PREMIÈRE PARTIE DU PROGRAMME
^ Les effets de l'électricité occupaient depuis plus d'un demisiècle l'attention des physiciens, lorsque la découverte de la pile de Volta vint redoubler leur zèle : chacun voulait expérimenter .raction de cet instrument simple et merveilleux. Rien de plus instructif pour le penseur que ce conflit d'opinions et de théories contraires que l'on vit alors surgir de toutes parts. Le premier sera le dernier : Terreur ouvre la marche; la vérité ne viendra qu'après; mais elle finira par marcher en tête : c'est elle qui aura Le dernier mot.
En 1800, Carlisle et Nicholson firent, en Angleterre, une expérience bien facile à répéter partout : elle consistait à plonger dans l'eau commune les fils métalliques fixés aux deux pôles (positif et négatif) de la pile. Ils virent ainsi l'eau se décomposer : le gaz oxygène se portait au pôle positif, et le gaz hydrogène au pôle négatif; en même temps, il apparaissait un peu
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d'acide d'an c6té et d'alcali de l'antre. Cette apparition, qui gîtait tout, semblait celle d'un génie malin-, Toolant épronTerli. patience de l'homme. / '
Dans la même année , Ritter, en Allemagne, répéta,. »iec quel» ques modifications, l'expérience des physiciens anglais ; il obtint les mêmes résultats, liais il en conclut que l'oxygène et Itiydrogène sont de l'eau combinée ayec les deux élècMcités cen^ traires, que l'oxygène est de l'eau combinée avec l'électricité positive, tandis que l'hydrogène est de Teau combinée avec l'électricité négative. Cette explication ne faisait qu*obscurcir le bit au lieu de réclaircir. Dans d'autres expériences , oit l'on avait établi kl communication entre les deux vases, destinés, à recevoir l'hydrogène et l'oxygène, il paraissait toujours de l'acide nmriatique (chtorhydrique) au p61e positif. On en avait induit que cet acide! était un sous-oxyde d'hydrogène. C'était là compliquer la question d'une nouvelle erreur.. En 1803, Hizinger et Bersélius montrèrent que l'action décomposante de la pile s'étend à tous les composés^, et qu'elle fait toujours paraître les acides au pôle positif et les alcalis au pôle négatif. C'était quelque chose; maii^ < la question continuait à rester obscure.
Davy. avait suivi toutes ces expériences avec le plus vif intérêtli les répéta de son côté , avec des pUes plus fortes, et les varia; . diversement. Il réussît ainsi à démontrer que, lorsque l'eau est pure , on n'en extrait, par l'action décomposante de la pile, que de l'hydrogène et de l'oxygène, exactement dans les proportions où ces deux gaz se combinent pour former de l'eau ; et que, quant aux acides et alcalis qui peuvent se produire , ils tiennent à des matières salines que l'eau commune contient toujours en dissolution. {Voy. ci-dessous la figure du petit appareil dont il se servait.) Cette fois la lumière était faite.
Après avoir soumis beaucoup d'autres composés au même agent de décomposition, Davy formula le premier la loi qui servit à Berzélius pour rétablissement de sa classification des corps simples et de sa théorie électro-chimique, suivant laquelle raffinité consiste dans Vénergie des pouvoirs électriques opposés. Davy communiqua les résultats de son travail , le 20 novembre 1806, à la Société royale de Londres; ils ont été réimprimés dans le tome V des Œuvres de H. Davy (Londres , 1840). Ce fut pour ce travail que Davy remporta le prix de l'Institut de France, fondé pour le progrès de l'électricité. Mais un triomphe plus éclatant l'attendait.
DéeouTerCe 4u potassium^ 4a Bodioin^ etc. — NouS avons VU
que Lavoisier avait élevé des doutes sur la simplicité des alcalis fixes (potasse et soude), et des terres (chaux, magnésie, alumine, etc.). Ces doutes exercèrent particulièrement la sagacité de Davy. Ici encore, la pile lui servit de moyen d'analyse. Il l'essaya d'abord sur la potasse en dissolution aqueuse; puis, sur de la potasse soumise à la fusion ignée. Il échoua dans l'un et l'autre essai. 11 employa alors la potasse légèrement humide. Mais laissons-le raconter lui-même cette expérience mémorable :► <c J'en plaçai, dit-il, un petit fragment sur un disque isolant de platine, communiquant avec le côté négatif d'une batterie électrique de 250 plaques (cuivre et zinc) en pleine activité. Un fil de platine, communiquant avec le côté positif, fut mis en contact avec la face supérieure de la potasse. Tout l'appareil fonctionnait à l'air libre. Dans ces circonstances une action très-vive se manifesta; la potasse se mit à fondre à ses deux points d'électrisation. Il y eut à la face supérieure (positive) une vive effervescence, déterminée par le dégagement d'un fluide élastique; ' à la face inférieure (négative), il ne se dégageait aucun fluide élastique ; mais il y apparut de petits globules d'un vif éclat métallique, tout à fait semblables aux globules de mercure. Quelques-uns de ces globules, à mesure qu'ils se formaient, brûlaient avec explosion et une flamme brillante; d'autres 'perdaient peu à peu leur éclat et se couvraient finalement d'une croûte blanche. Ces globules formaient la substance que je cherchais : c'était un principe combustible particulier, c'était la base de la potasse^ C'était \t potassium. »
On ne saurait raconter plus simplement une aussi grande découverte. Cependant elle causa à son illustre auteur une vive
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émotion que son frère raconte en ces terme : «Quand il ^Ites petits globules de pot^sinm percer la cro&le de la potasse et - 8*enflammer au contact de l'eau et de l'air, il ne parconfèhîr te joie : il se promenait dans sa chambre en sautant comme à^ d'un délire extatique; il lui fallut quelque temps pour se' remettre et continuer ses recherches (4). d . ' Reprenant un à un tous les détails de son expérience, Dny s'assura définitivement que ces globules, d*un éclat argenté, qiUf jetés sur l'eau, s'y enflammaient, brûlaient avec une .flamme
' purpurine et s'éteignaient avec une légère explosion,' ea un met, que cette substance brillante était un métal jusqu'alors' inconnu; que la croûte blanche, dont se couvraient les globules, éiàil de la potasse régénérée; que l'effervescence, remarquée au pAle positif de la pile, provenait de l'oxygène dégagé delà potasse; que ce nouveau métal décompose l'eau en s'emparant de l'oxygène qui se fixe et en dégageant l'hydrogène qui s'enflamme. Enfin c'est ce métal ou corps simple qui reçut de Davy Ini^ ' même le nom de potassium.
Le grand chimiste appliqua le même moyen de décomposi-
'tion à la soude, et il obtint le même succès. Seulemesnt le «h diunty placé dans les mêmes conditions que le potassium, brûlait avec une flamme jaune, ce qui devait, outre sa densité pliu faible, servir à le distinguer du potassium.
Ces expériences si décisives, ces découvertes si belles, trouvèrent cependant des contradicteurs. On supposa que ces corps nouveaux, qui semblaient mettre les savants sur la voie du fameux feu grégeois, n'étaient que des combinaisons d'hydrogène ou de carbone avec les alcalis. Pour faire tomber ces objections et hypothèses, Davy dut répéter ses expériences et montrer quele potassium et le sodium non-seulement ne contiennent ni hydrogène, ni carbone, mais qu'ils ne peuvent brûler, en se changeant en potasse et en soude, qu'au contact de matières oxygénées, et qu'il faut les conserver dans des liquides exempts d'oxygène, tel que le pétrole ou huile de naphte (2). Voilà comment Davy découvrit et démontra que la potasse et
. (1) Memoirs ofthe life ofsir H, Davy, p. 109.
(2) On ihe décomposition of the fixed alcalies; Mémoire lu le 19 novembre 1807 à la Société royale de Londres, publié dans le recueil de ceUe société { Philosophical transactions )f année 1808, et réimprimé dans le tome T, p. 60-61, des œuvres de H. Davy.
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la soude sont de véritables oxydes^ des oxydes de potassium et de sodium; et, comme on ne connaissait alors que des oxydes métalliques, il assimila, par une conception hardie, le potassium et le sodium à de véritables métaux.
La découverte du potassium e{ du sodium fit naturellement songera la possibilité de décomposer de même les terres alcalines, telles que la chaux, la baryte, la strontiane, la magnésie. Les premières tentatives échouèrent ou ne donnèrent que des résultats incomplets. En modifiant ses expériences sur quelques indications de Berzélius et de Pontin, engagés dans les mêmes recherches, c'est-à-dire en mettant les terres alcalines, légèrement humectées et mêlées d'oxyde de mercure, en contact avec des globules de ce métal, Davy obtenait des amalgames d'où il expulsait ensuite le mercure par la distillation. C'est ainsi qu'il découvrit le baryum, le strontium, le calcium et le magnésium^ en quantité très-petites, il est vrai, mais suffisantes pour montrer que ces corps simples, non volatils à la chaleur rouge, ont un éclat argentin, qu'ils sont plus pesants que l'eau, très-avidçs -d'oxygène, et qu'à une certaine température ils enlèvent ce gaz à tous les corps oxygénés, pour redevenir oxydes de baryum, de strontium, de calcium, de magnésium, c'est-à-dire, baryte, strontiane, chaux, magnésie; exactement comme le potassium* et le sodium qui redeviennent, dans les mômes circonstances, oxyde de potassium et oxyde de sodium, c'est-à-dire potasse et soude.
C'estainsiquefut accompli ce que La voisier avait prédit. Davy , démontra donc que les alcalis fixes et les terres alcalines sont» non plus des corps élémentaires, mais des corps composés.
La nouvelle méthode fut féconde en découvertes. En éleclrisant négativement du mercure en contact avec une solution concentrée d'ammoniaque, Davy vit le mercure se solidifier et perdre les trois quarts de sa densité par l'absorption d'une quantité de gaz équivalant à peine à un deux cent trentième de son poids. Celle expérience lui fit supposer que l'alcali volatil, l'ammoniaque, pourrait aussi avoir pour base un métal, dont l'azote et l'hydrogène seraient les éléments. Puis, par une sorte d'intuition, reprise de nos jours, il se demandait si l'hydrogène ne serait pas le principe métallisateur par excellence, et si les oxydes ne seraient pas des radicaux combinés avec l'eau.
* A Ja suite des fatigues et des émotions que lui avaient causées
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^ès^ travaus sur la décomposition de» alcalis, Diiiy tomba malade et fût obligé, depuis, le 23 novembre 1807, de ^rder le lit peiidaot neuf semaines. La maladie, espèce.de fièvre typhoïde, était assez grave pour mettre sa vie en danger; ce qui contribuait encore à l'augmenter, c'était la.craintedene pas pouvoir mettre ses découvertes au jour. Enfin, grâce aux soins dont il était entouré, il se rétablit ; mais sa convalescence fut longue, eLil ne put reprendre son cours à llnstitution royale que le 12 mars 1 808. .
Ses leçons, réunies à diverses notes communiquées à la Société royale de Londres, ont été publiées, sous le titre de Bakerian Ueturesy dans le tome V des Œuvres de H. Davy, coliigées par son frère John Davy. Ce volume renfermé les travaux les plus importants du célèbre chimiste anglais. Voici comment Xest autres travaux ont été répartis dans les CoUecled Works, ouvrage publié onze ans après la mort de l'auteur.
Le tome I comprend la Notice biographique^ mêlée de fragments de lettres et de notes du Journal de H. Davy.
Le tome n contient des mélanges de physique et de chimie. On y remarque des notices fort intéressantes sur la chaleur et la lumière, ainsi que sur l'électricité galvanique, et les premières expériences faites avec la pile de Yolta. Le volume se termine ' par un discours introductif au cours de chimie fait à rinstitution royale.
Le tome III renferme des recherches chimiques et philosophiques. C'est là qu'on trouve, entre autres, les expériences sur la respiration des gaz dont nous avons rendu compte plus haut.
Le tome IV est Un traité de chimie élémentaire, intitulé : J^/ements of Chemical philosophy, pvécédés d'un abrégé de l'histoire de la chimie.
Le tome V contient les Bakerian lectures depuis 1806 jusqu'en
Le tome VI expose l'invention de la lampe de sûreté, et les travaux sur les manuscrits d'Herculanuifn, ainsi que sur les couleurs des anciens. Nous avons déjà dit un mot de ces travaux.
Les tomes VII et Vlll donnent un traité de chimie agricole du plus haut intérêt, terminé par un exposé historique de l'électricité.
Le tome IX contient, sous le titre de Salmoniay un curieux traité de pèche et d'histoire naturelle; il est terminé par /es Derniers Jours d'un Philosophe, dont nous avons déjà parlé.
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