PÉRIODE DE DUMAS
lui donne un nom, c'est l'isomérie (^). L'année suivante (^), revenant au cas étudié par Faraday, il lui adjoint la notion de polymérie (').
Mais pourquoi chercher à préciser une notion qui ne peut être que vague à cette époque? La création prématurée d'un terme est-elle pour la science autre chose qu'une entrave? Berzélius novxs fournirait aisément une preuve à cet égard.
Il cherche d'abord à distinguer une troisième notion, la métamérie. Envisageant le sulfate stanneux et le sulfite stannique, il voit dans la possibilité de l'existence de ces deux sels un cas de « métamérie ». Mais alors on aurait pu lui demander à quels cas il réservait le terme isomérie. Il se garde bien de le délimiter, et des deux termes isomérie et métamérie l'un au moins
(^) Même article [Ann. d? Chim., p. i36). Voir aussi J ahresb, (ii^ année, i83i),Tubingen, 1802, p. 44- Dans l'article français, nous tr ouvonspage 146: « Les acides tartriques décrits précédemment sont le premier exemple bien constaté d'isomérie. » Assertion d'ailleurs en contradiction avec celle de la page i4i : « L'acide cyanique et l'acide fulminique fournissent un autre exemple bien certain. » Le Traité de Dumas ft. I, 1828, p. SaS et 529) montre que la notion était déjà bien établie.
Ladenburg (flistcire du développement de la Chimie, p. m. Paris, Hermann; 1909) prétend que Berzélius crée le terme d'isomère pour les corps différents de propriétés, mais de même composition et de m^me poida aio' mique. Il est vrai que, à notre point de vue, les acides tartriques étaient le premier exemple d'isomérie véritable; mais Berzélius ne l'a pas su et ne pouvait pas le savoir. Dumas {loc. cit.) attribue la même grandeur moléculaire aux acides cyanique et fulminique, et Berzélius lui-même dit : « L'acide fulminique a la même composition, le même poids atomique et la même capacité de saturation que l'acide cyanique. > [Traité, 2^ édition française, p. 714. Paris, Didot; i845, i^'vol.)
(^) Jahref-hericfife (12^ année, i832), Tubingen, i833, p. 63.
(*) Ladenburg dit à ce sujet (loc. cit., p. m) : « A cette époque, comme on le voit, Berzélius considérait aussi les densités de vapeur des combinaisons comme définissant leur poids atomique. » Cette assertion nous paraît inexacte : 1° elle est contraire au caractère de l'œuvre de Berzélius; 2° l'indication de grandeur moléculaire dans le cas visé est donnée par Faraday lui-même; 3° la comparaison entre les Traités de Berzélius et de Dumas montre clairement que le savant suédois ne s'occupait pas de ces questions qui primaient chez Dumas.
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est inutile (^). Et. précisément api'ès avoir créé cette notion, Berzélius en cite comme exemple les acides cyanique et cyanurique que nous regardons sans aucun doute comme un cas de polymérisation .
Dumas, au contraire, par les travaux qu'il avait à ce moment publiés sur la théorie des radicaux, était bien préparé à nous donner une appréciation juste de la notion de l'isomérie. Il en détermine la oenèse qui est plutôt dans une tendance des esprits, et. bien que l'examinant au point de vue précaire de de l'électrochimie. il signale (^) que « presque toutes les combinaisons de nature organique renferment du carbone à deux états », que Tisomérie est un phénomène nécessaire », et enfin que « l'isomérie. comme toutes les grandes lois naturelles, loin de se présenter seulement dans quelques circonstances tranchées, peut revêtir une foule de nuances, et paraît capable d'atteindre tous les corps d'une manière plus ou moins profonde ».
Mais on ne pouvait prétendre apprécier ces nuances qu'après avoir fixé ce qui devait être la base de la chimie du carbone, la notion de radical.
Notion de radical. — Pour Lavoisier, le radical est partie conslituante d'un corps composé, acide ou base. Parfois, c'est un élément : il nous parle du radical de l'eau (•'); parfois un radical est formé d'hydrogène et de carbone réunis de manière à ne former qu'une seule base (').
Le travail magistral de Gay-Lussac sur le cyanogène paru en
(^) En effet, plusieurs auteurs modernes [D ici ionn aire de Ww/z, t. II, p. 14?) distinguent dans l'isomérie (terme général) la polymérie et la métaméric. Berzélius nous dit, au contraire : « Um solchc. Falle bestimmt von Isomerie zu unterscheideu « (p. Ç>ô,]; Berthelot, en 1860. [Chimie organique fondée rur la synthhe, t. II. p. G58), établit une distinction entre isomerie proprement dite et mélamérie; elle nous paraît discutable.
(^) Dumas, Lettre à Ampère sur l'isomérie [Ann. de Chim. et de Pliys., 9.® série, t. XLVI, i83i, p. 32;^. Voir aussi Rociquet, même volume, p. 5i .
(') Lavoisier, Traité de Chimie, 9.^ édition, I. I, p. 87. Paris, Cuchet, 1793, 2 vol.
('•) Ibid, p. 197.
l'i'.itioKK m: HUMAS. 377
iSi5 (^) devait beaucoup contribuer à fixer cette notion : d'une part, les analogies du cyanooène avec le chlore dont la nature élémentaire venait d'être admise par Gay-Lussac, et avec l'iode qu'il venait de découvrir; d'autre part, sa composition de carbone et azote qui provoquait un rapprochement très instinctif avec l'ammoniaque. Rappelons que c'est Berthollet, son maître, qui avait déterminé la composition de celle-ci, ainsi que de l'acide cyanhydrique.
A la même époque, il appliquait d'une manière tout à fait neuve la densité de vapeur à l'étude de l'alcool et de l'éther : le ])oids spécifique de la vapeur d'alcool est égal à la somme des ])oids spécifiques de la vapeur d'eau et du gaz oléfiant; le poids spécifique de la vapeur d'éther est égala la même somme, mais en y remplaçant un volume de gaz oléfiant par deux volumes du même gaz. On était donc fondé à considérer l'eau et le gaz oléfiant comme principes constituants de l'alcool et de l'éther.
En 1816, Robic|uet et Colin (^) avaient découvert que l'éther chlorhydrique peut être considéré coinme une combinaison d'acide chlorhydrique et de gaz oléfiant.
Mais c'est la période qui nous occupe C[ui voit paraître le premier Mémoire vraiment important sur les radicaux. Il s'agit du travail de Dumas et Boullay fils «. Sur les éthers composés (■') ». Nous allons en faire l'analyse.
Les auteurs reconnaissent l'existence de trois sortes d'éthers : 1° les éthers sulfuric[ue. phosphorique, arsénique, qui ont été démontrés identiques (notre oxyde d'éthyle) par Boullay père: 2° la seconde classe contient les produits de la combinaison de l'hydrogène bicarboné (gaz oléfiant) avec les différents hydra- (ùdes; ils avaient été étudiés par Robiquet et Colin; 3° la troisième classe (nos éthers-sels), parmi lescjuels les auteurs choisissent comme objet de leurs recherches les éthers nitrique, acétique, benzoïque, et oxalique).
(^) Ann. de Chim. et de Phys.
\^) Ibid.
r') Ann. de Chim. et de Phijs., i<^ scne, t. XXXVII, 1828, p. i5.
SyH CHAPITRE VIII.
Thénard (^) et, après lui, d'autres chimistes avaient considéré ces derniers comme formés d'acide anhydre et d'alcool. Berzélius (^) avait préféré les regarder comme des combinaisons d'acides hydratés et d'éther. La différence entre ces deux conceptions gisait, on le voit, dans la situation qu'on attribuait à l'eau. Dumas et Boullay montrent que cette eau a disparu.
Ils supposent : « que les éthers composés cités sont formés d'un acide oxygéné et d'éther sulfurique «. « Si on retire de l'alcool au moyen de la potasse, c'est que l'éther sulfurique naissant s'empare de l'eau nécessaire pour repasser à l'état d'alcool. »
Éther hyponUreux. — Son analyse donne
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que l'on peut considérer comme se répartissant :
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