HiSTonus BE ta cirJHis
l'on des poinU les pins obscurs et jasqu'alen les plus ootitro^
versés delascience: * • . ♦: :t , i ; •
Analyse de f acide earbànique p&r Tènnslit» 'Noos rapprocherons de la découverte de Gavendish la démonstration de là composition de l'acide carbonique par émiiAiara'Véiàiri««i, compatriote de Gavendish. LavoisSéir et d'aûtrësr k;hitnistes àvttîent préparé le gaz acide carbohi^ùe éù dUâkifbnt du carb(^ dans l'oxygène; ce n'était donè'que t^tbé^quement que r^m connaissait la composition de ce gaz. TennaÂipâhrint à le^fàiire connaître analytiquemént. ÂcetidRèt, il chaûRa, dans un tube de verre, un petit morçeaii de phosphore et du ckAonate éé chaOK en poudre. Le phospWe se changea en acide phoeiïfaôrigue aux dépens de l'oxygène de l'acide carbonique , et le carbotié se^déposa dans le tube soùs forme d'une poudre noire, lei^ détails de cette remarquable analyse de l'acide carbdtiique fârènt'èofbniU" niques à la Société royale de Londres , en mars 1791. - •
.Ingenhousz (Jean)^ né à Bré^a (Holland^.) en 1730^ exerçait la médecine en Angleterre tout en cultivant avec succès.la chimie appliquée à la physiologie. Apprécié de Pringle, président de la Société royale de Londres, il fut envoyé à Vienne auprès de Marie- Thérèse lorsque cette impératrice, désespérée d'avoirperdudeux de ses enfants, victimes de la petite-vérole, demandait à TAngieterre un médecin pour vacciner les membres de sa famille. Après avoir été comblé de faveurs à la cour de Vienne , où il jouissait de Testime particulière de Josephll, il visita TAUemagne et la France, et vint mourir le 7 septembre i799jàBowood, à Tâge de soixante-neuf ans, dans une maison de campagne appartenant au marquis de Lansdown.
Ingenhousz fit, en 1779, d'accord avec Pries tiey, une des plus belles découvertes des temps modernes. Il trouva que les végétaux dégagent, sous l'influence du soleil , un air éminemment respirable (oxygène),, et que, pendant la nuit, ils dégagent, au contraire, un air irrespirable (gaz acide carbonique). Il avait suivi ce phénomène physiologique dans toutes ses phases depuis le lever jusqu'au coucher du soleil : il avait vu que, faible le matin , il était dans toute son intensité à midi, et celssait le soir. Il avait féniarqué
aussi que le dégagement d'air vital n'a pas lieu uniforinément sur toute la surface du végétal, que lès feuilles, bien développées, sont de toutes les parties celles qui en dégagent le plus , particulièrement à leur face inférieure. Enfin, il avait observé que la quantité d'oxygène dégagée est plus grande par un ciel sans nuage ou sous Faction directe du solei( que par un temps couvert ou à Tombrè. Ces importants résultats, aujourd'hui acquis à la science, ont été exposés dans un volume intitulé^ : Experiments upon vegetables discovering the great pawer of putifying the common air in sun-shine , but injuring it in the shade or night; Londres, 1779, in-S*. L'auteur en donna lui-môme l'année suivante une traduction française sous le titre : Expériences sur les végétaux yQic.\ Paris, 1780 in-8®. Un point qui mérite encore d'être signalé, c'est l'explication que l'auteur donne du grand phénomène physiologique dont il s'agit ; il affirme que « l'air vital, ainsi dégagé des plantes, n'est ni un produit nouveau, ni un produit dé transformation d'un élément en un autre , mais qu'H provient simplement de l'absorption de l'air ordinaire par les plantes qui s'approprient le phlogistique et mettent l'air vital en liberté ». Puis il ajoute : «Les plantes, en respirant, font' donc exactement l'inverse de ce que font les animaux. )> — Cette dernière remarque est parfaitement fondée. Mais l'explication qui l'accompagne fut reconnue inexacte ; l'explication vraie devait être donnée par Senebier.
lienebier.
Senebier {Jean) y né à Genève, le 6 mai 1742, consacra à l'étude des sciences naturelles les moments de loisir que lui laissaient ses fonctions de pasteur. Auteur de VArt d'observer et de beaucoup d'autres ouvrages, il enregistra, pendant huit ans, une série d'observations sur l'état de l'atmosphère pour la Société météorologique de Mannheim , et fit des recherches, devenues classiques, sur les phénomènes chimiques de la respiration des végétaux et des animaux. Il avait entrepris de mettre au jour une théorie des causes finales', lorsqu'il mourut dans sa ville natale, le 22 juillet 1809, à l'âge de soixante- sept ans.
Senebier compléta les expériences, d'ingenhousz en montrant que l'air déphlogistiqué ( oxygène ) dégagé par les végétaux, sous l'influence (le la lumière solaire , provient de la décomposition de l'air fixe (gaz acide Cc^rbonique), dissous dans
540 HlSTOilE DE LA CRIMIk, - - - /. '
l'eau oa -dans l'air atmosphérique , et que cette décom|piCNiiti<Hi . s*opère « dans les vaisseaux des plantes où l'air fixe est filtré et agité en mille manières, et où il trouve des corps avides de phlogistique. s -*- On voit que, malgréies travaux de Lavoisier qu'il cite souvent, Senebier croyait encore au phlog^tique.
Les expériences, variées par Senebier avec beaucoup d'acides et de sels dissous dans Peau, remontent fc 1783 ; elles ont été réunies en un volume et publiées sous le titre de Reekereku sur t influence de ta lumière solaire^ pour méiëMorpkaier Pedr fixe m ' air pur par ta vegAatUm; Genève, 1783, in-S*. — L'auteur^ qui cite l'abbé Fontana et d'autres sur la même questic»} ne cife qu'une seule fois Ingenboosz^ pour dire, en note, que ses ex^ périences sur les végétaux n'établissent guère que ce qu'avait, déjà dit Priestley • Pour être juste, Senebier aurait dû avouer que, sans les recherches d'IngeiÂousz, il n'aurait peut-être jamais songé à faire les siennes.
Derniers adversaires de recelé de Lavoiaier, devenus - ses
plus sélés propagatenra.
L, Sekeele^ iPriestiey^ dont nous avons plus haUt exposé la vie et les travaux, ne voulurent jamais se convertir aux idées nouvelles, vraiment révolutionnaires, de Lavoisier. Sans les combattre directement, ils demeurèrent fidèles à la théorie du phlogistique, et moururent, comme on Ta dit, dans l'impénitence finale.
Malgré ses expériences parfaitement démonstratives, Lavoisier resta pendant bien des années seul de son opinion, relativement à la nécessité d'une réforme radicale de la chimie. Que les Allemands, les Anglais, les Italiens, les Espagnols, que les étrangers, en un mot, aient longtemps repoussé une innovation française , cela se comprend à la rigueur, par suite de ce sot orgueil dont les nations^ pas plusqueles individus, ne savent se dépouiller entièrement. Mais que des savants français, que les collègues mêmes de Lavoisier, forcés d'admettre l'exactitude de ses expériences et de ses déductions , aient continué de croire à la réalité du phlogistique , voilà ce qui paraît plus difficile à comprendre 3 cela ne s'explique guère que par Tactionde ces rivalités
TROISIÈME £POQUS. 54 fl
jalouses dout le cœur humain déborde. L'un des contemporains et collègues de Lavoisier s'en rendait compte à sa manière : « Tout en admettant, dit Fourcroy, la base de ses expériences, les chimistes qui en étaient témoins ne renonçaient point ^encore à l'existence du phlogistique , et la théorie qu'ils suivaient dans leurs ouvrages , leurs mémoires et leurs démonstrations , n'était toujours qu'un accord plus ou moins forcé entre celle de Stahl et l'action de l'air. C'était pour les bons esprits, pour les têtes les plus froides et les plus exercées à la culture des sciences, une sorte de neutralité qui résistait, non aux décou* vertes , mais au renversement total de l'ancien ordre d'idées ; ce parti sage attendait, pour adopter un changement total, une victoire encore plus décisive sur la marche de la natur»(i). »
C'était là se payer de mots, comme on ne le fait que trop souvent en politique. Résister , non aux découvertes , c'est-à-dire au progrès, mais au renversement total de l'ancien ordre d'idées , .c'était là une de ces phrases ambiguës, à double sens , sous lesquelles le parti sage masque, ici comme ailleurs, à la fois ses haines et ses préférences, ses antipathies et ses sympathies.
CdijtoB MorTeau, BerthoUet et Fonreroy, obstinément ré-
fractaires aux idées novatrices de leur illustre collègue, ne se rendirent qu'à la dernière extrémité, vaincus par l'évidence, à là suite des travaux de Lavoisier sur la décomposition et la recomposition de l'eau, dont nous venons de rendre compte.
Voyant le flot montant des expériences de Lavoisier « menacer d'une ruine prochaine la plus belle partie de l'édifice de nos connaissances B (la théorie du phlogistique), Gutton Morveau entreprit d'étayer ce superbe édifice sur des raisonnements qui pèchent par la base, a L'existence d'un fluide élastique dégagéy dit-il, de certains corps, ses propriétés reconnues et déterminées par les expériences de Black, Priestley, Lavoisier, etc., ont paru démentir, les principes de Stahl sur quelques points essentiels; et ces contradicions apparentes ont laissé une sorte d'incertitude et de défiance, qui ne peut que nuire aux progrès de la science. J'ai pensé, en conséquence, que ce serait rendre service à la science, de faire voir que la découverte de l'air fixe n'est qu'un pas de plus dans la carrière ; que les nouveaux phénomènes se concilient parfaitement, soit avec la doctrine de Stahl
(1) Encyclopédie méthodique, article Chimie, p. è91.
i^or la composition des métaux, soit avec la tbéprie des afflaités* cfonséqàentes à'ia loi de l'attraction (ij. a i r
Voilà bien le langa(;e d'un consef^yateor just0*milieu,..<pij, cherche à conciliôr ce qui est inconciliable I En pi^nanti'âr flxe^ pour l'air inflammable, l'acide carbonique pour l'oxygène» Morveau partait d'une erreur radicale pour concilier la théorie de Stahl avec celle de Lavoisier.
La grande pierre d'achoppement, c'était raugm^ntation da poids des métaux par la calcination. Aussi Bforveau, et. ayant loi, Tesei, ont voulu l'un et l'autre expliquer le pljiéQoméne de.cette augmentation, en privant le pjhlogistique de toute pesanteur* Yenet soutenait, dès 1774, l'idée que la présence ou l'absence du phlogistique était |a cause du phénomène qui ;dous, étonne : a I^e phlogistique, disait^il, ne pèse pas vers le centre de la terrej il . tend à s'élever ; de là l'augmentation de poids dans les chaux'métalliques; de là la diminution de ce même poids dans leur rér duction.-» — Venet coiximuniqua son .idée .|i Bayen,, qui lî^j.lt beaucoup d'objections; mais il n'en tint- aucun compte (2).
De son côté, Morveau persistait, malgré ce qu'on pouvait. J^ objecter, à établir quç a la présence ou l'absence du phlo^istii^ae ^ est I9. véritable cause de la diminution ou de l 'augmentation .de^ corp^ susceptibles de.se combiner avec lui u. Cependant il n'hésita point à faire, pendant l'hiver 1786, le voyage de Dijon à Paris pour voir répéter et répéter lui-même les expériences de Lavoisier, surtout celles de la combustion du charbon dans l'oxygène, et pour discuter les preuves de la décomposition et recomposition de l'eau. Il sortit de cette épreuve bien persuadé de l'insuffisance de l'hypothèse du phlogistique et de la supériorité de la doctrine pneumatique.
Un des meilleurs disciples de Lavoisier, Bertholiet^ n'abandonna entièrement la théorie du phlogistique qu'en j 758. €e fut le 6 avril de la même année, à la séance publique de l'Académie, qu'il exposa les motifs qui le forçaient à y renoncer. <c Les expériences importantes, dit-il, par lesquelles on venait de déterminer la nature de l'eau, et l'application curieuse qu'en avait faite M. de la Place à la production du gaz inflammable par la
(1) Guyton Morveau, Conciliation des principes de Stahl avec les expériences modei^nes sur /'air^arc. Mémoire inséré dans le Journal de physique, en mai 1776. (2)Bayen, Opuscules cJûmiq^es^ t. I, p. 251, en note.
THOISIÈMB ÉPOQUE. 543
dissolution des métaux, répandaient un grand jour sur toute la 6bimie; ce principe que Stahl avait ingénieusement imaginé pour rendre raison d'une grande partie des phénomènes, et par le moyen duquel on établissait réellement entre eux une liaison qui a pu guider longtemps les chimistes dans leurs recherches^ le pblogistique me paraissait enfin être devenu une hypothèse inutile, lorsque je crus devoir soumettre à de nouvelles expériences l'acide marin déphlogistiqué (chlore), dont les propriétés pourraient détruire ou confirmer Topinion que j'adoptais. »
Fonreroy inclinait encore vers la théorie du pblogistique dans les deux premières éditions de ses Éléments de chimie^ parues en 1782 et 1786. Il lie se rendit à l'évidence, ainsi qu'il le déclarait lui-même, qu'après les recherches qu'il avait faites sur la détonation du nitre, sur les acides, sur les sels métalliques, sur les eaux minérales, sur quelques fluides élastiques; et il de* vint, à partir de 1787, un partisan zélé de ce qu'on appelait alors la théorie pneumatique.
Chaptai^ qui professait jusqu'en 1796 la chimie dans la nouvelle École de médecine, suivit l'exemple de Fourcroy, de Ber-. thollet et de Morveau.
Les physiciens mettaient une insistance particulière à soutenir ridentité du pblogistique avec l'hydrogène. I^a Métkerte^ rédacteur du Journal de physique, défendait cette thèse depuis 1781, dans différents mémoires ; à l'aide de quelques expériences, propres à faire illusion, il prétendait que les métaux contiennent et donnent du gaz inflammable par Taction du feu. Il regardait ce gaz non-seulement comme le véritable pblogistique, mais, en le considérant comme un des éléments des métaux, il lui attribuait leur combustibilité, et allait jusqu'à l'appeler V huile des métaux.
Les géomètres de l'Académie des sciences, La Place, Monge, Cousin, Monnier, Vandermonde, furent, — il faut le proclamer en leur honneur, — les premiers à défendre la théorie de Lavoisier qu'ils avaient en partie contribué à fonder..
Parmi les chimistes étrangers, conservateurs des idées anciennes et hostiles aux idées nouvelles, nous nous bornerons à citer pour l'Allemagne, Gôttling,Hermbstaedt, Wiegleb, Karsten, etc. pour l'Italie Santi et Landriani, et pour l'Angleterre Black, Beddoes, Kirwan, etc.
Kirwan {Richard), né vers 1750, en Irlande, mort en 1812,
Mi nSTOOE 0K Li CTfWTE,
esAara de ci>iidlier, sur une large base, le srslèiiie aaeîcB am le sjfttème oooreao dao» soq Esmt^ oa Wlffirf— aaitf an tir caas- /f/vlto €faeid$; VOTé, ia-8". Sek» fan, Faîr îtiiatnMaMrestlc Trai pfaiûcpstiqne, et peut en même temps prodnize Tair fu. L'fnoi fvr i^ PAfo^lfiK e/ MT la cMsIîlali^ doit en fran^is par M** LaToisier, a^ec des noies de laminer^ Morreao, Laplaêe, Mooge, Berihollet et Footrot; I^ris, tlW, in-fr. Les annotateurs réfatèrent, chapitre par chapitre, lontcsks assertions de l'antear , et Kirwan, complètement comainra, adepli franchement la théorie de ses adTersaires. Gel exemple d'an homme qni s'aToae Taîncn par ses antagonistes est trop bean et trop rare poar que nous ne reproduisions pas ici ces lignes adressées à Berthollet, en janrier 1791 : c Je mets bas les.armes, écrivit Kirwan, et j'abandonne le phlogistiqne. Je toîs clairement qu'il n'y a aucune expérience avérée qui atteste la prodoctioa de l'air fixe par l'air inflammable pur; et, cela étant, il est impossible de soutenir le système du phlogistiqne dans les métaux, le soufre, etc. Sans des expériences décisives nous ne pouvons soutenir un système contre des faits avérés... Je donnerai moimême une réfutation de mon E$sai sur le pklogisiique. m
Black s'honora lui-même en faisant une déclaration analogue dans une lettre à Lavoisier. a Vous avez été instruit, disait-il, que je cherchais à faire comprendre dans mes cours à mes élèves les principes et les explications du nouveau système que vous avez si heureusement inventé, et que je commence à leur recommander, comme plus simple, plus uni, mieux soutenu par les faits que Tancien système. Et comment aurais-je pu faire autrement? Les expériences nombreuses que vous avez faites en grand, et que vous avez si bien imaginées, ont été suivies avec un tel soin et une attention si scrupuleuse pour toutes les eirronstances, que rien ne peut être plus satisfaisant que les preuves auxquelles vous êtes parvenu. Le système que vous avez fondé sur les faits est si intimement lié avec eux, si simple et si intelligible, qu'il doit être approuvé de jour en jour davantage; et il sera adopté par un grand nombre de chimistes qui ont été longtemps habitués à Tancien système. Il ne faut pas s'attendre à les convaincre tous; vous savez très-bien que l'habitude rend esclave Tesprit de la plupart des hommes, et leur fait croire et révérer les plus grandes absurdités. Je dois vous avouer que j'en ai moi-même éprouvé les effets, ayant été habitué irente ans à
tROISlisME ÉPOQUE. 545
<;roire et à enseigner la doctrine du phlogislique, comme on l'entendait avant la découverte de votre système. J'ai longtemps éprouvé un grand éloignement pour le nouveau système qui présentait comme une absurdité ce que j'avais regardé comme une saine doctrine ; cependant cet éloignement, qui ne provenait que du pouvoir de Thabitude seule y a diminué graduellement, vaincu par la clarté de vos démonstrations et la solidité de votre plan. Quoiqu'il y ait toujours, quelques faits particuliers dont l'explication parait difficile, je suis convaincu que votre doctriiie est infiniment mieux fondée que la mienne, et sous ce rapport elles ne peuvent souffrir de comparaison. Mais, si le pouvoir de l^abitude empêche quelques-uns des anciens chimistes d'approuver vos idées, les jeunes ne seront pas influencés par le même pouvoir ; ils se rangeront universellement de votre côté. » Â partir de ces déclarations, aussi catégoriques que loyales, le nombre des phlogisticiens diminua rapidement en France et à l'étranger ; et il n'y eut plus d'obstacle sérieux, opposé à l'avénement de la chimie moderne. Cet avènement de la science^ si longtemps retardé et préparé de si longue date, montre, une fois de plus , l'erreur de ceux qui s'imaginent que la vérité est comme le soleil, qu'elle n'a qu'à apparaître pour être aussitôt universellement reconnue. Pourquoi n'en est-il pas ainsi ? C'est parce que la lumière de la vérité est d'une tout autre nature que celle qui émane de notre astre central.
HVomenelatitre chimique*
Vers le milieu de l'année 1786, Guyton-Morveau, Berthollet et Fourcroy se réunirent à Lavoisier pour se concerter ensemble sur un projet de nomenclature, combiné avec le nouveau plan de réforme chimique.
Un mot d'abord sur la vie et les travaux de ces trois collaborateurs de Lavoisier.
Quyton-lIorTeau.
, Destiné à la magistrature par son père, qui était professeur en droit, le jeune Guyton, né le 4 janvier 1737 à Dijon, obtint en 1756, par dispense d'âge, la charge d'avocat général au par-
niST. DE LA CHIMIE. — T. II. 3â
H6 BisToiM ri u (minK.
lemeot de Dijon, n sot assez bien tonroer le nni comme le fémingoe son Rat ieoHaelatte, on le Jénitte ènqué, pofime.héiplcomiqae, qn'i) fit paraître à vingt-sït ans ; maia los-flciflfiçes; priicipalement k chimlej de«rinreitt' blènÙM l'objet de'lôà^ va. prMileetions. Cluncdierde l'Académie de Itijo^' ilolitint,' a , 1774, des États deBoorgOpie, la AmdctlOndecottrstitibUcs^Âé ehîmie, deminér^ogie et de ntatièie médicale, et ouvrit laimSme,leSSavrildel'annéestiinnte,le cours de chimie. Ce cours (toODB.-aù.iaeat^tiaj.ÉléiMiiX* deekimif théorique et pralique, rédigéiAmxmit nouvel or^e, ttapt^ le* découvertes modernes, etc., 3 vol. in-13; Dijon, <TT7, Danage qui fit peudant quelque . temps autorité. On y voit, entre aatret, l'auleur enseigner Vunilé de malière: aCfest donc, dit-il, la modification de la matière homogène qui constilne tons les dïffSrents corps, même les éléments; et cette modificatioD est la densité, U porosité, la figure, ii ' Pour se teoirtoatàflit an couraotâelascience, il apprit plu- Sieurs langues vÎTantes, et traduisit en français les principaux ounages defiergmann, de Scheele et de Black, en les accompagnant de notes. Dès 4773 il avait reconnu le pouvoir désinfectant de l'acide muriatique ox^né (chlore), et appliqua sa découverte à Passainïssement d'an cavean de la cathédrale de Dijon et au prisons de cette ville. A la suite'de quelques démêlés qu'il eùE avec ses confrères, il se démit, en IISS, de sa charge, et partagea son temps entre Dijon et Paris oii il se lia d'amitié aïee les principaux savants, particulièrement avec Lavoisier, Ayant adopté avec chaleur les principes de la révolution de 1789,11 fut élu, l'année suivante, procureur syndic de son département, et devint, en 1791, député à l'Assemblée législative, qu'il présida dès l'année d'après. Devenu membre de la Conveotiou nationale, il vota avec les membres les plus avancés du parti de la Montagne. Dans le procès de Louis XVI, il s'opposa au renvoi du jugement aux assemblées primaires, et intra, en 1793, dam le comité dp Défense générale et de Salut public. La tourmente politique ne le détourna pas de la culture tle la science. S'étant intéressé, dès l'origine , à l'invention des aérostats , il essap d'abord de les appliquera l'extraction des eaux des mines, puis il imagina de les employer à la guerre. Ce fut sur son rapport que le gouvernement décréta la formalion du corps des aeVo.i'(itiera. Envoyé, en 1794, avec le titre de commissaire à l'armée du Nord, il utilisa tes ballons pour les reconnaissances mili-
' TROISrÈME ÉPOOrE. 547
taires à la bataille de Fleurus. Vers la môme époque, il travailla ayec Lavoisier au perfectionnement des procédés pour la fabrication desr poudres et du salpêtre. Après le 9 thermidor, Guyton fut l'éélu membre du comité de Salut public, et présenta plusieurs rapports relatifs aux sciences, aux art^ et à l'industrie. Membre du conseil des Cinq-Cents, dont il cessa de faire pa'rtfë le 20 mai 1797, il s'occupa des finances et de la navigation intérieure, et prit une part active à la ctéation . de l'École polytechnique, dont il devint professeur et directeur. Comme administrateur des Monnaies, de 1800 à 1814, il contribua beaucoup à l'établissement du nouveau système monétaire. Membre de llnstitut national depuis sa réorganisation, il fut créé baron de l'empire; à la Restauration il perdit sa place d'administrateur des Monnaies, mais il en conservâtes émoluments. Il s'éteignit, après un affaiblissement graduel, le 2 janvier 1816, à l'âge de soixante-dix- neuf ans. Il avait épousé, en 1798, M™' Claudine Poullet, veuve en premières noces de Pîcardot, ancien conseiller à la table de marbre de Dijon. Cette dame, qui survécut à son second mari, l'avait aidé dans ses travaux. C'est à elle qu'on doit la traduction des Mémoires de chimie de Scheele, 1785, et celle du Traité des caractères extérieurs des fossiles de Werner, 1790.
H. Davy, qui vit G.-Morveau à Paris en 1813, en fait le portrait suivant : a Guyton-Morveau était très- vieux quand je fis sa connaissance. Bien qu'il eût été un violent républicain, il était directeur de la Monnaie sous Bonaparte et baron de l'empire. Ses manières étaient douces et conciliantes. Une preuve de son caractère, c'est qu'ayant promis sa voix à quelqu'un pour la place de correspondant de l'Institut, il tint sa promesse, et c'est cette seule voix qui m'avait manqué pour réunir l'unanimité des suffrages; ne m'étant jamais mêlé d'intrigues de ce genre, j'aurais toujours ignoré ce détail, s'il ne m'avait pas été raconté pkv lui-même un jour que je dînais chez lui (1). »
Les travaux de Guyton Morveau sont très-variés ; la plupart sont anonymes. Outre ses poésies, ses plaidoyers, ses écrits politiques et ses éloges historiques, on a de lui : Digressions académiques, ou Essais sur quelques sujets de physique, de chimie
(l)Voy.F.Hoefer, la Chimie enseignée par la biographie de ses fondateurs, p. 207. (Paris, 1865.)
S48 HISIOIBS DE U CHIIIII.
. et d^hisioire naiureUe ; Dijon et Paris^ 1773, in-lS ; — Défense 4e la voUUilité du phlogistique, on Lettres de Fauteur deê pigresHons académiques à fauteur du Journal de médecine^ sans daté ni lieu (Dijon, 1773), in-12; ce sont ses premiers travaux scientifiques.
Parmi ses travaux , insérés , sous forme d'articles ou de mé* moires, dans la Collection académique de Difon, le Journal de Physique, les Annales de chimie, le Journal des mines,. et dans les Mémoires de f Institut, on remarque ses Ei^périences sur la combustion du diamant, ses Recherches sur les ciments propres à bâtir, ses Observations sur la théorie de la cristallisation en général, et de celle des métaux en particulier, oit vl'on trouve une indication précieuse du moiré méiattique; ses Observations sur le dissolvant naturel du quartz, sur la fiisibililé ' des terres, sur le spath pesant et la manière {d'obtenir la baryte pure, sur la congélation de l'acide sulfurique concentré, sur l'acide succinique, sur la composition des $els, sur celle des différents gaz, sur les affinités chimiques, sur la nature de l'acier, sur le platine, le bleu de Prusse, le caméléon minerai, l'acide oxalique. Ses procédés de désinfection, qui l'ont bit mettre au rang des bienfaiteurs de l'humanité, se trouvent décrits dans son Traité des moyens de désinfecter l'air, <f^ viter la contagion ou ^en arrêter les effets; Paris, 1801, in-8®; 3* édit., 1805, avec des planches donnant la description des appareils permanents de désinfection.
Son Rapport sur la restauration du tableau de Raphaël connu sons le nom de la Vierge de Raphaël (présenté à l'Académie avec Vincent, Tannay et BerthoUet) est d'un grand intérêt pour les peintres. On y trouve clairement exposées les causes de l'allération des couleurs dans la plupart des tableaux modernes , une analyse de ces couleurs, et l'indication des moyens d'en prévenir l'altération.
Guyton proposa le premier un langage nouveau, sorte d'algèbre, à l'usage des chimistes, dans son Mémoire sur les dénominations chimiques, la nécessité d*en perfectionner le système, les règles pour y parvenir, suivi d'vn tableau d'une nomenclature chimique ; D'ijon, 1782, in-8°.
THOlSlfcMK ÉPOQUE. 549
Bertliollet.
Né à Tailloire près d'Annecy (Savoie), le 9 novembre 1748, BertboIIet (Claude-Louis) fit ses humanités au collège de Ghambéry, et étudia la médecine à l'université de Turin où il obtint en 1768 le grade de docteur. Quatre ans après, il vint à Paris ' pour se perfectionner dans ses études, et fut admis aux conférences de Lavoisier dont il reçut plus d'un conseil utile. Élu membre de l'Académie des sciences le 15 avril 1780, à laî place de Bucquet, il succéda en 1784, à Macquer comme directeur des Gobelins. En appliquant le premier le chlore au blanchiment des toiles, BerthoUet rendit à l'industrie un service signalé. Plus expéditif, plus efficace et surtout moins cher que les anciennes méthodes, le procédé de BerthoUet fut bientôt introduit dans^ toutes les manufactures de l'Europe. Ce savant désintéressé ne voulut accepter des manufacturiers qu'il avait enrichis qu'un ballot de toiles blanchies par son procédé.
En 1794, BerthoUet fut chargé d'enseigner la chimie à l'école normale. Mais il n'eut pas, comme professeur, le succès espéré. « Le respect^ dit Guvier, que l'on portait à la profondeur de son génie ne put faire illusion sur l'obscurité et le peu d'ordre de 'ses expositions. On aurait dit que, toujours maître de sa matière, pouvant la prendre à volonté par tous ses points, il supposait dans ses auditeurs la même capacité; et c'est toujours de la supposition contraire qu'un professeur doit partir (1). »
En 1796, BerthoUet, associé à Monge, fut envoyé en Italie par le gouvernement pour faire transporter en France les chefsd'œuvre des arts que la victoire avait livrés aux Français. Cette mission très-délicate fut remplie avec habileté. Après le traité de Campo-Formio, le vainqueur de l'Italie, de retour à Paris, devint le disciple de BerthoUet, et reçut à TÉcole polytechnique les leçons de l'illustre chimiste : le génie de la guerre s inclinait devant la sience. Vers cette époque fut conçue et préparée la mémorable expédition d'Egypte , à laquelle étaient associés BerthoUet et Monge, membres fondateurs de l'Institut d'Egypte. BerthoUet montra beaucoup de sang-froid au milieu des périls qui l'entouraient. Ainsi, à la bataille de Chébréis, au moment où il
^ (1) Cuvier, Éloge de Berihollet.
remontait le Nil, il était exposé au feu de rennemi pendant toute la durée de la navigation. Comme on lui voyait les poches pleines de pierres, et qu'on lui en démandait la cause : ce C'est afin, disait-il, que je reste au fond de Teau, si je suis tué. » A la révolte du Caire, l'Institut, assiégé par des bandes nombreuses, fut sauvé, en partie, par la fermeté de Berthollet ; les livres, les instruments, etc., demeurèrent intacts jusqu'à l'arrivée du général qui fit cesser le danger. Pendant que la commission scientifique se dirigeait vers la haute Egypte, le général Bonaparte fit voile pour la France, emmeiiant avec lui les deux savants dont il ne pouvait se séparer. Rendu à rihslitut de France, Berthollet reprit le cours de ses travaux. Rétiré à sa maison de campagne d'Arcueil, il partageait son temps entre son laboratoire, sa bibliothèque et une serre, qui lui senait de salon, où il
aimait à recevoir ses amis. Plein de goût pour les beaux-arts, il avait fait décorer son cabinet à l'égyptienne, et peindre au plafond le zodiaque de Denderah. Les savants les plus célèbres d'alors venaient le visiter dans cette agréable retraite; Davy et Wollaston étaient de ce nombre. Le premier de ces visiteurs a tracé de Berthollet le curieux portrait que voici : « Berthollet était un homme très-aimable. Ami de Napoléon, il était bon, conciliant, modeste et franc. Son caractère n*avait rien de hautain; inférieur à Laplace comme puissance intellectuelle, il lui était supérieur par ses qualités morales. Berthollet n'avait aucune apparence d'un homme de génie; mais on ne pouvait pas regarder la physionomie de Laplace sans se persuader que c'était un homme réellement extraordinaire (l).»
Le général Bonaparte, devenu Napoléon P^ n'oublia pas son ami le chimiste. Berthollet fut nommé sénateur titulaire de lasénatorerie de Montpellier et créé comte de l'Empire. Il n'employa ces faveurs de la fortune, ce qui fait son éloge, qu'au progrès de la science. Il fonda la Société d'Arcueil qui publia un recueil de mémoires physiques et chimiques, que l'on peut consulter encore aujourd'hui avec profit. Thenard, Gay-Lussac et Humboldt, etc., y firent paraître leurs premiers travaux scientifiques.
A la Restauration, Berthollet accepta l'un des premiers la pairie. Le Mémorial de Sainte-Hélène contient à ce sujet des ren-
(1) Voy. Davy, dans la Chimie enseignée par la biographie de ses fondateurs, p. 208. Paris (Hachette), 1865.
seignements. fort curieux : «Lors des désastres, y, est-il dit, Berthollet avait été très-mal pour Terapereur, qui en fut vraiment affecté, répétant plusieurs fois : « Quoi i Berthollet ! mon ami Berthollet!... sur lequel j'aurais dû tant compter!» — Au retour de l'île d'Elbe, Berthollet se hasarda à reparaître aux Tuileries^ faisant dire par Monge à l'empereur que, s'il n'en obtenait pas un regard, il se tuerait à la porte en sort^mt. Et l'empereur ne crut pas pouvoir lui refuser un sourire en passant devant lui. » — Que les savants, dignes de ce nom, apprennent par cet exemple que leur place n'est point ,dans les antichambres des puissants du jour.
Dans les dernières années de sa vie, Berthollet eut de fréquentes atteintes de goutte. Il les combattait par la sobriété et l'exercice : il faisait très-souvent à pied le trajet de Paris à Arcueil. Il souffrait depuis plusieurs jours d'un anthrax, quand la violence de la douleur le força à recourir à une consultation : il était trop tard ; il mourut à Arcueil , le 6 décembre 1822, à l'âge de soixante-quatorze ans.
Tr»T»ux de Bertliellet.
Ce fut à l'âge de vingt-huit ans que Berthollet débuta dans la carrière chimique par un mémoire Sur la crème de tartre^ inséré dans le Journal de Physique (février 1776). L'analyse qu'il donna de ce sel était aussi complète qu'elle pouvait l'être. Il sépara l'acide tartrique (alors appelé acide tartareux) par l'acide nitrique, et la potasse par la chaux ou par la magnésie. Quelques mois après il publia des Observations sur l'air, brochure de 58 pages in-12 (imprimée en 1776, chez Didot jeune), devenue rarissime. Il y traite particulièrement de l'air fixe (gaz acide carbonique) qu'il regarde comme l'un des principaux éléments de l'engrais, et comme jouant, en général, un très-grand rôle dans la nature. C'est pourquoi il voulait lui donner le nom d'acide universel, et cherchait à concilier l'existence de cet acide avec celle du phlogistique.
Dans le môme travail, l'auteur fait intervenir l'action de l'affinité dans la double composition des sels, et il laisse déjà entrevoir ce qu'on est convenu d'appeler depuis la loi de Berthollet, et qu'on peut énoncer en ces termes : «Si deux sels quelconques, A
et B, dissous dans Peau, sont mêlés ensemble et que, par leur l'éaction, il puisse se former dans la liqueur un sel soluble et un sel insoluble, ou deux sels insolubles, les mêmes sels, Â et B, se' décomposeront toujours, c'est-à-dire que Tacide de Tun s'emparera de la base de l'autre, et réciproquement, à moins qu'il ne puisse se former un sel double soluble, ce qui arrive rarement (i). » — C'est là, notons-le en passant, moins une loi que l'expression d'un fait général, qui souffre quelques exceptions.
La découverte de la composition de talcali volafil, si importante pour la chimie, tant théorique que pratique, était loin d'être appréciée à sa véritable valeur à l'époque où elle se produisit ; elle passa presque inaperçue pour la plupart des chimistes contemporains; Fourcroy lui consacra à peine quelques lignes à l'article, d'ailleurs si étendu, de Chimie deV Encyclopédie méthodique. On se rappelle que Priestley, en foudroyant le gaz alcali volatil (ammoniaque ) par des étincelles électriques, avait obtenu un gaz inflammable et non absorbable par l'eau : c'était l'hydrogène. BerthoUet répéta la même expérience, en la variant, et constata que l'autre gaz, avec lequel l'hydrogène se trouvait combiné pour former l'alcali volatil, était l'azote. Il fît usage, pour cette analyse, de l'eudiomèlre de Volta, et constata que i,000 parties d'ammoniaque en poids se composent d'environ 807 d'azote et de 193 d'hydrogène. Les détails relatifs à cette découverte, dont l'origine remonte à 1784, ont été consignés dans V Analyse de Valmli volatil, mémoire communiqué par Berlhollet en 1785, et imprimé en 1788 dans le recueil des Mémoires de l'Académie des sciences, p. 306.
Le travail de Berthollet Sur la nature de l^ acide sulfureux j paru en 1789, est pour ainsi dire une rectification des mémoires qu'il avait publiés, ea 1782, sur le même sujet. A cette époque, il soutenait encore que la formation des acides en général était le résultat d'un effet combiné de dégagement de phlogistique et de fixation d'air vital, et il regardait l'acide sulfureux comme un corps qui contient moins d'air vital que l'acide sulfurique et moins de phlogistique que le soufre. Sept ans plus tard, cette manière de voir était complètement changée : s'étant rallié aux idées de Lavoisier, il montra que l'acide sulfureux étaitde l'acide sulfuri-
(1) Vo>. liecherches sur les lois de Vafflmté^ dans les Mém. de PinsUlut fsection malliémalique et physique). I. ÏIl, année 1801, et t. VIÏ, année 1806.
que surchargé de soufre, ou, ce qui revient au même,. privé d'une partie de son oxygène, et que réciproquement Tacide sulfureux pouvait prendre les propriétés de l'acide sulfnrique, ou par une diminution du soufre, ou par une augmentation de Toxygène. li n^entra pas dans le détail des proportions.
Le 15 décembre 1787, Berlhollet communiqua à l'Académie des sciences un mémoire remarquable Sur la nature de l'acide prus»ique et de ses sels. Par une suite d'observations habilement déduites, il arriva à conclure que si Tacide prussique ne contient pas Tammoniaqué toute formée, il en renferme au moins les éléments, l'hydrogène et l'azote, combiné avec du carbone» dans des proportions qu'il n'avait pu déterminer. Il semblait entrevoir l'existence du radical qui reçut plus tard le nom de cyanogène. La théorie de Berthollet fut confirmée par Clouet, qui parvint à former de l'acide prussique en faisant passer du gaz ammoniacal à travers un tube de porcelaine chauHé au rouge, contenant du charbon.
En 1788 il lut à l'Académie une série d'observations , aussi neuves qu'intéressantes , sur la Combinaison des oxydes métalliques avec les alcalis et la chaux . L'auteur avait pour but d'établir a que si les métaux oxydés se comportent comme des alcalis avec les acides, ils agissent à leur tour comme des acides avec les alcalis » ; et partant de là il considérait les oxydes métalliques comme un terme intermédiaire entre deux progressions opposées. C'est en multipliant les faits à l'appui de cette manière de voir qu'il parvint à découvrir Vargent fulminant. Il l'avait obtenu, sous forme d'une poudre brunâtre, en traitant le nitrate d'argent par l'eau de chaux pure, reprenant le précipité par l'ammoniaque qui le dissout, et le desséchant sur du papier.
Dans la môme année, Berthollet découvrit V acide chlorique ( appelé alors acide muriatique suroxygéné ), à l'état de combinaison avec la potasse. Il trouva que par l'action du feu ce sel (chlorate ou muriate suroxygéné de potasse ) donne de l'oxygène pur, ce qui permit d'étudier ce gaz mieux que par l'emploi de tout autre mode de préparation. Il remarqua en même temps la propriété explosible du chlorate de potasse, et proposa de l'employer au perfectionnement de la poudre à canon. Cette proposition amena un essai officiel à la fabrique royale des poudres d'Essone, le 28 octobre 1788. Cet essai coûta la vie à deux per-
sonoes; Lavoisier, BertbpUet et Ghevraud^ comfnisjMiire royal» faillireat ea être le» Tictioie$ (1).
C'est de 1789 que date anssi une révolutioii' industrielle : le
(1) Les détails de cet aodde&t ont été raoootés par te JawrptQi de. Pgri^ea date .du vendredi, 31 octobre 17S8. En ToicI les principaux extraits s^k. tes régisseurs dés poudres ayant appris que M. BerdioUet «Tait découvert làie ma^* tière très-propre à Abriquer di la ptiodre, bèanoetip plos forte ^e'ia -pondis royale mtee, qid est la meiDeliieoNunie, ont cht <iii^ était de leur detoir da ftjre une épreuve de cette Imbrication, quoique. ce soit un proUème assez ^^Hffloile à résoudre, de saroir si les décourertes ^ ce genre sont j^ arantageus^. i^iie nuisibles à l'humanité... On procéda à fépreuve le i7 octobrf^à 6 heures' du matin : 16 livifes de matière (ddorate de potasse) forent pesées serapalettse^ ment au dosage oon?enii,et le eharbon ftitmonÎBé par précaution ;oii écNDnMBça à battre à 7Jbeures pfécises; on ne tarda pu.às'aperoevoîr que la matièfo, qudque médiocrement bumectée, se pdotonnait dans le matU/Bt et qn'^^ se retournait mal sous le jiilon ; M. Ii^rs (Pun des régisseurs désigoés pour constater les effets de Pexpériénce) essaya de la faire retomber avec un bAton ; mais cet eipédient noyant pas léossl complètement, on réselat'de porter la oompositionà 20 livres au lieu de 16, et te nouveau chaibon fot encore mouillé anwtf d'être employé* Comme, malgré l'additii»! de la matière, die ne se r;rtounttit pas beaucoup mieux, M. Letors, emporté par son zè|ie, çmitinua à la, faire.. retomber à -chaque coup de pflon avec son espèce de spatule en bois, pensiuidé que, la pondre n*étant pas encore fort avancée, il n'y avait aucun danger; il était alors entouré de M. et de M"* Lavolsier, de M. Barthollet et de M. -de CSievraud, commiasaire ; de M. MaUet» élève, et du sieur Aldin, maître poudiieri et plaisantait avec sécurité sur les effets que produirait une explosion en plein air. A 8 heures un quart on suspendit le battage pour faire un rechange complet, et on trouva la poudre plus avancée qu'on ne s'y attendait. Alors M. Lavoisier insista pour que son confrère cessât de la remuer avec un bâton durant le battage et demanda que tout le monde se retirât derrière Testacade, tandis que la machine jouerait, sauf à revenir remuer, lorsque le pilon serait arrêté, ce qui fut convenu. Après quoi on descendit pour prendre quelque repos et déjeuner/ en laissant l'élève et le maître poudrier pour continuer... Au bout d'un quart d'heure on s'achemina pour retourner à l'appareil. M. Letors, toujours actif, devança les autres de quelques instants, et fut suivi de près par l'une des demoiselles Chevraud, qui était accoutumée à des opérations des arts qu'elle entendait très-bien. M. Berthollet, qui n'avait jamais vu de mortier à poudre, entra avec Mme et M. Lavoisier et le commissaire dans une batterie en activité ; il n'y resta que peu d'instants, et on se remit en chemin pour se rendre à l'épreuve; il était alors 8 heures 45 minutes. A peine avait-on fait quelques pas, qu'une forte explosion se fit entendre et qu'une épaisse fumée s'éleva du lieu.de l'épreuve. On y courut et on trouva toute la machine en pièces , le mortier en éclats, le pilon lancé au loin, le malheureux M. Letors et Miie de Chevraud jetés l'un et l'autre à 30 pieds de distance, et fracassés contre un mur de meulières : le premier avait une jambe emportée, le poignet droit cassé, une cuisse brisée, un œil crevé, la peau du crâne enlevée ; il n'a survécu que peu d'instants à tant de blessures. M^^^ dç Chevraud, mutilée aussi, était expirée avant lui. L'assemblage des plan-
blanchiment des étoffes par remploi du chlore , alors appelé acide muriatique oxygéné* Berthollet donna la description de son nouvel art dans les Ârmales de chimie.
Lés Éléments de l'art de la teinture (2 vol. in-8®, 1791 ) ont beaucoup contribué au progrès de l'industrie. Cet ouvrage est divisé en deux parties : dans la première, l'auteur expose les principes servant de base à l'explication des phénomènes sur lesquels repose l'art du teinturier; la seconde partie est exclusivement consacrée aux procédés de l'art pratique.
Ij Essai de statique chimique (2 vol. in-8®, 1803), qui seul suffirait pour faire la réputation d'un savant, a probablement pour origine le cours de chimie que Berthollet avait été chargé de faire à l'école normale, lors de la création de cet établissement par la Convention nationale. Onze de ses leçons ont été imprimées dans le Journal de l'École normale.
Feiircroy,
Fourcroy (Antoine-François), de douze ans plus jeune que La^oisier, fils d'un pharmacien, naquit à Paris, le 15 janvier 1755. Après avoir fait ses études au collège d'Harcourt, il se passionna pour la musique et la poésie, composa < quelques pièces de théâtre, et eut un moment l'idée de se faire comédien ; le mauvais succès d'un de ses amis l'y fit renoncer. Sur le conseil de Vicq-d'Azir, ami de son père, il se décida à se faire médecin, et fut reçu docteur en 1780. Quatre ans après, il obtint, par la protection de Buffon, la chaire de chimie au jardin du Roi, en remplacement de Macquer : il avait eu pour compétiteur Berthollet, moins protégé que lui. Dès 1782, Fourcroy était admis aux réunions des savants que Lavoisier recevait chez lui et parmi lesquels on remarquait Condorcel, Monge, Berthollet, Vicqd^Azyr, Vandermonde, Baume, etc. Bientôt la révolution lui ouvrit un nouveau champ d'activité. Faisant partie du Comité
ches, derrière lequel étaient les ouvriers, avait résisté; ils avaient éprouvé une vire commotion, mais sans aucune blessure. L'élève et le maître poudrier, qui avaient été relevés de leur poste par M. Letors, s'étaient retirés un instant a\^nt ^ pour aller prendre quelque nourriture. »
Ce récit émouvant avait été évidemment communiqué au Journal de Paris par un témoin oculaire, peut-être par Lavoisier ou par Berthollet lui-même.
586 HisrroiBB de là guimie. .
des électeurs, il fût élu/ en 1792, député suppléant de Paris 'S la Convention nationale, et devint, dès l'wnée suivante, l'un des membres les plus influents du Comité de l'iùstrùction publique. II usa de son influence pour arracher des prison^ révofutionnaires le chirurgien Desault, mais il ne fit rien pour sauver Lavoi* sier, comme nous l'avons fait ressortir plus haut. Au 9 thermidor, il fut appelé au Comité de salut public. Il contribua à Tôrgani^tion de l'École polytechnique, alors l'École des travaux publics, fit créer trois écoles de médecine et donna le plan de l'École normale. Après le 18 brumaire, il fut nommé directeur général de l'instruction publique, et rendit des services dans la formation des lycées. Lors de la création de TuDiversité impériale, il espérait en devenir grand-mattre, quand il apprit que Fontanes lui était préféré. Ce fût un coup terrible porté & Fourcroy, qui se vantait d'être non ambiiieux. Sa gaieté naturelle l'abandonna, et il disait aux amis qui cherchaient à le consoler : a Ce coup me tuera; une griffe de fer me déchire le cœur. » Enfin, le 6 décembre 1809, le jour même où Napoléon, pour lui Cure oublier une préférence péniblc-signait les lettres patentes qui le nommaient comte de l'empire avec une dotation sénatoriale deM),000 fr.de rente, il s'écria tout à coup : «Jesuismort.» . . Ce furent ses dernières paroles : il expira au milieu d'une fête de famille, à l'âge de cinquante-quatre ans.
TraYanx de Fonrcroy.
Fourcroy débuta, à vingt-deux ans, par un mémoire lu à TAcadémie des sciences, en décembre 1777, Sur la différence des précipités martiaux, obtenus par les alcalis caustiques. Dans un second mémoire, lu en janvier 1778, il étendit son travail aux précipités de chaux, obtenus en traitant les sels calcaires par des alcalis. On n'y voit aucun fait nouveau. Plus tard il s'attacha à Tétude de la chimie organique, particulièrement de la chimie animale. Mais ses analyses du quinquina, du gras de cadavre^ du lait de vache, du foie humain, des calculs biliaires, etc., n'offrent qu'un intérêt historique : l'auteur avait abordé des problèmes pour la solution desquels les éléments nécessaires restaient encore à découvrir; ses erreurs n'étaient donc que des péchés d'omission.
TROISIEME EPOOUE. 557
Fpurcroy eut le mérite incontestable d'avoir, par ses ouvrages et par son enseignement, contribué. plus qu'aucun autre de ses collègues à populariser la chimie. Parmi ses ouvrages nous citerons : Système des connaissances chimiques et de leur application aux phénomènes de la nature et de l'art, iSOi, 6 vol. in-4% ou 11 vol. in-8® : c'est le développement de ses Leçons d'histoire naturelle et de chimie, parues en 178i , 2 vol. in-8*^; — Philosophie chimique; 1792^ in-S" ; — Tableaux synoptiques de chimie ^ atlas in-folio, 1805. Son article Chimie, de l'Encyclopédie méthodique, est fort important pour l'histoire de la chimie au dix-huitième siècle.
Gomme professeur, Fourcroy était sans rival. «Il était né, dit M. Pariset, pour le talent de la parole^ et, ce talent, il l'a porté au plui^ haut degré : ordre , clarté , expression , il avait toutes les qualités d'un orateur consommé ; ses leçons tenaient de l'enchantement A peine avait-il ouvert la bouche que le cœur était saisi par les sens et l'esprit captivé par l'attente. Les phénomènes les plus subtils, les théories les plus abstraites, prenaient, à mesure qu'il parlait, une évidence et une simplicité qui jetaient dans la surprise et le ravissement. Son élocution vive, facile, variée, élégante et pourtant familière , semblait se jouer avec les obstacles, et faisait tomber, pour ainsi dire en courant, les voiles sous lesquels la nature s'est enveloppée. Tout cet éclat , soutenu par les accents d'une voix sonore et flexible , et par le jeu d'une physionomie qui se prêtait à mille expressions et qui s'animait du feu de la parole , donnait à ses démonstrations tout le prestige , et j'oserais presque dire, toute la passion d'une scène dramatique. Il savait distinguer sur les bancs les plus éloignés de son amphithéâtre l'esprit difficile qui doutait encore , et celui qui ne comprenait pas ; alors il variait ses expressions , la langue semblait multiplier pour lui ses richesses , et il ne quittait sa ma* tière que lorsqu'il voyait tout son nombreux auditoire également satisfait. Aussi , quelque lieu qu'il choisît pour ses cours , ce lieu n'était jamais assez vaste pour l'affluence de ses audi* teurs (1). »
(I) Pariset, Éloge de Fourcroy,
iSB BisitmiK'nB la ciiniis.
Après avoir fidt connallfe 1m alrtéora de U «htaime p . abordons la descriirtioii nléme de leur leavre 6oU lectiTe. :•.;:.
Dire heaueùup de ehateê en peu de mate, tel est Ildéàl Ve' làpif^ f eclîoa du langage. L'algèbre , cette langne des mathdiùÀtîdeiîti en approche le plus; la langae des chimistes tieût ktkmiéiBie^ mentaprèS'
Plus une science se perfectionne , plus le besoin de s'exprimer avec autant de brièveté que de pr^sion se fiât sentir: C'est ce dont étaient pénétrés Moupeau, Bertholiee et Ponrcroy; ioMpië vers le œilieude Ifannéè 478dils se réunirent à Lavoisiery àh chef de la nouvelle écfolevpour examiner un pirojetde nomenclature, proposé par Horveau dè^ 1783, et pour conoeiler tiiïSi^ble un plan de réforme devenu siéoesaaire. Os étaient 'dantf le coufant des idées nouvellea qui entraînaient alors tous lêb èhisâilBies, ceux-là môme qui semblaient tenir le plus ai£c idées ^iunennes^ « Ne faites grftce f éèrivait^ vers la fin de ses jours, Bergman à Morveau , ne laites gi^ce à aucune dénomination impropre ; ceux qui savent déjà entendront toujours; ceux qm ne savent pas en-, core entendront plus tôt. s .'
Après huit mois de conférences presque journalières^ auxquelles assistaient plusieurs géomètres de TAcadémie, Lavoisier exposa à la séance publique de l'Académie du 18 avril 1787 les bases de la Réforme eu du perfectionnement de la nomenclature delà chimie^ el il en donna les développements dans un second mémoire, la le. 2 mai suivant.
Cette grande réforme, œuvre commune de Lavoisier, de Morveau^ de Berthollet et de Fourcroy, porte principalement sur les corps co>Hposés, Ces corps ont été divisés en acides, en bases et en sels, La nomenclature nouvelle repose donc sur une véritable classification des matières que traite la chimie.
Lavoisier, d'accord avec ses collaborateurs, avait établi en règle que « toute dénomination d'un composé doit en même temps indiquer les noms des éléments de ce composé ». Appliquant cette règle aux acides , il les terminait en ique; de là les noms diacide sulfurique y diacide muriatique , d'acide carbonique y Qic, substitués aux noms d^hiHle de vitriol, d'esprit de sel, d'air fixe, etc.
TROISIÈME ÉPOOÛE. 559
Si Lavoîsier n'eût pas fait jouer à Toxygène un rôle trop exclusif, la nomenclature chimique aurait été presque parfaite dès son origine. Mais, d'après sa théorie , a les acides sont composés de deux substances de l'ordre de celles que nous regardons comme simples (je cite textuellement) : l'un] qui constitue l'acidité; c'est de cette substance que doit être emprunté le nom du genre; l'autre qui est propre à chaque acide, qui les différencie les uns des autres, et c'est de cette substance que doit être emprunté le nom spécifique. »
Comme l'oxygène , en sa qualité de principe acidifiant ou de générateur des acides (&esi la signification du mot oxygène)^ était supposé exister dans tous ces composés ^ son nom pouvait être omis sans inconvénient : il désignait le genre, exprimé par là terminaison ique, tandis que le nom de l'élément^ auquel il s'associait, désignait l'espèce. C'est pourquoi, au lieu d'acides oxysulfurique, oxy carbonique ^ etc., on dira simplement acides sulfuriquCj carbonique^ etc.
Mais les auteurs de la nomenclature ne tardèrent pas à s'apercevoir que les deux principes constitutifs , le principe acidifiant et le principe acidifié, peuvent se combiner entre eux. dans des proportions différentes; il fallait donc élargir le cadre. C'est ce qu'ils firent en variant la teroiinaison du nom spécifique : ique devait indiquer l'acide qui contient le plus d'oxygène; eux celui qui en contient le moins. C'est ainsi que, par une simple modification de la désinence, le seul énoncé des noms, tels que acide sulfurique et acide sulfureux, acide arsénique et acide arsénieux suffit pour indiquer une différence de composition. Maisja chimie marchait vite; et bientôt les faits ne cadraient plus avec la théorie.
Il nous faut ici anticiper un peu sur l'avenir des contemporains de Lâvoisier, avenir qui déjà n'est plus pour nous que le passé. Dès le commencement de notre siècle on reconnut que c'est , non plus en deux, mais en trois et même en quatre proportions différentes que l'oxygène peut se combiner avec une seule et même substance pour former des acides différents. Afin de ne rien changer aux terminaisons anciennes, on imagina alors de faire précéder le nom de l'acide, contenant une proportion d'oxygène moindre que l'acide terminé en ique, de la préposition grecque hypo (u7C(5, au-dessous), A son tour, l'acide moins oxygéné que celui-là dut recevoir la préposition hypo, en conservant la terminaison eux. Cette première modification fut apportée à la nomen-
860 PSIOIBC DE LA CHtKUS.
clature \ l'époque où Gay-Liusac découvrit deux nouveaux acides du soufre, moins oxygénés que l'acide sulfureux. C'est .ainsi' que Ton dit depuis lôrs :
Acide paf^q^:. . , . V^^ ^^
Acide iulfiirettx )
Acide hypculfMque . . | ^^^^ ^^^^ Acide hyposuljwreux. . . )
On découvrit 9 presque en même temps, que le phosphore, 1'>zote, le chlore, etc., peuvent, comme le soufre, donner des acides moins oxygénés que l'acide, terminé en ewc. Mais l'expé* rience avait montré aussi que l'oxygène n'engendre' pas seolemeot des acides.
Nous avons vu que les anciens chimistes appelaient ehxux le produit de la calcination d'un métal à l'air. Après avoir démontré que ce produit est dû à la fixation de l'oxygène par le métal , Lavoisier remplaça le nom de chaux métallique^ d'abord par celui de métal oxygéné, puis par celui d'oxyde. Les chaux d'étain, de plomb, de mercure, etc., s'appelleront donc désorouds oxydes d'étain, de plomb, de mercure, etc. Mais ici encore l'expérience montra que l'oxygène peut, comme dans la formation des acides, s'unir à un même métal en plusieurs proportions pour produire des oxydes différents. Afin de distinguer entre eux des oxydes plus ou moins oxygénés, on convint d'appeler ^o/oa?yrf« (de wpwToç, premier), le composé qui contient la moindre ou première proportion d'oxygène, et deui^xyde ou bioxyde , celui qui en contient le double; on nomma sesquioxydeXe^ composés où Toxygène entre pour un et demi, la quantité de métal restant toujours la même; tritoxyde^ guadroxyde^eiCy des composés où l'oxygène est le triple, le quadruple, etc., de celui du protoxyde; enfin on nomma sous-oxyde tout composé où la quantité d'oxygène est inférieure à celle du protoxyde.
La plupart des oxydes sont des bases, c'est-à-dire qu'ils ont la propriété de se combiner avec les acides pour former des sels. Il y a aussi des oxydes indifférents ou neutres, ainsi appelés parce qu'ils ne sont susceptibles de se combiner ni avec les acides, ni avec les bases. C'est le cas de beaucoup d'oxydes non métalliques, tels que le protoxyde et le deutoxyde d'azote.
Les auteurs de la nomenclature chimique avaient reconnu que
TROISliME ÉPOQtE* â6l
(( plus la propriété d'oxygène augmente dans un oxyde basique, plus celui-ci perd sa ph)priété de base et tend à devenir acide ^ de telle façon que les composés les plus oxygénés sont généralement acides, tandis que les moins oxygénés sont basiques n . — Ce fait général, qu'on appelle improprement une lai, s'applique encore à d'autres éléments que l'oxygène ; mais c'est ce qu'ignorait alors Lavoisier. Il lui importait avant tout de faire ressortir la différence qui existe entre une combinaison ou un composé et un mélange. Le composé suppose l'union intime, moléculaire^ de deux ou de plusieurs éléments. Cette union^ souvent accompagnée de dégagement de chaleur, de lumière et d'électricité, se fait toujours dans des proportions déterminées; il est impossible de distinguer, à l'aide de nos sens, organoleptiquementy la nature des éléments qui forment le composé, et ces éléments ne peuvent être séparés que chimiquement. Il n'en est plus de môme de ce qu'on nomme un mélange. Les éléments qui y entrent se reconnaissent déjà à l'aide de nos sens, et ils peuvent être séparé$ mécaniquement ; le mélange s'effectue sans aucun phénomène de chaleur, de lumière et d'électricité , et son volume représente la somme de volumes des éléments mêlés, tandis que dans l'union chimique il y a souvent condensation des volumes. Aussi n'est-ce pas sur les mélanges, mais sur les composés, que se portait l'attention des auteurs de la nomenclature.
Composés saUns ou sels. Il y a des sels neutres, acides et basiques. Le sel neutre est la combinaison d'un acid^ avec une base, conibinaison dans laquelle les propriétés de l'un et de l'autre composants se sont neutralisées. C'est ce que la nomenclature indique en changeant en ate la terminaison ique, et en ite la terminaison eux des acides. L'oxygène étant supposé entrer dans la composition de toutes les bases , on retranche le mot oayde, comme un facteur inutile , et on dit simplement acétate de plomb , nitrate d* argent, etc., au lieu de combinaisons de l'acide acétique avec l'oxyde de plomb , de l'acide nitrique avec l'oxyde d'argent, etc. Cependant, lorsque plusieurs oxydes d'un même métal peuvent se combiner avec un acide et produire des sels différents, il est indispaiisable de faire précéder le nom du métal de celui de son degré d^oxydation. C'est ainsi qu'on dit : sulfate deprotoxyde de fi^, sulfate de sesquioxyde ou de peroxyde de fer. On dit aussi ce cas : sels au minimum et sels au maximum (d'oxydation).
Les chimistes anciens connaissaient déjà l'action que les rom-
BIST. DK LA CBIUIE. — T. H. 36
. soi ,uistoi»tm*tà'mmau.
posés acides et alcalins ou basiques eieiceiil sur. certaioés c)mi^ leurs irégétales. De là uu moyen bien simple pour distinguer oàs composés entre eux. La couleur la plus ordinairement employée à cet effet est lateinture de tournesol. Bile est «aas aefion sàrfe sel parEûtemeni neutre; mais elle rougit au rcditaèl dtftn. sd aeide^ comme elle le ferait an contact d'un àcidc: libre, tandis qiie le sel àasiqMe ramène au blea la teinture de toonaesel longie par un acide. '. • !. m; . :'.■/;
La nomenclature indique ces différences de réaction* AiWi les sels acides sont appelés sur-êêU ; on les désigne par lesationii de leagiiî-y U-, quadrirêeU^ ails contiennent une fbls.et demiey deux fois, quatre fois autant d'adde que le seL neuârè^ pria poor terme de comparaison* Exemples : «esgpttîMrtefiated'âmœoniaque^ bisuifàte de soude , qfmdroxakUe de potasse. Les seài, eu eon^ traire, dans lesquels la base domine , sont appelés fOtisHMit, oa sels basifue$. On dit : sel M-teft^tie, iri-boaifuef Mss^buMiqm, etc., lorsque la quantité de base est le double, le triple, le sextopie, etc., de la base qui entre dansL-la composition du sel neutre. Exemple : acétate de plomb H'-ba9iq^eyifi4iwiqtêefêÊ4^4^^
Tek. sont les principes de la nomenclature )C]iimique.jâ8. s'ap* pliquent presipie exclusivement aux ox-widm, aux oasy-itani et aux oxy-sels. Voilà ce qu'il importe de ne point perdre de vue, lorsqu'on veut apprécier sainement Tœuvre collective de Lavoisier, Morveau, Bert&ollet et Fourcroy.
La théorie de la combustion, jointe à la nomenclature , voilà ce qu'on pourrait appeler Vécole chimique fraiiyçaise.
Progrès de Técole chintique française*
On a dit de la révolution française qu'elle était destinée à faire le tour du monde. Cette prédiction ne s'est jusqu'ici complètement réalisée que pour la chimie. Les idées nouvelles , scientifiquement révolutionnaires, après avoir^ non sans d'opiniftres résistances, forcé la conviction des collaborateurs immédiats deLavoisier, pénétrèrent, quoique lentement, dans l'esprit des autres chimistes français, tels que Chaptal, Van-Mons, Darcet, Pelletier, Achard, Âdet, Deyeux, Yauquelin , etc.; puis de là elles se répandirent partout et finir^it^par être adoptées par
tous les savants. Les critiques passionnées dont la chimie noû* velle était l'objet de la part de quelques retardataires , loin de nuire à son succès , donnèrent à beaucoup de personnes le désir de la connaître , et à peine en eut-on pris connaissance qu'on en sentit immédiatement l'incontestable supériorité sur la chimie ancienne. C'est ainsi qu'on ne renverse que ce qu'on remplace avec avantage.
En Angleterre , l'exemple donné par Black, Rirwan et Cavendishqui, après quelques hésitations, avaient franchement em* brassé les principes de l'école chimique française, fut bientôt suivi par Pearson, Tenant, Beddoes et Hope, successeur de Black à la chaire de chimie d'Edimbourg. Les médecins anglais furent les premiers à utiliser, pour leur art, les découvertes de la chimie moderne. Ils employèrent les sels de baryte pour combattre les scrofules^ et appliquèrent l'oxygène, au moment où il se dégage de l'oxyde de mercure, dans le traitement des maladies de poitrine. Mais c'est surtout dans les arts industriels que les Anglais songèrent à tirer parti des découvertes chimiques les plus récentes.
En Allemagne, la chimie pneumatique ou antiphlogistique, — c'est ainsi qu'on y appelait l'école française , — rencontra le plus grand nombre de contradicteurs, dont quelques-uns cherchaient à concilier la doctrine ancienne avec la théorie nouvelle. Nous citerons ici particulièrement Gœttling, Gren et Girtanner.
^imtiiXLmg {F,'Frédéric-Auguste), né à Bernbourg, le 5 janvier 1755, mort à léna, le 1®' septembre 1809, professeur de chimie à l'université de léna, auteur d'un Essai de chimie physique (léna, 1790, in-8"),d'une/i«cyc/oprfc?i> chimico-physique(^\A^., 1805-1807, 3 vol. in-S"), ût une série d'expériences sur plusieurs corps combustibles mis en contact avec le gaz oxygène, le gaz azote , l'air atmosphérique et d'autres fluides élastiques, dans le but de rectifier la Chimie antiphlogistique ; il en publia les résultats dans Beytrag zur Berichtigung der antiphlogistischen Chemie, etc. (documents pour servir à la rectification de la chimie antiphlogistique); Weimar, 1794-1798, in-8°; et en déduisit, entre autres, que « le calorique et la lumière sont deux corps simples , différents l'un de l'autre , et tous deux à l'état de fluides élastiques; que l'union de la lumière avec l'oxygène forme le gaz azote, de même que celle du calorique avec l'azote forme l'oxygène ; que la lumière a plus d'affinité pour l'oxygène que le calorique, ce qui expliquerait pourquoi l'oxygène est, dans beaucoup de cas,
561 ,ttVnpp.n.Li GBliqt.
décomposé par laJmri^ , M 'converti en axote ». «- Bedboltet mina 4c fond en comble ce système dans une note lue à F Acadéâoûe des sciences, en plnviAse de l'an IV (fénier 1798).
«Mil ^^nMt^^Ckarles), né à Bembourg, le l*' mai 4760, mqrtleSftnovimWe 1798, professeur de chimie à Tuniversilé de flrile , auteur de plusieurs ouvrages estimés , parmi leaqueb on cite : Ùimmëtianes U experimenia eirea gmieiin tiêris fisci et pUogUifti ( Halle, 1784, in-S*") ; SgtienMUekes Hmidbueh der fe^ ummnim Chemàe (1794, T édit.), repoussa la théorie française sur l'oxydation et la désoiydation des métaux, et ne céda qoa devant l'évidence des faits que Van-Hoos lui opposait MaiSyiiie^ pouvant pas renoncer entièrement i l'idée d'un principe, général - combustible ,. ni se résoudre à regarder, avec les chimistes finuiçais, la plupart des corps combustibles comme simples ou indécomposés, il finit par se créer une ttiéorie mixte. D'après cette théorie, le phlogistique serait une base expansible qui, par.son unionavec le calorique, produirait lalumière. Quant au calorique, ce serait, non pas un fluide, mais une force primitive, expansive, mettant en mouvement les mplécules de la matière. Cette théorie se trouve longuement exposée dans une lettre de Oren à son aim Yan-Mons.
^ CUMauer {CkriUQphe ), né à $aint-Gall, le 7 décembre 1766» mort ^ Gœttiogue le 17 mai 1800, professeur de médecine , au* teur d'ouvrages sur des sujets variés, parmi lesquels on remarque une Nouvelle Nomenclature chimique à rusage des AUenumds (Gœttingue, 1791, in-8**), et Principes de chimie antiphlogistigue (Ibid., 1795, in-8"), écrivit, en octobre i791, à de la Metherie qu'il venait de trouver que «la base de l'acide muriatique est l'hydrogène, que cet élément, au premier degré d'oxydation, fournit l'eau, et, au second degré, l'acide muriatique; qu'il existe ainsi une analogie complète entre l'acide muriatique et l'acide nitrique, puisque l'azote au premier degré d'oxydation forme l'air atmosphérique , et au second l'acide nitrique. » C'est le cas de dire que rien n'est plus séduisant que l'erreur. Aussi, que de vigilance ne faut-il pas dans la recherche de la vérité I . Dans une lettre adressée, en septembre 1796, à Van-Mons, Girtanner fait le tableau suivant de l'attitude des chimistes allemands, à la fin du dix-huitième siècle , vis-à-vis de l'école fran- Qaise :... a La dévolution chimique s'est opérée en Allemagne. Il n'yaplusqueCIren, savant distingué, mais opiniâtre, Westrumb,
GineHneèGrell,qui défendent encore l'existence du phlc^istique. Ces quatre chimistes ne se rendront jamais : ils ont déclaré une guerre à mort à la doctrine antipblogistique. Trommsdorf, qui cependant s'est rendu à la nouvelle doctrine , tient encore par quelques chaînons à l'ancienne.... Parmi nos jeunes chimistes, Scherer de léna promet de grandes choses ; il est zélé sectateur de la chimie française, bon expérimentateur et doué de beaucoup de connaissances. Le professeur Mayer, à Erlangen , est une excellente tête , qui réunit des connaissances profondes en mathématiques, physique et chimie, comme Monge à Paris, qsoique, selon moi, Monge ait plus de génie. Hermbstœdt fait tout ce qu'il peut pour l'avancement de la nouvelle doctrine. »
Voici maintenant le commentaire, dont Van-Mons accompagna la lettre de Oirtanner. « Cette lettre pourrait, dit-il, faire croire que les quatre chimistes (Gren, Westrumb, Gmelin etCrell) dont parle Oirtanner, professent encore la théorie de Stahl. Je dois détromper à ce sujet mes compatriotes français,^ auxquels la guerre n'a pas permis de se mettre au courant des progrès de la nouvelle doctrine chimique en Allemagne. Ce pays ne compte plus parmi ses chimistes écrivains aucun partisan du pur système du phlogistique depuis que je les ai convaincus de la présence de l'oxygène dans l'oxyde de mercure rougi par le feu. Ils ont tous adopté la nouvelle doctrine sans restriction ou avec des restrictions de peu d'importance. Crell, Westrumb, Wiegleb , Trommsdorf, Gmelin, Richter, Leonhardi, etc., tout en tâchant de marier la nouvelle théorie avec la théorie du phlogistique dans les corps combustibles , en admettent l'ensemble et les conséquences. » — « On peut croire, ajoute Fourcroy, que cette lutte glorieuse établie depuis vingt ans, ce procès fameux qui s'instruit encore tous les jours chez un des grands peuples les plus éclairés de l'Europe , fera reconnaître au fond de quel côté se cache l'erreur et l'illusion, et sur laquelle des deux théories brille la lumière éclatante de la vérité (1). »
La Hollande opposa moins de résistance que l'Allemagne à l'introduction de la chimie française. Ses chimistes se distinguaient par leurs travaux aussi ingénieux que pratiques. Van Marum se fit connaître par ses expériences sur la combustion des métaux au
(1) Encyclopédie méthodique^ article Chimie, pages 617 et 712 (Paris, an IV de la Répabliqne fîrançaise).
566 ' usituai db £A' cuuue.
moyen derélectrieité» par sesgaiojaièlres» p^psie» observalions wOê la comlmstioo du phosphore dans rair.rar^A. IkiMti'BekmêA'i Paats, Van Troostwyk et Lau^renburif» forttièifeiït à Amsterdam une société de chimistes^ connus sous 16 nom de tHdûiUimkoln imidaiê,'ponT travailler en eoounun to {Mgrèa.dft'ia sdeface; Ces chimistes parvinrent les premiers:^ en 1788 r^^^^^^nspos^ Teau par Télectricité en hydn^aièBe et eu oxygène, -et à. iàïeeo&iposer en foudroyant les.cleux gaa ainsi obtenus; Cette impèrtaati^ expérience d'analyse et de synthèse fui répétée à' Pairie pfarCSiappe et Sylvestre. Les mêmes chimistes bollandais constatèrent aUèûcn* m^encement de 1794^ tlana les sulfhres métEilUques et partkùttè*' rement dans le sulfure de ouivre » la- propriété' de ttl7ûier»dai» l'oxygène et de s^allumer dans 4e6gaB irre6piraUeft>Ibfanâéé jftaiyante, ils étudièrent, d'une manière i^Môei^tov'^ Saaè ^dcogène bicari)oné) qui ae dégage pendantia réaotion de Vaoide'4uife< rique imr l'alcool; M.^: lui trouvèrent, centre autres*^ Ia<«pi90pfiét6 de former une sorte dïiaile av^ le gaz Adde muriatiquei cixygéné (chlore). Ce produit d'aspect "oléagineux, -r- premier' produit dé substitution où l'hydrogène est remplacé par un éflalr vélwne de chlore, — * reçut. alo» le jpom de jgM olé/ûmi ote :d?kiÊUeéMtkh mste$ hBlkm4^i^ (^^détaiis de cette décoaverte furent; IraKamis par Van-Mona.^ l'InstUutde Franceen venMseraii IVdeinirépablique (mars 1796). La Hollande, érigée en ré{»Ubliquebatave, était alors en communauté d'idées politiques avec là France. La science promettait d'en resserrer davantage les liens. Aussi Fourcroy put- il dire avec une légitime confiance : a Tout annonce que la république batave , dont le sot et la prospérité sont les plus beaux et les plus étonnants monuments de l'industrie et du génie, continuera à cultiver la science chimique ^ et que la doctrine française y jettera de profondes racines et s'agrandira par ses citoyens. »
U Italie ne resta pas en arrière de l'impulsion donnée par les chimistes français. Giobert, Beauvoisin , le chevalier Saint-Réal, les comtes Mocozzo et Balbo s'occupèrent à Turin de l'application de la chimie nouvelle aux sciences naturelles et aux arts. Dandolo publia à Venise une nomenclature chimique italienne , d'après le modèle de la nomenclature française. A Florence, l'abbé Fontana, déjà bien connu par ses recherches sur les fluides élastiques et particulièrement sur l'air fixe {Journal de physique, octobre 1775), par son analyse de là malachite et par ses observa-
TROISIÈME EPOQUE.. 56l
lions sur Tair où ont séjourné des fourmis (Journal de physique, juillet et septembre 1778), perfectionna les appareils chimiques et météorologiques. A Pavie^ à Vérone, à Milan, àModène^et dans d'autres villes de lltalie , la chimie française eut des partisans nombreux, parmi lesquels il suffit de nommer Volta, Landrini , Lorgna, Fortis, Yenturi, Brugnatelli, Moscfati.
V Espagne elle-même voulut participer à Télan dotmé aux études de la chimie par les découvertes récentes. Le gouvernement espagnol créa des laboratoires, abondamment pourvus d'instruments et d'appareils, à Madrid, à Séville, à Cadix et .dans d'autres villes^ La plupart de ces instruments avaient été fabriqués àParis par les ouvriers mêmes que Lavoisier avait employés . La nomenclature chimique fut officiellement adoptée, et les ouvrages français, où se trouvaient exposées les nouvelles doctrines, furent rapidement traduits et répandus en Espagne. Proust et Ghabanneau, qui avaient longtemps résidé dans ce pays et possédaient parfaitement l'espagnol, y furent les propagateurs 2élés de l'école française.
De la Scandinavie f et plus particulièrement de la Suède, on ne devait pas tarder à voir sortir des chimistes éminents , dignes continuateurs de Bergmann et de Scheele. Quant à Ibl Russie, elle sembla destinée à n'avoir pour propagateurs de la science que des étrangers, notamment des Français et des Allemands.
Le Nouveau Monde même ne demeura pas étranger à ce mouvement scientifique. Au Mexique et au Pérou , où abondent les mines d'or et d'argent, on sentit bientôt le besoin de se tenir au courant des progrès de la chimie. A ce besoin répondirent les travaux de Delrio, Angulo , Delhuyar et Dandrada, qui s'étaient principalement livrés à l'analyse des produits minéralogiques. La République des États-Unis, qui prit un si rapide essor par l'activité fiévreuse de ses citoyens , ne pouvait pas rester indifférente au spectacle du développement extraordinaire de la chimie , qui s'est rendu tributaires tous les arts industriels et agricoles.
Mais la science , fille du temps , est indépendante de l'espace : elle n'appartient à aucune nation, à aucune contrée spéciale; elle plane, comme l'esprit de vérité , au-dessus du chaos des agitations humaines. Aussi ne fut-ce point un Français qui devait réa* User les vœux et les prédictions de Lavoisier.
568 Hi8Toaut ut xik. woese.
Peu de vies ont été aussi bien remplies que cdle de Hauh phry Davy. Né le 17 décembre 1778, à Penzance, petite Tille da comté de Comouailles , le jeune Homphiy Tint, avec ses parents; babiter Yarfell, au bord de la mer, dans on nte piîtoresqae, entoaré de monomoits dmidiqnes. Ce séjour ne cootriboa ipas peu à développer en lui le goût de la poésie qu*il cultiva toute sa vie avec. une prédilection marquée. Les essais que cite de loi son frère et son biographe, Jobn Bavy, sont pleins de vo^e et d^êvi* ginalilé. A seiae ans , il perdit son père, graveur sur Iwis, et sa mère resta avec cinq enfants sur les bras. Pour suffire à cettu charge, elle ouvrit d'abord une boutique, de. mercerie, pms un hôtel garni pour les voyageurs qui venaient visiter les rives de k Boye, renommées pour la douceur du climat et ses beautés agrestes. Quelques mois après la mort de son père> en. 1796, Humphry fut mis en apprentissage chez Bingham Borlase^ maître chirurgien et apothicaire à Penzance. C'est à cette époque (février KH9S) que commence le journal où il avait l'habitude de consigner les pensées et les actes principaux de sa vie.
Rien de plus instructif que le développement graduel d'un esprit d'élite : débutant par le raisonnement froid, incisif, en quelque sorte mathématique du matérialisme, il finit généralement par aboutir à un spiritualisme éclairé. Voici comment Davy raisonnait à dix-huit ans : « La faculté pensante a sa source dans les sens. Un enfant, quand il vient au monde, est sans idées, par conséquent il ne pense pas. Tous ses actes émanent de l'instinct Excité par la faim, il va sucer le lait de sa mère ; il ne diffère en rien du plus stupide des animaux, si ce n'est qu'il a davantage besoin de secours. Il ne possède que de faibles perceptions; son attention est éveillée avec peine; sa mémoire est à peu près nulle; et il ne retient les idées qu'à force de les lui répéter. A mesure que l'enfant avance en âge, ses nerfs et son cerveau deviennent plus forts; la perception devient plus vive, et la mémoire plus tenace. Le jugement, résultant de la perception et de la mémoire, commence à se montrer; la raison se développe à son tour; enfin, l'homme apparaît avec les caractères de son intelligence. Après que les facultés mentales ont atteint le summum de leur développement à l'âge viril, elles commencent à décliner et
rétrogradent vers l'enfance. Il suit de là, avec une indiscutable évidence, que la faculté pensante ne reste pas constamment la même. Or, ce qui n'est pas constant est naturellement variable, et ce qui varie est mortel et matériel. La force corporelle et la force pensante commencent Tune etrautreàcroiC)*e depuis zéro, pour revenir, après un certain développement, à leur point de départ (1). »
Il est impossible de mieux faire ressortir ce parallélisme du corps et de l'esprit, qui fut, en tout temps, le principal argument du matérialisme.
Une circonstance, en apparence fortuite , fit naître dans Davyl'amour de la science qu'il devait illustrer. Grégoire Watt, fils de l'immortel inventeur de la machine à vapeur, avait été envoyé par son médecin à Penzance pour une affection de poitrine. Il Tint loger chez Madame Davy. Le jeune pharmacien, pour se lier avec ce personnage qui aimait la chimie , se procura une traduction anglaise des Éléments de chimie de Lavoisier. En deux jours il avait lu et compris ce livre , et il songea dès lors à un nouveau plan d'études, embrassant toutes les connaissances humaines. A la suite des entretiens et discussions qu'il eut avec G. Watt, il se consacra presque exclusivement à la chimie.
« Un bon physicien doit, disait Franklin, savoir percer avec une scie. » Le jeune Davy construisit les premiers appareils avec ' quelques tubes de verre achetés à un marchand de baromètres ambulant; il les compléta avec de vieux tuyaux de pipe et avec une seringue dont l'avait gratifié le chirurgien d'un navire fran-* çais , échoué près de Land's End. Sa chambre à coucher était transformée en laboratoire, et les fourneaux de la cuisine servaient à ses expériences pour préparer les gaz.
Ses premières recherches expérimentales eurent pour objet la détermination de l'espèce d'air que contiennent les vésicules de certaines algues marines, telles que les fucus siliqtiosus etf. squarrosus. Il réussit ainsi à montrer que les plantes marines agissent sur l'air comme les plantes terrestres, en décomposant, sous l'influence de la lumière , l'acide carbonique pour fixer le carbone et dégager l'oxygène. Davy adressa ses Essais sur la chaleur et la lumière au docteur Beddoes , qui les publia , en 1798, dansson recueil périodique ( Cmtribuiiens to physical and médical, knowledge ).
(1) Extraits du journal de H. Davy^ dans Memoirs of the Ufe of H, Davy^ t. f, p. 16 (liOnd., 1839).
870 BIOTOUS- DE .'LA GlUnS*
' Le docteur Beddoes, anoién prbfeàiBeur d'^ ^diiiiiie k ^émwmW d'Oxford, entretenait >iiQ oommeroe iinstolûrè. a?ecl ler prîndr paux chîmiiites-de loo temps, notamaoaent «ree Lannsier. B vèf nait de fonder à Glifton, près de Bristol^ on élahKsseiifréntquî» sous lenomd'IntiUMiiM'fnêùMaiifuéimmtpanr tait:d%iip)îquer les gas, •— remède alors à la mode, ^* iuk tnâtement dc^t nudadies pulmonaires, si comimnes en AngleMrre; |1 vësekitide s'attacher le jeune cfaimistoy etetergeatAm.fimLDKFiil Ciilbeiijqn succéda plus tard à H. Davy dans la présidence de la ficfeséféroyale .de Londres) de négocier auprès de Papothicaîie dePensaBOè: la résiliation du contrat d'apprentissage. Par bonheur ibpotliÛBttrë ne demandait pas mieux que de se défaire:fd*ttn. apj^renti qui passait à ses yeux pour < un bien pauyre sujet ni < .^^
Davy fut donc attaché, en 1780,. à llnstîtdtion.pneQmfttiqàe dtf docteur BeddoesràCUifton, etit sut hiisntôt Axtfsur ktt Tal» tention do monde sarant. Son contrat avec ié dooteuir ^eddoes lui imposait Tebligatioii de s'ciccuper plus partienlièrement des gaz en rapport avec l'économie animale. :< i : . i':
Le protoxyde d'azote, que Priestley avait, .«oua le nojBft d'toydé nitreux^ confondu avec l'oxygène, fut l'un des premiers- gas ^u'il se mit à expérimenter. Son chouL •s'était p6rtèêiir;.cè gaz parce que le docteur Mitchell avait fondé làniessufe toute une théorie, prétendant que l'oxyde nitreux était lé principe immédiat de la contagion, et qu'il produirait les plus terribles effets, sien le respirait même en quantité minime^ ou si on l'appliquait seulement sur la peau. C'était dans le but de vérifier cette théorie de la contagion que Davy avait choisi le gaz en question. L'auto* rite d'un praticien aussi célèbre que le docteur Mitchell devait avoir de quoi faire reculer d'épouvante l'expérimentateur le plus hardi.
Les premières expériences furent faites avec du gaz impur ou mêlé d'air ; elles ne donnèrent pas de résultats concluants. Davy résolut alors, le 12 avril 1799, de respirer le protoxyde d'azote pur. Nous notons cette date, parce que le jeune chimiste , plein d'avenir, s'exposait à une mort certaine, pour peu que la théorie signalée fût vraie. Cependant il ne songea pas même à faire valoir son courage. « L'hypothèse du docteur Mitchell, dit-il, ne me troih blait nullement; je m'attendais à des effets pénibles, mais j'avais lieu de croire que l'inspiration d'un gaz qui en apparence n'a aucune action sur le corps puisse détruire ou du mpins gravement
endommager le principe de la vie. » — > Le gaz pasi^a dans les bronches sans irriter la glotte, et il ne produisit* aucun sentiment de malaise dans les poumons.
Cette première expérience , faite en une seule inspiration, engagea Davy à en tenter d'autres. Le 16 avril suivant, il respira le même ga/. pendant une demi^heure : îl éprouva un peu de vertige, bientôt suivi d'un sentiment de bien-être particulier. Le lendemain , il recommença Texpérience. il aspira pendant plus longtemps le gaz par la bouche, en fermant les narines et après avoir expiré Tair des poumons, a Au bout de trente secondes^ j'éprouvai, dit-il, comme une douce compression de tous les muscles , accompagnée d'une sensation extrêmement agréable , surtout dans la poitrine et dans les membres. Tous les objets paraissaient osciller autour de moi, et l'ouïe devint plus fine. Dans les dernières inspirations, ces sensations augmentèrent et finirent par se changer en une irrésistible tendance au mouvement. Je ne me rappelle que vaguement ce qui se passa ensuite; mesmouvements devaient être désordonnés et violents » . — Cette expérience , qui dura plus d'une minute , est remarquable en ce qu'elle* détermina une espèce de danse de Saint-Guy.
Davy continua ainsi^ pendant plusieurs mois , à essayer sur lui-même l'action du protoxyde d'azote , qui reçut depuis lors le nom de gaz hilarant. Il varia ses expériences et finit par respirer ce gaz en se tenant enfermé dans une sorte de toile imperméable à l'air. Cette dernière expérience se fit en présence du docteur Ringlake , le 26 décembre 1799. Après avoir rappelé les sensations précédemment éprouvées , Davy ajoute : « Bientôt je perdis tout rapport avec le monde extérieur; des traces de visibles images passaient devant mon esprit comme des éclairs , et se liaient avec des mots de manière à produire des perceptions eiitièrement nouvelles. Je créais des théories et je m'imaginais que je faisais des découvertes. Quand M. Ringlake m'eût fait sortir de ce genre de demi-délire , l'indignation et le dépit furent les premiers sentiments que j'éprouvais à la vue des personnes qui m'entouraient. Mes émotions étaient celles d'un sublime enthousiaste. Pendant une minute je me promenai dans la chambre , complètement indifférent à tout ce qu'on me disait. Après avoir recouvré mon état normal , je me sentis entraîné à communiquer les découvertes que j'avais faites pendant mon expérience. Je fis des efforts pour rappeler mes idées : elles étaient
Bisnooks SX LA cpimi.
d'abord Ciibles et indistiiictes; puis elles se firent éoedain jour par cette exclamatioii prononcée solenneUeinent, avee le ton d'un inspiré qui a une foi absolue en ses paitoles : c Atoi n*exiêie fw ta pensée; Fwniven $e eempôse dFimpressiom, d^iiéee^ de pkdein ^ei de peines {i).i^
Ces. expériences eurent un immense retentissement. On s'en exagéra d'abord la portée : les pins enthousiastes voyaient déjà dans l'emploi du gas kUaramt un moyen de varier les jomssance* de la vie. Le nom de Bavy devint bientftt populaire sur le continent : chacun voulait respirer le gas auquel on attribuait le pou* voir magique de mettre les uns dans une extase délideuse et d'asphyxier les autres au milieu d'un rire inextinguible.
Davy ne s'en tint pas à ses expériences sur le protoxyde d'asote ; il essaya encore d'autres gas sur lui*m6me. La respiration de Vhfdrogimeiïe produisit dans le premier moment aucun efltot sensible; mais, au bout d'une minute, il eut de la difficulté à respirer. L'oppression augmenta au point de le forcer à cesser l'expérience. Il n'avait éprouvé aucun vertige ; le pouls était fidble etaccéléré ; les joues étaient devenues pourpres. — La respiration de Vasoie, mêlé d'un peu d'acide carbonique, détermina à peu près les mêmes symptômes.
' Voici l'action que produisit sur lui le gaz d'éclairage (hydrogène bicarboné). La première inspiration rendit la poitrine presque insensible , les muscles pectoraux paraissant en quelque sorte paralysés. Après la seconde inspiration, il perdit la faculté de percevoir les objets du monde extérieur, avec un vif sentiment d'oppression. Pendant la troisième inspiration , ce sentiment fut suivi d'une prostration qui lui laissait à peine la force nécessaire pour ôter de la bouche le tuyau par lequel il faisait ses inspirations. Il reprit peu après ses sens, et, comme s'il venait de sortir d'un rêve, il dit d'une voix affaiblie : « Je ne pense pas
^ mourir. »
Un mélange de trois parties d'acide carbonique et d'une partie d'air produisit un peu de vertige et de la somnolence : l'expérience
^ dura près d'une minute. — Voxygène avait été respiré pendant six minutes; l'expérimentateur n'en ressentit d'autre effet qu'un peu d'oppression.
(1 ) Researches rdating io the effects prodnced by the respiration ofniirous oxyde upon différent individuals, dans le tome III des Collected works of B. Davy, p. 269 et boIt.
pavy dut probablement à ce zèle pour la science Tétat valétudinaire dans lequel il languissait jusqu'à la fin de sa vie.
Le comte de Rumford venait de créer à Londres V fnslituiion royale. D'une humeur peu accommodante, il s'était brouillé avec son professeur de chimie, le docteur Garnett, et songeait à lui' donner un successeur. Davy fut proposé et accepté. Son air juvénile et ses manières un peu provinciales lui valurent d'abord unaccueil peu favorable. Mais , dès sa première leçon (\e â5 avril 1801), il sut, par la chaleur de son débit, par la vivacité et la clarté de sa parole , charmer tous ceux qui étaient venus l'entendre dans la petite chambre qu'on lui avait assignée pour ses cours. Aux leçons suivantes , il fallut élargir le local pour contenir un auditoire nombreux et de plus en plus enthousiasmé ; et bientôt le jeune professeur devint l'homme à la mode dans la capitale de la Grande-Bretagne.
Tant de succès , obtenus à un âge où d'autres commencent leur carrière, donnaient la mesure de sa capacité. Nous exposerons plus loin les travaux qui lui valurent une réputation européenne. Contentons-nous ici de rappeler que Davy devint, en 1803, membre de la Société royale de Londres; que trois ans après il remplit les fonctions de secrétaire, et qu'à la mort de Joseph Bancks il fut élu président de cette savante compagnie. Il conserva ce poste jusqu'à sa mort. En 1812 il fut créé baronnet, et, en 1817, il fut élu associé de l'institut de France, qui deux ans auparavant l'avait couronné , au moment où la guerre avec l'Angleterre était dans toute sa violence.
Depuis longtemps Davy désirait visiter le continent. Ce désir fut enfin réalisé vers le milieu d'octobre 1813, où il s'embarqua à Plymouth, en compagnie de sa femme et de M. Faraday, son préparateur et son secrétaire, alors un jeune homme de dixneuf ans. « Nous allons faire, écrivit-il à sa mère , un voyage scientifique qui, je l'espère, nous sera agréable, à nous, et utile au monde. Nous traverserons rapidement la France pour nous riendre en Italie; de là nous pas'serons en Sicile, et nous reviendrons par l'Allemagne. Nous avons l'assurance des gouvernements de ces pays qu'on nous accordera partout aide et protection. Nous resterons probablement un ou deux ans absents. »
Davy s'arrêta six mois à Paris. Il profita de son séjour pour faire personnellement connaissance avec des savants tels que Guyton Morveau» Berlhollet, Cuvier, Laplace , Vauquelin , Alexandre
' SS^i ' ', ' HISTOQUB'DI Lik CHIVIB.
de Hamfaûldt, Ghaptal; Gay-^Lossac, etoiy él tmcer 'levm por-^' traits. Ces croquis bUniinphiqiiès, qoin'étatrat pas destinés. 4 voir le joaf , fitrent publiés, en 1839, par John Dayy, qui les avait troavés dans les'papiers de son frère (!)•
Vers la fin de décembre 1843, Qavy quitta Paris pour continuer son vcqrage. Passant par Fontainebleao, il Tiàta le palais où quelques mois plus tard Napoléon P*, devait abdiquer* Il admira la beauté de la toréi sur laquelle s'étendait le lÎBcenl de l^ver. La vue de ces chênes séculaires, couverts de glaçons étineelants^ : loi inspira un morceau de poésie dont voiei quelques tagments :
«... La natore Tepon dans ksilaiee'da sommeil; les atlira m Migrent d'aiicoDeYardiire;aiicnisiBniiedê la vie aelssmiims; — miSni91a9eniasl9ie les revêt; —-le pfir cristal As la glaoe trinspartiile refète an sqMl ks ^lelb^. 4e Tarc-en-dd... Voîei des Uocs ôa pieiTe, des fôcben laasslfo; vous les diriex eii**. tassés par la main de llibmme , attristantes mines de qodqiie gnnd pâladiii, Porgneil d'andens joors... Plus loin est le palais d*iuié iseè de ii>b imdssântfc; a est à d^antrea tSMMts:.. L'aigle d'or y briHe... Tel' est lé sort cafnridMà -des choses hmaaines : un empire a'âèfe «omma mi niiaes à llMxtiioa;:raii0S aa sa. leil levant Jliépaad ses teintes matinales snr mie sfapospl^éhM^^ ses teintes s'assomlurissent , mi orage approobe, la foudre éclate , le tomiene gronde; mais bientôt la tefmpéte ifapaise, et tout rentre dans le sQence'. »'
Ces lignes portent la date du HQ décembre: 1813,. D^v; poursuivit sa route par TAuvergne, dont il visiia les yoïcans éteints. La vue du mont Blanc des hauteurs de Lyon, les bor4s du Rhône, la fontaine de Yâucluse, la Méditerranée à Montpellier, le Ganigou, Carrara, etc., inspirèrent successivement la m use du poète chimiste. 11 entra en Italie par Nice et le soi de Tende ; il passa par Turin et s'arrêta plusieurs jours à Gênes où il fit quelques recherches sur la torpille. Il ne croyait pas que Torgane électrique de ce poisson fût tout à fait analogue à la pile de Volta.
De Gênes Davy se rendit à Florence et de là à Rome, où il fut en avril 1814. Après avoir séjourné quelque tempsàNaples et à Rome , il revint par la Lombardie et la Suisse. A Milan , il vit Volta. « C'était, racontè-t-il , un homme déjà avancé en âge et d'une mauvaise santé. Sa conversation n'était pas brillante; ses vues étaient assez restreintes, mais marquant beaucoup d'ingénuité. Ses manières étaient d'une simplicité parfaite. Il n'avait pas l'air d'un courtisan , ni même celui d'un homme qui a vécu dans le monde. »
Davy franchit les Alpes par le Simplon, et arriva à Genève vers la
(1) Voy. les articles Guylon»Morveau, Berthollet, etc.
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fin de juin. Habitant une jolie maison de campagne aux bords du. lac, il s'y livra, pendant trois mois, à la pêche à: la ligne, pour laquelle il eut toute sa vie une véritable passion. A la fin de septembre, il revint par le Tyrol en Italie , pour y passer Thiver, et, au printemps de 1845, il était de retour à Londres. Il y continua ses travaux, qu'il n'avait pas même interrompus pendant son voyage.
Ce fut peu de temps après son retour en Angleterre que Davy inventa la lampe de$ mineurs, qui porte son nom. Les anciens savaient déjà que les mines des galeries souterraines sont quel- ' quefois remplies de! gaz détonants, tels que Thydrogène carboné ouThydrogène simple, mêlé d'une petite quantité d'air atmosphérique, susceptibles de déterminer l'asphyxie et des explosions terribles au contact d'une flamme. Une de ces explosions eut lien ^ en 4842, dans la mine de Felling, en Angleterre : en un instant plus de cent ouvriers périrent , affreusement mutilés. Un comité de propriétaires de houillères s'organisa, et fit un appel à la science de Havy pour prévenir le retour de pareils désastres. Xe problème paraissait bien difficile à résoudre : empêcher des gaz inflammables défaire explosion au eontaiet du feu, c'était demander presque l'impossible.
Cependant Davy ne désespéra point. Il se mit d'abord à étudier les gaz explosibles ou inflammables , détermina les proportions dans lesquelles leurs mélanges détonent, et observa le premier que la flamme ne se propage pas dans les tubes à capacité trèsrétrécie, nia travers les mailles étroites d'un réseau métallique. Ce fut là -pour lui un trait de lumière. Après quelques tâtonnements, il parvint à construire un appareil fort simple , composé d'une gaze ou toile métallique, entourant une lampe ordinaire : l'air détonant ne peut qu'éteindre la flamme, sans produire aucune explosion , et même alors un fil de platine , roulé en spirale, au-dessus de la mèche éteinte , suffira, par son incandescence, à éclairer les mineurs , tant qu'ils pourront se maintenir dans un air aussi peu respirable.
Telle est la lampe de Davy y qui, depuis son invention, a conservé la vie à des milliers d'ouvriers. Des amis engagèrent l'inventeur à prendre un brevet. «Vous pourriez, lui disait l'un d'eux, gagner ainsi 5 à 10,000 livres sterling par an. » — « Non, mon ami, répliqua Davy; ma pensée ne futjamais.de ce côté-là : ma seiile ambition est de servir l'humanité. Et si l'on croit que
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'■ . ' j'y ai réussi, je me trouverai amplement récompensé : par ta ' OQDSçienee d'avoir bit da bien k mes semUables. » • . r Dans Que av^ occasion, il inontrale même désintérenemenk L'Angleterre dépensait tons les ans des sommes constdéfld>les pour la réparation de ses vaisseaux, dont les doublages ea cuinto étaient rongés par l'eau de mer. Davy ftat invité i y porter remède.^ L'éminent chimiste , gui voyait dans ce phénomène une aetioa électro-chimique, imagina de neutraliser l'état éleetriqae du cuivre par de petits clous de fer, dont un sral devait prtemer de . la décomposition au moins un pied carré de cuivre. Des navires, préparés d'après cette méthode, allèrent en Amérique et ea^re^ vinrent.sans que leur doublage fût oxydé.
Dès ce moment on Croyait tout posdUe an génie de c^ homme extraordinaire, et, pour employer une expression de Gnvier,; « on lui commandait une découverte comme i d'autres une foui^
• ' niture ». . '
Le prince-régent, devenu roi sous le nom de Georges IV^ s'in^ téressaitaux fouilles d'HercuIanum et de Pompéi, deux cités romaines ensevelies , en l'an 60 de notre ère, par les cendres d'une éruption du Vésuve. On en avait retiré, entre autres^ , des rouleaux de manuscrits; un livre de Cicéron, le De repiAUeti, que l'on croyait depuia longtemps irréparablement perdu, nous a été ainsi conservé. Mais ces manuscrits, tout en conservant rintégrité de leurs caractères, étaient complètement carbonisés. Il s'agissait de les dérouler sans les détruire, sans rendre l'écriture illisible. Le souverain de la Grande-Bretagne chargea Davy de résoudre ce difficile problème. Ce fut pour l'illustre chimiste l'occasion de revoir l'Italie.
Davy quitta donc une seconde fois son pays natal, le % mai 4818. Son itinéraire le conduisit cette foi^ à travers l'Allemagne. Le 43 juin il était à Vienne , et quatre mois après à Rome. De là il se rendit à Naples pouf commencer immédiatement ses opérations sur les manuscrits d'HercuIanum. La chimie donnait l'espoir de faciliter ce travail; mais l'effet d'une carbonisation profonde rendit inapplicable tout procédé de ramollissement. Davy dut se borner à l'indication de quelques moyens propres h mieux détacher les parties adhérentes et à étendre les rouleaux moins imparfaitement qu'on ne l'avait fait jusqu'alors.
Il profita de son voyage pour étudier la nature des couleurs dont se servaient les peintres de l'antiquité ; quelques écailles
détachées des murs de Pompé! et d'Herculanum lub suffirent pour démontrer, à l'aide de l'analyse, que ces couleurs, à peu près aussi variées que les nôtres , ont été, pour la plupart , empruntées au règne minéral , et qu'elles sont d'une préparation parfaite. Le voisinage du Vésuve devint pour lui une occasion d'émettre des vues nouvelles sur la formation des volcans et sur l'état primitif du globe. Il y rattacha en même temps des idées d'un ordre plus élevé.
Ces idées se trouvent consignées dans un ouvrage extrêmement remarquable , qui a pour titre : Consolations in travel, or the last days of a philosopher (Consolations en voyage, ou les derniers jours d'un philosophe). Il est divisé en sept dialogues , dont le principal personnage esi Vlnctmnu qui apparut à Davy pendant une promenade nocturne dans les ruines du Colisée à Rome. Voici, entre autres, les paroles qu'il met dans la boi^che de cet Inconnu pour combattre le matérialisme. «.... Sans doute, dit-il^ la vision ne peut pas se passer du nerf optique, de même que la pensée a besoin du cerveau. Mais le nerf optique et le cerveau ne sont que les instruments matériels d'un pouvoir ou d'une force qui n'a rien de commun avec eux. Cela s'applique aussi à tous les autres organes. Si vous arrêtez le mouvement du cœur, vous ferez cesser la vie ; mais le principe moteur n'est ni dans les muscles du cœur, ni dans le sang artériel , que ces muscles envoient à toutes les parties du corps. Un sauvage, qui voit la roue d'une machine à vapeur s'arrêter tout à coup, peut très-bien s'imaginer que le principe du mouvement est dans la roue qu'il a sous les yeux; il lui sera même impossible de deviner que ce mouvement dépend d'abord de l'action de la vapeur, puis du feu entretenu sous une chaudière d'eau. Le physicien, qui en sait plus que le sauvage, ne s'y trompera point : il prendra immédiatement le feu pour la cause du mouvement de la machine à vapeur. Mais l'un et l'autre sont également ignorants en ce qui concerne le feu divin qui fait mouvoir les rouages de notre corps.. . Le développement de l'intelligence consiste en une succession de changements ou de mouvements, dont nous ne retenons que ce qui nous est utile ou nécessaire. L'enfant qui vient de naître a oublié ce qu'il faisait au sein de sa mère ; bientôt il ne se rappellera plus rien de ce qu'il faisait dans les deux premières années qui suivirent sa naissance. Nous ne sentons qu'à l'aide d'organes matériels , et nos sensations se modifient avec nos organes. Dans la vieillesse , les sen-
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sations émouBsées font tomber Tâme dant une sorte tte^iôiÂmdly d'où elle se réveillera pour one nonvelle vie. • Dans notlre fM présent, rinfelligence est naturellement limitée el ilÉparfatt]^; mais cette imperfection dépend de son mécanisme matériel' : noos devons convenir qu'avec une organisation plus parfiita^i l'intelligence jouirait d'un poqvoir beaucoup plus étendu. Si rbomme, tel qu'il est actuellement organisé, était ûnnsKirtél, ce serait l'éternité attachée à une machine : la plus. grande partie de ses connaissances ou de ses souvenirs se perdraient peu i peu, en sorte qu'il serait, relativement à ce qui est arrivé il.y a mille ans, exactement comme l'enfant qui perd le souvenir dès événe» ments des premières années de sa vie... On essayera vaùnemant d'expliquer comment le corps est uni au sentiment ei à 1& pen* sée. Les nerfs et le cerveau y interviennent sans doute ; mm daps quel rapport? Voilà ce qu'il est impossible de dire. A juger par la rapidité et la variété infinie des phénomènes de la percep** lion , il parait extrêmement probable qu'il y a dans le cerveau i$ dans les nerfs une substance infiniment plus subtile que tout ^ que l'observation et l'expérience y font découvrir, et que l'union immédiate du corps avec le sentiment et la pensée a liea par l'intermédiaire de certains fluides élhérés, insaisissables par nos sens, et qui sont peut-être à la chaleur, à la lumière , i l'électrîcité, ce que celles-ci sontauxgaz...Je n'ai aucune prétention d'établir à cet égard une croyance certaine, et je suis loin d'admettre l'hypothèse de Newton qui place la cause immédiate de nos sensations dans les oscillations d'un milieu éthéré. Cependant il ne me paraît pas improbable que quelque chose du méca* nisme si raffiné de la faculté sensitive , quelque chose d'indestructible , n'adhère à la faculté pensante, après la destruction de nos organes matériels, après la cessation de la vie du corps. »
En comparant ces idées avec celles que Davy avait à dix-huit ans, on voit quelle révolution s'était opérée dans son âme par la maturité de la réflexion : du matérialisme le plus affirmatif il était arrivé à ce spiritualisme éclairé qui caractérise tous les hommes de génie, les vrais bienfaiteurs de l'humanité!
La santé de Davy déclinait visiblement. Un séjour prolongé à Florence et à Rome n'eut point sur lui l'heureuse influence qu'en espéraient ses amis. Ce fut pendant ses pérégrinations de valétudinaire qu'il composai les Derniers Jonrs d'un Philosophe, que Cuvier appelle « l'ouvrage de Platon mourant ». A peine arrivé à Ge-
nèvie^.Davy expira à cinquante et un ans dans ies bras de son frère John, accouru pour le soigner dans ses derniers moments.
Le tombeau de Davy se voit, dans le cimetière de Genève, à côté de .celui de Pictet : c'est une simple pierre tumulaire, posée à plat sur le sol ; en écartant les plantes rampantes qui la couvrent» on y lit; profondément gravé en creux, ce seul mot : Spero ! Il errait sur les lèvres du mourant qui mettait son espérance dans une autre vie.
Travaux 4e DaTy*
A la terre la dépouilie mortelle ! A nous , aux générations à venir, la pensée qui vivifie I -^Lavoisier avait légué à la postérité deux idées qui semblaient devoir primer toute la science : Tune, grande et simple, déjà entrevue dans Tantiquité; l'autre, belle et séduisante , entièrement neuve. La première était vraie : elle donnait à entendre que beaucoup de corps jusqu'alors réputés simples étaient composés. La seconde était fausse : elle posait, Toxygène comme le générateur de tous les acides et de toutes les bases.
C'est ce programme en deux parties, contenant la vérité à côté de l'erreur, que Davy eut la gloire de réaliser dans le sens que nous venons d'indiquer. Voyons comment il y parvînt.