BIST. DE LA CBIUIE. — T. II
sa science favorite. Tous ses efforts tendaient à faire pour la cliimie ce que son compatriote Linné avait fait pour l'histoire naturelle. Il entretenait une correspondance suivie avec les principaux chimistes et physiciens de France, d'AUemagne, d'Angleterre et d'Italie; et la renommée de ses travaux se répandit dans toute l'Europe. Bientôt les Académies des sciences de Paris^ de Londres, de Goettingue, de Dijon, de Montpellier, de Turin, la Société des naturalistes de Berlin, etc., se l'associèrent, et le roi de Suède lui conféra l'ordre de Wasa. Dès l'année 1777, l'Académie des sciences de Stockholm lui avait alloué une somme annuelle de 150 rixdalers (environ 600 francs), pour l'encourager dans ses expériences. Ainsi que Linné , il attira par ses cours à Upsal des jeunes gens de tous les pays. C'est sous les auspices de Bergmann que Scheele se produisit dans le monde. Il refusa de se fixer à Berlin où l'appelait Frédéric II, et épousa à l'âge de trentesix ans une femme qui partageait ses goûts pour la science.
Bergmann avait eu, dans sa jeunesse, une santé débile; les voyages , l'emploi des eaux minérales , et particulièrement de l'eau de Seltz qu'il avait le premier fabriquée lui-même, ne lui procuraient que des soulagements passagers. Un malheureux accident hâta l'affaissement de sa constitution , usée en grande partie par le travail. Un jour, voulant faire avec un de ses amis une promenade dans llle de Lintre , il posa le pied sur le bord d'un bateau, glissa, et tomba dans l'eau, d'oti il fut cependant promptement retiré; mais, quelques jours après, il cracha du sang en abondance, symptôme fâcheux du dénoûment d'une phthisie pulmonaire dont il portait depuis longtemps le germe; ses forces dépérissaient de jour en jour, une fièvre hectique le consumait , et il mourut à l'âge de quarante-neuf ans, le 8 juillet 1784, aux bains de Medwi (1).
Trairaax de Berg^mann*
Bergmann apporta, dans toutes ses recherches, cette rigueur d'observation qui témoigne d'un esprit nourri des études mathématiques. Ses travaux, tous originaux, sont très-nombreux, et concernent, non-seulement la chimie, mais l'astronomie, la physique, la minéralogie, la géologie et la zoologie.
(1) Voy. Vicq d'Azir, Éloge de Bergmann, — Crell, Annalen der Chemie, 1787, t. I, p. 74-96.
' Dans cette multiplicité de mémoires présentés successivement, dans l'espace d'environ trente ans, à l'Académie royale des sciences de Stockholm, nous ne choisirons que les travaux relatifs à la chimie. Et ici nous devons citer en première ligne deux mémoires , dont l'un traite De V acide aérien , et l'autre Des affinités électives. Arrêtons-nous d'abord sur le premier de ces mémoires.
De l'acMe aérleii.
Bergmann appelait acide aérien ce que Black, Priestley et d'autres physiciens avaient appelé air fixe, gaz crayeux^ esprit de la craie, etc., et ce que nous nommons aujourd'hui gaz acide carbonique.
Déjà dès l'année 1770, il s'était livré* à une étude approfondie de la nature et des caractères de ce fluide élastique. Avant de faire imprimer les résultats de ses observations , il en avait fait part à plusieurs chimistes distingués, notamment à Priestley, qui en fil mention dans un mémoire inséré dans les Transactions philosophiques de Londres pourl'année 1772. Ce n'est qu'e.n 1774 que Bergmann se décida à communiquer à l'Académie royale de Stockholm le mémoire complet Sur l'acide aérien y qui est reproduit dans ses Opuscules chimiques et physiques (1).
Avant d'entrer dans une discussion approfondie sur ce sujet, l'auteur commence d'abord par décrire les trois procédés qui lui paraissent les plus convenables pour préparer l'acide aérien : le premier consiste à verser de l'acide vitriolique sur des pierres calcaires; le deuxième, à calciner de la magnésie blanche; et le troisième, à recueillir le fluide élastique qui se dégage pendant la fermentation.
L'appareil mis en usage pour recueillir l'acide aérien, produit
par les trois moyens indiqués, est à peu près le même que celui
que Priestley donne comme de son invention : c'est un matras
. en verre ou une fiole à deux ouvertures , qui communique , à
l'aide d'un tube recourbé, avec une cloche remplie d'eau et
(1) Opuscula physica et chemica; Lipsiœ, 1788, 8, vol. I. — Trad. par M, de Morveau; Dijon, 1780, 8, vol. I. — Ce mémoii*e se trouve imprimé dans les Mémoires de l'Académie royale de Stockholm, pour Tannée 1775. Un mémoire beaucoup moins étendu sur le même sujet y avait déjà paru dans l'année 1773.
436 UISTOmB DE LA CHIMIE.
renversée dans un bassin également plein d'eau. C'est l'appareil de Haies dont on se sert encore aujourd'hui, avec de très-légères modifications, pour recueillir les gaz.
Bergmann insista Tun des premiers sur la nécessité de laver le gaz (dans des flacons de lavage), afln de Tavoir parfaitement pur et exempt de Tacide minéral qu'il aurait pu entraîner. Il constata que Tacide aérien est soluble , que Peau en absorbe à peu près son volume à la température de 10° du thermomètre centigrade (1), et que cette solubilité diminue à mesure que la température s'élève.
Il détermina, avec beaucoup de précision, la densité de Peau saturée d'acide aérien, à la température de 2°, et trouva que, comparativement à la densité de l'eau distillée à la même température, elle est comme 1,015 à 1,000.
Passant à la démonstration de la nature acide du gaz en question, il remarque que l'acide aérien n'a de saveur qu'autant qu'il est dissous dans l'eau. « Devenu plus concentré et moins volatil dans cette combinaison, il affecte la langue d'une légère saveur aigrelette, assez agréable : c'est là le véritable esprit des eaux minérales froides acidulés. C'est par son moyen, et en ajoutant quelques sels dans une juste proportion, qu'on imite parfaitement les eaux de Seitz, de Spa et de Pyrmont. Je fais usage de ces eaux artificielles depuis huit ans, et j'en éprouve les plus heureux effets. »
D'après cette date, il faut faire remonter la découverte de l'eau gazeuse, employée comme eau médicinale, au moins à l'année 1766. Priestley a donc tort de réclamer pour lui-môme cette découverte, en la préconisant comme un immense bienfait pour l'humanité, propre à guérir et à prévenir le scorbut, ce fléau des navigateurs, etc. (2).
(1) C'est depuis longtemps le Uiermoraètre usité en Suède. Bergmann nous apprend, dans une note, que le thermomètre suédois est de mercure, et que son échelle est divisée en cent parties, dont les deux extrêmes sont représentées, Tune par le point de congélation do l'eau — 0 ; l'autre, par l'eau bouillanle. — Opuscula physica et chemisa; Lipsiœ, 1788, vol. I, p. G.
(2) Voici comment Priestley raconte l'histoire de celte découverte : « Vers la fm du mois de juin 17G7, je quittai ma demeure à Warrington pour m'établira Leeds ; et m'étant logé la première année dans une maison contiguë à une brasserie, une occasion si favorable me donna l'envie de faire quelques expériences sur l'air qui était constamment produit dans cette brasserie. Sans celle circonstance, je ne me serais jamais probablement occupé des différentes espèces d'air.
Pour démontrer que Taîr fixe est un acide gazeux, Bergmann essaya la réaction de la teinture de tournesol. 11 s'assura ainsi qu'un cinquantième de ce gaz suffit pour rougir sensiblement une bouteille de cette solution bleue, et que la coloration disparaît par Teffet de la chaleur.
L'auteur fait à ce sujet une observation pleine de sagacité. « A la vérité, dit-il, les acides minéraux, versés à très-petite dose dans cette teinture, paraissent produire également une altération aussi peu durable; mais, en examinant la chose de plus près, on découvre Tillusion. Le suc de tournesol, qui a été préparé avec des matières alcalines, en retient toujours une portion; à l'instant où l'alcali (carbonate de potasse) s'unit à l'acide, il laisse échapper son air fixe (acide carbonique ), qui colore la liqueur ; et, celui-ci s'évaporant, la teinte rouge disparaît. Supposons que la saturation de l'alcali exige une quantité d'acide égale à m, il est
évident qu'on peut en ajouter dix fois y^ avant que la saturation
soit complète, et qu'à chaque fois on produira une couleur rougè passagère ; mais, quand on aura une fois atteint le point de saturation, l'acide que l'on versera au delà produira une altération
— Une des premières oi>érations que je fis dans cette brasserie, ce fut de placer des vaisseaux évasés remplis (reau dans la région de Tair fixe, à la surface des cuves en fermentation. Et, lorsque je les y avais laissés toute la nuit, je trouvais pour Tordinaire, le lendemain matin, que Teau avait acquis une imprégnation sensible et agréable. Ce fut avec une satisfaction singulière que je bus pour la première fois de cette eau, qui était, je crois, la première de cette espèce que les hommes eussent jamais goûtée. — Quelques-uns de mes amis ({ui vinrent me voir se souviennent que je les ai régalés d^un verre de cette eau de Pyrmont artificielle, faite en leur présence. Je prendrai la liberté de faire mention, entre autres, du chevalier John Lee, qui fut sîngulicremenl frapi»é de cette invention et de son effet. Ceci se passait dans Tété de Tannée 17C8. — Pendant tout ce temps jusqu^en 1772, je n*ai jamais entendu parler d^aucune autre méthode dMmprégner Peau d'air fixe, que celle dont je viens de faire mention. Ce qui me fit penser à mettre en pratique quelque méthode pour faire la môme chose avec Tair dégagé de la craie et des autres substances calcaires, ce fut un pur hasard. J'étais à dîner avec le duc de Northumberland au printemps de l'année 1772;. ce lord nous montra une bouteille d'eau que le docteur Irving avait distillée pour l'usage de la marine. Cette eau était parfaitement douce, mais elle manquait de la saveur et de l'esprit de Teau vive de source. Il me vint sur-le-champ en idée que je pourrais aisément corriger cette eau pour l'usage des vaisseaux, et leur fournir un moyen facile de prévenir ou de guérir le scorbut de mer, etc. » — Voy. Expériences et observations sur différentes espèces d'air, par J. Priestley (trad. parGibel'm; Paris, 1777), vol. 111, p. 77-89.
constante, et détruira, par degrés, la couleur bleue; d'oii il résulte que c'est Tair fixe et non l'acide minéral qui produit la coloration rouge toutes les fois qu'elle disparait. »
De ces donnéesà V alcalimétrie, il n'yavait qu'un pas. L'honneur de cette invention, ou plutôt de l'application du principe posé par Bergmann, devait être réservé à un chimiste plus moderne.
Ne jugeant pas la saveur et la réaction de la teinture de tournesol comme des caractères suffisants pour mettre en évidence la nature acide de l'air fixe, Bergmann s'arrête longuement sur les combinaisons que ce fluide élastique peut donner avec les alcalis et les chaux métalliques. C'est là un des chapitres les plus remarquables de la dissertation Sur V acide aérien; c'est l'histoire primitive des carbonates, désignés sous le nom de substances aérées.
L'auteur fait voir que la causticité des alcalis, préparés au moyen de la chaux vive, tient à ce que cette dernière enlève à l'alcali son acide aérien , et que tous les alcalis , abandonnés à l'air, reviennent à leur premier état , en empruntant à l'air le gaz acide qui les sature. En môme temps il indique le sublimé corrosif comme un bon réactif pour reconnaître si un alcali est caustique ou aéré (carbonate). En effet, l'alcali fixe pur (potasse) précipite le sublimé en jaune (oxyde de mercure), tandis que l'alcali aéré (non carbonate) le précipite en blanc (carbonate mercuriel).
Mais il ne suffisait pas de signaler le simple fait de la combinaison de l'acide aérien avec les bases; il lui importait de s'assurer dans quelles proportions cet acide se combine avec les bases pour former les sels aérés (carbonates).
La méthode dont il se sert ici, et qu'il applique en général à la détermination des proportions définies, témoigne d'une exactitude à laquelle les chimistes n'étaient pas encore habitués. Cette méthode, l'auteur la décrit en ces termes :
« Soient deux flacons, dont l'un, plus grand, contenant un poids déterminé d'alcali (carbonate) dissous dans l'eau, pèse (y compris cette dissolution et le bouchon), comme A; dont l'autre, plus petit, rempli d'un acide quelconque, ait un poids égal à B : que l'on verse dans le grand flacon une portion de l'acide du petit, et qu'on les bouche aussitôt légèrement l'un et l'autre; dès que l'effervescence aura cessé, qu'on verse de nouveau de l'acide, ayant toujours soin de fermer tout de suite le flacon, et que l'on continue ainsi jusqu'à saturation. Supposons qu'après cela le poids du premier soit a, et celui du second b; il est certain
que B — b ayant été versé dans le grand flacon , la perte du petit devrait répondre à ce que l'autre a gagné, ouB — 6 = a — A; or, c'est ce qui n'arrive pas, à moins que Ton n'emploie un alcali parfaitement caustique; autrement, on trouve toujours B— »ô>a — A; et la différence (B — ô) — (a + A) indique le poids de l'air fixe qui a été dégagé. [1 faut que l'effervescence se fasse lentement, sans augmentation de chaleur, et que le flacon soit d'une grandeur convenable, afin d'éviter qu'il ne sortenin peu de vapeur humide avec Tair fixe , ce qui induirait en erreur. — Si on évapore ensuite jusqu'à siccité la dissolution contenue dans le grand flacon, et qu'on calcine doucement le résidu pour enlever l'eau de cristallisation et l'acide surabondant qui peut s'y trouver, on reconnaîtra, à l'augmentation du poids connu de l'alcali et de l'air fixe qui en a été dégagé, quelle est la quantité d'acide nécessaire à la saturation de l'alcali privé d'eau et d'air. x> Voici les résultats obtenus par l'emploi de cette méthode :
100 parties d'alcali miuéral pur (soude caustique) exigent ])our leur saturation 177 d'acide vitriolique.
135,05 d*acide nitreux (acide nitrique).
125 diacide marin (acide chlorhydrique). 80 d'air fixe (acide carbonique).
100 parties d'alcali végéfal
pur (potasse] 78,05 d'acide vitriolique.
64 d'acide nitreux.
51,05 d'acide marin.
42 d'air fixe.
En signalant le premier l'existence des aérâtes (carbonates) Bergmann en donna aussi en partie l'analyse. Nous nous bornerons à reproduire les résultats suivants ;
La ierre pesante aérée (terra ponderosa aerata) ou le carbonate de baryte ,
86 compose, en centièmes, de 7 parties d'acide aérien,
65 — de terre pesante (baryte), 8 — d'eau.
La chMUX aérée {calx aerata) ou le carbonate de chaux, — de 34 — d'acide aérien,
55 — de chaux, 11 — d'eau.
La magnésie aérée (magnesia aerata) ou
de carbonate de magnésie, — de 25 — d'acide aérien,
45 >— de magnésie, 30 — d'eau.
440 HISTOIRE DE Lk CBHêIE.
L'auteur fait, avec raison^ remarquer que tous ces composés, surtout le premier et le dernier, sont solubies dans un excès d'acide aérien , et que c'est sous cette forme qu'ils existent dans beaucoup de sources minérales.
Bergmann n'indiqua pas la composition des aérâtes métalliques qu'il préparait, soit en faisant digérer le métal ou la chaux métallique dans de l'eau aérée (acidulée de gaz acide carbonique), soit eniraitant la dissolution métallique par l'alcali fixe aéré (carbonate de potasse). Par une série d'expériences, il arrive à conclure que les seuls métaux qui soient susceptibles de se dissoudre dans l'eau acidulée d'air fixe (acide carbonique) sont le fer, le zinc et le manganèse. Au sujet de ce dernier métal, il affirme que si on emploie le régule (manganèse métallique), la dissolation répand une odeur particulière, peu différente de celle que donne la graisse brûlée. Il s'étonne de'ce que la céruse, qu'il montre n'être autre chose qu'une chaux de plomb aérée (carbonate d'oxyde de plomb), ne soit pas, comme la chaux aérée (carbonatée), soluble dans un excès d'acide aérien. Parmi les autres métaux, l'aérate (carbonate) de cuivre serait seul susceptible de se dissoudre, en très-petite proportion, il est vrai, dans l'eau ainsi acidulée.
Poursuivant le but de son travail , qui consistait à démontrer que l'air fixe est un acide aériforme, Bergmann arrive à expliquer comment l'acide aérien précipite le foie de soufre et la liqueur des cailloux. Voici, entre autres, une observation pleine de finesse :
« La liqueur des cailloux, laissée à l'air libre, dépose, dit-il, insensiblement de la terre siliceuse; la précipitation s'achève en peu de temps, quand on y introduit de l'acide aérien. Cela nous indique aussi pourquoi la dissolution de l'alcali du tartre, quoique souvent filtrée , dépose à la longue des particules terreuses : ce sel tient en effet dans une combinaison intime des molécules de silice, soit qu'il les ait reçues pendant la végétation, soit qu'il les ait prises pendant la combustion. Ceux qui calcinent les cendres de potasse y ajoutent eux-mêmes quelquefois du sable, afin d'en augmenter le poids ; et, quand il a élé ainsi combiné par le feu, il se dissout avec l'alcali dans l'eau : c'est cette silice qui s'en sépare ensuite, à mesure que l'alcali se sature d'acide aérien, avec lequel il a plus d'affinité. Il n'est pas étonnant que cette séparation soit très-lente dans des flacons dont le col est étroit, qui
TROISIÈME EPOQUK. 441
sont bouchés habituellement, et où l'acide aérien de l'atmosphère ne peut passer que successivement; mais, si on dissout Talcali dans une suffisante quantité d'eau aérée (eau acidulée de gaz carbonique), toutes ces hétérogénéités terreuses se précipitent en même temps. » .
L'acide aérien n'est pas seulement soluble dans l'eau et susceptible d'être fixé par les alcalis, mais il peut être absorbé par des liqueurs inflammables. Après avoir entrepris à ce sujet un grand nombre d'expériences, l'auteur se résume en disant que l'espritde-vin absorbe le double de son volume d'acide aérien, à la température de 10* au-dessus de zéro; que Phuile d'olive en prend un volume égal au sien; que l'essence de térébenthine en dissout le double de son volume. « Si on dégage, ajoute-t-il, l'air fixe qui était ainsi dissous dans l'huile d'olive,, et qu'on le reçoive dans une cloche pleine d'eau, on le trouve changé, au moins en partie, ou mêlé de parties étrangères; car il est susceptible de s'enflammer et presque immiscible à l'eau. »
Après avoir démontré l'acidité de l'air fixe par la saveur, par la teinture de tournesol , par la solubilité , par la combinaison avec les bases, fiergmann s'efforce de justifier l'épithète d^aérien ou d'atmosphérique qu'il a donnée à ce nouvel acide.
tt L'acidité de l'air fixe étant, dit-il, démontrée, il y a plusieurs raisons pour le nommer acide aérien ou atmosphérique. Il a en effet tellement la légèreté , la transparence , l'élasticité de l'air, que ce n'est que depuis très-peu de temps qu'on a commencé à l'en distinguer. De plus, cet océan d'air qui environne notre terre, et qu'on appelle atmosphère, n'est jamais sans une certaine quantité d'air fixe; cela se manifeste journellement par divers phéno.mènes. L'eau de chaux exposée partout à l'air libre fournit de la crème de chaux, ce qui n'arrive pas dans des bouteilles bien bouchées : la chaux vive exposée longtemps à l'air recouvre à la fin tout ce qu'elle avait perdu au feu, et redevient absolument terre calcaire, au point de ne pouvoir plus servir à la préparation du mortier qu'après qu'on l'a de nouveau privée de son acide; la terre pesante (baryte) et la magnésie recouvrent de même à l'air leur poids , et la faculté de faire effervescence avec les acides; les alcalis purs perdent à l'air leur causticité, etc. d Bergmann a le premier émis une opinion rationnelle sur la composition de l'air. Cette opinion, Scheele, l'ami de Bergmann, se chargea de l'appuyer expérimentalement.
412 HISTOIRE DE LÀ CHIMIlS.
((L'air commun, dit fiergmann, est un mélange de trois fluides élastiques, savoir, de l'acide aérien libre, mais en si petite quantité qu'il n'altère pas sensiblement la teinture de tournesol; d'un air qui ne peut servir, ni à la combustion, ni à la respiration des animaux, que nous appelons, air vicié, jusqu'à ce que nous connaissions plus parfaitement sa nature; enfin, d'un air absolument nécessaire au feu et à la vie animale , qui fait à peu près le quart de l'air commun, et que je regarde comme l'air pur. »
Si cette manière de voir, sanctionnée par l'expérience, avait été érigée en principe pour renverser les évaluations anciennes, fiergmann aurait passé pour un novateur, un révolutionnaire avant Lavoisier (1).
La densité de l'acide aérien, que fiergmann a reconnue plus grande que celle de l'air commun, expliquerait les phénomènes d'asphyxie qui arrivent à la surface du sol dans des endroits où cet aQide existe en abondance. Il cite comme exemples la fontaine de Pyrmonl, ouverte en 1717, où les oies, ayant le cou très-long, peuvent nager sans en ôtre incommodées; les sources de Schwalbach , la grotte du Chien, près deNaples, etc.
Après avoir montré que l'acide aérien est impropre à entretenir la flamme , et que les armes à feu ne peuvent faire explosion dans un semblable milieu, il arrive à une série d'expériences relatives à l'action que ce gaz exerce sur les animaux. Ces expériences sont faites avec une précision extrême; elles peuvent servir de modèle à tous les physiologistes expérimentateurs. En voici le résumé :
a Lorsqu'on introduit de l'acide aérien dans une cloche où l'on tient emprisonné un animal , on remarque d'abord que cet animal regarde autour de lui avec inquiétude , pour chercher à sortir; il commence ensuite à respirer avec peine; le globe de l'œil se gonfle, tous les sens s'affaiblissent, et il expire dans une espèce d'assoupissement. En'retardant le passage de l'acide aérien , on relarde presque à volonté la mort de l'animal. Il y a néanmoins des différences par rapport aux différents animaux, à leur âge et à leur vigueur. Les oiseaux y périssent communément plus tôt que les chiens, et ceux-ci plus tôt que les chats; les amphibies
(1) L'air atmosphérique se compose en effet d'une très-i)etile quantité d'acide carbonique {acide aérien)^ d'azote (air vicié) et d'oxygène (air pur, air de feu)\ ce dernier, dans la proportion d'un cinquième environ.
TROISliME ÉPOQUE. 443
y vivent plus longtemps , et les insectes y résistent opiniâtrement. A regard de Tâge , les plus jeunes n'y meurent pas aussi promptement, surtout s'ils y ont été accoutumés insensiblement; car ceux que Ton a retirés au moment de Tagonie pour les exposer à Taîr libre, et qui ont été conservés en vie, ne sont pas aussitôt aspbyxiés par ce fluide que ceux que Ton y plonge pour la première fois. Après la mort on trouve les poumons un peu affaissés ; ils ne tombent pas au fond de Teau, comme ceux des animaux qu'on a fait périr dans le vide; mais ils surnagent, et on remarque en plusieurs endroits des traces d'inflammation. Le tronc de l'artère pulmonaire, le ventricule droit du cœur avec son oreillette, la veine cave, les jugulaires, les vaisseaux du cerveau, sont remplis de sang; le ventricule droit du cœur est ordinairement rempli de concrétions sanguines. Les veines pulmonaires, l'aorte, le ventricule gauche du cœur et son oreillette , sont, au contraire, flasques; toutes les fibres musculaires ont perdu leur irritabilité; et le cœur, même pendant que l'animal est encore chaud , ne manifeste aucun mouvement, soit qu'on le stimule par le souffle, soit parle scalpel, ou même par l'acide vilriolique concentré. »
Il est aisé de déduire'de ces expériences que l'acide carbonique tue, non pas seulement par privation d'air respirable, mais en exerçant une action délétère sur l'économie, particulièrement sur le sang et le système circulatoire.
Bergmann est donc le premier qui ait donné l'histoire complète du gaz acide carbonique, si l'on en excepte la composition, la liquéfaction et la solidification de ce fluide; car ces dernières découvertes étaient réservées à des observateurs plus récents.
Cette courte analyse de la dissertation Sur Vacide aérien pourra suffire pour faire apprécier la méthode d'observation qui présidait aux travaux de Bergmann.
Nous passerons rapidement en revue les autres mémoires contenus dans les Opuscula physica et chimica.
Analyse des eanx (1).
Ce mémoire est un des plus intéressants qui aient été publiés sur l'analyse des eaux. On y trouve plus d'une découverte.
(1) Une grande partie de ce mémoire servit de texte à une dissertation inaugurale soutenue à Puniversité de Stockholm en 1778, par Scharenberg. — Opuscula physica et chimicaj vol. I, p. 65.
L'auteur a créé en quelque sorte l'analyse quantitative , en enseignant à déterminer la quantité des sels contenus dans les eaux par le poids des précipités. Il a proposé plusieurs réactifs nouveaux : pour précipiter le fer, il se servait d'un sel préparé en faisant bouillir quatre parties de bleu de Prusse avec une partie de potasse. On voit que ce sel n'est autre que le cyanoferrure de potassium jaune. Pour déceler les sels de chaux, il employait Vaeide du .*i/cr«, préparé avec l'eau-forte ( acide oxalique ) ; pour précipiter les sels de baryte , — l'acide vitriolique, et vice versa; pour les sels de cuivre, — l'ammoniaque; pour le sel marin, — le nitrate d'argent; l'alcool absolu, — pour les sulfates; le sucre de Saturne, — pour le foie de soufre (eaux hépatiques), etc. Ce mémoire est suivi de plusieurs dissertations sur les eaux minérales froides et chaudes artificielles , avec l'indication des différentes proportions de matières qui se trouvent dans les eaux naturelles de Seltz, de Spa, de Pyrmont, d'Aix-la-Chapelle, de Medwi, d'Upsal, etc. (1).
Des attractions éleetlYes (2).
Ce travail produisit , ajuste titre , une grande sensation dans le monde savant; car ce fut là un des premiers essais qu'on eût tentés pour réduire la chimie en un corps de doctrine, et lui imprimer une marche scientifique. On y trouve des observations intéressantes sur les affinités dont l'auteur a dressé les premières tables (attractions électives)^ et sur les doubles décompositions.
(i) De aguis Upsaliensibus ; primitivement public^, en suédois, dans une dissertation inaugurale de P. Dube, en Tannée 1770. — De fonte acidulari Danemarkenm^ ann. 1773 (sujet d'une dissertation). — De aquis medicatis frigidis arte parandis. Actes de la Société royale de Stockbolm, ann. 1775. — De aqua pelagica, Actes de la Soc. de Stockh., ann. 1777 (Analyse d'un flacon d'eau de mer que Sparrmann avait rapporté d'un voyage dans la mer Australe sur le vaisseau du capitaine Cook). — De aquis acidulatis Medwiensibus, Actes de la Société de Stockh., ann. 1782. — De fontibus medicatis LokaniSy ibid., ann. 1783. — Tous ces mémoires se trouvent imprimés dans Opuscula physica et chemica^ vol. I et IV ; Lips., 1788, 8.
(2) De attractionibus electivis. Ce mémoire parut pour la première fois dans les N. Actes d'Upsal, vol. III, ann. i77 3. — Opuscul. phys. et chem., vol. III.
TROISIÈITE ÉPOQUE. ' 445
8a1h le cbalQiBCaa (i).
Le chalumeau, auquel la chimie est redevable d'un grand nombre de découvertes, fut appliqué pour la première fois, vers Tan 1738, à Texamen des minéraux, par André de Schvi^ab. Ilfut perfectionné successivement par Gronstedt, Rinmann, ënges" TRCEM, QuiST, Gahn et ScHEELE. Bcrgmanu y apporta beaucoup de modifications heureuses.
Hé raiMly BC des minerais par la TOle tanmlde (2).
Dans ce mémoire Tauteur établit^ pour la première fois, des règles précises concernant l'analyse des minerais par la voie humide. Après avoir indiqué avec quels soins il faut laver, recueillir, dessécher et peser les précipités obtenus à l'aide de réactifs trèspurs, il arrive à l'application des règles établies, en passant en revue les minerais d'argent, de plomb, de fer, d'antimoine, etc.
Des précipités métailiqaes (3)«
Cette dissertation a pour principal objet la différence de poids des précipités, la quantité de la dissolution et celle du précipitant restant les mêmes. Elle contient, en principe, la théorie des équivalents et la loi des proportions définies.
De l'acide de sucre {k) .
Le sucre, traité par l'acide nitrique, donne de l'acide oxalique. Cette découverte , premier exemple d'une production organique artificielle, est due à Bergmann, qui donna à cet acide le nom A*acide du sucre. Scheele démontra l'identité de cet acide avec l'acide de l'oseille.
(i) De tubo ferruminatorio. Le manuscrit *de ce mémoire fut envoyé, en 1777, au docteur Born, qui le fit imprimer à Vienne en 1779. OpuscuL physica et chem,, vol. II, p. 455.
(2) De minerarum docimasia humida;Di&s., ann. 1780. OpuscuL physica^ vol. II, p. 399.
(3) De prasdpitcUis metallicis; dans les Opuscul. physic. et chemic.y\o\. II, p. 349.
(4) De acido sacchari, dissert, inaugural., ann. 1776, réimprimée dans les Opuscul. pkysic.f vol. I, p. 238.
Après avoir décrit la préparation , les propriétés de l'acide du sacre, ainsi que les sels qu'il est susceptible de former avec les alcalis et les chaux métalliques, Tauteur arrive à indiquer une expérience qui fournit tous les éléments de la composition de Tacide oxalique. « Une demi-once de cristaux, dit-il, donne à la distillation près de 100 pouces cubes de fluides élastiques, dont moitié est de Tacide aérien (acide carbonique), qu'on sépare aisément par l'eau de chaux, et moitié un air qui s'allume', et donne une flamme bleue (oxyde de carbone). »
Delà préparation de l'alun (i). On trouve dans cette notice la composition exacte de l'alun (acide vitriolique, alcali, argile pure , eau ), en même temps que l'indication de divers moyens pour obtenir ce produit pur.
Des calculs urinaires (:2). — Bergmann et Scheele s'étaient occupés du même sujet, à l'insu l'un de l'autre, et i4s étaient arrivés à peu près aux mêmes résultats, en constatant l'existence de l'acide urique dans les calculs urinaires.
De Vanalyse du fer, — De la cause de la fragilité du fer froid (3). Ces deux mémoires, dont le premier est fort étendu, contiennent des notions, en partie neuves alors, sur les propriétés de la fonte , du fer et de l'acier. Bergmann détermina pour la première fois , par des analyses exactes , la composition de ces matières, en centièmes :
Composition de la fonte {ferrum cnidum) :
Minimiinj. Maximum.
Silice 1,0 3,4
Carbone 1,0 .,... 3,3
Manganèse 0,5 ..... 30,0
Fer 03. 3 97,5
(1) Dissertation présentée en 1767, et réimprimée dans les Optiscul. physic. et chemic, vol. T, p. 264.
(2) Observationes nonnulUv de calcuUs urinx; imp. avec la dissertation de Scheele sur le même sujet, dansée/. Soc. Holm., ann. 1770. et dans 0/)ii5Cu/. physic. f\o]. IV, p. 387.
(3) Année 1781 ; Opuscul. physic. y vol. III, p. 1.
TBOISIÈME ÉPOQUE. ^^
• Composition du fer forgé [ferrum nssum ) :
Saice 0,05 0,3
Charbon pur 0,05 0,2
Manganèse 0,50 30,0
Fer 99,60 99,4
Composition de l'acier (chalybs):
Silice • 0,3 0,9
Carbone 0,2 0,8
Manganèse 0,5 30,0
Fer 68,3 99,0
Des acides métalliques (1). — On trouve dans cette notice la première description des acides molyhdique et tungstique, qui paraissent avoir été découverts à peu près en même temps par Bergmann et par Scheele.
De lamagnésie (2). — Après un court exposé historique, l'auteur arrive à décrire les principaux sels magnésiens (carbonate, sulfate, nitrate, oxalate, formiate, borate, tarlrate, acétate, phosphate, chlorure). Le premier, il indiqua tous les caractères qui servent à distinguer la magnésie de la chaux. Voici comment il se résume lui-même : a La magnésie saturée d'acide vitriolique forme un sel amer, qui n'exige guère que son poids d'eau pour sa dissolution; — la chaux forme avec le même acide un sel sans saveur, 400 parties d'eau suffisant à peine pour la dissolution d'une seule partie de sélénite; — la magnésie donne avec l'acide nitreux (nitrique) un sel crislallisable; — le nitre calcaire ne peut être que Irès-difficilement amené à cristalliser; — lemuriate le magnésie (chlorure de magnésium ) laisse échapper son acide au feu; — il n'en est pas de même du muriate calcaire; — la tnagnésie unie au vinaigre refuse de cristalliser ; — la chaux donne avec cet acide une belle cristallisation; — la magnésie n'est pas précipitée par l'acide vitriolique; — celui-ci entraîne sur-lechamp la chaux sous forme de sélénite. »
(i)1)e acidis metalUcis ; Act. Acad. Stockholm., année 1781 ; réimprimé dans les Opuscul physic, yoI. 111, p. 124.
(2) De inagnesia (alba), disquisitio, anno 1775, die 23dec., pnblice venlilata n auditorio Gustaviano; dans les Opuscul. physic, vol. I, p. 343.
448 HISTOIRE DÉ LA GHmiE.
Les chimistes, qui avaient les premiers entrevu l'existence de la magnésie, regardaient cette matière comme une chaux altérée, ou plutôt comme un produit de transmutation de la chaux. Cette manière de voir avait frappé Bergmann ; et c'est à ce sujet qu'41 fait les réflexions suivantes, qu'il estbonderappeler : a Iln'est guère possible, dit-il, qu'une même matière prenne des caractères aussi différents ; cependant, tant qu'il n'est question que de possibilité, je n'ai autre chose à répondre , sinon que nous ne sommes pas encore assez avancés dans la science chimique pour juger sûrement a priori si la nature peut ou ne peut pas opérer de. semblables transmutations. Mais gardons.-nous de conclure la réalité du fait, d'une possibilité môme accordée ou difficile à détruire; ce serait ouvrir la porte à une infinité de métamorphoses semblables
à celles d'Ovide N'abandonnons donc point l'expérience, qui
doit être pour nous le vrai fil d'Ariane; les maîtres de l'art veulent des expériences très-exactes, par analyse et par synthèse, qui, étant faites convenablement, présentent en tout temps et en tous lieux les mêmes résultats, o
Du zinc et de ses minerais (i). — Ce mémoire est précédé d'uo excellent aperçu historique du zinc. On y trouve les premières analyses qui aient été faites des principaux minerais de zinc.
D'autres mémoires de chimie, non moins remarquables, ont pour titres : De iartaro antimoniato (2); — De terra silicea (3) ; — De terra gemmarum (4) ; — De calce auri fulminante (5) ; — De platina (6); — Denlccolo (7) ; — De arsenico (8); — De stanno sulphurato (9); — De antimonialihus sulphuratis (10); — De connvbio hijdrargyri cum acide salis (li); — De laterum coctione
(1) Hfiec disserlatio publiée ventilala est die 20 marlii, anni 1779. Opusal physic, vol. II, p. 309.
(2) Disserlatiopublica ventilala 22 dec. ann. 1773. Opuscul. jo/iysic, vol. I, p. 318.
(3) Diss., ann. 1779 ; Opuscul., vol. II, p. 2o.
(4) N. Act. UpsaL, ann. 1777 ; Opuscul., vol. II, p. 72.
(5) Dissertât io publica, ann. 1769; Opuscul. , vol. II, p. 133.
(6) Act. Siockh., ann. .1777 ; Opuscul., vol. Il, p. 160.
(7) Diss. publica, ann. 1775; Opuscul., vol. II, p. 231.
(8) Diss. publica, ann. 1777; Opuscul., vol. II, p. 272.
(9) Act. Stockh., ann. 1781; Opuscul., vol. III, p. 157.
(10) Diss. publica, ann. 1782; Opuscul., vol. III, p. 164.
(11) Act. Acad. Stokh., ann. 1769; Opuscul., vol. IV, p. 279.
TftOISîiME ÉPOOtK. M9
rite instruenda (1); — De cobatto^ niccolo, plcdina, mctgnesid:, eorumqîte per prœcipitatianes inve$iigata indole (2); — Ânalysis ekemica pigmenti indici {S),
Les dissertations de Bergmanii sur l'histoire de la chimie {[k primordiis chemise; — Historia chemiœ médit xvi (4); — Oratio de nuperrimis chemiœ incrementis) (5), renferment des documents intéressants, qui malheureusement ne sont pas toujours puisés à des sources bien authentiques.
Nous avons déjà dit que Bergmann était également versé dans d'autres science; ; car il nous a laissé des travaux fort remarquables sur la minéralogie et la géologie, tels que Deformis crystallorum; — De lapide hydrophano; — De terra turmalini; — De mineris ferri alhis; — Producta ignis subierranei ; — De analysi lithomargx; — De terra asbestina; — Observationes miner alogicœ; — De terris geoponicis (6) ; — De montibus Westrogothieis.
(1) Acta Acad. Stockh., ann. 1771 ; Opuscul, ^yoL IV, p. 336.
(2) Opuscul. physicOy vol. IV, p. 371.
(3) Dissertation couronnée par TAcadémie des sciences de Paris. Voyez Mémoires présentés à r Académie royale des sciences ^ etc.> t. IX, 1780, p. 121-164. — C'est un des premiers travaux chimiques qui aient été pul)liés sur Hndigo. L'auteur y indique parfaitement l'action décolorante que Tacide nitrique et le chlore exercent sur l'indigo; il ajoute même que le chlore, qu'il appelle acide marin déphlogistiqué par la magnésie noire, se transforme de nouveau, après avoir réagi sur l'indigo, en acide marin ou muriatique. Il décrit fort au long l'action des alcalis et des acides sur Tindigo, et obtint, par la distillation de cette matière tinctoriale, en centièmes, 2 parties d'air fixe (acide carbonique), 8 parties de liqueur alcaline, 9 parties d'huile empyreumatique, et 3 parties de charbon; ce charbon, brûlé dans l'air, donnait 4 parties de cendre d'un. rouge brique, dont la moitié se composait de rouille de fer, et le restant d'une poudre siliceuse très-fine. Traité par la voie des dissolvants, Tindigo donnait^ en centièmes :
Matière mucilagineuse soluble dans l'eau 12 parties.
Résine soluble dans l'alcool .' 6
Matière terreuse soluble dans le vinaigre 22
Chaux de fer ( oxyde de fer ) soluble dans l'acide muriatique* 13
Matière tinctoriale bleue pure 47
Cette analyse, dit Bergmann, ne peut malheureusement être contrôlée par la synthèse ; car il est impossible à l'art de reproduire la structure organique des substances végétales ou animales.
(4) OpwcuL physifa, vol. IV, p. 1-141.
(6) iôid., vol. VI, p. 65-95.
(6) La Société royale des sciences de Montpellier avait, en 1771, mis au concours la question suivante : Qiisls sont les caractères des terres en général ?
BIST. bB LA CHIMIE. — T. II. 29
. Parmi S|5s travaux sur la physique, l'astronomie et même l'histoire naturelie^ on remarque: Expérimenta eleçtrica;.r— De vi electrica turmalini; — • De crepnsculis; — De fulguratiane ohservationes ; — De arcus cœlesiis eœplicatiombus ; — Aurprœ boréales (i); — De aurores borealis altitudine; — Deattraetioneuniversait; — De interpolatione astronomica; — De apilms; — Depiiyocampe, s>ive erucapini; — Classes larvarum; — De hirudinibus ; De cocco aquatico^ sive hirudine octoculata; — De natura tenthredinum et erucarum spuriarum; De galla qaadam singulari (3).
Seheele*
Peu de chimistes avaient encore'pénétré aussi loin dans les secrets de la nature que Scheele. II avait le génie des découvertes; aucun détail n'échappait à son regard scrutateur. Mais il lui manquait, — témoin la théorie du phlogistique qu'il avait adoptée, — cet esprit généralisateur qui fait jaillir d'un ensemble de faits les vraies lois, fondements de la science. Or, c'était là précisément ce qui caractérisait Lavoisier. Ces deux hommes de génie
Assigner les défauts de celles qui sont peu propres à la production des grains y et les moyens d'y remédier. — Bergmann remporta en 1773 le prix proposé pour cette question. — Opuscula physica et chem., vol. V, p. 69. Ce mémoire renferme des notions intéressantes sur les terrains tertiaires, tant soos le rapport géologique que sous le rapport de l'agriculture. L^auteur y considère la chaux, Pargile, la magnésie et la silice comme des corps simples, mais que Ton pourrait bien, soupçonne-t-il, arriver un jour à décomposer en des éléments plus simples encore.
(1) Opuscul, physic, vol. V, p. 226. C'est une espèce de journal {diarium)^ où se trouvent regislrées les aurores boréales observées depuis le 3 février 1759 jusqu'à la fin de l'année 17G2. Ce travail est suivi d'une dissertation sur la hauteur des aurores boréales. Bergmann avoue que, malgré des observations assidument continuées pendant plusieurs années, il n'était point parvenu à soumettre ce phénomène à des règles fixes, n C'est, dit-il, une chose digne de remarque que les variations qu'éprouve l'aiguille aimantée pendant la durée de l'aurore boréale. Y aurait-il là quelque rapport avec la force électro -magnétique? »
(2) OpuscuL physic.y vol. V, p. 141. — Bergmann trouva que c'est un insecte particulier qui, en fixant son domicile sur l'écorce du chêne, donne naissance à la noix de galle si utile dans les arts. 11 communiqua sa découverte à son illustre ami et compatriote Linné, qui donna à cet insecte le nom de cynips guercus cotiicis^ et en traça les caractères suivants : Antennis instructum longlssimis, colore pallido, in cruribus tamen oculisque vividwre.
TROISliMB ÉPOQUE. • 45i
étaient faits pour s'entr'aider^ pour se compléter en quelque sorte réciproquement^ et élever en commun Tédifice de la chimie : l'un semblait destiné à en apporter les matériaux, l'autre à en tracer .le plan.
Gharlei^Guinaume Scheele naquk, le 19 décembre 1742 ^ à Stralsund^ ville aujourd'hui prussienne, et qui appartenait alors à la Suède«.Fils d'un Commerçant, il fut, à peine âgé de quatorze ans, placé à Gothenbourg comme apprenti pharmacien, chez Bauch, ml ami de sa famille. C'est laque, sans autre guide qu'un ouvrage {Prœleetiones cfiemicœ) de Naumann, disciple de Stahl,, il se mita étudier la science qu'il devait si puissamment contribuer à réformer. Après un appi:entissage de dix ans , il demeura encore deux ans auprès de son maître ; puis il entra successivement au service deKalstroem, pharmacien à Malmoe, et de Scbarenberg, à Stockholm, a G*est au milieu des occupations les plus obscures, dit un écrivain célèbre qui débuta aussi comme apprenti pharmacien , c'est au milieu de ces occupations que s'acheva son éducation dans une science où il était destiné à paraître avec tantd'éclat (1). » En 1773, Scheele se rendit à Upsal, où il eut l'occasion de faire connaissance avec deux hommes célèbres qui remplissaient l'Europe de leur renommée, Bergmann et Linné (2). Bergmann fut le premier à le révéler au monde sa-
(1) M. Dumas, Leçons de philosophie chimique (Paris, 1837, in-S*), p. 8S : -^ « Sdieele était si ardent à Tétude de la chimie, qu'il prenait sur son sommeil le temps nécessaire à ses recherches ; et, dans un accès de malice étourdie, un de ses camarades s'avisa de mêler à ses produits une poudre détonante . : de telle sorte que , revenant à ses expériences au milieu de la nuit, Scheele, dès la première expérience, détermina tout à coup une forte explosion qui mit toute la maison en émoi, et qui vint dévoiler ses travaux nocturnes. Depuis ce moment on devint plus sévère aux expériences qui occupaient si vivement sa jeune ima^ation.»
(2) Ce fut, ditron, un hasard qui fit ccmnaitre Scheele à Bergmann. <i II était employé par un pharmacien (M. Look) qui fournissait à Bergmann les produits chimiques nécessaires à ses travaux. Celui-ci, ayant un jour besoin de salpêtre, en fait prendre chez ce pharmacien, l'emploie à Tusage auquel il le destinait, et détermine là production d'ahondantes vapeurs rouges formées, comme on sait, par Tadde hypo^azotique, mais qui, dans son opinion, n'auraient pas dû se dégager dans les circonstances ou le sel avait été placé. Bergmann étonné s'en prend à quelques impuretés du salpêtre. Il renvoie ce sel par un de ses élèves, qui ne manque pas une occasion si belle de rudoyer un peu le pauvre garçon apothicaire qui Payait livré. Mais Scheele s'informe de ce qui s'est passé, se fait expliques les détails de l'expérience, et il en donne immédiatement l'explication. A peine celle^i est-elle rapportée à Bergmann, qu'il accourt auprès de Scheele, l'inf^r-
vant; il en parle avec admiration, dans la vaste correspondance qu'it entretenait avec les principaux savants de son époque.
L'importance de ses travaux ne tarda pas à faire sortir Scheele de Tobscurité dans laquelle il semblait se complaire. On lui fit plusieurs propositions avantageuses, dans Tintention de le faire sortir de son humble condition; il refusa toutes. ces offres. Frédéric II, roi de Prusse, ne réussit pas davantage à l'attirer à Berlin.
Mais il apprend que, dans une petite ville de Suède , à Rjoping , il existe une pharmacie demeurée entre les mains d'une veuve, qu'il y trouverait un emploi paisible, que la veuve possède quelque bien, et qu'il pourrait aspirer à l'épouser. C'est l'avenir qu'il lui faut : retraite, calme et médiocrité. Il se transporte vite à Kjoping, il accepte tous les arrangements, et s'établit chez la veuve. Mais, par une de ces contrariétés si fréquentes dans la vie, il se trouve, tout examiné, que la succession est obérée de dettes, et que la pauvre veuve ne possède rien. Ainsi, au lieu d'un sort paisible, d'une existence douce et tranquille, c'est une vie pénible et de labeur qui se présente. Toutefois Scheele ne recule pas, et l'accepte sans hésiter, trouvant qu'on doit être prêt à donner quand on se croit digne de recevoir. Il se met donc à l'œuvre, et, partageant son temps entre ses recherches et les soins de la pharmacie, il emploie tous les bénéfices de la maison à en payer les dettes. Sur les 600 livres qu'il gagnait chaque année, il en réserve iOO pour ses besoins personnels, et consacre le resie à la chimie (4). »
En 1786 Scheele épousa la veuve qui, neuf ans auparavant, lui avait cédé son établissement, et mourut, le 21 mai 1786, deux jours après son mariage, n'ayant pas encore atteint l'âge de quarante-quatre ans.
C'est pendant sou séjour à Kjoping que Scheele mit au monde la plupart des travaux qui illustrèrent son nom (2). L'Académie
roge, et découvre, à sa grande surprise, à sa grande joie, sous rhurhble tablier de rélève en pharmacie, un chimiste profond et consonrimé, un chimiste de haute volée, à qui se sont déjà révélés nombre de faits inconnus. » M. Dumas, Leçons de philosophie chimique^ p. 90.
(1) M. Dumas, Leçons de philosophie chimique, p. 91.
(2) « On raconte que le roi de Suède, dans un voyage hors de ses États, enten' dant sans cesse parler de Scheele comme d'un homme des plus éminents, fat pemé de n^avoir rien fait pour lui. 11 crut nécessaire à sa propre gloire de donner
royale des sciences deStockhoIm, rAcadémie royale de Turin, et la Société des scrutateurs de la nature, de Berlin, se glorifiaient de le compter au nombre de leurs membres.
Scheele, dans sa courte apparition dans ce monde^où tant d'intérêts s'entre-croisent et se brisent dans d'irrésisibles chocs, commande notre admiration et notre respect, non-seulement comme savant, mais encore comme homme privé. Avec de petites ressources, il fit de grandes choses. Jamais il n'ambitionna les honneurs et les richesses. Les passions égoïstes n'eurent point prise sur ce beau caractère. Jamais il n'avait songé à faire de la science un marchepied.
Travanx de Aeheele*
Les ouvrages de Scheele forment une collection de mémoires de peu d'étendue (1); mais chacun de ces mémoires renferme souvent plusieurs découvertes à la fois.
L'histoire de la science n'avait pas encore offert un spectacle pareil à celui que présentent parleurs travaux Lavoisier et Scheele. L'un porte le flambeau de la philosophie naturelle dans la connaissance chimique des gaz ; l'autre a imprimé à la chimie minérale et organique cette marche assurée qui convient à une science essentiellement expérimentale. Si Scheele ne s'élève pas à la hauteur de Lavoisier par l'esprit de généralisation, il lui est peut-être supérieur dans l'application de la méthode expérimentale^ et dans l'examen analytique des faits. Aussi est-il bien rare de voir un seul homme réunir en lui à la fois l'esprit d'analyse et l'esprit de synthèse.
une marque d^estime à ua homme qui illustrait ainsi son pays , et il s^empressa de le faire inscrire sur la liste des chevaliers de ses ordres. Le ministre chargé de lui conférer ce titre demeura stupéfait. « Scheele ! Scheele ! c^est smgnlier, » dit-il. L'ordre était clair, positif, pressant, et Scheele fut fait chevalier. Mais, vous le devinez, ce ne fut pas Scheele Tillustre chimiste, ce ne fut pas Scheele lUHMmeur de la Suède, ce fut un autre Scheele qui se vit Tobjet de cette faveur inattendue.» M. Dumas, Leçons de philosophie chimique, etc., p. 93.
(1) Les travaux de Scheele, qui presque tous ont été imprimés, sous forme de mémohres, dans les Actes de la Société royale de Stockholm, ont été traduits en latin et réunis en deux volumes in-8°, sous le titre : Opuscula chemica et phytica, latine vertu G. H. Schaefer. Edidit et prxfatus est B. G. HebenstreU; Lipa., 1788 et 1789. — Ils furent pubUés en allemand par Fr. Hermbstaedt {SxmmétUeke phymche und chemische Werke); Berlm, 2 vol. in-8**, 1793. — En français : Mémoires de chimie, etc.-, Dijon, 1785, 2 vol. in-18.
De tous les travaux de Scheele, le moins parfait peut-ôtrë, et pourtant celui qui eut le plus de renommée, c'est le Livre sur l'air et le feu (1). Lorsque ce livre parut, on connaissait déjà les expériences dé Black, dePriestley, de Lavoisier, sur l'air et d'autres fluides élastiques. Les expériences décrites dans ce livre ont pour objet l'absorption de l'air du feu (oxygène) par le foie du soufre, par l'essence de térébenthine se transformant en une matière résineuse, par le précipité vert pâle du vitriol (protoxyde de fer), par la limaille de fer humectée d'eau, par des corps combustibles, par le phosphore, par le soufre, le charbon, les métaux, etc.; la préparation de l'air du feu, soit à l'aide du précipité rouge ou de la chaux d'argent, soit au moyen du manganèse et de l'acide vitriolique (2); l'action qu'exerce l'air du feu sur la respiration des animaux, etc. Toutes ces expériences, dont quelques -unes avaient déjà été faites par Priestley et par Lavoisier, mettentbien en lumière cette pénétration qui caractérise au plus haut degré l'illustre chimiste de Rjoping.
Mais s'agit-il de rattacher ces faits à des lois générales^ de les expliquer dans leur ensemble par des théories philosophiques, aussitôt sa pénétration ordinaire lui fait défaut. On s'aperçoit aisément que Scheele n'est point là sur son véritable terrain; il s'égare dans les doctrines du phlogistique.
De ses nombreuses expériences si ingénieusement disposées (3), il n'arrive qu'à conclure : 1° que le phlogistique est un véri-
( 1 ) Cet ouvrage, précédé d'une préface de Bergmann, parut pour la première fois en allemand. Chemische Ahhandlung von der Luft und Feuer, etc. (Upsal et -Leipzig), en 1777. Leonhardy publia en 1781 une nouvelle édition allemande. — Traduction française : Traité chimique de Vair et du feu, etc., traduit de V allemand par le baron de Didrich, secrétaire général des Suisses et Grisons, etc.; Paris, 1781, 12. — Supplément au Traité chimique, conieD&ni un tableau abrégé des nouvelles découvertes sur les diverses espèces d'air, par G. Leonhardy, des notes de R. Kirwan, et une lettre de Priestley, etc., par le baron Dietrich; Paris, 1785, 12. — Traduction anglaise: Chemical observa- Nons and erperimenfs on air andflre, rtc, translated from german by F. R. Forster; Lond., 1780, 8.
(2) Scheele se servait de vessies pour recueillir les gaz. C'était la méthode de Wrcn, dont il ne paraissait pas avoir eu connaissance. Voy. p. 250 de r^ volume.
(3) Il est parfaitement démontré, par quelques-unes de ces expériences, que les animaux aquatiques respirent comme les animaux terrestres, qu'ils absorbent l'air du feu (oxygène) dissous dans l'eau, et le transforment en acide aérien. Scheele se servait d'un moyen très-ingénieux pour constater la présence de Tair
TROISliBIE ÉfOQUE. 455
table élément; 2* qu'il peut, par Taffinité qu'il a pour certaines matières, être transmis d'un corps à un autre; 3** qu'en se combinant avec Vair du feu (oxygène), il constitue le calorique; 4" que le calorique (combinaison du phlogistique avec Tair du feu), par suite de la. combustion ou de la respiration, adhère à l'air corrompu (azote), et le rend plus léger, etc. (1).
On a lieu de s'étonner que Scheele, qui se glorifiait de ne croire que ce qui tombe sous les sens, ait pu prendre la défense du phlogistique, d'une substance chimérique que personne, pas plus que lui-môme, n'avait jamais vue. Mais les considérations théoriques ne vont point à la trempe de son esprit : il trébuche dès qu'il essaye de mettre le pied sur le domaine de la philosophie chimique où Lavoisier était maître.
Le livre De l'air et du feu est suivi d'un mémoire sur l'analyse de l'air (2). Dès qu'il ne s'agissait plus d'émettre des doctrines spéculatives, mais de faire preuve d'exactitude dans l'observation des faits, Scheele se montrait tel qu'il était, expérimentateur incomparable. Dans ce (némoire, il fait voir que l'air est un mélange de deux fluides élastiques bien distincts, dont l'un s'appelle air vicié ou corrompu (azote), « parce qu'il est absolument dangereux et mortel, soit pour les animaux, soit pour les
du feu (laut^^Feau.: « Je prends, dit-il, par exemple, une once d^eau; j'y yerse environ quatre gouttes d^une solution de vitriol de mars et deux gouttes d'alcali du tartre, àfTaibli par un peu d'eau; il en résulte aussitôt un précipité d'un vert foncé qjiA jaunit quelques minutes après, lorsque l'eau contient de Vair du feu; mis dlms Teau bouillie et reflroidie, ou dans Peau distillée récente, en commnnicatttdii avec Tair libre, le précipité conserve quelque temps sa couleur verte, et ne jaunit qu'une heure environ après ; et, s'il est gardé dans des flacons pleins et sans aucune communication avec l'air, il ne jaunit point. » — Dans d'autres expériences Scheele signale la lumière comme faisant noircir le sel d'argent (chlorure), et il montre le premier qu'en exposant au spectre solaire un papier imprégné d'un sel d'argent (cldorure), on le voit noircir bien plus promptement au rayon violet que dans les autres rayons. — C'est donc à Scheele qyc ^ l'on doit la découverte d'un fait, sans la cpimaissaiice du<|uel on n'aurait jamais inventé la photographie. Malheureusement c'est toujours le phlogisti<iue qui joue, selon lui, le principal rôle dans ces phénomènes. Traité de Vair et du feUy etc., p. Î27, p. 145 (Paris, 1781, in-12).
(1) Traité de Vair et du fùu, etc., p. 145.
(2) Quantum aeris puri in'atmosphxra quotidie insit. Acta Acad. reg. Suec. annil779. — OpuscuL chemica etphysica,\o\, I,p. 193-199. Supplément au traité chimique de l'air et du feu, etc., par le baron île Dielrich; Paris, 1785, in-12.
436 > HISTOIRE IIB Li CHIMIE.
.végétaux^ Taulre s'appelle air pur ou air de feu, parce qu'il est tout à fait salutaire et qu'il entretient la respiration. »
Mais il importait de trouver les proportions de ces-deus fluides élastiques qui composent un volume d'air donné. Ov, voici le procédé d'aoalyse qu'il avait imagÎDé. La figure ci-jointc (reproduite d'après le mémoire original) devait faciliter l'intelligence de la description. Au fond de la cuvette A, on voit un sup*
port B, où se trouve fixée une tige de verre, surmontée d'une ■peti[ecapsuIeC,po!.éesurunpetitpiateau horizontal. Cette capsule
contenait deuxparlies de limaille de fer et une partie de soufre en poudre, humectée d'eau. Ce mélange devait absorber tout l'air pur (oxygène), contenu dans l'air commun (atmosphérique) que renfermai! l'éprouvetteD, renversée sur lepetit appareil BC dans la cuvette remplie d'eau. A l'extérieur de l'éprouvelle était collée une bande de papier E, marquant, par sa longueur, le tiers de la napaci tédn verre cylindrique ; cette bande éuit elle-même divisée
en onze parties égales, de sorte que chaque trait de E indiquait le trente-troisième du volume de Tair atmosphérique contenu dans D. A mesure que Toxygène était absorbé, l'eau montait dans Téprouvette pour combler le vide. La colonne d'eau, s'élevant ainsi •graduellement, mesurait la quantité d'oxygène enlevé à l'air par le mélange de soufre et de limaille de fer humectée.
Ces expériences analytiques de l'air, au moyen de l'appareil qui vient d'être décrit, furent commencées le 1^^ janvier 1778, et continuées sans interruption pendant toute l'année jusqu'au 31 décembre. Le résultat final fut que l'air contient une quantité à peu près invariable d'air dépblogistiqué (oxygène), et que cette quantité est de neuf trente-troisièmes., c'est-à-dire un peu plus de 25 pour cent.
La partie la plus importante des travaux de Scheele concerne la chimie minérale et la chimie organique. C'est là que ce grand chimiste adéployé tout son génie : chaque pas qu'il fait dans cette voie est signalé par une découverte. Gomme cette partie des travaux de l'illustre Suédois est peut-être un peu moins connue que le Traité de l'air et du feu, nous allons nous y arrêter davantage. Nous commencerons parles mémoires les plus remarquables, sans nous astreindre à l'ordre chronologique de leur publication. Ces mémoires peuvent, en quelque sorte, servir de modèles : ils se distinguent par une méthode rigoureuse, et par une concision telle qu'ils se refusent à toute analyse^ car il n'y a pas un mot qui n'ait une valeur déterminée, et il n'y en a pas une seule phrase à retrancher.
Comme ces mémoires sont en général très-courts, et à peu près tous rédigés d'après le même plan, nous allons donner ici comme spécimen le mémoire sur l'acide citrique. Nous laissons parler l'auteur lui-même.
Mur le «ne cl« eltron et sa erlstallisatlon (i).
Plusieurs chimistes ont essayé d'obtenir le suc de citron sous forme de cristaux, à l'aide d'une simple évaporaUon. De ce que ce moyen ne réussissait point entre leurs mains, ils en avaient aussitôt conclu que l'acide du citron est incristallisable, bien que,
(1) De succo citri eJMsque cristallisatione. Nova Acla Acad. reg. Suc. mil., 1781. — Crell, Chemische AnnaleUf 1784, cab. 7. — Opwcula chemica H physica^ vol. II, p. 181-186.
458 HisTomx de là chimie.
selon toute probabilité, presque tous les acides végétaux soienl susceptibles de cristalliser, pourvu qu'on leur enlève les matières étrangères qui y adbèrent.
n J'ai, ajoute-ii, réduit, pari'évaporation, le suc de citron jusqu'à consistance de miel, et je l'ai dissous dans de i'esprit-de-vinconcentré. Il s'est formé un coagulum qui est resté sur le filtre, et qui consistait en une matière mucilagineuse mêlée d'une trèspetite quantité de citrate d'alr>ali {pauxillo alcali ciircUi), Espérant alors que le suc ainsi purifié ne se refuserait plus à la cristallisation, je fis évaporer la solution alcoolique; mais le succès ne répondit pas à mon attente, car il ne s'était produit aucune apparence cristalline. Ceci me conduisit à penser que l'acide pouvait bien être encore sali par quelque matière étrangère soluble dans l'esprit-de-vin, et capable de s'opposer à sa cristallisation. La suite me prouva que j'avais deviné juste; car il existe dans l'acide du citron une matière grasse, savonneuse {materia saponacea), qui se dissout» comme tout le monde sait, et dans l'eau et dans l'alcool. »
Scheele rappelle ici que l'acide du tartre est extrait au moyende la craie (1), et qu'il se produit, dans ce cas, un sel moyen, la cbaux tartarisée ((ra/j: tartarisata), très-peu soluble dans l'eau. Or la môme chose arrive pour l'acide du citron, qui forme avec la chaux un sel très-peu soluble dans l'eau. En employant ce procédé on obtient l'acide pur et exempt de toute matière grasse ou gommeuse; on le sépare aisément de la chaux par l'intermédiaire de l'acide vitriolique.
Mettez une mesure de suc de citron limpide dans un matras en verre d'une capacité convenable, et chauffez-le sur un bain de sable. Dès que la liqueur commence à bouillir légèrement, vous y ajouterez, par petites portions, de la craie desséchée, pulvérisée et pesée,jiisqn'àceque l'acide ne fasse pins d'effervescence. Pendant ces moments-là vous remuerez la liqueur constamment avec une spatule de bois. Pour saturer une mesure (cant/iarus) de suc de citron, il faut environ lOloths (100 grammes) de craie sèche. Cela fait, onôte le matras du bain de sable, et on le place dans un endroit tranquille. La chaux saturée d'acide citrique {calx citrata]
( 1 ) Scheele avait communiqué ce mode de préparation de Tacide tartrique à Retzius, qui le publia dans les Actes de l'Acad. royale de Stockholm, année 1770. Les Opuscula chemlca et physica de Scheele ne contiennent pas de mémoire particulier sur Tacide tartrique.
se dépose alors sous forme de poudre. Oa enlève par décantatioa Teau légèrement colorée en jaune qui nage sur le résidu; on lavé celui-ci à différentes reprises avec de Peau chaude, jusqu*à ce que l'eau décantée soit exempte de toute coloration. Ensuite on ajoute au citrate de chaux ainsi lavé 11 loths d'acide vitriolique, étendu de 10 parties d'eau. On remet la cornue sur le bain de sable, et on laisse bouillir le mélange pendant un quart d'heure. Le vaisseau étant refroidi, on jette le mélange sur un filtre ; on lave le gypse (sulfate de chaux) qui reste sur le filtre avec un peu , d'eau froide, afin de lui enlever Tacide du citron qui pourrait y adhérer. On peut faire évaporer le liquide acide filtré jusqu'à consistance presque sirupeuse, et le remettre sur le filtre, afin de séparer le restant de gypse qui pourrait s'y trouver.
La présence de la chaux citratée empêche la cristallisation de notre acide. Or, pour prévenir cet inconvénient, on verse dans la liqueur quelques gouttes d'acide vitriolique étendu; s'il se forme un précipité, il faut continuer à en ajouter jusqu'à ce que toute la chaux soit éliminée à l'état de gypse. Alors, en évaporant l'acide filtré une dernière fois, on verra de petits cristaux se produire. Évaporé jusqu'à consistance sirupeuse, et exposé, après cela, à un froid modéré, l'acide du citron se prend en beaux cristaux, semblables à ceux du sucre candi.
Les sels neutres formés par cet acide cristallisent difficilement; quand ils sont parfaitement desséchés, ils absorbent l'eau atmosphérique.
Lorsqu'on soumet à la distillation l'alcali volatil citrate (citrate d'ammoniaque), on remarque que sa base se volatilise et que l'acide sa détruit.
L'acide du citron produit avec la terre calcaire un sel moyen, très-peu soluble dans l'eau. Il se combine de môme avec la terre posante (baryte). Le sel ainsi produit est un peu plus soluble dans l'eau que le précédent.
Combiné avec la magnésie, il donne naissance à un sel assez soluble dans l'eau, mais incristnllisible; exposé à la chaleur, ce sel se convertit en une matière gommeuse transparente.
L'acide cftrique attaque à peine les métaux ; le fer et le zinc sont les seuls qui soient dissous par lui avec dégagement d'air inflammable (hydrogène).
Les solutions métalliques ne sont guère changées par l'action de l'acide du citron, excepté les solutions acéteuses de chaux, de
plomb et de mercure, qui sont précipitées en blanc. Ces précipités sont redissous par l'acide nitrique étendu ; dans le cas contraire, l'acide du citron contient encore un peu d'acide vitriolique qu'on parvient à éliminer par des cristallisations réitérées.
Scheele est l'inventeur de la méthode que nous venons de fairo connaître. On s'en sert encore aujourd'hui pour la préparation de la plupart des acides végétaux.
DfeovTerte d« chlore so«s le nom cl'«eldem«i*iatl«iie dé|^U«-
gîmUmMé. — Un mémoire nonmoins remarquable, maisbeaucoup plus étendu, est celui qui ivsÀie au manganèse [magnesianigra), et qui se trouve inséré dans les Actes de la Société royale de Stockholm de l'année 1774 (4).
Fidèle à sa manière de procéder, l'auteur essaye d'abord l'action . de divers réactifs sur la matière soumise à l'observation. En traitant la magnésie noire (peroxyde de manganèse) par l'acide vitriolique^ il obtenait un sel blanc, légèrement rosé, soluble dans Peau: c'était le sulfate de manganèse. II n'ignorait pas qu'il se dégage, pendant cette opération, un fluide élastique qui possède toutes les propriétés de l'air déphlogistiqué (oxygène).
11 soumit le manganèse à l'action de tous les acides minéraux et organiques alors connus, et il arriva ainsi, au moyen de l'acide muriatique, à découvrir le chlore, ou, comme il l'appelait, Vacide muriatique déphlogistiqué.
La découverte de ce corps si important vaut la peine que nous nousy arrêtions un moment. « Je versai, dit Scheele, une once d'acide muriatique sur une demi-once de magnésie noire en poudre. Au bout d'une heure je vis ce mélange à froid se colorer en jaune; en le chauffant, il se'développa une forte odeur d'eau régale (2).
« Afin de me rendre compte de ce phénomène je me servis du procédé suivant : j'attachai une vessie vide à l'extrémité du col de la cornue contenant le mélange de magnésie noire et d'acide muriatique. A mesure que la liqueur continuait à faire effervescence, la vessie se gonflait; l'effervescence étant arrêtée, j'ôtai la vessie. Celle-ci était teinte en jaune par le corps aériforme qu'elle
contenait, exactement comme par l'eau régale. Ce corps n'estpoint ;
(1) De magnesia nigra: Acta Acad. reg. Suec, anni 1774. Opuscula cheraica etphysica, éd. Schaeffer et Hebenstreit ; Lips., 1788, 8, vol. I, p. 227-281.
(2) Opuscula chemica et physica, vol. I, p. 232.
de Tair fixe (gaz acide carbonique) (i); son odeur, extrêmement forte et pénétrante, affecte singulièrement les narines et les pou* mons; En vérité, on le prendrait pour la vapeur de Teau régale chauffée {pro halitu ^quœ regiœ calefactœ haberes). Quiconque voudra connaître la nature de ce corps devra l'étudier à l'état de fluide élastique (2). »
Pour recueillir ce gaz, Tauteur conseille de se servir^ au lieu d'une vessie, de bouteilles pleines d'eau, renversées sur des cuvettes remplies du même liquide.
Voici la description qu'il fait des propriétés de Vacide muria* tique déphlogistiqué (chlore) :
ai Ce fluide élastique corrode les bouchons des bouteilles où il se trouve renfermé, et les teint en jaune; il attaque de même le papier;
6. Il blanchit le papier bleu de tournesol, et détruit la couleur rouge, bleue, jaune des fleurs, et même la couleur verte des feuilles. Pendant cette action, il se convertit, eti présence de l'eau, en acide muriatique ;
' c. Les fleurs ou les plantes ainsi altérées ne peuvent recouvrer leurs couleurs primitives, ni par les alcalis, ni par les acides;
d. Il épaissit les huiles et les graisses, et même l'essence de térébenthine ;
e. Mis en contact avec le cinabre, il donne naissance à du sublimé corrosif, en éliminant le soufre du cinabre ;
f. 11 attaque le vitriol vert (sulfate de fer) et le rend rouge. Il ne fait pas changer d'aspect aux vitriols bleu et blanc ;
g. Il dissout le fer. Cette solution, chauffée avec de l'huile de vitriol, laisse dégager de l'acide muriatique pur, qui ne dissout pias l'or ;
A. Tous les métaux sont attaqués par l'acide muriatique déphlogistiqué (chlore). Il est à remarquer que la solution d'or, traitée par l'alcali volatil (ammoniaque), donne un précipité de chaux (oxyde) fulminante ;
t. L'esprit de sel ammoniac (gaz ammoniac) produit, au con^ tact du corps en question, des vapeurs blanches;
k. Combiné avec l'alcali flxe minéral (soude), l'acide muriatique
(1) C'était le premier et alors le seul fluide élastique bien connu, grâce aux travaux de Black et de Bergmann.
(2) Opusculachemica et physka, vol. I, p. 248, 2i9.
462 HISTOIRE DE Li cuiims..
déphlogistiqué forme le sel de cuisine qui décrépite surles. charbons ardents;
/. Il rend l'arsenic déliquescent;
0t. Il tue sur-le-champ les insectes; ,
n. Il éteint immédiatement la flamme (1).
Maintenant, quelle est la composition de ce corp$ nouveaa? C'est ici que Scheele retombe dans la théorie du phlogistique. La magnésie noire enlève, selon lui, le phlogistique de l'acide muriatique, en le transformant en acide muriatique déphlogistiquéi Le grand chimiste était, sans s'en douter, bien près de la vérité. En effet, substituez au phlogistique l'hydrogène (air inflammable) et vous aurez l'acide muriatique (chlorhydrique) déshydrogéuéy c'est-à-dire le chlore.
En poursuivant ses recherches sur la magnésie noire, il arrive à constater que cette substance, chauffée avec un mélange d'acide vitriolique et de sucre, de gomme etd'autres matières semblables, donne, à la distillation, un acide tout semblable au vinaigre le plus fort : c'était l'acide formique. — L'acide oxalique (obtenu en traitant le sucre par l'acide nitrique) et l'acide formique sont les premières matières organiques qui aient été préparées chimiquement par l'intervention de substances minérales.
Caméléon minéral. Mang^anége. — Scheele découvrit le caméléon minéral en chauffant un mélange de nitre pulvérisé et de magnésie noire. Il explique par l'action de Pair, et surtout de l'air fixe, les phénomènes de coloration que présente la masse verte obtenue par la fusion du nitre avec le manganèse (2). Il remarqua que le verre, coloré en rouge par la magnésie noire, redevient incolore lorsqu'on le fait fondre sur du charbon (3).
Enfin, après avoir très-bien décrit les propriétés de la'magnésie 'noire accompagnant partout le fer, jusque dans les cendres des végétaux, il arrive à établir que la magnésie noire diffère essentiellement de toutes les terres connues, et qu'elle n'est pas un élément simple.
Ce dernier poinl avait particulièrement éveillé l'attention de Bergmann, qui annonça, dans la mêmeannée 1774, que la magné-
(1) Opuscul. chemica et phyic, vol. !, p. 250-252.
(2) Ibid.y\o\. 1, \). 2C3.
(3) lbid.,\i. 272.
sie noire était la chaux (oxyde) d'un métal particulier, et que ce métal, qu'il appelait magnésium (manganesium), était au moins aussi difficile à fondre que le platine. Gahn, s'occupant alors du même sujet, parvint, avant Bergmann, à obtenir le manganèse à rétat de régule. Cependant Bergmann donna le premier Thistoire du manganèse métallique (1).
Une chose digne de remarque, c'est que ce n'est pas l'expérience directe, mais Tinduction, qui a amené la découverte du maganèse. Voici comment on avait raisonné. La magnésie noire colore le verre; sa densité est très-considérable; ses dissolutions dans les acides sont précipitées par le sel lixiviel du sang (cyanoferrure jaune de potassium). Or tous ces caractères sont communs aux chaux métalliques, et aucun d'entre eux n'est applicable aux terres (chaux, argile, etc.). Donc, la magnésie noire doit être, non* pas une terre, comme on le prétend, niais une chaux métallique.
' Par les détails qui précèdent, nouscroyons avoir donné une idée suffisante de la méthode de Scheele, pour nous permettre de ne faire qu'une analyse rapide de ses autres travaux, dont chacun est marqué par une découverte.
Terre pesante^ terra ponderosa [baryte), — Pour démontrer que la terre du spath pesant (sulfate de baryte) est tout à fait différente de la chaux, Scheele calcina, dans un creuset, un mélange pâteux dece spath, dépoussière de charbon etde miel, et attaquala masse hépatique (sulfure de baryum) par l'acide muriatique. Il obtint ainsi une dissolution (chlorure de baryum) qu'il précipita par une lessive de potasse. Vient ensuite Ténumération de tous les caractères propres à distinguer ce précipité blanc (carbonate de baryte) de la chaux (2).
(1) Bergmann, Opuscula physica et chemica, vol. II, p. 201. — Gahn parvint à obtenir le régule de manganèse par le procédé suivant : li enduisit Tintévîeor d'un creuset de poussière de cliarbon humectée d'eau ; il mit, avec de Phuile, dans ce creuset, une petite quantité du minéral réduit à Tétat de pâte et sous forme de boule, et il le i^mplit de poussière de charbon. U luta un autre cr^pset sur celui-ci, et exposa le tout pendant quatre heures aune clialeur très- Intense, n trouva au fond du creuset un bouton métallique, ou plutôt un certain tlombre de petits globules métalliques, dont le poids correspondait à 0,33 de Celui du minéral employé.
(2) Gehn avait analysé en 1775 le spath pesant, et l'avait trouvé composé d'àî|de vitriolique et de terre pesante (baryte), découverte par Scheele-
464 HlBTQIBB'lll U
Biea qae l'auleur D*«i tpnblié sa disserUlioti car la tem ^mott IQQ^en 1779 (i)* il avait déjà comuûssanoé de ce oonfiBatt coarpt ta 1774; car il en fiiit mention dans son mémoire Smr^lm.miêjii^ mire (8). .
C*est Gnyton de Morveau qui donna \ la terre pesante lé nom de baryie (de ^apuc, pesant). Cenonra été depuis' miiveneHéniNit adopté. • - ; ■=
lie fl««r mùnéfMl si Mta adUto (3). — L'examcD diî llqor &it un des premiers trayauz de Scheele. L'illustre chimiste déboimit que, lorsqu'on traite le spath fluor par racide suifliriqae* il se dégage des yapeurs acides qui attaquent le verre de la oomveilè papier, le lut, etc. , et qui diffèrent de tous les autres acides çqiuibs. L'acide ainsi obtenu était l'acide /buhêitieique, iet ranteur^i^âYtit . parfaitementremarquéquela croûte pierreuse qui se formait dam le vase rempli d'eau, destiné à recueillir cet acide, n'étaitjNOte chose que de la silice pure. Il conclut d'une série. d'ezpérkneei que cette silice provenait de l'action combinée de Vnic^df^ du Inor et de l'eau (4).
Mais Wiegleb et Buchholz allèrent plus loin : ils 4rwt v(^ foe la quantité de cette silice se trouvait d'un poidsexactendêôt^à celui dont la cornue avait diminué dans l'expériencetv et îf^ acheva de prouver que cette l^ilice provenait du verre.
Quelques chimistes français, Âch(ird, Monnet, et le pseudonyme Boulanger, élevèrentdes doutes surl'existencedecetacide, appelé alors acide fluor ique. Scheele, pour réfuter leurs objections, entreprit une nouvelle suite d'expériences qui confirmèrent complé- I tement sa découverte (5).
On n'est pas encore parvenu à isoler le fluor, appelé aussi phthore, parce qu'il attaque tous les vases où l'on cherche à te recueillir.
(1) Beschxftigungen der Berlinischen Gesellsdiafê naturfwmskenéff Freunde;^^' B. 1779. — Examen ckemicum de terra ponderosa, Opuscflb 'chemica, yoI. II, p. 262.
(2) Demagnesia mgra^ Opnscula chemica, toI. I, p. 144.
(3) Examen chemicum /luoris mineralis jusque acidi; Act. Acad.Kg. Sae6< aiin. 1771. Opuscula chemica, vol. II, p. 1-22.
(4) En effet, l'acide fluo-sUiciqae (fluorure de silidom) dé6on|K>ts FeMh^'] donne naissance à de la silice et à de l'acide Auorhydrique.
(5) Annotationes de fluoré mineralis Noya Acta Acad. reg. Siiec.. am. tW- Opuscula chemica, toI. Il, p. 92-100.
' TROISIÈME £POQUS. 465
IVfNtTel aelde cleraneiile(i). — On connaissait, depuis fort longtemps, l'arsenic blanc (2), auquel Fourcroy donna le nom d'acide arsénieux. Scheele obtint le second acide de Tarsenic, appelé aujourd'hui acide arsénique, en évaporant jusqu'à siccilé un mélange de 2 parties d'arsenic blanc pulvérisé, 7 parties d'acide muriatique, et 4 parties d'acide nitrique; le résidu de Tévaporation était l'acidearsénique, dont Scheele décrivit la plupart des propriétés, et en fit le premier l'histoire presque complète.
Vert de Selieele (3). — Scbeele préparait la couleur verte, qui porte son nom, en ajoutant à une solution de vitriol bleu une solution d'arsenic blanc et de potasse. A cette occasion, il nous avertit que l'arsenic blanc qu'on vend dans le commerce est souvent sophistiqué avec du plâtre, et que le meilleur moyen de s'assurer de cette fraude consiste à en projeter quelques parcelles sur une lame chaude : et Si tout se volatilise, c'est, dit-il, un indice que l'arsenic n'est point falsifié. »
llol7iidèBe'(4).— Le minerai de molybdène, appelé par Cronstedt molyhdxna membranacea nitens, avait été, jusqu'alors , con^ fondu avec là plombagine. Scheele en ût l'analyse, et le montra composé de soufre et d'une poudre blanchâtre à laquelle il reconnut les propriétés d'un acide particulier, appelé depuis acide molybdique. Bergmann, présumant que ce corps devait être une chaux métallique, engagea, en 1782, Hielm à s'occuper de ce sujet. Hielm parvint, en effet, à en extraire un métal particulier qu'ilnommawo/yôdéne ou régule de molybdène (5).
La dissertation sur l'acide du molybdène fut, l'année suivante (i779), suivie d'une autre Sur la plombagine (6), substance ainsi
{i)De arsenico jusque acido; Acta Acad. rog. Suce, aniû 1775. Opuscul., etc., vol. II, p. 28-66.
(2) Voy. plus haut, t. I, p. 483.
(3) De pigmento viridi novo ; Acla Acad. reg. Suec, aniii 1778.
(4) De molyhdxna; Acta Acad. reg. Suce, anni 1778. — Opuscula chcmica, vol. I, p. 200-213.
(5)Le nom de molybdène vient de (ioXv66aiva, nom que les Grecs donnaient à des minerais de plomb, et parliculièrcment à la galène. Hielm obtenait le molybdène métallique en formant une pâte avec Tacide molybdique et de Phuile de lin, et en la chaaft'ant dans un creuset à un feu très-Tif.
(6) De plumbagine ; AcUi Acad. reg. Suec. anni i779, p. 214-222. Opuscula chemica, vol. I, p. 214-222.