant^ est terminé par les réflexions suivantes sur la culture des plantes propres à fournir le sucre indigène :
a Quoique ces racines (betterave, carotte) fournissent toujours une quantité quelconque de sucre, il pourrait cependant arriver que dans telle année elles en donnassent une plus grande quantité que dans telle autre , suivant que le temps est plus humide ou plus sec. On doit aussi faire attention à la parfaite maturité de ces racines. C'est vers la fin d'octobre et en novembre qu'elles sont Jes meilleures. — ■ Il y a lieu de croire que ces racines, après qu'elles ont poussé des tiges, des feuilles, mais surtout des grai- . nés, sont moins propres à l'extraction du sucre. »
C'est qu'en effet une grande partie de la matière sucrée et de l'amidon disparaît, à mesure que la végétation se développe, en se métamorphosant en matière ligneuse.
«D'après ce que nous avons dit, ajoute Marggraf en se résumant, il est facile de voir quels avantages économiques on pourrait tirer de ces expériences ; il me suffira d'en indiquer un seul, qui est même le moindre. Le pauvre paysan, au lieu d'un sucre cher ou d'un mauvais sirop, pourrait se servir de notre sucre des plantes , pourvu qu'ài'aide de certaines machines il exprimât le suc des plantés, qu'il le dépurât en quelque façon, et (fu'il le ftt épaissir jusqu'à la consistance de sirop. Le suc épaissi serait assurément plus pur que la mélasse; et peut-être même ce qui resterait après l'expression pourrait avoir encore son utilité. Outre cela, les expériences rapportées ci-dessiis mettent en pleine évidence que le sucre peut être préparé^ dans nos contrées tout comme dans celles qui produisent la ç^nne à sucre, b
412 HISTOIRE DB lA GHDCIS.
Ceci fut dit et imprimé en l'année 1745, plus desoixante et un ans avant le premier empire et l'établissement du blocus continental. Sans ce blocus, qui souleva tant de plaintes, la découverte de Marggraf, annoncée par l'auteur. lui-même comme devant occasionner une révolution dans Tindustrie, serait peut-être restée dans Toubli.
Sur les rapports du phosphore solide avec les métaux et les demùméiaux (1). Ce mémoire contient la découverte de Vacide phosphorique.
En étudiant les combinaisons (phosphures) .que le phosphore est susceptible de former avec les métaux, Marggraf remarqua le premiei* que Tor et l'argent ne produisent pas de véritables composés avec le phosphore.
11 prépara Tacide phosphorique en brûlant le phosphore à Tair, et compara le produit de cette combustion, obtenu soas formes floconneuses, avec les fleurs de zinc (oxyde de zinc). Il ajoute que « ce produit, étant pesé encore chaud, avait pris une augmentation de poids de trois drachmes et demie ». — Si Bfarg* graf avait cherché la cause de cette augmentation de poids da phosphore brûlé dans l'air, il aurait été bien près de la découverte de l'oxygène.
En continuant ses observations sur l'acide phosphorique, qu'il BppéWefieurs de phosphore, il arrive à constater que ce produit nouveau attire l'humidité de l'air, qu'il fait effervescence avec les alcalis (carbonates alcalins), qu'il est susceptible de se combiner ; avec les alcalis, avec les chaux (oxydes) métalliques^ pour donner naissance à des composés cristallisables; en un mot, il signale les principales propriétés physiques et chimiques de l'acide phosphorique, qu'il enseigne de préparer aussi en traitant le phosphore par l'esprit de nitre (acide nitrique) concentré. i
^fsposUUm de quelques m^hodes nouvelles au mogne» desqueties çf^ peut faire plf^ aisément le phosphore solide d'urine (^). — Kun^ ckel, Brànd et Boyle avaient ies premiers extrait le phosphore i de l'urine (3), |
(1) MUceUao. Berolioene., jaiui. 1740, 1. VI, p. M-64.
(2} Ibid., ann. 1743^ t. vta, p. 324-3S5,
(3) Vôy. pi 174 et 194 de ce volume. i
TROISlilOS ÉPOOtl. 413
Dans quel état le phosphore existe-i-il dans l'urine? Comment s'explique son extraction? Voilà des questions qu'il était réservé k Marggraf de résoudre. Ce grand chimiste démontra que^ le phosphore existe dans l'urine à l'état de sel (phosphate ) cristal lisable; que, lorsque ce sel a été préalablement séparé d'une masse d'urine , ce qui reste a n'est guère propre à la production du phosphore ».
Marggraf préparait son phosphore d'urine en soumettant à la distillation, dans des vaisseaux parfaitement clos, un mélange de sel d'urine fixe (phosphate de ^oude et ammoniaco-magnésien), de sable et de suie (poussière de charbon), a J'étais^ dit-il, dans l'idée que le sable., délié (acide silicique) s'unit avec la partie terrestre (base) du sel d'nrine fixe, et en dégage l'acide (acide phosphorique). )> — Il ignorait le rôle que jouait ici le charbon (suie) qu'il avait employé.
En observateur qui cherche à connaître la nature des choses, rerum cognoscere causas, il pose cette question : D'où vient le phosphore dans les urines? Un alchimiste aurait répondu que le phosphore est engendré de toutes pièces dans le corps del'homme. Mais, guidé par les observations de Pott qui avait trouvé du phos* phore dans le froment, dans le seigle et d'autres graines semblables, Marggraf répond : a Comme les végétaux nous servent continuellement de nourriture, il y a toute apparence que c'est là la source du phosphore qui est en notre corps, b
Expériences sur la manière de tirer le zinc de sa mine (i), La grande combustibilité du zinc avait toujours offert beaucoup de difficultés pour obtenir celui-ci à l'état métallique. Après s'être un moment arrêté sur la volatilité et l'inflammabilité de ce singulier métal y Marggraf insiste pour que la réduction du minerai de zinc se fasse dans des vaisseaux fermés, à l'abri du contact de l'air, « duquel s'ensuivrait l'inflammation du zinc une fois formé». Le zinc métallisé était recueilli dans des récipients contenant un peu d'eau froide. — L'auteur donne ensuite l'analyse des minerais de zinc d'Angleterre, de Silésie et de Bohême.
Examen chimique d'un sel d'urine fort remarquable qui eaniient de r acide de phosphore (2). — Ce sel n'est autre que le phosphate
(1) Mém. de l'Acad. de Berin, ann. 174e, p. 49-57. ()} U>id., ann., 174e, p. 84-107.
d'ammoniaque , d'après la description qa'en donne Marggraf. a C'est, dit-il , un sel moyen ( neutre] ammoniacal; mais l'es^srit urineux (ammoniaque] n'y est pas étroitement combiné, car il s'en sépare à une médiocre chaleur^ de manière qu'il ne reste que l'acide seul, circonstance que je n'ai observée dans aucun autre sel ammoniacal sec. L'acide qui reste se présente sous la forme d'une masse transparente et semblable au verre, o
L'auteur ajoute que cet acide attaque la substance du creuset, et éprouve une certaine perte si on le calcine longtemps à iio feu violent; il termine en faisant observer que « l'urine d'été, saison où les hommes mangent* beaucoup plus de végétaux, fournit toujours une plus grande quantité de ce sel que l'uriDe d'hiver. »
Combien de sagacité ne fallait-il pas pour faire, il y a cent ans, de pareilles observations I
Manière aisée de dissoudre Vargeni et le mercure dans les acides des végétaux (i). — « C'est un fait connu, dit l'auteur dès le début de son mémçire , que les acides des végétaux, dont le plus puis* sant est le vinaigre distillé, dissolvent quelques métaux et revêtent avec eux la forme de sels; mais il n'est pas moins vrai que Tôr, l'argent et le mercure résistent à l 'action de ces dissolvants. »
Après avoir démontré l'insuffisance des essais faits par les anciens pour dissoudre l'argent dans les acides végétaux, il nous apprend que le précipité ( oxyde d'argent) obtenu en traitant le sel d'argent (nitrate) par le sel de tartre le plus pur (potasse), se dissout dans le vinaigre distillé; que, la solution étant faite à chaud, il se dépose d'assez beaux cristaux par le refroidissement; et que Tacide du citron, le vin du Rhin, etc., dissolvent Clément une quantité notable de ce précipité. Le précipité' de mercure donnait les mêmes résultats.
De l'action des acides des végétaux sur l'étain, et sur l'arseme qui s'y trouve caché (2). — L'auteur s'attache , dans cet intéressant mémoire , à démontrer, !<> que l'étain est susceptible d'être attaqué par les acides végétaux; ^ que ce métal contient toujours une quantité appréciable d'arsenic.
(1) Mém. dePAcad.! des sciences de Berlin, ann. 1746, p. 49^7. (î) Ibid., ann. 1747, p. 38-46.
C*est par la synthèse qu'il s'explique la difflculté de Tanalyse; car il prouve qu'en traitant un alliage formé de proportions connues d'étain et d'arsenic, on n'obtient jamais par l'analyse tout l'arsenic qu'on y avait mis. De là il conclut qu'il est très-difficile , sinon impossible , de séparer l'étain des dernières traces d'arsenic. C'est à la présence de l'arsenic qu'il attribue la fragilité de l'étain.
Voici le procédé de Marggraf pour séparer l'arsenic de l'étain. On traite l'étain par un mélange d'eau-forte et de sel ammoniac (16 parties d'eau-forte pour 1 partie de sel ammoniac); on y ajoute ce mélange peu à peu , jusqu'à ce que tout le précipité rentre en dissolution. On évapore ensuite Ja liqueur avec précaution, ei on la laisse refroidir : les cristaux qui se forment contiennent tout l'arsenic. Ces cristaux se subliment, et donnent une poudre blanche qui, mise sur une lame de cuivre chauffée, répand une odeur d'ail. Calciné avec du soufre, le sublimé blanc d'arsenic donne du réalgar ou arsenic jaune (sulfure).
Moyen de faire la réduction de Parlent corné sans perte (i}. — - Dans cette notice on trouve en germe la méthode par la voie humide, développée de nos jours par Gay-Lussac , et substituée à la coupellation dans la plupart des monnaies de l'Europe. * Voici les propres paroles de Marggraf : « Pour préparer l'argent corné (chlorure d'argent), on prend, p^r exemple, deux onces d'argent qu'on dissout à chaud dans cinq onces d'eau-forte. Si l'argent contient de l'or, celui-ci se déposera. Cette solution d'argent (nitrate d'argent) est ensuite précipitée par une solution de sel cpmmun pur; on ajoute de celle-ci jusqu'à ce qu'il ne se mianifeste plus de trouble. On laisse reposer la liqueur pendant une nuit; le lendemain on en retire la liqueur limpide qui surnage; on Is^ve et on dessèche le précipité blanc, qui pèse deux onces, cinq drachmes et quatre gi:ains. L'augmentation de poicj; vient de l'acide du sel commun; par conséquent , dans une once de ce précipité il se trouve six drachmes et quelques grains d'argent pur. Si l'opération, dont on vient déparier^ se fait avec un argent qui ne soit point d'un aussi bon aloi que par la coupelle , on comprendra facilement que le précipité doit être moins pesant, parce qu'il ne se précipite ici autre chose que l'argent, le cuivre
(1) Mém. de TAcad. des sciences de Berlin^ ann. 1749, p. 16-26.
restant en dissolution. Il faut avoir soin de laver le précipité avec de Teau distillée. »
Pour réduire la lune cornée (chlorure d'argent), Kunckel avait proposé l'emploi du set alcali végétal (potasse ).
Marggraf imagina, pour cela, un procédé un peu plus long, mais qui n'en était pas moins très-ingénieux. Ce procédé consistait à dissoudre l'argent corné dans l'esprit de sel ammoniac (ammoniaque), à mettre dans cette solution six parties de mercure (pour une partie d'ai^ent corné), et à laisser reposer ce mélange. « On y trouve le lendemain un bel arbre de Diane, qui n'est autre chose qu'un amalgame d'argent. On sépare le mercure par la distillation, et l'argent reste pur. b
L'auteur s'assura que l'aident coupelle n'est jamais parfaitement pur; et il ajoute que l'on s'en aperçoit très-facilement en refondant ce même argent avec du salpêtre et du borax, qui décèlent le cuivre par la production de scories vertes.
Observations sur l'huile qu'on peut exprimer des fourmis, avec quelques essais sur l'acide des mêmes insectes (i). — La décoaverte de Vacide formique remonte , ainsi que nous l'avons vu, à une époque plus reculée (2); mais Marggraf obtint le premier l'acide formique assez pur, et exempt de la matière huileuse dont il constate la présence dans la fourmi rouge.
< En exprimant, 'dit-il, le résidu des fourmis écrasées, oa obtient une huile qui tache le papier, plus légère que l'eau, d'ao brun rouge&tre, et exhalant l'odeur des fourmis; elle s'épaissit à une température basse , et perd sa transparence; elle brAle comme les autres huiles; cuite avec le minium , elle forme une espèce d'emplfttre; avec l'alcali fixe elle donne un savon ordinaire et bien lié. »
Quant à l'acide des fourmis, il lui trouva,, comme Wren, ooe très-grande analogie avec le vinaigre, a Cependant, ajoote-t-il eo terminant, il ne lui ressemble pas tout à fait n ^
Sur la pierre de Pologne (3). — Sur différentes pierres (4). ^ C^est dans ces deux notices que l'auteur fait le premier connattre
(1) Mém. de l'Acad. des scieiices de Betfin, ton. 1749, p. S8-46.
(2) Voy. p. 295 de ce volume.
(3) Mém. de TAcad. des scienceB de Berlin, ana. 1749, p. 56-71.
(4) Ibid., ann. 1750, p. 144-163.
TROISIEME EPOQUE. 4i7
la eompositian au gypse ou de la pierre à plâtre, et^ jusqu'à un certain point, celle du spath pesant. Ce n'est point le hasard, mais le raisonnement, qui le conduisit à cette découverte. Voici comment Marggraf raisonnait : Le tartre vitriolé, composé d'alcali fixe (potasse) et d'acide vitriolique (sulfurique), étant calciné avec du charbon , fait effervescence et exhale une odeur puante de soufre. Or, le gypse et lé spath pesant se comportent à peu près de la môme manière. Donc il est permis de croire que ces substances sont composées d'acide vitriolique et d'une terre alcaline. — Il se confirma dans cette opinion, lorsqu'il vit que le gypse, traité par l!alcali fixe (potassa), donnait du tartre vitriolé et de la chaux. II reconnut l'identité de la^ pierre spét^ulaire avec le gypse, et conclut, d'une série d'expériences fort iogénieuses, que le spath pesant ^ la pierre de Bologne (sulfate de baryte), le gypse ou la pierre spéculaire (sulfate de chaux), sont composés de chaux et d'acide vitriolique. Il s'était également aperçu de la différence qui existe entre la chaux du spath pesant ou de la pierre de Bologne (baryte), et entre la chaux provenant de la décomposition du gypse ou de la pierre spéculaire (chaux) ; car il dit positivement que la première est plus pesante et moins soluble dans l'eau que la seconde.
Enfin, il explique l'existence des couches de pierres séléniteuses ou spéculaires (sulfate de chaux) par les dépôts que for* ment les eaux saturées de ces sels calcaires, qui, par la suite des siècles, peuvent revêtir différentes formes de cristallisation. c( Le temps, dil-il, peut opérer des merveilles qu'il nous est impossible de produire dans nos laboratoires. »
Expériences sur la régénération de l'alun (1). — Stahl avait avancé que l'alun est un composé de chaux et d'huile de vitriol. Mais Mar|[graf démontra qu'en combinant l'acide vitriolique avec la chaux, on n'obtient autre chose qu'une sélénite (sulfate de chaux). Après un grand nombre d'expériences tendant à éclaircir la question si souvent agitée de la composition de l'alun, il parvint à montrer que, pour obtenir des cristaux d'alun véritable, il fallait combiner de l'argile avec l'huile de vitriol, et ajouter au composé (sulfate d'alumine) un peu de lessive d'alcali fixe (potasse), qu'on peut aussi, ajoutait-il, remplacer par l'alcali volatil (ammo-
(l)Méin. (le TAcad. des sciences de Berlin, ann.^ 1754, p. 3i-4i. BIST. DE hK cm me. — t. ii. 27
418 HISTOmB DE LA CHIUE.
nîaque). Il conslata, en outre» que l'alun contient des particules ferrugineuses dont il est difficile de le débair^sser.
C'est donc par la synthèse que Marggraf montra que Talan est un composé d'acîde vîtrîolique, d'alumine et de potasse ou d'ammoniaque.
Expériences faites sur la terre et alun (i). — Ce mémoire est h confirmation du précédent. L'auteur achève de mettre hors de doute que Stahl avait été dans Terreur en faisant de la terre d'alun une terre calcaire; enfin, que la terre d'alun (alumine) diffère essentiellement de la terre calcaire (chaux), par son insolobilité dans les acides.
C'est dans ce même mémoire que Marggraf nous apprend queo calcinant un mélange de sable, de terre d'alun, de stéalile (pierre de magnésie) et de sélénite, on obtient une masse blanche, compacte, faisant feu avec Tacier. — Cette masse D'étail autre que la porcelaine.
Examen chimique de Veau (2). — Cet examen chimique est une analyse qualitative et quantitative des sels calcaires et alcalîDs contenus dans les eaux communes (de puits, de rivière, etc.]' L'auteur explique fort bien pourquoi les eaux^ dites dures oo séléniteuses, sont impropres à la cuisson des légumes (pois, haricots, lentilles, etc.) : « C'est qu'en cuisant, un peu de terre se sépare toujours de ces eaux et va s'attacher à la surface des légumes, et le reste de l'eau ne peut pas s'y insinuer aussi promptement, etc. »
Marggraf décela le premier la présence du fer au moyen de la lessive du sel alcalin calciné avec du sang (cyano-ferrure de potassium]. Ce réactif lui donna du bleu de Prusse, non-seulement avec des eaux martiales, mais encore avec des macérations aqueuses de pierres urinaires, d'os de brebis et de crâne humain. Mais il resta encore un doute k dissiper. Ces précipités bleus sont-ils réellement dus à la présence du fer? Pour résoudre cette question, il prescrit de les calciner d'abord et de les chauffer ensuite fortement avec un peu de graisse ou de charbon dans un creuset fermé. « L'opération étant terminée^ on Irouvera,
(0 Mém. de TAcad. des Mîeuces de Berlin, aim. 1764, p. 41-Sl. (7) Ibid., ann. 17(1, p. laMSS.
TRoisiiEns fpcxnni. A 1 9
dit-il, dans le creuset une poudre noirfttre; qu'on approche de' cette poudre on boti aimant et on le verra attirer les particules du fer. a
Dans sa dissertatioaSur Peau distillée (I), Marggraf rapporte une expérience curieuse qui fut , environ douze ans après , répétée presque en même- temps par Lavoisier et Scheele. Le chimiste prussien attacha un flacon d'éau distillée aux ailes d'un moulin à vent. Quelques apnées auparavant, Boerhaave avait fait une expérience semblable avec un flacon de mercure qui-avait, après une longue agitation , donné une poudre lioire (mercure divisé). Mais Marggraf n'obtint aucun résultat concluant : l'eau resta Uinpide Comme auparavant. Persistant dans son intention de s'assurer si l'eau peut se changer en terre , il fit remuer ce même flacon d'eau distillée pendant huit jours par plusieurs hommes qui se relevaient l'un après l'autrerll ne tarda pas à voir l'eau devenir trouble, et laisser déposer une poudre blanche ayant de l'analogie avec le verre pilé; et pourtant il n'osa pas en conclure que cette poudre n'était qu'un assemblage de particules de verre, détachées du flacon par suite d'une agitation prolongée. '
Sur la meilleure manière de séparer ta substance alcaline du sel commun (2). — Cette dissertation importante donne la découverte de la sotufe, qui est, pour la première fbis, nettement distinguée de la potasse. Marggraf démontre d'abord, par des expériences précises, i"* que le sel commun est composé d'acide muriatique .et d'un alcali partleuKer, et noti pas d'une terre alcaline comme on l'avait cru jusqu'alors; 2^ qu'on obtient l'acide dtf se! cbttimhn istouâ fdrmë dé vapeurs blanches, en traitant ce sel par l'adde dunître, et que cet acide (muriatique) précipité la solution d'argent enl}lànc; 3^ qu'en traitant le nitre cubique (nitrate de soude), résultant de l'opération précédente, par le charbon, on obtient un sel alcalin (carbonate de soude) très-soluble dans l'eau, mais qui se distingue de l'alcali fixe (carbonate de potasse ) extrait des cendres des végétaux, en ce qu'il n'est pas déliquescent à l'air.
(1) Mém. de TÂcad. dei sciAices de Berlin, ann. 1756, p. 20-Sl.
(2) OfMsettléft chimiques de Marggrtif, vol; II, dissêrt. xxir, p. 331 (Paris.
1762, in-S).
420 niSTOlAE DE LA CHIMIX.
Duhamel avait déjà établi que la base du sel commun n'est pss une terre alcaline; mais il n'avait i>as suffisamment distingoé Talcali du sel commun d'avec l'alcali fixe végétal (potasse] (i).
Voici, en résumé, les caractères essentiels, indiqués par Harggraf, pour distinguer l'alcali végétal de l'alcali du sel commun :
V L'alcali du sel commun donne, avec l'acide du vitriol, des cristaux de sel de Glauber (sulfate de soude), différents deceox du tartre vitriolé (sulfate de potasse); les premiers sont plas solubles dans l'eau que les derniers;
2* L'alcali du sel commun donne avec l'eau-forte (acide nitrique) du nitre cubique, tandis que l'alcali fixe des végétanx donne du nitre prismatique; le premier produit avec la poussière de charbon une flamme jaune , et le second une flamme bleu&tre;
3^ En combinant l'acide muriatique avec l'alcali du sel commun, on forme du véritable sel commun; tandis que ce même acide donne avec l'alcali végétal le sel digestif de Sylvius (chlorure de potassium).
Après cette exposition, qui sanctionne la découverte de l'alcali, appelé aujourd'hui soude, l'auteur ne se dissimule pas la grande ressemblance qu'offre cet alcali avec l'alcali végétal, lorsqu'on le traite par le soufre (foie de soufre), parla silice, par les solutions métalliques, etc.
Pour distinguer ce nouvel alcali de l'alcali fixe végétal^ Harggraf lui donna le nom d^alcali fixe minéral.
« Je n'aime, dit-il en terminant, rien avancer que je ne puisse appuyer sur de bonnes expériences. »
Expériences sur le lapis lasuli (2). — Cette pierre, fort connue des anciens, fut, pour la première fois, soumise par Marggraf i une analyse sérieuse.. II fut ainsi démontré que le lapis lazuli ue contient pas de traces de cuivre, et qu'il est, par conséquent, impossible d'attribuer la couleur bleue de cette pierre à la présence du cuivre.
l^mc artificiel (3). — C'est dans l'année 1758 que Marggraf fut
(1) Mém. de l'Acad. des sciencea de Paris, ann.* 1736, p. 21».
(2) Opuscules cliimiques, vol. II, dissert, xxiii, p. 305.
(3) Ibid., dissert, xxvii. ^ Mém. de l'Acad. des sdences de Beriin, ana. 17&9, p. 32.
TBOISIÈME EPOOUB. 424
amené, on ne sait comment, à constater que , en traitant l*huile essentielle de succin par l'acide du nitre concentré, on obtient une résine jaune qui a l'odeur du musc le plus fort, sans conserver le moindre vestige de l'odeur de l'huile de succiu. Celte résine est soluble dans l'alcool, et sa solution alcoolique est précipitée par l'eau.
Outre les mémoires que nous venons d'analyser, on a de Marggraff des notices intéressantes : sur le platine {i);sur le spath fluor (2) ; sur le bois de cèdre (3) ; sur la purification du camphre au moyen de la chaux (4); sur une couleur bleue produite accidentellement (5); sur une laque rouge (6); sur un' alliage de bismuth^ d*étain et de plomb, fusible dans l'eau bouillante (7); sur le manganèse (8); sur les fleurs et graines du tilleul, dorU il avait extrait une huile grasse (9); sur les calculs urinaires (10); sur la topaze saxonne (il); sur. la magnésie (12) ; sur le pourpre d*or et l'extraction du cuivre (13); sur les mines de cobalt (14); et quelques autres dissertations qui complètent la série des mémoires de cet infatigable et sagace observateur.
Marggraf joignait l'originalité à la fécondité. Ses travaux sont aussi nombreux que remarquables au double point de vue de la science et de l'industrie.
De la chimie em ttaède.
La Suède a particulièrement contribué au progrès de la science dont nous essayons ici de tracer l'histoire. C'est surtout la chimie
(1) Mém. de TAcad. des sciences de Berlin, ann. 1757.
(2) Ibtd., ann. 1768.
(3) Ibid., ann. 1753.
(4) n>id., ann. 1759.
(5) Ibid., ann. 1764.
(6) Ibid., ann. 1771.
(7) Ibid., ann. 1771.
(8) Ibid., année 1773.
(9) Ibid., année 1772.
(10) Ibid., année 1775.
(11) Ibid., année 1776.
(12) Ibid., aimées 1778 et 1780.
(13) Ibid, année 1779.
fU) Ibid., année 1781.