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CHIMIE TECHNIQUE

Les chimistes qui, pendant le dix-septième siècle, ont cultivé exclusivement la chimie dans ses applications spéciales aux arts, tels que la teinture, la verrerie, la parfumerie, etc., ne sont pas très- nombreux.

P. Antoine Neri, prêtre florentin, recueillit, dans ses voyages en Italie et dans les Pays-Bas, des renseignements intéressants sui' la fabrication des émaux, des verres colorés, des pierres pré-cieuses artificielles, des miroirs métalliques. Son ouvrage, où ces renseignements se trouvent consignés , a pour titre de Art^ vitraria (1). Merret et Kunckel en ont tiré grand profit.

Venise, Florence et Anvers possédaient des fabriques de verrr^ très-renommées, dont les produits s'exportaient dans les pays les plus lointains.

Les fabriques de vitriols blanc et bleu de la Hongrie continuaient à maintenir leur ancienne réputation. Aetius Gletus C^) et J. M. Caneparius (3) se sont particulièrement occupés de cette branche de chimie industrielle.

DucLOS, membre de l'Académie des sciences de Paris, avstit fait des expériences pour rendre l'eau de mer potable (4) ; il avait entrevu Texistence du sel amer de magnésie dans les eaux de la mer et de certaines sources salées (5).

BouRDELiN, Marchant, Dodart, également membres de rA<3^démie des sciences, s'étaient livrés à l'étude des produits qu'^^i^

(1) Ant. Neri, de Arte vitraria, libi VII, et in eosdem Christ. Merreti obser^*'*' tiones et notœ; Amstelod., 1681, in-12. — Trad. en anglais sur l'original italien • the Art of glass^eic; Lond., 1662, in-8». — En français : VArt de la verré^^^^ de Neri, Merret et Kunckel; Paris, 1752, in-4°.

(2) Dodecaporionchalcanthicum; Rom., 1620, in-4*'. — Disput. de chalcantl'»<> 5 ibid., 1623, in-8°.

(3) De atramentisciijuscunque generis; Venet., 1619 et 1629, in-4°; Lor»<ï' 1660; Rotterd., 1711.

(4) Hist. dePAcad. royale des sciences, vol. I, p. 50.

(5) Ibid., année 1667.

obtient par la distillation sèche des plantes et des matières organiques en général.

Hanton avait proposé de rendre Teau de mer potable à "l'aide de la distillation, après l'avoir préalablement précipitée par le sel lixiviel (carbonate de potasse) (1). Cole, Jackson, Todd, Col- WALL, ont écrit sur l'exploitation du sel marin et des vitriols. Leurs mémoires ont paru dans les Transactions philosophiques de Londres (2).

HoGHBERG, Thiemamn et Mautauban sc sont occupés de l'art de fabriquer les vins ; Moray, de la préparation du malt pour la bière d'Ecosse, etc.

Un assez grand nombre de chimistes s'efforçaient de répandre le goût des travaux de laboratoire au profit du progrès dies arts et de l'industrie. .Stiesser (3) et Jean-Maurice Hoffman)^^ jd'Altorf (4), publièrent leurs Acta laboratorii; D. Mayor {S), Elsholz (6), J. BoHN (7), professeur à Leipzig, et beaucoup d'autres, s'empressaient de communiquer au public le résultait de leurs expériences.

Les rois de Suède favorisèrent, d'une manière toute spéciale, le développement de la chimie. Gusta ve- Adolphe , malgré ses incessantes occupations guerrières , se plaisait à s'entretenir avec les chimistes de son temps. Sa fille , la fameuse reine Christine, cultivait la chimie , non-seulement pendant la durée de son règne, mais encore, après son abdication, dans sa retraite à Rome, Mais il était réservé à Charles XI de fonder, en 1683, dans là capitale de la Suède, un laboratoire dont les frais furent supportés par le trésor royal et le collège des mines. Les manipulateurs s'étaient sérieusement proposé de pénétrer dans l'essence même des

(1) PhilosophicalTransact., ann. 1670, vol. V,

(2) Ibid., vol. IV, V, Xn et XIV.

(3) Actorum laboratorii chemici auctoritate atque auspiclis ducum Bruus. et Lyneburg. in Academia Julia editonim spécimen prinmm; Helmst., 1690, in-4; specim. secundum, 1693; specim. tertium, 1698.

(4) J. M. Hoffmann! laboratorium novmn chemicum, etc.; Altdorf, 16S3. Acta laboratorii chymici Altdorlini, etc.; Norimb. et Altdorf, 1719, in-4°.

(5) Gollegium medico-curiosmn hebdomatim intra œdes privatas habendum, etc.; Kiel, 1670 , in-4°.

(6) DistiUatoria curiosa , sive ratio ducendi liquores coloratos per alambicum, etc., Berolini, 1674, in-8**.

(7) Expérimenta ac dubia nonnuUa chymica, etc.; Acta erudit., ann. 1681, -^ Dissertationes chymico-physicœ, etc.;Lips., 1685, in*4°.

296 HISTOIRE DE LA CHIÏflE. ^

corps pour en découvrir les parties constituantes et la manière dont elles étaient unies; d'étudier la nature des métaax; d'examiner s'ils étaient susceptibles de perfectionnement, et de rechercher jusqu'à quel point il serait possible de les transformer les uns dans les autres ; de composer, surtout avec les productions naturelles de la Suède , différents médicaments pins efficaces que ceux qu'on trouve dans les pharmacies ordinaires; enfin, de signaler tout ce qui pourrait servir à l'économie rurale. Ces mêmes manipulateurs s'étaient proposé l'examen chimique des terres propices à l'agriculture ; la découverte d'une matière propre à couvrir les maisons, qui réunisseà la légèreté la faculté de résister aux incendies, aux pluies et aux neiges ; la recherche'des moyens de garantir lefer de la rouille, le bois de lapourriture, etc.

Urbain Hierne, auquel oh confia d'abord cet établissement, avait entrepris de publier les travaux faits de son temps dans ce laboratoire ; mais une mort prématurée l'empêcha d'exécuter un projet si utile : il ne donna, de son vivant , qu'une espèce d'introduction , contenant les résultats les plus sommaires des expériences et des observations qu'il avait faites. Ce n'est-qoe longtemps après sa mort que Wallerius mit au jour une partie des expériences chimiques, exécutées dans le laboratoire de Stockholm, sous la direction de Hierne (1). On y remarque su^ tout un travail sur V Acide de -la fourmi , et un autre sur V Augmentation du poids des métaux par la calcination. Arrêtons-nous un moment sur le premier travail.

Jérôme Tragus, Lungham et d'autres observateurs avaient déjà vu que les fourmis rougissent les couleurs bleues végétales (fleurs de chicorée, de bourrache, etc. ) , avec lesquelles on les met en contact à l'état humide. J. Wray signala en 1670, dans un extrait de lettre inséré dans les Transactions philosophiques de Londres, le résultat de ses recherches sur les fourmis; il constata que ces insectes, soumis à la distillation, seuls ou humectés d'eau, donnent un suc très-acide, semblable à l'esprit de vinaigre {like spirit of vinegar), lequel rougit les couleurs bleues végétales, comme le font les acides forts, et donne,' en se com-

(1) Les Actes chimiques d'Urbain Hierne furent publiés et augmentés de notes par J. G. Wallerius, en 1753, dans Actorum chemïcorum Holmensium^ t. Il; hoc est Parasceve sive prœparatio ad ientamina in reg. lahoratorio Hol- ^peraciay etc.; Stockholm, 1753, in-S**.

Unant avec le plomb, une espèce de sucre de Saturne, et avec le fer, une liqueur astringente (1).

Hierne reprit ces observations, et en approfondit davantage la (natière. Il remarqua que, dans la distillation des fourmis, il y a ;rois liquides distincts qui passent dans le récipient, qu'il confient de changer chaque fois : le premier est l'acide de la fourmi^ 'aible, étendu d'uD peu de phlegme ( eau) ; le second est franchement acide, et plus fort que le premier ; enfin le dernier, qui passe dans le récipient, n'est plus que de l'alcali volatil (cart)onate d'ammoniaque ), verdissant le sirop de violette, et faisant effervescence avec les deux premiers liquides. Il essaya ensuite l'acide deia fourmi avec différents réactifs, et, entre autres, avec une solution de colophane. Celle-ci, dit-il, est rendue trouble et lafteuse. Il remarqua aussi qu'étant versé dans une solution de.foie de soufre, cet acide donne, ainsi que le ferait un acide fort, un dépôt de soufre- (2).

Dans son travail sur la calcination des jnétaux, Hieme, après avoir reconnu l'exactitude du fait même de l'augmentation du poids que les métaux acquièrent pendant la calcination, pense qae cette augmentation provient d'une espèce d'acide gras et sulfureux {aeidum pîngue et sulphureum), contenu dans les charbons et le bois. Cependant il avoue que la question est très-embarrassante , puisque les métaux se convertissent en chaux (oxyde), sans l'intermédiaire du bois ou du charbon (3).

Wedel, célèbre professeur de chimie à l'université d'Iéna, avait adopté l'opinion de Jean Rey ; il fut, par des raisons inadmissibles, réfuté par le P. Cassatus. De leur côté, Boyle, Kunckel et Homberg n'avaient pas donné des explications satisfaisantes au sujet de la calcination des métaux et de leur augmentation en poids. Cette question, de laquelle devait dépendre l'avenir de la chimie, resta donc non résolue pendant tout le dix-septième siècle. Elle ne fut reprise et définitivement tranchée qu'au siècle suivant.

(!) Philosoph. Transact., vol. V, for 1670, n<» 68. — Conceming some uncom- Won Dibiervations and experimenis mode wiih an acide juyce to be found

(2) Act. chim.Holm., t. II, p. 40-51.

(3)Ibid., p. 112-124.

Pendant que Hierne dirigeait à Stockholm les travaux chimiques qui s'exécutaient dans le laboratoire du roi de Suède, Homberg faisait à Paris de brillantes expériences dans le laboratoire du duc d'Orléans.

Ciiillaiiine Homberg.

Homberg appartient à la grande école de la philosophie expérimentale, inaugurée par Bacon, Galilée et Boyle. Comme Glauber, il n'écrivait pas pour plaire aux hommes, mais pour dire ce qu'il croyait être la vérité. Ses travaux sont inspirés par Tamour le plus pur de la science. C'était enfin un chimiste qui avait des connaissances très-variées , et, ce qui vaut mieux encore, c'était un honnête homme.

Homberg naquit, le 8 janvier 1652, à Batavia, capitale de l'île de Java; il était fils d'un officier au service de la Compagnie hollandaise des Indes orientales. Son père l'envoya de bonne heure en Europe, et lui fit faire ses premières études au collège d'Amsterdam. Le jeune écolier, destiné au barreau, alla, par obéissance à ses parents, suivre des cours de droit aux universités d'Iéna et de Leipzig, et se fit recevoir, à l'âge de vingt-deux ans, avocat à Magdebourg, ville natale d'Otto de Guérike'.

Mais Homberg n'eut aucun goût pour la profession d*avocat. Aussi, au lieu de se débattre au milieu des 'turpitudes humaines et des arguties de la chicane , aima-t-il mieux se livrer aux sciences d'observation, et s'exercer à la lecture du grand livre de la nature. Les plantes et les astres fixèrent d'abord son attention. « Il devint ainsi, comme dit Fontenelle, botaniste et astronome sans y penser, et en quelque sorte à^son insu. » Son goût pour les sciences alla de jour en jour en augmentant, et finit par l'éloigner entièrement des affaires du barreau. Ses parents et ses amis insistèrent, et voulurent même le forcera se marier, afin de le ramener à l'exercice de sa profession , en lui inspirant le goût du bien-être matériel. Dès lors Homberg n'écouta plus que sa voix intérieure, qui était plus forte que celle de ses parents ; il brisa ses relations de famille, et se mit à parcourir presque tous les pays de l'Europe, pour suivre ses penchants naturels. Il étudia à Padoue la médecine et la botanique ; à Bologne et à Lon-

dres, il apprit la chimie ; à Rome, la mécanique et Toptique ; à Leyde, Tanatomie. Riche de toutes ces connaissances, il se rendit à Witjemberg, université alors très-célèbre, et y obtint le grade de docteur en médecine. Dans le cours de ses voyages, il visita les mines d'Allemagne, de Hongrie, de Bohême, de Suède, recherchant partout la société des savants ; il entretenait des rapports intimes avec les hommes les plus illustres de son époque, dont plusieurs avaient été ses maîtres, comme Otto de Guérike, Boyle, Celio, Graaf, le célèbre anatomiste.

En 1682, Colbert, instruit du mérite de Homberg, attira ce savant en France par des offres avantageuses. Homberg se fixa à Paris; mais, peu de temps après, il perdit son protecteur. Abandonné de ses parents et dénué de ressources, il accepta avec joie. le présent d'un lingot d'or que lui fit un alchimiste de ses amis, voulant le convaincre de la possibilité de faire de Tor. Il en retira 400 fr. Cette somme lui servit pour retourner, en 1685, à Rome où il se livra, pour vivre, à Texercice de la médecine. L'abbé Bignonle rappela en 1691 à Paris, et le fit nommer membre de l'Académie des sciences. Un an après, le duc d'Orléans, le môme qui devint régent en 1715, choisit Homberg pour son maître et démonstrateur de chimie ; puis, en 1717, il le nomma son premier médecin, et attacha à cette fonction un traitement considérable. Ce prince éclairé possédait un des plus beaux laboratoires de l'Europe où il se livrait avec passion à la chimie, au grand étonnement d'une cour où l'on s'occupait de toute autre chose que de science. Chimiste, dans la bouche des. courtisans d'alors, était presque synonyme] d'empoisonneur. Il ne faut donc pas s'étonner qu'à la mort du Dauphin et de son fils, on ait dirigé d'injustes supçons contre le heveu de Louis XIV et son maître de chimie.

Homberg épousa, à l'âge de cinquante- six ans, la fille du célèbre médecin Dodart, et fut heureux de trouver dans sa compagne une sympathie parfaite de caractère et de goût. M*»® Homberg aimait la chimie avec tant d'ardeur, qu'elle servaità son mari d'aide et de préparateur. La mort surprit Homberg au milieu de ses travaux, à la suite d'une dyssenterie chronique. Il mourut en 1715, le 24 septembre, la même année où son illustre élève prît les rênes du gouvernement, sous la minorité de Louis XV.

<( Jamais, dit son biographe et collègue , jamais on n'a eu des mœurs plus douces et' plus sociables. Une philosophie saine et

paisible le disposait à recevoir sans trouble les différents événements de la vie. A cette tranquillité d'âme tiennent nécessaire^ ment la probité et la droiture. »

Ces paroles de Fontenelle, qui connaissait Homberg dans sa vie intime, nous dispensent de tout éloge.

Trairaux de Homberg.

Homberg n'a pas publié de corps- de doctrines. Ses travaux ont été imprimés sous forme de mémoires dans la collection de l'Académie des sciences, où on pourra les lire à côté des mémoires de Cassini, de Roeirier, de Lemcry, de Mariotte, de Borelli, tous collègues et contemporains de Homberg.

Nous avons déjà dît plus baut (1) que-Homberg fit le premier connaître en France la découverte du phosphore, dont il donna, d'après Kunckel, uire description détaillée.

Homberg se mit aussi, un des premiers, à examiner les propriétés de ce nouveau corps. Il essaya de démontrer que la flamme du phosphore est plus intense que celle du feu ordinaire.

« Lorsqu'on s'est brûlé, dit-il, avec le phosphore, l'endroit brûlé de la chair devient jaune, dur, et creux comme un morceau de corne que l'on aurait touché avec un fer rouge ; souvent il ne s'y fait point d'ampoule, comme il s'en fait aux autres brûlures ; et, quand on met quelque onguent sur la blessure, il s'en sépare une escarre deux ou trois jours après, comme si l'on •y avait mis un caustique ; ce qui montre que la flamme du phosphore est plus ardente que celle du feu ordinaire... La flamme dû phosphore allumera toujours le camphre , qu'on l'écrase ou qu'on ne l'écrase pas ; ce qui fait voir que le camphre est bien plus inflammable que le soufre et la poudre à canon (2). »

Pour faire des expériences divertissantes, l'auteur recommande d'incorporer le phosphore dans une pommade, et de s'en frotter le visage : celui-ci paraîtra lumineux dans l'obscurité.

Le phosphore n'était point encore considéré comme un corps simple : « C'était la partie la plus grasse de l'urine, concentrée dans une terre fort inflammable (3) ».

(1) Voy. pag.l97de ce volume.

(2) Mémoires de l'Académie des sciences, t. X, p. 110, 30 février 1692.

(3) Jbid., Mémoire présenté le 30 avril \m?..

C'était une opinion généralement répandue, que Ton pouvait retirer le phosphore, en plus ou moins grande quantité, nonseulement de Turine, mais de la chair, des os, du sang, des excréments, etc. On allait même jusqu'^ prétendre en tirer des poils, de la laine, des plumes, des ongles, de la cire, du sucre et de la manne.

Le nom de phosphore ou de lucifer^ qui est la traduction littérale de cpwç, lumière, etvopopoc, porteur, était alors indistinctement appliqué à la pierre de Bologne, à la pierre hermétique de fiaudouin, et au phosphore de Brand ou de Kunckel. Aussi Homberg divise-t-il les phosphores en deux espèces : « La première comprend, dit-il, ceux qui luisent jour et nuit, sans qu'il soit besoin de les allumer, pourvu seulement qu'on ne les tienne pas dans un air trop froid, comme sont tous ceux que l'on fait d'urine et de sang humain ».

C'était là le phosphore proprement dit.

« La seconde espèce renferme ceux qui, pour paraître lumineux, ont seulement besoin d'être exposés au grand jour, sans qu'il soit nécessaire de se mettre en peine si l'air dans lequel on l'expose est froid ou chaud. Tels sont la pierre de Bologne et le phosphore de Baudouin. »

C'est ce que nous appelons aujourd'hui sels pyrophores, substances que l'on paraissait, dans l'origine^ confondre avec le phosphore véritable.

A propos de la préparation du phosphore de la première espèce, Homberg remarque que toute urine n'est pas propre à donner du phosphore; qu'il faut qu'elle provienne de personnes qui boivent delà bière. «Tous les essais, dit-il, qu'on a faits avec l'urine de vin ont manqué ou produit si peu d'effet qu'à peine 'a-t-on pu s'en apercevoir. »

Cette observation , fort curieuse, ne paraît pas dénuée de fondement, quand on songe que l'orge, qui entre dans la composition de la bière, est, comme tous les grains des céréales, riche en phosphates, sels dont le vin est presque entièrement dépourvu.

L'auteur raconte que la découverte du phosphore, appelé phosphore de Homberg^ est due au hasard. Voulant un jour calciner un mélange de sel ammoniac et de chaux vive, il fut surpris de voir que ces deux substances produisaient, en fondant, une masse blanche qui avait I9 propriété de devenir lumineuse

à chaque coup de pilon, a à peu près comme quand on pile du sucre dans un milieu obscur, mais avec beaucoup pins d'éclat » .

Voici en quels termes Homberg enseigne lui-même à préparer son phosphore : « Prenez une partie de sel ammoniac en poudre, et deux parties de chaux vive ; mêlez-les exactement, remplissez-en un creuset, et mettez-le à un petit feu de fonte (i). » On voit, d'après cela, que le phosphore de Homberg n'était autre chose que du chlorure de calcium, un des sels les plus déliquescents. C'est ce que l'auteur n'ignorait pas, quand il dit qu'il faut conserver ce produit dans un air bien sec , à cause de la grande tendance qu'il a de se liquéfîer.

Dans un autre mémoire. Réflexions sur différentes végéivr (ions métalliques (2), il indique une méthode plus simple pour faire l'arbre de Diane, qui ne diffère pas beaucoup de la méthode d'Ëck de Sulzbach, dont il ne paraissait pas axoir eu connaissance (3).

Quelque temps après la découverte de son phosphore, Homberg remarqua aussi qu'une lame de verre jette un éclat lumh neux quand on vient à la briser dans l'obscurité (4).

Dans un mémoire, intitulé Expériences sur la glace dans le vide, il s'attache à prouver que si l'eau augmente de volume en se congelant, c'est parce qu'il y a dans ses pores beaucoup plus d'air renfermé que dans ceux de tout autre liquide; que lorsqu'on fait congeler l'eau dans le vide, et qu'elle est bien purgée d'air, elle ne présente rien de particulier dans sa congélation; enfin que la glace formée dans le vide occupe, conformément à la loi générale, moins d'espace que n'en avait l'eau avant d'être congelée (5).

Ces expériences , elles conclusions qu'en tire l'auteur, devaient alors paraître tout à fait convaincantes.

Quelques mois plus tard, le savant et laborieux académicien présenta un nouveau mémoire sur VÉvaporation [de Veau dans

(1) Observations sur un nouveau phosphore; Mémoire présenté à l'Académie le 31 décembre 1G93. |i^

(2) Mémoire présenté àTAcadémie le 30 nov. 1692.

(3) Voy. plus haut, t. I, p. 471.

(4) Réflexions sur l'expérience des lames de verre, etc., Mém. présenté le^^ décembre 1692.

{b) Mémoire présenté à l'Académie le 28 février li9J.

le vide (1). On y lit que celte évaporation doit être attribuée, non pas à la diminution de la pression de Pair, mais au mouvement de la matière ëthérée, qui est supposée jouer un grand rôle dans les phénomènes de la lumière.

Toutes ces expériences avaient été faites à Taide d'une machine 'pneumatique perfectionnée par Homberg lui-même.

Mais les plus importants de tous les mémoires sont ceux qui traitent de la saturation des acides par les alcalis ^ et vice versa. On y trouve les premiers indices de la loi des proportions définiesj dans lesquelles s'effectue la combinaison des acides et des bases. « La force des acides, dit l'auteur, consiste à pouvoir dissoudre ; celle des alcalis consiste à Otre dissolubles ; et plus ils le sont, plus ils sont parfaits dans leur genre. »

Substituez aux mots dissoudre et dissolubles ceux de neutraliser et neutralisables, et vous aurez la définition des acides et des bases, telle qu'on la donne aujourd'hui (2).

Pour démontrer que le même alcali se combine dans des proportions différentes avec des acides différents^ il traitait une quantité déterminée (une once) de sel détartre calciné (potasse) avec de l'esprit de nitre en excès ( acide nitrique con* centré). Après avoir fait évaporer la liqueur jusqu'à siccité, il pesait le résidu; l'augmentation du poids du sel indiquait la gwmiité dacide absorbée,

Homberg avait ainsi dressé une table des différentes proportions d'acides volatils ( susceptibles d'être chassés par l'évaporation), se combinant avec la même quantité de base (3).

Dans un second mémoire, il revient sur le même sujet, et s'attache à démontrer que la quantité d'un acide que prend un alcali est la mesure de la force passive de cet alcali. Ce sont là les propres termes de l'auteur.

£^fin il fait voir, dans ce même travail, que la chaux éteinte (carbonatée) dissout la même quantité d'acide que la chaux vive. Cette expérience lui servait d'argument pour renverser la théorie de. quelques chimistes, d'après laquelle la chaux devait perdre sa force alcaline par la calcination.

Dans une notice Sur les huiles des plantes^ l'auteur signale

(1) Mémoire présenté à l'Académie le 15 mai 1693.

(2) Mémoire présenté à PAcadémie le 20 février 1700.

(3) Mémoire présenté à TAcadémie le 29 avril 1699.

304 HISTOIRE bë la chimie.

rimperfeclion des procédés employés par les distillateurs et les pharmaciens dans la préparation des essences. li dit que, pour retirer des plantes, par exemple, des roses, toute leur huile essentielle, il faut les laisser macérer pendant quinze jours dans de Peau acidulée avec de Tesprit de vitriol (1).

Leduc d'Orléans, qui prenait jun si vif intérêt aux progrès de la chimie, encouragea généreusement les travaux de Homberg. Il lui acheta, entre autres^ une lentille ardente, de trois pieds de diamètre, sortant des ateliers du célèbre Tschirnhausen ; elle devait servir à faire des expériences syr la fusibilité et la volatilité des métaux (2).

Le nombre des mémoires que Homberg a présentés àl'Aca*. demie, depuis son entrée dans cette société savante jusque Tépoque de sa mort, est prodigieux. La chimie, la zooJogie, la physiologie botanique, la physique, Toccupaient tour à tour. Homberg .et Gassini furent les membres les plus actifs de l'Académie des sciences.

(i) Mémoire présenté le 28 août 1700.

(2) ObservoAions faites par le moyen d'un verre ardent. Mémoire présenté àrAcadémiecn 1702.

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