IV. — Les lois doctrinales
Ces lois sont : les lois des gaz (lois de Gay-Lussac et hypothèse d'Avogadro), la loi de Dulong et Petit, la loi de Mitscherlich.
Nous exposerons succinctement, dans ce paragraphe, l'éclosion de chacune de ces lois. On nous permettra d'ajouter à cet exposé quelques données rappelant au lecteur les faits principaux qui se sont élevés jusqu'à nos jours, soit pour confirmer et établir ces mêmes lois, soit pour en diminuer la valeur objective. Cette petite incursion dans l'histoire contemporaine de
(^) Ber. d. d. Chem. Ges., 187:), p. 841.
(^) C'est Schweigger qui a proposé pour le chlore le terme halogène (Davy, Phil. Chim., trad. Van Mons. Préface, p. xxx).
•>.()■'- CHAl'lTRK Vil.
la chimie permettra de mieux apprécier quelle était, à l'époque, la valeur des assises de notice système chimique.
Nous appelons ces lois « doctrinales » parce f{u'elles servent de fondation à un « système ». Que certaines aient changé de caractère depuis, et tendent de jour en jour à se hausser au rang de lois rigoureuses, cela ne nous semble pas devoir modifier notre dénomination ; celle-ci reste vraie pour toutes pendant la période que nous étudions dans ce chapitre.
Lois des gaz (lois de dilatation, loi des volumes, hypothèse d'Avogadro). — Gay-Lussac, encore étudiant à l'Ecole des ponts et chaussées, s'était déjà signalé le ii pluviôse an X par une lecture à l'Institut «Sur la dilatation des gaz » {^). Nous savons comment, de sa collaboration avec de Humboldt (et l'influence de ce savant qui fut aussi un grand homme de bien ne doit pas être négligée), naquit un travail d'eudiométrie qui fut présenté à l'Institut le 21 janvier i8o5. Mais ce n'est que quelques années plus tard que Gay-Lussac formula, en une loi célèbre et féconde, la simplicité des rapports qui régit les combinaisons gazeuses. Le Mémoire, présenté le 3i décembre 1808 à la Société Philomatique de Paris, parut dans les Mémoires de la Société d'Arcueil (-).
« J'ai fait voir dans ce Mémoire que les combinaisons des substances gazeuses les unes avec les autres, se font toujours dans les rapports les plus simples, et tels qu'en représentant l'un des termes par l'unité, l'autre est un ou deux ou au plus trois. Les contractions apparentes de volume qu'éprouvent les gaz en se combinant ont aussi des rapports simples avec le volume de l'un d'eux. »
Ne manquons pas de faire remarquer que la découverte de Gay-Lussac ne revêt dans son^esprit aucun caractère philosophique. Les cdut^cj»! ions alomistiques, les relations entre le volume des gaz el leur poids ne le préoccupent pas. Sa mentalité, réfractaire à toute doctrine qu'il juge hypothétique, lui survivra longtemps encore dans la science française.
(') Ann. de Chimie, t. XLIII, p. 187.
(^) Tome II, 1S09, ]). 7o6-9.3/i.
PKRIODK DK DAVV, LKS LOIS DOCTRINAl.KS. agS
l n esprit iniaginatif vit et établit la vérité féconde que Gay- Lussac se refusait à considérer. Amedeo Avogadro publia en 1811, dans le journal de De la Métherie, un travail intitulé : « Essai d'une manière de déterminer les masses relatives des molécules élémentaires des corps et les proportions selon lesquelles elles entrent dans ces combinaisons (^) ». S'appuyant sur la découverte de Gay-Lussac, il conclut :
« Il faut donc admettre qu'il y a aussi des rapports très simples entre les volumes des substances gazeuses et le nombre des molécules simples ou composées qui les forment. L'hypothèse qui se présente la première à cet égard, et qui paraît même la seule admissible, est de supposer que le nombre des molécules intégrantes dans les gaz quelconques est toujours le même à volume égal, ou est toujours proportionnel aux volumes.
» ... En partant de cette hypothèse, on voit qu'on a le moyen de déterminer très aisément les masses relatives des molécules des corps qu'on peut avoir à l'état gazeux (^). »
On sait comment Avogadro fut amené à distinguer les molécules constituantes ou intégrantes (notre molécule) des molécules élémentaires (notre atome), et comment il avait trouvé ainsi, dès 181 1, la solution de la difficulté qui devaïL entraver a doctrine pendant près de 5o ans.
Cependant la découverte de Gay-Lussac avait provoqué dans l'esprit de l'un de ses compatriotes des rapprochements semblables à ceux qu'avait émis Avogadro. Ampère écrivait en 181 4 à Berthollet : {^)
« Vous savez que depuis longtemps l'importante découverte de M. Gay-Lussac sur les proportions simples qu'on observe entre les volumes d'un gaz composé et ceux des gaz composants, m'a fait naître l'idée d'une théorie qui explique les faits découverts par cet habile chimiste et les faits analogues observés depuis.
(1) Tome LXXIII, p. 58-76.
(^) D après E. Graebe, Enhv. d. Avogadro Théorie iJourn. /. prakt.. 2.6 série, t. LXXXVII, igiS, p. 1^7).
(^) Ann. de Chimie, 181 4-
» Les particules de tous les gaz, soit simples, soit composés, sont placées à la même distance les unes des autres. Le nombre des particules est, dans cette supposition, proportionnel au volume des gaz.
11 Une particule de l'eau sera composée d'une particule entière d'hydrogène et de la moitié d'une particule d'oxygène. Une particule de gaz ammoniac contiendra la moitié d'une particule d'azote et une particule et demie d'hydrogène. »
On sait à quelle fortune était appelée l'hypothèse d'Avogadro- Ampère; nous suivrons ses vicissitudes dans la suite de cet ouvrage. Cependant cette proposition célèbre n'était, vers le moment de sa naissance, pas autre chose qu'une hypothèse. Elle ne pouvait être une loi, puisqu'elle avait sa source dans la loi des volumes gazeux qui, à cette époque, n'avait aucune prétention à la précision.
Nous verrons que plus tard seulement, et notamment avec Gerhardt, l'idée d'Avogadro et Ampère devint une règle, règle empirique éminemment féconde pour le classement des moléi;ules organiques, mais qui ne nécessitait par l'établissement de la loi des volumes sur le terrain de la précision.
Enfin, dans ces dernières années, nous avons assisté au couronnement de près d'un siècle de recherches qui sont venues établir pour certains gaz l'exactitude pour ainsi dire parfaite de la loi de Gay-Lussac. La relation mise au jour par Avogadro et Ampère, de règle est dès lors devenue loi; étant plus générale, elle s'est même élevée au rang de loi fondamentale des gaz, réduisant la loi des volumes à un simple corollaire.
Il sortirait du cadre que nous avons assigné à cet Ouvrage de faire l'histoire de cette évolution ; nous nous contenterons de donner quelques indications succinctes.
Gay-Lussac n'a pas seulement fait connaître la loi des combinaisons gazeuses, il a apporté lui-même l'un des premiei's jalons au caractère de préc^isioi» (|u'elle devait acupiérir ])lus tard, en découvrant la loi de dilalalion des gaz. Dans une discussion à l'Institut, au sujet dCxpériciK^es de Prieur, où Laplace avait osé prédire que tous les gaz doivent se dilater également sous l'influence de la chaleur, il chargea Gay-Lussac de vérifier cette
I>ÉR10I)K l)i; DAVV, LES LOIS lîOCTKINAI.ES. agi
prévision. On sait qne, des recherches de ce dernier, sortit l'expression d'un volume gazeux à une température quelconque, connaissant ce volume à o°, u^ = ^^ (i + a t), et la détermination du coefficient.
La nouvelle loi était pour la température des gaz ce que la loi de Mariotte était pour la pression. Celle-ci devait faire l'objet des recherches d'un grand nombre de physiciens. Dulong et Arago (i85o) concluaient notamment que l'air suit exactement la loi. Pouillet arrivait à la même conclusion pour les autres gaz qiu^lifiés de permanents, tandis que les gaz liquéfiables lui apparaissaient comme s'écartant considérablement de la règle. Les recherches mémorables de Regnault apportèrent la certitude dans ce domaine; il enseigna notamment qu'aucun gaz ne suit rigoureusement la loi : entre i et 3o atmosphères, l'air et l'azote se compriment un peu plus, l'hydrogène un peu moins qu'elle ne l'exige. De plus, Regnault opérait expériinentalement la fusion des deux lois de pression et de température, déterminant avec précision la variation de pression par changement de température. La même distinction se faisait valoir dans ce dernier cas entre les gaz liquéfiables et ceux dits permanents.
Bien cjue les savants ne se soient jamais fait illusion sur la valeur objective de cette distinction, elle ne devait disparaître que par de longues recherches exécutées pendant la seconde moitié du xix^ siècle et t(ui devaient avoir précisément pour objet les conditions de la li([uéfaction. Andrews (1869) montra par ses travaux célèbres que la liquéfaction se fait dans une région parfaitement déterminée des courbes isothermiques, et découvrit les constantes critiques qui devaient opérer une véritable rénovation dans l'étude des gaz.
Ce résultat expérimental fut considérablement amplifié, une quinzaine d'années plus tard, par les considérations théoriques qu'introduisit M. Van der Waals. Partant de la conception cinétique des gaz, il fit valoir deux notions nouvelles : l'une, le covolume, représentant un multiple du volume réellement occupé au sein du gaz par les molécules matérielles; l'autre, une constante d'attraction moléculaire qui affecte la pression.
296 CJIAPITHK VII.
Dans l'équation lirute des gaz, pv = RT, *> est reniplaeé par {i'—b) et p par {^p + ■
Pour arriver à la connaissance de ces deux valeurs a et h, on pouvait, par exemple, s'appuyer sur la connaissance des constantes critiques, valeurs que l'on peut déterminer expérimentalement. On a comparé alors, dans des écarts de pression considérables, le volume de certains gaz déterminé expérimentalement avec celui calculé à l'aide de la formule de M. Van der Waals. La concordance s'est trouvée parfaite.
Enfin, que les gaz soient difïicilement ou facilement liquéfiables, on a imaginé de les comparer sous des états correspondants, c'est-à-dire dans des conditions (température, pression ■ou volume) respectivement éloignées également de leurs constantes critic|ues. Et, dans ces conditions, la loi d'Avogadro et Ampère est si bien une loi que l'on a pu, pour certains gaz tout au moins, déterminer par le volume les poids atomiques, et cela avec une précision telle qu'elle n'avait pas été dépassée par les analyses gravimétric|ues les plus parfaites.
Loi de Dulong et Petit. — Elle fut énoncée dans un Mémoire Intitulé : « Recherches sur cjuelques points importants de la théorie de la chaleur «, par MM. Petit et Dulong, présentées à l'Académie des Sciences le 12 avril 1819 (^) :
« Persuadés, nous disent les auteurs, que certaines propriétés de la matière se présenteraient sous des formes plus simples et se laisseraient exprimer par des lois plus régulières et moins compliquées si l'on pouvait les rapporter aux éléments don1 elles dépendent immédiatement, nous avons essayé d'intro- <luire dans l'étude de quelques-unes de ces propriétés, qui paraissent plus intimenu^nt liées à l'action individuelle des molécules matérielles, les résidlats les plus certains de la théorie atomistique. »
Ils fixent leur attention sur les ])ropiiélés (jui dépciuh'ut de l'action de la chaleur et }U)tamment sur les chaleurs s])é(ili(pi('s.
(') Ami. de Chiin. et de Plnjs., t. X, 181;;, p. ?,(j5.
PKRIODK I)i: DANV. LES LOIS ll()( ini NAI.KS. 297
et, au cours des renseignements historiques (|ii"ils nous fournissent, ils citent ce qui suit :
« Suivant les idées de Dalton, les quantités de chaleur unies aux particules élémentaires des fluides élastiques seraient les mêmes pour chacun d'eux. On pourrait donc, en partant de la connaissance du nombre des particules contenues dans un même poids ou dans un même volume de différents oaz, calculer les chaleurs spécifiques de ces corps. C'est ce que M. Dalton a fait. Mais les nombres qu'il a obtenus, et ceux qu'on déduirait de plusieurs autres hypothèses mieux fondées sur la consititution des gaz, s'éloignent tant des résultats de l'expérience, qu'il est impossible de ne pas rejeter le principe sur lequel reposent ces déterminations, que M. Daiton n'a d'ailleurs présentées que d'vme manière purement théorique, »
Dulong et Petit portèrent leurs recherches sur les éléments solides. On sait qu'elles les conduisirent à formuler la loi suivant laquelle :
« Les atomes de tous les corps simples ont exactement la même capacité pour la chaleur (^). »
Cela revient à dire que le produit de la chaleur spécilique par le poids atomique est une constante. Celle-ci fut vérifiée sur 12 métaux et sur le soufre. Les poids atomiques adoptés par Dulong et Petit concordent, à la précision près, avec les nôtres, et la constante fut jugée très satisfaisante. Il convient toutefois d'ajouter que les auteurs se sont bornés à mentionner celles de leurs déterminations «sur lesquelles ils ne conservaient plus de doute ».
Dulong et Petit, dans un nouveau travail (-), établirent que la chaleur spécifique, entre o*^ et 35o^, augmente avec la température. Neumann (■') et Avogadro (') s'occupèrent aussi d'étendre les déterminations de chaleur spécifique; mais il faut arriver à Regnault, en i84o, pour voir étudier dans son ensemble la portée de la célèbre loi. Nous ne nous occupons ici que des
('-} Loc. cit., p. 4o5.
(^) Journal de l'Ecole Pohjlechiiique, t. IX.
(^) Pogg. Ann., t. XXIII, p. i ; d'après L. Meyer (édition française), p. 76.
(4) Ann. de Chim. et de Phys., t. LV, i833, p. 80; t. LVII, i834, p. ii3.
recherches sur les éléments solides, les seules qui aient eu dans l'histoire une influence sur les tables de poids atomiques.
Au moment où Regnault (^) coinmençait ses recherches sur les chalevirs spécifiques, un certain nombre des éléments examinés par Dulong et Petit avaient vu se modifier leur poids atomique, en sorte que sur les i3 résultats donnés par eux, quatre étaient en discordance complète. Regnault accusait ses prédécesseurs d'avoir choisi leurs poids atomiques un peu arbitrairement en faveur de leur loi, et d'avoir omis de signaler l'arsenic et l'antimoine dont les déterminations étaient incompatibles avec elle.
Mais le scepticisme de Regnault s'effaça au cours de ses recherches. Il constatait que, pour les 23 éléments examinés dont les poids atomiques variaient de 200 à i4oo, les chaleurs atomiques étaient comprises entre 38 et 42. Il ajoute que les résultats de l'expérience seraient probablement rigoureusement conformes à la loi de Dulong et Petit, si l'on pouvait, de la chaleur spécifique brute que nous connaissons seule, dégager la chaleur spécifique réelle, c'est-à-dire la chaleur spécifique privée de tous les travaux tels que la dilatation et le ramollissement, etc.
Nous signalerons plus loin les modifications que, sur la foi des chaleurs spécifiques, Regnault proposa pour l'argent et le bismuth ainsi qvie pour les métaux alcalins ; elles furent d'ailleurs appuyées par des considérations d'isomorphisme. Pour le carbone, Regnault proposa 24 au lieu de 12, et consacra ainsi la valeur d'une objection à la loi de Dulong et Petit qui reste encore tout entière aujourd'hui.
La proposition de Regnault au sujet du carbone n'eut aucun succès; elle était en contradiction flagrante avec l'histoire de cet élément. Celui-ci devait être classé dans les exceptions; le bore et le silicium vinrent trouver place à côté de lui. II. Kopp proposa d'éliminer encore quelques éléments, tels que le phosphore et le soufre, ne laissant dans une même classe que les éléments dits normaux.
Cependant d'autres expérimeiilaleurs s'appliquèrent à vou-
(') Aiin. (leChim. et de PInjs., t. LXXIII, 1840.
PKRIODK DK D.VVV, l.KS LOIS DOCTRINALES. 299
loir eft'acer les anomalies trop apparentes du carbone, du bore et du silicium. Les déterminations n'avaient été faites qu'entre 0° et 100°, H. -F. Weber (^) détermina ces éléments jusque vers 1000°; la chaleur atomique variait de i,5 à 5,5 sans atteindre la valeur dite normale de 6,4.
Cela n'empêcha pas certains auteurs de déclarer que la chaleur atomique du carbone tend vers la normale. Cependant M. Le Chatelier (-) établit que la chaleur spécifique du graphite entre aSo et 1000° croît d'une façon rigoureusement proportionnelle à la température. Dans le môme ordre d'idées, MM. Moissan et Gautier (■'') trouvèrent pour le bore 3,3 sous 100° et 6,4 vers 4oo°en déclarant qu'il n'y a aucune raison de croire que la valeur s'arrête à ce chiffre.
Le Tableau suivant réunit quelques chaleurs atomiques de certains éléments, déterminées à de hautes températures :
luciniiim )
-mpbidge). \
'^lomb /
IBéde). \
3oo°
Or )
ri
Wiolle). \
looo"
illariium I
Wiolle). \
5oo°
1 3oo"
Mâtine )
Wiolle). i
■^er(i) 1
ri
onchon). \
(IIOO-I 160")
Llobalt /
onchon). ]
)oo- I 200°
^Nickel /
onchon). \
75o-io5o°)
laminium /
onchon). \
Argent }
onchon). ]
(1) Pogg. Ann., 1875, p. i54, 367.
(2) C. R. Acad. Se, t. CXVI, p. io5i.
(3) Ibid., p. 926.
(*) Ann. de Chim. et de Phys., 6^ série, t. I, lï
OOO CHAPITRE VII.
Loi de Mitscherlich. — Cette loi s'est introduite peu à peu dans la science à la suite de notions et de rapprochements que nous nous efforcerons de résumer d'après les cristalloii'raphes.
Rome de l'Isle (^) a constaté en 1771 que les sulfates de cuivre et de fer peuvent se mélanger pour cristalliser. Leblanc et ^ auquelin (^) montrèrent que, dans les aluns, on pouvait remplacer le fer par l'aluminium et la potasse par l'ammoniaque. Beudant (•') fit la première étude d'ensemble des mélanges isomorphes, et constata que le mélange de sulfate de fer monoclinique et de sulfate de zinc orthorhombique a tantôt la forme du premier, tantôt la forme du second; il détermina la teneur maximum de sulfate de fer que doit contenir le mélange pour présenter la forme de sulfate de zinc {*).
En 181 9, E. Mitscherlich (^) publia un Mémoire « Sur la relation qui existe entre la forme cristalline et les proportions chimiques (") ». Citons les passages que nous regardons comme caractéristiques :
« L'oxygène, dans les acides phosphoreux et arsénieux, est à celui dans les acides phosphorique et arsénique comme 3 : 5 ; et dans le surphosphate et le surarséniate de potasse, l'oxygène de la potasse est à celui de l'acide comme i : 5, et à celui de l'eau de cristallisation comme 1:2. Ces sels sont composés du même nombre d'atomes ou volumes élémentaires, et ne diffèrent l'un de l'autre qu'en ce que le radical dans
(^) Essai de Cristallographie.
(^) Leblanc, De la cris/alloleclinie [Bull. Sec. philomal.). — Vauqvelin, Ann. de Chimie, 1797.
(') Annales der Mines, 1797.
(*) F. Wallerant, L'isomorphisme et la loi de Mitscherlich [Ann. de Chim. et de Phys., 2^ série, t. VIII, 1906, p. gS).
(") Eilhard Mitscherlich, né en 1794, succéda à Klaprotli à l'IIiiiversité de Berhn et mourut en cette ville en i863. D'abord attiré par l'étude des langues orientales, il se dirigea ensuite vers les sciences naturelles et devint l'élève de Bcrzélius en 1819, peu après la publication du Mémoire (|ui nous occupe.
(*) Le Mémoire, présenté à l'Académie de Berlin le g décembre 1819, fut traduit dans Ann. de Chim. et phys., t. XIV, 1820, p. 172.
PKRiODii m; ^)\\\. lks lois doctiuxai.k^. 3(>i
run est du phosphore et dans l'autre de l'arsenic. La forme
cristalline de ces deux sels est la même
» Il m'a paru qu'il s'ensuivait de leur composition chimique analogue et de leurs formes cristallines identiques, que si deux corps xlifîérents se combinent avec le même nombre de volumes d'un autre, par exemple l'arsenic et le phosphore, chacun avec 5 atomes d'oxygène, et si ces deux combinaisons s'unissent avec un autre corps dans la même proportion, û s'ensuit, dis-je, que l'arséniate et le phosphate qui en résultent doivent avoir exactement la même forme : or c'est justement ce qui arrive »
Citons, parmi les rajDprochements que fit Mitscherlich, les sulfates de manganèse, de cuivre, de fer, de cobalt, de zinc, de nickel, de magnésie, les carbonates de fer, de manganèse et de zinc, les sels de baryum, de strontium et de plomb.
Ce Mémoire de Mitscherlich fait à la lecture l'impression d'un essai. Beudant (^) en exprima la pensée plus clairement que l'auteur lui-même, de la manière suivante :
« Un grand nombre de corps de nature différente sont susceptibles d'affecter les mêmes formes, et dans ce cas, quelle que soit la nature des principes constituants, ces corps sont composés du même nombre d'atomes élémentaires. »
Beudant se livre à un examen attentif du Mémoire du savant allemand; il distingue, parmi les faits cités par lui, ceux se rapportant à des produits naturels de ceux ayant trait à des substances artificielles. Ces derniers, d'après Beudant, sont tous inexacts.
D'autres critiques, venant indirectement de Haûy, furent formulées (-) ;nous croyons inutile de nous y arrêter, puisqu'elles semblent avoir été admises par Mitscherlich, dont le second Mémoire débute comme suit (•') :
« La lumière que la théorie des proportions constantes a répandue sur la chimie ; les vues mécaniques par lesquelles
(^) Ann. de Chim. et de Phys., t. XIV, 1820, p. 326.
(2) Ibid., p. 3o5.
(3) Ibid., t. XIX, 1822, p. 35o,
3o2 CHAPITRE VII.
la philosophie atomistique rend raison des proportions fixes; l'essai que l'on a fait de ces vues pour se représenter les corps composés d'un nombre déterminé d'atoines, m'ont engagé à examiner le problème suivant :
» Différents éléments combinés avec le même nombre d'atomes d'un ou de plusieurs éléments ont-ils la même forme cristalline ? L'identité de forme cristalline n'est-elle déterminée que par le noinbre d'atomes ? Cette forme réelle est-elle indépendante de la nature chimique des éléments ?
» Le hasard m'a conduit, dans mes premiers essais, sur une série de combinaisons qui fournissaient une réponse affirmative à toutes les questions précédentes, de sorte que j'ai été sur le point de regarder mes résultats comme une loi générale. J'avais d'abord opéré sur quelques sulfates simples et doubles, c'est-à-dire sur les sulfates de potasse, d'ammoniaque et de magnésie, de protoxyde de fer et de manganèse, d'oxyde de zinc, de cuivre, de cobalt et de nickel; mais ayant étendu mes recherches à des combinaisons de la môme base avec d'autres acides qui, d'après la théorie atomistique, ont le même nombre d'atomes que l'acide sulfuri([ue, ou à des combinaisons de l'acide sulfurique avec des bases qui ont une composition analogue, j'ai trouvé que cette identité de forme cristalline n'a pas nécessairement lieu. »
On voit que Mitscherlich n'est guère affirmatif, et il nous est permis de croire que l'influence de Berzélius ne fut pas étrangère à l'adoption des idées de son élève en tant que loi. Mitscherlich publia encore un troisième, puis un quatrième Méinoire sur le même objet (^) ; leur titre suffirait à montrer qu'ils ne contiennent rien de particulièrement précis.
Cependant, comme nous le verrons dans le paragraplie suivant, la « loi de Mitscherlich » avait été invoquée pour certains rapprochements que nous devons considérer comme les fondations de notre système chimicjue. On allait faire plusieurs tentatives pour en établir apiès cioup le bien fondé.
(') 3° Mémoire : Sur le-t corps qui affectent deux formes crislallines différentes {Ann. de Cliiin. et de Pliijs.. 1. XXIV, i89,3, p. •>.G'i); /|« Mémoire : Sur la production artificielle des minci aux cristallisés [Ibid., p. 355).
PKHIODE T)E nAVV, LES LOIS DOCTRINALES. 3o3
D'après H. Kopp (^), on ne doit considérer comme isomorphes que des corps qui, sous une même structure cristalline, contiennent un même nombre d'atomes occupant le même volume ou à peu près.
Marignac (^) chercha à introduire un nouveau tempérament à la loi, en la restreignant aux cas où l'élément visé n'est pas accompagné d'un groupement d'atomes semblable ou isomorphe avec celui combiné à l'élément qui doit lui être comparé.
Les deux restrictions apportées à la loi de Mistcherlich ne paraissent pas avoir été suffisantes. M. F. Wallerant s'est attaché à définir avec précision la notion qui nous occupe; il en donne la définition suivante :
« Des corps sont isomorphes quand, ayant des compositions chimiques analogues, ils ont les mêmes formes cristallines et sont susceptibles de se mélanger en proportions variables pour cristalliser ('') ».
Comme le dit l'auteur, une bonne définition doit reposer sur une propriété nécessaire et suffisante. Nous pourrons ajouter que si la composition chimique intervient dans cette définition, il est bien difficile de concevoir comment la loi en question peut permettre de déterminer cette même composition chimique (').