IV. — Scheele
Charles-Guillaume Scheele est né le 19 décembre 1742, à Stralsund, ville aujourd'hui prussienne, mais qui appartenait alors à la Suède. Il devint aide en pharmacie vers l'âge de i5 ans chez un certain Bauch, pharmacien à Gothenbourg. Il y trouva des livres : Neumann, Prselectiones Chemica; Lemery, Cours de Chymie: Boerhave, Elementa Chemicas; KuNCKEL, Laboratorium chymicum; Rothe, Anleitung zur Chymie. Le jeune apothicaire prend sur son sommeil le temps de les étudier et de répéter les expériences qui y sont décrites. Kunckel et Neumann furent ses maîtres préférés.
Scheele resta 8 ans chez Bauch, puis entra au service de Kjellstrom, pharmacien à Malmo. A ce moment, il eut comme ami Jean Retzius, qui devait devenir fameux par son obstination à professer la théorie du phlogistique jusqu'en 1821. Celui-ci nous a laissé des renseignements instructifs sur la manière de travailler de son célèbre compagnon.
« Il était passionné de chimie mais ne portait aucun intérêt aux autres sciences. Pendant son séjour à Malmo, toutes ses ressources passaient en livres ; il les lisait une ou deux fois
(^) J.-B. Dumas, Leçons de Philosophie chimique, Paris, i836, p. 114.
I J4 CIIAPIÏRK V.
et retenait pour toujours ce qui lui était utile. Sans esprit de système, sans désir de généralisation, l'expérimentation seule l'absorbait. Pendant son apprentissage à Gotenburg, il travaillait sans aucun plan, rien que pour noter les phénomènes, dont il se souvenait d'ailleurs parfaitement. Onze années de pratique constante lui avaient donné dans l'art des manipulations une incomparable habileté et avaient accumulé dans son esprit une telle somme d'observations, cjue l)ien rares étaient les chimistes qui auraient pu lui être comparés à cet égard. Ses recherches se font sans aucun esprit de système; là où les partisans d'une dcctrine quelconque voient une impossibilité, lui est libre de toute entrave. Je lui avais conseillé, continue Retzius, de tenir un journal de ses expériences; je fus ahuri de leur nombre et de la reinarquable habileté qui y avait présidé (^). »
En 1768, il passe à Stockholm pour diriger la pharmacie rie Scharenberg. Il adresse à l'Académie un Mémoire au sujet d'expériences qu'il avait faites sur les « boules de Mars )^, et où il décrivait probablement l'hydrogène. Le manuscrit fut soumis à l'examen de Bergman, i]ui ne le jugea pas digne de figurer dans la publication de l'Académie, et il se perdit. Un autre travail sur le sel d'oseille, soumis au même juge, eut le même sort. Et si, malgré sa proverbiale mode-tie, Scheele éprouva de cet échec (juelque amertume, l'histoire nous atteste qu'il ne conçut aucun ressentiment envers l'auteur d'un jugement aussi étrange. Il avait quitté Stockholm et accepté un emploi dans la pharmacie Lokk. à Upsal, là où professait Bergman. Scheele, ami plus (|ue jamais de la retraite et de la solitude, aurait pu vivre longtemps à côté de son juge sans le connaître. Cependant le célèbre ])rofesseur « ayant un jour besoin de salpêtre, en fait piciidic à la pharmacie, l'emploie à i'ufage aucpicl il le destinait et détermine la production d'abondantes vapeurs rouges formée, comme on sait, par l'acide hypo-azotique, mais qui, dans son ()|»iiii(»u, n'auraient pas dû se dégager dans les circon-
(') T.-E. Tiioiu'i:, Esaai/s in Idslorlcal Clirmistif, p. 5j et suiv., Loiidou Maxmillaii; iStji.