‹ Histoire de la chimieChapitre 7 sur 36 · BIST. DE LA CUIMIE. — T. II · texte numérisé non relu

BIST. DE LA CUIMIE. — T. II

météores, se montrent un instant à Thorizon pour s'éteindre èl réapparaître dans tout leur éclat après la révolution d'une période plus ou moins longue.

Mais Teau , remarque l'auteur, n'est pas seulement un corps composé; dans son état naturel elle n'est jamais exempte de particules de matières solides qu'elle tient en dissolution (1). Ces matières varient suivant les terrains ou les couches minérales que l'eau traverse.

Avant de procéder à l'analyse de ces matières, il faut, dit-il, d'abord constater la densité des eaux qui les renferment. Or on y arrive, soit au moyen d'une balance hydrostatique', soit en employant un tube rempli d'un liquide coloré ( espèce de liqueur normale). A cet effet, on débouche le tube en l'introduisant dans l'eau qu'on veut examiner. Si le liquide coloré est plus dense, le[ tube descendra ; sinon , le contraire aura lieu (2).

De toutes les eaux minérales, les gazeuses sont celles qui fixèrent plus particulièrement l'attention de Hoffmann. Il n'ignorait pas que les nombreuses bulles qui s'en élèvent ne sont dues qu'au liégagement d'un fluide élastique, et que c'est ce même fluide qui , sous l'influence de la chaleur qui le dilate, fait éclater les bouteilles dans lesquelles on tient exactement fermées des eaux acidulés gazeuses, comme celles de Wildung et d'Eger (3). Il remarque aussi que ces eaux laissent surtout échapper ce fluide élastique en abondance, lorsqu'on y met du sucre ou quelque acide (4). Enfin, ce fluide élastique, appelé iSiniôh'spiriius elasticus^ tantôt substantia aerea ouœtherea, mais le plus souvent spiritiAs mineraliSy et qui n'est autre chose que le gaz acide carbonique, joue , ajoute l'auteur, un immense rôle dans le règne minéral, aussi bien que dans le règne végétal et animal.

S'appuyant sur l'observation d'un chimiste français (Duclos), et fort de sa propre expérience, il déclare Je premier de tous que

(1) Fr. Hoffmana, Dissertât, physicomédic. Part. II, p. 168. NuUaaquain tota rerum natura reperitur, qaœ non in sinu suo recondaf siccse et solidse materiaB quippiam.

(2)Ibid.,p. 170.

(3) Fr Hoflmann, Dissertât, physico-medic, sélect. Part. Il, p. 172. CopiosissimarumharumbuUulanimascensiounicedebetur aetherese aereae substantisB intra poros aqusB latitanti. — Hic œther spirituosus eiasticus est quoque cansa cor Titra vel lagenae angusiioris orîûcii aciduiis totœ repletœ, si nimis accurate clandantur, sœpius soleant frangi.

{4)Ibid.,p. 177.

TROISliMS ÉPOOUE. 227

Vesprit minéral (acide carbonique) est de nature aeide, parce que, étant ainsi dissous dans Teau, il rougît la teinture de tournesol ( aguà toma-solis ) (1).

Arrivant aux détails de l'analyse, il s'efforce d'abord de détruire Terreur des anciens, qui prétendaient que les eaux minérales contiennent de l'or, de l'argent, de Tétain, du plomb, de l'antimoine et de l'arsenic. Puis il y constate chimiquement l'existence des substances suivantes :

1** Fer, — C'est là le métal dominant (principatum obtinei . Mars). L'ai^ile rouge, l'ocre, etc., indfquent la présence du fer. 11 n'est donc pas étonnant que l'eau s'en charge en traversant les terrains ferrugineux si universellement répandus. On reconnaît les eaux ferrugineuses à leur saveur astringente particulière (sapore quem relinquunt in lingua quodammodo constringente ), et à la matière ocreuse jaune qu'elles déposent, $pit spontané-^ ment, soit par l'application de la chaleur. Cette matière , après ' avoir été. fortement chauffée ( avec du charbon), devient attirable parTaimant, cequi prouve qu'elle estde la nature du fer (2). Mais le meilleur réactif consiste dans l'emploi de la poudre de noix de galle : si les eaux minérales ne contiennent que des traces de fer, ce réactif n'y produira qu'une coloration purpurine; si le fer y est au contrai re assez abondant, on y verra naître une coloration noire (3). La noix de galle ne produit plus aucun changement dans ces eaux lorsqu'on les a fait bouillir ; car, dans ce cas, l'ocre se dépose. On peut encore (nous continuons à citer textuellement l'auteur) séparer toute l'ocre, en mêlant les eaux ferrugineuses avec des coquilles d'huîtres ou delà chaux brûlées, et en les abandonnant quelque temps à elles-mêmes. Non-seulenjent les noix de galle, mais les feuilles de chêne, les écorces de grenade, l'extrait de thé, de tormentille , peuvent noircir les eaux ferrugineuses. Le fer n'étant pas soluble par lui-même, qui est-ce qui le rend solùble? C'est Vesprit minéral (acide carbonique); car, àmesureque celui-ci s'échappe dans l'air, l'ocre abandonne l'eau, et se dépose au fond des vases sous forme d'une poussière

(1) Fr. IMfmann, Déêsertat. physico-medic. sélect. P. 183. Batio hujus pfaueenomeni procul ornai dubio est hœc, quod spiritufi uinaralis fuerit in doU(» acidlusculœ.

(2) Ibid., p, 196. -> Igae U»6ti uuignett pcoupte accedit, maaifesto documento martialis «Me mIiibii.

(3) Màà.\p. II, p. 187. -^ Slnûadr copia œmt, nanciacontur purpureun; si vero major, atrum coloram.

légère (1). D'autres fois, le fer s*y trouve à l'état de véritable vitriol ( combiné avec Tacide sulfurique ).

2» Cuivre. — Ce métal est beaucoup plus rare dans les eaux minérales , et il ne s'y trouve qu'à l'état de vitriol ; telles &ont quelques sources en Hongrie, comme celle de Neusohl, lesquelles précipitent du cuivre très-pur quand on y plonge une lame de fer (2). Ces eaux ne sont d'aucun usage interne, à cause de leur propriété émétique, dont je cuivre ne se dépouille jamais ( propter emeticam, quant nunquam exuit Venus, virtutem).

3° Sel commun. — Presque toutes les eaux en contiennent; les sources de Hornbausen et de Wiesbaden surtout en sont ricbes. Le sel commun se reconnaît à la forme de ses cristaux cubiques (obtenus par l'évaporation des eaux), lesquels décrépitent dans, le feu {in igné crépitant ) ; il se reconnaît aussi à ce que, traité par Peau-forte, il donne l'esprit de sel, qui, mêlé avec la même eauforte, produit le dissolvant de l'or (eau régale ) ; enfin, à ce q,u'il trouble une solution d'argent, et qu'il la précipite en blanc (3).

4** Alcali /2a:e (carbonate de potasse). —Ce sel se rencontre principalement dans certaines eaux tbermales, comme celles de Carlsbad en Bohême. On l'obtient par l'évaporation de ces eaux. On en constate la présence par le sirop de violettes, qui est ainsi verdi (4). Traité par le sel ammoniac /il en dégage l'alcali volatil ( gaz ammoniac ) ; mêlé avec du soufre et du nitre en prô^ portion convenable [débita quantitate), il donne .une poudre fulminante. Le sel alcali fixe se reconnaît encore à d'autres caractères : il fait effervescence avec l'esprit de vitriol ( acide sulfurique), enlève à celui-ci son acidité, et forme avec lui des cristaux de tartre vitriolé (sulfate de potasse). Étant fondu avec du soufre, il donne naissance à une substance'rouge fétide, connue sous le nom de foie de soufre ( hepar sulphuris ) (5).

(1) Fr. Hoffmann, Dissert, physico-medic, sélect., Pars altéra, p. 198. — Exhalante spirituoso elemento, deponunt in vasis fundum leviusculum ochreum pulverem ; nam spiritus volatilis ille, qui sub compedibus ^is tenuissimam Martis substantiam detinet, dum leyissime exhalât, demittit ad fundum hanc ipsam.

(2) Ibid., p. 196. — Fontes inHungaria, v. g. Neusohlii, ex quibus ferro immisso purissiraiim prâecipitatur cuprum.

(3) Ibid., p. 199 : Praecipitat lunam solutam in forma pulveris albi.

(4) Ibid., p. 199 : Hoc sal syrupo violarum viridém colorum inducit.

^ (5) Ibid., 200 : Cum sulphure per ignem combinatum largitur substantiam rubicundam maie olentem, quae vocari solet hepar sulphuris.

5° Chaux. — Magnésie, — G'estdans la caractéristique différentielle de ces deux bases que la sagacité de Fr. Hoffmann se manifeste dans tout son éclat. A lui Thonneur d'avoir, le premier, parlé de la magnésie comme d'un corps particulier, qui de tout temps avait été confondu avec la chaux. Gomme le sujet était nouveau^ il y procéda avec une louable réserve. Voici comment il s'exprime : « Un assez grand nombre de sources, parmi lesquelles je citerai celles d'Eger, d'Elster, de Schwalbach, et même celles de Wildung, contiennent un certain sel neutre qui n'a pas encore reçu de nom, et qui est à peu près inconnu {sal quoddam neutrum innominatum et fere etiam incognitum) (1). Je Tai aussi trouvé dans les eaux de Hornhausen, qui doivent à ce sel leur propriété apéritive et diurétique. Les auteurs rappellent vulgairement nitre {nitrum). Cependant ce sel n'a absolument rien de commun avec le nitre {ne minimam quidem nolam hujus habet) : d'abord il n'est point inflammable, sa forme cristalline est toute différente, et il ne donne point d'eau-forte comme le nitre. C'est un sel neutre^ semblable à l'arcant/m duplicaium (sulfate de potasse), d'une saveur amère et produisant sur la langue une sensation de froid. Il ne fait effervescence ni avec les acides ni avec les alcalis, et n'est pas très-fusible au feu (2). »

Après cet exposé rernarquable des caractères négatifs d'un sel autrefois confondu avec le nitre, l'auteur passe à l'énumération des caractères positifs, sujet beaucoup plus difficile et plusdélicat : il s'agissait de distinguer la magnésie d'avec la chaux. Mais auparavant il fallait savoir quel est l'acide qui forme, avec cette espèce de chaux inno7nmée, ce sel dont on faisait alors , comme aujourd'hui , un si grand commerce , et qui , à la dose d'une once et au delà, était employé comme un purgatif.

a Ce sel, dit Hoffmann, paraît provenir de la combinaison de V acide sulfurique ( acidum sulphureum ) et d'une terre calcaire de nature alcaline (3). C'est au sein de la terre que cette combinai-

(1) Ce sel n'est autre, comme on le devine , que le sulfate de magnésie, qui ge trouve surtout abondamment dans certaines sources minérales d'Angleterre, comme celles d'Epsom , etc.

(2) Dissertât, physico-medic. Pars ait., p. 200 : Non est inflammabile, non in crystallisatione figuram pyramidalem assumit , neque aquam fortem dat; sed est sal neutrum instar arcani duplicati saporis amaricantis^ et frigus quoddam rèlinquit in lingua , neque cum acide vel alcali efïérvescit, nec fluit in igné facile.

(3) Dissertât, physico-medic.^ p. 201 : Hoc sal originem suam trahere videtiir ex corobinationeacidi sulpburei et calcaria terra indoUsquealcalinae.

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son s'opère H'e^u dissout le sel qui se forme aiosi, et Je charrie avec elle. »

Dans un autre écrit, Tauteurrevientsurcesujet, qu'il croyait sans doute avoir incomplètement traité; il ajoute que cette terre alcaline (obtenue en traitant une solution de sel amer par l'alcali fixe} diffère essentiellement de la chaux, en ce que celle-ci, traitée par l'esprit de vitriol, donne un sel très-peu soluble , qui n'est nullement amer, et qui n'a presque aucune saveur (1).

Lister avait déjà très-bien décrit la forme cristalline du sel purgatif amer, qu'il appelait nitre calcaire (2). Mais personne n'avait encore songé à considérer ce sel comme un composé d'acide sulfnrique, et d'une espèce de terre calcaire alcalinSy différente de la chaux. C'est à Fr. Hoffmann qu'est due cette découverte, qui devait être^plus tard, reprise et poursuivie dans tous ses détails par Black.

6* Eaux alumineuses. — Eaux sulfureuses , etc. — Les auteurs anciens, Aristote, Varron, Pline, et, après ceux-ci , tous les médecins chimistes , ont parlé des eaux minérales riches en alun. Taxant tous ces témoignages d'erronés, Hoffmann assure n'avoir jamais rencontré de l'alun pur dans les eaux minérales. « Cependant je ne veux pas, ajoute-t-il, nier que des sources voisines de quelque mine d'alun ne puissent se charger de cette substance; mais, dans ce cas, elles sont trop astringentes, et ne sont d'aucun usage en médecine (3). »

Il est bon de rappeler que les anciens donnaient le nom d'alun, alumen, <jTUTCTY)pia, à toute espèce de matière astringente ( vitriol de fer, de cuivre, etc. ), tandis que, pour Hoffmann, cette confusion n'existait plus. «Les vitriols laissent, dit-il, un.caput mortuum métallique après leur caloination; mais l'alun donne une terre bolaire très-précieuse, légère, d'une espèce particulière {sut gêner is) (4). »

(1) Observât, physico-chymic. sélect., t. II obs. ii, p. 107, et obs. xviii , p. 177.

(2) Lister, De aquis Anglix, c. i, p. 13. Hujus salis (nitri calcarii) crystalli tenues longa^que sunt, iisque mediis quatuor ialera parallelogramma sunt, at fera inœqualia ; ex altéra yero parte, ipse mucro ex binis planis lateribus triangularibus formalur.

(3) Diss. physico-med. x, p. 202. Me purum alumen nusquam in aquis salubribus invenisse. Non ibimus tamen inficias , ubi alumen magna in copia efijoditur, scalurire interdum quosdam fontes alumine relèrtos, etc.

(4) Observât, physico-chymic. sélect., t. III, obs. tiii, p. 171. — Yitriolicaput

Quant aux eaux sulfureuses, il eu restreint également beaucoup le nombre, et ne parait leur accorder en médecine qu'une médiocre confiance. Il remarque qu'elles se reconnaissent à leur odeur d'œufs pourris, et à ce qu'elles noircissent l'argent.

Enfin il termine en affirmant que les meilleures eaiix existent dans les- terrains gras et argileux, « parce qu'elles sont très-peu chargées de sels calcaires , qui, dit-il, rendent les eaux impropres à la boisson, à la cuisson des légumes, et à la fabrication de la bière (1). »

Cette dissertation si remarquable sur les sources minérales en général est suivie d'une autre Sur les eaux thermales de Carisbad.

De Carolinarum causa coloris, virlute et usu (2).

Rejetant la théorie du feu central, ainsi que d'autres hypothèses concernant la cause des sources thermales, Hoffmann insiste particulièrement sur la chaleur que produisent les mélanges de certaines substances. 11 cite l'expérience déjà connue du mélange de soufre pulvérisé et de limaille de fer, qui s'échauffe considérablement après avoir été humecté d'eau. Comme ces mélanges calorifiques peuvent, dans les entrailles de la terre^ se trouver en contact avec des matières très-inflammables, telles que le bitume, l'auteur explique par là l'origine des sources thermales, des volcans, des tremblements de terre et des incendies souterrains. 11 signale surtout le concours réuni du soufre, de l'eau et de l'air. C'est qu'en effet les volcans se trouvent presque tous dans le voisinage de la mer (3); le sommet du cône' donne accès à l'air, et rien de plus commun autour du cratère que le soufre et le fer, débris des éruptions volcaniques.

A propos de ces mélanges , Hoffmann indique une expérience

mortuum metallicse indolls est. Âluminis vero terra yalde spongiosa , subtilis , bolans sui generis Tidetur.

(1) Dissert. physico-med. x, p. 205 el p. 191.

(2) Dissert, physico-med., xi.

(3) Ce fait n'est aucunement contredit par Pexistence de certains volcans éteints qu'on trouve dans l'intérieur des continents. Car, pour les volcans éteints d^ Auvergne , par exemple , on peut bien admettre , sans faire une hypothèse exagérée , que la mer Méditerranée a recouvert autrefois une grande partie du midi de la France. Il paraît d'ailleurs constant que les eaux des mers éprouvent, de siècle en siècle, un retrait marqué.

assez curieuse, qui consiste à verser de Vesprit' fumant coneen-tré sur de Thuile essentielle de girofle : il se produit à l'instant une flamme très-belle (1). Qu'était-ce que ce^ spiritvs conr centraiissimus fumam, versé sur Tessènce de girofle? Était-ce le perchlorure d'étain ou l'acide nitrique fumant? C'était sans doute le dernier.

A l'objection que cette chaleur, résultat des combinaisons variées qui s'effectuent au sein delà terre, doit diminuer et enfin disparaître , l'auteur répond d'abord que, les métaux ne faisant point défaut, cette chaleur se reproduit sans cesse, et, étant ainsi emprisonnée sous la croûte terrestre, elle se conserve beaucoup plus longtemps. A l'appui de cette manière de voir il cite, comme exemples, la marmite de Papin, qui conserve la chaleur pendant fort longtemps, et le corps humain lui-même, qui, par l'occlusion de ses pores et la suppression de la transpiration, éprouve l'effet d'une chaleur fébrile inaccoutumée, sensible à la peau (2).

F. Hoffmann a traité de plusieurs eaux minérales d'Allemagne qu'il n'entre pas dans notre plan d'analyser ici (3).

La question des eaux minérales artificielles ne lui était pas non plus étrangère (4).

Il a en outre laissé des observations intéressantes sur les huiles essentielles et leur combustion par l'acide nitrique, sur la distillation de l'alcool avec Tacide sulfurique et l'acide nitrique (éthersnitreux et sulfurique)(5). Le mélange départies égales d'éther et d'alcool concentré porte encore aujourd'hui le nom de liqueur anodine minérale d'Hoffmann.

La théorie de Stahl commençait alors à se répandre. Hoffmann

(1) Dissert, physico-med. xi, p. 211 : Flammam lucidissimam ia momento produco dum spiritum concentratissimum fumantem infuado oleo caryophyllorum débita encheiresi.

(2) Fontis Sedlizenzis amari in Bohemia noviler detecti nec non salis ex eodem parati examen chymico-medicum ; Hal., 1724, in-4*. — De fontis martiati Lauchstadiensis viribuset usu; Hal., 1723 , in-4**. — De fontis Spadani et Swalbacensis convenientia ; Hal., 1730, in-4'*. — Toutes ces dissertations sont imprimées dans Opuscul, physico-medic. de elementis^ virihus, uiilitate et usu medicatO' t-um fontium; etc.; Ulmiœ, 8. T. I el II.

(3) Ibid., p. 219.

(4) Observationes de acidulis , thermis et aliis fontibus salubribus ad imitationem naturalium per artificium parandis. Dans Opuscul. physico-medic.^ II, n° x. — Debalneorum artificialiumex scoriismetallorumusu medico; Hal., 1722, iii-4**.

(5) Observât, physico-chymic. sélect.; Hal., 1736, in-4°; lib. I, obs. i-xiv; lib.^ II, obs. m et obs. iv.

éleva le premier des doutes sérieux surTexactitudede celte théorie : il trouvait plus rationnel d'admettre que le charbon , loin de restituer aux chaux métalliques (oxydes) le prétendu phlogistique, leur enlève plutôt quelque chose, et les ramène ainsi à leur état primitif de métaux (1). Il savait que les terres vitriolées en général (sulfates terreux), calcinéesavec du charbon, peuventoffrir le même phénomène que la pierre ou phosphore de Bologne. Enfin il inventa plusieurs médicaments efficaces, d'une grande renommée y comme bcUsamum viiœ^ pilulœ balsamicœ , elixir viscérale, essentia halsamica. C'est ainsi qu'il recommandait, comme un des meilleurs remèdes contre la goutte, une solution alcoolique de foie de soufre, associée quelquefois au camphre et à l'extrait de pavots (â).

F. Hoffmann n'était pas seulement un chimiste habile, il .était également versé, dans la physique. Son mémoire iSwr les vents renferme des notions exactes sur l'élasticité de l'air et de la vapeur d'eau ; il explique la cause immédiate des vents par la différence d'élasticité dans les couches de l'air, et il établit que le mercure s'élève dans le tube barométrique non-seulement en raison de la pression atmosphérique, mais encore de l'élasticité de l'air, laquelle est égale à la pression de Talmosphère; que^la vapeur d'eau diminue l'élasticité de l'air, et que c'est pourquoi la colonne barométrique s'abaisse , lorsque l'atmosphère est très-humjde. De tout cela^ il déduit des conséquences très- importantes pour la médecine (3).

Tous les médecins devraient prendre pour modèle les travaux de F. Hoffmann (4), faire, comme lui, profiter les sciences médicales des progrès des sciences physiques, et se rappeler sans

(1) Observât, physico-chymic. sélect. Ili, obs. xiii.

(2) A la dose de 30 à 40 gouttes prises intérieurement. — Observât, physk<h ehymic. sélect. II, obs. xxxi.

(3) Dissertât, physico-medicœ curiosœ selectiores; part. I, Lugd. Bat., 1708, in-8®. De ventorum generaiione , ortu et causis.

(4) Gmelin (t. II, p. 179) donne la liste des mémoires ou dissertations de F. Hoflknami , ayant trait à la chimie. On les trouye aussi indiqués dans Omnium dissertationum et librorum àb Hoffmano, abanno 1681 ad annum 1734, editorumc<mspectus;.li&\\e, 1734, in-4**. — Tous ses travaux chimiques sont imprimés dans Oper. omn. medico-physic . ; Genève, 6 vol. in-fol., 1740 et 1748; avec un supplément de 2 vol., 1749; et un second supplément de 3 vol., 1753 et 1760. — Édit. de Naples, 1753, en 25 vol in-4**; — 1763, en 17 vol.; — édit. de Venise, .174S, en 17 vol. in-4*».

cesse que le corps de rhomme n'est pas un corps isolé, mais qu'il subit perpétuellement Tempire d'agents physiques qui le modifient suivant des lois constantes.

Au nombre des médecins qui ont bien mérité de la chimie, il faut citer encore Davisson et Vigani.

CSnillamne DaTiMMiii*

Guillaume Davisson ou d'Avissone ( c'est ainsi qu'il s'écrit laimême) (1), médecin écossais, fut appelé à remplir la première' chaire de chimie créée à Paris, au Jardin du Roi (â). Il enseigna celte science dans la première moitié du xvn* siècle, sous la minorité de Louis XIII, et ses leçons*attirèrent un nombreux auditoire. Il nous apprend lui-même qu'il comptait parmi ses élèves des étrangers de toutes les nations de l'Europe, des Allemands, des Anglais, des Italiens, etc. (3).

Ce fut à l'usage de ses élèves que Davisson publia, en 1635, no ouvrage ifttitulé Philosophia pyrotechnica , seu Cvrsus chymior iricuSy et divisé en quatre parties (4). La première et la deuxième partie, que l'auteur dédia à deux de ses compatriotes, Jacques et George Stuart, et la troisième partie ne contiennent que des théories spéculatives, qui témoignent d'une connaissance approfondie des anciens. La quatrième partie , qui traite des opérations chimiques, est la seule qui puisse nous intéresser.

C'est dans cette partie que se trouve, pour là première fois, traitée scientifiquement la difficile question de la formation des cristaux (5). L'auteur étend le principe de la cristallisation

(1) M. Baudriraont possède une édition (2® éd., 1640) de la Philosophie pyra technique , où se lit sur le recto du dernier feuillet un autographe de Pauteui qui signe d*Avissone , sous^la date du 29 août 1641.

(2) Voy. p, 103 de ce volume.

(3) Pyrolech. Pars quarta , Admonitio ad lectorem, p. 50 et 52.

(4) Paris, iu-8; 1640; 1642; 1644; 1657 ;Hag. Corn., 1641, in-4. Traduit en fran çais : Les éléments de la philosophie de Vart du feu, éd. Hellot, 1651 et 1657

(5) Philo80])b. pyrotech. Pars quarta, p. 184 : Docirina de symbole et mu latione elementorum cum quinque corporibus simplicibus geometricis; und dilucide aperktur vera causa diversarum formai-um, numerorum varia rumque proport ionum in composais, ut figura hexagonali , cubica , penia gonali, octaedrica , rhombica , in sale cornu cervi , in niva sexangulatii «

non-seulement aux sels et à des substances minérales, mais encore aux alvéoles des ruches et à certaines parties des végétaux, tdies que les feuilles et les pétales des fleurs. Il ramène toutes les formes cristallines à cinq figures géométriques, qui sont le cube, l'hexagone, le pentagone, Toctaèdre et le rhomboèdre. Un sujet aussi intéressant et alors tout à fait neuf, opt^ novtirn et a nullo ante me, quod sciam, elaboratum, devait faire remettre sur le tapis les doctrines anciennes de Pythagore et de Platon, suivant lesquelles toute l'harmonie de la création repose sur les nombres et les figures géométriques. Cette discussion, un peu obscure, mt le rôle important que jouent les mathématiques dans les écrits des philosophes anciens, et particulièrement dans le Timée ' de Platon^ se termine par ces vers de Boëthius :

Tu numerift elemeota ligat« ut irigora flammis , • Arida conyeniant liquidis , ne purlor ignis EYoIet, aut mersas deducant pondère terras.

La cristallognosie offre un beau champ à quiconque aime les théories spéculatives de la science.

^ean-Françôifl Vii^ani.

Ce chimiste-médecin, natif de Vérone, passa presque toute sa vie en Angleterre. Il appartenait à la grande école de Boyle. Adversaire déclaré des théories obscures et souvent incompréhensibles des alchimistes, il prend Texpérience pour guide dans ses recherches, et se glorifie de ne rien avancer qu'il n'ait luimême vu et observé.

C'est dans un petit traité d'une soixantaine de pages, intitulé Medulla éhymise {i)y qu'il expose les faits qu'il a découverts, ainsi que les expériences dont il fut témoin.

Purification du vitriol de fer, et préparation de Vammoniaque vitriolé {sulfate d'ammoniaque). — Le procédé que Vigani propose pour enlever au vitriol de fer les particules de cuivre dont il n'est

crys{fillOy smaragdo , adamante , viiriolo, cauUbus j florlbus et foliis stir- P«tt», alveolis apum, niiro, sale gemmx et vulgarL (1) Variis experimentis aucta, multisque figuris illustrata; Lond., 1083, in-lS.

presque' jamais exempt^ consiste à plonger dans la dissolutioci^ de ce vitriol une lame de fer, et de Ty laisser jusqu'à ce qu^ tout le cuivre soit précipité. Pour préparer le nouveau sel ( sulfate) d'ammoniaque recommandé comme médicament dans les maladies chroniques, il s'agit tout simplement de verser, dans la. liqueur du vitriol de fer ainsi purifié, une solution d'alcali volatil, jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. La liqueur filtrée donne ensuite, parévaporation, le sel en question, préférable au tartre vitriolé (sulfate de potasse), longe enim antecedit tartarum vitriolatum (1 ) .

Afin de démontrer qu'une chaux métallique (oxyde) se combine toujours avec la même quantité d'un même acide - pour produire un composé (sel) déterminé, l'auteur prend le vert-degris artificiel (acétate de cuivre), le soumet à la distillation, et constate ainsi que là quantité d'acide volatil qui se sépare etf à peu près la même que celle que prendrait le cuivre qui reste, après la distillation, au fond du matras, pour reconstituer le vert-de-gris (2).

Vigania, un des premiers, détmit l'erreur Jdes chimistes qui croyaient que l'antimoine rend le vin éraétique sans rien perdre de son poids. Il affirme, par sa propre expérience, que, dans ce cas, l'antimoine, quel, qu'en soit le composé^ diminue un peu de son poids, et que l'émétisation du vin est produite par la combinaison des particules du tartre avec des particules antimoniales (3).

L'émétique est en effet un composé d'oxyde d'antimoine et de tartre (bitartrate de potasse ).

On sait que, dès l'origine, les mercuriaux étaient mis en usage pour combattre la syphilis. Vigani employait, dans ce but, un remède particulier, appelé mercure vert {mercurius viridis), et dont il regardait la préparation comme un très-grand arcane ( quem tanquam maximum arcanum conserva) (4).

On voit par là que l'intérêt pur de la science était loin de l'emporter sur toute autre considération, même chez les chimistes les plus éclairés de cette époque.

(1) Medulla chjfmiae, p. 6 et 7.

(2)lbid.,p. 13.

(4) Ibid., p. 53.

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