DEPUIS LAVOISIER JUSQU'A GAY-LÛSSAC
ET THENARD.
liavoisier.
La révolution opérée dans la science par Lavoisier coïncide, — singularité du destin ! — avec une autre révolution, bien plus grande encore, opérée dans le monde politique et social. Toutes deux éclatèrent sur le même sol, à la môme époque, chez la même nation ; toutes deux commencent une ère nouvelle, chacune dans son ordre respectif.
Lavoisier (Antoine-Laurent), né à Paris le 26 août 1743, reçut de son père, riche négociant, une éducation^soignée. L'un des meilleurs élèves du collège Mazarin , il travaillait dans le laboratoire de Rouelle au Jardin des Plantes, suivait les cours d*astronomie de La Caille à TObservatoire, accompagnait Bernard de Jussieu dans ses herborisations, et assistait Guettard dans ses excursions géologiques. Il ne vivait pour ainsi dire qu'avec ses maîtres. Aussi à vingt-un ans fut-il à même de concourir pour un prix académique. En 1764, TAcadémie royale des sciences avait mis au concours la question suivante : « Trouver la meilleure manière d'éclairer les rues d'une grande ville , en combinant ensemble la clarté, la facilité du service et Téconomie. » On raconte que le jeune concurrent, pour rendre ses yeux plus sensibles aux différentes intensités de la lumière des lampes, fit teindre sa chambre en noir et s'y enferma pendant six semaines sans voir le jour. Son mémoire, récompensé d'une médaille d'or, fut imprimé par ordre de l'Académie. On y sent cet enthousiasme qui semblait alors animer tous les esprits, ce Que de motifs, dit le jeune auteur à son début, pour exciter un ci-
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loyeni'Dans ce mouvement général comment ne sentîrait-il pas son âme s'échauffer d'un zèle patriotique? Comment ne serait-il pas lente de joindre ses efforts à ceux de ses concitoyens {!)?.>
Dans un voyage géologique, onlrepris à l'âge de vingtdeos ans, Lavoisier recueillit les matériaux de deux mémoires Sur le gypse, lus à l'Académie des sciences, l'un le 27 février 1763, l'autre le i9 mars 1766 (4). Ils furent suivis de plusieurs articles de physique, tels que Sur le passage de l'eau à l'état de glace. Sur le tonnerre. Sur Caitrore boréale, etc. , articles qui parurent dans les recueils scientifiques d'alors.
Ces travaux variés lui ouvrirent, à vingt-cinq ans, les portes de l'Académie. Lavoisier y succédait au chimiste Baron, et il avait eu pour concurrent le minéralogiste Jars, dont la candidature était vivement appuyée par Buffon, et patronnée par un puissant ministre, le duc de Choîscul. Ces détails nous ont été transmis par un de ses collègues et juges : a Je contribuai , dit Laiande, h l'élection de Lavoisier, quoique plus jeune et moins connu, par cette considération qu'un jeune homme qui avait du savoir, de l'esprit, de l'activité, et que la fortune dispensait d'avoir une autre profession, serait naturellement très-utile aux sciences, m En parlant ainsi Lalande plaidait un peu sa propre cause : il avait été reçu membre de l'Académie, en 1752, à l'âge de vingt-un ans.
Le titre d'académicien fut, en effet, pour Lavoisier, comme il l'avait été pour Lalande, un encouragement plutôt qu'une récompense. Aussi continua-t-il à suivre avec plus d'ardeur que jamais la voie où il s'était engagé librement. La chimie devint bientôt son étude favorite, et il n'épargna ni temps ni fortune pour l'avancement de cette science. Ce fut principalement pour subvenir à des expériences coûteuses qu'il sollicita et obtint, en 1769 , une place de fermier-général.
Lavoisier réunissait chez lui, régulièrement une fois par se* maine, des savants français et étrangers pour leur soumettre les résultats de ses travaux de laboratoire, et provoquer de leur .
(1] Voy. t. m, p. 2 des Œuvres de Lavowier (publiées par les soins da lùnistre de l'bstructioD publique), Paris (Imprimerie impériale ), 1S65, ia-4*. (2) Us oal été reproduits dans le t. al, p. iOS-t44 des Œuvres de Lavtt-
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pari des objections ou l'émission d'idées nouvelles. Ces conférences formaient, en dehors de TAcadémie constituée, une académie libre, militante, qui battait en brèche la chimie enseignée , la chimie des écoles.
Trois questions avaient particulièrement fixé Tattention de Lavoisier :
1*» La composition de Tair ;
2** L'augmentation du poids des métaux par la calcination ;
3<> L'insuffisance de la théorie du phlogistique.
Ces trois questions étaient tellement connexes que résoudre l'une, c'était résoudre les deux autres.
Dès 1770 Lavoisier avait probablement déjà ses convictions arrêtées : il avait des motifs pour croire que l'air n'est pas un corps simple, que les métaux absorbent^ pendant leur calcination, sinoH la totalité, au moins une partie de l'air, enfin que la théorie du phlogistique étaitune erreur. Cette triple croyance, qui demandait des preuves, formait en quelque sorte le pivot de ses recherches ; mais, tant qu'il lui avait manqué la sanction de l'expérience, il n'a- ' vait pas même osé l'énoncer sous forme d'hypothèse. Nous y reviendrons plus loin.
Lavoisier avait un ardent amour de la science. Les théories cependant semblaient l'occuper bien moins que les applications utiles. Appelé en 1776, par le ministre Turgot, à la direction générale des poudres et salpêtres, il fit à Essone des expériences qui l'amenèrent à perfectionner la poudre à canon au point de donner plus de 200 mètres de portée dans les mêmes circonstances où, avant lui, la meilleure poudre ne portait qu'à 180 mètres. 11 fit aussi supprimer les recherches qu'on faisait alors dans les maisons pour se procurer du salpêtre, et il parvint à en quintupler la production, en délivrant la France du tribut qu'elle payait à l'Angleterre pour le nitre des Indes.
L'agriculture, qui a des rapports si multipliés avec la chimie, entrait dans le programme de ses études favorites. Pour encourager la culture du sol, il proposa de diminuer l'intérêt de l'argent et d'autoriser des baux de vingt-sept ans. Pour essayer des procédés nouveaux et combattre la routine , il faisait valoir par lui-même deux cent quarante arpents de terre dans le Veudômois : «Il récoltait ainsi, rapporte Lalande, trois setiers là où les procédés ordinaires n'en donnaient que deux; au bout de neuf ans, il avait doublé la production. »
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Au commencement de la révolution, Lavoisier fut élu député suppléant à l'Assemblée nationale, et il présenta, dans la séance du 21 novembre 4789, le compte-rendu delà Caisse d'escompte. Nommé, en 179i, commissaire de la Trésorerie, il proposa, pour simplifier la perception des impôts, un nouveau plan qu'il devait développer dans un ouvrage spécial, intitulé : De la richesse territoriale. Cet ouvrage, dont il ne parut qu'un extrait sous forme de brochure, fit connaître Lavoisier comme un des meilleurs économistes de son temps. On y lit, entre autres, le passage suivant : « Les ci-devant nobles, en y comprenant les anoblis, formaient un trois-centième de la population du royaume; leur nombre, hommes, femmes et enfants compris, n'était que de 83,000, dont 18,323 seulement étaient en état de porter les armes. Les autres classes de la société^ celles qu'on avait coutume de comprendre sous la dénomination de tiersétatf peuvent fournir un rassemblement de 5,500,000 hommes en état de porter les armes. » — Ces données n'ont-elles pas fourni à l'abbé Sieyès le meilleur argument en posant devant l'Assemblée nationale cette redoutable question : Qu'est-ce que le tiers-état? Rien. Que doit-il être? Tout.
La Convention nationale avait nommé une commission pour créer un nouveau système des poids et mesures. Lavoisier prit une part très-active aux travaux de cette commission. Il avait fait construire, dans le jardin de l'Arsenal, un appareil où des règles métalliques, plongées dans l'eau et soumises à différents degrés de température, faisaient mouvoir une lunette qui marquait, sur un objet éloigné, les plus faibles dilatations ; et lorsqu'en 1793 il s'agissait de mesurer une base pour la nouvelle méridienne, ce fut Lavoisier qui fournit les thermomètres de métal qu'on employa pour la triangulation opérée entre Lieusaint et Melun.
Gomme trésorier de l'Académie, Lavoisier avait mis de Tordre dans les comptes et les inventaires. «Il fit, dit Lalande, tourner au profit des sciences les fonds morts que l'Académie avait sans le savoir. On le trouvait partout; il suffisait à tout par sa facilité et son zèle qui étaient également admirables, w
Ses derniers travaux avaient pour objet la respiration et la transpiration chez les animaux, Lavoisier distinguait parfaitement la transpiration cutanée de la transpiration pulmonaire. Pour séparer les produits de l'une et de l'autre, il employait,
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dans . ses ' expériences, « un habillement de taffetas enduit de gomme élastique, qui ne laissait pénétrer ni l'air ni Thumidité» . — On voit, pour le dire en passant, que l'invention des étoffes imperméables ne date pas précisément de nos jours. — L'habile expérimentateur nous apprend lui-même comment il entrait dans cette espèce de vêtement qui se fermait par-dessus la tête au moyen d'une forte ligature; un tuyau qui s'adaptait à la bouche et qui se mastiquait sur la peau, de manière k ne laisser échapper aucune portion d'air, lui donnait la liberté de respirer. «Tout ce qui appartenait à la respiration se passait, ajôutet-il, en dehors de l'appareil ; tout ce qui appartenait à la transpiration se passait au-dedans. En se pesant avant d'entrer dans Tappareil et après en être sorti , la différence donnait la perte de poids due aux effets réunis de la respiration et de la transpiration. En se pesant quelques instants avant d'en sortir, on avait la perte de poids due seulement aux effets de la respiration. » — En prenant la moyenne des effets réunis de la respiration, de la transpiration cutanée et de la transpiration pulmonaire, Lavoisier parvint à confier qu'un homme, dans les conditions ordinaires d'âge, de travail et de santé, éprouve une perte du poids total de J8 grains par minute, ou de 2 livres 13 onces en vingt-quatre heures; que les deux extrêmes autour desquels oscille cette moyenne sont de H et de 32 grains par minute, ou de 1 livre 11 onces 4 gros , et de 5 livres par vingtquatre heures (1); enfin que le môme individu, après avoir augmenté de poids de toute la nourriture qu'il a prise, revient tous les jours, après vingt-quatre heures révolues, au même poidsv^ que la veille, et que, si cet effet n'a pas lieu , l'individu est dans un état de souH'rance ou de maladie.
Ces importantes recherches physiologiques se trouvent, en partie, consignées dans le tome II des Mémoires de physique et de chimie (2). Elles n'étaient pas encore terminées, quand la
(1) Lavoisier se servait encore des anciennes mesures. U importe de se rappder que la livre était de 490 gramm., l'once de 30S'*- c, le gros de SS"^* 8, et le grain de OS'- 05.
(2) Ce recueil devait former environ 8 volumes. Après la mort de Lavoisier, on a trouvé dans ses papiers presque tout le premier volume, le 2® en entier, et qu^ques feuilles du 4*. En tète du premier volume on lit : <r La plupart des épreuves ont été revues dans les derniers moments de. Fauteur ; et, tandis quMl n'ignorait pas qu^on préméditait son assassinat, M. Lavoisier, calme et coura-
hache révolutionnaire vint, le 8 mai 1794, trancher l'existence • de ce grand citoyen, à Tâge de 51 ans et trois mois.
Lavoisier était le quatrième des vingt-huit fermiers généraux qui périrent le môme jour. Son beau-père, M. Paulz€, dont il avait épousé la fille en 1771, fut guillotiné le troisième. Cette exécution sommaire de tous les fermiers généraux avait été provoquée par le rapport de Dupuis, membre de la Convention nationale {Moniteur^ 1794, n** 227 ); les considérants de ce rapport portent :
. « ConTaincus d'être auteurs ou complices d'un complot tendant à fayorlser le succès des ennemis de la France (1), notamment en exerçant toutes espèces d'exactions et de concussions sur le peuple français, en mêlant au tabac de Peau et des ingrédients nuisibles à la santé des citoyens qui en faisaient usage, en prenant six et dix pour cent tant pOur l'intérêt de leur cautionnement que pour la mise des fonds nécessaires à leur exploitation, tandis que la loi ne leur accordait que quatre, en tenant dans leurs mains des fonds provenant des bénéfices qui devaient être Tersés dans le trésor public, en pillant le peuple et le trésor national pour enlever à la nation des sommes immenses et nécessaires à la guerre contre les despotes coalisés et les fournir à ces derniers, ont été condamnés à la peine de mort, etc. » (2).
Un mot sur la mort de Lavoisier.
On a signalé cette mort comme une tache ineffaçable de la Révolution française. Les historiens ont répété et varié, sur tous les tons, ces paroles de Lalande : « Un homme aussi rare, aussi extraordinaire que Lavoisier aurait dû être respecté par les hommes les moins instruits et les plus, méchants; il fallait que le pouvoir fût tombé entre les mains d'une hôte féroce. »
Mais, pour rendre les hommes moins méchants, il faut d'abord commencer par les rendre meilleurs en leur donnant les moyens de cultiver l'esprit et le cœur; voilà ce qu'auraient dû se dire les amis et collègues de Lavoisier. II fallait montrer « à cette bête féroce » qu'elle commettrait un crime de lèse-humanité en immolant un homme qui, par ses travaux et ses découvertes, avait reculé les bornes de la science ; il fallait exposer aux re-
geux, s'occupant d'un travail qu'il croyait utile aux sciences , donnait un grand exemple de la sérénité que la lumière et la Tertu peuvent conserver au milieu des plus affreux malheurs. »
(1) Considérant banal, qui était appliqué indistinctement à presque toutes les victimes du tribunal révolutionnaire.
(2) Moniteur, 19 floréal, an II.
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gards de tous Lavoisier quintuplant la production du salpêtre et délivrant la France d'un tribut qu'elle payait à Tétranger, Lavoisier améliorant et encourageant Tagricullure, Lavoisier consacrant son temps, sa fortune, les revenus de sa charge, à produire dans Tordre intellectuel une révolution aussi grande que celle qui se produisait alors dans Tordre politique et social ; il fallait montrer que ces deux révolutions étaient sœurs, et que ce serait souiller la patrie d'un crime irréparable que de traîner sur Téchafaud un de ses plus glorieux enfants. L'Académie des scien^ ces se serait elle-même honorée aux yeux de la nation, si elle était venue en corps, au pied du tribunal révolutionnaire , réclamer un de ses membres ; si, par un suprême effort, elle eût tenté d'arracher à Tignorance populaire et aux passions déchaînées une aussi illustre victime.
Où étaient donc alors, nous le demandons, les amis, les collaborateurs, les confrères de Lavoisier?
Lalande, seul, ne pouvait rien. Il se tenait d'ailleurs complètement à Técart des affaires publiques.
Mais Fourcroy siégeait à la Convention nationale quand Lavoisier porta sa tête sur Téchafaud. Qu'a-t-il fait pour sauver son ami et collègue ? Rien. — Sans doute Fourcroy ne fut pas directement l'auteur delà mort de son illustre compatriote : c'eût été un de ces crimes monstrueux pour lesquels les anciens n'avaient pas édicté de peine. Il devait donc traiter la calomnie avec le dédain qa'elle méritait. « On m'accuse, dit-il, de la mort de Lavoisier, moi, son ami, le compagnon de ses travaux, son collaborateur dans la chimie moderne, son admirateur constant, comme on peut le voir dans tous mes ouvrages écrits avant ou depuis la révolution, moi, naturellement doux, non envieux, sans ambition. Elle est trop absurde, cette calomnie, pour avoir fait quelque impression sur ceux qui me connaissent de près ou de loin ; mais elle laisse des doutes dans quelques esprits peu accoutumés à réfléchir ; elle fait plaisir à des hommes qui se repaissent de méchancetés, à quelques hommes jaloux de nos succès et de la portion de gloire que j'ai acquise dans la carrière des sciences. »
Sans doute cela est fort bien dit. Mais n'êtes-vous pas bien coupable lorsque, assis sur le rivage, vous ne tendez point une main secourable à l'homme qui se débat dans les flots et périt faute de secours ? N'est-ce pas déplacer la question, vouloir donner le
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change à l'opinion publique, que de venir alléguer comme excuse que ce n'est pas vous qui l'avez tué? — La Terreur, c'était le déchaînement de l'ignorance aveugle. Eh bien ! Fourcroy, membre de la Convention nationale, membre du Comité d'instruction publique, plus tard sénateur avec une dotation de 20,000 francs de rente, aurait dû tout tenter pour éclairer le tribunal révolutionnaire sur la valeur d'un homme tel que Lavoisier. S'il n'eût pas réussi, l'histoire, la postérité, au nom de la science et du progrès, lui eussent tenu compte de la générosité de ses efforts. Le Bureau des consultations essaya , il est vrai, par l'organe de Hallé, d'intervenir en faveur de l'illustre victime; mais sans le concours effectif des collègues et collaborateurs de Lavoisier, siégeant à la Convention nationale et dans le Comité de salut public , Hallé devait être d'avance condamné à l'impuissance.
Guyton Morveau, président, en 1791, de l'Assemblée législative, membre de la Convention nationale et du Comité de salut public, profita, dit-on, de son crédit pour sauver les jours de quelques savants. Fit-il au moins quelques efforts pour sauver les jours de Lavoisier, son ami et collaborateur? L'histoire garde là-dessus un terrible silence.
Monge et Laplace étaient également au nombre des amis et collègues de Lavoisier. Monge, ministre de la marine sous la Convention, se distingua au milieu de la tourmente révolutionnaire par son activité, en multipliant les ressources de la guerre par la fabrication perfectionnée de la poudre et parla transformation des cloches en canons ; mais il ne fit rien pour sauver Lavoisier.
Laplace, fils de pauvres cultivateurs, plus tard comte de l'Empire, était lié, «ous la Terreur, avec les principaux républicains; ministre du premier consul après le 18 brumaire, chancelier du sénat sous le règne de Napoléon P**, marquis et pair de France sous la Restauration, qu'avait-il fait pour sauver Lavoisier ?
Cependant, avec la conscience d'avoir bien rempli sa vie, et comptant, — quelle illusion ! — sur l'appui de ses collègues, Lavoisier avait conservé, jusqu'au dernier moment, l'espoir de vivre pour la science. Peu de temps avant sa mort, il disait à Lalande (qui avait alors plus de soixante ans) qu'il prévoyait qu'on le dépouillerait de tous ses biens, mais qu'il travaillerait, qu'il se ferait pharmacien pour vivre.
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Sans doute, il y avait du danger à intervenir en faveur des victimes désignées par le tribunal révolutionnaire. Mais n'auraitil pas été plus beau de s'armer de courage que de s'abslenir? On ne craint rien, quand on vil de manière à être toujours prêt à mourir.
TraTAuiL de lia^oisier*
Les travaux de Lavoisier sont multiples; ils touchent à presque toutes les sciences. Il nous importe donc de mettre en relief ceux qui se rapportent directement à la chimie.
Composition de Tair* Lavoisier connaissait les travaux de ses prédécesseurs, tels que Rey, Boyle, Mayow, Haies, etc.; il les cite même souvent. Il faisait surtout un grand cas des recherches de Charles Bonnet Sur la fonction des feuilles dans les plantes. Ces recherches lui inspirèrent les réflexions suivantes : a On dira peut-être que si l'air est la source où les végétaux puisent les différents principes que l'analyse y découvre, ces mêmes principes doivent exister et se retrouver dans l'atmosphère. Je répondrai que, quoique nous n'ayons point encore d'expériences démonstratives en ce genre, on ne saurait douter cependant que la partie basse de l'atmosphère, celle dans laquelle croissent les végétaux, ne soit extrêmement composée. Premièrement, il est probable que l'air qui en fait la base n'est point un être simple, un élément, comme l'ont pensé. les premiers physiciens. Secondement^ ce fluide est le dissolvant de l'eau et de tous les corps volatiles qui existent dans la nature, n
C'est ainsi que Lavoisier posait le problème de la composition de l'air, problème dont la solution devait renverser l'antique théorie des éléments.
Les paroles que nous venons de ciler se trouvent incidemment dans le mémoire intitulé : Sur la nature de l'eau et sur les expériences par lesquelles on a prétendu prouver la possibilité de son changement en terre (1). Dans ce mémoire Lavoisier s'attache à démontrer que le changement de l'eau en terre est une illusion,
(1) Voy. Mémoires de FAcadémie des sciences, année 1770, et comrnencereent ùa t. II des Œuvres de Lavoisier (Paris, 1862).