‹ Histoire de la chimieChapitre 19 sur 36 · BIST. DE L\ CHIMIE. — T. II · texte numérisé non relu

BIST. DE L\ CHIMIE. — T. II

extraordinaires ' et imiportants ; ils pourront , dans des. mains habiles, conduire à des décoQvertai considérables (1)^ »

Cette prophétie derait s'accomplir plus tôt qu'il ne le pensait

Pénétré de l'importance de ses observaUoi^, Priéstley Ait conduit à examiner l'espèce d'air qui, suivant les expériences de Haies, était contenu dans les chaux (oxydes) métalliques, et avait ainsi contribué à l'augmentation dupoids de ces métaux, n fit à ce s^iet une expérience très-ingénieuse : il revivifia (décomposa) le minium (oxyde de plomb) par des étincelles électriques, et recueillit sur le mercure le gaz qui se produisait Ce gaz ne pouvait être .que Toxygène. Eh bien ! il est pénible de voir cette belle expérience en quelque sorte défigurée par une déduction aussi pitoyable qu'erronée : de ce que cet air (oxygène) était susceptible d'être en partie absorbé par l'eau, l'auteur concluait que ce n'était autre chose que de l'air fixe (gaz acide carbpniqùe).

On se demande pourquoi Priestiey n'avait pas ici mis en usa^e ses deux réactifs habituels, la respiration et la combustion, une souris et une chandelle. Était-ce un oubli de sa part? Non, certes. Ce qui lui avait fait méconnaître l'oxygène, c'était l'influence tylannique d'une théorie préconçue. On se rappelle que le charbon, qui .révivifie les chaux métalliques, passait pour un des corps les plus riches en phlogistique, et qu'étant chauffé avec ces chanx il devait donner naissance à de l'air fixe ( gaz acide carbonique). Or Priestiey avait imaginé une théorie à laquelle il était prêt à sacrifier les travaux d'une partie de sa vie ; selon cette théorie» le fluide électrique était, sinon le phlogistique luimême, du moins le fluide le plus riche en phlogistique. On compreniidès lors que, dans le sens de Priestiey, Télectricité devait agir comme le charbon, sous peine; de frapper de nullité toute ' la théorie qu'il avait essayé d'élever avec tant de^labeur. Priestiey s'obstinait donc à voir, dans le gaz (oxygène) qu'il avait obtenu en décomposant le minium par l'électricité, un gaz identique avec l'air fixe (gaz acide carbonique); car la reconnaissance de ce fait aurait suffi pour renverser une théorie à laquelle il tenait peut-être autant qu'à son honneur.

C'est à dessein que j'ai insisté sur ce détail, parce qu'il n'est pas

{{) Onair procuredy etc., p. 102. Voici les paroles textuelles de Priestiey : ThU séries of facis, relaiing to air exttxicted, seem very extraordinary and important, and, in able handSy may lead to considérable discoveries.

rare aujourd'hui de voir un fait sacrifié à une théorie, une. réalité à une fantaisie systématique.

Puisque nous en sommes à l'oxygène, disons encore un mot de cette grande découverte. D'abord il faut regarder, comme non avenue l'expérience de la décomposition du minium par les étincelles électriques, puisque Priestley ne reconnut pas Toxygène dans le gaz qu'il avait obtenu. Ce ne fut qu'environ un an après que l'oxygène, sous le nom d'atr déphlogîstiqué , fut préparé, recueilli, et distingué comme un fluide élastique particulier. Ce sujet est trop important pour ne pas citer les paroles mêmes de Priestley : « Le 1®' août 1774, je tâchai de tirer de l'air du mercure calciné per se (1), et je trouvai sur-le-champ que, par le moyen d'une forte lentille, j'en chassaisl'air très-promptement. Ayantrecueilli de cet air environ trois ou quatre fois le volume de mes matériaux, j'y admis de l'eau, et je trouvai qu'elle ne s'absorbait point ; mais ce qui me surprit plus que je ne puis l'exprimer, c'est qu'une chandelle brûla dans cet air, avec une flamme d'une vigueur remarquable (2). »

Il obtint le même air avec le précipité rouge, préparé en traitant le mercure par l'acide nitrique. Et comme la première substance (mercure calciné /^er^e) avait été préparée en chauffant le mercure à l'air libre, il en conclut qu'elle avait reçu quelque chose de nitreux de l'atmosphère.

Priestley eut d'abord quelques doutes sur la pureté du précipité rouge, et ne négligea rien pour écarter toute objection qu'on aurait pu lui faire à cet égard. « Me trouvant, rapporte-t-il, à Paris au mois d'octobre suivant (de l'année 1774), et sachant qu'il y a de très-habiles chimistes dans celte ville, je ne manquai pas l'occasion de me procurer, par le moyen de mon ami, M. Magellan, une once de mercure calciné, préparé par M. Cadet, et dont il n'était pas possible de suspecter la bonté. Dans le môme temps, je fis part plusieurs fois de la surprise que me causait l'air que j'avais tiré de cette préparation, à MM. Lavoisier, Leroi, et autres physiciens qui m'honorèrent de leur attention dans cette ville, et qui, j'ose le dire, ne peuvent manquer de se rappeler cette circonstance. i>

(i) C'était du mercure converti en oxyde rouge par sa calcination à l'air, ainsi que l'auteur nous l'apprend lui-même plus loin. (2) Expériences et observations sur différentes espèces d'air, t. II, p. 41 (trad.

de Gibelin), 1777.

ne que \

48i' ihstoihe he la cuixie.

Prieslley s'élait d'abord imaginé que ce gaz ttail le môme celui qu'il avait oblenu, une année auparavant (en 1173), en maintenant, pendant longtemps, l'air nitreux (biosyde d'azote) sur de la limaille de fer humide (1).

Une nouvelle expérience sur leminium qui, chauffc^par un miroir ardent, donnait la mfime espèce d'air que le mercure calciné, décida de l'opinion de Prieslley.

n Celle expérience avec le minium me conlirma, dit-il, davantage dans mon idée que le mercure calciné doit emprunter à l'atmosphère la propriété defournir cette espèce d'air, le mode de préparation du minium étant semblable à celui par lequel on fait le mercure calciné. Comme je ne fais jamais un secret d'avouer mes observations, je fis part de cette expérience, aussi bien qoe de celles surle mercure calciné et surle précipité rouge, à toutes mes connaissances à Paris et ailleurs. Je ne soupçonnais pas alors o& devaient me conduire ces faits remarquables (2). n

On devine à quelle adresse l'auteurdestinait ces paroles. Il avoue cependant qu'il resta jusqu'au mois de mars 1775 dans l'ignorance de la nature réelle du gaz en question. Ce fut le 8 mars qu'il démontra, par l'expérience d'une souris, que l'air dégagé du mercure calciné est au moinsaussi bon à respirer, sinon msi'/^^ur, que l'air commun. Il constata, pardesobservationsullérieores, que cet air, qu'il appela air lUphlogistiqué, est un peu plus pesant que l'air commun(3); qu'il forme, avec l'airinflammable (hydrogène), employé dans decertaines proportions, un mélange qui détone âl'approcbe d'une flamme (4J, et qu'il sérail aisé de produire, à volonté, une température très-élevée, à l'aide de soufflets ou de vessies remplis d'air déphlogistiqué [5). Il eut, en outre, l'idée d'introdnire ï'emploidecetairen médecine, et de l'appliquerautraitemenides phthisies pulmonaires; car, selon sa doctrine, la respiration a pourbutde s'opposer sans cesse à la putréfaction, en évacuantâu poumon l'air qui se produit pendant ta putréfaction et la fermentation, savoir, l'air fixe (gazacidecarbonique) ; et lemeilIeurmoyeD

(1) C« gaz, qui eutretient la flanime, mais qui «st îrre^irable , n'est autre que le protoxyde d'asote, provenant de l'absorptiao de la moitié de l'oijgèM du bloijde d'azote par le fer.

(2) Eip. et observât., elc, t. Il, p. 46. ' i») Ibid., p. lia.

(4) Ibid., p. 121.

{6} Ibid., p. 134.

de favoriser cette action consisterait dans Tusagede Tair déphlo ■ gistiqué, ou, comme on l'appelait encore, de ïair vital,

Priestley eut la curiosité d'essayer l'action de cet air sur luimême, et de le respirer en l'aspirant à l'aide d'un siphon. « La sensation qu'éprouvèrent mes poumons,'.dit-il, ne fut pas différente de celle que cause l'air commun. Mais irme sembla ensuite que ma poitrine se trouvait singulièrement dégagée et plus à Taise pendant quelque temps. Qui peut assurer que dans la suite cet air pur ne deviendra pas un objet de luxe très à la mode? Il n*y a eu jusqu'ici que deux souris et moi qui ayons eu le privilège de le respirer (1). »

Enfin, mettant sur le tapis la composition de l'atmosphère, il fait un appel aux chimistes futurs, afin de s'assurer, par des expériences répétées dans différents temps et lieux, si l'air conserve constamment le môme degré de pureté, la même proportion d'air vital, ou s'il éprouve quelque changement par la.suite des siècles.

Voici d'autres fluides élastiques dont la découverte est également^due à Priestley.

Air alcalin (gaz ammoniac). — L'auteur prépara ce gaz en chauffant une partie de sel ammoniac avec trois parties de chaux ; il le recueillit sur le mercure, n'ignorant pas que l'eau peut en dissoudre une grande quantité. Il essaya ensyite l'action du gaz alcalin sur un grand nombre de substances, sur l'alun, sur la glace, etc.; il constata aussi que ce gaz est un peu moins léger que l'air inflammable.

Air acide ^triolique (gaz sulfureux). — Priestley fit voir que le gaz sulfureux (préparé en chauffant l'acide vitriolique avec du charbon) éteint, comme le précédent, les corps en combustion, qu'il est absorbé par le charbon, le borax, etc.

n découvrit aussi Voxyde de carbone; mais il ne lui donna pas dû nom particulier. Ce qui le frappait dans ce corps, c'était la flamme bleue avec laquelle il le voyait brûler. — Il obtint aussi le premier Y hydrogène bicarboné^ mais il le confondait avec l'air inflammable.

Nous lui avons déjà vu signaler les principales propriétés de Tazote, qu'il appelait air phlogistigué.

Il est à regretter que toutes ces précieuses découvertes aient été d'abord exposées sans ordre, puis reprises pour être corri-

(1) Exp. et observ., p. 126.

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gées ou perfectionnées. On perd ainsi souvent le fil conducteur au milieu d'un labyrinthe de détails, d'autant plus qu'aucune théorie rationnelle ne présidait à ces recherches, dans lesquelles le hasard aurait joué, suivant l'auteur lui-môme, un grand rôle (1).

Celui qui lit l'ouvrage de Priestley avant d'avoir pris connaissance des travaux de Bergmann, de Lavoisier et de Scheele, se persuade aisément que le célèbre physicien anglais doit être considéré comme le père de la chimie moderne, et que les autres chimistes de la môme époque ne sont que d'ingrats disciples. ^ ftlais, en comparant tous ces chimistes entre eux, on ne tarde pas à découvrir que malheureusement Priestley ne rendait pas ' toujours aux travaux des autres la justice qu'il aurait voulu qu'on rendît aux siens. Sans parler de ces reproches que se font en tout temps les rivaux entre eux, nous nous contenterons de faire observer que Priestley, non-seulement trouvait toujours quelque chose h reprendre aux travaux de Lavoisier, mais qu'il critique, entre autres, assez aigrement, le beau travail de Scheele, le moins envieux des chimistes. Bien plus, il refait tout son travail, et change jusqu'aux noms donnés par Scheele; ainsi, il appelle acide spathique ce que le premier avait nommé acide du fluor; la croûte pierreuse qui se forme lorsqu'on fait arriver l'acide fluo-silicique dans de l'eau, et que Scheele avait reconnue pour de la silice pure, il l'appelle croûte spathique, en la supposant être de nature toute différente. Quant à Tacide du fluor lui-même, il soutient que Scheele est dans Terreur en le donnant pour un acide nouveau, et que ce n'est autre chose que de l'acide vitriolique chargé de phlogistique.

Cependant ces défauts ne diminuent en rien la valeur des travaux de cet homme de génie. Comme tant d'autres, Priestley • subissait le joug d'une fausse doctrine. En lui laissant même l'honneur, qu'il semble d'ailleurs revendiquer lui-même, de la découverte de l'oxygène, on n'ôtera par-là rien au mérite de Lavoisier, d'avoir reconstruit tout l'édifice de la science avec des matériaux qui en d'autres mains seraient peut-être restés complètement stériles.

La théorie du phlogistique, depuis longtemps dépouillée de son prestige, perdit en Priestley son dernier défenseur. L'autorité de

(1) M. Dumas a donné une critique judicieuse, peut-être un peu trop sévère, de Priestley, qui attribuait lui-même ses découvertes au hasard. ( Leçons de hilosophie chimique, p. 113. )

TEOISIÈME ÉPOQUE*

cet illustre savant cessa bientôt d'être invoquée comme un argument contre les idées de l'école moderne.

Pour renverser Tempire d'un système, il suffît d'un esprit révolutionnaire; mais, pour élever sur des ruines un édifice nouveau, il faut un génie créateur. Lavoisier eut l'un et l'autre. C'était l'homme qu'il fallait pour renverser la théorie du phlogistique^ pour réunir des faits épars en un faisceau compacte, et pour jeter les bases d'une école dont l'enseignement se perpétue.

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