‹ Histoire de la chimieChapitre 52 sur 137 · II. — L'œuvre de Dalton · texte numérisé non relu

II. — L'œuvre de Dalton

« Un grand corps sec et mince à l'attitude gauche, sans élégance d'aucune sorte. Sa voix est rude et aigre, ses manières frustes. Sa conversation est aussi désagréable que son style. » C'est à peu près dans ces termes que John Davy (^) nous dépeint Dalton (^). Sur certains points, le portrait n'est guère fidèle : nous n'y retrouvons pas la physionomie pleine de finesse des différents portraits qui nous ont été légués du grand savant anglais. Mais le père de la théorie atomique était de ces hommes dont l'existence humble souffre sans s'en plaindre le mépris des grands. La hauteur géniale de son œuvre contraste d'ailleurs singulièrement avec la modestie de sa vie.

John Dalton, fils d'un simple tisserand, est né le 6 septembre 1766 à Eaglesfield dans le Cumberland. Il manifeste dès son jeune îige des aptitudes marquées pour l'étude, mais dans ce milieu de pauvreté, son ambition ne s'élève pas bien haut. A douze ans, il ouvre une école; les inscriptions des élèves, garçons et filles, rapportent à cet instituteur précoce environ 5 schellings par semaine, sans compter les petits bénéfices sur la papeterie. Cette situation dure deux ans, puis il rejoint à Kendal son frère aîné, professeur dans l'institution de leur cousin G. Bewley. Trois ans après, les deux frères reprennent l'établissement à leur compte, appelant auprès d'eux leur sœur pour diriger le ménage, et l'on raconte qu'ils doivent y regarder de si près que les parents Dalton viennent régulièrement leur apporter des vivres, faisant à pied la route d'Eaglesfield à Kendal.

C'est à Kendal que Dalton s'est formé. Pendant douze ans qu'il y resta, il lut et médita les œuvres des principaux mathématiciens anglais. Newton devait exercer sur son esprit un grand

(') Frère de Humphry Davy.

(^) Dictionnarij of nul. biog.

■j.lC) (IIAPlTRi: VI.

empire. Il étudia seul; et l'on ne cite que Gough, ([ui l'aida à acquérir des notions de latin, de grec et de français, puis l'engagea dans des études de météorologie en lui conseillant de tenir un journal de ses observations. En 1792, il publiait sur cette science un traité qui devait être le point de départ de toutes ses découvertes.

A 27 ans, il obtint la place de professevudeMathématiques et de Physique au « New Collège» de Manchester. Il l'occupa six ans, jusqu'au moment où l'établissement fut transféré à York. A partir de cette époque, le grand savant, resté à Manchester, se contenta de la situation de simple professeur privé, donnant des leçons à une demi-couronne l'heure, et faisant des analyses à un tarif ridicidement bas.

Et c'est dans cette situation modeste que Dalton exécuta ses mémorables travaux. Sa vie, toute de travail et d'économie, avec, comme distraction, une partie de quilles tous les jeudis à l'enseigne Au Chien et à la Perdrix, lui permit de répondre un jour à quelqu'un qui lui demandait pourquoi il ne s'était pas marié : « Je n'ai jamais eu le temps. »

Cependant les lectures de l'humble instituteur de Kendal ne pouvaient être stériles; ses idées avaient germé et s'étaient développées dans les hautes sphères de la philosophie naturelle. Dalton en arriva, comme cela se faisait souvent de son temps, à donner des séries de conférences dans les grandes villes. Pour chaque série, des souscriptions étaient recueillies (^). Il visita ainsi Edimbourg, Glascow et Londres. Dans la capitale (i8o3) il rencontra II. Davy qui paraît avoir traité son aîné avec quelque luuiteur; il y connut Wollaston, Banks, James Watt. D'autres auraient mis à profit ces précieuses relations, mais Dalton, ses leçons terminées, ne pensa qu'à rentrer à Manchester.

Il y trouve presque un foyer. Un jour il rencontre M^"^ Johns, femme du Révérend W. Johns, qui lui demande pourquoi il ne vient jamais h's voir. « Je ne sais, répoiul Daltoiu

(') Dans leur ( )vivragf' (A in'sv view, p. GGj, MM. 1-îoseoe et llardcn rcproduisf'iil le prospectus annonçant une série de leçons à Manclu'sler. Il réunit 120 souscrij)lioMS à drwx jîiiinées.

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