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L.V CHIMIE OHGANIQIE DEPUIS

» Appliquons-les au dihydrobenzène qui serait, d'après Claus :

» Si, maintenant, construisant cette formule en modèles, on recherche, parmi toutes les constructions qui peuvent en dériver, celle qui correspond au plus faible écartement des directions mutuelles normales des atomes de carbone, on constate que la construction avantagée est un tétraméthylène dont les carbones opposés sont réunis deux à deux par un atome de carbone. On a ainsi un octaèdre :

Fi g. i3.

on ne peut concevoir comment un corps de ce genre pourrait être tellement instable qu'il se transformât immédiatement en une chaîne avec deux doubles liaisons. Si l'on parvenait à la préparer, je crois qu'il serait différent du dihydrobenzène; la théorie des liaisons para serait définitivement écartée.

» L'étude des produits de réduction de l'acide téréphtalique permet de conclure que l'anneau benzénique a trois doubles liaisons et se comporte comme tel dans la réduction. On pourrait croire cependant que, les conditions venant à changer, il se forme une construction du benzène ne répondant pas à la formule de Kékulé. La formation d'un tétrahydrobenzène pour-

rait conduire à

CII\P1TRK XV.

au lieu de

» C'est possible ; il doit exister des conditions réalisables pour transformer le benzène en dérivé du camphre, tout comme on peut transformer le camphre en cymène. Mais une telle réaction ne peut être nette ; elle est le résultat de forts ébranlements.

» Dans le benzène, les atomes de carbone voisins sont en liaison; la rigidité de la chaîne empêche les atomes non voisins d'entrer en liaison; c'est aussi le cas pour l'hexaméthylène. Ce qui le prouve, c'est l'incapacité de l'acide hexahydroisophtalique à donner un anhydride ; celui-ci peut se former (acide glutarique) lorsque la mobilité de la chaîne n'est pas limitée.

» L'acide tétrahydrotéréphtalique est un dérivé du benzène ; l'acide dicarboniqvie cjui correspondrait au norhydrocamphène n'en serait pas un :

COOH

COOH

COOH

Ac. norhydrocornplicnc-di carbonique.

GOOII

.\c. létraiiydrotéréphtalique.

» Malgré sa fixité intérieure, le benzène doit encore être regardé comme un anneau, et peut toujours donner une chaîne hexagonale par des réactions lentes. Les acides hydrotéréphtalicjues et la quinone sont de vrais dérivés du benzène, comme le propane est un dérivé du propylène. Il est possible que le norhydrocamphène puisse s'obtenir à partir du benzène, mais il appartient à une autre série et il y a entre eux les mêmes rapports que du triméthylène au propylène. »

M. Baeyer, ayant successivement combattu les différentes l'ormules proposées pour le benzène, se voit forcé d'adhérer à

LA CHIMIE OnOAMULE DEPl'IS 18G0. fioij

celle qui reste encore débout; del)out mais pas indemne, et il est bien forcé de lui trouver des tempéraments. Il adopte une formule centrique qu'il appelle idéale, en ce sens qu'il la regarde comme une abstraction; il place à côté d'elle la formule avec doubles liaisons; la réalité se trouverait au milieu :

Telle était la conclusion du discours qu'il adressait à Kékulé, lors du 25*^ anniversaire de l'hexagone. Le Jubilaire dut se demander quel avantage elle pouvait bien présenter, et sur l'hexagone primitif de 1866, et sur la manière dont il avait envisagé les choses autrefois par sa « théorie » dite des oscillations.

Les conclusions de M. Baeyer devaient d'ailleurs encore subir un curieux revirement. En 1892, ayant étudié la réduction de l'acide phtalique, il soumet de nouveau à une étude approfondie la constitution du noyau benzénique. Prenons comme exemple les devix points suivants :

1° La réduction de l'acide phtalique conduit à l'acide dihydro A '; l'auteur considérait antérieurement ce résultat comme inexplicable par la formule de Claus. Celle-ci conduisait à la constitution A^ '' :

XH

l>révii A'.fi

XH

réel A'!,;

et à ce moment il croyait, conformément à des règles que nous avons rappelées, que l'isomérisation de A^-' en A'^' était impossible.

Mais d a isolé l'acide A-*^, dont la tendance à l'isomérisation le conduit à formuler un nouveau principe, à savoir que l'hydrogène se dirige vers le côté le plus négatif de la molécule. Aussi, d après lui, « l'étude de la réduction d'un composé benzénique

'ilO ClIAl'ITlUi: XV.

est incapable de fournir une conclusion sur la constitution du benzène )>. C'était bien sévère pour ses travaux antérieurs.

2° Au contraire, il estime maintenant que c'est l'oxydation des hydrures qui a le plus d'intérêt pour l'étude du benzène. Il y a là une nouvelle théorie. îî a constaté que l'oxydation de

XH XH X

XII /\x ^\x

donne de l'acide benzoïque et de l'acide carbonique, tandis que

ne donne (|ue de l'acide plitali<|ue dans les mêmes conditions.

Sait-on pourquoi l'acide carbonique se dégage dans l'oxydation de A' ' et de A- ' ? C'est que l'ébranlement moléculaire provoqué par le départ de l'hydrogène secoue les atomes auxquels celui-ci est attaché, et CO^ tombe, tout à fait comme d'un noyer que l'on gaide.

L'explication a un tour ingénieux. Mais, dira-t-oii, comment se fait-il que le composé A'-'' soit le siège du même phénomène ? Il n'y a (ju'à adopter la formule de Clans pour tout élucider; mais nous ferons grâce au lecteur de la démonstration dont l'auteur n'accepte d'ailleurs pas sans réserves les conséquences. Aussi bien, plutôt que d'exposer point par point une question dilTh-ile et encore bien litigieuse, avons-nous eu en vue seulcmcnl <l"iii(li(|ucr la (lii'cciion |tlul(iso|tlH(|iu' de V\\\\ des j)remiers chefs d'école de l'Allemagne.

Professeur de 1860, M. Bae\'er a vu dans la vaiciicc une chose réelle; il l'a soumise comme telle à ses réactions. Mais celi(>-ci, véritable protée comme aui-ait dit Laxdisicr, se Iraiisl'orme et nous échappe au momcui où nous espérons la saisu'.

LA CIIl.MIK OKGANIQUE DliPllS 1860. 6m

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