CHIMIE PHARMACEUTIQUE
Les travaux de Basile Valenlin et de Paracelse devaient porter leurs fruits. La chimie continue d'envahir, à bon droit, le domaine de la pharmacologie. Le nombre des médicaments chimiques actifs allait tous les jours en augmentant.
Les médecins qui se sont le plus efforcés de rendre la chimie tributaire de la médecine et de la pharmacie sont : Frédéric Hoffmann (i); Nie. Chesneau, médecin de Marseille (2); Th. Wiixis, célèbre médecin anglais (3); J: Zwelfer (4) ; P. Pote- Bius, médecin d'Anjou, qui passa une grande partie de sa vie en Italie, où il tomba victime de la perfidie de Sancassani (5) ; Lazare la Rivière (Riverius)^ régent de la Faculté de Montpellier (6) ; F. Bartoletti, professeur à Bologne, puis àMantoue, où il mourut à Page de quarante-neuf ans, en Tannée 1630 ; il a décrit le sucre de lait, sous le nom de manfia seu nitrum seri lactis^ÇI).
n faut encore ajouter à cette liste Ray. Minberer, médecin d'Augsbourg, qui attacha son nom à la liqueur de Tacétate d'ammoniaque, appelée esprit ou eau de Minderer {spiritusvel aqua Mmdereri) (8); Adrien de Mynsicht, surnommé Tribudenius, au-
(1) Clayis phannaceuticaSchrœderivHall., 1681, m-4°.
(2) Pharmacie historique ; Paris, 1660, 1682, iii-4^.
(3) Pharmaceutica rationalis ; Hag., 1676 et 1677; Oxf., 1678, in-8°.
(4; Animadversionesinphannacopœiam Augustanam, etc.; Vienne, 1652, in-fol. Norimb., 1^57, 1667, 1675, in-S^*.
(5) Phannacopœa spagirica nova et inedita; Bologne, 1622, in-8°; Cologne, 1624^ in 12.
(6) Praxis medica cumtheoria; Paris, 1640, in- 18. Ibid.; Lyon, 1647, 1649,
(7) Opuscul. scientific. e filolog , t. XXI, p. 39d. MazzuchelU, Scriitori (Tltalia, n, p. 429.
(8) Aloedarium marocostinum ; Augsbourg , 1616, in-8°. — De chalcantho
quel on attribue à tort la découverte de rémétique(i), puisque d'autres ehimistesle connaissaient irtconteslablementavantlui(2j; P. Seignette, pharmacien de la Rochelle, qui découvrit, vers Tannée 1672, le sel connu sous le nom de Seignette, et qui valut une grande fortune aux héritiers de Tinventeur (3) ; Turqtjetjb M AYBRNE, martyr de Tintolérance de la Faculté de médcinè de Paris, sévissant contre tous ceux qui cherchaient à répandre remploi des nouveaux médicaments chimiques ( préparations antimoniales, mercurielles , ferrugineuses, etc.) (4-). L'atrêtédu collège médical , qui condamna Turquet à la dégradation- doctorale , est un chef-d'œuvre d'intolérance et d'iniquité ; il est rendu dans ce langage injurieux dont les médecins n'abusent,' hélas ! que trop souvent* Voici cet arrêté , qui déshonore ses
disq«i8Îtioiatro-chymica; Aogust. Yindel., 1617, in-4^. — Threnodia medica, âve planctus medieinœ JkigeBtis; Aug. Yindel., 1619, ia.8°. — Medicina mOttarit; Norimb., 1679, ia-12; édit. allemande, 1621 et 1623, in-S*".
(1) Thésaurus medico-chymicus ; Hamburg, 1631, in-4®. — Ce qui a probiblement donné lieu à lui attribuer la découverte de Témétique , c'est un passigB où Tauteur dit (p. 13) de mettre du fer, de l'antimoine et du mercure pulvéïiiéi éans de l'esprit-de-vin tartarisé (spiritus vmi tartarisatus) , pour obtenir n excellent médicament contre Vépilepsie , etc. ^
(2) Voy. p. 30 et 220 de ce volume.
(3) Les principales utilités et Vusage le plus familier du véritable selpoly' chresie de 31. Seignette ,- la Rochelle', in-4°. — Le faux sel polychreste , ek.; la Rochelle, 1675, in-S"*. — Le sel polychreste de Seignette est le tartrate double dépotasse et de soude. On l'obtient en ajoutant à une solution chaude de tartie du carbonate de soude en poudre jusqu'à ce qu'il ne se manifeste plus d'effervescence. Ce sel devint, bientôt après Lemery , un remède à la mode. Sa compoâlion fut tenue secrète pendant longtemps ; Boulduc et Geoffroy la firent les premiers connaître en 1731.
(4) Pharmacopœa , in Oper. medic. in quibus continentur consilium, epistoliEf observationes , variaeque medicamentorum formulâe, qu«B in usum Ann» et H. Marise Anglias reginarum pra&scripta fuere, una cum epistola praefatoria, etc.* edit. Brown ; Lond. , 1 703, in-fol. — Les médicaments chimiques dont Turquet recommande l'emploi sont le mercure doux , l'antimoine diaphorétique , le turinth minéral , des huiles pyrogénées , la solution alcoolique de l'acétate de pbtaMe, l'acide benzcnque, le vitriol de cuivre, le vitriol de fer, toutes substances qui soal encore aujourd'hui vantées dans la thérapeutique. — Il conseille de préparer Ib vitriol martial avec de la Umaille de fer bien pur. Il connaissait l'inllammabilitédi gaz qui se produit lorsqu'on traite le fer par l'huile de Vitriol étendue'; il inâi^ des moyens pour purifier le tartre, pour préparer le vinaigre radical. — VoS des titres qui prouvent qne Turquet n'était point aussi ignorant que le prélS dent ses détracteurs. x
auteurs; car rien ne peut excuser des juges qui appellent celui qu'ils condamiient impudent, ivrogne^ enragé, etc.
CoUegiiim medicorum in Academia Parisiensi légitime congregalum , audita
' renunciatione censonun , quibus demandata erat provincia examinandi apolo-
\ giam sub nomine Mayerri Turqueti editam, ipsam unanimi consensu damuat, tan-
qoam famosum libellum, mendacibus convitiis et impudentibus calumniis re-
* fertom; quœ nonDisi ab homine imperito, impudenti, temulento etfurioso pro-
lldicipotaerant. Ipsum Turquetmn indignom jadicat, qui usquam medicinam
iiciat, propter temeritatem, impudentiam et verae medicinae ignorationem. Omnes
vero medicos , qui ubique 'gentium et locorum medicinam exercent, hortatur ut
^ffimiTurqnetum similiaque hominum etopiuionum portenta a se suisque fim'bus
uceant, et in Hippocratis ac Galeni doctrina constantes permaneant; et probi-
Inît ne quifi ex hoc medicorum Parisiensiu m ordine cum Turqueto eique simi-
libas médica consilia ineat. Qoî secus fecerit , scholsB ornamentis et açadcmiae
privilegus privabitur, et de regentium numéro expugnetur (i).
On faisait sans doute souvent un grand abus des nouveaux re- ' mèdes révélés par la pratique de la chimie ; le chevalier Digby (2), Rattray (3), médecin de Glasgow, et plusieurs autres charlatans, débitant aux crédules leur poudre de sympathie, — d'où vient peut-être la locution vulgaire,y^^er de la poudre aux yeux, — méritaient la réprobation générale. Mais ici, comme partout, les coupables savaient se soustraire aux châtiments, qui tombaient sur des innocents.
Il serait facile d'allonger la liste des médecins qui ont embrassé la cause des chimistes aux prises avec les galénistés. Nous nous contenterons de joindre, d'après Gmelin, aux noms déjà cités : Dan. Sennert, qui blâme avec raison l'habitude de faire un mystère de la préparation de certains secrets (4); Arn. Kerner, médecin de Leipzig (5); Pierre Borel,
(1) Voy. Guy Patin, Lettres choisies, 1. 1, p. 19-21.
(2) Beceipts in physic and surgery ; Lond., 1663, in-8°. — Nouveaux et rares uerets, et un discours touchant la guérison des plaies par la poudre de syrrijMtAfé,' Anvers, 1678, in-8°. —Le chevalier Digby, deBuckingham, fort renommé àkeoor de Charles V^ et de Charles II, mourut en 1665, dans un combat contre
lei Tares.
(3) Aditus novus ad occultas sympathiae et antipathies causas inveniendas per iriDdiHa philosophiœ naturalis, etc.; Glasgow, 1658, in-s**; Tubing., 1660, in-12. , (4) De chemicorum cum Aristotelicis et Galenicis consensu et dissensu ; VVit-
tOiBb.,' t619,m-4**. — Medicamenta officinalla cum Galenica tum chymica ; Wit- Inb., 1670, in-fol.
(6) Balsamus Yegetabi!is , das i$t griindlicher Diseurs von einem kœstlichen vegetabilischen Balsam , etc ; teips., 1618, in-l2. — Ce baume végétal n'est
connu par un catalogue fort incomplet d'anciens chimistes et alchimistes {!); R. Arnaud (2); Barlet (3); Starkey, zélé disciple de Van-Helmont, qui a laissé son nom au savon de térébenthine (4) ; And. Gassius (5) , médecin de Zurich, connu pai le précipité pourpre qui porte son nom ( obtenu en traitant une dissolution d'or par le sel d'étain); Bertrand, médecin di Lyon (6); J. Hartmann, lequel occupa, à Marbourg (Hesse), U premfère chaire publique de chimie qui ait été créée en AUemamagne (7) ; Reineggius (8) ; Pitcairn, professeur à Edimbourg (9) ; J. Swammerdam (10) ; H. Oyereamp ("11) ; Mongnot(12), qui admettait une espèce de ferment comme cause de toutes les fièvres ; S. Régis, professeur à Amsterdam (13) ; R. Vieussens (14), profes-
autre chose qu^un mélange d'aloès, de safran, de myrrhe, de térébenthine, de baies de genièvre , et de soufre.
(1) Hortus sive armamentarium simplicium*, mineralium, plantanim, etc.; Castris, 1666; Paris, 1667. — Historiarum et observationum medico-j^yâcarum centuriœ IV; Franef., 1652, 1653, in- 12 ; Paris, 1656, 1757.
(2) Introduction à la chymie ou à la yraye physique ; Lyon , 1650 , in-8^.
(3) Cours de physique résolutive ou chimie , représenté par figures pour connaître la théotechnie ergocosmique, ou Part de Dieu en Touvrage de ronivers; Paris, 1657,in-4^
(4) Pyrotechnie asserted and illustrated; Lond., 1658, in-8®. — Natures explicatives and Helmont's vindications , etc.; Lond., 1657, in-8**.
(5) De triumviratu intestinali cum suis effervescentiis disputatio ; GroniogM 1668 , in 4^*.
(6) Réflexions nouvelles sur l'acide et Talcali , et de Tusage qu'on en fait pour la physique et la médecine; Lyon, 1683, in-l2.
(7) Opéra omnia medico-ch>mica,auclaa C. Johrenio; Franef., 1684 et 1690, in-fol. — Disputationes chymico-medicae ; Marburg, 1611 et 1614, in-4°. — Praxis chynoiatrica ; Lèipz., 1633, in-4°.
(8) Thésaurus chymicus experimentorum certissimorum , etc., cum praefat. J. Tankii ; Lips., 1609, in-8°; Franef., 1150, in-12.
(9) Opéra quae prœstent corpora acida vel alcalica in curât, morb., in dissert medic; Edimb., 1713, in^'*.
(10) Tractai us physico-anatomico-medicus de respiratione usuque pulmonum; Leid., 1667 et 1679, in-S**.
(11) Van der naiuw der ferment atien^ etc.; Âmsterd.; 1681, in-4° (en hollandais).
(12) De la guérison de la fièvre parle quinquina; Lyon, 1679, in 12.
(13) Cours entier de philosophie; Amsterd., vol. IIÏ, 1691, in-4'*.
(14) De remotis et proximis mixti principiis; Lugd., 1688, 1^4". — Epistolade sanguinis humani cum sale fixe spûritura acidum suggerente, etc.; Lips., 1698, in-4''. — De la nature du levain de l'estomac ; Journal de Trévoux, janvier 1710. — Traité des liqueurs du corps humain; Toulouse^ 1715, in-4®.
«eur à Montpellier; Pierre Chirac (1); Minot (2) ; H. Barba.- Tus de Padoue, qui entrevit l'existence de Talbumine dans le sérum du sang(3);01.BoRRiCHius, Tauteur des Conspectus chemicomm et De oriuprogressu chemiœ (4) ; E. Harvey (5) ; M. Charas (6) ; J. Manget (7) ; J. MuRALT, professeur à' Zurich (8) ; C. Axt (9); B. Valentini , qui préconisait l'usage de la magnésie (10) ; J. JuNCKEN, médecin à Francfort (11).
Enfin, en 1666, le collège des médecins de Paris fit rapporter, l'arrêt qui, depuis près de cent ans , défendait l'usage des préparations antimoniales [i2).
Mais, de tous ces médecins-chimistes, ceux qui méritent une mention toute spéciale sont Thomas Bertholin et Thomas Wilus. Le premier, professeur de médecine à Copenhague, attribuait le ramollissement des os à des causes chimiques (13) ; il savait que la viande et les poissons pourris sont phosphorescents dans l'obscurité (14); il rapporte le cas d'un gaz inflammable qui s'était dégagé de l'estomac d'un cadavre soumis à l'autopsie •; il vit également sortir ce gaz delà bouche d'un homme qui faisait abus deboissonsalcooliques(15). Th. Willis, célèbreanatomisteanglais, insista sur l'analogie de la flamme avec le phénomène chimique de la respiration; il reconnut que, diins l'un comme dans l'autre
(1) Dissertatio academica, in qua disquiritur aa incubet ferrum rubigiaosum; Honspel. ; 1692, in- 12.
(2) De la nature et des causes de la fièvre , avec des expérieifces sur le kinki- *M,etc., 1684, in-8«; 1691, in-12.
(3) De sanguine ejusqne sero; Paris, 1667, in-12; Lugd., 1736, in-8°.
(4) £pistol. ad Bartholinum ; cent. UI, epist. 85.
(5) The family-physician and bouse apothicary ; Lond., 1678, in-S**.
(6) Pharmacopée royale^ galénique et chimique; Paris, 1672, 1676, 1681, in-S**.
(7) Messis medico-spagyrica ; Colon., 1683, in- fol.
(8) Hippocrates Helveticus; Basil., 1690, in-4° ; 1716, in-8*».
(9) De arboribus coniferis et pice conficienda ; accedit epistola de antimonio ; Jeu., 1679, in-12.
(10) Relatio de magnesia alba, novo, genuino, polychresto et innoxio pharmaco ! purgante , Romae nuper adinvento ab G. G. Tobitz : Giessen, 1705 , in-8°.
[ (11) Chymia experimentalis curiosa, ex principiis mathematicis deraonstrata ; ' Francf., 1681, in-8".
(12) Jouràal des savants, année 1666.
(13)Histor. anatomic. rarior.; cent. VI, hist. 40.
(14) Délace animalium, libri m ; Lugd. Bat., 1647, in.8° ; Hafn., 1669. —Epistol. medic, cent. I, epist. 9, 13, 28, 83.
(15) Ibid., cent. III, n. 56.
cas, Tair agit surtout par certaines particules qu'il appelle n treuses; enfin il attribuait à ces molécules aériennes la color tion rouge du sang dans les poumons, ainsi que celle qu'éprou le sang, tiré de la veine, à sa surface, mise en contact imna diat avec Tair (1).
Les eaux minérales, les produits végétaux ou animaux ei ployés en médecine, devinrent Tobjet d'un grand nombre de r cherches médico-chimiques.
F. ViCARius, professeur de médecine à Fribourg, écrivit sur 1 eaux minérales (2); G. Wedel (3) et Moutor (4) publièrent d dissertations sur les eaux thermales naturelles et artificielles.
Nous emprunterons encore à Gmelin la liste suivante des ai teurs de traités spéciaux sur les eaux minérales naturelles oufa tices : Duclos (5), Tilemann (6), Goeckel (7), Thile (8), Lister (S
SCHREYER (1 ), StISSER (11), P. GiVRY (12), J. Rai (13), R»
DEZ (14) et G. A TuRRE de Padoue (15).
Deux autres médecins italiens, P. Servius de Spolète, ph connu sous le nom de Persius Trevus (16), et J. Nardius de Fl<
(1) Affectionum quœ dicuntur hystéries et hypochondriacae pathologia spai modicâ yindicata ; — de sanguiois accensione ; -^ de motu musculari ; Leyde 1671, m-12.
(2) Hydrophylacium novum, seu discursus de aquis salubribus mineraliba vere novus ; Ulm , 1699 , in-12.
(3)Diss. delhermis; Jena, 1695, m-4*'.
(4) De ihermis artificialibus septem mineralium planetarum ; Jeua, 1676, in-lî
(5) Observât, super aquis mineralibus diversarum provinciarum GalIisBinAci demia scientiarum regia iu annis 1670 et 1671 factse. Ejusd. diss. super princ piis mixtorum naturaliura habita; 1677, Leyde, 1685, in-12.
(6) Delineatio praxeos oryctologicae , seu modus brevis cognoscendorum et pn bandorum fossiliura, thermarum et acidularum ; Wurab., 1657, in-s**.
(7) Consiliorum et observât, médicinal, décades sex. Augsb., 1683, in-4**.
(8) Acidularum arti(icialium materia, etc.; Wittemberg, 1682, in-4".
(9) Novae exercitationes et descripliones thermarum ac fontium medicatoru Angliae; York, 1683; Leipz., 1684, in-8".
(10) Triuum fluidum magnum, seu natura aquœ, etc. ; Uamburg, 1690, in 8*
(11) Aquarum Hornhusanamm examen; Helmst., 1689, in-4°.
(12) Arcanum acidularum , etc.; Amsterd,, 1682. in-12.
(13) Observations topographical , moral and physiological, made in a journ through Germany, Italy and France; Lond., 1673, in-8''.
(14) Sur les eaux minérales artificielles; Lyon, 1690, in-12.
(15) Junonis et Nestis vires in humanœ salutis obsequium traductâe ; diss., q aeris et aquae natura expenditur; Padoue, 1668, in4'*.
(16) De sero lactis, privatœ quaedam et domesticae exercitationes; Paris, 16» in-12; Rome, 1616, in-4°.
rence{l), examinèrent, d'une manière spéciale, la nature du lait; Heyde etViEussENS tirent des recherches sur le sang (2) ; SuKE (3) et A. NucK ^A) s'occupèrent de la sécrétion salivaire ; CflRouET, médecin de Liège, entreprit des recherches sur le cristallin et les humeurs de Toeil (5) ; Ant. de Heyde étudia le pus (6) ; . enfin F. Hoffmann, Jonston (7), S. Kcenig de Berne (8), N. Pech- 1^, LIN (9) et Smalt (10) publièrent.des observations sur les calculs urinaires et biliaires/
La lutte que les médecins novateurs soutenaient, depuis près de deux siècles, contre les médecins de l'ancienne école, touchait à sa fin. Les médicaments chimiques, qui se distinguent des préparations galéniques et arabes en ce qu'on peut les rendre extrêmement actifs, sous un volume relativement très-petit, commençaient ,-'vers la fin du dix-septième siècle , à être acceptés , même des facultés qui s'étaient jusqu'alors montrées les plus réfractaires et les plus hostiles aux innovations des médecinschimistes. Cette réconciliation de l'école ancienne avec l'école moderne arrêta, en partie, le développement d'un charlatanisme dangereux; car bien des gens, souvent étrangers à l'art de guérir, faisaient de nombreuses victimes par la vente inconsidérée d'une multitude de remèdes secrets, empruntés à la chimie, et qui devaient rajeunir la vieillesse (11), restaurer le sang (12), guérir radicalement toutes sortes de maladies (13), et produire une foule d'autres merveilles qu'il serait trop long d'énumérer (14).
(1) Lactis physica analysis ; Florence, 1644, 10-4°.
(2) De saDguinis humani, nec non de bilis usu ; Leipz., 1698, m-i°.
(3) Philosophica) Transact., an. 1682.
(4) 0e ductu salivali novo, saliva, etc.; Léyde, 1685, m-12. — Sialogra-
phia, etc., 1695, 1723, in-8°. (t'est le même ouvrage que le précédent.)
(5] Diss. de trium oculi humorum aliarumque ejus partium origine et formatidoe explicata ; Lyon, 1688, in- 8^.
\ (6) Observât, medic; Amsterd., 1684, 1686, in-8^
(7) Philosopli. Transact., n^ 101.
(8) AïOoyeveaiaç humanae spécimen, etc.; Bern., 1689, in-12; Vienne, 1686. Philosoph. Transact., 1681, n. m et 181.
(9) Obserrat. pbysico-medic; Hamburg, 1691, in-4°.
(10) Voy. Blancaard, CoHectan. medico-physic; Dec. m, cent. VII, obs. 21. (ll)Dalicourt; Paris, 1668,in-12.
(12) Pemauer; Ratisb., 1679, in-4^
(13) Hemeri de Bordeaux ; Paris, 1713, 1737, 1741, in.l2. (14j Voy. Gmelin, Gesch. derChemie, 1. 1, p. 568-601 ; p. 660-677; t. II, p. 230
276. On y trouve la liste complète des vendeurs de remèdes secrets et des médecins cbimistes du xvii" siècle.
244 HISTOIRE DE tA CHIMIE.
État de la pbarmaeie a« dix-septième siècle*
Le nombre considérable de règlements , d'ordonnances, d projets de réforme, etc., conceç'nant la pharmacie, nous port à croire qu'on attachait alors une extrême importance l'exercice régulier et consciencieux d'un art intermédiaire eqtr la chimie et la médecine. Ce qui manquait au corps des pharm. ciens,quise mettaient humblement à la suite de médecins igno — rantset orgueilleux, c'était un peu plus d'union et surtout plus de dignité. Chaque pays, chaque province, chaque canton, qiJLe dirai-je? chaque ville avait, pour ainsi dire, ses règlements phar*maceutiques.
Les ducs de Saxe réglèrent, en 1607, par voie d'ordonnance, l'exercice de la pharmacie dans leurs États* Les villes de Fnibourg et de Schweinfurt arrêtèrent, d'après le rapport de J. Cornarius, un tarif pour le débit des drogues. Cet exemple fut suivi par beaucoup d'autres villes, telles que Hambourg, Bâle, Strasbourg, Rostock, Worms, Helmstàdt, Lemberg, Spire, etc. l-e prince électeur fit en 1606, pour la. ville de Mayence, d^s règlements qui devaient réformer la pharmacie, et soumettre à quelques restrictions les médecins , les chirurgiens , les barbiers, el tous ceux qui se livraient à la pratique de la médecine.
Il y avait des comités de médecins institués pour inspecter l'exercice de la pharmacie, et surveiller la préparation des médicaments. J. Guillaume Jjublia à ce sujet : Règlement entre les médecins et les apothicaires pour la visite des drogues^ et B^rnier fit paraître son Plaidoyer pour les apothicaires de Dijon {{), Thomas Bartholin édita le livrede Licelti Benanci Sur les fraudes despharmaciens (2) ; il y ajouta un tableau tarifé des médicaments les plus usités (3), et deux programmes sur la nécessité de visiter les pharmacies (4).
Georges Bussius, médecin duducdeHolslein-Gottorp,tentades
(1) Dijon, 1605, in-4°.
(2) Declaratio frauduni .quœ apud pharmacopœos committimtur ; Francf., 1667 et 1671, in-8^ ]
(3) Cataloguset taxa medicamentorum officinalium ; Copenh., 1672, in-4°. î
(4) De visitatione pharmacopœarum ; Copeuh., 1672 et 1673, in-4^. 1
efforts louables pour concilier la pharmacologie avec les progrès de la chimie. Il appela l'attention des pharmaciens sur l'utilisation du résidu de beaucoup de distillations, résidu qui,' sous le nom decapiU mortuum,éiSi\i souvent rejeté comme inutile. C'est encore Bussius qui fit inscrire au nombre des médicaments le résidu qui se trouve au fond de la cornue après la préparation de l'eau-forte, au moyen du nitre et de l'huile de vitriol. Ce capvt mortuvm, qui n'est autre chose que du sulfate de potasse, était alors débitésouslenom de double arcane {arcanum duplicatum), ou de panacée de Hols tei n (pa^ac^a Holsatia) (1).
Des comités composés de chimistes, de pharmaciens et de médecinsy rédigèrent les codes pharmaceutiques ou les pharmacopées qui devaient faire loi pour la prescription des médicaments. C'est ainsi qu'on vit paraître successivement : à Anvers, Pharmacopœa Antwerpiensis, en 166i ; à Londres, Pharmncopœa ùmdinensis, en 1662; àUtrecht, Pharmacopœa Vltrajeclina, en 1664; à Amsierd^inj Pharmacopœa Amstelodamensis, en 1668; à Bologne, Ântidotarium Bononiense, en 1674; à Genève, Pharmaeopcea regia Galenicaet chimica, 1684 ; à Barcelone, Pharmacopcea Cataiana^ en 1686; à Stockholm, Pharmacopœa HolmiensiSy en* 1686 ; à Leowarden, Pharmacopœa ad mentem neoiericorum adornota, en 1688.
Le fait de Vaugmentation du poids des métaux par la calcinaiion avait été, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut, à différentes reprises (2) , signalé déjà antérieurement au dix-septième siècle; mais aucun'observateur n'en avait fait, avant JeanRey, le sujet d'un travail spécial.
«lean Rey.
Ce médecin-chimiste naquit, vers la fin du seizième siècle, à fiugues, dans le Périgord ; on ignore l'année de sa naissance. Les rares moments de loisir que lui laissait l'exercice de sa profession,
(l)Schettiaiiimer^ Diss. de n'Uro; Amsterd., 1709 «in-S^.
(2) Geber, Eck de Sulzbach , Césalpin, Cardan , Ubavius, en avaient déjà parlé.
246 HISTOpiE DE LA CHIMIE.
consacrait à l'étude de la physique et de la chimie, et à l'entretien d'une correspondance active avec un des plus célèbres physiciens de son temps, le P. Mersenne. Mais plus tard, le dérangement de ses affaires domestiques le détourna de ses occupations scientifiques, et contribua probablement à abréger sa vie.
Quinze ans avant sa mort, arrivée en 1645, il avait publié le résultat de ses expériences sur l'augmentation du poids des • métaux, sous le titre de : Essays sur la recherche de la cause pour laquelle Vestain et le plomb augmentent de poids quand on les eat- (?me;Bazas, 1630, in-8®, 142 pages. Gobet en donna, en 1777, une nouvelle édition (1) qui n'est que la léimpression de la première, devenue très-rare.
Ce qui donna lieu à ces Essays, ce fut la lettre d'un pharmacien de Bergerac, nommé Brun, dans laquelle celui-ci racontait à J. Rey que, voulant un jour calciner deux livres six onces d'étain, il fut surpris d'en retrouver, après l'opération, deux livres treize onces : il ne pouvait, disait-il, s'imaginer d'où étaient venues les sept onces de plus. Brun avait répété la même expérience avec le plomb ; mais, au lieu d'une augmentation, il avait trouvé sur six livres un déchet de six onces (2).
« A la prière doncques de Brun, j'y ay employé quelques heures; et, estimant avoir frappé le but, j'en produis ces miens essays. Non sans prévoir très-bien que j'encourray d'abord le rapport de téméraire , puisqu'en iceux je choque quelques maximes approuvées depuis longs siècles par la plupart des philosophes. »
J. Rey se crée ici, du moins en ce qui concerne l'augmentation du poids des métaux, des adversaires imaginaires; caries plus célèbres chimistes avaient déjà, avant lui, admis en principe celte augmentation de poids que les métaux acquièrent pendant la calcination. Au reste, il reconnaît lui-même que Cardan, Scaliger et Césalpin, « qui étoient de grands philosophes, disoient estre digne d'admiration que le plomb noir se calcinant augmente en poids de huit à dix livres pour cent (3). »
(1) Nouvelle édition, revue sur l'exemplaire original, et augmentée sur les manuscrits de la Bibliothèque du roi et des Minimes de Paris, avec des notes ; Paris, in8^ 1777.
(2) Ce résultat s'explique, quand on se rappelle que Foxyde dé plomb se vitrifie avec la silice du creuset , et se perd dans la substance du vase où il pénètre.
(3) Essais, édit. Gobet, p. 104. — Rey n'ignorait pas non plus l'expérience de
La mérite de J. Rey est d'avoir essayé le premier de généraliser ce fait et d'en avoir donné une explication aussi exacte que rationnelle.
« Response formelle à la demande, pourquoy Vestain et le plomb augmentent de poids quand on les calcine.
« A cette demande doncques, appuyé sur les fondements jà posez, je responds et soustiens glorieusement que ce surcroît de poids vient ^de Pair, qui dans le* vase a esté espessi, appesanti, et rendu aucunement adhésif par la véhémente et longuement continue chaleur du fourneau ; lequel air se mesie avec la chaux et s'attache à ses plus menues parties (1). »
Le principe sur lequel l'auteur fonde son explication est la pesanteur de l'air, qu'il essaye de démontrer d'une façon neuve et vraiment scientifique.
« Balançant l'air dans l'air mesme^ et ne luy trouvant point de pesanteur, ils ont creu qu'il n'en avoit point; Mais qu'ils balancent l'eau (qu'ils croyent pesante ) dans l'eau mesme, ils ne luy en trouveront non plus : estant très-vé ri table que nul élément pesé dans soi-mesme. Tout ce qui pesé dans l'air, tout ce qui pesé dans l'eau, doibt soubsesgal volume contenir plus de poids (pour le plus de matière) que ou l'air ou l'eau, dans lesquels le balancement se pratique (2).
« Remplissez d'air à grande force un ballon avec un soufflet, vous trouverez plus de poids à ce ballon plein qu'à lui-mesme estant vide (3). »
Le P. Mersenne prenait un vif intérêt à ces expériences sur la pesanteur de l'air : elles touchaient des questions dont il s'était lui-même beaucoup occupé. Une de ses lettres, adressée (Paris, Je 1*' septembre 1631 ) à Jean Rey, contient des idées fort re-
Poppius sur l'antimoine : Basilica antimonii , comprobata et conscripia ah Hamero Poppio Thallino philochymico (dans la Praxis ckymiatrica de Hartmann), 1625 et 1635. Voici la description de cette expérience :
Cap III. — De calcinatîone antimonii per radios solares. SU ad manus spéculum incensorium sive lenticulare , ut objecta combustibilia iuflamraet ; id soli opponatur , ita ut pyramidalin luminosœ apex ante antimonii pulverisati et juxta in marmore in modum metae yel coni in acumen fastigiati summitatem feriat ; — licet copiosus fiimus multum de antiraonio dissipari arguât , tamen antimonii pondus post calcinationem auctum potius quam diminutum deprehenditur.
(1) Essais, etc. (éd. Gobet), p. 66.
(2) Essais, etc. (éd. Gobet), p. 30.
(3) Ibid., p. 35.
marquables sur l'attraction universelle, et qui parfiissent en quelque sorte avoir préludé aux découvertes de Newton.
« Il n'y a, dit-il, rien de pesant absolument parlant. Nous ne sçavons pas encore, ni ne sçaurons jamais, si les pierres et les autres corps vont vers le centre par leur pesanteur, ou s'ils sont attirés par la terre comme par un aimant. — D'ailleurs , je n^ doute nullement que les pierres qu'un homme jetteroit en haut: estant sur la lune, ne retombassent sur ladite lune, bien qu'il eût: la teste de notre costé, car elles retombent à terre, parce qu'elles en sont plus proche que des autres substances, d
Poursuivant toujours ses recherches sur la pesanteur de l'air, J. Rey communique à son jsavant correspondant les détails de l'expérience suivante, qui lui semble, à juste titre, décisive :
u Vous pesez une phiole de verre estant froide ; vous la chauffez peu après sur un rechaud, et la pesant vous trouvez qu'elle pesé moins parce qu'il en est sorti del'air; etafîn de trouver quelle quantité, vous mettez son tuyau Restant toute chaude ) dans Teau, qu'elle suce, jusqu'à ce qu'il en soit autant rentré comme il en estoit sorti d'air, ce qui vous a monstre que l'eau est plus pesante 255 fois que l'air. Je suis assuré que toutes les fois que vous ferez cette expérience, vous y trouverez de la diversité, et partant demeurerez toujours dans le doute. Car, tantost vous chaufferez plusvostre phiole, tantost moins; tantost vous mettrez promptement son tuyau dans l'eau, et tanstost vous y apporterez plus de longueur (1).^».
En somme, la thèse soutenue par J. Rey est celle-ci : L*air est un corps pesant, et, comme tel, il peut céder à Vélain et au plomb des molécules pesantes, qui, par leur addition, augmentent nécessairement le poids primitif de ces métaux.
Cette proposition, nettement posée par l'auteur, demandait une démonstration.
A propos de la fixation des molécules aériennes, J. Rey remarque que, passé un certain terme, le métal n'augmente plus de poids, et qu'il se maintient dans un état constant :
(( L'air espaissi s'attache à la chaux ( métallique) (2), et va ad-
(1) Lettre de J. Rey au P. Mersenne, en date du 1" avril 1632. {Essais,' éM. Gobet), p. 167. — Comparez celte expérience avec celle de Drebbel , rapportée p. 133 de ce volume.,
(2) L'auteur ne paraît pas avoir eu Tidée que la chaux (oxyde métallique ) n'est elle-même qu'un composé chimique de métal et de particules aériennes.
i hérant peu à peu jusqu'aux plus minces de ses parties; ainsi son r poids augmente du commencement jusqu'à la un. Mais quand [ tout en est affublé, elle n*çn sçauroit prendre davantage. Ne con- ! tiouez plus Tostre calcination soubs cet espoir ; vous» perdriez votre pefne (1). »
Ne pourrait-on pas voir dans ces paroles un indice de la loi de la combinaison des corps en proportions définies ?
Une chose qui faille plus grand honneur à la sagacité de J. Rey, c'est qu'il inventa lui-même un thermomètre, sans prétendre s'approprier les travaux des physiciens qui s'étaient occupés du • même sujet (2).
Voici ce que l'auteur écrit au P. Mersenne , le premier de l'an 1632 :
«Il y a diversité de thermoscopes ou thermomètres, à ce que je Yoys : ce que vous en dites ne peut convenir au mien, qui n'est plus rien qu'une petite phiode ronde, ayant le col fort long et desiié. Pour m'en servir, je la mets au soleil, et parfois à la main I d'un fébricitant, l'ayant toute remplie d'eau, fors le col ; la chaleur dilatant l'eau fait qu'elle monte ; le plus ou le moins m'indique la chaleur grande ou petite (3). »
Quelque imparfait que soit cet instrument, il faut avouer que personne n'en avait encore donné une description aussi simple . que précise.
Nous ignorons si J. Rey s'était formé d'après les principes de Montaigne et de Fr. Bacon (4) ; toujours est-il qu'il se fit remarquer par une grande indépendance d'esprit, et par un emploi judicieux de la méthode expérimentale. « J'advoue franchement, dit-il, n'avoir juré aux paroles d'aucun des philosophes : si la vérité est chez eux, je l'y reçois ; sinon, je la cherche ailleurs (5). » Il faudra rattacher aux Essais de J. Rey les observations des chimistes, qui se rapportent à l'existence des fluides élastiques» C'était là le prélude d'une ère nouvelle pour la science.
(1) Essais, p. 101.
(2) Voy. p. 153 de ce i^olurae.
(3) Essais, p. 136.
(4) Descartes n'avait que trente-quatre ans à Pépoque de la publication des Essais de J. Rey, en 1630.
(5) Essais, p. 45.