V. — Les Académies
Le mouvement philosophique de Bacon et de Descartes n'avait fait que suivre l'impulsion expérimentale donnée par les savants. Ceux-ci, cette fois, étaient les maîtres. ;< Physique, disait Newton, préserve-moi de la métaphysique. »
Il n'en était pas autrement des académies. Quelque précieuses qu'elles aient été pour aider les nouvelles tendances, ce serait méconnaître la vitalité de la réforme expérimentale que de la rattacher à une institution quelconque; ce serait faire tort aux savants, qui ont répondu à l'appel de cette jeune force, que de supposer que les encouragements des ])rinces auraient pu diriger leur volonté et accroître leur travail.
Il n'en est pas moins vrai que, dans chaque pays, il y a une filiation curieuse entre le mouvement expérimental et les nouvelles institutions.
La première impulsion était partie d'Italie. C'est aussi à Rome, en i6o3, que se fende l'Académie des Lincei, «[ui compta
i") Des supercheries concernant la pierre philosophale (i~22).
lOO (HAI'ITRK III.
Galilée parmi ses membres. Elle avait bien la tendance nouvelle; des yeux de lynx (lincei) étaient nécessaires pour développer les sciences d'observation.
En i65 i se fondait à Londres le « Collèoe invisible )\ probablement à l'instigation de Théodore Haak, allemand résidant à Londres. Boyle devint l'un des adeptes les plus fervents de ces réunions indépendantes, où l'on discutait sur la « nouvelle philosophie ». Ce fut le noyau de la « Royal Society », qui, à partir de i665. enti^eprit la publication des Philosophical Transactions.
En 1667, le grand duc Léopold de Médicis fondait à Florence r « Accademia del Cimento », destinée à cimenter les liens entre les travailleurs.
En i652, le médecin liausch fonde à Vienne 1' « Academia naturœ curiosum ».
En 1666, Colbert organise officiellement l'Académie des Sciences; celle-ci commence en 1699 la publication de ses Mémoires. A l'origine, elle est principalement destinée à des travaux utilitaires (^). Cette institution se rapproche plus du Muséum des Ptolemées que de l'École d'Athènes. Les académiciens, devant être à la disposition du Gouvernement, sont généralement choisis en dehors du corps enseignant. Les membres les plus marquants {pensionnaires) ont des appointements; les élèves sont choisis parmi les jeunes gens d'avenir; les associés,. classe intermédiaire, reçoivent des jetons de présence et peuvent obtenir des gratifications extraordinaires. Mais les travaux sont imposés; ce sont surtout des travaux d'applications mathématiques; les physiciens, les chimistes et les naturalistes s'occupent de sujets (riiii intérêt pratique; nous verrons Lavoisici'. p;ir exemple, ol)éir encore à rap])el de l'Académie en réponil;iiii ;i un desideratum relatif à l'éclairage de la Ville de Paris.
Ail début, les questions étaient posées par les ministres; puis, l:i sneiice, en se dévelop])ant, étant deveii'ie phis t liéoricpie, ce furent les :ic;i(h'Miiiciens eux-mêmes (pii (hiiciil prendre cette iiul Ml i\ c. I 11 ii(»ii\eau développemcnl de la science devait
;') Lavissi; t.'I l!A^rIt\L i>, tlialviie '^éiirrale, i. VI, p. 897.
i.A iiKi-oHMK i:\i>i:iu\ii:Nr.vi,K.
plus tard condamner ce rôle des ({uestions académiques : de plus en plus on laissa au savant la liberté de son choix.
Au début de la Renaissance scientifique, cependant, les académies firent chose utile en tenant les savants sous tutelle; la direction philosophique de la Chimie ne s'était pas encore dégaoée; la plupart des Ouvrages n'étaient, comme celui de Lemerv, cjue des recueils méthodiques de recettes. D'ailleurs, les Mémoires cjui arrivaient en réponse aux questions posées provoquèrent la naissance des publications académiques. Celles-ci devinrent par la suite de véritables journaux scientifiques, étape nécessaire pour arriver aux recueils modernes indépendants.