‹ Histoire de la chimieChapitre 135 sur 137 · G 20 POSTFACE · texte numérisé non relu

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des manières de se représenter les éléments qui se combinent »; « elles sont bonnes si elles donnent de simples explications ». Peut-on répudier plus nettement toute idée préconçue ? Autant dire qu'il va là seulement un principe de classification. Et Dieu sait de quels déboires le grand savant ne fut pas victime chaque fois qu'il voulut défendre les théories !

La force vitale, les acides oxygénés, le dualisme, l'électrochimie, les radicaux, sont autant de mots nous rappelant ses échecs en même temps cpie les entraves opposées au progrès par son esprit obstiné.

Et Davy, cette belle intelligence toute de clarté et de logique, quel brillant contraste ne fait-il pas avec son « frère suédois selon la science » ? C'est presque un contre-théoricien. Les métaux alcalins le conduisent au chlore et à la chimie unitaire, qui est surtout utile pour combattre le dualisme, et préparer la science nouvelle. Il jette les bases d'une conception électrochimique, mais il se garde bien de systématiser; et, tandis que Berzélius s'y enlize irrémédiablement, il assiste à ces erreurs de toute l'élévation de son esprit sceptique et positif.

Et dans l'œuvre de Laurent et Gerhardt, où est l'hypothèse ? Dira-t-on cjue la substitution soit née de l'hypothèse ? Ce serait mécfuuuiître le travail opiniâtre que Laurent jeune a donné à la recherche expérimentale. C'est de ce travail que la substitution est sortie. De cjuelles théorie ou idée théorique aurait-elle pu naître, puisqu'elle était le bouleversement de toutes les conceptions alors permises ? Mais elle s'est adaptée immédiatement à la science de l'époque,: comme l'idée de Dalton s'étaii appliquée en i8o4. Toutes deux étaient devenues des faits.

Et la loi des séries homologues ? Est-ce une théorie ? Est-ce une idée théorique que cette vérité de système (pie nous en avons dégagée ? A vrai dire, elle ne ressort pas de faits expérimeuia\ix; ce n'est ])as (lircctcmcul (iiic le laltoral dire est intervenu. Mais elle est basée sur des faits enregistrés par l'histoire. Gerhardt relève une bizarrerie dan?- la littérature chiiiii(|iic (l(; cette époque, et cette rectification produit des résultats surprenants.

Avec Graham cl ^Yillia rnsou, nous vovons naître les deux

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vérités sur lesquelles se sont établies nos théories actuelles. Le fait de la polybasicité a donné naissance à la théorie de Liebig; la science n'y a pas gagné. Et si nos conceptions de la strvicture des composés organiques devaient un jour faire place à d'autres, il ne nous paraît pas douteux que les relations découvertes par Williamson entre l'alcool et l'eau ne perdraient rien, ce jour-là, ni de leur valeur philosophique, ni de leur valeur expérimentale.

Et la dissymétrie moléculaire ? Nous avons assisté à son éclosion : rien de théorie; seulement des faits de la nature, déduits, agencés, étayés, contrôlés, avec une indépendance complète de tous les préjugés de toutes les écoles. Le seul souci de trouver la vérité vraie guide Pasteur.

Voilà enfin la dissociation. Deville est le continvuiteur de Berthollet, avons-nous dit. Mais est-ce l'idée de la niasse qui mobilise sa pensée ou la guide ? C'est un fait de laboratoire pur et simple, l'expérience de Grove. Et, sans sortir de son laboratoire, guidé par les faits et seulement par les faits, il crée la chimie des hautes températures, en s'appuyant sur cette notion dont la fécondité nous étonne. C'est alars seulement que l'idée, ainsi dégagée, montre sa parenté avec celle de Berthollet. Les deux œuvres sont sorties indépendamment du même sol.

Nous avons passé en revue les principales phases de l'histoire de la Chimie, et voilà contredite en tous points la thèse que les « grandes découvertes soient nées d'idées théoriques «.

Mais que penser de la seconde partie de la thèse de Wurtz, que les hypothèses puissent être fécondes, que les idées théoriques puissent engendrer d'autres idées théoriques ? Singulière conception de la méthode expérimentale que de la voir ainsi chevavichant dans le domaine des idées et cherchant de temps à autre dans la pratique un point d'appui à la réalisation de ses rêves ! La science expérimentale consiste-t-elle à deviner ou bien à déduire ? Et, parmi les déductions, peut-il être un instant contestable que les déductions de faits sont plus solides que les déductions d'idées ?

Il serait bien facile de démontrer, par un grand nombre de cas, le rôle si souvent funeste de l'idée pure en Chimie. Il nous'

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suffirait de citer tovites les théories successives. Ou les dit utiles, nécessaires même au développement scientifique. Peut-être. Mais ce qui est certain, c'est que trop souvent elles l'ont entravé. N'est-ce pas là ce que nous enseigne l'étude des œuvres des grands chimistes, dès que nous nous armons à cet égard de scepticisme ? Faire le panégérique des théories, ce serait surtout dénaturer les enseignements de l'histoire ; les voir dans la vérité, départager dans les travaux des maîtres l'expérience de la théorie, c'est en même temps faire ressortir la puissance des faits sur la faiblesse des idées.

Pourtant, ne rejetons pas l'hypothèse, toute faible qu'elle soit. La Chimie est une science assez vaste pour s'accommoder de toutes les disciplines. L'hypothèse a rendu des services; l'imagination a joué son rôle. Sans elles, sans cette confiance un peu puérile en nos idée;-, nos formules organiques modernes n'existeraient probablement pas; nous leur devons beaucoup.

C'est en parlaut d'elles, et de ce qu'il appelle la théorie atomique, que Wiirtz a émis avec assurance son avis sur le rôle des hypothèses. Il l'a exagéré en s'illusionnant sur l'origine de nos déductions. Il a cru, grave erreur, qu'un savant de i8i5 avait pu deviner la science de 1860, et, sans voir la transformation que l'idée avait subie par l'expérience, il a longuement regretté que ses contemporains ne l'aient pas suivie.

Mais qu'est-ce que cette théorie atomique que défend Wurtz ? Sous im nom pompeux, avec un rôle prépondérant et assez artificiel attribué à des hypothèses qu'il est loisible à chacun d'admettre ou de rejeter, cache-t-elle autre chose qu'une querelle d'école .'

Lors de sa discussion célèlu'e avec Sainte-Claire Devillc, Wurtz aurait pu mettre en demeure son illustre adversaire d'avoir à s'expliquer sur la loi'inisic de Tcan, (pii! écrivait IH). Mais il n'avait pas le recul pour apprécier, conuiK,^ nous poux ons le faire, l'œuvre de Laurent et l'dMivi'c de Williamson. Au lieu de lui présenter des faits, il hii a parlé ihé(»rie. Deville n'a rien vouhi enlciidrc. (^)iii pourrait l'en ])lànu'r ?

Mais celle chaleur (|ue Wurtz meLtait à défendre la théorie €ornnie si elle eût été la vérité même, comment l'apprécier ?

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-Nos tuniiiiles f xpiiiuent quelques rappoiis vrais des faits; gageons qu'elles nous dissimulent beaucoup plus de vérités qu'elles ne peuvent en illustrer. Lorsque l'expérience aura apporté à nos successeurs l'appoint de faits philosophiques nouveaux, ils pourront, à leur lumière, redresser toutes nos erreurs ; eux seuls seront à même de porter un jugement sur nos théories, et de les apprécier comme nous jugeons les théories abandonnées.

Depuis des milliers d'années, l'homme travaille à arracher à la nature ses secrets. Dans le domaine de la Chimie, et au point de vue de la science moderne, peu de choses étaient faites avant Lavoisier. Dalton nous dévoile la première vérité qui soit d'une portée tout à fait générale. Il y a de cela à peine un siècle : nous avons découvert ce que nous appelons avec prétention la constitution des corps, nous avons dénombré leurs atomes, dressé le plan des édifices moléculaires, nous les avons situés dans l'espace. La moléculaire et l'atome obéissent à nos lois.

Cependant, pour peu que nous soyons professeur, il nous est arrivé de prendre pour sujet de nos démonstrations (juelque esprit distingué, désireux d'accjuérir des lumières sur nos théories. Et lorscjue nous lui représentons nos formules avec leurs atomes, leurs molécules, leurs traits d'atomicités simples, doubles et triples, leurs modèles, leurs tétraèdres mobiles et immobiles, ..., notre élève sourit.

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