‹ Histoire de la chimieChapitre 108 sur 137 · GH^OH —GO H -GO OU · texte numérisé non relu

GH^OH —GO H -GO OU

nous ne pouvons enlever moins de H^ à l'alcool, et sur l'aldéhyde nous ne pouvons fixer moins de 0 = i6. L'acide lampicjue aurait du être le premier degré d'oxydation de l'aldéhyde, à l'époque où l'on supposait qu'il existait entre elle et l'acide acétique vme différence de O^. Mais l'acide lampique n'a jamais éclairé qu'une chose, la fausseté du système chimic[ue sur lequel s'appuyait son existence imaginaire.

La substitution de l'oxygène organique par d'autres éléments conduit à la même conclusion. Chaque fois cjue la substitution provoque le départ de l'oxygène seul, il est toujours remplacé par deux atomes de chlore ou deux atomes d'hydrogène.

Tous ces faits démontrent qu'un système chimique rationnel doit prendre i6 pour l'équivalent de l'oxygène, qu'aucun fait aujourd'hui connu ne peut motiver le choix de la constante 8. La distinction entre « équivalentistes » et « atomistes » est inexistante aujourd'hui.

Il importe d'examiner les causes cjui l'ont annihilée : sont-ce les hypothèses générales plutôt cjue les lois dont nous venons de déterminer l'influence historique?

m. — Les professeurs de 1860 et le rôle historique des hypothèses générales.

Dans le Chapitre précédent, en donnant tjuekiues indications biographiques sur les deux savants cjui ont le plus contribué à la diffusion de la notion de la valence, nous avons fait allusion à la direction as..ez spéciale cjue la science avait prise à la mort de Gerhardt. Les principaux acteurs disparaissaient de la scène : Williamson ne s'occupait plus guère de chimie pure, non plus que Frankland; Wurtz et Kékulé allaient jouer les

premiers rôles. La théorie des types, qui exprimait d'une manière très étroite des faits exacts, jouissait à ce moment d'un succès aussi éblouissant qu'artificiel. Ayant contribué dans une certaine mesure à ce succès, les dirigeants en furent grisés. Ils devinrent des apôtres, mais très malheureusement ils voulurent aussi faire de l'histoire.

En reprenant point par point les faits de l'établissement des poids atomiques, en indiquant toutes les tergiversations auxquelles ces recherches avaient donné lieu, en montrant la simple vérité avec ses lacunes et ses faiblesses, Wurtz n'eût pas été lui-même, il n'eût pas été de son temps. On croyait à une science nouvelle. Un thème séduisant se présentait : voir les poids atomiques, non pas comme ils ont été établis dans la réalité historique, mais comme on aurait dû les établir. On avait assez discuté, il fallait pouvoir répondre à toutes les objections en invoquant une grande loi. Plus de ce sentiment que Dumas attribue si judicieusement à Berzélius. La science a ses dogmes. On ne les discute pas. On travaille à les vérifier. Les faits qui ne sont pas conformes sont des anomalies ; voilà tout.

En attribuant cet état d'esprit à l'école de Wurtz vers 1860 nous pourrions craindre d'être taxé d'exagération. Mais toute la discussion de l'auteur de la 0 théorie atomique » avec Sainte- Claire Deville est-elle autre chose cjue la lutte des principes contre l'expérience? E'. de quel côté sont donc les adeptes de cette vérité féconde énoncée par Claude Bernard qui défend à l'expérimentateur de se laisse* guider par des idées philosophiques?

On prétend et l'on enseigne que la Chimie est basée "^ur des conceptions. De\ille, le grand Deville, est, on veut bien le reconnaître, « expérimentateur habile » mais un « esprit prudent, ennemi des idées générales » (^). La vertu de prudence est devenue presque une tare. Berthelot est « un adversaire plus sérieux, mais dont l'esprit philosophique refuse d'admettre les hypothèses sur lescjuelles est fondée la théorie atomique » (^). Dans un livre allemand qui a eu beaucoup d'éditions nous Irou-

(') ]•]. (iuiMM x, (11. (liHiardl, sa vie et son (riivre, p. p3. Paris; hjoo. (2) Jbicl.

CO.NSTITITIOX DKFIMTIVE DU SVSTihiK CHIMIQIK. 545

vons que « le développement que la Chimie théorique a pris depuis a changé complètement cela. Les hypothèses d'Avogadro et de Dulong et Petit ont été reconnues comme les fondements de la détermination des poids moléculaires » (').

Une science qui est basée sur des hypothèses perd son titre de science expérimentale. Notre système a-t-il vu le jour en 1860, a-t-il été seulement remanié à cette époque d'une manière fondamentale? Ou bien est-il réellement le résultat des recherches exécutées pendant la première moitié du xix® siècle?

S'il pouvait être démontré que notre système n'a pas été révolutionné par les professeurs de 1860, leur paradoxe aurait vécu. Mais les questions de ce genre ne peuvent pas toujours être tranchées nettement ; il s'y mêle des nuances d'appréciations, l'assentiment à une manière de voir a été rarement général ; il s'est formé des courants d'opinion parmi lesquels il est parfois difTicile de distinguer celui qui a conduit à la nôtre.

Nous allons reprendre encore une fois l'histoire pas à pas pour chercher à constater quel rôle effectif ont joué la loi de Dulong et Petit et l'hypothèse d'Avogadro et Ampère dans rétablissement de notre système chimique.

Loi de Dulong et Petit. — • La plupart des poids atomiques proposés par Berzélius en 181 8 avaient été modifiés par lui en i8a6. Dans la première Table, beaucoup de chiffre;^ avaient été adoptés tels par suite d'une prévention contre les sesquioxydes. Celle-ci avait disparu de l'esprit de Berzélius.

La modification fondamentale est relative au chrome. Les deux oxydes de ce dernier (l'oxyde de chrome et l'acide chromique ) contiennent des proportions d'oxygène qui sont entre elles comme i : 2. Berzélius adoptait les formviles CrO'' et CrO*'. En 1826, on a adopté CrO' eu lieu de CrO" pour une raison de basicité, l'oxyde devenait Cr"-0'.

Les sesquioxydes de manganèse de fer et d'alumine suivaient par raison d'isomorphisme, qui traduit ici l'analogie chimique.

(') L. Meyer, Théories modernes de la Chimie, 1 vol., t. II, p. 291 Tratl. Paris, Carré: 1887.

La chaleur spécifique n'est invoquée par le savant suédois que comme simple confirmation.

Les cas du cobalt et de l'argent sont déclarés obscurs. La chaleur spécifique conduirait à Ag = io8; Berzélius choisit 216. Le peroxyde cède facilement de l'oxygène, et il le formule pour cette raison Ag 0^; il signale aussi les analogies avec le plomb (poids atomiques voisins, lune cornée, plomb corné).

Pour le mercure et le cuivre, Berzélius avait hésité en 1818; il avait signalé que sous l'influence des acides les oxydules séparent le métal, ce qui lui paraissait favorable à la formule Cu^O. Mais le seul sulfure connu étant le sulfure cuivreux, il choisissait pour lui la formule la plus simple CuS. C'est son principal argument. En 1826, il invoque l'isomorphisme de l'oxyde cuivrique avec l'oxyde ferreux, ainsi que la chaleur spécifique du cuivre et du mercure métalliques ; mais les arguments favorables de 181 8 viennent à l'appui de la réforme préconisée.

Le cas du bismuth est un peu plus complexe. En 1818, on connaît deux oxydes, le sous-oxyde pourpre dont on n'a pas fixé la composition et l'oxyde ordinaire. Par conséquent, on écrit ce dernier Bi 0^ (^).

En i833, Berzélius (^) signale que le sulfure bismuthique contient le même nombre d'atomes que l'oxyde bismuthique. Pour avoir (juelcjue indice sur le nombre d'atomes de ce dernier, « nous sommes obligés d'avoir recours aux expériences de Dulong et Petit ». La formule Bi O nous conduit à une chaleur spécifique trop petite d'un tiers, tandis cjue si cet oxyde est Bi^O', '■'■ le produit est le même que celui des autres neuf corpr, cités ». Il constate aussi l'analogie du bismuth avec l'antimoine.

En i835 (•'), les compositions des deux oxydes de bismuth sont connues. « Le rapjiort de l'oxygène qu'ils contiennent respectivement est 2 I 3. L'oxyde qui est la base des sels étant Bi O, l'autre qui est un suroxyde est composé de Bi^O'. D'après Lugerhjelin, mu partie;, de hisinulb fdiiuciit i'oxyde hasiipu';

(') Théorie des propriétés cidiniques, ]>. i ^'>. Paris, Môfjiii'Jîiinn ; i8i<).

(2) Traité, t. IV, p. GH. Trad. française, liriixrllcs, Dtirnoiil; iS;;.

(') Théorie de propriétés rhiiniiptrs, •.>>' édilion. p. 1 1 \. l'aris, Didol; i8j5.

Page 1