‹ Histoire de la chimieChapitre 134 sur 137 · POSTFACE · texte numérisé non relu

POSTFACE

Comme je l'ai dit avi début de cet Ouvrage, mon but essentiel, dans le plan que je m'étais primitivement tracé, était de faire l'histoire de notre Table de poids atomiqvies et de nos formules organic|vieG. Nous devons absolument connaître les outils dont nous nous servons; nous devons les bien connaître; leur étude doit être faite avec scepticisme, nous devons tout mettre en œuvre pour y apporter la précision.

Placer les faits au-dessus des hypothèses, montrer à chaque pas la supériorité de la science expérimentale sur la science a priori, n'était-ce pas là notre premier devoir ? Pourtant, en remplissant notre tâche avec cette seule préoccupation, en essayant de faire de l'histoire basée uniquement sur les travaux des maîtres de la science, nous sommes arrivés à des conséquences c[ui nous ont un peu surpris. Les professeurs de 1860, dont les théories nous dirigent encore, n'en sortent pas grandis, eux c{ui ont été subjugués par les hypothèses.

« Nous retiendrons l'hypothèse, nous dit Wurtz (^), aussi longtemps qu'elle permettra d'interpréter fidèlement (^) les faits, de les grouper, de les relier entre eux et d'en prévoir de nouveaux; aussi longtemps, en un mot, qu'elle se montrera féconde. Une hypothèse ainsi faite s'élève au rang d'une théorie. »

« On a quelquefois reproché à Wurtz, nous dit Ch. Friedel (^), d'attacher une trop grande importance à la théorie, et de la

(^) Théciie atomique. Bihl. scient, iiifeni., p. 2.

(') Qu'est ce fidèlement? Sont-cc alors tous les faits? Puis, est-ce la totalité que nous imaginons, ou bien celle de la réalité ?

(•') Biographie de ^Vlutz, p. xxxa- [Bull. Sec. chiin., année i8S5).

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défendre avec autant de chaleur que il elle était la vérité même.

» Il croyait, en efîet. les théories nécessaires au progrès de la science. Quelle est la grande découverte cjui n'ait pas été le résultat d'idées théoricjues ou qui n'en ait pas fait naître de nouvelles ? »

Il nous sera bien facile de répondre à cette cjuestion.

Est-il besoin pour cela de définir lei- termes (') : théorie, hypothèse, fait, abstraction ? Ce serait beaucoup nous demander. Afin d'éviter ime confusion, contentons-nous de rappeler cju'il y a théories et théories ; il en est d'établies sur des faits, d'autres sur des hypothèses; autant dire qu'il en est de certaines et d'incertaines. La théorie certaine est basée sur des faits, et ne va pas au delà des faits ; la théorie de la combustion en est le plus parfait exemple. Cependant, le terme n'est pas pris généralement dans cette acception. En parlant de la substitution et de la polybasicité, nous les avons appelées d'instinct des fail.s. Nous réservons le plus souvent le terme théorie à un ensemble basé sur des hypothèses ou en comportant. C'est à la notion ainsi comprise (ju'il est fait allusion dans la biographie de Wurtz.

Demandons-nous maintenant où ces théories ont montré leur fécondité.

La science greccjue, c'est de la théorie; de la théorie encore (pie les doctrines du moyen âge; de la théorie encore que le phlogistique, conception d'une vérité générale et profonde, mais systématisée d'une manière détestable et retardataire, et cjui, pendant plus de 5o ans, oblitérera la logique de la plupart des chimistes.

Où est la théorie, voire même l'idée théoricjue qui ait servi de

(') E. Glicvrciil (noljmiMiî'iil : l.cllrc à ViUcinain sur la drfinilion du mot fail; Paris, Carnior, i85G) déllnil, le îaiL une abstraction vraie. La iiK'lliodc est le rapport do la pensée an fait, on, si l'on veut, le moyen |iiiiir' le savant de réaliser sa pensée. Les soienees expérimentales sont des sciciucs a posleiiori; i\ les nomme analyliquen. Dans l'introduclion de ce Livre, nous les avons appelées syii/héliquef; : on voit que le terme pent ])rèli r à l'onfiision.

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point de départ aux magnifiques expériences de Bîack ? Il n'y en a pas. A moins que l'on ne donne oe nom à des rapports logiques que l'expérimentateur cherche à établir entre les faits qu'il a constatés dans ses expériences, à cette manifestation de l'initiative propre à tout esprit expérimental, il n'y a pas ici d'idée théorique. Voudra-t-on en voir dans la technique impeccable de Gavendish ? Ou bien chez Priestley qui se revendique de ce hasard, lequel, ne nous y trompons pas, est simplement l'esprit expérimental ?

Et Lavoisier ? Il nous le dit lui-même, en date du i*^^ novembre 1772, nous rapportant que, « il y a huit jours », il a constaté que le soufre, en brûlant, loin de perdre du poids en acquiert au contraire. Voilà le fait précis qui lui sert de point de départ; toute sa carrière est employée à l'élucider. Je sais bien qu'il y a des historiens qui prêtent au Lavoisier de 177a les idées du Lavoisier de i793; c'est méconnaître son génie expérimental. Je me suis efforcé de démontrer par quelques extraits relatés au cours de mon Etude, que Lavoisier au contraire hésite parfois devant les faits; il a de curieux retours. Comment en serait-il autrement, puisque ce sont les faits c[ui le guident et non pas une théorie ? !M. Fischer, lui, n'a pas hésité.

Pour Dalton et Berthollet, nous avons dit que leur œuvre était une idée; nous n'avons pas dit qu'elle fût une hypothèse ou une théorie. L'idée de Dalton s'appliquait si bien à la science de son temps, qu'immédiatement elle devint un fait. L'idée de Berthollet a connu 5o ans de stérilité absolue ; elle n'est devenue féconde que lorsqu'elle a été forgée au feu de l'expérience. En tant qu'idée pure, elle a entraîné son auteur dans les pires erreurs. Et c'est Proust, le modeste Proust, qui, se basant sur des faits, a raison de son génial adversaire.

Dira-t-on que l'hypothèse ou la théorie aient guidé Berzélius dans l'édification de sa grande œuvre, la Table des poids atomiques ? Il est Arai c{ue le chimiste suédois use et abuse du mot théorie. Il est vrai qu'il met en avant la théorie corpiisculaire et aussi la théorie des volumes; mais au sujet de la relation cju'il suppose entre les deux, point qui rapproche le plus sa Table de la nôtre, il s'empresse de faire des réserves; « ce ne sont c{ue

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