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LA CHIMIE ORGANIQUE DEPUIS

Citons un autre exemple. Pb Cl^ était le chlorure le plus élevé tlu plomb; cependant on connaissait Pb(CH''). Le plomb serait donc tétravalent ? Mais alors Pb CP ? « Cette contradiction apparente se résout très simplement : il suffit de supposer que dans le chlorure deux ailinités de l'atome de plomb sont saturées par des liaisons de deux atomes du métal entre eux ('). » Le chlorure de plomb n'est donc pas

Et la notion de proportionnalité, que les anciens chimistes avaient voulu tellement solide qu'ils préféraient lui laisser son caractère empirique et terre à terre, n'échappe pas aux remaniements philosophiques des professeurs de 1860 :

« Nous appelons équivalents les quantités de différents corps simples qui peuvent relier le même nombre d'atomes, non liés entre eux, d'un seul ou de plusieurs corps simples (-). »

Quoi qu'il en soit, du moment que les savants donnaient à la valence l'objectivité que nous venons de constater, ils se trouvaient bien vite devant un problème qui, à ce point de vue, pouvait sembler fondamental. Voici comment le juge Ladenburg dans son Histoire de la Chimie :

« L'identité, dont on avait d'abord douté, des éthers carboniques contenant deux radicaux alcooliques différents, qui fut ensuite établie, avait une valeur décisive. Ce n'est qu'après avoir été fixé sur ces faits qvie l'on put admettre l'égalité des quatre valences du carbone, ce qui est la première condition indispensable pour qu'on puisse avoir confiance aux « formvdes de structure » aujourd'hui très employées (•^). »

Pour un fait qui lui paraît aussi indispensable, il faut avouer que Ladenburg ne se montre pas bien exigeant sur la valeur des preuves.

Dans le même ordre d'idées, L. Meyer estimait que l'iné-

(1) Lcc. cit., p. 3g3.

(■'') Loc. cit., p. 079.

(*) Hibtoire, p. 253.

galité des valences du })liosphoi'e entraînerait l'existence de deux oxychlorures. qui, d'après les considérations antérieures, seraient

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or, on n'en connaît qu'un seul.

La question de l'équivalence des quatre atomicités du carbone a été l'objet, de la part de L. Henry, d'expériences longues et très intéressantes. Nous nous contenterons d'en indiquer le principe ( ' ).

Si l'on considère que dans l'acide acétique le chaînon — COOH provient de — CN de l'acétonitrile, et cjue nous donnions à ce chaînon l'indice a, nous pouvons nous proposer de préparer les acétonitriniles [ii, ", o. Si les quatre acétonitriles a, ^, y, o sont identiques, on déclare cpie les quatre valences du carbone le sont également.

En chlorant l'acide acétique, l'acide monochloracétique sera chloré en [i; sa cyanuration, suivie de l'élimination de CO^, nous conduira à l'acétonitrile ,3. La chloruration de l'acide malonic[ue nous conduira à un produit de substitution correspondant à un acide rnoiiochloracéticpie ■" et un acétonitrile de même indice. Et ainsi de suite. On peut exécuter les mêmes recherches sui les nitrométhaneo. Les produits a, fi, y et o sont identiques.

Mais s'(uisuit-il que les cpuitre atomicités du carbone soient elles-mêmes identi(pu>s ? Evidemmeni non. Si les deux oxy- (•Idorures de phosph(ue (pi'imagine L. Meyer étaient sucepiililes d'exister tliéorK/iienicnt, il est extrêmement ])robal)lc (pie, prai icpiement, ils seraicni représentés tous deux par un seul com]>osé. Dans ions les cas, ce qui es! de simple logi(pie, c'est ijue, (le r('xisien(^e d'un seul oxychlorure de phosj)hore, il n'est nullcmcui fondé à décréter l'idenlilé des i-inc] valences du |ili()^.|)h()re. I^es auieur:. de ;.eml)lal>les iraxaiix se soui appuyé:'. sur une li\ nol lièsc rniunic sur ierrc rcriiic : il:; adniciiciil le

(') .\i)lir" sitr Louis' Ilciinj [Aiiiiiiairc de l'Acadéniie royale de Beliiique jij;';, p. ôd).

LA CHiMii: ttur.AMyiE i)p:i'iis 18<)0. J91

remplacement d'un résidu par un autre sans modification, liypothèse d'une valeur très contestable.

En outre, ils font ou veulent faire une généralisation. Admettons que les quatre acétonitriles soient différents. Pourc{uoi déclarerait-on le fait général et dépendant de la valence ? Qu'est-ce cjue la valence ? Est-ce avitre chose qu'une abstraction ? Par contre, si les quatre acétonitriles sont identiques, est-ce plus c[u'un fait particulier ? Cette généralisation n'est justifiée, dans l'esprit des professeurs de 1860, que parce qu'ils croient à l'objectivité de la valence.

X'est-il pas curieux de voir comme cette notion, qm a rendu à la Chimie organicpie tant et de si grands services, a échoué chac{ue fois qu'on a voulu l'introduire dans le domaine de la philosophie de la science ? Cet outil, merveilleux pour le carbone, est mis en échec par le premier venu des métaux. On dira peut-être que la Chimie organique a été faite avec la valence. Un grand chimiste a dit que « la chimie crée son objet»; et qui sait si, dans un empire immense comme celui du carbone, nous n'avons pas délimité jusqu'aujourd lun notre domaine aux cas comportant la validité de la tétravalence ?

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