I.V CHIMIIÎ ORdAMQlE OEPl IS 1(S
naisoii qu'il étudiait était un fait. Il devenait partisan de la variabilité de la valence. En appliquant cette notion à l'étude des composés carbonés et en l'étendant, Couper se conformait à la même tendance. Wurtz suivait; et nous l'avons vu regarder l'éthylène comme contenant un atome de carbone tétravalent et l'autre bivalent.
Toute autre était la mentalité de Kékidé; plus imaginatif ((u'expérimentateui*, il voyait là surtout une notion philosol)bique a priori. La valence « esc une force constante ou elle n'est rien » aurait-il dit quelc[ue part (^). Et l'on a de toutes les manières tourmenté la science, pour en faire sortir la notion préconçue telle qu'on la désirait (^). La plus curieuse élucubration dans ce domaine fut la combinaison dite moléculaire. Le trichlorure de phosphore PGP et l'ammoniaque XH-', par exemple, combinaisons dites atomiques, forment respectivement avec le chlore et l'acide chlorhydrique de ces combinaison* « moléculaires ». On traduit même cette distinction dans les formules; il ne serait pas indifférent d'écrire le pentachlorure de phosphore
/Cl //CA
^Cl Cl
Cl ou P— C! I
/^'' \CI Cl
\Cl
La non-volatilité des combinaisons moléculaires comme telles pourrait servir de critérium.
L. Meyer, auteur des « Théories modernes de la Chimie » (''), qui nous a dit sur les questions à la mode à son épociue (') beau-
(') Nous n'avons pu retrouver l'orioinc de cette citation que nous reproduisons de mémoire.
('-) Un de mes collègues les plus anciens, savant mathématicien qui a suivi autrefois à Gand les coxirs de Kékulé, m'a souvent rappelé la manière dont l'illustre chimiste torturait l'attention de son auditoire, son esprit et les laits, pour démontrer la constance de la valence. C'est le souvenir le plus viA-ace que semble avoir laissé le Cours de Chimie, après 5o ans, dans cet esprit précis.
(■*) Traduction. Paris, Carré, 2 vol., 1 887-1 889.
(*) La première édition date de 1864.
JS8 CHAPITRE XV.
coup de choses fastidieuses (car rieu n'est fastidieux en science que ce qui manque de base), nous signale par exemple que nous connaissons deux chlorures de mercure, Ilg Cl et Hg Cl^, Le mercure est-il monovalent ovi bivalent ? Beaucoup seraient tentés de répondre que c'est un fait, que l'on ne discute pas les faits, que l'on en tire la conséquence directe jusc{u'à ce qu'il soit prouvé, sans intervention d'hypothèse, qu'il faut traduire autrement le résultat de l'expérience.
L. Meyer n'est pas de cet avis ; il a commencé par déclarer au début de son chapitre, que, pour s'engager dans des discussions de ce genre, « il est nécessaire de chercher à expliquer les régularités cjue l'expérience nous montre dans la constitution des composés chimiques, en supposant aux atomes une capacité de saturation constante, une valeur chimicpie invariable )).
Hélas ! que nous voilà loin de Claude Bernard qui nous disait que, pour un expérimentateur, le meilleur système philosophique est de n'en pas avoir, et de Sainte-Claire Deville qui nous conseille de subir les théories sans y croire !
Mais où peut-on s'arrêter lorsque l'on prétend trouver la réalité à la lumière du vraisemblable ? Cependant L. Meyer compare l'affinité à l'aimantation. La force d'un aimant se mesure seulement au poids maxinuim qu'il peut supporter. On arrive ainsi fatalement à l'idée des combinaisons non saturées. C'est PCI ', et non plus PCI', qui donne la mesure. L'oxyde de carbone devient une combinaison non saturée; cependant il ne se combine à l'oxygène qu'à une température assez haute. C'est que, pour faire entrer l'oxygène en réaction, il faut d'abord scinder sa molécule. Et pourquoi le cas du phosgène serait-il plus embarrassant ? Il faut l'influence de la lumière pour pro- \-o(liicr la (■()ml)uiais()ii du chlore à l'oxyde de carbone, et l'on a chciclié à in^■oquer cette circonstance pour rejeter la présence d'allinilcs li])rcs dans ce dernier. « Mais, nous dit L. Meyer, cet arguuicni u'csi pas solide, en ce scus (pic rmtervention de la lumière s'explique parce qu'elle est nécessaire pour désunir les deux atomes de chlore qui forment la molécule (^). »
(') Loc. cit, p. 38".