I.KS LOIS OF. POIDS
mais je viendrai, et si vous voulez me donner l'hospitalité, j'accepterai. » Il y resta 26 ans, jusqu'à ce c[ue la famille Johns (juittât Manchester en i83o. Dès lors il vécut seul.
Biot et Pelletier, venant voir un jour à Manchester le père de la théorie atomique, le trouvèrent occupé à donner des leçons d'arithmétique à un jeune garçon. Etait-ce là un goût spécial pour l'éducation de l'enfance, un attachement à une profession qu'il avait exercée dès son jeune âge et avait pénétré toute sa vie? Le fait est que l'on ne put jamais la lui faire abandonner.
Un généreux mécène, M. Schutt, de Derby, lui avait otîert en 181 3 une pension de 4oo livres, un laboratoire et une maison. Il préféra Manchester, ses leçons et son indépendance. En i833, l'Association Britannique lui octroyait une pension de i5o livres, portée en i836 à 3oo livres, pensant le soustraire à l'obligation pénible d'enseigner; mais rien n'y lit. 11 continua ses leçons et ses analyses.
En i83c), cinq ans avant sa mort, il envoyait à la « Royal Society » une Xote sur les phosphates et les arseniates. Elle fut jugée trop faible et trop obscure pour figurer dans les Philosopliical transactions. L'histoire ne nous dit pas quelle fut la personne responsable de cet ostracisme à l'égard d'un savant qui était la gloire de l'Angleterre. Dalton, profondément mortifié, répondit que Cavendish, Davy. Wollaston n'étaient plus là : on le voyait bien.
L'œuvre chimic[ue de Dalton, qui doit seule attirer notre attention, est d'une extrême simplicité. Cela ne veut pas dire qu'elle soit exactement connue ; il en est peu, au contraire, que les historiens aient plus dénaturée. Le grand coupable en cela nous paraît être Berzélius. Cependant quelques études relativement récentes (^) lui ont rendu son véritable caractère. Les points de vue qu'elles ont fait valoir sont de nature, à notre avis, à agrandir considérablement l'importance historique de l'œuvre du père de la théorie atomique.
(') Citons surtout l'Uiivrage de ]\Or. Pvoscoe et llardeii (.1 /u'w i>ie^v of Daltotr s atomic theorij. London, Macmillaii, i8()6). Nous avons emprunté à cette étude très reniarquahle le meilleur de notre argunieutation.
'21 8 CHAPirnE M.
Mais laissons Daltoii lui-même nous exposer son « système ».
« CHAPITRE in (1).
» I.A SYNTHÈSK CIUMlyii:.
)) Les corps qui sont en état d'tlasticité ont leurs particules ultimes séparées les unes des autres d'une distance bien plus orande que dans tout autre état. Chaque particule occupe le centre d'une sphère relativement grande et conserve son individualité en maintenant à distance tout ce qui pourrait avoir prise sur elle par son poids ou d'une autre manière. Vouloir concevoir le nombre des particules dans un espace, ce serait comme prétendre fixer le nombre des étoiles dans l'univers; nous en serions confondus. Mais linntons le sujet, et considérant un volume déterminé d'un gaz, nous pouvons être persuadés que le nombre des particules doit être déterminé, quelle que soit la limite où l'on imagine la division; de même, dans un espace déterminé de l'univers, le nombre des étoiles et des planètes ne peut être iniini.
» L'analyse et la synthèse chimiques ne font que séparer ou réunir les unes aux autres les particules. Les agents chimiques n'ont le pouvoir ni de créer ni de détruire la matière. Il ne serait ])as plus dilHcile d'introduire une nouvelle planète dans le système solaire, ou d'en annihiler une existante, que de créer ou de détruire une particule d'hydrogène. Les seuls changements que nous puissions produire sont, ou bien séparer les ])articiiles en état de cohésion ou combinaison, ou bien joindre celles (|ui éi aient éloignées les unes des autres.
» Dans toutes les recherches de chimie, c'est avec raison que l'on a legardé comme très imporlante la détermination relative des poids des éléments entrant en combinaison. Malheureusement, la recherche s'arrête là; du rapport des poids dans la masse, on peut déduire les poids relatifs des particules ultimes on atomes des (U)rps, et, av(H' celte donnée, le [)oids cl le nombre; (le CCS atomes va se montrer dans d'autres combinaisons pour guider nos investigations futures, et corriger nos résultats. C'cstlc
(') A't'»c.v//.v/. (>l rhciii. J>hili)sni>li!i. Miiiulirslcr, iSoS, i'^'' Tarlic, Ciiaj). 111.
l.F.S I.OIS KK l'OIDS. 2H)
principal objet de cet (^uvraoe que de montrer l'importance et l'avantaoe qu'il y a à déterminer les poids relatifs des particules ultimes, tant des corps simples que des corps composés, le nombre des particules élémentaires simples constituant une particule composée, et le nombre des particules moins complexes entrant dans la formation d'une autre plus complexe.
» Si devix corps A et B sont aptes à se combiner, la combinaison peut se faire dans l'ordre suivant :
I atome de A -+- i atome de B = i atome de C binaire.
I » A -i- i. i> B =: I » D ternaire.
■>, » A -H I » B = I )) E ternaire.
I » A -+- 3 » B = I 1) F quaternaire.
3 » A -f- t » B = I » G quaternaire.
» Les règles suivantes peuvent servir de «uide dans les recherches concernant la synthèse chiinique.
» i*^ S'il n'existe qu'une seule coml)inaison entre deux corps, on peut supposer qu'elle est binaire, à moins d'indication contraire.
» 2^ Lorsqu'il existe deux combinaisons, on peut supposer qu'elles sont : l'une binaire, l'autre ternaire.
» 3° Lorsqu'il existe trois combinaisons, on peut prévoir qu'elle sont : l'une binaire et les deux autres ternaires.
» 4° Lorsqu'il existe quatre combinaisons, on doit s'attendre à ce que: vme soit binaire, deux ternaires et une quaternaire, etc.
» 5° Un composé binaire doit avoir toujours un poids spécifique plus grand que le simple mélange de ses deux ingrédients.
» 6^ Un composé ternaire doit avoir un poids spécifique plus grand que le mélange du simple et du composé binaire (jui seraient supposés se combiner pour le former, etc., etc.
» 7° Les règles et remarc[ues précédentes s'appliquent de même lorsque deux corps tels que C et D, D et E, etc., se combinent.
)) L'application de ces règles aux faits chimiques parfaitement établis nous amène aux conclusions suivantes :
» i*' L'eau est un composé binaire d'hydrogène et d'oxygène, et les poids relatifs des deux atomes élémentaires sont à peu près I et 7.
cii.vi'iriuî v[.
» 2° L'ammoniaque est un composé binaire d'iiydrogène et d'azote; les poids relatifs des deux atomes sont à peu près i et 5.
» 3° Le uaz nitreux est un composé binaire d'azote et d'oxygène, les poids respectifs des deux atomes sont 5 et 7. L'acide nitrique est un composé binaire ou ternaire suivant qu'on le considère, et il est formé d'un atome d'azote et de deux d'oxygène, pesant ensemble 19. L'oxyde nitreux est un composé similaire à l'acide nitrique et contient un atome d'oxygène et deux d'azote pesant 17. L'acide nitreux est un coinposé binaire d'acide nitriqTie et de gaz nitreux pesant 3i. L'acide oxynitrique est un composé binaire d'acide nitrique et d'oxygène, pesant 26.
» 4° L'oxyde carbonicjue est un composé binaire formé d'un atome de carbone et d'un atome d'oxygène, pesant ensemble environ 12. L'acide carbonique est un composé ternaire (mais parfois binaire) formé d'un atome de carbone et de deux d'oxygène pesant i(). Etc., etc.
» Dans tous ces cas, les poids sont exprimés par rapport à l'hydrogène ])ris pour unité.
') Nous détaillerons dans la suite les faits et les expériences sur lesquels s'appuient ces conclusions; nous en donnerons une grande variété d'autres servant à établir la constitutionetlepoids des particules idtimes des principaux acides, des alcalis, des terres, des métaux, des oxydes et des sulfures métallic[ues, de la longue série des sels, en un mot, de tous les composés chimiques dont nous avons une analyse sullisamment bonne. Plusieurs de ces conclusions scroirt établies sur des expériences originales.
» La nouveauté et l'importaTu-e des idées émises dans ce Chapitre nous engagent à donner un tableau indiquant le mode de combinais(tn dans (|uel(|ues-uns des cas les plus simples. Les éléments ou atomes des corps considérés actuellement comme simples sont représentés par un ])etit cercle avec l'un ou l'autre signe (bslmclif. Les cotnltiiiaisoiis sont pi'oduites par la juxtaposition de deux ou phisieurs de ces éléments. ()uand trois particules ou plus d'un fbiide élastique sont combinées en une, il est à supposer (pic les pailicnles de même genre se repoussent mut ucllcincni ci lucnncnl une [xtsri ion eu consé(|uence.
i,i:s LOIS DK l'Oins. 221
» Le tableau ci-après donne les signes arbitrairement choisis pour représenter les particules ultimes ou éléments des corps. »
L'œuvre géniale de Dalton est contenue tout entière dans ces pages d'une concision toute britannique :
1° Il introduit dans les phénomènes chimiques la notion de l'atome avec son sens moderne, c'est-à-dire en lui attribuant un poids.
2*^ Il représente l'atome chimique par un symbole.
3° Il invoque la loi de plus grande simplicité pour la combinaison des éléments entre eux.
Si l'on excepte quelques réclamations de priorité de Higgins (^), lequel eut à vrai dire l'idée de l'atome, mais sans y attacher la notion de poids, on peut dire que la paternité de l'œuvre de Dalton n'a jamais été contestée.
Mais à côté des discussions souvent vaines de priorité, il y a celles bien plus importantes et plus instructives de la genèse des découvertes. Sans sortir de l'œuvre de Dalton, il y a un intérêt capital à étudier l'origine de ses conceptions, et à rechercher si elles sont nées de l'expérience ou de la philosophie.
Nous allons laisser la parole à Dalton lui-même, nous rappelant qu'il avait débuté dans la science par la météorologie, et que ses études générales sur les gaz devaient le conduire en i8o5 à la découverte de la loi des mélanges gazeux. La citation que nous allons faire est le résumé d'une conférence donnée par Dalton à Londres le 3 février 1810; elle a été publiée par -MM. Roscoe et Harden (^) d'après les notes manuscrites de Dalton conservées par la Société littéraire et philosophique de Manchester.
(') On ne discute plus guère aujourd'hui au sujet des titres de Higgins, et généralement on s'abrite derrière l'autorité de II. Davy, qui a reconnu de la manière la plus catégorique le non fondé des revendications de ce chimiste.
(^) Roscoe et Harden, .4. nesv view oj Ihe oii'J;in of Dallon's alomic Theory, p. i3. London, Macmillan, 1896.
E]LJEM]EHTS .
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LES LOIS DE POIDS. 9-îi
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