‹ Histoire de la chimieChapitre 2 sur 36 · SECTION PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SECTION PREMIÈRE

Aperça général da] seizième ■lècle.

Les guerres de religion sont le centre aatour duquel gravite toute l'histoire du seizième siècle.

L'Église avait depuis longtemps reconnu la nécessité d'une réforme^ et le concile de Constance Tavait lui-même proclamée solennellement ; mais cette réforme ne devait porter que sur la discipline. Plus hardis, Luther et Calvin portèrent la main sur le dogme ; profitant de quelques fautes commises par des subalternes, ils en accusèrent toute la papauté. Au lieu de travailler, selon l'esprit de l'Évangile, à la fraternité des hommes*, its allumèrent le feu de la discorde et sapèrent les fondements de l'unité chrétienne.

Luther et ses disciples auraient, comme tant d'autres, échoué dans leur entreprise, si des princes puissants ne s'en étaient pas constitués les champions. Dès lors la lutte, qui n'avait encore éclaté qu'en paroles, se traduisit en actes sanglants. Deux partis se trouvaient en présence : les catholiques et les protestants. Les ducs et électeurs de Saxe, de Brandebourg, du Palatinat, prennent la défense du protestantisme, moins par conviction que parce que le clergé catholique était riche , beaucoup trop riche, et qu'il y avait là un opulent héritage à recueillir. C'est ainsi que tôt ou tard les hommes sont punis par où ils ont péché. Tout se liquide ou s'expie.

Entre les mains des princes, la religion ne fut presque jamais, chose triste à confesser, qu'un instrument de politique ou de domination. François P% le protecteur et le restaurateur des arts et des lettres, encourageait secrètement les protestants d'Allé^

tItSt. t>Ë LA CHIMIC. «» T. If. i

magne 9 faisait des Turcs ses alliés, pendant qu'il faisait, en France, brûler les huguenots. Henri II, Catherine de Médicis, Henri m, exclusivement guidés par des vues politiques, inclinaient ostensiblement tantôt du côté des catholiques, tantôt du côté des sectateurs de Calvin. Henri IV rentra dans le giron de l'Église, estimant que Paris vaut bien une messe. La conduite des princes allemands , et particulièrement celle de Maurice de Saxe à Tégard de l'empereur Charles-Quint, montre que la religion n'était pas non plus pour eux une affaire de conscience. Henri VIE, roi d'Angleterre, en dépit de son titre de défenseur de la foi, décerné par le pape, fut Ini-môme, pour des motifs honteux, l'auteur d'un schisme nouveau , et sema les dissensions civiles et religieuses qui firent de la Grande-Bretagne le théâtre de scènes sanglantes.

Pendant que la France, l'Allemagne, l'Angleterre, s'entre-déchiraicnt au nom d'une religion dont le premier précepte est l'amour du prochain, l'Espagne marchait rapidement dans la voie de la décadence. Le despotisme du sombre et fanatique Philippe U provoqua le soulèvement des Pays-Bas. L'indépendance proclamée par . les Provinces-Unies, que le successeur de Philippe II Jfut forcé à reconnaître, por^a le coup de grâce à la monarchie espagnole, qui perdait au dehors souascendant moral, tandis qu'au dedan$ l'iaquisitioa fomentait la hjaine des citoyens. La résistance opiniâtre que les Hollandais opposèrent aux volontés d'un roi de droit divin établissait un précédei^t qui ne devait pas être perdu. . ,

Le charme qui jusqu'alors avait fasciné les peuples assujettis était rompu. L'union de l'autei et de la royauté, qui avait été considérée comme une arche d'alliance, tomba tout à coup d.âns le domaine cle la discussion publique. Un obscur moine luttant corps à corps avec la papauté, et des marchands roturiers chassant de leur pay^ un monarque de droit divin dans les États du^ quel le soleil ne se couchait jamais, c'était là vm spectacle qui donnait à réfléchir au monde. Dès ce moment le moyen âge était fini, une nouvelle ère avait commencé..

Le droit du libre examen et la liberté de conscience ouvraient un. champ illimité à la raispn et à l'expérience. Les. sciences ne tardèrent pas à profiter de l'évolution qui venait de s'opérer dans la pensée de l'homme.

Les philosophes cessèrent de jurer par Aristote. P. la Ramée,

Montaigne, J. Bruno. J. Cardan, Télésio, le précurseur de Bacon, minèrent par diverses voies l'échafaudage de l'autorité traditionnelle. Paracelse tonne, dans le rude langage d'un réformateur, contre les hippocratistes et les galénistes ; Bernard Palissy déclare , avec la franchise d'un puritain , qu'il faut avoir perdu l'esprit pour ne pas mettre le livre de la nature au-dessus des livres des anciens. Ropernik, appliquant le droit du Ittire examen à l'étude des astres, soutient, contrairement aux principes de la science régnante , que la terre tourne avec toutes les planètes autour du soleil. Enfin le chancelier Bacon, saisissant^ avec l'esprit du vrai philosophe , toute l'importance de la révolution qui venait d'éclater dans toutes les directions de l'esprit humain, essaya de reconstruire, à l'aide de la méthode expérimentale;, tout l'édifice des connaissances humaines.

MoaTement général cle la BcleBee aa seizième Biècle.

L'idée d'opposer l'usage de la raison à l'autorité traditionnelle, l'expérience à la spéculation, s'était déjà, à diverses reprises, manifestée dans les siècles précédents; mais à chaque manifestation elle avait été tout aussitôt réprimée. Maintenant son règne élait venu.

A la tête du mouvement, qui devait imprimer une direction nouvelle à la science chimique, se placent Paracelse, Georges Agricola et Bernard Palissy.

Paracelse, violent et emporté, est le chef de l'école chémiatrique, dont le mérite principal est d'avoir détourné les médecins de la route battue des anciens , et de leur avoir fait comprendre la nécessité de l'élude de la chimie des êtres vivants , et de la chimie appliquée à la médecine (chémiatrie).

Georges Agricola, plus modeste , et surtout plus familiarisé avec l'antiquité que. Paracelse , fonda, avec des éléments épars, tout le système de la métallurgie , partie fondamentale de la chimie. C'est le chef de la chimie métallurgique.

Bernard Palissy, tenant tout à la fois de Paracelse par sa franchise et sa persévérance , et d'Agricola par la solidité de son

savoir, est le réprésentant de la chimie technique^ de la science

appliquée à Tagri culture, aux arts du potier, du vitrier, de Témailleur, etc.

Ualchimie, dont Tautorité allait en déclinant, devait ellemême éprouver Tinfluence de la révolution générale qui s'était opérée dans Tordre intellectuel.

La chémiatriey la métallurgie^ la chimie technique et V alchimie sont autant de cadres qui résument parfaitement le mouvement de la science au seizième siècle , cadres que nous allons essayer de remplir.

CHÉMIATRIE.

ParacelBe.

Il serait difficile de réunir les écrits de Paracelse en un corps de doctrines. Des idées sans suite, des phrases souvent incohérentes, défient l'attention du lecteur le plus exercé.

Figurez-vous un homme qui, dans certains moments, fait preuve d'une sagacité rare, et qui, dans d'autres, radote le plus pitoyablement du monde; un homme qui anathématise l'esprit de système, en proclamant la nécessité de la méthode expérimentale, et qui, un instant après , semble causer avec des démons et croire à leur toute-puissance ; enfin , vous diriez un homme qui, â jeun le matin et ivre le soir, enregistrerait exactement tout ce qui lui passerait par la tête. Tel est Paracelse , qui s'appelait lui-même Aurelius Philippus Theophrastm Paracelstis Bombastus ab Hohenheim.

Mais peut-être a-t-on étiqueté du nom d'un même personnage des écrits émanant de sources très-différentes. C'est là uue conjecture que nous livrons aux recherches des érudits.

Quoi qu'il en soit, personne ne songe à contester l'influence Aq Paracelse (nom latinisé de Hohenheim) sur son siècle. Celte influence a été immense. Pourquoi? comment? Est-ce parce qu'il amalgamait la médecine et la chimie avec les doctrines de la kabbale ? Mais d'autres, plus savants que lui, l'avaient déjà fait. Est-ce parce qu'il était en quelque sorte le représentant des alchimistes? Mais c'est au moyen âge, et non pas au seizième siècle , qu'il faudrait chercher ce représentant ; car à partir de répoque de Paracelse l'alchimie allait en s'éclipsant, et la vraie

chimie commençait à paraître. Ce serait donc,une action rétrograde au lieu de progressive qu'il aurait exercée. D'ailleurs les véritables alchimistes du seizième siècle ne reconnaissent en aucune manière Paracelse pour leur chef; ils n'en parlent môme pas : c'est comme s'il n'avait jaùiais existé pour eux.

Essayons de mettre en lumière le secret de l'influence que cet homme exerça sur son siècle.

Et d'abord rappelons une fois pour toutes que c'est aux médecins et non pas aux alchimistes que Paracelse s'adressait presque exclusivement. Quant à ses écrits sur l'alchimie, ils ne renferment presque rien qui n'ait été dit et mille fois répété par les théosophes alexandrins, parles Arabes^ par Albert le Grand, R. Bacon, R. Lulle, etc.

Or, en s'adressant aux médecins, il leur dit, sur le rude ton d'un réformateur :

«Vous qui, après avoir étudié Hippocrate, Galien, Avicènne, croyez tout savoir, vous ne savez encore rien ; vous voulez prescrire des médicaments, et vous ignorez l'art de les préparer ! La chimie nous donne la solution de tous les problèmes de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique ; en dehors de la chimie, vous tâtonnerez dans les ténèbres. »

Voilà le thème de Paracelse; c'est là son idée fixe. Comme professeur et comme écrivain, il y revient sans cesse et avec la même insistance. Ses théories peuvent varier, ses observations se contredire; une seule pensée ne varie point, la guerre à outrance déclarée à ces « docteurs en gants blancs, qui Craignent de se salir les doigts dans un laboratoire de chimie ».

En s'attaquant aux dogmatistes,* Paracelse sentait qu'il s'était attaqué aux plus rétifs des mortels. Aussi se montre-t-il violent, passionné, excessif dans ses paroles; il frappe d'estoc et de taille ceux qui dédaignent la chimie et les médicaments qu'elle fournit.

« Vous, médecins, dit-il , de Paris , de Montpellier, d'Italie , Grecs, Sar mates, Arabes, Israélites, vous devriez tous me suivre comme votre chef; ce n'est pas à moi de vous suivre : si vous ne vous ralliez pas franchement sous ma bannière, vous ne serez pas même dignes qu'unchien lève contre vous sa patte de derrière (1).

(1) Il y a dans le texte original une expression beaucoup plus énergique : An den nicht 4w ffunde seiçen werden^

Je^erai le chef d'une nouvelle monarchie. Que. pensez-vous de Gacophraste? Il vous faudra avaler cette m.... (i). »

Après s'être ainsi proclamé chef d'une nouvelle école, l'auteur continue en ces termes :

« Que faites-vous donc, physiciens et docteurs ? Vous ne voyez donc pas clair? Avez-vous des escarboucles à la place des yeux? Votre prince Galien est dans l'enfer ; et si vous saviez ce qu'il m'a écrit de ce lieu, vous feriez le signe de la croix avec une queue de renard. Votre Avicenne est à l'entrée du purgatoire; j'ai discuté avec lui sur l'or potable^ sur la teinture des physiciens, sur la quintessence, sur la pierre philosophale, sur. la thériaque. 0 hypocrites, qui ne voulez pas écouter la voix d'un médecin instruit dans les œuvres de Dieu ! Après ma mort, mes disciples découvriront vos impostures, ils feront connaître vos sales drogues, avec lesquelles vous avez empoisonné les princes et les seigneurs de la chrétienté (â). »

— a Parlez-moi plutôt des médecins spagiriques (chimistes). Ceux-là du moins ne sont pas paresseux comme les autres ; ils ne sont pas hahillés en beau velours, en soie ou en taffetas ; ils ne portent pas de bagues d'or aux doigts, ni de gants blancs. Les médecins spagiriques attendent avec patience , jour et nuit, le résultat de leurs travaux. Ils ne fréquentent pas les lieux publics ; ils passent leur temps dans le laboratoire. Ils portent des culottes de peau, avec un tablier de peau pour s'essuyer les mains. Us sont noirs et enfumés comme des forgerons et des charbonniers. Us parlent peu et ne vantent pas leurs médicaments, sachant bien que c'est à l'œuvre qu'on reconnaît l'ouvrier. Us travaillent sans cesse dans le feu, pour apprendre les différents degrés de l'art alchimique (3). »

Telles sont les pensées fondamentales qui animent Paracêlse : il les a manifestées dans plus de cent endroits de ses ouvages, et toujours avec la même énergie. Il avait entrepris une véritable croisade contre les médecins hippocratistes et galénistes.

Ne reprochez pas à Paracêlse la violence et l'incongruité de son langage : vous lui ôteriez son caractère distinctif. Il y avait

(1) Diesen Dreck must ihressen,

(2) Œuvres de Paracêlse, édit. (fuser, t. vi, p. 399.

(3) Ibid., t. VI, p. '323.

alors des*bommes bien plus savants que lui, mais ils n'avaient pas la même hardiesse.

Avec la modestie on peut se concilier l'estime de quelques hommes, mais on nje remue jamais les masses. Voyez tous ces réformateurs : leur savoir est en général peu profond, mais ils ont une éloquence naturelle , mordante , incisive , qui harcèle l'adversaire et le défie au combat avec une audace sans pareille. Il leur faut à tout prix des antagonistes ; s'ils n'en avaient pas, ils s'en créeraient d'imaginaires.

Luther, contemporain de Paracelse , était bien moins savant que son modeste ami Mélanchthon ; mais il avait l'audace d'un réformateur. C'est Luther qui a comparé la parole à un glaive, et la science à un fourreau. Il.laissa à son ami le fourreau ; et on sait comment il s'est servi du glaive.

Après avoir montré quel genre d'influence Paracelse exerça sur son siècle, jetons un coup d'œil sur sa vie et ses écrits.

Paracelse naquit en 1493 à Einsiedlen, dans le canton de Schwytz (i). Son père, Guillaume Bombast de Hohenheim, qui avait successivement exercé la médecine à Einsiedlen et àVilIach en Garinthie, fut son premier maître, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même (2). G'est de lui qu'il reçut les premières notions de médecine, d'alchimie et d'astrologie. Paracelse cite aussi comme ses maîtres l'abbé Tritheim de Sponheim, l'évêque Scheyt de Stettgach, et Erlach de Laventall. Gomme les étudiants d'alors, il mena une vie vagabonde, alla d'une école à l'autre ; et quand il manquait d'argent, ce qui lui arrivait souvent, il se mettait à dire la bonne aventure, il se faisait chiromancien et nécromancien. Il parcourut ainsi, dit-on, le Portugal. l'Espagne, laFrance, l'Italie, l'Allemagne, visita les mines de la Saxe, du Tyrol, de la Suède, et poussa ses pérégrinations , comme il l'insinue luimême, jusqu'en Egypte et en Tartarie. On raconte même qu'il accompagna le fils du khan des Tartares à Constantinople, pour apprendre le secret de la teinture de Trismégiste d'un Grec qui

(1) On n^est pas d'accord sur Pannée de la naissance de Paracelse. Selon quelques auteurs, il naquit en 1443. Yoy. Melcb. Adam, Vitx Germanorum medicorum qui sœculo superiori claruerunt ; Heidelb., 1620, in-8**.

(2) Testamentum Paracelsi, etc.; Chronka des Landes Kàrnthen, p. 248. D'après la C/ironigtie ( inédite ) de Saint-Gall, de Jean Kessler, le père de Para-

'"4) aurait porté le nom de Hœhener, et aurait été originaire de Gais (canton Dzell ).

habitait cette capitale. Cependant, à juger par les écrits qu'il nous alaissés, on serait tenté de croire qu'il n'a jamais quitté i'Alienaagne; car il se montre très-ignorant en géographie, et il ne connaît ni les langues ni les mœurs des pays qu'il prétend avoir vus.

Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il s'est livré pendant quelque temps, dans les mines (lu Tyrol , de la Bohême et de la Carinthie, à des travaux métallurgiques, sous la direction d'un Fugger.

Paracelse se vante de n'avoir pas ouvert un seul livre dans l'espace de dix ans, et que toute sa bibliothèque se composait de dix feuillets. Ses contemporains lui reprochaient de ne pas même savoir le latin, alors la langue favorite des savants. Aussi soutenaient-ils que le titre de docteur y que s'attribuait Paracelse, était usurpé; car personne ne pouvait obtenir ce grade sans savoir au moins le latin. L'inventaire dressé après sa mort constate qu'il laissa, pour tout trésor littéraire et scientifique, la Bible, la Concordance de la Bible, le Nouveau Testament, les Commentaires de saint Jérôme sur les Évangiles, un volume de médecine, et sept manuscrits.

Paracelse avait commencé sa réputation dès l'âge de trente ans, à l'occasion de quelques cures heureuses. Il était parvenu à guérir quelques cas de cancer, d'hydropisie , de podagre, etc., réputés incurables, et il assure lui-même avoir rétabli la santé à dix-huit princes, qui auraient péri entre les mains des «médecins galénistes ».

Le sénat de Bàle l'appela, en 1526, à remplir une chaire nouvellement créée de chirurgie et de physique (1), et non pas de chimie, comme on l'a dit. Paracelse faisait ses cours en allemand, au grand scandale des autres professeurs, qui tous faisaient les leurs en latin. A la première leçon, il fit apporter, au milieu de la salle , les œuvres d'Hippocrate, de Galien et d'Aviceane, en fit un bûcher et y mit le feu, en disant que son chapeau, sa barbe et ses souliers en savaient plus que tous les médecins de l'antiquité réunis.

Les démêlés qu'il eut avec quelques citoyens influents de la ville de Bâle le forcèrent à quitter sa chaire au bout d'un an. On raconte^ à cette occasion, qu'un chanoine^ Kornel deLichtenfels, lui avait promis deux cents florins de récompense s'il parvenait à le guérir de la goutte, contre laquelle tous les remèdes

(1) p. Ramaft, orat, de BasiUa, p. 170.

avaient échoué. Trois pilules d'opium enlevèrent aussitôt la douleur du mal, et Paracelse réclama la récompense promise. Le chanoine, jugeant d'après la quantité plutôt que d'après la qualité du remède, trouva que 200 florins étaient trop d'argent pour trois petites pilules, et refusa de payer. Le docteur eut recours aux tribunaux, qui réduisirent la somipe à six florins; ayant ainsi perdu soii procès, il lança des invectives contre les magistrats. Sur l'avis de quelques amis, il s'enfuit clandestinement de Bâle, pour se soustraire au châtiment qui l'y attendait.

A partir de ce moment Paracelse mena une vie très-aventureuse. On le trouve en Alsace en 1528, à Nuremberg en 1529, à Saint-Gall en 1531, à Pfeffersbad en 1535, à Augsbourgen 1536. 11 parcourut ensuite la Moravie, l'Autriche, la Hongrie ; il dédia, en 1537, à Villach sa Chronique à l'archevêque de Garinthie.

En 1540 on le trouve à Mindelheim, et l'année suivante à Salzbourg. C'est là qu'il mourut, le 24 septembre 1541, à l'âge de quarante-huit ans, dans l'hôpital de Saint-Ëtienne.

Professeur ambulant, il ne montait jamais en chaire sans être à moitié ivre, s'il faut en croire le témoignage d'Oporin, et passait des nuits entières dans des cabarets, en compagnie avec des paysans et des charretiers.

Ces reproches d'ivrognerie et d'inconduite, que quelques biographes ontinjustement admis comme fondés, ne reposent que sur des documents très-suspects d'injustice, tels que la Disputaiio de mededna nova Paracelsi deLieber (Bâle 1572) , ennemi déclaré de Paracelse, et la Viia Oporini, Oporin fut longtemps secrétaire de Paracelse; il avait quitté son patron par ressentiment, en l'accusant de lui avoir caché des secrets qu'il aurait dû lui révéler (1).

Paracelse ne laissa pas d'enfants. Suivant Thomas Éraste {Ik Paracelsi vita et, moribus), qui n'est pas son panégyriste, il avait été châtré par un.militaire, pendant qu'il gardait les oies en Garinthie.

Écrits de Paracelse.

le est le chef des médecins-chimistes du xvi* siècle, ras complètes n'ont été publiées qu'après sa mort. Ce

ir plus de détails , B. Lessing , Leben Paracelsus , Berlin , 1839, iVûrdigung des Theophrastus von Hohenheim ;Gœiiittg\ie, 1842, I Sur la vie et les écrits de Paracelse.

TROISIÈME ÉPOQUE. Il

fut à l^instigation de rarchevéque de Cologne que Jean Huser se mit à recueillir, à grands frais , les manuscrits de Paracelse , dispersés dans tous les pays de l'Europe , et les fît imprimer sous le patronage du prince-électeur. Ces écrits sont loin de former un corps de doctrine. C'est une réunion de traités de médecine et d'alchimie , dont le texte est souvent incomplet et tronqué. Beaucoup de ces traités sont supposés, surtout ceux qui sont écrits en latin ; car Paracelse a composé tous ses ouvrages en allemand , dialecte suisse dur et désagréable , mêlé d'idiotismes difficiles à comprendre. On doit aussi se tenir en garde contre les interpolations nombreuses dont ils portent des traces évidentes.

Valentin de Retiis n'estime pas à moins de trois cent soixantequatre le nombre des écrits de Paracelse, dont plusieurs ont été traduits dans les principales langues de l'Europe. Michel Toxites de Haguenau, et Gerhard Dom, se sont surtout attachés à populariser les écrits de leur maître. Le premier a publié un Onomasticum medicum verhorum Paracelsi, Strasb.^ 1754, ê«-8°; et le dernier, un Diciionarium Theophrasti ParacelsU On lui doit aussi une traduction latine de divers traités de Paracelse (1).

Il serait inutile d'énumérer ici tous les ouvrages de Paracelse sur la chimie et la médecine. Ceux qui en voudraient connaître les titres n'auront qu'à consulter l'édition allemande de Huser, ou l'édition latine dePitiscus des Œuvres de Paracelse, à la table des matières (2).

La première édition, qui est la plus complète, a pour titre :

Bmher und Schriften des edlen, hochgelehrten, und bewehrten philosophi mediciy Philippi Theophrasti Bombast von Hohenheim Paracelsi genannt ; jetzt aufs neu aus den Originalien und Théophrasti eigener Handschrift, soviel dieselben zubekommen gewesen, au/s trefflichst undfleisigstanTag gegeben, durch Joannem Huse- RUM Brisgoium. (Écrits du noble et savant philosophe médecin Philippe Théophraste Bombast de Hohenheim, dit Paracelse , publiés d'après les manuscrits originaux, etc., par Jean Huser, etc.) — Bâle, d589, dix volumes in-4°.

C'est cette édition, d'ailleurs assez rare , que nous avons sous

(1) Opéra nonnulla ex germ, in lat, tramlat, ; Bâle, 8, 1570.

(2) On troave dans Fr. Gmelin ( Gesckichie der Chemie , t. i, p. 240 ) le catalogue de ces traités , avec la date de leur publication.

les yeux. L'édition latine, qui n'est qu'une traduction de l'édition originale allemande, est, au contraire , assez commune; mais elle est beaucoup moins estimée ; elle a pour titre : AureHtPhilippi Theophr. Paracelsi Bombast ah Hohenheim, medici et philosophi celeberrinU, chemicorumqueprincipis^ opéra omnia ; Genevœ, 1658, 2 vol. in-fol.

Un mérite que môme ses plus violents détracteurs ne sauraient contester à Paracelse, c'est cette grande indépendance d'esprit dont il fait preuve dans ses écrits. L'autorité du passé ne l'enchaîne point; il dit franchement sa manière de penser et devoir.

Voici une analyse succincte de la partie chimique de ses ouvrages.

Air.

Les idées que Paracelse a émises sur l'air ne diffèrent pas beaucoup de celles des philosophes anciens.

« S'il n'y avait pas d'air, dit-il , tous les êtres vivants mourraient asphyxiés (1).

«Si le bois brûle^ c'est l'air qui en est la cause. S'il n'y avait pas d'air, le bois et le feu ne brûleraient pas (2). »

Paracelse n'ignorait point quel'étain augmente de poids quand, on le calcine, et que cette augmentation est due à une portion de l'air qui s'est fixé sur le métal (3).

L'effervescence qui se manifeste lorsqu'on met de l'eau et de l'huile de vitriol (acide sulfurique) en contact avec un métal, tel que le fer, n'avait pas échappé à cet esprit observateur. Il savait que dans cette opération il se dégage un air « pareil à un vent » {Luft erhebl sich und bricht herfûr gleich voie eln Wind) , et que cet air se sépare de l'eau dont il est un élément (4).

Comme tant d'autres, Paracelse avait entrevu la vérité, sans s'y arrêter. Cet air, qui se dégage dans les conditions indiquées^ est en effet un élément de l'eau décomposée : c'est le gaz hydrogène. Mais le moment de sa découverte n'était pas venu. Plus de deux siècles devaient se passer encore.

(1) Schriften Paracelsi, edit. Huser, 1. 1, p. 14.

(2) Ibid., t. lY, p. 151 : So der Luft nit weri, sie ( ffolz und Fewer)brûn'

s 16 : Undist zu merken dass der aer im stanno das coT' rehidox,, p. 12. x

Pâracelse revient souvent sur la question de l'air, comme s'il en sentait toute Timportance. « L'homme meurt, dit-il, comme le feu quand il est privé d'air (1). »

Métaux.

L'auteur établit que les métaux se composent de trois éléments, savoir : Vesprit, Vâme et le corps; en d'autres termes^ le mercure, le soufre et le sel (2).

La rouille est selon lui la mort du métal. « Le safran de Mars (peroxyde de fer) est, dit-il, du fer mort; le vert-de-gris est du cuivre mort; le mercure rouge et calciné est du mercure mort, etc. (3). » Il ajoute que le cuivre calciné (oxydé ) dans un four est noir, et qu'étant exposé à l'air, il reprend sa couleur verte ordinaire (4).

Nous'savons aujourd'hui que l'oxyde de cuivre parfaitement sec (anhydre) est en effet noir, tandis que l'oxyde contenant de l'eau (hydraté) est de couleur verte.

« Les métaux morts, les chatix des métaux ( c'est ainsi qu'on appelait les oxydes ) peuvent être revivifiés ou réduits à l'élat . de métaux par la suie (charbon). » — Pâracelse se sert ici, n'oublions pas de le noter, le premier du mot réduire {reduziren)^ qui est aujourd'hui le terme généralement adopté.

Mercure. — Précipité rouge (peroxyde de mçrcure). — Pour le préparer, l'auteur dissout le mercure dans de l'eau régale, et calcine le précipité «jusqu'à ce qu'il se manifeste avec sa belle couleur rouge (5).'»

C'était là^ avec de légères modifications, leprocédéde6eber(6). (c Le précipité rouge est, ajoute Pâracelse^ un spécifique contre la maladie vénérienne {morbus gallicus). » — On voit que l'emploi du mercure pour combattre la syphilis remonte d'une ma« nière certaine au moins à la première moitié du seizième siècle. Cinabre. — Le mode de préparation indiqué par l'auteur consiste à faire tomber du mercure en pluie fine ( pressé à tra-

(1) Schriften Paracelsi, t. ix, pag. 398.

(2) Ibid., t. VI, p. 265.

(3) Ibid., p. 284.

(4) Ibid., p. 286.

(5) Bis dirder PrxcipUàt an derschœnen rothen Farbe gefallt, Ibid., p. 28.

(6) Voy. plus haut, t. i, p. 340 de cet ouvrage.

vers une peau) sur du soufre en poudre , et à soumettre le mélange à la sublimation dans une cucurbite surmontée d'un aludel : le cinabre se sublime et s'attacbe aux parois de l'aludel, sous la forme d'une pierre sanguine {wie ein Blutstein) (1). — Ce procédé était déjà aus5i connu.

Sublimé blanc. — L'auteur le préparait en chauffant un mélange de vitriol, de sel et de mercure. « Ce sublimé est, ajoute-t-il, blanc comme de la neige , et présente l'aspect d'un cristal (2). »

Le produit ainsi obtenu était évidemment un chlorure de mercure, qui pouvait être tantôt le proto-chlorure (calomélas), tantôt le perchlorure (sublimé corrosif) , suivant les proportions des matières employées.

Zinc. — C'est Paracelse qui le premier a fait mention de ce métal sous le nom qu'il porte encore aujourd'hui. Mais' il n'en donne aucun détail suffisant pour le faire distinguer des autres métaux.

a On trouve , dit-il , en Carinthie le zinc {dos Zincken)^ qui est un singulier métal, plus étrange que les autres métaux (3). »

Dans un autre passage, il le compare au mercure et au bismuth (Wismuth) (4).

Bien qu'il sût que le laiton se fait avec du u cuivre et de la cadmie » , il paraissait ignorer que le zinc se retire de la cadmie ou de la calamine , et que ce métal s'allie directement avec le cuivre pour former le laiton.

Cuivre. — a On fait, dit l'auteur, avec le cuivre cémenté, et avec la tutie ou la cadmie, un beau laiton rouge (Messing]y qui ressemble à l'or (5). »

Un peu plus loin, il décrit nettement le départ de l'argent et de l'or au moyen de l'eau-forte.

«Pour séparer, dit-il, les métaux à l'aide de l'eau forte ou d'autres eaux corrosives semblables [andere dergleichen corrosif vische Wasser)y vous procéderez de la manière suivante : Commencez par réduire l'alliage en petites parcelles , introduisez-le

(1) Œuvres de Paracelse, édit. Huser, t. Ti,pag. 288.

(2) Yoy. plus haut, t. i, p. 339. — Rappelous ici que l'acide sulfurique ou vitriol (sulfate de fer), réagissant sur le sel marin (chlorure de sodium), donne àt Pacide chlorhydrique, qui attaque le mercure et le transforme en chlorure.

tXi Œuvres de Paracelse, éd. Huser, t. ii, p. 121. l.y t. vui, p. 359.

> t. VI, p. 303.

eûsuite.dans une cornue, et versez-y de l'eau- forte ordinaire en quaptité suffisante. Laissez digérer jusqu'à ce que le tout se résolve en une eau limpide. Si c'est un alliage d'or et d'argent qu'on à aîùsi traité, l'argent seul se dissoudra, et l'or se déposera semblable à du gravier noir (gleich einem schwarsen Sand). C'est ainsi que les deux métaux:, l'or et l'argent, se trouvent séparés Fdn dé l'autre. Voulez-vous retirer l'argent de la liqueur sans ivôir reciours à la distillation? Plongez .dans la liqueur une lame de cuivre : l'argent se déposera comme du sable au fond du vase, pendant que la lame de cuivre sera attaquée et corrodée (i). »

Tel est l'exposé d'un procédé d'où devait un jour sortir la galvanoplastie.

Cobalt. — n n'est pas certain que'Paracelse ait compris sous ce nom ce que nous entendons aujourd'hui par cobalt. Il dit cependant que c'est un métal qui a la couleur du fer, qu'il est sans éclat, et qu'il ne se laisse guère travailler (2).

Arsenic. — La plupart des alchimistes connaissaient l'arsenic, mais aucun d'eux n'en avait indiqué d'nne manière précise les propriétés toxiques.

a L'arsenic , dit Paracelse, tire toutes ses propriétés de sa nature vénéneuse. C'est un poison qui surpasse en énergie tous les autres poisons (3). )>

À juger par les passages qui traitent de l'arsenic, l'auteur ne connaissait guère que le sulfure et l'acide arsénieux. La découverte de l'arsenic métallique était réservée à d'autres.

Paracelse croit à la possibilité dé la transmutation des métaux. Il admet que les metauxpeuvent.se transformer en pierres au sein de la terre. « Non-seulement ils s'y moisissent (schim" meln) et s'y rouillent , dit-il, mais ils se changent, à la longue, en véritables pierres. C'est ainsi que l'on trouve beaucoup de monnaies païennes qui, de métalliques qu'elles étaient, sont devenues pierreuses (4). »

Il pense que les minéraux se développent comme les plantes, et en cela il partage les idées de beaucoup d'alchimistes. Voici

(1) Soll du in solche Solution ein Kupfer Lameln werfen , aUbald wird iieh das Silber im Wasser senken , fallen oder niederschlagen , und die Kupfer Lameln anheben zu verzehren. '

(2) Œuvres de Paracelse, édit. Hiiser, t. viti, p. 359.

(3)Ibid., t. vn, p. 204.

W4) Ibid., t. VI, p. 392.

comment il s'exprime à cet égard : Soumis à l'influence des astres et du sol, l'arbre développe d'abord des boutons, puis des bourgeons, puis des fleurs , et enfin des fruits. Il en est de même des minéraux. Que l'alchimiste songe bien à tout cela ; car c'est là qu'il trouvera le trésor des trésors (1). »

« L'alchimiste, dit-il ailleurs, opère comme le boulanger qui change la farine et la pâte en pain. La nature fournit la matière brute, l'étofte première.; c'est à l'alchfmisfe de la façonner comme il l'entend (2). »

Ceci est sage et raisonnable. Mais les alchimistes né s'en sont pas toujours tenus là.

Dans d'autres passages, Paracelse admet toutes les traditions de la magie^ de la kabbale et de l'astrologie ; en les transportant dans la médecine et la chimie, il en exagère la valeur. La magie était^ selon lui, le point culminant de toutes les sciences. Il conçut la pensée de créer, au moyen de la magie combinée avec l'alchimie, des êtres animés , des homuncules {homunculi). — Paracelse se faisait ici une singulière idée de la puissance humaine (3).

« La mesure de notre sagesse , dans ce monde, est, dit-il, de vivre comme les anges dans le ciel ; car nous sommes des anges* Or il s'agit de savoir ce que peuvent les anges. Us peuvent tout; car c'est en eux qu'habite toute la sagesse de Dieu , toute la science de Dieu. Les anges possèdent donc toutes les connaissances de Dieu. Ils sont purs et innocents dans le ciel comme sur la terre; ils ne dorment jamais, ils n'ont donc pas besoin d'être réveillés. L'homme dort parce qu'il est corporel. Aussi faut-il l'exciter et le réveiller pour la science des anges, c'est-à-dire pour la science et la sagesse de Dieu. Les sciences de Dieu sont : la médecine, la géomancie, l'astronomie, la pyromancie, la chiromancie, la magie, la malédiction , la bénédiction^ la nécromancie , l'alcbimre , la transmutation , la réduction, la fixation et la teinture. Toutes ces sciences se trouvent dans la nature. Les anges sont des médecins. Ils peuvent voler^ marcher sur les eaux , traverser les mers , se rendre invisibles , guérir toutes les

(1) Œuvres de Paracelse, t. vi, p. 397. (2)Ibid., t. i,p.5l.

(3) Voy. le Précis de V Histoire de la Chimie (p. xxiij), qui précède nos Ê\k^ nts de Chimie minérale; Paris , 1841, in-S".

maladies, ensorceler, etc. Si les anges ont toutes ces facultés, il est nécessaire que ces facultés existent également dans les plantes, dans les semences, dans les racines, dans les pierres, dans les graines. C'est donc là qu'il faudra les chercher. Les anges les possèdent renfermées en eux-mêmes. L'homme ne les rencontre que hors de lui, dans la nature : c'est là qu'il doit se les approprier. »

Ces idées , très-habilement exposées , trouvèrent des partisans nombreux. Pour beaucoup de ses contemporains Paracelse était un véritable thaumaturge.

Ses idées cosmologiques ne sont pas moins curieuses. L'auteur compare le globe terrestre, enveloppé de l'air, au jaune d'œuf nageant au milieu du blanc (1). 11 le compare encore à une graine de melon plongée dans un liquide mucilagineux.

Chimie organique, — Les applications de la chimie à la physiologie, à la pathologie et à la thérapeutique, voilà le véritable terrain de Paracelse. Ses idées sur la vie et la composition matérielle de l'homme sont fort remarquables; elles eurent beaucoup de retentissement.

a La vie est, dit-il, un esprit qui dévore le corps. Toute transmutation se fait par l'intermédiaire de la vie. La digestion n'est antre chose qu'une dissolution des aliments {Essen istnichts anders als eine AufkBsung).

« L'homme est une vapeur condensée ; il retournera en vapeur d'où il est sorti (2). n

La putréfaction est une transmutation. « Elle consume, ditil, les corps et les change en substances nouvelles ; elle produit des fruits nouveaux. Tout ce qui est vivant meurt , et tout ce qui meurt renaît. x>

On ignore ce que Paracelse a voulu dire par Alchahesty qui est évidemment le mot allemand a%e^^ (tout esprit). A coup sûr, ce n'est pas le gaz acide carbonique, comme on l'a pensé. C'était, comme l'auteur nous l'apprend lui-même, un liquide (liquor al^ chahest) doué d'un grand pouvoir dissolvant, préconisé contre les maladies du foie (3). —Serait-ce l'eau régale?

Les éléments du corps humain sont, suivant Paracelse, le

(1) Wie der Vitellus ovi in seinem Clar, also schwebt die Erde in dieser £tt/Mbid., t. Vin, p. 61. — On voit, d'après cette comparaison, que Paracelse ad- Biettait rcxistence d'un fluide matériel, occupant les espaces interplanétaires.

(2) Œuvres de Paracelse, éd. Huser, t. VIII, pag. 45. (3)lbld.,t. ni, p. 7.

H18T. DE Li CHIMIE. ^ T. II. 2

ff

soufre, le sel et le mercure. Les propriétés de ces éléments se manifestent dans diverses parties de l'économie ; le soufre est rouge dans le sang, le sel est vert dans la bile , et le mercpre pesant dans les chairs. Il y a un sel sidéral (produit par l'influence des astres), qui n'est accessible qu'aux sens les plus exercés, et qui forme le résidu de l'incinération; il y a aussi un soufre sidéral^ base de l'accroissement et de la combustion des corps; enfin il y a un mercure sidéral, fondement des liquides et des parties volatiles. Les fonctions organiques de la vie sont les mouvements de la volonté d'un Arché^ que le chimiste devrait prendre pour modèle dans toutes ses opérations. Cet Arche opère la digestion , il sépare les matières destinées à être rejetées, et assimile celles qui doivent se transformer en sang, en muscles, etc. 11 réside non-seulement dans l'estomac, mais dans toutes les parties du corps, dont chacune est comparable à un estomac.

La pathologie chimique de Paracelse, où l'astrologie occupé une large place, relève des mêmes doctrines. Ainsi, les maladies, surtout épidémiques, sont, au dire de l'auteur, engendrées par des astres dont l'influence infecte ou empoisonne l'air. L'arsenic agit sur le sang , le mercure sur la tète, et le sel sur les os et les vaisseaux. Les fièvres, putrides doivent leur origine à des substances excrémentitielles qui, au lieu d'être éliminées, sont retenues dans l'économie. Le nez sécrète le soufre, les pores sécrètent le mercure , et les oreilles l'arsenic.

Toute la chémiatrie ou thérapeutique chimique de ï^aracelse se réduit à la proposition suivante : V homme est un composé chimique ; les maladies ont pour cause une altération quelconque de ce composé; il faut donc des médicaments chimiques pour combattre les maladies, — Cette proposition était, pour Paracelse et ses disciples, un véritable axiome.

Les substances , qu'il supposait jouer un rôle important dans ; l'économie animale , sont aussi celles qui sont le plus souvent employées par lui comme médicaments. I^e mercure, le soufre, l'antimoine, l'arsenic , occupent ici le premier rang. Viennent ensuite l'opium, la teinture d'aloès {élixir de propriété), l'esprit de vitriol, la rouille de fer, le vitriol et l'alun : ils étaient administrés à de très-hautes doses (i). Extraire des végétaux et des miné-

(l)L'aliin et le vitriol, qui avaient été jusqu'alors souvent confondus Tun avec Tautre, sont fort bien distingués par Paracelse : il démontre anajyliquennent que

TROISIÈME ÉrOQUE. 19

raux, à l'aide de la chimie, les parties les plus actives, et bannir de la matière médicale ces mélanges informes de drogues diverses, ces tisanes d'herbes et de bois qui encombraient les pharmacopées anciennes , faire sentir aux médecins la nécessité d'étudier la chimie, tel était Iç principal but des travaux de Paracelse et de ses disciples.

Disciples de Paraeelse.

Un homme comme Paracelse devait passionner les esprits dans deux sens opposés. Et, en effet, il eut à la fois des amis enthousiastes et des ennemis implacables.

Parmi ses amis et disciples, on remarque, en première ligne, Léonard Thurneisser.

Ce personnage, assez peu connu, mérite que nous nous y arrêtions un instant. ^

Thurneisser naquit à Bâle en 1530. Son père, qui était orfèvre, le mit chez un médecin pour lui faire apprendre à connaître les plantes. A l'âge de dix-sept ans, il épousa une veuve qui, par ses goûts de dépense , lui fit contracter des dettes. Pour se tirer d'embarras, il eut recours à des moyens illicites : il vendit un jour à un juif, pour de l'or pur, un lingot de plomb doré. Pour prévenir le scandale d'un procès, il dut sacrifier le peu de patrimoine qui lui restait. Réduit à la mendicité et abreuvé de chagrins par Tinconduite de sa femme, il quitta Bâle , et vint, à l'âge de dix-huit ans, chercher fortune d'abord en Angleterre , puis en France. Déçu dans son espérance , il s'engagea, en 1552, dans les troupes du margrave Albrecht de Brandebourg, et prit part à la bataille de Sieversbausen où il devint prisonnier. Après avoir recouvré sa liberté, il renonça au service militaire et se mit à travailler dans les principales mines de l'Allemagne et du Tyrol. En 1555, nous le retrouvons à Constance employé chez un orfévrç dont il épousa la fille, après avoir divorcé avec sa première femme. Trois ans plus tard, il s'établit à Tarenz, village de la vallée de l'Inn, où il fit élever

Valun contient un corps terreux {alumine)^ tandis que le vitriol (sulfate) renferme unmétal (fer ou cuivre).

des forges et des fonderies qui .acquirent bientôt une grande réputation. Cardan et Paul Verger, évoque d'Istrie, allèrent les visiter. Le nom de Thurneisser parvint aux oreilles de Tempereur Ferdinand, qui lui accorda, comme une faveur particulière, de disséquer une femme vivante : elle avait été condamnée à mourir par l'ouverture de toutes ses veines.

En 1560, nous voyons Thurneisser voyager en Ecosse et aux îles Orcâdes, en Espagne et en Portugal, par ordre de l'archiduc Ferdinand, qui aimait à protéger les arts et les sciences. Du Portugal il passa, dit-on, en Afrique, parcourut les côtes de la Barbarie, visita TÉlhiopie, l'Egypte, l'Arabie, la Syrie, la terre sainte et effectua son retour par l'île de Crète, la Grèce et l'Italie. Quoi qu'il en soit de ces voyages, qui ne paraissent pas tous authentiques, nous retrouvons Thurneisser, dès le mois d'août 1565, en Tyrol, occupé à rétablir ses affaires délabrées. Dès 1570, il adopta décidément la méthode de Paracelse en alliant la médecine avec la chimie. Prétendant avoir découvert un réactif propre à déceler les changements que subit le sang dans différentes espèces de maladies et à servir de guide dans les divers modes de traitements à suivre, il fut appelé à Munster pour y organiser une pharmacie chimico-iatrique et un laboratoire modèle. En août de la même année nous trouvons Thurneisser au service de l'évêque de Munster, qui accompagna jusqu'à Nimèguela princesse Elisabeth, fille de l'empereur Maximilienll, et fiancée de Charles IX, roi de France. L'année suivante, Thurneisser devint premier médecin de Jean-George, électeur de Brandebourg. Cette position ne fît qu'entretenir sa vanité : il ne se montrait en public que vêtu de magnifiques habits de velours et la poitrine ornée de longues chaînes d'or. Il se faisait passer pour un astrologue et était en • correspondance avec Nostradamus. Les richesses qu'il amassa en peu de temps furent attribuées par la plupart à la pierre philosophale qu'on lui supposait avoir trouvée. Elles provenaient en réalité de la vente de ses almanachs prophétiques, de quelques procédés chimiques, de ses nianuscrits, deses talismans, et surtout d'un certain nombre de cures heureuses, obtenues par l'inspection des urines.

Thurneisser paraissait à l'apogée de sa fortune, lorsqu'il fut tout à coup atteint du mal du pays, assez commun chez les Suisses. Vainement l'électeur cherchait-il à le retenir à sa cour. Thurneisser quitta Berlin en 1581, revint à Bâle, et y per-

TROISIÈBtE EPOQUE, 21

dit tout son avoir à la suite d'un procès. Poursuivi par ses créanciers et accusé de sorcellerie, il s'enfuit en Italie, habita Rome, revint, au bout de quelque temps, en Allemagne, et alla mourir, en 1596, dans un couvent, à Cologne. Il avait demandé dans son testament & être enterré à côté d'Albert le Grand (1).

On a lieu de s'étonner qu'une vie si agitée ait permis à Thumeisser de publier un aussi grand nombre d'ouvrages, sans compter les écrits qui sont encore inédits.

Parmi ses ouvrages parus, nous citerons , dans l'ordre chronologique de leur publication : Archidoxa ; Munster^ 1569, in-4**; ^ édit., 1575. Ce livre, écrit en allemand (dialecte suisse), traite principalement d'astrologie, de médecine et d'alchimie. On y trouve, entre autres, la description d'un procédé pour convertir le fer en acier à l'aide de la corne, de la suie et de l'urine, et le mgyen de faire avec l'étain le verre rubis, et avec l'argent la couleur d'outre-mer. — ÏIpoxatTélXYi^tç, sive Prxoccupatio (en allemand); Francf. sur l'Oder; 1571; c'est un système médical, fondé sur l'examen des urines. — Pison (en allemand); Francf. sur l'Oder, 1572 : il a pour objet les eaux minérales. — Onomasticon polyglossoUy tnulta pro medicis et chymicis corUinens; Berlin, 1574, in-4". — Quinta essenlia ; Leipzig, 1574 ( en allemand); c'est un traité de médecine et d'alchinlie. — Hutoriasivp, Descriptto plantarum omnium, tam domesticarum quant exoticamm , etc.; Berlin, J575, in-fol. — nx^So xal *Ep[xr,v6ia; Berlin, 1583, in-fol. Cet ouvrage , écrit en allemand, peut servir de commentaire aux œuvres de Paracelse. — Magna alchymia; Berlin, 1583, in-fol. On y apprend, entre autres, qu'un habitant du Tyrol, Hans vonder Zeyt, fabriquait, dès l'année 834, le sel ammoniac qu'on faisait venir de l'Orient. — Reise tmd Kriegs-Apotheken; ' Leipzig, 1602; recueil posthume de médicaments (magistères, élixirs, arcanes, etc. ). — Parmi les ouvrages, restés manuscrits, OQ remarque un Discours, en 20 livres y sur le movule et ses mystères étemels.

OswALD Croll était au moins aussi attaché aux idées de Paracelse que L. Thurneisser. Habile dans la préparation des médi-

(1) Nous a?ons extrait ces détails d'un ouvrage allemand, assez rare, de MfpJisen, Supplément à V histoire des sciences dans la marche de Brandebourg (Berlin et Leipzig, 1783, in-4^), p. 55 et suiv.

22 HISTOIRE DE LA GfllldIE.

cameats, il suivait trop aveuglément les préceptes du maître. 11 connaissait Tor fulminant, le sulfate de potasse ( tartarus vitrio» latus), et le chlorure d'argent {luna cornea), obtenu en précipitant une dissolution d'argent par du sel marin (i).

Parmi les autres disciples que Paracelse comptait en Allemagne, nous citerons :

G. DoRN (2), A. Ellingeb, professeur de la Faculté de médecine de Leipzig et d'Iéna (3); G, FEmiO {Phœdro) de Rhodach (4), B. Carrichter de Beckingen, médecin de Tempereur Maximilien n (5) ; F. Raïgus (6), Ad. de Badenstein, Michel Toxitbs.

Ces disciples zélés ne reculèrent devant aucun sacrifiée pour répandre les doctrines et les livres de leur maître.

En Danemark vivait, à la fin du seizième siècle, un des sectateurs les plus ardents dçs doctrines de Paracelse; il se nommait Pierre Séverin. Grand partisan des médicaments chimiques, il contribua par son autorité à populariser Tusage de Pantimoine dans le traitement des maladies internes. Voici, en deux mots, la théorie de Séverin.

a De même, dit-il, que l'antimoine purifie l'or et enlève aux minerais leurs impuretés, de même aussi il ôteau corps malade les immondices qui entravent le jeu des fonctions naturelles de l'économie (7). ))

Cette théorie fut une pomme de discorde, jetée au milieu de la tourbe des médecins. Elle découlait d'un principe, déjà établi par Paracelse, à savoir que le mercure, le soufre. Pan-

(1) Basilica chymica, etc. ; Francof., 1608, in-4°. — Cet ouvrage eut de nombreuses éditions. U a été traduit en français , en anglais et en allemand : La Royale ckémie de Crollius, trad. par Marcel de Bollene , Rouen , 1638 ; Crollius royal Chymistry^ Lonâon, 1670, in-fol.

(2) Claviitotius philosophiœ chymisHcœ, etc.; Lyon, Iô67,in*l2. •— Chy* misHcum artificium nat$w^ theoricum et pracHcum, etc.; Francf., 1568, in-8® — Philosàphiit chemiea, elc; Francf., 1569, in-S"*. — Lapis metaphysieus Bâle,in-8% 1569.

(3) Reise-apotheke (Pharmacie de voyage); Zerbst, 1602, in-8°. — Extraction der spiritualischen Krdfte aus Kràutern ( Extraclion des forces spiri-

1^. . tueuses des plantes) ; Wittenberg, 1609, in-4''.

(4) Praxis tnedico^hemica ; Francf., 1611, în-S*.

(5) Practica; Strasb., 1579, in-8^. — Harmoney, Sympathey und Antipathey der iCrâu/er ;.Nii|remb., I68e, in-8\

(6) Txact. de Pôda§À inadica-kiroica ; Francf., 1589, in-s*.

<7) Idea medicinaè ^pMIof^phicse fundamenta continens totius medicinae Paracelsicse^ etc. ; BAIe, 1 57 1 , in 4^ .

TROISIÈME £POQU£. 23

timoine, le sel, les esprits minéraux, sont, non-seulement les éléments du corps humain, mais encore les causés de tous les phénomènes qui s'y produisent.

Ce n'était pas la première fois que le corps de l'homme était assimilé à un laboratoire de chimie , dont la porte devait être, plus d'une fois^ fermée par autorité de justice. La môme assimilation s'est produite de nos jours.

Dans les Pays-Bas, la médecine chimique de Paracelse et de Séverin trouva un très-actif défenseur dans Joh. Michelitjs d'Anvers : il alla en répandre les doctrines en Angleterre, où Pavaient déjà précédé J. Hbster (1) et Thomas Muffetius (Moufet). Ce dernier fit l'apologie des médicaments chimiques dans un ouvrage qui a pour titre : De jureetprœstantia medicamentorum dialogus apologeticw (2). C'est une barbare et fastidieuse imitation des Colloguia d'Érasme.

En France^ on ne fit pas un accueil aussi favorable aux théories médico-chimiques de Paracelse et de Séverin. Jacques Grevin de Glermont, médecin de la duchesse de Savoie, est un de ceux qui s'élevèrent avec le plus d'ardeur contre l'usage pernicieux de l'antimoine (3). Enfin, les discussions pour et contre les préparations stibiées provoquèrent unarrêt du parlement, rendu en 1566, qui défendait à tous les médecins de Paris de prescrire ce médicament, sous peine de perdre le droit d'exercer leur état (4).

Ant. Fenot s'opposa, par d'excellentes raisons, à l'abus des préparations d'or (5).

Cependant quelques médicaments chimiques trouvèrent de nombreux apologistes. Nous citerons , entre autres, J. Gohory, plus connu sous le nom de Léo. SuAvius; Guill. Arago de Toulouse, qui préconisait les vertus des préparations mercurielles (6) ; AuBRY ( Alberius) (7), et Roch de Baillif.

(1) Compendium secretorum rationalium; Lond., 1582, in-8**. — Pearle of praetice , or pearle for physic and chirurgerie ; Lond., 1592, in- 8*.

(2) Accedunt etiam epistolx quxdam médicinales; Francf., 1584, in-12.

(3) Discours sur les facultés de Vantimoine^ contre Louis de Launay ; Pa. ris, 1567, in- 8*.

(4) P. Masson, Éloges , t. ii. Éloge de Simon Piètre.

(5) Alexipharmacum ad virulentiam Joh, Quercetanif etc. ; BAIe, 1570, in 8®.

(6) De natura et virihus hydrargyri epistola ad Paulum Jovium; Bâie, 1710, in-8°.

(7) Deconcordia medicorum disputatio exoterica : Berne, 1585, in-8''.

Roch le Baillif, de Falaise, en Normandie, était médecin de Henri IV. Il dit, dans son Demosterion, qu'il tenait cachés entre deux murailles plus de trois cents volumes contenant des observations à l'appui des préceptes de Paracelse. Le Demosterion (Rennes, 1578, in-4°) contient : i*" Aphorismes extraits en partie des sentences de Paracelse, et en partie d'expérience et raison ; 2* Briève division de magie, ou Traité des conjurations; y Petit dictionnaire d^ alchimie; 4"* Chiromancie; 5^ De V antiquité et singularités de Bretagne armorique.

La médecine chimique eut aussi ses martyrs. G. Bernard Pe- NOT, de Sainte-Marie, en Guienne, avait employé toute sa fortune, qui était considérable, à répandre les idées de Paracelse, et à chercher lui-même une panacée. Il fut réduit, par son obstination, à la dernière misère, et mourut, rongé de vermine^ dans un hôpital de l'étranger, à Yverdun en Suisse. Nous avons de lui quelques traités d'un médiocre intérêt (1).

Joseph DuGHESNE, plus connu sous le nom latinisé de Querge- TANus, natif d'Armagnac en Gascogne, n'eut pas le même sort que son compatriote Penot. Les médicaments chimiques devinrent pour lui une mine d'or. Il séjourna longtemps en Allemagne ; et, après son retour, il fut attaché , comme médecin , à la cour de Henri lY. Son orgueil lui attira beaucoup d'ennemis.

Ses ouvrages sont assez nombreux, et la plupart ne manquent pas d*intérêt. Partisan des médicaments énergiques , qu'il retirait , par voie chimique , des végétaux ou des minéraux. Duchesne (Quercetan) en décrit exactement la préparation et l'action. Dans son traité De ortu et causis metallorum, etc. (2), il parle longuement du laudanum, nom qu'il fait dériver de laudando (remède à louer). U le préparait en faisant infuser de l'opium dans du vin^ avec de l'ambre, de l'huile de cannelle, des clous de girofle et des noix de muscade.

II donnait également le nom de laudanum ou de népenthès à

(1) Ces traités ont pour titre : Libellw de denario medico,eUi, ; Berne, 1608, in-8^ — Quœstiones et responsiones philosophicap , dans le Theat, chern,, t. II. — Regulx sive canones philosophici, Ibiii. — Exiractio mercurii ex auro, Ibid. — Dialogus de arte chemica, Ibid, — Abditorum chymicorum tractatus rani; Francf., 1595, iu-8°. — Apologia contra los. Michelium, etc.; Çrancf., 1606, in 8^

(2) Ad Jacobi Auberti Vendonis brevis responsio ; Lyon> 1575, in-s. Dans le TheaU\ chem.f t. u.

des préparations médicinales dans lesquelles n'entrait point d'o* pium. Tel est le népenthès avec lequel il assure avoir obtenu des guérisons extraordinaires : c'était un mélange d'extraits de racines d'angélique, de torm'entille , de zédoaire , de clous de girofle , de fleurs de pivoine, et de gui de chêne (1).

Déjà du temps de Henri IV, les médecins français discutaient pour et contre l'emploi du mercure dans le traitement de la syphilis. Duchesne se déclara ouvertement en faveur du mercure : il le croyait souverain dans les cas de maladie rebelles et invétérés (2).

Duchesne fait, un des premiers, mention ûu gluten^ qu'il prépa* rait, ainsi qu'on le fait encore aujourd'hui, en malaxant de la pâte de farine non fermentée sous un filet d'eau; il soutient même que cette substance glutineuse, tensice {substantia tenax, cerea^ prarsus glulinosa)^ se détruit en partie par la fermentation (3).

Un des passages les plus remarquables de son traité de Ma-tière médicale est celui qui a pour objet la composition du nitre. (( Le nitre contient, dit-il, un esprit qui est de la nature de l'air, et qui, loin d'entretenir la flamme, l'éteint plutôt (4). i>

Quelque brève que soit cette indication, il est impossible de ne pas y reconnaître Yazote^ ce gaz irrespirable qui entre dans la composition de l'acide nitrique et de l'air. Mais, comme Duchesne ne paraît avoir donné aucune suite à cette idée, il est impossible de réclamer pour lui la découverte de l'azote. C'est ainsi que l'oxygène, l'hydrogène, l'acide carbonique, et beaucoup d'autres substances, avaient été entrevus, dans l'antiquité et au moyen âge, par des observateurs différents. Mais, aucun d'eux n'ayant présenté ces corps à l'état isolé^ on ne saurait leur en attribuer la découverte.

Le plus fécond et le plus sage des élèves de l'école de Paracelse fut André Libavius; il mérite une mention spéciale.

(1) Comxltum pro nobili virgine, In Jos. Qnercel., Liber de priscorum phiksophorum verx medicinœ materia; Genève, 1609, in-i2, p. 431.

(2) Statno liiijus luis prsesertim inveteratae unicum et venim et solum alexipliarmacum esse mercuriom. ConsiL de lue venerea; Genève, 1609, in-12, pag.369.

(3) De dogmaticorum légitima et restitiita medicamentorum prœparatione , Kb. I, c. 6.

(4) In sale petrae spiritns -^ qui est de natnra aêris, et qui tamen flammam concipere haud possit , sed hnic poilus conlrarius. De priscorum philosoph. iMdicinx màteria t lib. i, c. 3.

Né à Halle, vers 1560 , Libavius exerça Tétat de médecin^ d'abord à Rolenbourg , puis à Gobourg. On prétend que la fable d'Ëson rajeuni lui suggéra l'idée de la transfusion du sang comme un moyen curatif. En d606, il devint directeur du gymnase (collège) de Gobourg , et conserva celte place jusqu'à sa mort , arrivée en 1616.

Libavius se distingua de la plupart des paracelsistes par son langage modéré et son esprit d'indépendance. Loin de jurer par les paroles du maître, il s'attache à le réfuter quand il le croit dans l'erreur. Brisant les entraves de l'autorité , il interrogea lui-même l'expérience, et, en enrichissant le domaine des faits, il contribua puissamment au progrès de la science. Il s'écarte ra* rement des règles de l'urbanité,, lorsqu'il répond aux diatribes des médecins galénistes. Défendant avec vigueur la thérapeutique chimique et môme l'alchimie contre les attaques d'Éraste , de Guibert, de Riolan et de l'école de Paris, il ne s'exagère pourtant jamais l'importance de la cause qu'il soutient (1). Les théosophes ambulants, les vendeurs de panacées et de remèdes secrets étaient loin d'être dans ses bonnes grâces. G. Anwald, J. Gramann , Michelius , GroU, etc., étaient livrés, par lui»^, mépris universel (2), ce qui ne l'empêchait pas de croire à l'efficacité de l'or potable, et à la transmutation des métaux.

Les écrits de Libavius sont très-nombreux ; ce sont, pour la plupart, des compilations d'auteurs anciens et contemporains (3). Cependant il ne s'est pas toujours borné au rôle de simple compiia-

(1) Defensio et dpclaratio alchymiœ transmutatori» Nie, Guiberto opposita ; Ur^ seil., 1604, iD-8<*. — Âlchymia triumpbans de iiiiqua collegii Galenici spurh censura et /. Miolani monograpliia Tunditus e^ersa; Francf., 1607, in-S'*. — Examen censurae scholae Parisiensis contra aldiymiam, 1601, 1604, in*8°. — Commentarionim alcliymise pars i. Praemissa est defensio alcliimiae et refutatio objectionum ex censura scholae Parisiensis; Prancf., 1606, in- fol.

(2) Panacœa Anwaldina victa et prostrala, etc.; Francf., 1596, in-4". — Antigermania seconda supplemento absurditatum, etc., a J. Gramanno effusarum opposita ; Francof., 1595, in-8°. — Notus de medicina veterum tractatus ; pars i, dogmata , etc., adversus J. Michelii conatum discutiuntur ; ibid, 1599, in-S**. — - Examen philosopbiœ magicae Croilii, etc.; ibid., 1615, in-fol.

(3) Opéra medico-chymica ; Francf., 1606, 2 vol. in-fol.

leur : on y trouve aussi beaucoup d'observations originales. Son principal ouvrage a pour titre : Alchymia recognita, emendaia et aucta , tum dogmatibus et expérimeniis nonnulliSy fum commentario medico-physicO'Chymico ; Francf., 1597 , in-4*.

Libavius a donné son nom à un sel d'étain (bicblorure), appelé liqueur ou esprit fumant de Libavius. Est-ce lui qui Ta découvert? C'est douteux; car il en dit à peine quelques mots, et il n'en parle que comme d'une chose, dont l'invention ne lui appartient nullement.

Il prépar ait son sel par un procédé analogue à celui qu'on emploie encore aujourd'hui, en soumettant à la distillation une partie d'étain et quatre parties de sublimé corrosif (bicblorure de mercure ). Au lieu de l'étain pur, il se servait ordinairement d'un amalgame d'étain (1). Le produit ainsi obtenu, et qui bout à 120"* du thermomètre centigrade , en répandant d'épaisses vapeurs blanches, suffocantes et très-denses, était appelé par Libavius lui-même liqueur ou esprit de sublimé mer' curiel {liquor seu spiritus argenti vivi sublimati) (2).

Depuis les travaux de Basile Valentin, les préparations antimoniales étaient devenues, pour ainsi dire, un objet de mode. Il serait donc surprenant que nos médecins-chimistes n'eussent pas connu Vémétique. Comme ils parlent souvent des fleurs d'antimoine (oxyde), et de la crème de tartre (bitartra te de potasse), ils devaient avoir plus d'une fois essayé de combiner ensemble ces deux substances. Et , en effet , Libavius décrit, à diverses reprises, un composé de tartre et d'antimoine calciné (3). Il décrit aussi très-bien le verre d'antimoine, qu'il préparait en faisant fondre la chaux d'antimoine (oxyde) avec du nitre et de la limaille de fer (4). Enfin il résume l'action des préparations antimoniales par ces trois mots : Vàmere, cacare, sudare.

V arsenic blanc {arsenicum album sublimatum) était préconisé par les paracelsistes dans le traitement externe de^ ulcères can-

(1) Syntùgma Arcanor, chymicor., lib. m, cap. 14. — Alchymia pharmaceuiica, cap. xxti.

(2) Pour mieax comprendre \è langage de Libavius, il importe de se rappeler que le sublimé corrosir, étant distillé avec Tétain , cède à ce dernier son esprit , c^est-à-dire son clilore (qui n'était pas encore découvert], et le transforme en bicblorure d'étain. Le mercure est en même temps réduit à Tétat métallique.

(3) Alchym., lib. ii, tract, ii, c. 26.

(4) Alchymia pharmaceutica, c. xvii.

céreux. Ce même remède servait aussi à faire, avec du lait et de la farine, des pastilles pour tuer les rats (1).

De tout temps on a essayé les poisons et leurs antidotes sur des animaux, avant d'en faire Texpérience sur l'homme. C-est ici que Libavius fait une remarque , qui témoigne d'un esprit aussi observateur que sagace.

« Les expériences qui sont, dit-il, faites sur des chiens, des chats , des cochons, etc., ne nous inspirent pas beaucoup de confiance. Les animaux sont autrement affectés que les hommes, et, même chez les hommes , il n'y a p^as deux tempéraments qui se ressemblent ; il est donc impossible que ces expériences donnent des résultats absolus et applicables à tous les cas (2). »

Libavius a donné fe nom d'esprit acide de soufre {spiHtus sutfur.'s acidvs) à une solution aqueuse de gaz acide sulfureux, obtenue en brûlant du soufre, et faisant arriver le produit gazeux dans un récipient plein d'eau (3). Celte solution se convertit peu à peu, au contact de Tair, en acide sulfurîque. 11 a^'ait déjà reconnu l'identité de cet acide sulfurîque avec celui qu'on obtient par la distillation du vitriol , ou avec celui qui est préparé en traitant le soufre par l'eau-forte.

Au chapitre des verres colorés par les chaux métalliques et des pierres précieuses naturelles, Libavius nous apprend que le verre rouge hyacinthe est fait avec un mélange de fer et d'or (4). C'est donc à tort qu'on rapporte cette découverte à une époque beaucoup plus récente.

Le traité de dociraasie {Arsprobatorla seu docimaslica) est un extrait des œuvres d'Agricola, de Fuchset d'Erker; il se distingue par une grande clarté. Le chapitre qui traite des fondants (flux) est un des plus remarquables. L'auteur insiste sur la nécessité de varier, suivant la différence des métaux, les proportions de nitre , de tartre, de borax et de sel commun, qui entrent dans la composition des fondants (5).

(1) Adhiltetiir ad nccandos mures, sive qiiis pastillos cuin lacté et faiina facere Telit. Synlagm, Arcan, chymic.,\\h, yu, c. 26. Francf., 1611, in-fol.

(2) Canes, fêles, sues, gallos aliasqne hestias in experimentnm prodiicere pariiin fecit ad securitatem. Aliter islae stinl afleclaB ac homines, etc. Àlchymia pharmaceut.y rap. xiv.

(3)- Syntagma Arcan. chim.t lib. viii,e. 19.

(4) Alchym.t lib. ii, tract, i, c. 34. Hyacintlms de utraqiie martis etterrea (mîxtura) solis.

(5) Ars probat., pars i, c. xii.

La chimie organique, indiquant la préparation d'un grand nombre de médicaments , est peut-être la partie la plus intéressante des œuvres de Libavius. On y trouve, entre autres, la description d'un produit connu aujourd'hui sous le nom d'acide camphori" que; il était préparé en traitant le camphre par l'eau-forte (acide nitrique). Ce produit, dissous dans de l'alcool rectifié, s'appelait oleum camphorad (1) .

La préparation du sucre candi (sucre en cristaux hydratés) y est également très-clairement décrite (2).

Libavius connaissait aussi très-bien le moyen d'extraire l'alcool de la bière et des moûts fermentes. 11 indique même le moyen d'obtenir de l'esprit-de-vin à l'aide des grains , des fruits sucrés ou amylacés, des glands, des châtaignes, etc. : il faisait fermenter ces fruits pendant un certain temps, avant de les soumettre à la distillation (3).

A propos de l'analyse du vin, il désigne clairement l'eau, l'alcool , le tartre et la matière colorante , comme les principes constitutifs du jus fermenté des raisins (4).

La question des eaux minérales, en tant qu'elle se rattache à la chimie , n'avait été jusqu'alors étudiée que très-superficiellement. Libavius y consacra un ouvrage spécial , De judicio aquamm mineralmm (5), où il recommande, comme un bon procédé d'analyse, d'évaporer les eaux, de peser le résidu salin, et de comparer son poids avec celui de la liqueur employée. Il indique en même temps un moyen aussi simple qu'ingénieux pour reconnaître si une eau est minérale^ c'est-à-dire si elle est chargée de sels métalliques alcalins et terreux. Ce moyen consiste à tremper dans l'eau un drap blanc d'un poids connu , et h le faire ensuite sécher au soleil. Après sa dessiccation complète, on pèse le drap de nouveau ; s'il augmente de poids et qu'il présente des taches, on en conclut que l'eau est chargée de substances fixes

(1) Alchym.y tract, ii, cap. xxiv.

(2) Alchym.f tract, ii, e. xxxviii. Saceliari libras vigtnti tiisas solve aqna q. 8. in caldario. Sine parum ebiillire ; — riinde in labrum fignlinum qnadratum intus vilratum et di?ersis tabulatis divtinctuin ; — foris istis impone bacîHos abiegnoH vel pincos a se très digitos distantes : saccharwn affusum accrescit more cristallu

(3) Alchym.^ lib. ii, tract, ii, cap. xxvi. Spiritiis vini ft^ri pi^tost ex'granis, Jbaccis , glande fagina • etc.

(4) Tractât, chymicus de igné naturx, cap. xlyiii.

(5) Opéra j vol. 11, in-fol. ; Francof., 1606.

minérales. Dans cette opération , il faut , ainsi que le remarque judicieusement l'auteur, éviter avec soin l'accès de tout courant d'air qui pourrait emporter quelques parcelles de ces substances (1).

Quant aux ouvrages plus spéciaux de Libavius, nous nous bornerons \ en indiquer les titres ; tels sont : Neo-Paracelsica, in quibus vêtus medicinadefenditur^ etc. Francf., 1594, in-8® ; — Remm chitnicarum epistolica forma ad philosophas et medicosscriptarum ; ibid., 1595-1599; 3 vol. in-8**. — Alchimia edispersis passim optimorum auctorum,veterumetrecentiorum, exemplisy etc. collecta; ibid., 1595, in-fol.; — Commentationum metallicarum libri FV de naiura meiallorum, etc., ibid. ; 1597, in-i**. — Praxis alchemix; ibid. . 1605 et 1607 ; — Commentarioram alchimiœ Partes II; ibid. , 1606, in-fol. ; — Defensio alchimix transmutatorix ; ibid.. 1615, in-8*; — Examen philosophiœ quœ veteri abrogando opponitur; ibid., 1615, in-fol. (2).

AdTersaireii des doctriites de Paraeelse.

Il était plus facile d'attaquer que de défendre les idées de Paracelse. Malgré cette facilité , les adversaires de la médecine iatrocbimique furent coQQparativement peu nombreux. Quelquesuns , comme Oporin et Vetter, s'attaquèrent , à défaut d'autres arguments, à la vie privée de Paracelse, en le dépeignant comme un bomme crapuleux et ivrogne.

Tbomas Éraste ( Lieber ), Suisse de nation et professeur de médecine à Bâle , fut un des ennemis les plus acharnés de son célèbre compatriote. Malheureusement les raisons dont il se sert pour combattre les idées de Paracelse, au lieu d'être déduites de

(1) Aliud est experimeotum per panDum. Certi ponderis pannum muDdum io aquam ÎDJicimas , donec probe ait madefactus. Hune suspendimos ut per se exsiccetur. In sicco contemplamur, num quid maculatum traxerit; exploramus Hem an non ponderosior evaserit , etc. — Z>e judido aquarum minerais. Pars ii, cap. IV.

(2) Pour compléter cette liste, yoy. Rotermund, Supplément k Joecher, Gelehrten-Lexicon; Freher, Theatrum truditorum; la Biographie générale^ article Libavius,

Texpérience, sont le plus souvent empruntées aux arguties de la philosophie scolastique. Il relève quelquefois avec trop d'aigreur les nombreuses contradictions qui se rencontrent dans les écrits de Paracelse et de ses disciples. Il nie Texistence de la pierre philosophale (1), et combat victorieusement la théorie, d'après laquelle les corps vivants ont pour éléments le mercure , le soufre et le sel. Il reproche à Paracelse beaucoup de mauvaise foi, et rapport^ que tous les malades que ce médecin avait traités pendant son séjour à Bàle sont morts dans Tannée. U raconte à ce sujet l'histoire d'un gentilhomme de Bohême et d'une femme qui , après avoir fait usage des médicaments chimiques, moururent en peu de temps, par suite d'attaques d'épilepsie réitérées. Il reproche aussi à Paracelse d'avoir décrit comme incurables des maladies qui ne Tétaient pas ; et il cite , comme exemples , la goutte , la phthisie pulmonaire et Tépilepsie (2).

Un adversaire non moins redoutable fut Bern. Dessenius. Il consacra un volume à la défense de la médecine ancienne contre les paracelsistes (3).

Pour ne pas trop allonger la liste des adversaires de Paracelse, nous nous bornerons à citer : BauNO Seddel (4)» Soner (5), Stu- PANUS (6), Grato de Kraftheim , Cour. Gesner (7), H. Conring , Gratini (8).

Les doctrines médicales de Paracelse étaient vivement atta-* quées en France par Duret (9), J. Aubert de Vendôme (iO), Germ. CouRTiN (11), Antoine Penot (12) ( qu'il ne faut j^as confondre avec

(1) Explieatio quœsHonis fanu)S3B illitts^ Mtrvm ix metàUis ignobilUnu aU" mm vettan et naiurale arte cx>r{flari pos«i/ ;BAIe, 1572, iB-4^

(2) Disputationes <1e mediciDan«¥aTbeophra8tiParacel6i; B&le,in-4^

(3) Defensio medicinae veteris ac rationalis advenus Georg. Phaedronem et sectam Paracelsi, etc. ; Cologne, 1573, in-4**.

(4) Liber morborum incorabilioni causas euiii brevitate eipKcaos; Francf.» 1593, in.8^ ' ' , '

(5) Oratio de Theophrasto Paracelso ejosque pernîciosa roedicina ; Nuremb.» 1610, in-4®. .

(6) Prœdpua pseudochymise capita ex Paracelso ; Bftie , 1622, iB-4^

(7) Gesneriaose epistolœ éd., Wolffios ; Zuricb , 1 577 , in- 8"* .

(8) Solus phllosophos , sive noTae médicinse ac chemise compeodiosa refiitatio.

(9) De ahhritidis vera esseritfia adrersus Paracelsistas ; Lyon, 1575, m-fP,

(10) Demetalloram ortu et caasis contra chemistas explieatio ; Lyon, 1575, in-4°. (U) Disp. ad versus Paraceis. de tribus prlncipiis, etc.; Paris, 1579, in*4*.

(12) Âlexiphamiacum, etc. ; Bâie, 1576, fn-8^

Bernard Penot), J. Riolan (1), Du Gault (2), J. Dovynbt (3) e

GeOI^. fiERTIN (4).

lËtat de la pharmacie. -~ nédeclns écleetiq«es«

Les établissements pharmaceutiques, autrefois en nombre trèslimité, se multiplièrent rapidement en France, en Allemagne et en Italie. En 1538, les médecins d'Augsbourg rédigèrent une espèce de codex dont les prescriptions furent généralement adoptées (5). En France, les rois Louis XII en i5i4, François P' en 1516 et 1520, Charles IX en 1571, Henri III en 1583, et Henri IV en 1594, octroyèrent des statuts qui devaient réglementer Texercice de la pharmacie (6). La Russie reçut les premiers établisse* ments pharmaceutiques vers la lin du xvi® siècle.

La pharmacie , en général , se réduisait alors à la préparation des médicaments officinaux qui n'exigent pas de profondes connaissances chimiques. Les médicaments magistraux devaient être préparés, du moins en Italie, et notamment à Florence et à Ferrare, en présence même des médecins qui les avaient prescrits, afin de prévenir toute fraude et sophistication (7).

On conçoit aisément que les médicaments, dont la préparation présuppose la connaissance de la chimie , devaient rester longtemps exclus de Tofficine du pharmacien. Aussi Paracelse et ses partisans eurent-ils à lutter, non-seulement contre cet esprit de routine des médecins, qui s'oppose à toute innovation, mais encore contre l'inertie des apothicaires , qui ne se souciaient guère d'apprendre la préparation de remèdes nouveaux.

(l)Comparatio veteris medicioae cum nova. Paris, 1605, 12;Padoue, 1591, in-4^. -^ Ad Libavii maniam responsio pro censura scholae ParisinaB adversus alchymiam; Paris, 1606, in-S**.

(2) Palinodie chimique, où les erreurs de cet art sont réfutées; Paris, 1588, in-8*.

(3) Apologia adversus multorum, prœserUm Tlieoph. Paraceisi, cainmuias de anteeedeuli artliritidis causa, etc.; Paris, 1582, in-8**.

(4) Medicilia libris XX absoluta, etc.; Bâie, 1587, in-fol.

(5) Conclusiones et propositiones universam medicinam per gênera complectenles; Augsb., 1558, in-4*'.

(6) Joubert, Dictionnaire des arts et métiers , t. I, p. 105.

(7) Lisetli Benanci, Declaratio fraudum et errorum ajmd pharmacopoBos commissorum. Acced. ejusd. argumenti dialogusJ, A, Lodetti ; tb53, in8^

Les principaux médecins et chirurgiens dont l'autorité était suivie dans presque toutes les pharmacopées de ce temps se nommaient : J. Fernel (1), professeur à TËcole de médecine de Paris ; J. Dubois (Sylvius) (2), G. Rondelet (3), doyen de la Faculté de Montpellier, B. Dessenius (4), J. Besson (5), A. Foes de Metz (6), L. Joubert, médecin de Charles IX (7), N. Hovel (8), Ptraux (9), A. PiJiÉ (10), J. ScHYRON (ii), chancelier de la Faculté de Montpellier, B. Bauderon (12), A. Constantin (13), Fr. Ranchin (14), N.-A. Frambesarius (15), M. Dusseau (16), A. Da- RiOT (17), Th. DE Pleigny (18), V. Trincavella, professeur à Padoue (19), J.-B. MoNTAN (20), H. Calestani (21), F. Rota de Bo-

(1) Uni?er8a roedicina. — Viia Fernelii, dans Tédit. de G. Plaotin.

(2) Voyez Moreao , VUa Sylvii, dans son édit. des Œuvres de Dubois.

(3) Methodus de loateria médicinal! et compositione medicamentorum ; Padoue, 1556$ in-S*'.

— Liber de ponderibus, justa qualitate et proportione médicament.; Padoue, 1555, in-8**.

— Formula aliquot remediornm; Anvers, 1576, in-fol. — Dispensalorlum ; Cologne , 1565, in-i2.

— Pharmacopoearum officina correctior; Loud., 1605, in-fol.

(4) De compositione medicamentorum; Francf., 1555, in-rol.

(5) De absoluta rattone extraliendi aquas et oiea ex medicamentis simplicibus; Zurich, 1559.

(6) Pharmacopœa; Bâle, 1561, in-8*^.

(7) Voy. Teissier, Éloges des hommes savants , t. m.

(8) Pliarmaceulices libri ii ; Paris, 1571, in^S**. — Traité de la tliériaque ; Parift, 1573, in-8°.

(9) Traité de la pharmacie moderne ; Paris, 1571, in-8^.

(10) Œuvres ; Paris, 1575, in-fol. La meilleure édit. est de M. Malgaigne (Paris, 1840).

(11) Medendi methodus. Accedittractatus medicamentorum simplicium ; Monlp., 1609, in- 12.

(12) Paraphrase snr la pharmacopée; Lyon, 1588. (Imprimé avec L. Catalan, sar les eaux distillées; Lyon, 1614, in-12.)

(13) Bref traité delà pharmacie provinciale; Lyon, 1597, in•8^

(14) Œuvres pharmaceutiques, éd. par Catalan; Lyon, 1628, in-8^.

(15) Ordonnances sur les préparations des médicaments tant simples que composés, nouvellement réformées; Paris, 1613, in-4*'.

(16) Eochiridion , on Manuel des royropoles ; Lyon, 1561, in-4^

(17) De medicamentorum praeparatione ; Lugd., 1582, in-8**.

(18) Deusu pharmaceuticesinconsarcinandis medicamentis ; Anvers, 1539, in-8^

(19) De medicae artis usu apud Venetos; Bâle, 1570, in-S**. — De compositione et tiSQ medicamentorum; Venise, 1571, in-4^.

(20) Ëxplanatio eorum quae pertinent ad tertiam [larlcm de componendis medicamentis ; Venise, 1553, in-8^.

(21) Délie osservazioni , etc. ; Venise , 156?, in-4^.

HlffT. DE LA CHIMIE. — T. II. 3

logne (1), Gasaiis de Brescia(2), J. Delphin (3), J. StLyius de Lille en Flandre (4), H. Gapo di Vàccà (CAPiVACcros), pifcifesàeur à Padoue (5), G. FALLOPEde Modène, le célèbre ahàlomiste {ê); Fr. Alexandre de Vercblli (7), P. Bargaru€ci (8), A. Baggi, noédecin de Sixte-Quint (9), H. Mèrcurialis de Forii (10), M. de Od- Dis (11), A. CÉSALPiN professeur à Pise (12), J. Bàlcianellus (13), Guill. Seraphini (14), F. Costa (15), A. Anguisola (16), P* Ma- SBLLi de Bergame (17), N. Stèlliola (18)^ B* Tdrrisani (19), Va- 1er. CoRDUS (20), Corn. Petîli (21), M. BrIassavola de Ferrâre {22)v Angel. Blondus (23), Nie. Massa,* médecin de Venise (24),^téôh

(1) De introdocendis Grœcorain medicaniînibus, etc.; Bologne, 4ib9/inrh[j /

(2) ExpUditio medicaiDeatoriiffi gimpltcium;Pédoiie, t&53,.ia^ (3).£xplaiiatiom6aient«rtisinedioiiiaKslibriiitt$yeDi^^ -

(4) Tabuiae pharmacorum ; Anvers^ 1568, in-8**.

(5) DecompositionemediGaineDloruin; Fraocr., 1607, i|i-.t2M ,;•. .

(6) De composilione medicamentoram et de cauteriis; Venise, 1570,'|a';4(^.,-. ^

(7) Apollo omnium pomposjtçr^imet $implicium,e^;.Y^ni3ej|,iâ|^ .

(8) Fabrica deïli speziaJi XII dislinzioni ; Venise , 1566, in-4^1. .^ , -. ■ ;

(9) Tabula de theriaca, quge ad institiita.veteruqn, fîalepi alqiîçÀpdroîi^a^l inyenta est; Rome, 1582^ in-8^. .. ; .. V

(10) Tract, de composilione medicamentorom, etc. ; Venise, 1590, |n-4^.

(11) Methodus exactissima de componendis medicamentis, etc.;. Padoiiè,^ 1^83, in.4». ' ■" • "••;- •''■

(12) Quaestionum medic. lib. ii. — De focultatibus medicamijentoraib, libJ 2; Venise , 1593, in-4^

(13) Discorso coilitra l'abnso dell' antimonîoprépàrato, d'argénto ^fvo snbiirffato e del precipitato in medicina soluliva ordinato; Vérone , 1603, in-4''. -

(14) Die composilione medioamentomm, etc.; Turin, 1594, inU**. '■ ^ .

(15) Discorso sopra le eompositioni degli antidoti 6 medicamenli , etc.; Mantoue, 1586, 10-4*».

(16) Compendium simpUcium et compositorum médicament..;:^ Plai8ftiiceL,vl586, in.4^ !• •,',.■:..

(17) Pbarmacopœa Bergamensis; Bergame, 1580, in-4''. . . < . ; ,^ . v

(18) Theriaca et Milhrid., etc.; Naplesj 1577, iiM**. > ., : . ; : a- (l9)MeditationesiQtheriacnm, etc. ; Venise, 157Ç, in-4**.,

(20) Dispensatorium pharmacorum* omnium ; Nuremb., 1535, in-S**. ; .

(21) Adnotatiunculae aliquot in iv lib. Dioscoridis ; expérimenta et antidota^^yan- Ira varios morbos ; Anvers, 1533, in-S**.

(22) Examen omnium syrupbrum quorum publicus iisus est ; Venise, 1545, ih-8*^.

— Examen omnium pilularum quarum âpud pharniacopolas ùsus ëst;lfo1e, 1543, in-4°. * ; ;

— Examen omnium etectuarioram , pulverom, etc. ; Venise, 1548, in-8^.

-. Examen omnium looch , tincturarum, decoctionum , etc. ; accedît de m(>rbo gallico tractatus; Venise, 1553, in- 8°. ; .. :. j :

— De medicamentis tam simplicibus quam compositis, elc. ; Zurich, 1555, 1ii-8°.

(23) De medicamentis quse apnd pharmacopolas reperiuntur; Rome^ 1544, iIl•8^

(24) Epistolœ médicinales et piiysiologicœ ; Venise, ! 558, irt-4°. ■.■■'■. .:

FucHS, pHofess0iirà Tubingue 1(1), A. Bakland de Natnur^S), J. Agricola A^^MornuB (3), J. Bé^UMH (DRYJkNDÊii)^ professeur à Marbourg (4), G. Hérna^. Ryw (5); R.'Fughs de Lknbourg, «banoine de Liège (6)^ J. RûFFWEi^ J(TR(KiHONBus), médecin tyro-lien (7), J. Bretschneider (PLÔKOTOMbs) (8), J. PONTANUS^CpPO-

fesseur à Rœnîgsherg (9), GJ STORkiAiKES (10), G;PiOTtm^s^ de Viilîngen (11), And. Butler (42), J. DBÙkï»iÀv«lé (i3j ■ J. WiHïdH! d'Arnstadt (14), Theod. TabbrnïeMontantjs (15) ^- Théodore Uir-' STEiN (16), G. Masbach (17), NucK (18), C. Baiïhin, professeur à

Bâle (J9), Ph. ScHBRB d^Aihdorf (fiO)v Ti-D6ftMïtEa (21), Seb.

(1) Decompoaendorum miscendorpinque medicamentorum rationa; BAièt i5k%

(21 £pî8tola,9iedi'ç» deaqua^um éîMillatamim faoalUtitos ; AnTecg^ tSSe, in-S^

(3) Medicinae herbariœ libri ii; Nuremb., 1534, io*S^> •-«.Scb<dia iii/])Iicolaili|ii Alexandrin, de Compositione roedicamentor. ; Ingolsladt, 1541, iD-4°.

(4) Der ganzen Arzney geméiner tnnhalt (compénâhâtn 'tté ibéd^lùe); FraiMïr., 1^42, ia-fol.v > ; >. :•'

{h) Confeetbuchund Bamapoiheh^^{cr^^\jnL^^^^

(6) Pharmacorum omnium quae in commoni siint practicajBlium usu Tabulœ; Paria', 1569f, 111-12. .;...».;,

—Historia omnium aqtmrum quaincomm'unitiodtepracticantiumsimt osa, etc.;

Paris, l54f2,in.8^ ' ' ;'/;•;

(7) PbarmacoIiterioD , .8i?è medicameiita composita secondam ordinem effeclaùm alpliabeticum;Ingolst., 1542, in-l2.

(8) Pharmacopcea in compendium redacta; Anvers, 1560; in'a^.— De distilla' tioniboa chemicis epist. ; Frand .^sar-l'Oder, 1553, io<^8°. i

(9) Methodus componendi theriacum et prœparandi ambram factiUam ; Leipzig, 1604,in-4°.

(io) Dîspensatoiium utilisslmonim lioc'tfempbre medicaibent. disciplinam continen8;i614, in-4°.

(il) Medicinae tam simplices quam compositœ ad p«ne omne^ corporis faumani affectas, ex Hippocrate, Galeoa^ Avicemia, ^Egineta ordine alpliabelico conscri- Ptae;Bàle, 1560, in-8^ v. ». ^.-uf

(12)DetlieriacaetmilhridatioGrœcoFVim^ 1549, in-8% | «.

(13) Theriaca^et mithridatium, duo antiqùissima Graecor'um anlidota, etc.; Francf., 1552, in-S**. . .

(14) Metbodus tam simplicium quam cpmposiforum médfcamëhlprum quse apud rccentiores sunt inusu;.Leipz., 1596, iil-8°. ....... , , . i.

(1 5) Arzney 6mcA( livre de médecitoe); Fi-ancf.,' 1577, in-foi;' '

(16) De pharmacandi comprobata ratione , etc. ; B&le, 1571, in-8^

(17) Ck>llectanea practica et pfiarmaceutica ; Ulmf, lèr76, in-4^.

(18) Pliarmacopoea; Amsterd., 1580, in 8**.

(19) De reinediorum formulfs Graécis , Arabibus , Latinis usitatis , letc.; libri due ; Fraiicf., 1619, in-8^ - c-

— De compositione medicamentomm, etc. ; Offenbach., 1610, in•8^' >

(20) Sylva medicamentorum compositorum quee uéus quotidianua exigll; Leipz.,

1617, in.8*».

(21) Dispeni»at6rium ad omnia propemodmn corporis Iramani patliemata.; Ham-r

bourg, 180^, in-S**.

Bloss, professeur à Tubingue (i), J. Sporisgh (2), J. Hasler de Berne (3), L. Ferez de Tolède (4), G. Henisch (5), F. Vallès, médecin de Philippe II, roi d'Espagne (6), M. Servet (7), L. Collabo de Valence en Espagne (8), Ferd. de Sepulveda de Ségovie (9),'Amatus Lusitanus (Roderic de Castello-Albo) (10).

Tous ces médecins, dont il serait facile de grossir la liste d'après les catalogues donnés par Gmelin et Sprengel, étaient restés fidèles aux anciennes traditions des écoles d'Hippocrate, de Galien et des Arabes. Ils ne s'étaient ouvertement déclarés ni pour ni contre les médicaments chimiques de Basile Valentin, de Paracelse et de leurs disciples. Ils se renfermaient à cet égard dans un silence que chacun pouvait interpréter à sa manière : c'étaient, en un mot, des médecins à la fois savants et prudents. Us comptaient sur l'avenir.

Il existe une maladie dont le traitement produisit une véritable révolution en pharmacologie, et qui contribua, plus que tous les écrits de Paracelse et de son école, à répandre l'usage des médicaments chimiques, et en particulier de ceux qui sont empruntés au règne minéral. Cette maladie était déjà si commune au xvi^ siècle (on n'a qu'à lire Rabelais, Fracastor, etc.)> qu'on est porté à révoquer en doute son origine moderne : c'est avoir nommé la syphilis.

On s'est demandé avec quelque surprise pourquoi, dans le choix des reynèdes nombreux dont dispose la thérapeutique, on est tombé dès l'origine sur la substance qui est encore au-

(1) De medicinœ parle pharmaceutica; Tubing., 1606, iD-4^.

(2) Tract, duo de ratione ioveDÎendi composita medicamenta , etc.; Jeoa, 1607, in-8°.

(3) De logistica medica, sive de medicamentorum simpliciapi et com|)ositonim, etc.; 1578, in-4'*.

(4) Theriacac historia; Tolède, 1575. — De medicamentoiruiii simplicium et compositorum hodiernoaevo, etc.; Tolède, 1599.

(5) Enchiridion medicum medicamentorum tam simplicium quam compositorum; Bâie, 1573, iD•8^

(6) Tratado de las aquas dislilladas , pesos e medidas, de que los boticarios de* ben usar; Madrid, 1592, in-8^

(7) Syruporum universa ratio ad Galeni censiiram diligcnter exposila; Paris, 1537, in-8°.

(8) Pharmacorum omnium quae in usu sunt apud nostros pharmacopceos enu* meralio ; Valence , 1561, in-8^

(9) Manipnlus medicinarum, in quo continentur omnes medicin% tam simptices quam compositae; Ségovie, 1550, in-fol.

(10) Cnralioni medicinaîi ; Venise, 1557, in*8".

joupd'hui par la majorité des médecins regardée comme le spécifique des maladies vénériennes, le mercure. Il esl cependant facile de s'expliquer ce choix, lorsqu'on songe au rôle important que jouait le mercure dans les théories et les opérations des alchimistes, qui tous se disaient en possession de quelque secret pour guérir toutes les maladies. Il est même à remarquer que presque toutes leurs panacées étaient des composés de mer* cure ou d'or.

Les praticiens ne tardèrent pas à constater l'efficacité des préparations mercurielles dans les affections syphilitiques , et dès lors ces remèdes prirent décidément rang dans les pharmacopées. Le mercure était d'abord administré à l'état métallique, soit en fumigation , soit incorporé dans un onguent ou dans un emplâtre, d'après les méthodes de J. de Vigo (1), de Guido GuDDi (2), de J.-B. Berengar (3), de Mathiol, etc. (4) ; mais on ne tarda pas à l'employer à l'état de combinaison. Le précipité rouge (peroxyde de mercure), obtenu soit en chauffant le métal en contact avec l'acide nitrique^ soit en le calcinant longtemps à l'air, était le plus ordinairement mis en usage, comme dans les pilules si renommées dont on attribuait l'invention au fameux pirate Barberôusse {pilules de Barberousse). Quercetan (Duchesne) (5)'et Paracelse préconisaient |dans le traitement des affections syphilitiques, outre le précipité rouge, le sous-sulfate jaune de mercure {turbith minéral) et le sublimé corrosif. L'usage de ces moyens finit môme par être adopté par les adversaires les plus violents de Paracelse, par Thomas Éraste, Grato de Kraftheim (6), J. Lange (7), P. Uffenbach (8), J. Oberndorfer (9), Zach. Brendel (10), et par beaucoup d'autres médecins célèbres de leur temps.

(1) Practic. copios. ; Lugd., 1519, in-4^.

(2) Opéra omnia, t. ii, p. 328 (edit. Francof., 1626, in fol.). (3]Voy. Fallope, Demorbo gallicOf c.76; et Massa, Ep%st,\t, (4) De morbo gallico ; Yeoise, 1535.

(5} De priscorum pbilosopli. ver» medicinae materia (consilia de lue venerea) ; Gerras., 1603, 8.

(6) Commeotar. demorbo gallico, etc. ; 1594, io-S®.

(7]Epi8t. med.; Hanovre, 1605, in-8^

(8) Principiorum chymicorum examen, etc. ; BÂie, 1606, in-S**.

(9)Âpologîa chymico-medica adversus illiberales M. Rulandi calumnias; Amberg, 1610, in-4°.

(10) Cbymia in artis formam reducta, melhodus addiscendi encheireses, correctio medicamentorum plurimonim, disquisitio de aaro potabili ; Jena, 1630, in-S**.

38 HISTOIRE DE Ik CHIMIE.

•TT'r-

> eHIMffirRfièTM.LORGIQ«Ev--i. . n ^

La fnéiai(uf^ié ûi des progrès très-rapides au x^vi^sièpl^. L'exploitation aclivë. dés. noloàbreu^è's. naines d'Altçinaipie^ei îâ 'décôuverie rfé l'kqiétiqué'y'cbntrib^ puî^sairim'eht . \

G. Àgri.çola naquit en 149^^ non P^;^ Glaucha, comme on Ta dit, mais S Ciiemnitz, eu Saxe, d'pù il fut surnommé Kempnicius. Son.veritaDle nom paraît avoir ete Landmann (en latin Agriçola) ; car les sav£^nts>.aya,ient àlor§, paqr le rappeler, la coutume pédanTesqu© ^^ft Ij^aâîii^^ë'lèups mpxi en^ latin bu en, grec. C'est ainsi ({xxq Schwarzerde ([terre' noire) s'appelait Mélanchthon; Havsschein (lueur de la maison)^ Œcolampadius ; Holzmann (homme de bois), Xylander:'Bock (hQtxc). tragus: Wolfeane ( marche de loug ), lup^^a^r etc. ^ „ . ,. , ,, ..1 ,. ,

Agriçola s'était, ainsi qu'il nousr. l'apprend tlui^mème, livré pendant sa jeUnesserà 1 -étude «de 'la 'médecine, en fréquentant les Facultés les plus célèbres d'Allemagne et d'Italie. Il avait séjourné deux ans dans là ville dé J^nisfj, q^i,£^}pai|^a}pEs le commerce le plus pptnsidérable des princjpau2(. produits chimiques.

De retour danf^ son pàysy il se mit, avec toute son ardeur pour les sciences, à étudier la métallurgie. Il visita les montagnes^ de la Bohême , et vint s'établi r, pour quelque temps, à Joachiinsthal,

;>> 1 > Il

oùil gagina sa vie en exerçant la médecine (i). Tous ses moments de loisir étaient consacrés à ses occupations favorites, à 4'art métallurgique et à la lecture des classiques, particulièrement de Pline, de Dioscoride, de Galien, de Strabon.

C. Agricola ne fut point alchimiste, comme nous le verrons plus^bas, et il mérita, par son-savoir et sa modestie, l'estime de son siècle. Aussi entretenait<41 des relations d'ai;nitié avec Ëra$me, George^ Fabricius^ Wolfgang Meurer, Yalérius Cordus, Jean Dryander et G> Canmierstadt. .Ce dernier . sollicita pour Âgriçola, dont la fortune était très- modique, une pension anmi^Ue. Maurice de Saxe s'empressa de la lui accorder.

Aig?i^<>la iqelina d'abord, vers les dpçtrine3 de Luther. Mais, voyant les exjcès qu'entraînait la r réforme, il témoigna, par la suite, de l'indifférence, sinon de l'aversion, pour la cause du protestantisme, et mourut, en 1555, dans la communion de relise cathqlique^.

Ce qui frappe danç la. lecture de ces ouvrages, indépendamment de leur intérêt scientifique, c'est la pureté et l'élégance du langage. Digne émule d'Érasme, l'auteur évite avec soin l'emploi des termes latino-barbares, dont les alchimistes étaient si prodigues (2).

les écrits d'A^ricola, et en particulier le traité De re metal- /tca, ont eu, un assez grand nombre d'éditions (Bàle, 1546, ia-foL ; 1556, 1558, 1561, 1571 ). Ils furent traduits du latin en ajlçmand (Bâle, 1621, in-fol. ), sous le titre de Bergwerskskch, etc. j

L'édition la plus complète des œuvres authentiques d'Agricola panit à Bâïç en 1657, in-fol.

L'ouvrage le plus important de G. Agricola traite de la métallurgie (3). Il pçissa longtemps pour une autorité considérable

(i), Yqy. Ja préface qui précède Je fraité De veferibus et novis mctaHis,

(2) Agricola est, sous ce rapport, au moins aussi scrupuleux qu^Érasme. Ainsi, par exemple, à la place du mot episcopus, il emploie celui de pontifex. Mais, cpi^o^ ce derpier /ioi|p pei|t s'appliquer à pl^us d'un. ordre .hiérarchique, il ajoute : ve^ fAt ipse gr^ce sevocat iniaïLQiiCiÇ, ...

(3) Georgii Àghjcolœ. Kempnicii medici ac philosophi clarissimi De re metallica Ubri XII; quihus officia, instrumental machinae , ac omnia deniqiie ad me-

en cette matière, et il le méritait, à tous égards^ ainsi que nous allons le montrer.

L'ouvrage De re metallica parut, pour la première fois, imprimé en latin, à Bâie, en 1546.

Il est divisé en XII livres.

Dans le livre 7, Tauteur commence par énumérer les diverses sciences que doit posséder le métallurgiste. Outre la physique et la chimie, il doit, disait-il, connaître la philosophie, afin de savoir apprécier Torigine et la nature de tous les produits souterrains ; la médecine, afin de pouvoir soigner les ouvriers, prévenir les dangers de l'asphyxie, et guérir ceux qui sont atteints de quelque maladie métallique ; Tastronomie, pour savoir Tinfluencedes astres sur l'étendue des filons; enfin, la mécanique, l'arithmétique et la jurisprudence.

Abordant la question de savoir s'il y a plus de profit à cultiver la terre qu'à exploiter les mines, il n'hésite pas à répondre que si le sol est fertile, et que les métallurgistes soient des ignorants, il faudra donner la préférence à l'agriculture.

Enfin, il passe en revue, avec un rare bon sens, tous les inconvénients et les avantages que peut offrir la pratique de la métallurgie.

Le livre II contient des instructions pratiques, adressées aux entrepreneurs. Il faut, remarque l'auteur, beaucoup de patience et souvent de grandes dépenses , avant de rencontrer un filon assez riche pour dédommager de toutes les peines, en rapportant de larges bénéfices. C'est pourquoi, ajoute-t-il, il n'y a guère que les gouvernements ou les sociétés d'industriels , réunissant en commun de grands capitaux, qui puissent se livrer avantageusement à ces sortes d'entreprises.

Avant d'ordonner des fouilles, il est nécessaire d'examiner la nature du terrain, les propriétés de l'eau, de l'air, les contrées du voisinage, etc. Il faut qu'il y ait de vastes forêts aux environs, afin de fournir les matériaux nécessaires au chauffage du minerai et à la construction des machines.

Parmi les moyens indiqués par l'auteur pour arriver à la dé-

Atia, DOD modo luculentissime describuntur, sed et per effigies, las, adjiinctis latinis germanicisque appellationibus, Ha ob oculos ; Bftie, 1557, in-fol. — C'est cette éditien que nous avons sous les

couverte des filons métalliques, il s'en trouve un qui mérite de fixer notre attention. H est emprunté à la physiologie, végétale. Agricola observe que, lorsque les herbes sont chétives, pauvres en sucs, et que les rameaux et les feuilles des arbres revêtent une teinte terne, sale, noirâtre, au lieu d'être d'un beau vert luisant, c'est un signe que le sol est riche en minerai dans lequel le soufre domine ; il ajoute que certains champignons et quelques espèces d'herbes particulières peuvent également déceler la présenc^e d'un filon.

Affrontant les préjugés de son temps,* il taxe d'imposture tous ceux qui emploient, pour la recherche des métaux, la baguette de coudrier fourchue^ tournant entre le pouce et l'index. « Ce procédé, s'écrie-t-il, rappelle la baguette de Gircé, qui changea les compagnons d'Ulysse en pourceaux .

Le livre ///est consacré à la description des différentes formes et directions que les filons peuvent afTecter dans le sein de la terre.

Le livre IV traite des instruments et des mesures propres à constater l'épaisseur et la longueur des filons. Celui qui avait découvert une mine était obligé d'en prévenir le maître ( magister meiallorum ). Après quelqiies solennités d'usage, la tête du filon était donnée à celui qui avait découvert la mine ; le reste revenait au souverain, à son épouse, au grand écuyer, à l'échanson et au grand chambellan. Tout cela fut modifié plus tard, et le souverain se contenta de prélever un dixième sur le produit brut. Les lois disciplinaires, qui régissaient les ouvriers, étaient trèssévères; mais il n'y avait aucun règlement d'hygiène pour ménager la santé de ces malheureux. La journée était divisée en trois parties, appelées travaux. Chaque travail était de sept heures; les trois heuresqui restaient pour remplir la journée de vingtquatre heures étaient le temps de la récréation. Pour empêcher qu'accablés de fatigue, les ouvriers ne se livrassent au sommeil, on les forçait à chanter.

Le livre V expose les détails des travaux qu'exigent les fouilles et la nature du terrain.

Le livre VI est consacré à la description des instruments et des machines employés dans les fouilles.

Le /ivrcy//traite de l'analyse des minerais, ou de l'appréciation de leur richesse métallique. Dans ce but, l'essayeur fait d'abord fondre le minerai en le chauffant avec du charbon dans un four-

42 HISTOIILE ï)£ LA tSHIMIE.

Beau de briques; Après cela, il le chauffe daiiB un çreusel de cendres avec du plomb (cotip^/Za/ton). 11 faut que le plomb dont il se sert soit exempt d'argent, comme Test celui de Villabh» ' Ici Agricola entre dans' les détails^.de la coupellatioo» Mais il paraît ignorer éé qu'eli avait déjà dit Gebel? (1), :

Il iùdique aussi l'emploi' de Peau-foi^te : pour ^pajf er - l'argent de l'or. - .■■•>.'■ . ; • .

Dans le livre F///il ^parié des divers traitements qu'on fait subir aux minerais retirés des entrailles du. sol.< «On tes liîoie d'ab<n*d, dit-il, avec des marteaux; on les.grilte ensuite^ afin d'en expulser le soufre qui se trouve si souvent dansjes veipe^fuétalliques-t sul^:s'àspiius' in vent», meiaiUeis inesit}.» <^ Est effet, la plupart dès inines dé plomb» de cuivre, de fer, etc/^. sont des sulfures de ces métaux. .

Voici cornaient Tauteur décrit le procédé de grillage alors usité : « On eonstràit une espèce de fossé carré, oti l'oa metdest^ûches les unes sur les autres en forme croisée, jusqu'à la hauteur d'une à deux coudées. On place sur ce bois les morceaisix de minerai broyés, en commençant parles plus gros. Qn.reççuvre. le tout de poussière de charbon et de sable mouillés, .de manière à donner au bûcher l'aspect d'une meule dé chjarbonnier. Enfin on y met le feu. Ce grillage s'effectue en. plein air. Cependant, lorsque la mine est très-riche,en soufre, on la chauffe ;sur une large lame de fer percée d'une m.ultitude d'orifices, par lesquels li^.soufre s'écoule. pour se figer dans des pot§ pleins d'eau ,plaçés, au-dessous...

« Lorsque le minerai contient de l'or et de l'argent, continue l'auteur, on le pile, et on le fait moudre dans des moulins ; ensuite on le lave à grandes eau:i; sur un plan incliné ; enfin on le mêle, avec du mercure. 11 se produit un amalgame qui, étant fortement comprimé dans une peau ou dan$ un lipge, laisse passer Je mercure sous forme d'une pluie fine, et l'on, reste. ]V(ais il y adhère un peu d'argent. »

Ce procédé était déjà, iconaudans l'antiquité, ainsi que nous l'avons fait voir (2).

Le livre IX traite de la combuslicin des minerais dans Içs fourneaux. Ce sont des fourneaux carrés, dans desquels on brûle le

(1) Yoyeï plui haot, U (, p. 336..

} (2)Ibid.,t. I, p.l4X •

. TKOiSIÉME rEPOQirS. r 43

niiaerai mélangé avec de la poussière de charbon et de la terre glaise (argile). Si la mine est riches on perce, déjà au bout de quatre heures, la partie inférieure du fourneau avec de grands ringacds de fer ; le métal fondu (plomb, étain, etc.) sort par cette trouée, etjooulede là dans une rigole. de sable, où il se solidifie par le refroidis^ment. Les impuretés (scories,. laitiers, etc.) dont il est recouvert sont enlevées avec des instruments de fer. Si la mîne< est pauvre, on. ne pratique la percée qu'après une combustion qui aura duré au m^ins huit heures. : K.

Dans le livre X il est question de Taffinage. des métaux, particulièrement de celui de Tor et de Targent.

Le moyen le plus simple pour séparer l'argent de Tor, moyen

dont la connaissance commençait à devenir a^sez générale dès

le çominencement du seizième siècle ,, consistait dans l'emploi

de l'acide nitrique, appelé par Agricola a^zia va/^n^ (eau-forte).

S'était préparé en soumettant à la distillation un mélange de

nitrç^ de sulfate de fer {atran^entum sutorium) et d'argile, dont

les. proportions variaient. Bncb^iuffant de Teapi forte en contact

avec un alliage d'or et d'argi^nt , on dissout l'argent tandis que

l'or reste intact.- Celui-ci se ramasse au fond, de la liqueur sous

forme de poudre.

Quelquefois on employait dans le même but, comme nous l'apprend Agricola , le, vitriol vert (sulfate de fer), ou plutôt, l'huile de vitriol (acide sulfurique). Ce dernier moyen est, comme Ta démontré l'expérience des modernes, préférable au premier, qui est incomplet en ce qu'il n'enlève pas à un alliage d'argent toutes les traces d'or.

Oq se servait encore d'autres moyens (soufre, antomoine, etc.) pour obtenir le départ de l'or et de l'argent.

Dans lé livre XI, l'auteur expose le meilleur procédé par voie sèche pour séparer l'argent d'autres métaux , tels que le cuivre, le plomb, etc. Ce procédé était la coupellation, dont nous avons eu bien souvent occasion de parler.

te livre Xfl et dernier est étrainger à l'art métallique proprement dit. Il est consacré à la description de divers sels, obtenus parl'évaporation des eaux dé la mer, des fontaines, etc. L'auteur les appelle des siics concrètes {succi concreti).

Les vitriols (sulfates) de fer et de cuivre étaient préparés , comme ils Tétaient déj^ c^ez les anciens (1), en exposant le py-

(1] Voyez plus haut, 1. 1, p. 130.

44 HISTOIRE DE LA GHIBaS.

rîtes (sulfures naturels) à raction combinée de Pair et de Teau [i).

Enfin, l'auteur termine le traité De re metallica par la fabrication du verre. Il vante surtout les belles verreries de Venise. «C'est dans cette ville que l'on fabrique en verre, dit-il, des choses incroyables^ comme des balances, des assiettes, des miroirs, des oiseaux, des arbres. J'ai eu occasion, ajoute-t-il, d'admirer tout cela pendant un séjour de deux ans à Venise. »

Le traité De re metallica^ dont nous venons de donner une analyse succincte, est précédé d'une épître dédicatoire adressée à Maurice de Saxe , qui joua un si grand rôle dans l'histoire de Charles-Quint.

De animantibus subterraneis (2).

On chercherait en vain dans le livre Sur les animaux souterrains cette justesse d'esprit et d'observation dont l'auteur a fait preuve dans son De re metallica.

C'est ainsi qu'il croit, comme la plupart de ses contemporains, à l'existence d'animaux pyrogènes, c'est-à-dire qui naissent et vivent dans le feu, et qui meurent dès qu'on les en retire.

Il croit aussi à l'existence des démons dans les mines , et les divise même en deux catégories. Ceux de la première catégorie, d'un aspect effrayant , sont hostiles et méchants. II raconte à ce sujet qu'un de ces démons tua un jour, dans une galerie des mines d'Anneberg (Saxe), douze ouvriers à la fois, par la seule puissance de son souffle. — On devine que ce démon n'était probablement autre chose qu'un gaz irrespirable, propre à déterminer une asphixie instantanée (3).

La seconde catégorie comprend les esprits souterrains d'un bon naturel, inoffensifs, et d'une humeur joviale. Ceux-là rient avec les ouvriers, et leur jouent quelquefois de vrais tours de gamin.

Malgré tous ces défauts , le Traité des animaux souterrains est un ouvrage remarquable. Le zoologiste y trouvera des observations curieuses sur les mœurs de certains animaux.

(1) Dans ces circonstances, les métaux et le soufre absorbent l'oxygène de Pair (absorption facilitée par la présence de Peau), et se chaugent, les premiers en oxydes, el le dernier en acide suifurique.

(2) Georgii Agricole De animantibus subterraneis liber; imprimé dans i*édition de Bâle (1657), à la suite du traité De remetallica^ p. 480.

(3) Voyez plus haut, 1. 1, p. 371.

Ce traité fut écrit, comme nous l'apprend l'auteur lui-même, dans la vingt- huitième année du règne de Charles-Quint, c'està-dire dans Tannée 1547.

De ortu et causis 8ubierraneomm.(^).

• Ce traité De Porigine et des causes des substances souterraines est divisé en cinq livres; il intéresse plus particulièrement Thistoire de la géologie et de la physique. On y trouve beaucoup de faits curieux.

Le mont Hécla, volcan de l'Islande, est aujourd'hui presque éteint , tandis que du temps d^Agricola il offrait fréquemment le spectacle de violentes éruptions. « Cette montagne, dit l'auteur^ vomit à de certaines périodes d'immenses rochers et du soufre; elle couvre de cendres tous les environs à une grande distance (2). »

L'auteur parle ensuite d'une mine de charbon qui brûlait, vers le commencement du seizième siècle , dans le voisinage de Zwi* kau (Saxe), et dont l'incendie est aujourd'hui éteint (3).

Dans le cinquième livre, Agricola signale un fait déjà indiqué par Geber (4), et qui devait plus tard donner lieu àl'importante découverte de l'oxygène, a Le plomb, dit l'auteur, aug^ mente de poids quand il est exposé à l'influence d'un air humide. Cela est tellement vrai, que les toits de plomb pèsent, au bout de quelques années, beaucoup plus qu'ils ne pesaient à leur orn gine(5). »

Vers la fin du même livre, il raille les alchimistes qui admettent que les métaux se composent de soufre et de mercure , et qui prétendent changer l'argent en or véritable, au moyen de la poudre de projection.

Ce livre a été composé vers Tannée 1539.

(1) Édil. de Bàle (1657), p. 493.

(2) Ibid., p. 505 : Mons Hecla ^ statis temporibus foras projicit ingentia saxâ, Mlfur efomit, cineres longe circumcirca spargU.

(3) Ibid., p. 505.

(4) Voy. plos haot, 1. 1, p. 333.

(5) Plombeas certetegulas multo graviores, aliquot pôst annis, Inveniant il qui i»rlos pondos nolarimt, p. 319.

46 lilSTOnOS DE LA CHIMIE.

Dénatura torum qnœ effiuunt éxùrrêt (1).

Les trois premiers livres du traité De la nature des choses gui émanent de Vivi^t^rieur de la terre concernent les^ eaux de mer, les eaux de fontaine, les eaux minérales, çtc, et leurs propriétés physiques, Dans le quatrième livre, il est qu^stioades cavernes d'où s'élèvent des airs délétères» L'auteur, .cite un grand nombre de localités célèbres par l'existence de ces cavernes.. Ce traité, dédié à Maurice de Saxe, archichancelier du Saint-Empire^fut imprimé pour la première fois en 1546.

' Dénatura fossilium(^).

Le traité De la nature des fossiles, divisé en dix livret, est entièrement consacré à Tétude du règne minéral. 11 S'étend sur les pierres précieases^^ les pierres calcaires ,> argileuses, silic^us^es, les minerais, etc. Nous allons en extraire quelques particularités concernant le soufre et le camphre. «i — .;;•:%!

Soufre. — «Cette substance initiérale se rencontre, dit l'auteur, opyfe^ c'est-à-dire natif ,^ au;x environs du mont Héela; en Italie, dans le territoire de Naples; en Sicile, , dans les ijles iEgades (îles Lîpari) ; enPannonie, etc. » . , . . ,

Après avoir rappelé l'usage qu'en faisaient les anciens (3), il nous apprend l'usage, qu'on en lait aujourd'hui, a On fabriqu^^ dit-il, des mèches soufrées qui, après avoir reçu Tétincellô pcOr; venant de la friction du fer et du caillou, nous servent à allumer les boîS'Secs et les chandelles (4)u^^Ces mèches soufrées consisrr tent en iil de lin et de chanvre, en bois minces enduLlss.de.,^QU* fre. » — Ainsi, la connaissance des allumettes sêufréessLSiViiQiHm trois siècles de date. • • i ;. / . ..

« On fait aussi, continue Tauteur, entrer le soufre, — exécrable

invention! — dans cette poudre qui latiçe au loin' 'des boulets

(1) Édit. de Bàle, in-fol., ann. 1657, p. 533. . .

(2)Ibid., p. 519.

(3) Yoy. plas haut, t. I, p. 145.

(4) Sulfuratis ellychniis, cum silicis et ferri conflictu eUciinu& ignem , àri^a ligna et candelas accendimus. -^ Constant autem ea ellychnia sulforata Tel ex fàniculis stupeisaut cannabinis, vel ex lignis exUibus sulfure obductis. Lib. in, pag. 593.

de fer^ d'airaio oa de pierre , instruments de guerre d'un genre no}Xveaiu{novi tormeMa genêpis). ii ' ► .

OoToit (}ue la poudre à canon était détestée presque dès sonorir gine;Miaîsléi9faoû!imessecondtiisetit demanière à pouvoir toujours s'appliquer ces paroles d'un ancied t mçliora probo^deterioraseqwor^:

Camphré. — ^ Du temt!>s>d'Agrîcola on ignorait encore. Forigine dû camphre. Les uofs disaient qu'il s'obtient artificiellement au moyen du bitumeou du suocin ; les autres soutenaient, avec raison, qu'il provient naturellement d'un arbre.sembldble à uh peuplier. ......

On sait en effet que le Téritable camphre est fourni par une espèce de laurier, lauhis eatnphora^ originaire du Japon. Gomme il est trës^nflamniable et qn'il brûle saus laisser de résidu, il faisait autrefois partie des mélanges combustibles brûlant sur l'eau [ad compositiones gux aecensœ ardente in aquis solet addi)*

L'auteur -parlé ensuite fort au long du succin^ du bitume, de Tasbeste, des houilles^ du marbre, etc.'

Ce traité intéresse au plus haut degré l'histoire de la minéralogie et delà géologie.' il fbt imprimé pour la première fois en 1546:^-^ ...... ...■\ - . . . ,

' '^ De veteribus et novis mekUlis (i). .-,

Le traité Des métaux anciens et nouveaux témoigne d'une cpn; naîesance profonde de sécri vains die Tantiquité et de l'exploitation des mines au seiziènie siècle; U est dédié à Georges Coai* merstad', lé même>qui >aTalt obtenu de. la part de : Maurice de Saxe une pension annuelle pour Agricola.. • j-

L'auteur nous fournit des détails curieux sur la richesse minérale de l'Allemagne. « L'Aûlriché oècupe, dit-il, le premier rang parmi les contrées qui abondent en métaux précieux. Les mines d'argent de la Bobêoie sont connues fie tout lé mondél La âàxe occupe le second rang. La Misnie et TErzgébirge abondent en mines d'argent^ de plomb et de fer. Les comtes de'Mansféld ont léalis^ de gfiapd^ bénéfices par des travaux métallurgiques exécutés sur leur territoire. Les comtes de Schleuz se sont aussi considérablement enrichis par l'exploitation des miiies d'àr^ént de leur contrée. Les barons de Pfliig ne se sont pas acquis de

(l) Edil. Basil., 1657, p. 667.

48 UlSTOIR£ DE «A CHIMIE.

moins grandes richesses par les mines de Schlakenwald , desquelles on a retiré de Tétain. Les familles nobles des Storstedel, des Spiegel, des Roseberg, des Schœnberg, etc., ont également gagné des fortunes immenses, en exploitant avec intelligence les richesses métalliques que recèle le sol.

(( La découverte de la plupart des mines , continue l'auteur, est due au hasard. Voici comment fut découverte, d'après la légende du pays, la célèbre mine de Ramelsberg, près de Goslar : Un gentilhomme, dont le nom n'a pas été conservé, alla un jour se promener à cheval. Arrivé sur une montagne , il attache son bidet à une branche de chêne. Cet animal, dont le nom a été conservé (il s'appelait Ramel), avait, en frappant du pied le sol, mis à nu une matière brillante, qui fut reconnue pour être du plomb contenant de Targent. Ce fut là Torigine des mines de Ramelsberg (montagne de Ramel).

(( Les mines de Freyberg furent découvertes par des charretiers qui conduisaient du sel de Halle en Bohême^ en passant par la Saxe. Ils rencontrèrent sur leur route des pierres qui ressemblaient en tous points à celles qu'ils avaient vues à Goslar. L'essai constata que ces pierres étaient des galènes argentifères dont l'exploitation active devait quelque temps après fortement contribuer non-seulement à la prospérité de la ville de Freyberg, qui n'était auparavant qu'un misérable village^ mais encore à l'opulence de toute la contrée environnante, d

Les mines d'argent d'Aberthame, près de Joachimsthal, dans lesquelles Agricola avait engagé des fonds, avaient été décqu-> vertes par un paysan; un arbre déraciné par le vent dans une forêt l'avait mis sur la voie.

Bermannus (1).

Ce fut là, dans l'ordre chronologique, le premier ouvrage d'Agricola. Il est rédigé sous forme de dialogue, et parut en 1528. Ce dialogue attira l'attention d'Érasme : la pureté du style rappelle les Colloquia du célèbre restaurateur des lettres classiques. Le sujet de ce livre, qui traite principalement des mines d'Allemagne, se trouve développé plus au long dans les écrits d'Agri* cola que nous venons d'analyser.

(1) Bermannus est le nom latinisé de Bergmann, qui signifie liomme démon* tagne, mineur.

Dans nne lettre adressée aux frères André et Christophe de Kœneritz, Érasme fait le plus grand éloge du savoir et des talents de G. Agrîcola (1).

Agricola était d'un esprit trop attaché à Tobservation pour suivre les traces des alchimistes de son temps. La pierre philosophale fut pour lui le sujet de satires mordantes. Il n'est donc guère probable que le petit livre intitulé Lapis philosophorum G. Agricole Philopistii Germani (Colon., 1531, in-12)(2), soit de Georges Agricola^ le métallurgiste. D'ailleurs, il n'en parle luimême dans aucun de ses ouvrages, et ne se donne jamais le surnom de Philopistius.

Les travaux d'Agricola furent suivis, en Allemagne, de ceux d'Engel (Encelius) (3), de Lazare Erker(4), de Mathesius (5), de Weiner (6), de Libavius (7) et de Modestin Fachs (8). Mais aucun n'atteignit à la hauteur de celui qu'ils avaient pris pour modèle, et ils n'ajoutèrent presque i:ienà ce qu'avait déjà dit le maître.

L'impulsion donnée à la science par Agricola produisit ses effets : on vit de tout côté surgir des métallurgistes. L'Espagne et l'Italie ne restèrent pas en arrière de ce mouvement.

Pendant qu'Âgricola cherchait, par ses travaux, à populariser en Allemagne les études métallurgiques, Vantmio Biringiiccio,

(I) Œuvres d'Agricola , p. 679 de Tédit. de B&le ( de 16!i7}. Evoivi , clarissimi juvenes, Georgii dialognm de metallicis. Nec satis possum dicere, majorene iii Totuptale fecerim an Tructu. Magnopere delectavit argumenti novitas ; visiis siini niUii vailes illas et colles et fodinas et maciiinas non légère, sed spectare. — Féliciter praelusit Georgius noster, uec ab illo ingenio quicquam exspectamus me-

(Wocre.

(^) Histoire de la philosophie hermétique^ etc., t. m, p. 82. (3) De re metallica, hoc est de origine, farietate et natura cx)rporum métallicorom , etc., libri m, auctore Christopboro Encelto Salveldensi; Francf., 1557, m-12. — Ce traité est précédé d^me lettre de Mélanchthon, qui recommande l'ooTrage d*Engel de Saalfeld au libraire Egenolplie de Francfort.

(4) Aula subterranea, oder Beschreibung aller fûhrnehmsten minérale- «hên Er>und Bergwerks-Arten, etc. ; Prag., 1574, in-fol. [^)Sarepla, 1578, in-fol.; Leipz. (En allemand.) ^1 {^)Geheimes KunstbUchlein fur Schmelser, etc., 1574.

(7) Arsprobandi minera/ia, etc., dans ses Comment, metallic, (S) Probier-Bùchlein , etc.; Leipz., 1595, in -8°.

HI8T. DE LA CniXIB. — T. lï. \

50 UISTOIAK DE LA GUlMtE.

de Sienne, s'occupait du même sujet en Italie. L'ouvrage de BiringucciOy dont la première édition parut à Venise, en 1540, in-4'', a pour titre : De la pirotechnia, lihri X; dove ampiamente si traita non solo di ogni sorte et diversità di minerSy ma anchora quanto si ricerca intorno à la prattica di qmlle case di quel che si appertiene a Varie de la fusions ouer gitto de' metalli corne d^ogni altra cosa simil à questa. Stampata in Venetia perVenlurino Rof^ flnello, MDXL. Il n'est pas moins remarquable que le livre d'Agricola De re metallica.

L'auteur se distingue également par une grande clarté dans l'exposé des faits et des doctrines : d'un esprit judicieux, il apprécie sainement les choses, et rejette toute spéculation nuageuse ou obscure.

La Pyrotechnie^ c'est-à-dire V art du feu (de icup feu, et te^vif) art) est divisée en dix livres. Le premier et le deuxième livre sont consacrés à la description des métaux, des demi-métaux (arsenic, antimoine, etc.), de leurs minerais, et de quelques sels naturels.

Biringuccio condamne la doctrine des alchimistes, qui prétendent transmuter le mercure en or ou en argent; il se moqu^ avec esprit des vertus de l'or potable et de la pierre philosophale.

Il admet que les métaux sont des corps composés; mais il ne croit pas, comme les alchimistes, qu'ils soient composés de soufre et de mercure. Ainsi, l'or serait une véritable combinaison, en proportions déterminées, de certains éléments primitif» (i).

Les livres m et iv traitent de l'extraction et de l'affinage des métaux.

A propos de l'afdnage de l'or, l'auteur décrit , très-exactement, le procédé dHnquartation, qui est encore aujourd'hui employé. Il expose comment il faut d'abord coupeller l'alliage d'or, soumis à l'essai, avec environ quatre parties d!argent et une petite quantité de plomb,, et comment il faut ensuite traiter par l'eau-forte le bouton de retour contenant l'argent d'inquariatipn. <( L'or se ramasse , dit-il , au fond du matras , sous forme de poudre, et l'argent, réduit en eau (dissous), surnage. Vous enlèverez la liqueur par décantation, et vous traiterez le résidu par une nouvelle quantité d'eau-forte , jusqu'à ce que vous le voyiez

(1) Lib. I, c. 1. Ye dico che le sue original! et proprie materie, altro non sono che subslantie elemenlali con equali quantità et qualità l'una Paîtra proportio* Date , etc.

devenir d'un jaune d'or, de noir qu'il était. Enfin, vous enlèl^verez de nouveau la liqueur qui surnage, et vous laverez le résidu (or) avec de l'eau pure. Des pesées exactes indiqueront la quantité d'or contenue dans Talliage (1). »

Dans les livres v, vi^ vu et vin, il'est question des alliages métalliques et de leurs nombreux usages.

Les livres ix et x traitent de divers secrets ou procédés utiles dans les arts de Torfévre, du foi^eron, du potier, du salpétrier, de l'artificier» etc.

Le chapitre intitulé Modi éU comparre varie eomposiiiom di fuochi quali il vulgo ckiama fuoehi lavorati (2), n'est, sauf quelques additions à la fin, qu'un résumé du Livre des feux de Marcus Graecus (3), que l'auteur appelle Marcus GrachWy et qu'il paratt faire vivre à l'époque de la république de Rome.

Bîringuccio n'a pas l'érudition classique d'Agricola ; il est peu familiarisé avec l'antiquité, Hais il a du bon sens^ de la sagacité, et s'attache à combattre les prétentions des alchimistes.

% iO.

Son ouvrage De metallicis le met au nombre des principaux métallurgistes de son époque.

Gmelin 4) range Gésalpin parmi les adversaires modérés de Paracelse, et ne cite de lui que des ouvrages de nïédec\ue{Quœs^ tionum medicarum lib. ii ; De facuUatitms medicamenlorum , lib. n, Venet., 1593, in-4°; Spéculum ariis medicœ, etc., Argent., 1630, in-8®). Cependant nous avons sous les yeux un ouvrage de Gésalpin (De metallicis), qui assigne à l'auteur un certain rang dans l'histoire de la chimie.

André Gésalpin naquit à Arezzo en 1519. 11 secoua hardiment le joug d'Aristote et de la scolastique. Son livre, intitulé i^â?£^{0nes peripatelicœ (Florence, 1569, in-4°), eut un succès extraordinaire, en divisant les savants en deux camps opposés. Le pre-

(1) Voy. le cb. 2 du li?. i? : El modo di far elsaggio d'una quantità éCar- 9tHto che tenga oro.

(2) Lib. X, c. 9.

(3) Voy. pitts luHit, 1. 1, p. 304.

(4) Qeschichte der Çhemie^ etc., 1. 1, p. 332, 342, 3â3.

mier, il parla de la circulation du saDg dans le livre cité (II, 12), ainsi que dans ses Quxsiionea medicœ (I, 2). Gésalpin fut professeur à l'université de Pise, et premier médecin de Clément VIII, bien qu'il passât pour un mauvais catholique. Il mourut à Rome en 1603, âgé de quatre-vingt-quatre ans.

Le traité De metallicis est divisé en trois livres (1). Dans le premier, Tauteur traite de la matière et delà composition des corps d'après les idées d'Aristote. Il définit les métaux (c des vapeurs condensées par le froid ( metalla sunt vapores a frigore congelait), » Il distingue les minéraux des végétaux, en ce que les premiers ne se putréfient pas, et qu'ils ne fournissent aucun aliment propre au dé veloppenient des êtres animés^; et, prévoyant l'objection qu'on pourrait lui faire, il soutient que aies coquillages, que l'on trouve incrustés dans la substance de certaines pierres, proviennent de ce que la mer avait autrefois couvert la terre, et qu'en se retirant peu à peu, elle avait laissé des traces de son passage. »

Il est impossible de mieux expliquer l'origine des fossiles.

L'explication que Césalpin donné de l'origine des eaux thermales, dont plusieurs sont si chaudes qu'on peut y faire cuire des œufs, est assez curieuse. «Cette. chaleur est, dit-il, produite par les combinaisons qui s'opèrent au sein de la terre » (2). On sait en effet que presque tous les corps émettent de la chaleur au moment de leur combinaison.

En parlant des sels , l'auteur s'arrête sur la préparation de l'alun de Rome, qui est encore aujourd'hui recherché dans le commerce.

« On fabrique, dit-il, l'alun avec une pierre qui se rencontre près de Tolfa, sur le territoire de Rome. Cette pierre (schiste alumineux) est blanche et molle, ou rougeâtre et dure (contenant de l'oxyde de fer) ; de là deux espèces d'alun, le blanc et le rougeâtre. Après avoir calciné cette pierre dans des fourneaux, on l'arrose d'eau pendant plusieurs jours, et on la fait bouillir dans de l'eau. Enfin, ayant séparé les immondices, on concentre les eaux-mères dans des chaudières. C'est ainsi que se forment

(1) De metallicis libri très y Andréa Cœsalpino Aretino ymedico et philoBO» phOy auctore; Nuremberg, 1602, in-4°.

{').) Fonks calidi exeuntes mixtionem corporum, qoœ intra lerratn eombuniiitory signilicant. Lib. i, c. 7.

les cristaux d'alun transparents et anguleux (cristaux octaédriques) (1). »

Le second livre De metallicis traite des pierres calcaires, des marbres, des pierres précieuses, etc. Le phénomène de la cristallisation attira particulièrement l'attention de Césalpin. L'auteur signala l'un des premiers, comme caractère distinctif du règne organique et du règne minéral, que l«s minéraux sont seuls susceptibles de ces formes géométriques, régulières, qu'ils revêtent pendant la cristallisation.

« Lorsqu'on voit, dit-t-il, le nitre, l'alun, le vitriol, le sucre blanc, prendre, par la décoction dans l'eau, des formes anguleuses, et devenir des hexagones, des octogones, des tubes, etc., on se demande avec étonnement pourquoi les mêmes corps cristallisent toujours avec les mêmes formes. »

On se rappelle que , longtemps après Césalpin , Haûy établit comme une loi, depuis démentie par les faits, que les substances de compositions différentes cristallisent toujours sous des formes difTérentes.

Le troisième livre est consacré à la description des métaux.

En parlant de la trempe du fer, l'auteur remarque fort judicieusement qu'il y a des eaux plus ou moins propres à cette opération importante. <( On trempe aussi le fer, dit-il, afin de le durcir, dans des sucs de diverses plantes, comme dans du suc de radis mélangé de lombrics terrestres ; moyen déjà proposé par Albert. »

Au cbapitre du plomb , Césalpin indique un fait qui, joint à d'autres observations, devait conduire à la découverte de l'oxygène. « La crasse (sordes)^ dit-il, qui recouvre le plomb exposé à l'air humide, provient d'une subséance aérienne qui augmente le poids du métal (2). »

On sait aujourd'hui que cette crasse qui recouvre le plomb est un oxyde de plomb (combiné avec une certaine quantité d'acide carbonique), et que c'est là ce qui augmente le poids du métal ; mais on efface de la mémoire, par une sorte d'illusion optique du temps, les siècles d'efforts qu'il a fallu pour arriver à acquérir cette connaissance.

(1) De metallids 9 \Jb, i, cap. 21.

(2) Aëra subslanlia erficit veluli sordeni circa plumbum , unde aiigetur ejus snbstantia. Lib» m, c. 47.

L'auteur appelle le plomb « un «at;<m qui nettoie l'argent et Tor, dans la coupeîlation » (1).-

L'usage des crayong de plombagine remonte au moins au seizième siècle. Gésalpin en fait le premier mention en termes non équivoques. La pierre molybdoide (iapis molybdoïdes) est, dit-il y de couleur noire , et de l'aspect du plomb ; elle est un peu grasse au toucher, et tache les doigts. Les peintres se servent de cette pierre, taillée en pointe, pour tracer des aessins ; ils l'appellent pierre de Flandre, parce qu'on les apporte de la Belgique. On rapporte que cette pierre se trouve aussi en Allemagne, etc. »

La pierre molybdoide de Gésalpin est évidemment le graphite , c'est-à-dire dû charbon dans un état d'agrégation moléculaire particulier.

Vantimoine, dont on se servait, avec le bismuth, pour fondre des caractères d'imprimerie, rend fragiles, comme le fait trèsbien observer Gésalpin^ les autres métaux avec lesquels il à'allie.

Dans le même chapitre , il est question de la préparation du verre faune d'antimoine, obtenu en faisant fondre ensemble un mélange d'antimoine calciné, de borax et de sel ammoniac.

La mine dldria était activement exploitée du temps de Gésalpin. « La mine de mercure, dit-il, qu'on exploite à Idria, près Gœritz, est une pierre friable, pesante comme du plomb, rouge, et contenant des gouttelettes brillantes de mercure; on l'appelle cmaôr^ natif [cinabrium nativum),.. On exploite ce minerai en le chauffant dans des vases de terre, d'où le mercure s'écoule dans d'autres vases enfouis dans le sol . »

Les composés mercuriels, alors les plus usités, étaient l'oxyde rouge, préparé avec l'êau-forte, et lé sublimé blanc, poison trèscorrosif {venenum acerrimum). L'onguent mercuriel et le précipité rouge étaient vantés comme des spécifiques contre le mal vénérien. A ce sujet, Gésalpin décrit parfaitement la salivation et les accidents occasionnés par l'administration, surtout externe, dti mercure (2).

(1) Est enim veluti sapo ad sordes abstergendas auri et argent!. Lib. in, 7.

(2) Sed miriim, peritnctis ex argento vivo cum axungia, brachiorum et crarom articulis , confluere magnam ?iin pituitae ad os , unde iotum corpus expurgetur îd morbo gallico; quo remediodolores sanantur diuUirni, et .ulcéra e\siccantur;8ed aliquando lingua ex coitfluxu pituitae adeo intumescit, ut contiueri in ore nequeat , et processu temporls nt plurimum incidunt aegrotantes in pravas distillaiioiMMf «aalMaUiioQes f4 pordis palpili^tiQnas* Lib. m, c. 14.

TROISIEME EPOUUE. 55

Césalpin fut un des esprits les plus éclairés de son temps. Très-versé dans les sciences de l'antiquité, il cite souvent Pline, Dioscoride, Galien, etc., tout en appréciant les travaux de ses Contemporains.

§ li.

Perez de Vai^as et Tllla-Féii&a«

L'Espagne^ malgré les mines du nouveau monde que Ton était si avide d'exploiter, n'a produit que deux métallurgistes marquants, Ferez de Vargas et de Villa-Feina.

Vargas vivait vers le milieu du seizième siècle. Il était loin de posséder le savoir et les talents d'Agricola, qu'il semblait avoir pris pour modèle. Son ouvrage sur la métallurgie parut, en espagnol^ sous le titre De re metallica, en el quai se tratan diversos seeretos del conocimiento de toda suerte de minérales; Madrid, 1569, in-8^

L'auteur admet la plupart des doctrines des alchimistes , au lieu de les combattre. Le sec et l'humide, le soufre et le mercure, sont regardés par lui comme les éléments des métaux. L'or passe à ses yeux pour le métal le plus parfait, parce que le sec et l'humide s'y trouvent dans une juste proportion. La fusibilité, la malléabilité, l'éclat, la couleur, toutes les propriétés des métaux, dépendent de l'action du principe sec et du principe humide. C'est là le. cadre étroit que l'auteur franchit rarement.

On trouve cependant dans le traité de Vargas quelques observations qui méritent d'être signalées.

Uantimoine est, selon l'auteur, un métal dont le développement n'est pas compleL «Il entre, dit-il, dans la composition du métal des cloches ; et ce procédé vient des Vénitiens, qui s'en servent communément (4). »

Varsenic se rapproche, par sa nature, de l'antimoine. Les ouvriers qui le retirent des mines, ajoute Vargas, ont soin de tenir la bouche fermée et pleine de vinaigre ; car la fumée d'arsenic les empoisonnerait (2).

Nous avons dit plus haut (3) que le manganèse était déjà connu

(1) Ferez de Vargas , De re fneiallica , etc,, lit), iv, 4.

(2) Ibid., IV, 8.

(3) Voy. t. I, p, 129 de («t guvfaj^e,

des anciens. Yargas nous donne sur cette substance quelques indications précieuses. « Le manganèse^ dit-il, qui est de couleur de rouille noire, ne se fond point seul; mais^ étant mêlé et fondu avec les éléments du verre, il communique à cette substance une couleur d'eau limpide et transparente ; il purifie le verre vert ou jaune, et le rend blanc; les verriers et potiers se servent de ce demi-métal avec profit (1). »

C'est bien là Toxyde noir de manganèse, qui, étant employé dans des proportions convenables, blanchit le verre sali par Toxyde de fer. C'est cette propriété qui Ta fait appeler savon des verriers.

Le huitième livre du Traité de métallurgie contient la description de quelques procédés ou secrets à l'usage du forgeron , du doreur, etc.

En parlant de la trempe du fer, Tauteur insiste sur les colorations diverses de Vader. « L'acier revêt, dit-il, quatre couleurs, lorsqu'on le chauffe et qu'on le trempe. La première est d'un blanc d'argent, la seconde d'un jaune doré, la troisième d'une nuance violette, et la quatrième d'un gris cendré. »

Yargas ne dit pas si l'acier est plus ou moins dur. suivant qu'il prend chacune de ces nuances.

a C'est aussi un secret, continue-t-il, de savoir tremper une lime, afin qu'elle soit très-dure ; et cela se fait avec des cornes de cerf ou des ongles de bœuf, avec du verre pilé, du sel, le tout trempé dans du vinaigre ; on en frotte la lime, on la fait chauffer, et puis on la plonge dans l'eau froide (2). »

Yargas comprend que la fabrication des limes est une branche importante d'industrie , qui devait bientôt se perfectionner de plus en plus.

« Si le fer, continue le même auteur, est aigre et cassant, il faut le fondre avec de la chaux vive. — On le rend également doux en l'éteignant dans du suc d'écorces de fèves ou de mauve. »

L'auteur prétend qu'on peut rendre le fer aussi mou et aussi malléable que le plomb, parle procédé suivant : « On frotte le fer avec de l'huile d'amandes amères, on l'enveloppe d'un mélange de cire, de benjoin et de soude, et on recouvre le tout d'un lut fait avec de la fiente de cheval et du verre en poudre; on le laisse

(f ) Ferez de Yargas, De re metallica, Mb. it, tO. (2) Ibid., Tiii, 4.

ainsi sur les braises allumées pendant toute une nuit*, jusqu'à ce que le feu s'éteigne de lui-môme et que le fer se refroidisse (1). »

Ce procédé rappelle le beau temps de Talchimie. Gravure des métaux. — La méthode indiquée par Vargas est encore employée aujourd'hui. Elle consiste à recouvrir le métal (argent, cuivre, fer, etc.) d'une couche de cire, de graisse ou mine de cinabre, et d'y écrire avec de l'eau-forte. Le métal est attaqué dans tous les points où il a subi le contact de l'acide.

Parmi les différents moyens de dorure décrits par Vargas, nous rappellerons les deux suivants :

a Prenez de la gomme arabique, de la couperose ( sulfate de fer), du sucre blanc, du safran, parties égales; écrivez avec ce mélange , et appliquez une feuille d'or sur les caractères ainsi tracés. L'or s'y attachera fortement, et lorsqu'il sera sec, vous le brunirez .

«Pour dorer le bois et le parchemin à peu de frais, broyez finement ensemble du cristal et de la gomme arabique, et réduisez ce mélange, avec un peu d'eau, à un état demi-liquide, homogène. Vous en mouillerez un pinceau, et vous en oindrez le bois ou le parchemin. Cela fait, vous frotterez l'endroit où ce mélange a été appliqué avec une pièce d'or, et cet endroit sera doré. »

Ces deux procédés, purement mécaniques, étaient, surtout le dernier, fort usités, déjà avant le seizième siècle, pour dorer sur bois ou sur parchemin. Quant à la dorure sur métaux au moyen d'un amalgame (mélange d'or et de mercure), elle était déjà connue des anciens, comme nous l'avons montré (2).

Quoique Espagnol et vivant sous le règne de Philippe II, Perez de Vargas ne parle pas des mines, alors déjà exploitées, du Nouveau Monde. Ce silence a de quoi nous surprendre.

11 serait inutile de pousser plus loin notre analyse ; il est facile de s'apercevoir que Vargas copie quelquefois textuellement Agricola et Biringuccio, sans les citer.

Joh. Arph. de Villa-Feina est de quelques années postérieur à Vargas. Son ouvrage, intitulé Quilatador de la plata, oro ypedras, conforme a las leyes reaies, Valladolid, 1572, in-4% offre moins d'intérêt que le précédent.

(I) De re metallica , etc., viii, 4.

(2)Voy. 1. 1, p. 127 de cet ouvrage.

Mines* — • Métallari^e.

Grâce aux progrès de la chimie métallurgique, Texploitation des mines était, au seizième siècle, dans Tétat le plus florissant.

En Allemagne, la riche maison des Fugger, les Rothschild du temps, accrut ses richesses par les revenus des mines de Neusol en Hongrie, de Carinthie, de Falkenstein ehTyrol, deCazalla et Guadalcanal en Espagne. Les barons de Fugger étaient appelés en conseil par les premiers souverains de l'Europe ; plus d'une fois ils prêtèrent des sommes considérables à l'empereur Char les-Quint, qui, malgré l'or du Pérou et du Mexique^ se trouvait souvent sans argent.

Les ordonnances et règlements nombreux concernant les mines, rendus à divers intervalles (4509, 1540, 4545, 4549, 4520, 4523, 4536, 4550, 4553, etc.) par les électeurs de Saxe, les ducs de Brunswick et Lunebourg, les ducs de Wurtemberg, les landgraves de Hesse, les archiducs d'Autriche, les comtes de Hohenstein, etc., témoignent de la sollicitude qu'on avait alors pour cette branche si importante de l'industrie.

Agricola et Mathesius vantent les richesses de l'Erzgebirge et de la Misnie ; le poète Siber chante la prospérité naissante de la ville de Freyberg (4). Les mines d'argent de cette ville produisaient annuellement environ 300 à 400,000 fr. de notre monnaie.

Les mines d'Ehrenfriedersdorf, de Wôlkenstein, d'Ebersdorf, de Thum, de Tretbach, de Hohenstein, de Geyer, de Troppau, d'Altenberg, de Schneeberg, de Marienberg, etc., étaient dans qn état non moins prospère (2).

Les mines d'Eisleben, deMansfeld, de Polfeld, près de Sangershausen en Thuringe, fournissaient beaucoup de cuivre argentifère dont l'affinage procurait de notables bénéfices.

La cadmie, qui' s'attache aux parois des fourneaux dans lesquelson chaufTe des minerais zincifères, avait été, ainsi que nous

(1) Poemata sacra; Basil., 1556, in-8".

(2) Voy. Mathesius, — Agricola , — Meltzer ( Historia Schneeberçensis ), — Mellor {Thear. çhem- Freybergense), — Lfmpe (Hagazin der Bergbaukunde),

l'avons VU plus haut, ^utilisée par les Grecs et les Romains (1). Mais au moyen âge, où la civilisation industrielle était, sous beau* coup de rapports, fort en arrière de celle de l'antiquité, on rejetait comme inutile cette matière , qui s'attache aux parois des fourneaux. Ce ne fut que vers le milieu du seizième siècle qu'un savant de Nuremberg, Erasmns" Ebener, fit voir, comme une chose nouvelle, que la cadmie des fourneaux est aussi bonne à faire du laiton que la cadmie^ ou calamine naturelle. En même temps il fonda 9 près de Goslar, une importante fabrique de laiton (S); et à la même époque Christophe Sander établit, dans le voisinage de Goslar, une fabrique de vitriol blanc (sulfate de zinc }.

Les mines d'argent, de cuivre et de plomb d'Iberg, d'Ilefeld, de Wildenmann^ de Zellerfeld, de Lauterberg, de Rammelsberg, répandaient Taisance et la prospérité dans les contrées du Harz.

La Westphaiie, la Hesse, la Thuringe, ne restèrent pas en retard de ce mouvement. Les mines de fer et de cuivre d'Arens* berg, de Trêves, de Bihteiuj de Corbach^d'Ilmenau, de Saalfeld, et de beaucoup d'autres endroits, étaient tout aussi activement exploitées.

11 serait trop long d'énumérer les différentes localités de la Bohême, de la Moravie, de l'Autriche, de la Bavière, qui se faisaient toutes également remarquer par leur industrie métallurgique (3).

En Francêy les mines étaient^ vers la même époque, dans un état un peu moins prospère. La plupart des travaux métallurgiques avaient été suspendus ou abandonnés pendant les guerres de la Ligue.

Le droit d'exploitation était conféré par les rois à des particuliers qui, en retour, s'engageaient à payer à la couronne une certaine partie des revenus. C'est ainsi que Henri III avait concédé aux sieurs Ëscot et Alonge le droit d'exploiter les mines de la Provence^ du Dauphiné, de la Bourgogne, du Beaujolais et du Maçonnais.

(1) Voy.t. I, p. 138.

(2) GaWor, ffisL Nackrichten von den Oher uïid Unter-Barzischen Bergwerken. Bninsw.; 1765, hi-fôl. Retlimeier, Btaunschw. Liinebtirg, Chronick, Bransw., 1T22, in-fpl.

(3) Voy. Gmelin , Ge^chichte der Chemie^ 1. 1, p. 394.

60 UlSTOia£ D£ LA CHIMIE.

La Champagne était renommée par ses forges et ses fabriques d'acier. En 1524, on découvrit, près de Langres, des filons de minerai d'or et d'argent.

L'Alsace et la Lorraine , qui n'appartenaient pas encore à la France, étaient depuis longtemps célèbres dans les fastes métallurgiques par leurs mines d'argent, de cuivre et de plomb.

Les mines des Pyrénées, et en particulier celles du comté de Foix, continuèrent à maintenir leur antique réputation (1).

La ISorwége et la Suède étaient déjà connues pour leurs mines de fer et de cuivre. Les forges d'Osmund , de Rupferdal, d'Advidha en Ostgothie, de Stahlberg, étaient en pleine activité.

En Angleterre, la reine Elisabeth favorisa de tout son pouvoir l'industrie métallurgique. Elle fit venir de l'étranger, et notamment de l'Allemagne, des ouvriers habiles, pour les faire travailler dans les mines d'étain et de cuivre de Comouailles et de Norlhumberland, et elle fonda deux sociétés industrielles {Sodety of royal mine, Society for minerais and hatlering works), dont le comte Pembroke fut nommé président.

On lit dans les relations de Marco Polo, de Rubriquez et d'autres voyageurs, que les pays de l'Orient, la Turquie, la Perse, la Tartarie, l'Inde, pouvaient alors rivaliser, parleurs richesses métalliques, avec les pays de l'Occident.

Un événement capital pour la métallurgie, comme pour toutes les sciences en général , fut la découverte de l'Amérique.

Pei sonne n'ignore l'histoire de ces lointaines et périlleuses navigations qui eurent pour résultat de révéler l'existence d'un nouvel hémisphère, demeuré inconnu depuis la création du monde à l'hémisphère opposé. Il serait donc inutile d'y insister. Mais il nous importe de rappeler tout ce qui se rattache au sujet qui nous intéresse.

Dans les premières années qui suivirent la découverte de l'Amérique , les Espagnols n'étaient occupés qu'à extorquer des indigènes tout l'or et l'argent que ceux-ci avaient amassés. Cène fut qu'après avoir épuisé ces faciles trésors qu'ils songèrent à exploiter les mines de ces pays nouveaux. L'île que Christophe Colomb avait le premier abordée fut aussi la première exploitée.

(1) Jean de Malus, Recherches et découvertes des mines des Pyrénées, faites en 1600, et rédigées par J. Dupuy; Bordeaux, 1601, in- 12. — Pour plus de détails sur l'état des mines en France au xvi*' siècle, consultez Gobet, Anciens minéralogistes de France^ t. II.

Rodrigue d'Alcaçar obtint , en I5O6, du roi d'Espagne , un privilégequi lui concédait toutes les mines de Saint-Don) ingue moyennant une redevance de un pour cerit. Cet industriel gagna , en très-peu de temps , une fortune immense; mais le gouvernement lui relira bientôt son privilège (i).

On allait surtout à la recherche du sable d'or, qui était soumis à des procédés de lavage déjà connus des anciens. L'or retiré des mines deCibaoetdes lieux circonvoisins était transporté à Buena- Yentura et à la Conception^ où on le faisait fondre et affiner. Chaque fonte qui se faisait dans la ville de Buena- Ventura était estimée, selon Herrera, à environ 120, 000 />^i^ (poids), le /7«.<o valant 4 francs 50 centimes de notre monnaie. Les fontes de la ville de la Conception étaient de 125 à 130,000 pesi. On tirait chaque année des mines de Saint-Domingue un peu plus de 460,000 pgsi d'or.

Femand Cortez aborda, en 1519, au Mexique avec une poignée d'aventuriers. Les présents, envoyés à ce hardi conquérant par Montezuma, montrent que les 'Mexicains étaient loin d'être une nation sauvage, et que la culture des arts ne leur était pas étrangère.

Parmi ces présents , on remarquait des miroirs faits a d'un certain métal très-beau , qui reluit comme de l'argent» (platine?), de forme arrondie et encadrés d'or; — de petites pierres d'or représentant des grenouilles et d'autres animaux; — des médailles grandes et petites , dont le travail et la rareté valaient plus que l'or et l'argent dont elles étaient faites ; — deux roues de la dimension d'une roue de carrosse ordinaire , l'une d'or, dans laquelle était figuré le soleil avec des rayons , des feuillages et des animaux ; l'autre d'argent, représentant la lune (2); — un casque de lames d'or, avec des sonnettes attachées autour de la cime du casque; —des panaches de diverses plumes^ au bout desquelles pendaient des mailles d'or; — des armures d'or et d'argent, enjolivées de plumes et fixées sur du cuir fort bien corroyé ; — des chasse-mouches de plumes très-riches; — des escarpins et des

(i) Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les In^ des occidentales^ par Ant. Herrera, historiographe de Sa Majesté Cathoiix]ue (trad* de la Coste) ; Paris, 1660, in-4°, 1. 1, pag. 459.

(2) L*idée de représenter symboliquement le soleil par l'or, et la lune par l'argent , n'est pas seulement propre aux alchimistes ; elle se retrouve, comme 00 voit, chez presque tooteè k» Dations du globe^ -

62 UISTOmS D£ LA GUIMIË.

sandales de cuir cousu avec du fil d'or; '— des tissus de cqtoo d'une finesse e^^trême, etc. (1).

Uhistoire de la civilisation industrielle des Mexicains se retrouve dans ces présents donnés àCortez. .

La magnificence du temple de Mexico et le pabis de, Mcmtezuma témoignent également d'une civilisation assez avancée.

Au nombre des questions que Cortez fit à Montezuma devait se trouver naturellement celle de savoir de quel endroit le roi tirait son or; car c'était surtout là le but de son entreprise. Montessumia répondit qu'il y avait de l'or dans trois endroits; que celui d'6ù l'on en tirait le plus était situé dans une province ap|>elée Zaca^ - tulOf au midi, à dix ou douze journées de Mexico; que, près de là, il y avait une autre province, nommée Chiuantklà , éga* lement riche en or ; ei qu'enfin il en trouverait cbez les Zapo-» tecas.

Montezuma avait 'donné de riches présents, afin de se débarrasser de ses hôtes aussi incommodes qu'inattendus. Les faibles princes du Bas-Empire en avaient fait autant à l'égard des Bul«> gares , des Esçlavons et des Huns. Mais partout la vue de l'or ne fait qu'exciter davantage la cupidité de l'homme, comme la Tue du sang, loin d'apaiser le tigre, ne le rend que plus féroce. La conquête du Mexique se fit comme se font toutes les conquêtes : les indigènes , mécontents de leur gouvernement, loin de s'unir pour repousser l'ennemi commun, comme c'était leur devoir, l'aidèrent au contraire daps son entreprise.Des caciques insoumis saisirent cette occasion pour rompre tous les liens de l'autorité.

La conquête du Pérou par Pizzaro ressemble à celle du Mexique par Cortez. Une poignée d'hommes s'empare d'un vaste pays bien peuplé, et abondant eh produits de toutes espèces.

Les voyageurs d'alors ne tarissent pas en descriptions plus ou moins exactes sur la magnificence du palais des lucas, le temple du Soleil resplendissant d'or et d'argent, et sur l'immense butin que les Espagnols retirèrent du Pérou.

L'histoire des mines de Potosi présente un intérêt particulire. On raconte à ce sujet qu'un Indien nommé Gualpa, courant un jour dans les montagnes à la poursuite d'un gibier, arracha, en voulant se soutenir, un arbrisseau dont les racines

(1) Herrera, Histoire générale des voyages ei conquêtes, etc., p. 491.

étaient recouvertes d'un minerai brillant qui fut reconnu pour de l'argent (1).

Après quelques contestations entre Gualpa , un autre Indien et un Espagnol nommé Yillaréal, les mines de Potosi furent déclarées ouvertes le 21 avril 1545.

La montagne de Potosi renferme quatre veines : la ricca ( riche), la centenoy la mendteta^ et la veine d'étain. Toutes ces veines sont situées dans la partie orientale de la montagne , et s'étendent du nord au sud (2). « Cette montagne, dit Ulloa , ressemble, dans son intérieur, à une ruche à miel, moins sa régularité^ à cause de son grand nombre de percements , de galeries, de fouilles qu'on y remarque. S'il était donc possible de bien enlever tout d'un coup la croûte qui la recouvre, on y apercevrait un nombre infini de routes souterraines percées sans suite et comme au hasard , selon la direction des veines métalliques (3). »

Le procédé ordinaire de l'extraction et de l'affinage de l'argent, employé primitivement, consistait à calciner le minerai dans de petits fourneaux construits sur les côtés des montagnes , exposés au vent : ces fourneaux s'appelaient gayras. Le minerai était fondu avec une matière métallique , nommée par les Indiens êoroche, et qui, d'après ce qu'en dit Acosta, n'était autre cbosequç du plomb. C'est donc la coupellation qu'employaient les Indiens pour affiner l'argent.

Un quintal de minerai riche donnait d'ordinaire 30, 40 et mèipe 50 pesi d'argent. Le minerai pauvre ne rendait environ que 6 pesi. Il y avait à Potosi une grande quantité de ces minerais pauvres, dont on ne faisait aucun cas ^ et que l'on continuait à rejeter avec les scories, jusqu'au moment où l'on eut adopté le procédé par amalgamation, qui avait été employé au Mexique dès l'année 1566.

Acosta nous apprend que , pendant le gouvernement de don Francesco de Tolède, il arriva au Pérou un honmie qui avait été longtemps au Mexique^ et qui avait remarqué qu'on extrayait l'argent au moyen du mercure ; c'était Pero Fernandez de V^

(1) Histoire naturelle et morale des Indes tant orientales qu^occidentales, par Jo&eph AcosU (irad. par R. R^gqault); Paris, 1608, io-8*^^ lib. it, c. 5. ,

(2) ibid., lib. lY, c. 8. .

(3) Mémoires philosophiques , historiques , physiques , concernant la dé* couverte de V Amérique, etc., par don Ulloa, lieuteoaDt général des armées navales de TEspagne , commandant au Pérou > t. I, p. 288 (Paris, 1787, in-8^).

lasco (1). Il s'offrit à traiter, par le môme procédé, les mines de Potosi; ce qui eut lieu en 1571. Comme si tout devait contribuer à la prospérité de ces mines et à la réussite du nouveau procédé, on venait de découvrir les riches mines de cinabre de Guancavitlea; on pouvait donc se dispenser de faire venir le mercure de TEspagne. Il se consommait annuellement environ sept mille quintaux de mercure dans les mines de Potosi.

Voici les détails qu'Acosta nous donne sur ce procédé : on pile le minerai de manière à le réduire en une poudre très-fine que Ton jette dans dés espèces d'auges de cuivre. On y ajoute un dixième de sel commun , a afin que le métal se débarrasse de la terre et de ses ordures; » puis on y fait tomber une pluie de mercure, en remuant constamment le mélange. Lorsque l'argent est bien imprégné de mercure et que l'amalgame est bien formé, on le fait chauffer légèrement dans des fours à une faible température; après cela, on met le tout dans des vaisseaux pleins d'eau qui , étant tournés et agités par des roues , laissent déposer l'amalgame qui se sépare des impuretés ; on le lave une seconde fois dans des cuves pleines d'eau; enfin on le comprime dans un linge ou dans une peau; lé mercure sort par les pores, et l'argent reste à peu près pur. — Pour lui enlever les dernières traces de mercure , on le faisait fondre et on le soumettait quelquefois à la coupellation.

11 n'entre pas dans notre plan de faire la statistique des richesses métallique^ retirées, pendant le xvi® siècle, des diverses contrées de l'Amérique (2). Mais nous rappellerons que ces monceaux d'or du Pérou et du Mexique ont été plus funestes à la monarchie espagnole que ne l'auraient été la guerre , la peste et la famine. Et en voici les raisons.

D'abord, toute la population des campagnes se précipitait dans les villes, et delà elle partait pour le Nouveau Monde, non pas certes pour y cultiver les arts ou y exercer des métiers utiles, mais pour suivre les penchants dépravés de la paresse, de l'avarice et de la cupidité. Loin donc que les richesses, transportées annuellement de l'Amérique en Europe, fussent employées à ré-

(1) L*auteur de ce procédé , déconvert en 1557^ paraît avoir élé un mineur de Paciiclia (Mexique), nommé Barlholomé de Médina. Yoy. Alex, de Humboldt, sur V amalgamation des minerais chargent usitée au Mexique *àans les Annales de Chimie, vol. LXXVI, p. 204-225.

(2)F. Gmelin, Geschichte dex ChemiCy 1. 1, p. 439-472.

parer les pertes de l'agriculture, elles ne firent qu'en accélérer la décadence , et. la plus grande misère ne tarda point à percer à travers les dehors brillants , qui en tout temps en imposent malheureusement à l'immense majorité des hommes. Les troupes, mal payées, se soulevaient; les provinces , soumises à des impôts vexatoires, arboraient l'étendard de la révolte en proclamant l'indépendance. Le souverain lui-même manquait, faute d'argent, à ses engagements les plus sacrés. Philippe lî refusa de payer les intérêts des sommes qu'on lui avait prêtées, et ce fier monarque, dans les États duquel le soleil ne se couchait jamais , fit banqueroute à la face du monde.

La découverte du Nouveau -Monde mit soudain en circulation, comme de nos jours la découverte des mines aurifères de Californie et de l'Australie , une quantité prodigieuse d'or. Comme ce métal se rencontre presque toujours à l'état natif, mais allié avec de l'argent en proportions variables , il était naturel de songer à trouver un procédé plus exact que celui du cément royal (soufre et antimoine ) pour séparer ces deux métaux l'un de l'autre.

Les alchimistes connaissaient depuis longtemps'la propriété qu'a Teau-forte de dissoudre l'argent et de laisser l'or intact. Ce fut donc à eux que les monnayeurs empruntèrent leur eau de départ (aquachrysiUca),

Un nommé Cointe introduisit, sous le règne de François 1% l'emploi de l'eau-forte dans la Monnaie de Paris. Des auteurs presque contemporains ( Budé, Savot, etc.) racontent que Cointe tenait cette opération d'abord secrète, et qu'il la croyait ou feignait de la croire très-dangereuse; a car il disoitque la fumée d'icelle estoit fort pernicieuse à la santé; de sorte qu'il y faisoil travailler par un serviteur, lui n'y prenant garde que de loin (1). » Cointe et son fils gagnèrent une fortune considérable. Une ordonnance de François I^, datée de Blois le 19 mars 1540, porte (art. 44) que « les gages des essayeurs de la monnaie seront augmentés de moitié, pour raison de ce départ avec l'eau-forte ».

(I) Savot, Traité de A/é/a//tir^f e , cliap. vt, p. 73.

HIftT. DE L\ CniMIR. — T. II. v 6

Quelques années plus tard, ruàkge'de Péau-fprte deviiît si commun que Ton s'en seiraitfi'âddùleusemeht pôttr/a2)i^f'Ie^'p1èc^^ d'argent. Une ordonùànce'dé Chafïés ÏX, d6httiSë'eiîfô6ï;'ptt)S- 'crit formellement cette industrie coupable, à Nous'âéfenilons^ y est-il dit ( art. 3), allouer t& recevoir aucune espëùe d'ôif'nî d^ïgent visiblement rognée ;bt(/it?/(^ par tëàé-ftnie} ïéisfijaellés és- 'pèçés rognées' pu lavéék h6ui^ avôÀs tdtalëriient deàtei*iées, et seront mises au feu pour liillôd(i).V / ^ '

pnsavaitidéjà à cette époque ddnà quelles limités'là niëtfaode'du départ par reau-fdrte étiiit prtt{dabïë;'Àirt6i; oti'fa^pioraitp si dans un alliage il y a beaucoup plui^ d^or qiië â'àrjgëllt', iSààiiforte n'agira aucunement, et qu'il faut qu'il y ait au moins deux tiers d'argent pour un tiers d'ôr. Ùes proportions que l'on préférait, comme cela se pratique encore aujourd'hui , étaient de trois parties d'argent pour une jpaHié d*dr, de manière que cette dernièrepartie fît le raar^ du total de l'alliage, De là les expressions dHnqtiarier et d'tn^ar^àf^ôn^). L'alliage ëtiait ènâûitéàitta^é'^r l'eau-forte : l'or se réuùi^sait au f(Aid soiis fo^&ie'aé pbpfdrei^et l'argent était J;)récîpîtè par uiië îJîècé di^ cûiVrë, « quî^^^cëtle propriété partiôulîère de tirer à sbi'tbùt l'aii^tit quî^eâ'bit^dissous dans l'ëaû-forte ; s'il y a dti cuivre disâoùè' dans l'ëaii^-fcirié, on l'en retire parle moyen du fer, de mémé'qicè' ràirgéàtVéH'rfetire par le moyen du cùlvrè (3) )i. ^ • ' * ' '''''- -

C'est cette substitution que les chîmràtes méàiilurgtstes^ du XVI* siècle reprochaient aux alchimistes d'avoir pris pour liué véritable transmutation. ■ ' ■ ■' ''

La méthode expérimentale commençaitdéjàà porter sels frnfts. En battant en brèche lek doctrines des anciens, elle' iehribhissait la science ae faits nouveaux. ' " m. :* oj- .

(1) Sommaire des édits et ordonnances royàulx, concernant! fa cour dis monnayes et officiers particuliers d*U:elleSféUi. Maiiudcritii^ Ïi3, 1n-4^ ( jniliipradence), delà Bibliothèque dé rArsenal. ' ' ■ ?: :' '.•'.;'.

(2J Voiy* p. 50dB ce ToiunWB. .' ,;

(3) Sâtrot, Traàtéde Métallurgie^ <;lj8p. ti, p. 74. , , -^i

T^ROISIÉttE ÉPOiitiÊ; 67

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CHIMIE TEGHNIQDE.

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mard PaliMj.

Bernard Pajissy doit' être considéré comme le représentant de la chimie technique ei expérimentale au xVi® siècle.

C'est un des hommes qui se sont le plus attachés ^ pendant ce grand siècle, àproclàimer la supériorité dé rexpëriencé sur Tàûtorité des maiti^es, et à combattre les tlïéories sorties du cerveau d^^^Mdèoplies; ; ' ^ - ' • - ^ ' ' "^^ '/ '[

On faîi, si je ne ihe trompe,' trop d'hdnneuraù chancelier Bacon, en le représentant pour ainsi dire comme le créateur de la méthode expérimentale (1). François Bacôii était encore enfant lorsque Palissy éûséîgnait déjà publiquement qiie pouf* atteindre la vérité il' e^ nécessaire de 'consulter *rexpériérice.'*((' Je n'ai point eu, dît-il, d'autre livre qïie lé ciel ef ta têrrè, Tequér est connu àè tous; et est donné à tous de côn'noistré et lire ce béaii livre.»

Le potier de tetre d^Agen fait époque dans ITiistoîre de la chimie, coniine le chancelier d'Angleterre dàùs l'histoire de la philosôptiie. Ces deux hommes se ressemblent intellectuelieiùent par là dil^ectioû qu'ils ont imprimée àuii Sciences d'observation. "On fgiiotfe Paniiéé^réctsé dë'ta' naissance dé Bertiard Palissy. Suivant d*Àtlbigné, il'tiaquît en 149^, dans lé diocèse d'Agen! On ne sait rieri dès ^rè'iniérés âiiiiées de sa jeunesse, qu^il parait avoir consacrées à l'étude du dessin, de la géôndétriè pratique et de l'arpentage.

C'ôàt vers l'année 1544 que B. Palissy s'éprit d'une belle passion pour la préparation des émaux a*ppliqùés à la poterie. Il n'at-

(1) Noos sommes beureux.de constater que cette opinion, qui à l'époque où nous l'avions émise (en 1842) aviit l'air d'un paradoxe, est aujqurdliui partagée par des liommes d'une grande autorité. Il nous suffira de citer, entre autres, M. le baron Liebig (7}iscours prononcé en 1863 à T Académie des sciences de Munich ).

teignit son but qu'après de longues années de recherches et de tribulations. Nous l'entendrons plus loin raconter lui-même les principaux incidents d'une vie si bien remplie.

Dévoué au caMnisme , qui commençait alors à se répandre dans le midi et Touest de la France, Palissy fut impliqué dans les guerres civiles qui désolaient la Saintonge, sa contrée natale. L'édit de Henri II donné à Écouen, au mois de juin 1559, sema l'alarme parmi les calvinistes. Un grand nombre de réformés furent condamnés à mort par des juges royaux. Palissy obtint une sauvegarde du duc de Montpensier; mais, malgré cette sauvegarde du commandant del'armée royale, il fut arrêté et traîné en prison; son atelier, construit à grands frais, fut démoli. Menacé de mort, il ne fut sauvé que par la protection du comte de la Rochefoucauld , du sire de Pons , du baron de Jarnac et du seigneur de Burie. Tout le monde , excepté les juges de Saintes, s'intéressait au sort du malheureux ouvrier de terre , inventeur des rustiques figulineSf comme il aimait à s'intituler lui-même. De Saintes il fut conduit , pendant la nuit, dans les prisons de Bordeaux. Enfin, il aurait subi le sort de tant d'autres huguenots, si le grand connétable, duc de Montmorency, n'était pas intervenu en sa faveur auprès de la reine mère , la fameuse Catherine de Médicis. Palissy^ mis en liberté, s'attacha, par reconnaissance, au service du roi, de la reine mère et du connétable. Il fut employé à embellir des chefs-d'œuvre de son art plusieurs châteaux royaux et particulièrement celui d'Écouen.

Rendu à ses travaux, Palissy se livra avec ardeur à la chimie ^ à l'agriculture et à l'histoire naturelle. Le premier, il eut l'idée de former à Paris un cabinet de géologie^ et de minéralogie. II y fit des conférences publiques, auxquelles* assistaient les membres les plus savants de la Sorbonne , du parlement et de la faculté de médecine. Il demeurait aux Tuileries, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même, et on ne le connaissait alors que sous le nom de Bernard' des Tuileries.

En 1572, Palissy échappa, avec Ambroise Paré, aux massacres de la Saint-Barthélémy, soit qu'il fût oublié, soit que Catherine de Médicis le protégeât secrètement.

Vouvrier de terre fut, à sa dernière heure, tel qu'il avait été pendant toute sa vie, d'une conscience pure, d'une âme forte et élevée. On pouvait lui appliquer ce vers d'Horace : Justum et tenacem propos iti virum.

La Ligue allait recommencer son drame sanglant. Un des principaux ligueurs , Matthieu de Launay, demanda , en 1589, le supplice du vieux Bernard, qui était enfermé dans la Bastille. Le roi (Henri m) , s'intéressant au sort de son vieux serviteur, alla lui-même le trouver en prison, pour l'engager à changer de religion.

« Mon bon homme , lui dit le roi , il y a quarante-cinq ans que vous estes au service de la reine ma mère et de moy; nous avons enduré que vous ayez vescu en vostre religion parmi les feux et les massacres ; maintenant je suis tellement contraint par ceux de Guise et mon peuple, qu'il m'a fallu, malgré moi , vous mettre en prison. Vous serez bruslé demain, si vous ne vous convertissez. »

a Sire , répondit Bernard , vous m'avez dit plusieurs fois que vous aviez pitié de moy; mais moy j'ay pitié de vous, qui avez prononcé ces mots : Je stUs contraint ; ce n'est pas parler en roy. Je vous apprendrai le langage royal , que les guisards, tout vostre peuple ny vous ne sauriez contraindre un potier à fleschir les genoijff devant des statues (1). »

Le vieillard resta inébranlable, et mourut bientôt après, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

OmTr»ipes de Bernard PallMy*

En lisant les écrits de B. Palissy, on sera plus que jamais convaincu que «le style est de l'homme». On reconnaît, dans l'énergie, dans la simplicité et la naïveté du langage, toutes les qualités qu'on admirait dans l'intrépide inventeur des rustiques figulines.

Tous les ouvrages de B. Palissy sont écrits en français; car l'auteur, comme^^il le dit lui-même, ne savait ni le grec ni le latin. Leur publication comprend un intervalle de vingt-trois ans (de 1557 à 1580) (2). Us ont été réunis en un volume in-quarto par Faujas de Saint-Fond et Gobet, Paris, 1777. Il est à regretter que l'on n'ait pas suivi dans cette édition Tordre chronologique.

(1) D*Aubigné, Hiit, tiniv., part, m, an 1$89.

(2) Les éditions les plus anciennes des premiers ouvrages de B. Palissy sont de 1557 et de 1568. Il y a aussi une édition de Tannée 1580.

— La Bibliothèque impériale de Paris possède un manuscrit intitulé ExiraicU des discours de Bernard Palissy, n" 1644 ( fonds de Saint-Germain).

Ces écrits ont été composés, pour la plupart, sous forme de dialogues. La Théorique^ vaine et orgueilleuse, gui d[qrdiT nàire,pûse les questions, est victorieuseinent. combattue ^t souvent humiliée par ifajPrac/t^tie. Lapremijèrça^pre^que consomment tprt» tandis que la dernière, comme on devait s'y .atten-^ dre, a presque toujours raison. . ,;

De Part de terre, de son utilité, des émaux, et du, feu (i\

C'est dans ce traité que Palîssy fait iurtoiit )^i*éuvé de' 'fciètte force de Volonté et de cette patience qui attestent le {génie. Dàhs sa dédicace au sire Antoine de Pônâ, on'reïDarqué ëes^ttk>lës caractéristiques : « Le nombre de meéaUgiû'amcitë'dé 'prendre la hardiesse de vous dire qu'un de ces jours je considéroiis la couleur de ma barbe, qui me causa penser au péti' de jôui^ qui me restent pour finir ma cpufse ; et Cela jn'a fait admîl*er leà'lyis et bleds, des cafnpagnes ^et plusieurs espèces de plaiités, îes^ quelles changent leurs couleurs verdes en blanches, lorsqu'elles sont prestes de rendre leurs: fruits. Aussi plusieurs arbres se hastent de fleurir quand ils sentent cesser leur vertu végétative et naturelle; une telle considération m'a Tait souvenir qu'ilest escritque Ton se donne garde d'abuser des dons de Dieu etâë cacher le talent en la terre : aussi est escrit que le fol celant sa folie vaut mieux que le sâ'gè'ceîant'sbflsçavdîr.

— «Les liures pernicieux dç Raj^njiond Lulle, deParaçe(se, du Roman, de la Rosfi (qui font, perdre le temps à la jeunesse), m'ont causé gratter laterre l'espace de quarante ans et fouiller les entraillés d'rcelle, afin de cognoistre les choses qu'elle produit dans soy ; et, par tel moyen, j'ay trouué grâce deuant Di^u^ qui m'a fait cognoistre des secrets qui ont esté jusques à présent incognus aux liommes, voire aux plus docte^, couime Ton pourra coghoîstre par mes ëscrîts.ïJë sçay bien qu'aucuns se moqueront, en disant qu'il est impossible qu'un hpmn^e destitué de (a }augue latine puisse avoir intelligence des choses naturelles : et diront que c'est à moy une grande témérité d'escrire contre Topiniori de tant de philosophes fameux et anciens, lesquels ont escrit des effects naturels et remply toute la terre de sagesse. Je sçai aussi qu'autres jugeront selon l'extérieur, disant que ie ne suis qu'un pauvre artisan.— Non obstant toutes ces considérations,

(l/ (jytiiw B.'pàlissy j Paris, 1777, în-4% p. 5.

TaOISIÈHE £POQUE« 71-

je^^n'aj: laîsjsé de poursuyure ,mon entreprisé, et, pour couper brochç h toutes calomnies et embusches. j'ay dressé un cabinet 9,uquel j'ay mis plusieurs choses, admirables et monstrueuses, que j'ay^ tirées de la motrice de la terre, lesquelles rendent tesipoigna^e certain de ce que je dis,. ^.^c^9 ^^. trpuvera homme qui ne sçit coQtrainct çonCsffser ijceux véritables , après qu'il aura veu les^ pboses que j'ay préparées en mon cabinet, pour rendre certaif^s-tpjos ceux qui ne youdroyent autrement lyouster foy à mes

;^ , Vû^çi pomn^nt, Palissy s^ezprime dans son 4veriissemen( au lêe(^ .* a Le dçfir q^ie j'ay que tu profites à la, lecture de ce UjDjré. ip'^ incité de t'i^uertir qu^e tu te donnes garde de enyvrer ton es^it de scjiences eçcrit^ aux cabinets par une théorique imagiqatiye, pu crochetée de quelque liure escrlt par imagination de Gftuf qui n'ont rien practiqué, et te donnes garde de croire les opi^ns de ccjui; qui ^seuf, que théorique a engendré la practique,.. Si l'homme pouuoit exécuter ses imaginations, je tiendrois leur party et opinion ; mais tant s'en faut. Si les choses conçues aux esprits ^ pouuoyent exécuter, les souffleurs d'alchiinieferoyent de belles choses, et ne s'amuseroyent à chercher l'espace de cinquante ans, comme plusieurs ont fait; si la^théorique figurée aux esprits des chefs de guerre se pouuoit exécu- ^r^,iU.neper4j?Qye,nt jamais.bataille, J'p$e dire, à la confusion de ceux qui tiennent telle opinion, qu'ils n^ sçagiroyent faire un soulier, non pas. mesme' un talon de chausse, quand ils auroyent tjoutes les théoriques du monde. »

...iGe.pjréambule.contenait, pour ainsi dire en germe, la révoluv tion qui, devait. bientôt s'opérer daps les difTérentes manières de ¥oiries cbose^. il {ialUdt ^^ronter la persécution pour mettre l'expérience au-dessus de la théorie ; il fallait un homme de la trempe de Palissy. pour rompre avec l'autorité du mqyenâge et inaugurer l'ère.de, la lijberté d'observation. ... • • ï ,.Lq vieux Bernard des Tuileries laisse ici loin derrière lui le célèbre chancelier d'Angleterre.

Écoutons Pftlissy raconter lu^-m0n;ie comment il s'est initié à {a..p|ratique,, quelles difficultés il a rencontrées ^ la lecture du ^rand livr^ de la nature. Ce récit perdrait tout spn charme par une sèche analyse : il importe de le reproduire dans toute sa simplicité.

« Sçaches qu'il y a vingt et cinq ans passez qu'il me fust montré

une coupe de terre, tournée et esmaillée d'une telle beauté, que deslors j'entray en dispute avec ma propre pensée, en me remémorant plusieurs propos qu'aucuns m'auoient tenus, en se mocquant de moy, lorsque je peindois les images. — Sans auoir esgard que je n'auois nulle connoissance de terres argileuses, je me mis à chercher les esmaux, comme un homme qui taste en ténèbres. Sans auoir entendu de quelles manières se faisoyent lesdits esmaux, je pilois de toutes les matières que je pouuois penser qui pourroyent fair^ quelque chose; et les ayant pilées et broyées, j*achetois une quantité de pots de terre, et après les auoir mis en pièces, je mettois des matières que j'auois broyées dessus icelles, et les ayant marquées, je mettois en-escrit à paii les drogues que j'auois mises sur chascunes d'icelles pour mémoire; puis ayant fait un fourneau à ma fantaisie, je mettois cuire lesdites pièces, pourvoir si mes drogues pourroyent faire quelque couleur de blanc; car je ne cherchois autre esmail que le blanc, parce que j'auois ouy dire que le blanc estoit le fondement de tous les autres esmaux.

a Or, parce que je n'auois jamais veu cuire terre, ny ne sçauois à quel degré du feu ledit esn^ail se deuoit fohdre, il m'estoit impossible de pouuoir rien faire par ce moyen, ores que mes drogues eussent été bonnes, parce qu'aucune fois la chose auroit trop chauffé et autre fois trop peu ; et quand lesdites matières estoient trop peu cuites ou bruslées, je ne pouuois rien juger de la cause pourquoy je ne faisois rien de bon, mais en donnois le blasme aux matières... Mais je commettois encore une faute plus lourde que la susdite ; car, en mettant les pièces de mes espreuves dedans le fourneau, je les arrangeois sans considération ; de sorte que, les matières eussent esté les meilleures du monde et le feu le mieux à propos, il estoit impossible de rien faire de bon. Or, m'estant ainsi abuzé plusieurs fois avec grands frais et labeurs, j'estois tous les jours à piler et broyer nouuelles matières et construire nouveaux fourneaux, avec une grande despense d'argent et consommation de bois et de temps.

0 Quand j'eus bastelé plusieurs années ainsi imprudemment avec tristesse et soupirs, à cause que je ne pouvois parvenir à rien à mon intention, je m'auisay, pour obvier à si grande despense, d'envoyer les drogues que je voulois approuuer à quelque fourneau de potier; et ayant conclud en mon esprit telle chose, j'achetay derechef plusieurs vaisseaux de terre; et les ayant rom*

TROISIÈME £POQU£. 73

pus en pièces, comme de coustume^ j'en couuray trois ou quatre cent pièces d'esmail, et les envoyay en une poterie distante d'une lieue et demie de ma demeure, avec requeste enuers les potiers qu'il leur plust permettre cuire lesdites espreuves dedans aucuns de leurs vaisseaux ; ce qu'ils faisoyent volontiers. Mais quand ils auoyent cuit leur fournée, et qu'ils venoyentà tirer mes espreuves, je n'en recevois que honte et perte, parce qu'il ne se troouoit rien de bon, à cause que le feu desdits potiers n'estoit assez chaud. »

Après cet insuccès, qui ne devait pas être le dernier, Palissy prit quelque temps de relâche. Il fit, dans cet intervalle, partie de la commission envoyée par le roi pour lever les plans des marais salants de la Saintonge. A peine ce travail fut-il achevé, que Palissy recommençait ses expériences. Laissons>le encore parler lui-même :

«Après que je me trouvay muny d'un peu d'argent, je reprins encores l'affection de poursuyure à la suite desdits esmaux; et voyant que je n'auois pu rien faire dans mes fourneaux ny à ceux des potiers susdits, je rompis environ trois douzaines de pots de terre tout neufs; et ayant broyé grande quantité de diverses matières, je couuray tous les lopins desdits pots desdites drogues couchées avec le pinceau. Ayant ce fait, je prins toutes ces pièces et les portay à une verrerie, afin de voir si mes matières se pourroyent trouver bonnes aux fours desdites verreries. Or, d'autant que les fourneaux sont plus chauds que ceux des potiers, ayant mis toutes mes espreuves dans lesdits fom^neaux, le lendemain que je les fis tirer, j'apperceus partie de mes compositions qui auoyent commencé à fondre : qui fut cause que je fus encores dauantage encoui;agé de chercher l'esmail blanc, pour lequel j'auois tant trauaillé. »

Mais notre patient émailleur perdit encore plus de deux ans à aller et venir d'une verrerie à l'autre, sans obtenir aucun résultat satisfaisant.

« Dieu voulut qu'ainsi je commençois à perdre courage, et que, pour le dernier coup^ je m'estois transporté à une verrerie, ayant avec moi un homme chargé de plus de trois cents sortes d'espreuves , il se trouva une desdites espreuves qui fut fondue dedans, quatre heures après auoir esté mise au fourneau, laquelle espreuve se trouva blanche et polie; de sorte qu'elle me cansa une joye telle, que je pensois estre deuenu nouvelle créa-

turçi et pensois,desIor$ avoir une perfection entière 4e l'esmail blanc; mais je fus fort esloigné de nxa pensée.

((Je fus si grand beste en ces jours là, que soudain que j'eus fait ledit blanc, qoiestoit singulièren^ent beau, je me mis à faire) des vaisseaux de terre, encore .que jamais je. n'eu$$e connu terre; et ayant employé 1/espace de sept ou buitgp&oisit faire leS"- 4its v^sseau;^, je m^e pilins à ériger un fQurne^u semblable à ceux 4es verjerli^s, lequel je bastis avec^un jab^ur iadiciMe ; cs^r il JEalloit que je maçonnasse tout seul, que je destrempasse mon {^oi^er, qae je tirasse Teaupoor la destrempe d!içeluy : aussi me falloit-il nu)y-mesme aller quérir la; brique. sur mon dos, à cause que je n'auois nul ,moyen d'entretenir un ^eul hçmme pour D(i'ayder en cette affaire. Je fis cuire m^s vaisseau^ en première cuisson; mais quand ce fut à }a secpQde cuisson, je receus des tristesses et labeurs tels, que nul homme ne voudroit croire. Car, au lieu de me reposer des labeurs passez, il me fallut travailler l'espace de plus d'un mois, nuit et jour, pour broyer les matières desquelles j'auois fait ce beau. blanc au fourneau des verriers; et quand j'eus broyé lesdites matières, j'en couvray les vaisseaux (jue i'auois faits.

a Ce fait, je mis le feu dans, mon fourneau par deux gueules, aii^si que j'auois veu ^ire auxditsyer]:;iers; je. mis aussi i^es vaisseaux dans ledit fourneau, pour cuider faire fondre les esm^ux que j'auois mis dessus^ Mais c'estoit une chose malheureuse pour moy ; .car, combien que je fusse six jours et six nuits devant ledit fourneau sans cesser de brusier bois par }es deux gueules, il ne fut possible de pouvoir faire fondre ledit esmail, et estois comme un homme désespéré; et combien que je fusse tout estourdi du travail^ je me vay ^adviser qujç dan3 mon esmail il y auoit trop peu de matière qui deuoit faire fondre les autres. Ce que voyant, je me prins à piler et broyer de ladite matière, sans toutefois laisser refroidir mon fourneau... Qua^d j'eus ainsi composé mon esmail , je fus contraint d'aller encores acheter des pots, afin d'esprouver ledit esmail, d'autant queg'auois> perdu tous les vaisseaux que j'auois faites. £t ayant couvert lesdites pièces dudit esmail, je les mis dans le fourneau,^ continuant toujours le feu en sa grandeur.

« Mais, sur cela, il me survint un autre malheur, lequel me donna grande fascherie, qui est quç le bpis m'ayant failli, je fus contraint de brusier les estapes qui soustenoyent les tailles de

mon jardin ; lesquelles estant brasiées, je fus contraint de brasier les' tables et.piancbers de la maison, afin de faire fondre la se-^ çqnde composition, j'estois en une telle angoise que je ne sçauois dire; car j'éstpis tout tari et désseiché, à cause du labeur «t de la cb^eur du fourneau; il y auoit i)Ius d'un ifnois que ma cbe^ mise n auoit seîché sur moy; encores, pour me consoler, on se mpquoi^ de nu>y;.et paôme ceux qui me deuoient secourir alloieiit crier par la ville que je faisois brusler le plancber, et^.par tel moyen. Ton me faisoit perdre mon cj['edit et m'estimoit-on astre fol. ,

a Les autres disoient que je chercbois à faire la fausse monnoyé, qi^i estoit un. mal qi^i m.e faisoit seicber sur ^es pieds, et m'en allais par les raes tout baissé comme ya un homme honteux. J'estois endetté.en plusieurs lieux et auois ordinairement deux enfants aux nourrices, ne pouuant payer leurs salaires : personne ne me çecou^roit; mais, au contraire, ils se moquoyent de moy en dis^pt: |1 lui appartient de mourir de faim, parce qu'il deslaisse json qiestier,. Toutes. ces nouvelles venoyent à mes oreilles quand je passois par la, rue; toutes fois, il me resta encores qpelque esper^Ace qui me soustenoit, d'autant que les dernières espreuves s'estoyent assez bien portées, et deslors en pensois. sçauoir, assez pour pouvoir, gaigoer ma vie. »

Malheureusement le pauvre potier fut encore une fois déçu dans son espérance. II mit le reste de son bien, avec tout ce qu'il avait pu emprunter, dans une fournée plus considérable que les autres;, mais il ne réussit pas davantage.

a J'avois emprunté le bois et les estoffes, et si ^uoisr emprunté partie de ma n9,urriture en faisant ladite besogne. J'auois tenu )Ç^ esperapce ri^es créditeurs qu'ils seroient payez de l'airgent qui proviendroit des pièces de ladite fournée, qui fut cause que plusieurs acqoqrureat dès le matin, quand je commençois à desen-* fourner. Donc, par ce moyen furent redoublées mes tristesses, d'autant qu'en traitant ladite besogpe je ne recevois que honte et confusion. Car toutes mes pièces estoyent semées de petits morr çeaqx. de. cailloux, qui ^stpient si bien attachez autour desdits vaisseaux, et liez avec i'esoiail, que quand on p^ssoit les mains par dessus, lesdits cailloux coupoyent comme rasoirs; et combien que la besogne fust par ce moyen perdue, toutefois aucuns ne vouloient acheter à vil prix. Mais parce que ce eust esté un dèscriement et rabaissement de mon honneur, je mis en pièces

entièrement le total de ladite fournée^ et me couchay de melancbolie : non sans cause, car je n'auois plus de moyen de subvenir à ma famille ; je n'auois en ma maison que reproches. Au lieu de me consoler, Ton me donnoit des malédictions; mes voisins, qui auoient entendu cette affaire, disoient que je n'estois qu'un fol.

(( Quadd j'eus demeuré quelque temps au lit, et que j'eus considéré en moy-mesme qu'un homme qui seroit tombé en vn fossé, son debuoir seroit de tascher à se releuer ; en pareil cas je me mis à faire quelques peintures pour recouvrer vn peu d'argent. »

Après avoir gagné un peu d'argent, Vouvrier de ^^rre s'empressa de reprendre ses travaux. De nouveaux déboires l'attendaient. Mais aucun mécompte ne put briser ce génie : non f régit j sed erexit eum.

a Bref, j'ay ainsi bastelé l'espace de quinze ou seize ans : quand j'auois appris à me donner garde d'vn danger^ il m'en survenoit vn autre, lequel je n'eusse jamais pensé. Durant ces temps-là je fis plusieurs fourneaux, lesquels n'engendroient que grandes pertes auparavant que j'eusse connoissance du moyen pour les eschauffer également. Enfin je trouvay moyen de faire quelques vaisseaux de divers esmaux entremeslez en manière de jaspe; cela m'a nourri quelques ans. Mais, en me nourrissant de ces choses, je cherchois toujours à passer outre auecques frais et mises.

a Quand j'eus inventé le moyen de faire des pièces rustiques (i), je fus en plus grande peine et en plus d'ennuy qu'auparavant. Car, ayant fait un certain nombre de bassins rustiques, et les ayant fait cuire, mes esmaux se trouvoyent les vns beaux et bien fonduz, autres mal fonduz, autres estoient brusiez, à cause qu'ils estoient fusibles à divers degrés ; le verd des lézards estoit bruslé premier que la couleur des serpens fust fondue; aussi la couleur des serpens, escrevices, tortues, cancres, estoit fondue auparavant que le blanc eust reçu aucune beauté.

a Toutes ces fautes m'ont causé un tel labeur et tristesse d'esprit, qu'auparavant que j'aye eu rendu mes esmaux fusibles à vn mesme degré de feu, j'ay cuidé entrer jusques à la porte du se-

(1) Palissy entend p&r pièces rustiques des pièces de tous genres, et notamment des bassins ornés de serpents, de lézards, de grenouilles, de tortues, etc., fabriqués en émaux colorés, surtout en vert ou en jf'a^pe, comme il ledit lui-même.

TAOISIÈME ÉPOQUE. 77

pulchre. Aussi en me irauaillant à telles affaires je me suis trouvé l'espace de plus de dix ans si «fort escoulé en ma personne, qu'il n'y auoit aucune forme ni apparence de bosse aux bras ny aux jambes; ains estoyent mes dites jambes toutes d'une venue, de sorte que les liens de quoy j'attachois mes bas déchausses estoient soudain que je cbeminois sur les talons avec le résidu de mes chausses. Je m'allois souvent proumener dans la prairie de Xaintes, en considérant mes misères et ennuys.

a J'estois mesprisé et moqué de tous... Toutefois l'espérance que j'auois me faisoit procéder en mon affaire si virilement, que plusieurs fois^ pour entretenir les personnes qui me venoyent voir, je faisois mes efforts dé rire, combien que intérieurement je fusse bien triste. Je poursuyviz mon affairé de telle sorte, que je recevois beaucoup d'argent d'vne partie de ma besogne qui se trouvoit bien. Mais il me survint vne autre affliction conquatenée auec les susdites, qui est que la chaleur^ la gelée, les vents, pluyes et gouttières, me gastoyent la plus grande part de mon œuvre auparavant qu'elle fust cuite ; tellement qu'il me fallut emprunter charpenterie, lattes, tuiles et doux, pour m'accommoder. Or bien souvent n'ayant point de quoi bastir, j 'estois contraint de m'accommoder de liarres et autres verdures. Or ainsi que ma puissance s'augmentoit, jedefaisois ce que j'auois fait, et le bastissois un peu mieux; ce qui faisoit qu'aucuns artisans, comme chaussetiers, cordonniers, sergens et notaires, vn tas de vieilles, tous ceux-cy sans auoir esgard que mon art ne se pouvoit exercer sans grand logis, disoyent que je ne faisois que faire, et me blasmoyent de ce qui les deuoit inciter à pitié, attendu que j'estois contraint d'employer les Choses nécessaires à ma nourriture pour ériger les commodités requises à mon art. Et qui pis est, le motif des dites mocqueries et persécutions sortoit de ceux de ma maison, lesquels estoyent si esloignez de raison, qu'ils vouloyent que je fisse la besogne sans outils, chose plus que déraisonnable. Or d'autant plus que la chose estoit déraisonnable , d'autant plus l'affliction m'estoit extresme.

« J'ay esté plusieurs années que, n'ayant rien de quoy faire couvrir mes fourneaux, j'estois toutes nuits à la mercy des pluyes et vents, sans auoir aucun secours, ayde ni consolation, sinon des chats huants qui chantoyent d'un costé, et les chiens qui hurloyent de l'autre ; parfois il se levoit des vents et tempestes qui souflloyent de telle sorte le dessus et le dessous de mes four-

neàbx, que festois coûti^iiit de quitter ïà tdttt, auec perte de mon labeur; et mè' étuis trouvé plusîfeùfe fois qu'ayàht tout quitté, û*ayant rien'dfe s^eè sUr mb^ â cause des pluyes qiii èstoyent tour' bées, je m'en àlloîs coucher à la miiiuît ou 'aîi point dû Jôttr; àccoustré de teïlé sorte 'quVn homine qui seroit yxste de vin; d'autant qu'après avoir I6ngueméntti*availlé je i^yoîà mon labéùi* petdu. Or, en nïé retiràitâinsi souillé et trènipé, Je trdùvôis eii ma chambre une seconde pérsécuftioh ^îre que là prétniërë, q(li me fait à présent estnerveiller que je ne' sois bptisumé dé tristesse. "))'■■

Ce tableau éloqueiit à une hàiite portée philosophique. Ce û^e^l pas par les rêves de Tiïiîàgiriatîdn qu'on arrive âfaire dés découvertes; 6'est en pajrant dé sapersôrtne, c'est ^ar'le travail de ses màîn^'et par une Volonté à toute épreuve, en ùa inôt, (j'est par la pratique, quel'on fait avancer les arts et lés scièiiôès. Voilà ce que démontré lé tdùïiiiânt récit des trîbulalidns d'ûii grand ouvrier. ' - » . > .. .:

C'est te PriteftT/ti^^quilàitièpïotès â7a ThéùHqûé,éi'^Viài bat âur tous les points. . .

La Théorique y après aiôir écouté àttentiVéùient la P¥àctiqùei s'écrie: ■' ''•"''' '' -'^ "■ ' '•./ ■ ^ ' ^ -

(c Poùrqdoi me cherChes-tU une si fdngue chanson? C'est ptûtost pour me destoùilner de mon intention, que non pas poût^ m'en approcher; tu m'as bien fait cy-dessus de beaux discours! touchant les fautes qui surviennent en l'art de terre; mais Cela ne me sert que d'espbuvantèïnent; car des esmaux tu Ùe m*éfl as encore rien dit.» ' . . t ..

« PractiqUe: Les esiotiaux de quoy je fais ma besogne sont' faits d'estaing, de ploùib, dé fer,' d'âéier, d'antimoine, de sajihre de cuivré, d''arene (sahlé), dé i^alicdct (sôUde), de Cendre graVelée (potasse), de lithargé. Voilà lès propres tnàtières déSquëlleâ Je fais mes esmaux. ») ' - • '

Aîprrès cette réponse catégorique, la Pratiijtie engagé lu Théotié à ne pas faire la paresseuse^ à se remuer un peu, et à chercher elle-même les proporliohs les plus convenables pour réussir dans la fabrication des émauk. ' ''

Ce qui nous intéresse dans l'Art de terre , c'est moins l'invention des émaux (1), que la méthode expérimentale^ méthode alors

(1) Les émaux étîaient déjà connàs des anciens. Voy. p. 153 et 157, da tome t.

TRCnSIÈMB ÉPOQUE. 79

nouvelle qae B. Palissy s'efforçait d'introduire dans la science. C'est à ce titre que F Art de terre de Palrssy doit être placé à côté, sinon àù-dessus,' du Nomth (Hgaviùn du chancelier Bacoû.

•ft

Des terres d'argile ({).

L'auteu;r. s'arrête d'abord un mpipept sur l'origin^ du mot ai;gile,.^ui, « selon l'opi^ioi). des Grecs et des.Latins de la Soiv bonne, » signifi/srait terre l^aUe ou grasse, Palissy doute , ayçc raison, de l'exactitude de cette étymolpgie. En effet, or^/fe dévive iéyidemmçpt, du grec argos (apYos)» blçmc^ ou plutôt d'orgylé {i^)^) qui signifie matière blanche.

Yoici maintenant les différentes espèces d'argile, dont Palissy apprécie très-bien l'usage.

. « (Intre les terres argileuses il y a, dit-il, si grande.difï'érence , qu'il e^t.impos$ible à nul homme de pouvoir raconter la contrariété gui est CMi^celles. Aucunes sont sableuses, blancbyes, et fort maigres; et pour ces causes leur faut un grand feu auparavant qu'elles soyent cuites au debuoir. Telle espèce de terre est fort bonne à faire des creusets, parce qu'elle endure un bien grand feu ; il y en a d'autres espèces qui, pour cause des substances métalliques qui sont en elles, seployentet liquéfient, quand elles endurent grande chaleur.' »

On sait que l'argile coinmune est de l'alumine , substance réfractaire mêlée à dés proportions variables de silice, de Carbonate de chaùxj 4^oxyae de fer, etc.^ et que c'est la présence dp l'oxyde de fer qui communique à l'argile sa couleur jaune ou rpuge. Quant à l'espèce d'argile « qui se pioye et se liquéfie à une jgrahde chàfèur, » b^ëtait un silicate alcalin alummeux (argileux), une espèce de terre à porcelaine.

Palissy n'ignorait pas que toute argile contient, de l'eau^ et que l'humidité expulsée par lé féu â fait, en s'enfuyant, crever et casser les pièces ou elle est enclose. » A ce propos il raconte une siagulière histoire.

« J'ai véuV dit-il, autrefois que auèuns tailleurs d'images,' instruits en l'art de terré par ouyr dire seulement, et assez nouveaux en la cônnoissatice des terres , qu'après avoir fait quelques images ils lés .venoyent mettre dedans les fourneaux, pour les cuire selon qii'il's ('entendbyent.' Mais quand îts commençoyent à

(1) Œuvres de Palissy ; Pari», 1777, in-4% p. 3S.

80 HISTOIRE D£ LA GUIMIE.

mettre le grand feu, c'estoit une chose assez plaisante (combien qu'il n'y eust pas à rîre pour tous ) d'entendre ces images peter et faire vne baterie entre eux, comme un grand nombre dliarquebusades et coups de canon ; et le pauvre maistre bien fasché, comme vn homme à qui on raviroit son bien. Car, le jour venu pour desenfourner les images, le four n'estoit pas si tost dèscouvert, qu'il appercevoit les vns la teste fendue, les autres les bras rompus et les jambes cassées; tellement que le pauvre homme ayant tiré ses images estoit bien empesché et auoit bien de la peine à chercher les pièces; car les vnes estoient aussi petites que mouches, et, ne les pouvant rassembler, estoit contraint bien souvent faire des nez de drapeau ou autre matière à ces dites images, o

Par une exception apparente , signalée par Palissy, l'argile se raccomit, se resserre par l'action du feu. C'est ce qui explique pourquoi, pendant les grandes chaleurs de l'été, le sol est fendillé et quelquefois largement eutr'ouvert, lorsqu'il est très-argileux.

Des pierres (1).

Dans ce traité , qui est du plus haut intérêt pour l'histoire de la minéralogie, l'auteur émet quelques opinions en opposition formelle avec la science de son temps.

Palissy fit le premier des expériences précises sur la crislaU lisatiofiy alors nommée congélation. Partant de là, il soutient, avec la conviction d'un homme qui sent qu'il a pour lui la vérité, que les sels et autres matières ne cristallisent qu'autant qu'ils ont été liquéfiés ou dissous dans l'eau. (( Depuis quelque temps, ditil, j'ay connu que le cristal se congeloit dedans l'eau; et ayant trouvé plusieurs -pièces de cristal formées en pointes de diamant, je me suis mis à penser qui pourroit estre la cause de ce ; et estant en telle resuerie, j'ay considéré le salpestre, lequel estant dissoult dedans l'eau chaude, se congelé au milieu ou aux extrémités du vaisseau où elle aura bouilli ; et encore qu'il soit couvert de ladite eau, il ne laisse à se congeler. Par tel moyen j'ay conneu que l'eau qui se congelé en pierres ou métaux n'est pas eau commune ; car si c'estoit eau commune, elle se congeleroit également partout, comme elle fait par les gelées. Ainsi donc j'ay

(1) Œuvres de Palissy, édit., 1777; Paris, in-4°, p. 54.

conneu par la congelalion du salpestre que le cristal ne se congelé point sur la superficie, ains au milieu des eaux communes ; tellement que toutes pierres portant forme quarrée, triangulaire ou pentagone, sont congelées dans Teau. »

Yoilà les premières notions scientifiques de cristallographie dont l'histoire fasse mention : formation des cristaux dans Teau, formes géométriques de ces cristaux; — rien n'échappe à la sagacité de Palissy.

A une époque où l'autorité des écoles ne cessait de faire la guerre à la liberté de la pensée^ la vérité et l'erreur s'entre-choquaientà tout moment. Palissy, tout en rejetant comme absurde, la transmutation des métaux telle que l'entendaient les alchimistes , admet néanmoins la possibilité <le la transformation des corps organiques en métaux. Voici le passage où il exprime cette singulière idée : a Je dis que l'homme , le bois et les herbes peuvent se réduire en métal (1). El cela se peut faire quand vn homme seroit enterré en quelque lieu aquatique, où la terre seroit pleine d'une semence de vitriol ou couperose. Car la dite semence n'est autre chose qu'vn sel qui n'est jamais oysif. Et, comme j'ay desia dit, les sels ont quelque affinité ensemble. Le sel du corps mort estant en la terre fait attraction de l'autre sel , lequel sera d'vn autre genre , et les deux sels ensemble pourront endurcir et réduire le corps de l'homme en matières métalliques, d'autant que la nature du sel nommé couperose ou vitriol ne peut faire autre chose que convertir en airain les choses qu'il trouve au lieu où il fait sa demeurance. Je te donne ce trait pour vn point invariable et bien assuré. »

On voit, par ce passage , combien il est difficile de contenir l'esprit dans les limites de la réalité.

Persuadé de l'utilité de ses découvertes et de la nécessité d'en faire part à ses contemporains, Palissy fit en i57.^ un cours public, qu'il annonça par voie. des affiches. « Je mis, dit-il, en mes affiches, que nul n'y entreroit qu'il ne baiilast un escu à l'entrée desdites leçons; et cela faisois-je en partie pour voir si par le moyen de mes auditeurs je pourrais tirer quelque contradiction, qui eust plus d'assurance de vérité que non pas les prennes que je mettois en avant , sçachant bien que si je

(t) 11 aurait été dans le vrai s'il avait dit que ces corps peuvent réduire la rouille d*un métal.

BIST. DE LA CnmiR. — T. II. 0

mentois il y en auroit de Grecs et Latins qui me résisteroyent en face et qui ne m'espargneroyent point, tant à cause de Tescu que j'auois pris d^ chascun, que pour lé temps que je les eusse amusez. »

Parmi les auditeurs dont Palissy donne la liste, on remarque le célèbre chirurgien Ambroise Paré, Alexandre de Campège, médecin de Henri lil, Jean du Chony, avocat au* parlement de Paris, le prieur de Bertolome, le mathématicien Jean Viret, . et beaucoup d'autres savants de Tépoque. Personne ne souleva d'objection sérieuse; et les idées de Palissy, furent accueillies avec d'unanimes applaudissements.

De làrhame{i].

^ A part quelques hypothèses sur l'humeur radicale et Veau génératrice, considérée comùie cinquième élément, ce traité est rempli de faits originaux.

La marne, substance argileuse mêlée de sable, de sulfate et de carbonate de chaù:è, était employée du temps de Palissy à fum'er le sol, surtout en Brte et en Champagne. Nous aVonVfait voir que ce genre d'engrais était déjà mis en pratique par les Romaine (2). ' !

Là marine était aussi einplôyéé, ainsi que nous l'apprend Palissy,' comme une espède de fondant dans les forges des Ardennes et de laCustillé.

Le passiage le plus remarquable du Traité de la name est celui où il est question du moyen de découvrir la marne au sein de la terre, et de percer le sol à l'aide d*une sonde. Le passage que nous allons reproduire textuellement est un morceau Jïrécieux pour l'histoire de la géologie. .

A la question de la Théorique : comment faut-il s'y prendre pour trouver de la marne? la Practique répond :

«Je ne te puis donner- moyen plus expédient que celuy que je voudrois prendre pour lïioy. Si j'en voulois trouver en quelque province où Tinvèntion ne fust encores connue , je voudrois chercher toutes les terrières desquelles les potiers, briquetîers et tuiliers se serveiil en leurs œuvres, et de chacune terrièrej'en voudrois fumer une portion dé mon champ, pour voir si la terre

(1) Œuvres de Palissy, édit. 1777; Paris, m4°, p. 141. •

(2) Voy. r. I, p. 189 de cet ouvrage.

• ïîioisiÈBiE 'ÉPÔOtJï:- ' ÈH

séroit'âiriéii^tirée; pùkjé Vcmdrois avoir une tarière bien longue, laquelle tarière âutoit àii bout' de derrière une domlle creuse, en la(|iieHé j6 plahfêrôid un l)aitôti, auquel y auroit par l'autre bout un mancbeàu traver^v en forme de tarière; et ce fait, jMrois par totiS lés fb^z' de tnofi héritage, auxquels je planterois ma tarière jusques^ii la longueur de tout le manche, et l'ayant tirée horft du trouV j<9 regarderois dans \r concavité de quelle sorte 4e • tenrc^ elle aiïl^ît-appîorté, et' l'ayant neltOyée j'osterois le premier matocti^'ét' en mettrais un beaucoup plus long, et remettrois la tarière de<JteilBle'trouquéj'tfu«)is faît'premièrement,' et' pefcei>ois iaiërré plus profond par le moyen du second manche. Et par tel tivoyen, 'ayant plusieurs manches de diverses longueurs, lV)ft pourroit si^avoir quelles sont les terres profondes; et non-seulement voudrois-je fouiller dedans les fossez de mes héritages, mais aussi par toutes les parties de mes champs, jusques à ce que j'eusse apporté au bout de ma tarière quelque téiçioignage de la dite marne; et ayant trouvé quçlque apparence^ lors je voudrais faire ea iceluy endroit une fpsse'telle comme qui voudrpitjTaire ^a cuits, p/ ,-- ... .- \

Les pâi^oles q^e qous gênons .de. citeri résument tout l'art du sondage. C'est doiic à Palissy que revient tout l'honneur de l'in-^ vention de cet art utile. . t , f

Continuons. Mais si tu rencontrois,, demande la Théorique^ des .rocs durs, comment^te preadnoîs-tu pour les percer? . ' . A4i^hïa Fraçtique répond : «A la vérité; cela serpit /ascheux. -r Toutefois Ujme:j5emb.Ie que wetarUrç lorcière les perceroit aisénient; et après ïa torcière, on pourroit mettre l'autre tarière, et par tel moyen on pourroit trouver des terres de marne, ioire des eaux pour faire puits ; lesquelles bieri souvent , pour-; roieni monter plus haut que ie lieu, où la pointe de la tarière les aura trouvées: et cela se pourra faire moyennant qu'elles vienneot dé plus Jiaiut que lefonc^ dutrquque .^^auras^fflit. » .

De là à la découverte des puits artésiens' il n'y avait

gu'unpas. ,. . .. ^^ , ; ^ . . .:

. -P^urjCappléter içs:^te|)léauXe^ce5 ç^ toutes nquvelles a^ ççixi|me^siè,Qtej|^il ne^ naanquait plu9 que ce tableau/géologique ^u.sal; • ' ' '

^ Jîous^çav.qn?. qu'en plusieiu*s lieux.les terres. spptfaftesj|^^^ divers bancs, et en les fossoyant on trouve quelquefois un banc déterre, un autre de sable, un autre de pierre et de chaui,^èt un

autre de terre argileuse ; et communément les terres sont ainsi faites par bancs distinguez. Je ne te donneray qu'un exemple pour te servir de tout ce que j'en sçaurois jamais dire : Regarde les carrières des terres argileuses qui sont près de Paris, entre la bourgade d'Auteuil et de Challiot, et tu verras que pour trouver la terre d'argile, il faut premièrement oster une grande espesseur de terre, une autre espesseur de gravier, et puis après on trouve une autre espesseur de rocq, et au-dessouz dudit rocq l'on trouve une grande espesseur de terre d'argile , de laquelle on fait toute la tuile de Paris et lieux circonvoisins. »

Sondage, puits artésien, stratification du sol, etc., en un mot, les points culminants de la géologie se trouvent réunis dans l'ouvrage Sur la marne, et dans les traités dont nous allons poursuivre l'analyse.

Des sels divers et du sel commun (1).

Il y a des sels partout. Ils existent, suivant l'auteur, dans les plantes, dans les animaux, et même dans les végétaux ; ils sôu^ tiennent la charpente solide des êtres vivants; enfin il y a au^ tant de sels quHI y a « de diverses espèces de saveurs et de senteurs » .

Aucun chimiste n'avait encore appliqué le nom de sel à un aussi grand nombre de substances.

a La couperose est un sel, le nitre est un sel, le vitriol est un sel, l'alun est sel^ le borax est sel, le sucre est sel; le sublimé, le sel gemme, le tartre, le sel ammoniac, tout cela sont sels divers. ))

Notons en passant que toutes ces substances , sauf le sucre , sont encore aujourd'hui comprises dans la classe des sels.

En parlant des cendres des végétaux, Palissy fait une obser* Vâtion remarquable, qui mériterait d'être vérifiée, à savoir que l'écorce est la partie la plus riche en sels alcalins, et que le biois en contient beaucoup moins»

Les anciens avaient dit que le sel est l'ennemi de la végéta*tion, Palissy s'élève avec force contre cette proposition, et le premier il établit , par voie expérimentale , la véritable théorie des engrais. 11 démontre presque aussi bien qu'on le ferait aujourd'hui , que le fumier n'active] la végétation qu'à raison des

(1) Œuvres de Palitsy, etc., p. 203.

TROISI£M£ ÉPOQUE 85

sels qu'il renferme, et que, ces sefs étant enlevés, le fumier ne vaut plus rien.

Écoutons Tauteur traiter ce sujet important :

a Le fumier que l'on porte aux champs ne serviroit de rien , si ce n'estoit le sel que les pailles et foins y ont laissé en se pourrissant. Par quoy ceux qui laissent leurs fumiers à la mercy des pluyes sont fort mauvais mesnagers, et n'ont gueres de philosophie acquise ny naturelle. Car les pluyes qui tombent sur les fumiers, découlant en quelque vallée, emmènent avec elles le sel dudit fumier, qui se sera dissous à l'humidité, et par ce moyen, il ne servira plus de rien estant porté aux champs. La chose est assez aisée à croire; et si tu ne le veux croire, regarde quand le laboureur aura porté du fumier en son champ, il le mettra ( en deschargeant ) par petites piles , et quelques jours après il le viendra espandre parmy le champ, et ne laissera rien à l'endroit des dites piles; et toutefois après qu'un tel champ sera semé de bled, tu trouveras que le blé sera plus beau, plus verd et plus espois à l'endroit où lesdites piles auront reposé, que non pas en autre lieu. Et cela advient parce que les pluyes qui sont tombées sur lesdits pilots ont pris le sel en passant au travers et descendant en terre ; par là tu peux connoistre que ce n'est pas le fumier qui est cause de la génération, mais le sel que les semences auoient pris en la terre.

«^ « Si quelqu'un sème un champ pour plusieurs années sans le fumer, les semences tireront le sel de la terre pour leur accroissement, et la terre, par ce moyen, se trouvera desnuée de sel, et ne pourra plus produire. Parquoy la faudra fumer ou la laisser reposer quelques années, afin qu'elle reprenne quelque saisi tu de provenant des pluyes ou nuées. Car toutes terres sont terres; mais elles sont bien plus salées les unes que les autres. Je ne parl^ pas d'un sel commun seulement, mais je parle des sels végétatifs.

il Aucuns disent qu'il n'y a rien de plus ennemi des semences que le sel; et pour ces causes, quand quelqu'un a commis quelque grand crime, on le condamne que sa maison soit rasée et le sol labouré et semé de sel, afin qu'il ne produise jamais semence. Je ne sais s'il y a quelque pays où le sel soit ennemi des semences; mais bien sçay-je que sur les bossis des marais salants de Xaintonge, Ton y cueille du bled autant beau qu'en lieu où je fus jamais; et toutefois lesdits bossis sont formez des

y^idanges desdits marez, je dis des vuidanges d.iji, fond du champ, des marez, lesquelles yuidanges et fanges sont aussi salues qu^ Peau de la mer; et toutefois les.sjeroepçesijr vieEment jutant bien qu'çnnullpteirre que. j'ay jamais vue. J^e ntç ^^Qay pas où c'est que nos juges ont pris ocpaâioa 4^ faire.serxiçrdu;sel.ea'une terre en signe de malédicljon,.si ce n'est qu'il y aitqAieique contrée où le sel soit ennemi des jsemepces, ^ ..V ^

Que die sagacité , que d'esgnt dans. jçe^ peu 4ô paroles î

Trois siècles nous séparei\t.dç.B,^ Palissyj.set J'^pérîenc^ de nos jours a parfi^iteinent^cqn^fmé cçs^ idées; U est (Remontré que c& sont les sels, et notamment les^ sels amp^nia^^ carbonate, phrosph^le çhloiiydrate), fliii jouent Iç principal rôle dans Tactjion 4es engrais,. !j ;, . . , \\ ;» ,

Les agriculteurs pourraient trouver 4'uti les leçons, dans les écrits de B. Palissj; ils^rapj^endraiênt, entre autres, çomipent il faut construire un réservoir ^propre à conserver au ; fumier: la partiel^uide,'C*est-à*'dire le principe fertilisant de Tengrais.

En parlant de Talun, railleur fait trèshljien ressorlir la propriété qu'a ce sel .de fixer les .couleurs, a Ce SjçI \ ^ dit-il , est fort utile aux teinturiers ; ^ vpulajjt teindre un drap blanc ea,fouge, ils le trempent dans dç l'eau d^'alun.JLe sel d'almi estant disions dans l'eau/sera cause qiMB le; <^rap recevra l|i.tjeiniujppqj[|e l'on Ipi aura préparée, et vn autre drap gijii ne sera jppint trempé en l'eau d'alun ne le pourra faire. )> ., ... . .

L'espace nous planque pour reprodu^^'e ici.la belle description que Palissy donne, ejQ parlan^ dyi s^ comipui^j des marais salants de la /^aiqtonge, dont iLavait lui-même tracé le plan par

ordre du, gouverneroenL * , ., , . , ^

D€s.€atiûoeffontamès.({),

Pendant les guerres religieuses du seizième siècjé , on avait plus d'une fois répandu le bruit, ainsi qu'on l'a fait dëruQjS jours lors de lîl première invasion dù'cholérai qde Ifes fOôtaines avaient été empoisolinées; Ce ^tii avait principalement donqé lieu à ce bruit, qui flf tarit de victimes innocerftes, cesoiH les nombreux accidents d'asphyxie occasionnés ^iar la^présence diairs ou de gaz irrespirablés^quiVâCcdmufënl au'fond de certains puits: .

Palissy cite un accident de ce genre ': « Au grand marché de

(0 Œuvre* de palmy, etc., p. 245.

Meaux en Brie, en la maison des Gillets, l'on voulut curer un puits; et pour ce faire, le premier qui y descendit mourut soudain au fond dudit puits. Et fut envoyé vn autre pour sçavoir la cause pourquoy îcelui ne disoit aucune chose, et mourut comme l'autre. îl en fut envoyé encore vn qui descendit jusques au milieu; mais là estant se print à crier pour se faire tirer diligemment, ce qui fut fait ; et estant dehors se trouva si malade qu'il travailla beaucoup à sauver sa vie. »

Ce genre de mort si prompt, et ne présentant sur le cadavre •aucune trace de lésion, ne manquait pas de frapper de stupéfaction les esprits crédules du moyen âge. L'asphyxie ne pouvait être que l'œuvre du diable , ou l'effet d'un poison subtil , inventé par les Juifs ou les alchimistes.

Palissy explique fort bien l'origine des eaux minérales par la dissolution des sels minéraux que l'on rencontre dans les entrailles de la terre.

Les anciens avaient déjà donné cette explication (1).

Quant aux eaux thermales, elles sont, dit-il, produites «par vn feu qui est continuel sous la terre p.

Après avoir traité des diverses espèces d'eaux, et des moyens employés pour les faire monter dans des lieux élevés, l'auteur donne son opinion sur l'origine des sources qui alimentent les rivières et les fleuves. Contrairement à ce que pensent presque tous les philosophes , il ne croit pas « que les sources de la terre soient allaictées parles tétines de l'Océan. » Il estd'avis « qu'elles ne proviennent que des eaux de pluye »> .

« La cause, ajoute t-il, pourquoy les eaux se trouvent tant es sources qu'es puits n'est autre qu'elles ont trouué vn fond de pierre ou de terre argileuse, laquelle peut tenir l'eau autant bien comme la pierre; et si quelqu'vn cherche de l'eau dedans des terres sableuses, il n'en trouuera jamais , si ce n'est qu'il y ait au-dessous de l'eau quelque terre argileuse, pierre ou ardoise, ou minéral, qui retiennent les eaux des pluyes quand elles auront passé au trauers des terres. Tu me pourras mettre en auant que tu as veu plusieurs sources sortant des terres sableuses, voirè dedans les sables mesmes. A quoy je respons, comme dessus, qu'il y a dessous quelque fond de pierre, et que si la source monte plus haut que les sables, elle vient aussi de plus haut. »

N'est-ce pas là le fond de la théorie des puits artésiens?

(1) Yoy. plus haut 1. 1, p, 185. .

Traité des métaux, et alchimie (1).

Dans ce traité Tauteur s'élève contre les doctrines des alchimistes, et s'attache à en démontrer Tinanité. C'est ainsi qu'il dévoile plusieurs procédés de projection qui ne servaient qu'à faire des dupes. Il montre que Tor et l'argent des alchimistes présentent bien l'aspect de l'or et de l'argent véritables; mais qu'il est facile d'en découvrir la fausseté à l'aide de la coupellation. A ce sujet il raconte le fait suivant, qui s'était passé à la cour de Catherine de Médicis :

(( Le sieur de Courlange, varlet de chambre du roy, sçâuoit beaucoup de telles finesses, s'il en eust voulu user. Car, quelque jour venant à disputer de ces choses devant le roy Charles IX, il se vanta, par manière de facétie, qu'il lui apprendroit à faire l'or et l'argent; pour laquelle chose expérimenter il commanda audit de Courlange qu'il eust à besogner promptement, ce qui fut fait. Et au jour de l'expérience ledit de Courlange apporta deux phioles pleines d'eau claire conmie eau de fontaine, laquelle estoit si bien accoustrée, que, mettant une aiguille ou autre pièce de fer tremper dans l'une desdites phioles , elle devenoit soudain de couleur d'or; et le fer estant trempé dans l'autre phiole, devenoit de couleur d'argent. »

Ce M. de Courlanges aurait-il connu le moyen de dorer et d'argenter par la voie humide?

Mais continuons le récit : a Puis fut mis du vif-argent dedans lesdites phioles, qui soudain se congela, celuy de l'vne des phioles , en couleur d'or, et celuy de l'autre en couleur d'argent, dont le roy print les deux lingots, et s'en alla vanter à sa mère (Catherine de Médicis) qu'il auoit appris à faire de l'or et de l'argent. Et toutes fois c'estoit une tromperie, comme ledit de Courlange me l'a dit de sa propre bouche. »

N'oublions pas d'ajouter que Palissy n'avait point été témoin oculaire de ces opérations.

Il n'y avait pas seulement des philosophes et des médecins qui s'occupaient d'alchimie; la plupart des princes s'y livraient également avec beaucoup d'ardeur.

« Laisse-les faire, dit l'auteur ; cela les garantit d'vn plus grand vice ; et puis ils ont du revenu pour approuver ces choses. Quant

(1) Œuvres de Palissy, etc., p. 315.

aux médecins, en cherchant ralchimie, ils apprendront à connoistre la nature, et cela leur servira en leur art, et en ce faisant, ils reconnoistront Timpossibilité de la chose. »

Voici comment Palissy se raille des tentatives des alchimistes.

« Dis doncques au plus brave d*iceux qu'il pile vne noix, j'entends la coquille et le noyau ; et l'ayant pulvérisée, qu'il la mette dans son vaisseau alchimistal. Et s'il fait rassembler* les matières dVne noix ou d'vne chastaigne pilée, les remettant au mesme estât qu'elles estoyent auparavant, je diray lors qu'ils pourront faire l'or et l'argent. Voire mais je m'abuse, car ores qu'ils peussent rassembler et régénérer vne noix ou vne chastaigne, encores ne seroit-ce pas là multiplier ny augmenter de cent parties, comnie ils disent que s'ils avoyent trouvé la pierre des philosophes, chascun poids d'icelle augmenteroit de cent. Or je sçay qu'ils feront aussi bien Tvn que l'autre. »

Traité de l'or potable (i).

L'auteur de ce petit traité, que l'on croit n'être pas de Palissy, cherche à démontrer que la prétendue panacée de l'or potable est un médicament dangereux plutôt qu'utile.

Mais l'or potable n'était, selon lui, que de l'or divisé; et dans ce cas il devait être à peu près inoffensif.

(( Il y a, dit-il, vn nombre infini de médecins qui ont fait bouillir des pièces d'or dedans des ventres de chapon , et puis îaisoyent boire le bouillon aux malades. — Autres faisoyent limer lesdites pièces d*or, et faisoyent manger la limure aux malades parmi quelque viande. Autres prenoyent de Por en feuille de quoy usent les peintres. Mais tout cela servoit autant d'vne sorte que d'vne autre. )>

Paracelse est surtout sévèrement jugé par l'auteur. Son or potable était selon lui toute autre chose que de l'or dissous ou réduit en poudre, et, à l'entendre, Paracelse et ses disciples se sont fait une renommée par des moyens que l'honnêteté réprouve et dont la tradition n'est malheureusement pas perdue. C'est à ce sujet que l'auteur raconte l'histoire suivante , d'un intérêt de circonstance :

« J'ay conneu, en vne petite ville de Poitou, vn médecin aussi peu sçavant qu'il y en eut en tout le pays, et toutes fois par vne

(1) Œuvres de Palissy ^ p. 363.

seule finesse il se faisoit q^uasi adorer. Il ^uoit vne estude secrette bien près de la porte de sa maison, et par vn petit trou voyoit venir ceux qui luy apportoyent des vrines ; et estant entrez en la cour, sa femme bien instruite se vehoit asseoir sur vn bois près de Testude où il y auoit une fenestrè fernaée de châssis, et interrogeoit le porteur d'vrines d^oii îlestoit, et que son mari estoit en la ville, naais qu'il vîendroit bien tost; et les faisant asseoir auprès d'elle , les interrogeoit du jour que la maladie print au malade, et en quelle partie du corps estoit son mal, et conséquemment de tous les effets et signes de la maladie. Et pendant que le mes^ger respondoit aux interrogations, monsieur le médecin escoutoit tout, et puis sortoit par vne porte de derrière et rentroit par la porte de devant , par où le messager le voyoit venir. Lors la dame lui disoit : Voilà mon mari; parlez à lui. Ledit porteur n'auoitpas sitost présenté Tvrine, que monsieur le médecin ne la regardast auec fort belle contenance; et après il faisoit vn discours de la maladie, suyvant ce qu'il auoit entendu du messager par son estude. Et quand ledit messager estoit retourné au logis du malade , il contoit comme par vn grand miracle le grand sçavoir de ce médecin , qui atioit conneu toute la maladie soudain qu'il auoit veu l'vrine; et par ce moyen le bruit de ce médecin augmentoit de jour à autre. »

Cette petite digression nous fait voir qu'au seizième siècle on en savait autant qu'aujourd'hui en* fait de charlatanerie, nouvelle preuve que le mauvais côté de l'homme se développe bien plus promptement que le bon côté. Le vice est plus ancien que la vertu.

Nous venons de faire connaître les ouvrages de B. Palissy, qui ont un rapport plus 'direct avec l'histoire de la chimie.

Nous ne ferons que mentionner les traités suivants.

Mithridate ou thériaque (1).

L'auteur se propose de démontrer que la multiplicité des drogues qui entrent dans la composition de l'électuaire portant le nom du fameux roi du Pont ( Mithridate ) est plus préjudiciable qu'utile à la santé,

.(>) ŒMrrc5 rfc Pa//55y, etc., p. 377.

TROISIÈME ÉPOQUE. 9i

Des glaces (1).

L'objet de ce petit écrit est de prouver que la glace commence toujours à se former à la surface des eaux, contrairement à ropînîon de ceux qui prétendei^t que les glaçons commencent d'abord à se produire au*fond des eaux, et que de là ils se portent vers la surface.

Déclaration des abus et ignorance des médecins.

Ce petit livre, qui parut pour la première fois à Lyon, en J5d7, sous le nom de Pierre Braillier^ est attribué par quelques critiques à B. Palissy.

Il est dirigé contre les abus de Texercice de la médecine, et n'est pas sans intérêt

Beçepte véritable par laquelle tous les hommes de la France pourront apprendre à multiplier et augmenter leurs thresors (2).

Cet ouvrage parut, pour la première fois, à la Rochelle, en 1563, in-4*; il renferme d'excellents préceptes sur Tagriculture. La question des engrais y est traitée on ne peut mieux, tant sous le rapport théorique que sous le rapport pratique. « C'est, dit l'auteur, dans les productions du sol qu'il faut chercher la véritable pierre philosophale et le moyen de multiplier et d'augmenter ses thresors. »

Le livre de la Recepfe véritable, etc., est divisé en quatre chapitres : le 1" est intitulé Agriculture ; le 2*, Histoire naturelle; le 3", Jardin délectable; et le 4®, la Ville fortifiée.

Tous ces sujets sont traités avec cette supériorité d'esprit et de talent qui caractérise B. Palissy. Après avoir enseigné de joindre l'utile à l'agréable, il se montre philosophe et moraliste sévère , en faisant, moilié moqueur, moitié sérieux, les réflexions suivantes sur l'être le plus méchant de la création :

«Je voulus, dit-il , savoir quelles espèces de folies estoyent en l'homme, qui le rendoyent ainsi difforme et mal proportionné. Mais ne le pouvant sauoir ny cognoistre par l'art de géométrie, je ro'advisay de l'examiner par une philosophie alchimistale, qui

/l) Œuvres de Palissy^ p. 888.

(2)lbid.,etc., p. 497..

fut le moyen que je viojs soudain ériger plusieurs fourneaux pro* près à celte affaire : les uns pour putréfier, l'autre pour calciner, aucuns autres pour examiner, et aucuns pour sublimer, et d'autres pour distiller. Quoy fait, je prins la teste d'un homme, et ayant tiré son essence par calcinations et distillations, sublima* tions et autres examens faits par matras , cornues et bains-maries, et ayant séparé toutes les parties terrestres de la matière exhalative,je trouvois que véritablement en l'homme il y auoit un nombre infini de folies, que quand je les eu apperceues, je tombay quasy en arrière comme pasmé , à cause du grand nombre de folies que j'auois apperceues en ladite teste. Lors me print soudain une curiosité et envie de savoir qui esloit de ces plus grandes folies ; et ayant examiné de bien près mon affaire, je trouuay que V avarice eXV ambition avoient rendu presque tous les hommes fous, et leur auoient quasi pourri toute la cervelle. »

Le maitre touche du doigt la plaie de l'humanité. C'est eu effet Vavarice et Vambition qui font le plus de mal. L'histoire, tant publique que privée , l'atteste.

Les œuvres de Montaigne et de Rabelais ont eu de nombreuses éditions; elles sont entre les mains de tout le monde. Pourquoi n'en serait-il pas de même des œuvres de Bernard Palis.sy, un des plus grands hommes dont la France puisse s'enorgueillir, comme l'avait déjà reconnu Fontenelle (i)?

A peu près vers le même temps, l'Italie était illustrée par trois hommes de génie, chacun d'un mérite différent : Léonard de Vinci, Cardan , et J.-B. Porta.

liéonard de Vinci (né en 1452, mort en 1519).

Grand dans les arts, grand dans les lettres, grand dans les sciences , Léonard de Vinci est le génie le plus fécond, le plus vaste qui ait peut-être jamais existé. On peut lui appliquer ce qu'un his-

(1) Le Yœu que nous avions exprimé en 1843 (dans notre première édition) a été depuis en partie rempli. M. Cap a publié , en 1847, un choix des œu? res de Bernard Palissy . Depuis lors M. de Lamartine , Duniesnil et d^autres ont consacré à cette b^lle figure dMntéressantes notices. Mais ils ont oublié de mentionner celui qui avait avant eux essayé de mettre en relief le génie et les travaux de Bernard Palissy.

TROISIEME £P0ÛI}E. 93

torien ancien dit d'Alcibiade : In eo natura guid efficere possit pidelur experta.

«Un siècle avant Galilée et Bacon, dit M. Libri dans le beau tableau qu'il a tracé deTillustre peintre toscan, Léonard a porté le flambeau de la critique dans toutes les parties de la science, et il a donné les préceptes les plus vrais , les plus justes, les plus philosophiques, pour parvenir à reconnaître les causes des phénomènes naturels. Brisant le joug de Tautorité, combattant les qualités occultes , il proclama l'expérience comme le seul guide sûr, et il ne s'en écarta jamais (1). »

Léonard de Vinci n'avait publié aucun ouvrage pendant sa vie. Les nombreux manuscrits qu'il laissa après sa mort tombèrent en différentes mains ; ils furent dispersés, et pour la plupart égarés. Dans la Notice de quelques articles appartenant à Vhistoire naturelle et à la chimie , tirés de V Essai sur les ouvrages de Léonard de Vinci, parVenturi, on remarque le passage suivant, d'un intérêt plus particulier pour l'histoire de la chimie :

(( Le feu détruit sans cesse l'air qui le nourrit; il se ferait du vide , si d'autre air n'accourait pas pour le remplacer.

(t Lorsque l'air n'est pas dans un état propre à recevoir la flamme, il n'y peut vivre ni flamme ni aucun animal terrestre ou aérien.

«Il se produit de la ftiméeau centre de la flamme d'une bougie, parce que l'air qui entre dans la composition de la flamme ne peut pas y pénétrer jusqu'au milieu. Il s'arrêteàla surfacedela flamme, il se transformé en elle, et laisse un espace vide, qui est rempli successivement par d'autre air (2). »

Léonard de Vinci n'est généralement connu que comme un grand peintre. Cependant il n'était étranger à aucune branche des connaissances humaines. Il était en même temps géomètre , mécanicien, physicien, naturaliste, anatomiste; et ce qui plus est, c'est qu'il avait fait lui-même d'importantes découvertes dans toutes ces sciences.

H.' Libri a donné un analyse détaillée des travaux scientifiques de Léonard de Vinci, d'après les fragments qui en restent (3).

(1) M. Libri, Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. lit, p. 53.

{%) Annales de chimie, t. xxiv, p. 150*

(3) Bistaire des sciences mathématiques en Italie, t. m, p. 27-60.

^érôm^ Cardan (né à Pavie, en 1501 y mort en 1576).

Tout à la fois mathématicien, médecin , physicien, philosophe , Cardan révèle dans ses nombreux écrits, qui ne forment pas moins de 10 volumes in-folio (Lyon, edit. Spon, 1663), un esprit pénétrant, subtil, et doué d'une profonde connaissance d^^ anciens. Mais on chercherait en vain dans ces idées éparses ua enchaînement systématique. Enseignant et combattant tour à tour les doctrines de Talchimie et de la kabbale, il inêlejes observations les plus exactes aux théojries les plus insoutenables ^ les vues les plus élevées aux théories les plus bis^arres.

Cardan appartient beaucoup moins à l'histoire de la chimie qu'à celle de la philosophie. Nous n'avons de lui aucun traité chimique ou alchimique spécial. Mais on trouve des notions intéressantes relatives aux sciences physiques et mathématiques dans deux de ses ouvrages les plus remarquables, dont Tun est intitulé De subtilitqle , et l'autre. De varielaUrerum.

Un des chapitres les plus curieux de ce dernier ouvrage (i) est celui qui traite des forces et des aliments du feu. L'auteur divise implicitement les corps en combustibles et en non combustibles ^ et il établit, contrairement à l'autorité de ses prédécesseurs, que le/ci*, principe destructeur, n'est pas un élément.

Dans ce même chapitre, il est question d'un gaz (flatus) qui c( alimente la flamme et rallume les corps qui présentent un point en ignition ». — Ce gaz ne peut être que Voxijgène ou le protoxyde d'azote. L'auteur remarque, en outre, que (cce même corps existe dans le salpêtre » (2).

Malheureusement ces observations sont trop isolées, et manquent de toute démonstration expérimentale. On peut donc apr pliquer à Cardan ce que nous avons eu si souvent occasion de

(1) H. Cardani, M^iolanensis, medici, De rerum varietaie , libri wn; Basil., 1657, in-8^

(2) Ibid.f lib. X, c. 49/p. 668. Cotiligit lit jam quasi exstincliis in flammam accensus eriimpat, oh salsedinem murorum el ob nitriim quod iniiris vetuslis. adhœret et lignorum cariem ; qnodcunque enim flatum gi^nit e pruna , flamknam excitare solet. — Ibid., p. 662 : Mira suut quae ignis ostendit. — Mam caodela exstinctas non perfecte, imagines ori admovens revivescere, qui tibi sulphur et petroleum adesse non norit, admirabitur, etc.

dire de beaucoup d'autres philosophes, qu'il a seulement en/r^u qaelques-unes des découvertes qui devaient changer la face de la science. Les faits que ces entrevoyeurs connaissaient étaient par rapport aux découvertes réelles ce que les infinitésimales sont à leurs intégrales.

Le livre De la variété des choses a beaucoup d'analogie avec la Magie naturelle de Porta : le lecteur y trouve des détails non-seulement propres à piquer la curiosité, tnais qui peuvent aussi rece- ?oir d'utiles applications. On y lit, entre autres, que c'est avec des wktances métalliques que l'on varie la couleur de la flamme ; que roh peut faire une bougie merveilleuse par sa couleur, son odeur, son mouvement et son bruit ( candela colore, odore, motu et strepUuadmtabilis), avec 1 partie de nitre, ^ de myrrhe , d'huile commune, de suc d'épurge, j*q de soufre, ^ de cire; et que l'on peut faire marcher des œufs sur l'eau , en les remplissant de poudre à canon par une petite ouverture que l'on bouche avec •de la cire (1).

Le long chapitre 5ttr la distillation ne renferme rien de nouveau. Il n'en est pas de même de celui qui traite Du verre. Il y est dit que le verre maintenu pendant quelque temps dans son état de liquéfaction par la chaleur perd sa transparence et devient opaque. Le verre cependant ne change pas décomposition chimique (2). C'est là un de ces phénomènes que les chimistes modernes croient expliquer par Yisomérie, — un mot !

Cardan avait sur la nature de Tair des idées fort justes; mais le mode d'analyse qu'il proposait ne porte que sur une partie deèe milieu ambiant, la vapeur d'eau. Il se sert, à cet effet , de boyaux ou de membranes animales, et apprécie, d'après leur étal de contraction , la sécheresse ou l'humidité de l'air. Cette observation devait conduire à l'invention de Vhygromètre (3).

Les anciens, préservaient Içs métaux de la rouille en les recouvrant d'une couche de résin^. Cardan et d'autres physiciens proposaient l'huile au lieu de la résine. Il ajoute que lat rouille provient d'un a humide aqueux o {ab humido aqueo) ; mais il ne

(Il De rerum varistate , lib. \, c. 49. '(îj/iiii.Vfib.iri.c. i4. '

(3) L'iiiTenlion de riiygroinètre iJoit être, diaprés M. Libri, attribuée à Léonard ^ Vinci. Voy. Histoire des sciences mathématiques, par M.Libri, t. m, p. 53,

noie 2,

croit pas que le principe de la rouille existe dans l'air (1).

Dans son traité De la subtilité (2), Cardan parle un peu de tout. Il y est question de physique, de mécanique, de chimie, de météorologie, d'astrologie, de zoologie, de médecine, de sorcellerie, etc. Beaucoup de matériaux sont empruntés à Pline, qu'il ne cite pas toujours. Dans le livre II , l'auteur parle des feux d'artifice de Marcus Graecus , qu'il appelle Marcus Gracchus (3). Il y donne pour la composition de la poudre à canon alors employée : 3 parties de uitre, â parties de charbon et 1 partie de soufre. On voit que , comparativement è la poudre à canon de nos jours , la proportion de nitre est beaucoup trop faible.

Cardan s'est imposé un silence absolu en ce qui concerne les poisons. « Un empoisonneur est, dit-il , beaucoup plus méchant qu'un brigand. Il est d'autant plus à craindre qu'au lieu de vous attaquer en face , il vous dresse des pièges presque inévitables. C'est pourquoi je me suis refusé non-seulement à enseigner ou < expérimenter de pareilles choses ; mais je n'ai pas même voulu les savoir (4). »

D'autres étaient à cet égard beaucoup moins scrupuleux , témoin J.-B. Porta.

ilean-Baptiste Porta ( né en 1537 ^ mort en 1615} (5).

Porta était un polyhistor, dans toute l'acception du mot : les mathématiques, la physique, la chimie, la médecine, l'histoire naturelle, toutes les sciences lui étaient familières. Il nous apprend lui-même dans la préface de sa Magià naturalis (6), ou-

(1) De rerum varietate, lib. iv, c. 16, p. 157 : Nam et sub terra ubi aer non est corrumpuntur et mullo magis (metalla).

(2) H. Gard. De subtilitate^ libri xxi ; Basil., 15S3, in^rol.

(3) De subtititatCf lib. ii, p. 36.

(4) Est veneficus latrone eo deterior, quo difficilius est vitare clandestinas insidias quam manifestas. Quam ob rem non solum docere aut experiri, sed neque 8cire talia noiui.

(5) Voy., sur la ?le et les ouvrages de J.-B. Porta, M. Libr'iy Histoire des sciences mathématiques en Italie, t. iv, p. 108-138.

(6) Jo. Baptista Porta, Magix naturalis libri \\ ; NapleS, 15S9, in-folio. — La première édition avait paru en 1584.

vrage qui a été traduit dans toutes les langues de l'Europe , que , non content d'avoir étudié les anciens, il s'était mis à voyager en Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, pour entrer en relation avec les hommes les plus célèbres de son époque, et qu'il n'épargna aucune dépense pour se procurer les livres de science les plus rares. Il eut surtout à se louer de la libéralité du cardinal d'Esté, qui prenait un vif intérêt aux travaux de Porta. Ce même cardinal fonda, dans sa maison, une société savante, à laquelle il donna le nom d'Académie des secrets. C'est la plus ancienne de toutes les académies des sciences.

Porta avait sur B. Palissy l'avantage d'une forte instruction classique, mais il lui était de beaucoup inférieur pour la méthode d'observation.

B. Palissy était tout entier à ses laborieuses recherches ,.lors^ que Porta avait déjà réuni, théoriquement, les éléments de l'art du fabricant de verres et d'émaux colorés. C'est ainsi qu'il dit, dans le chapitre de Gemmis adulterandis (1), qu'il faut d'abord faire une pâte vitreuse avec à peu près parties égalés de tartre calciné , (carbonate de potasse) ou de soude (carbonate de soude) , et de cristal de roche ou de pierres siliceuses pulvérisées et bien lavées; qu'il faut chauffer ce mélange, pendant six heures, daus des creusets d'argile à la température la plus élevée, et qu'il est bon d'ajouter à la masse vitreuse une cer- 1 taine quantité de céruse, afin de la rendre parfaitement transparente. Cela fait, il ne s'agit plus que de colorer cette masse vitreuse, et l'on y parvient en la faisant fondre avec des oxydes métalliques. Voulez-vous imiter le saphir? mettez-y du cuivre brûlé; le manganèse (oxyde de manganèse ) vous donnera Taméthyste, etc.

Après les pierres précieuses , l'auteur arrive à parler des émaux, qui sont, ainsi qu'il le remarque fort judicieusement, colorés par les mêmes moyens que le verre ; seulement la pâte est ici opaque , au lieu d'être transparente.

Poisons. Les poisons composent presque toute la Magie naiwelle. C'est là l'étude favorite de Porta ; et , bien qu'il traite dans son ouvrage de beaucoup d'autres sujets , il y revient sans cesse. Rappelons-nous combien c'était là une question délicate, et combien il était alors dangereux de l'aborder. Aussi le

(\)Magia naturalisa lib. vi, p. 117 (edit. Neapol., 1680).

H18T. DB Ll CHIMIE. -- T. U. 7

voyons-nous employer mille moyens détournés pour traiter l'objet de sa prédilection.

Ainsi, dans le livre Sur Vart culinaire, il trouve moyen de glisser une recette pour faire que les convives ne puiss&nt rien avaler. Cette recette consistait à faire digérer dans du vin des racines de belladone (1) pulvérisées, et d'en donner à boire trois heures avant le repas. Le principe vénéneux de cette plante, qui trouvait dans le vin tout à la fois un dissolvant aqueux et alcoolique, devait en effet, comme beaucoup d'autres poisons, produire une constriction violente du pharynx, et empêcher ainsi la déglutition ; mais, à haute dose , qe vin devait faire plus que d'empêcher « les convives de ne rien avaler » ; il devait les conduire directement de la table au tombeau. Porta se garde bien de dire ici le fond de sa pensée.

Dans ce même Traité culinaire (dfe Re coq^inaria)\\ s'étend singulièrement sur l'usage des plantes de la famille dessolanéesQusquiame, stramoine, belladone), de la noix vomique, de l'aconit, de la staphysaigre, du bois gentil, de différentes espèces d'apocynées, etc. L'auteur a-t-il voulu donner à entendre que les cuisiniers et les empoisonneurs sont de la même famille?

Dans le Traité de l'oiseleur {de Âucupio) (2), il indique un grand nombre de moyens propres à empoisonner les animaux. Parmi ces moyens il y en avait un qui, à cause de son action violente, avait reçu le nom de « pwson de loup » {lupinum venenum); c'était un mélange de feuilles d'aconit tue-loup {Aconitum lycoctonum), d'if, de verre pilé, de chaux vive, d'arsenic jaune, d'amandes amères, et de quantité suffisante de miel pour faire des pilules de la grosseur d'une aveline. L'auteur aurait pu ajouter que ces pilules pouvaient tuer des hommes aussi bien que des loups.

Enfin, dans le livre qui traite des « expériences de médecine » {de medicis experimentis)^ l'auteur fait connaître le moyen d'administrer un poison pendant le sommeil. Ce moyen consistait à enfermer dans une boîte de plomb bien close un mélange de suc de ciguë, de semences écrasées de stramoine , de fruits de belladone et d*opium ; on devait laisser ces substances fermenter

{i)Herha, belladàna vocata. De re coqxtinaria. Magia uatur., lib. xit. (2) Mag, naty lib. xv, p; 244 (edit Neapol., 1589)

pendant plusieurs jours dans cette boîte , et ne l'ouvrir que sous les narines de la personne endormie (1).

Après avoir exposé ses recettes, l'auteur" semble établir trois degrés dans l'action des poisons narcotiques. Dans le 1" degré, il y a narcotisation proprement dite; dans le 2® degré, aliénation temporaire (2) ; dans le 3® degré , mort.

C'est en dépassant la dose narcotisante de ces substances que l'on entrait dans le domaine de la magie naturelle. Des mets saupoudrés de stramoine ou de racine de belladone faisaient apparaître les visions les plus extraordinaires. Porta dit avoir vu des individus ainsi empoisonnés être en proie à d'affreuses hallucinations : ils se croyaient tous métamorphosés en animaux; les uns nageaient sur le sol comme des phoques ; les autres mar^ chaient comme des oies; d'autres broutaient l'herbe, comme des bœufs , etc.

Qui ne se rappelle ici la fable de Circé , qui changea les corn* pagnons d'Dlysse en pourceaux?

On sait que ces sortes de charmes sont, en général, de courte durée ; les facultés, un moment troublées, ne tardent pas à rentrer dans l'ordre.

Quand Porta parlait de ces poisons, Texpérience en avait été déjà malheureusement faite en Italie. Qu'on songe aux Borgia ! Combien d'empoisonnements sont restés inconnus, parce que ceux qui en étaient les auteurs ou les victimes ne figurent pas dans l'histoire!

La question de rendre Veau de mer potable a de tout temps occupé les philosophes et les chimistes. « S'il est vrai, dit Porta, que les eaux douces des fleuves et des rivières sont alimentées par la mer, il faut que la nature possède le secret de rendre l'eau de mer potable. 11 faut donc observer la nature et l'imiter. Or la distillation nous en fournit le moyen. » A cet effet, il conseille de construire un grand appareil distillatoire avec diverses modifications^ et il ajoute qu'avec '3 livres d'eau de mer, il est parvenu à faire 2 livres d'eau douce (3).

Dans un chapitre, intitulé Moyen d'extraire Veau de Vair, l'au*

(1) Mag, nat. Demed. experiinenl., lib. viii, p. 151.

(2)Ëaîâem plaolœqaèesomnum inducunt,si paulo plus propineutur, démentant;

(3) Mag, nat.f Chaos^ lib. xx.

teur démontre parfaitement que les vapeurs qui se déposent, en été ou dans un appartement chaud, sur les parois d'un verre plein d'eau fraîche , proviennent de Pair qui en est chargé , et qu'elles se condensent ainsi par l'action du froid. Donc, pour avoir de l'eau bien pure, il suffirait, ajoute-t-il, de renaplir un grand ballon de verre d'un mélange de glace et de nitre brut ( contenant du sel marin); l'eau, après s'être condensée sur les parois de ce ballon, s'écoulerait dans un bassin disposé à la recevoir '(i).

Les parties du môme ouvrage intitulées de Ziferis, de Mêlailorum transmutationey de Referraria, de Igné artificiali, contiennent peu de faits nouveaux.

Quant aux chapitres de Caioptricis imagirUbuSy de Mirabilibus magnetiSy ils intéressent plus particulièrement l'histoire de la physique.

Signalons, entre autres, un passage qui, bien qu'il-soit étranger à l'histoire de la chimie, est très-propre à mettre en relief le génie inventif du célèbre physicien' de Naples. Porta parle d'un véritable système télégraphique. Il assure que , pour transmettre des nouvelles à de grandes distances dans très-peu de temps, il serait bon de se servir de certains signes placés sur des tours élevées ou sur des montagnes, et que ces signes habilement combinés pourraient tenir lieu de toutes les lettres de l'alphabet (2).

Ce système télégraphique ne fut pas mis en usage du temps de Porta. Comme tant d'autres idées, il passa inaperçu.

ttleu de cobalt* - — Indigo* — Cochenille. — Ktabli«0en&eiito des Ciobelins et du «lardin des Plantes.

Bien que dénuée de principes, la chimie (echnique avait reçu une forte impulsion par la divulgation d'une multitude de faits importants qui avaient été jusqu'alors considérés comme des

(1) Mag. nalur.^ p. 295.

(2) Ihïd., lib. XVI, De ziferis, p. 258. Suivant Tauteur, ces signes pourraient être au nombre de quatre : le premier, montré une fois , représenterait la lettre A; deux fois, B; trois fois, C; et ainsi de suite jusqu'à sept fois : le deuxième signe , montré une fois , correspondrait à la huitième lettre de l*alpbabet ou à H ; deux fois à I, etc., et ainsi des autres signes.

secrets, et comme tels soustraits à la connaissance du public. B. Palissy, Cardan, J.-B. Porta, elc, venaient de déchirer le voile qui devait cacher la science au regard du profane. Ils furent suivis dans la même voie par I^ev. Lemnius (1), Gessner (2) , Th, Garzont (3), Rossello (4), Vent. Rosetti (5), Ant. Mizaud (6). Ce fut vers le milieu du seizième siècle qu'un vitrier saxon , Christophe Schûrer, eut Tidée de faire fondre avec du verre les minerais de cobalt de Schneeberg, connus sous le nom de Wismuthgraupen et rejetés jusqu'alors comme inutiles. Cet artisan découvrit ainsi le beau bleu de cobalt , qu'il vendait d'abord comme un émail bleu aux potiers do pays. Ce produit ne tarda pas à être connu des marchands de Nuremberg, qui l'exportèrent en Hollande, où il se vendait de 150 à 180 francs le quintal. Les Hollandais apprirent ensuite eux-mêmes la fabrication de cette couleur, et l'appliquèrent heureusement à la peinture sur verre , dans laquelle ils excellaient. Venise faisait aussi un grand commerce de bleu de cobalt.

Ventura Rosetti avait rapporté des pays où il avait voyagé, et notamment de l'Orient, de nombreux secrets de teinture dont il fitpart au public.

Une communication plus facile avec les Indes orientales par la voie du cap de Bonne-Espérance , et la découvjerte de l'Amérique, donnèrent un nouvel essor à l'art du teinturier. L'usage de la cochenille et de Y'indigo se répandit rapidement en France, en Angleterre, en Italie et même en Allemagne, malgré les ridicules ordonnances des électeurs et ducs de Saxe, qui proscrivaient l'indigo comme « une couleur mordante du diable » {fressende

(1) De miraculis occultis naturx ac variis rerum documentis, lib. ly, Antw., 1561, in -8°. Cet ouvrage eut un grand nonobre d'éditions, et fut traduit en français et en allemand.

(2) Kunstkammer (Chambre des arts) ; Francf., 1595, in-8°.

{SijPiazza univea^sale di lutte le professioni delmondo; Venise, 1579, in^**. —Cet ouvrage eut aussi de nombreuses éditions, et fut traduit en plusieurs

{h) Delta summa dei secreli tiniversali in ogni materia; Venise, 1601, in-12 (la première édition est de 1559).

(5) Pliclo {Plieto, Plelho), delV arle de* tentori, etc. ; Venise, (548, in-4°. Tredaiten français; Paris» 1716.

(6) De arcanis naturx; Paris, 1558, in-33. D'autres ouvrages du même auteDr(j|irotfer de Vair, àes Secrets dujardinage^ des Secrets de la lune) traiteot de Téconomie domestique.

Teufelsfarbe) (1). L'indigo porta un rude coup à la culture du pastel, qui faisait alors la principale richesse de la Thuringe.'

L'emploi de la cochenille (2) ne remonte pas au-delà du règne de François P'. Gilles Gobelin de Paris fut le premier à en faire usage. Ayant remarqué que les eaux de la petite rivière de la Bièvre du faubourg Saint-Marceau possèdent des prapriétés particulières pour la teinture , il s'établit sur les bords de cette rivière , et fonda ainsi un des établissements les plus célèbres de l'Europe. Le public railleur ou jaloux appela d'abord la maison de Gilles la folk-Gobelin, s'imaginant que l'entreprise du pauvre teinturier ne réussirait point. Gobelin ne^'appliqua, dans l'origine , qu'à la teinture écarlaie sur des étoffes de laine. C. Dreb- BEL, ou , suivant d'autres , le peintre flamand Rloek, venait de découvrir l'action du sel d'étain sur la cochenille (production de la couleur écarlate ). Mais les guerres de religion et les troubles civils entravèrent le développement de cette industrie naissante ; et ce n'est guère que du règne de Louis XIV que date la prospérité de rétablissement des Gobelins (3).

Non loin des Gobelins s'éleva, à la même époque, un autre établissement cher aux sciences, et qui devait un jour donner au monde Buffon et Cuvier.

Jacques Gohorry, prieur de Marsilly, avait un jardin dans le lieu où est actuellement le labyrinthe du Jardin du Roi. C'est là que Botal, Honoré Châtelain , Jean Chapelier, allaient faire (vers 1572) des conférences, auxquelles assistaient Fernel et Ambroise Paré. A côté du jardin de Gohorry était celui de la Brosse , mathématicien du roi , « garni de simples rares et exquises. » Dans un laboratoire voisin de ce jardin, on se livrait aux opérations de la chimie. On y répéta des expériences faites au retour des voyages* de Belon, sur l'art défaire éclore des poulets dans des fourneaux dont les degrés de chaleur étaient réglés par des registres. Duchesne, Th. de Meyerne, devinrent les oracles de ces assemblées. Ribit (de la Rivière), devenu premier médecin de Henri IV, encouragea de tout son pouvoir l'étude de la chimie.

(1) Gothaische Landesordnungen(ordonndLncesôeGo[hdi)f tu, c. 3,tit. 40.

(2) La cochenille ne diffère du Kermès, — mot arabe qui signifie ver, — que par l'action des climats et des différentes espèces d'arbres où se tiennent ces insectes, qui ont l'apparence de nos punaises.

(3) Francheville, Dissertation sur Vart de la teinture des anciens et modef' nés (Mém. de l'Acad. de Berlin, 1767).

Il protégea Béguin, et fit venir Davisson en France en 1606. Il écrivait à ses amis jeunes et vieux pour les exciter à des recherches et observations de tout genre pour Tavancement des sciences. Voici ses paroles, elles devraient être inscrites au frontispice du. Jardin des Plantes (1) :

Emittite calceos^ montes accedite; valles, solittidines, littora maris ^ terrœ profundos sinus inquiriie; animalium discrimina , planiarum differentias , mineralium ordines, omnium proprie- UUes noscendi modos, notate; rusticorum astronomiam et terrestrem philosophiam diligenter edisdte; nec vos pudeat tandem carbones emittere ; fomaces construite, vigilate et cogitate sine ixdio ; ita enim pervenietis ad corporum proprietatem cognitionemque, alias non (2).

Une des branches les plus considérables de la chimie technique , c'est rart du distillateur. Cette branche était particulièrement cultivée au xvi® siècle, en Europe comme en Asie. La préparation du koumys était d'origine ancienne chez certains peuples de race mongole. Voici ce que nous apprend à cet égard Alexandre de Humboldl : « On paraît, dit Tillustre savant, confondre en Asie les boissons, alcoolisées obtenues .par Talambic, et celles qu'on obtient par une simple fermentation vineuse interrompue. C'est ainsi que le mot koumys, qui ne devrait être appliqué qu'au lait de jument fermenté, non distillé , est quelquefois aussi appliqué au lait soumis à la distillation. Aboul Ghazi, décrivant le grand festin donné en 1251 par Manggou, nomme tout exprès le koumT/s, clair comme l'eau-de-vie de céréales et distillé deux fois. — J'ai eu occasion, continue M. deHumboldt, à mon retour de la mer Caspienne , au mois d'octobre i 829, d'assister à là distillation du lait de jument dans la steppe des Kalmouks, entre le Wolga et l'Yayk. Parmi ce groupe dépeuples nomades, la boisson

(1) Gobet ( Anciens minéralogistes, etc. ), t. ii.

(2) « Préparez-vous à explorer les montagnes ,.à vi^ter les vallées, les déserts, es bords de la mer, les entrailles de la terre ; notez les caractères des aninurax et des plantes , les ordres des minéraux ; approfondissez Tagriculture , la philosophie naturetle ; ne rougissez pas de manier le charbon , de construire des fourneaux ; veillez et traTaillez sans relâche ; car ce n'est qu'ainsi que vous arriverez à connaître les propriétés des choses. »

enivrante qui a éprouvé la simple fermentation vineuse, après avoir été fortement battue, porte exclusivement les noms de kumiz on kaumys^ et de tchighan. Le koumys ou tchighan, une fois passé à l'alambic, s'appelle ara^a /l'araka, distillé de nouveau, donne une liqueur spiritueuse encore plus forte, désignée sous le nom à^'arza. Quelques expériences chimiques de M. Vogel ont prouvé, en confirmant l'ancien travail d'Oseretskovsky, que même le lait de vache est susceptible de la fermentation vineuse. Il reste un travail important à faire sur cet objet, dont les chimistes d'Europe se sont encore peu occupés , niant même longtemps la possibilité de.la fermentation spiritueuse dans un liquide qui ne parait pas renfermer de principe sucré. M. Persoz, par des expériences ingénieuses , chimiques et optiques à la fois, a fait voir comment l'action des acides sulfurique, citrique et acétique, donnent au sucre de lait la propriété de fermenter, et de fournir de l'alcool en abondance. On a lieu d'être surpris de la sagacité de ces peuples nomades, qui, dans l'absetice de plantes céréales et bulbeuses, riches en amidon, ou de fruits à jus sucré, au milieu de l'aridité des steppes de l'Asie, ont trouvé , par la distillation de liquides animaux sécrétés par les mamelles des juments , de quoi satisfaire leur passion pour les liqueurs enivrantes. Chez les Salmouks, le lait fraisé s'appelle ussoun (en mongol su)\\e lait de vache aigri, airak; la première eau-de-vie obtenue par la distillation du lait, arki; la seconde dang; la troisième, arza ( en mongol, ardjan)\ la quatrième , khortsâ; la cinquième, chingtsâ; la sixième, dingtsâ. Tel est le goût des liqueurs fortes, qu'on soumet le lait jusqu'à six distillations successives. Le mot ar/^ï (corrompu par les Mandchoux en arki)aL sans doute une même origine avec araky eau-de-vie des Asiatiques méridionaux (1). »

(1) Examen critique de Vhistoire de la géographie ^ etc., t. ii, p. 300-312. A la suite de ce passage Alex, de Humboldt entre dans une discussion pleine d'intérêt'pour l'histoire de la distillation , en signalant le premier un passage d'Alexandre d'Aphrodisie^ dont nous avons parlé, tonoe i, p. 203. 11 est bon de faire remarquer, en passant, que M. Ideler est dans Terreur, quand il dit que le passage de la distillation de Teau de mer manque dans la traduction qu'Alexandre Piccolomini a donnée en 1548 du commentaire d'Alexandre d'Aphrodisie. Ce passage s'y trouve; mais la traduction latine n'est pas rigoureusement exacte, ainsi que nous avons eu Toccasion de nous en convaincre en la comparant avec le texte gréent. I, p. 219).]

Rubens et Khunraih ont écrit des traités spéciaux sur la distillation.

Jérôme Rubeus^ de Ravenne , s'est beaucoup étendu sur l'histoire et l'importance de l'art distillatoire (4). Il rapporte que le célèbre Côme deMédicis, les ducs de Ferrare et plusieurs princes d'Autriche s'étaient occupés de la distillation des sucs d'herbes, de l'eau-de-vie, des essences, etc. Il parle aussi d'un produit obtenu en distillant un mélange de chaux et d'huile (2).

Conrad Âhunraih, de Leipzig, a consacré un ouvrage fort étendu à la distillation du vin, des eaux -de mer, des urines, du miel, de la cire, du sucre, des substances aromatiques, des résines, et d'une foule d'autres matières végétales ou minérales (3). Mais on y chercherait en vain des observations neuves et originales.

On employait, selon les circonstances, le feu nu , ou des bains d'eau, de sable et d'huile. Le bec de l'alambic et le récipient étaient soigneusement entourés d'eau froide, afin de condenser la vapeur qui s'élève de la cornue, à laquelle s'appliquait une température graduée. On s'ingéniait surtout à faire parcourir aux vapeurs le chemin le plus long^ avant de se condenser dans le récipient. Pour cela , on construisait des tubes recourbés en zigzag et on donnait aux appareils les formes les plus bizarres. La figure delà page suivante représente un de ces appi^reils (4) :

J, Costœvs de Lodi recommande de distiller les essences, pour les obtenir très* concentrées, dans un bain de sable chauffé au soleil (6). Ambroise Paré et B. Yeitori avaient déjà signalé l'inconvénient des vases de plomb pour la distillation des matières acides et corrosives. Craio de Kraftheim s'était élevé avec force contre l'emploi des vases de cuivre. Il cite, à l'appui de ses re-

{{) De distillatione liher t in quo sHllatitiorum liquorum qui admedicinam factùnti methodus ac vires explicantur; Bâle, 1586,in*i2.

(2) lhid.<, p. 189. Cape aequas partes calcis vivœ; haec oieo miscentur et vi ignîs stillatitios émanât liquor, quo lampadem ardere perpétue, si credere fsrs est , asserunt.

(3) Mtdulladistillatoria et medica; Hambourg, 1605, ia4^ Il n*y a de latin que le titre ; le texte est en allemand.

(4) C'est un fac-sîmile d'une gravure sur bois qui se trouve dans Libavius, Oper,, vol. I ; Arcan, chym,, p. 406.

(5) In Mesues simplicia et composita et aulidotarii novem posteriores sectiones iânotationes; 'Venise, 1602, in-fol.

marques , des cas d'empoisonnement dus à du vinaigre ayant séjourné dans des chaudières de cuivre.

André Bacclo, médecin de Rome , a laissé un volume in-folio sur l'histoire naturelle des vins (I). Celait un érudit, plutôt qu'un chimiste. Après avoir passé en revue les vins anciens, il arrive aux vins de France; il trouve que le vin des environs de Paris est très-esquis, et qu'il ne le cède à aucun autre vin (2). SiBaccio eût été seul de son opinion , on pourrait dire qu'il avait le sens du goût perverti, et toute discussion serait inutile. Mais Tlabe-

(1) Andréas Baccius, De nalurali vinorutn hitlorla, de vinis Italix el de conviviis antiqtiorumlibri tji, Rome, I59G, in-fol.

(2) Ibid., lib, vil, p. 3bS. Verum niilljs secunda Tinis, qute circa Luteliam, ubi Parrliisii, liabentiir. — Certaine coteaux aitués près de Paris, tels que ceux de Cr Ane et de Périgny prës de Bi-unoy, produisent encore aujourd'bui des vins estimés,

lâis, qui aimait pourtant les bons vins , pensait là-dessus comme le médecin italien. De deux choses Tune : ou il en est des goûts comme des modes, qui n'ont qu'une existence éphémère; ou le climat et le terroir sont changés, et par suite la qualité du vin.

On savait depuis longtemps extraire Teau-de-vie du vin. Mais il se passa un grand nombre d'années avant que l'on contractât la funeste habitude de s'en servir comme d'une boisson. L'eau-devie n'était encore qu'un médicament au xv* siècle, ainsi que nous l'apprennent les documents de ce temps.

Le manuscrit n"^ 7478 (du xv* siècle) de la Bibliotbèqi^e impériale contient un chapitre curieux ainsi intitulé : « Cy après s*ensuyt les vertus et proprietez de Veau-de-vie,

« Eau-de-vie vault à toutes manières de douleurs qui peuvent venir par froidure et par trop grande abondance de fluide.

c( Et la dite eau vault aux yeulx qui larmoyent et pleurent souvent, et font grant douleur pour raison des larmes. — Elle vault aussi à toutes personnes qui ont haleyne puante et corrompue. — Elle vault contre hydropisie qui procède et vient de froide chose; contre maladies qui sont incurables; contre playes qui sont pourries et infectes; contre apostesme qui peut survenir à la main des dames ; contre morsures de bestes venimeuses, etc. »

Elle est longue, la liste de toutes les maladies contre lesquelles l'eau-de-vie était spréconisée comme un remède souverain : ses vertus devaient éclipser celles de l'or potable. L'esprit distillé du vin devait rajeunir les vieillards et prolonger la vie ; d'où son nom aqua vitce, eau-de-vie. Bref, cette liqueur ne se vendait encore, au XV® siècle, que chez l'apothicaire; c'était, pour le répéter, un médicament, et non pas une boisson.

Chacun désire vivre longtemps, môme celui qui en a le moins l'air. Qu'y a-t-il donc d'étonnant à ce que les hommes, en entendant tous les médecins vanter les propriétés merveilleuses de l'eau-de-vie, soient peu à peu arrivés à en faire un usage immodéré ? Et lorsqu'on eut cessé de croire aux vertus fantastiques de cette liqueur, elle était déjà un [objet de consommation. De médicament, elle était devenue boisson ; au lieu de prolonger la vie, elle ne faisait que l'abréger. Cette propriété, ce n'est plus l'imagination, mais l'expérience qui nous l'apprend.

On trouve déjà, vers la fin du xvi® siècle, l'usage de l'eau-de-vie répandu dans presque tous les pays de l'Europe. Dans toutes les

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contrées, comme le nord de l'Allemagne, la Suède, le Danemark, la Russie, et en général partout où la vigne ne prospère point , cette liqueur était chère. Aussi la préparation dé Teau-devie de grains produisit-elle une véritable révolution dans le commerce , révolution comparable à celle qu'a produite , de nos jours , l'extraction du sucre de la betterave. Mais la fabrîcation de Teau-de-vie de grains , loin d'être encouragée par les gouvernements , était proscrite par de certains scrupules religieux : elle paraissait une profanation de la matière qui compose le 0 pain quotidien ». Ce fait est caractéristique : il fait ressortir l'esprit dominant de l'époque.

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