I..V RÉFOR.Mi: KM'ÉlUMKN'TAr.E
« Des principes de la chymie ('). — Le premier principe qu'on peut admettre pour la composition des mixtes est un esprit universel c{ui, estant répandu par tout, produit diverses choses selon les diverses matrices ou pores de la terre dans lesquels il se trouve embarrassé : mais comine ce principe est un peu métaphysique, et qn'il ne tombe point sous les sens, il est bon d'en établir de sensibles : je rapporteray ceux dont on se sert communément.
^ Comme les Chymistes en faisant l'Analyse de divers mixtes, ont trouvé cinq sortes de substances, ils ont conclu qu'il y avoit cinq principes des choses naturelles, l'eau, l'esprit, l'huile, le sel, et la terre. De ces cinq, il en a trois actifs, l'esprit, l'huile et le sel; et deux passifs, l'eau et la terre. Ils les ont appelez actifs, parce qu'estant dans un grand mouvement, ils sont toute l'action du mixte. Ils ont nommé les autres passifs, parce qu'étant en repos, ils ne servent qu'à arrester la vivacité des actifs.
» L'Esprit, qu'on appelle Mercure, est une substance subtile, pénétrante, légère, qui est plus en agitation qu'aucun des autres principes : c'est luy qui fait croître les mixtes en plus ou moins de temps, selon cju'il s'y rencontre en petite ou en grande quantité : mais aussi par son trop grand mouvement,, il arrive c{ue les corps où il abonde, sont plus sujets à la corruption; c'est ce c|u'on reinarcpie aux animaux et aux végétaux. Au contraire, la plupart des ininéraux où il est en petite quantité, semblent incorruptibles ; il ne se peut tirer pur des mixtes, non plus que les autres dont nous allons parler : mais ou il est enveloppé dans un peu d'huile c|u'il enlève avec luy, et alors on le peut appeller Esprit volatif, comme sont les esprits de vin, de rose, de romarin, de genièvre : ou bien il est embarassé dans les sels c{ui retiennent sa volatilité, et alors on le peut appeller Esprit fixe, comme sont les esprits acides de vitriol, d'alun, de sel, etc.
» L'Huile qu'on appelle Soulfre, à cause qu'elle est inflammable, est une substance douce, subtile, onctueuse, qui sort
(') Loc. cil., p. 2
g.^ ciiAi'imi: III.
après l'esprit. On dit qu'elle l'ait Ja diversité des coulems et des odeurs : selon qu'elle est disposée dans les corps, elle l'ait leur beauté ou leur difformité, liant les autres principes : elle adoucit aussi l'acrimonie des sels et en bouchant les pores du mixte, elle empêche qu'il ne s'y fasse corruption, ou par le Irojt d'humidité, ou par la oelée ; c'est pourquoi plusieurs arbres et plantes qui alîondent en huile, durent plus lono temps ([ue les autres en verdeur, et résistent à toute la ligueur des mauvais temps. Elle se tire toujours impure des mixtes; car ou elle est mêlée avec des esprits, comme les huiles de romarin et de lavande, (pii nagent sur l'eau, ou elle est remplie de sel qu'elle entraiue dans la distillation, comme les huiles de buis, de gaNac. de «irofle, qui se précipitent au fond de l'eau à «•ause de leur pesanteur.
» Le sel est le plus pesant des principes actifs, on le tire aussi ordinairement le dernier : c'est une substance incisive et pénérraiilc (jiii (liMuie la consistence et la pesanteur au mixte : il le préserve tic ]»<uirriture, et il excite les diverses saveurs selon qu'il est dilléremment mélanoé fUc.
') Hemarqucs (^). — Le nom de Principe eu Chymie, ne doit pas estre pris dans une signification tout à fait exacte; car les substances qu'on appelle ainsi, ne sont Principes ({u'à nostre égard et (pi'enlanl (pu' nous ne pouvons }>oint aller plus avant, dans la dixisiou des corps : mais on comprend bien (jue ces |)rincipes sont encore divisibles eu une infinité de parties (\\\\ pourraient à plus juste titre estre appeliez Principes. < )ii 11 <Milfn(l (l(Mic par principes de Chymie que des substances sé|)aiécs cl divisées autant (pic nos foiblcs efforts eu sont «apables : \'A. comme la ('di\ mie est une science démons! rai ixc. clic ne reçoit pour f<mdement tpic ccluy (pii luy est palpable cl dcnicMisl i;il il. (",'<'sl à la vente un grand avantage (pic d av(»ir des ]»rincipes si sensibles, cl donl on ]>eut raisoniiablcnicnl clr(^ asseuré, etc.
■' < »n Intiive C^) aisément les ciii(| Principes dans les animaux
(') I^c. cit., ]). 1.
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et dans les végétaux, mais on ne les rencontre pas avei- la même facilité dans les minéraux : il y en a même quelques uns, comme l'or et l'argent, desquels on ne peut pas en tirer deux, ny faire aucune séparation, quoy que nous disent ceux qui recherchent avec tant de soin, les sels, les soulfres et les mercures de ces métaux. Je veux croire que tous les Principes entrent dans la composition de ces mixtes, mais il n'y a pas de conséquence que ces principes soient demeurez en leur premier état, et qu'on les tn puisse retirer; car il se peut faire que ces substances qu'on appelle Principes, se soient telleinent embarassés les unes dans les autres, qu'on ne les puisse pas séparer qu'en brisant leurs figures. Or ce n'est qu'à raison de leurs figures qu'ils peuvent estre dits sels, soulfres et esprits. Si vous mêlez par exemple un esprit acide avec le sel de tartre, ou avec (juel([u'autre alkali, les pointes de l'acide s'embarassent de telle sorte dans les pores du sel, que si par la distillation, vous voulez séparer l'esprit acide comine il estait auparavant, vous n'y parviendrez jamais, il aura perdu presque toute sa force, parce que ses pointes estant brisées dans l'effort qu'elles auront fait, elles n'auront pu conserver la figure aussi pénétrante qu'elles avaient. »
Prenons maintenant dans le livre de Lemery quelques exemples de la manière dont la science de son temps applique les principes qui viennent d'être exposés.
«. Les anciens prétendent que le liismuth est un étain imparfait; les modernes croient cj^ue c'est un régule d'étain préparé artificiellement par les anglais. Il est certain ciu'on fait un fort beau bismuth avec l'étain, le tartre et le salpêtre (^).
» L'etain est une matière malléable sulfureuse et fort facile à fondre (^).
» Le plomb est un métal rempli de soulfre et d'une terre bithumineuse qui le rend molasse et fort pliant; il y a apparence qu'il contient au5si du mercure.
Loc. cil.
Ibicl.
qG ClIAPITUli ni.
» Le fer est un composé de sel vitriolique de soulfre et de terre mal-liez et digérez ensemble.
» L'antimoine est un métal composé d'un soulfre semblable au commun et d'une substance fort approchante du métal.
)) L'arsenic est une matière minérale composée de beaucoup de soulfre et de sel caustique. )>
Ce cpii nous paraît éminemment instructif dans ce livre de Lemery, c'est que, dès cju'il nous parle de métaux moins oxydables, le soufre, le bitume, le sel, la terre « mal-liez )), tout cela disparaît. Pour l'or, l'argent, le cuivre, le mercure, rien de ces êtres imaginaires n'est mentionné; on s'attend presque à voir formuler pour eux le terme élément.
-Mais nous n'en sommes pas encore là,etHomberg(i652-i7i5)y savant hollandais qui était venu se fixer en France, où il avait été nommé chimiste du duc d'Orléans, nous donne, dans l'un de ses nombreux Mémoires présentés à l'Académie royale des Sciences, des renseignements pleins d'intérêt sur le soufre des philosophes. Il nous fait d'abord sur ce sujet un aveu significatif (^) :
« Tous les mixtes qui passent par une analyse rigoureuse ou très exacte, perdent, comme nous avons dit, le Souphre principe qui avait composé ces mixtes; en sorte que, plus l'Artiste se met en peine de le débrouiller, moins il le trouve. Nous n'axons donc aucune connaissance positive du Souphre principe par le moyen de nos analyses, ou par la décomposition des mixtes; ce qui m'a fait penser que l'on pourrait peut-être en découvrir (}ucl{[uc chose dans les compositions des mixtes ;iililici<ls. l'^n elVct, ])hisicurs opérations de cette nature m'ont doiuiô des indices que c'est la matière de la lumière (|iii est notre Souphre principe, et le seul principe actif de tous les iiiiylfs. »
Mais, tdiil en cherchant à sauver ce pauvre souphre, Homberg fait l'une îles expériences les plus significatives de la Chimie ancienne. Ce '; seul principe actif de tous les mixtes », au sujet
'') lIoMBKiic;, Du Souphre principe [Mêinuires de l'Académie royale de» Siicnccs, 1705, p. 8<). Paris, 1730.
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duquel il est bien mieux avisé que ne le sera Stahl, Lavoisier l'appellera bientôt oxyoène. Voici comment le chimiste du duc d'Orléans nous en parle :
« Le mercure mis en digestion à une chaleur qui lui convient, sans y ajouter aucune matière sensible, s'arrête peu à peu et ne coule plus, contre le naturel de ce minéral, se changeant en une poudre noire, blanche ou rouge, selon qu'il plaît à l'Artiste. Cette poudre devient plus pesante que n'était le mercure mis en digestion...
') Cependant en toute cette opération, il n'y a eu que le feu seul qui ait touché le mercure, non pas immédiatement, mais au travers d'un vaisseau de verre. Nous avons dit ci-dessus que le feu ou la flame n'est autre chose c[u'un mélange de la matière de la lumière et de l'huile du charbon, ou de c{uelqu'aulre corps qui brûle; on ne pourra pas dire ici que c'est l'huile de ce charbon qui a échauffé le fourneau, qui se soit introduit et resté dans le mercure pour le rendre plus pesant, puisque l'huile ne saurait passer par les pores du verre : c'est donc la partie du feu qui s'est séparée de l'huile du charbon, c'est-à-dire la matière de la lumière cjui composoit avec l'huile de charbon la flame qui a échauffé le fourneau, et cela doit nécessairement être ainsi, parce qu'aucune autre matière que celle de la lumière n'a pu passer au travers des pores du verre pour se joindre au mercure. Nous pouvons donc être assuré qu'il n'y a que la matière de la lumière seule qui s'est introduite dans notre mercure, que c'est cette matière qui l'a rendu plus pesant et qui l'a changé de nature. »
Ln mot de plus, ou plutôt un préjugé de moins, et l'oxygène était découvert. Que notre imagination introduise auprès du fait observé par Homberg une interprétation toute simple des expériences de Van Helmont et de Boyle, et plus rien ne s'opposera à la révolution chimique de Lavoisier. Mais le bon sens français allait bientôt perdre tous ses droits devant le phlogistique.
Avant d'étudier cette célèbre théorie, il importe de mentionner ici un chimiste français qui s'est illustré par une découverte de premier ordre. Si nous suivions exactement l'ordre chrono-
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