‹ Histoire de la chimieChapitre 81 sur 137 · C-o}inQ · texte numérisé non relu

C-o}inQ

c-'*ir«o=

C'SIP"

Cherchons à définir ce que Dumas entendait par type chimique.

« On entend par corps d'un même type chimique, ceux cjui possèdent les mêmes réactions fondamentales, circonstance qui ne se présente que dans les corps formés du même nombre d'équivalents et que l'on regarde comme propre à démontrer cjue ces équivalents y sont unis de la même manière (^). »

Dumas ne nous dit pas clairement quelle différence il fait entre type chimique et type mécanique. « Si la différence entre deux corps est faible ou nulle, ils posséderont les mêmes propriétés chimiques; si elle est plus marquée, ils appartiendront

(^) Ann. de Chim. et de Plitjs., 2^ série, t. LXXIII, i8 to, p. -5.

4^2 CHAl'ITRE IX.

encore au même système mécanique, mais la ressemblance chimique sera plus diiïicile à saisir (^). )>

On admet souvent qu'il considérait comme du même type chimique l'acide acétique et l'acide chloracétique, l'aldéhyde et le chloral. En même temps il aurait considéré, par exemple, l'alcool et l'acide acétique comme ayant le même type mécanique (^). Cette interprétation est de Schorlemmer; le premier point est évident, le second l'est moins.

Wurtz (•'') admet que « Dumas a rangé dans le même type chimique tous les corps qui renferment le même nombre d^équivalents groupés de la même manière et qui possèdent, en outre, les mêmes propriétés fondamentales. Mais il faut remarquer aussi que ces propriétés peuvent se modifier par le fait de la i substitution. Des corps renfermant le même nombre d'équi: valents, mais qui difî'èrent par leurs propriétés fondamentales, peuvent être réunis dans le même type mécanique ». On voit que ces définitions de Wurtz ne sont pas plus précises que celles de Dumas lui-même. Car comment délimiter les propriétés qui sont fondamentales? Après le rapprochement très significatif qu'il établit expérimentalement entre l'acide acétique et l'alcool, peut-on admettre que « leur ressemblance chimique est difficile à saisir »? Il les classe dans un même type mécanique, mais n'admet-il pas entre eux un autre lien? D'autre part, nous avons vu qu'il fait un parallèle complet entre les dérivés des acides acétique et benzoïque ainsi qu'entre les dérivés de leurs alcools, et nous savons que plusieurs termes de la série des alcools étaient bien classés et lui étaient bien connus. Cependant il ne nous semble pas que Dumas ait introduit ici la théorie des types. Si dans le Tableau précédent il avait établi un lien entre les séries verti<'ales, il se serait singidièremeut ap])roché du jeu de cartes de Cierhardt, mais il faut reconnaître qu'il ne l'a pas fait. A tout ])reiulre, cette première théorie des types n'aura pas une bien grande influence.

(') Loc. cit., p. 7/1 .

(^) ScnORLEMMi;i!, Orii^liit' (le la Chimie, nr}^anifjiie, p. ^o. Paris, Rcinwald; i8S5.

(■') DIc/ioniKiirc. J'aris, Jlachcllc; li>'].\. Inlroduclion, p. xi.ix.

LA SI BSTITITIO.X. LES XOVALX DK LALRENT ET LES TYPES DE DlArAS. :\li

D'ailleurs nous avons pu remaixiuer que les deux Mémoires de Dumas contenaient des découvertes bien plus importantes que les considérations sur les types. Il sera intéressant d'examiner comment elles furent accueillies par l'aréopage scientifique qui avait son chef à Stockholm.

Xous savons ce que Berzélius pense de la théorie de la substitution, et nous n'insisterons pas. Il est plus curieux de voir comment il était amené à méconnaître les raisons si solides invoquées par Dumas en faveur de la constitution de l'acide chloracétique.

« On voit, dit-il (^), que l'on peut écrire cette formule (C'Cl^O' + H) dune autre façon pour avoir une combinaison d'acide oxalique avec le chlorure qui lui correspond, à savoir €€1' + €^H, dans laquelle ce dernier est combiné avec l'oxalate de l'eau ou d'autres bases. Il en résulte un genre de composé dont on connaît des exemples nombreux contenant des radicaux simples ou composés; quelques-uns, mais pas tous, possèdent la propriété de voir leur oxyde se combiner aux bases ou s'en séparer, sans que se rompe pour cela la combinaison entre l'oxyde et le chlorure. Dumas n'a pas examiné cette conception et ne l'a pas mentionnée. Cependant, si elle est exacte, la nouvelle manière de voir de Dumas, incompatible avec les notions théoriques qui ont régné dans la science jusqu'aujourd'hui, se trouve ébranlée dans ses fondements et doit tomber.

n La combinaison d'un radical, qu'il soit simple ou composé, avec l'oxygène et le chlore, peut être envisagée évidemment de plusieurs manières. On en compte deux. Les combinaisons du chrome, les premières connues en ce genre, peuvent être considérées comme résultant de l'union d'un atome de perchlorure de chrome avec deux atomes d'acide chromique ; d'autres les considèrent comme de l'acide chromique dans lequel un équivalent d'oxygène est remplacé par un équivalent de chlore. La seconde manière de voir est certainement plus simple; mais

(^) Berzélius, Jahreshericht, 19'^ année (pour i838), Tubingcn, 1840, p. 370.

elle est en contradiction avec la théorie proprement dite des substitutions prise dans le sens où cette dénomination sera généralement utilisée. En effet, le perchlorure de chrome peut être remplacé par des dérivés chlorés d'autres radicaux, tout comme dans l'oxyde ferroso-ferrique, l'oxydule de fer peut être remplacé par l'oxydule de manganèse; la magnésie, l'oxyde de zinc, etc., et l'oxyde de fer, par les oxydes de chrome, de manganèse ou d'alumine. Il n'est donc pas diflicile de choisir entre les deux conceptions.

)) L'acide chloracétique de Dumas appartient évidemment à la même classe de combinaison. Le radical carboné s'y allie à l'oxygène et au chlore. Il pourrait être, d'une part de l'acide oxalique où les équivalents d'oxygène seraient remplacés à moitié par une quantité égale d'équivalents de chlore, d'autre part une combinaison d'un atome d'acide oxalique avec un atome de sesquichlorure de carbone, €€i'. Que la première explication ne soit pas acceptable ici, cela ressort clairement de ce qu'elle suppose un échange de i ,5 atome d'oxygène et de ce que le poids atomique du nouveau corps est double de celui que suppose cette manière de voir.

)' Dumas donne encore une troisième opinion qui est tout à fait incompatible avec les deux précédentes, et suivant laquelle le chlore ne remplace plus l'oxygène électronégatif, mais l'hydrogène électropositif, et forme un chlorure de carbone = C'Cl", qui a les mômes propriétés qu'un radical composé, comme C* H" ou l'acétyle, et qui, en s'alliant à trois atomes d'oxygène, donnerait un acide qui devrait concorder par ses propriétés principales avec l'acide acétique, mais dont la différence avec ce dernier a déjà été démontrée par la courte description du nouvel acide. C'est l'existence de ce radical, et c'est la concordance des propriétés de son oxyde avec celles de l'acide acétique (jui sont la base de la théorie des subsiitutions.

« Sans vouloir décider prématurément laquelle de ces trois opinions résistera le mieux à l'examen, j'ai simplement voulu rappeler que la combinaison découverte par Dumas n'est pas seule de son espèce, et (juc son éiudc peut être poursui>ie ])ar une; méiluidc atrirc (jiir celle (lu'i! ;i <li()isie. A être exclusif

LA SUBSTITITIOX. LES NOVAIX DE LAI R EXT ET LES TYPES DE 1)1 MAS. f\i'j

dans une étude de ce genre, on n'arriverait qu'à des théories incomplètes et fautives. Un point de vue théorique qui n'embrasse pas toutes les combinaisons du même genre, et ne les explique pas toutes avec la même vraisemblance, ne devrait pas être admis dans la science, fût-ce même à titre d'essai. »

Deux ans après, Berzélius, faisant allusion dans son Rapport au passage que nous venons de transcrire, dit (^) :

(( M. Dumas considère l'acide chloracétique comme de l'acide acéticjue dans lequel l'hydrogène est remplacé par un nombre égal d'équivalents de chlore C'CPO-' (^). J'ai montré ( ! ) alors qu'il répond à une combinaison de i atome de surchloride carboneux et i atome d'acide oxalique C^CP + C^O'. »

L'enlizement était complet (■').

Mais qu'allait devenir Liebig entre ces deux opmions contraires? En ce cjui concerne la constitution de l'acide acétic{ue, il était trop compétent en la matière pour donner tort, comme Berzélius, à l'hoinme envers lequel il a dissimulé souvent assez mal son antagonisme. Dans une Note qui se trouve insérée à la suite du Mémoire de Dumas, il nous dit (') :

« L'acide chloracéticiue provient de l'acide acétique hydraté, dans lecpiel 6 atomes d'hydrogène auraient été remplacés par 6 atomes de chlore ; par cette substitution la forme de la molécule de l'acide acétique ne paraît avoir subi aucune altération. Comme précédemment il s'y trouve 2 atomes d'hydrogène susceptibles d'être remplacés par i équivalent de métal, ou bien I atome d'eau pouvant être remplacé par i équivalent d'oxide

(') Berzélius, Rapport annuel (pour l'année 1840), trad. Plantamour. Paris, Fortin, 2^ année, 1842, p. 98.

(^) La combustion de l'acide tricliloracétique était faite i^av Dumas sur l'acide libre, il lui donnait la formule C^Cl^O^, H-0.

(^) En 1839, Berzélius écrit à Pelouze [Ann. de Chim. et de Phyt^., 2° série, t. LXX, p. 216) : « Quel est le maximum du nombre des atomes d'oxygène qui peuvent se trouver réunis dans un seul oxyde à radical simple ou composé ? Cette question, dont je crois vous avoir déjà entretenu, est d'un intérêt tellement majeur., que je m'étonne qu'elle n'ait jamais été discutée par les chimistes. »

(*) Ann. de Chim. et de PIujs., 2^ série, t. LXXIII, 1840, p. 100.

\'lG CHAPlTniî IX.

métallique. Le caractère chimique de la combinaison n'a pas varié. Le produit de l'action du chlore sur l'acide acétique est un acide qui ne diliere de l'acide acétique que par le poids atomique du chlore comparé à celui de l'hydrogène. Dans ce sens, l'acide acétique et l'acide chloracétique appartiennent au même type. »

Liebig s'était-il trop avancé sur ce terrain et craignait-il de s'attirer les foudres de Berzélius? Voici ce qu'il écrit en date du 26 avril i84o à son « paternel ami » {^) :

« Je commence par te faire un aveu qui est l'expression d'un dégoi^it et d'une répugnance insurmontables contre la tendance de la chimie actuelle; la lutte au sujet de la théorie des substitutions les ont amenés au paroxysme ; tout ce que nous avons fait et travaillé ne sert qu'à couvrir de papier doré la personne. Je suis devenu tout à fait calme, plus froid et plus raisonnable que tu ne peux te l'imaginer; après avoir lu le gros livre de Persoz (^) sur nos théories et sur les bavardages de Dumas et consorts, j'ai été guéri; ça été un vomitif, tout est sorti et vidé; en ce qui me concerne, il ne sera jamais plus question de cela dans mon journal. »

Mais la verve de Liebig voulut connaître la grande publicité. Il faisait paraître dans les Annales qu'il avait fondées, une lettre datée soi-disant de Paris et signée S.-C.-H. Windler (^). On avait pu remplacer dans l'acétate de manganèse tous les éléments successivement par le chlore ('). Puis il continuait :

« Quoique je sache que dans l'action décolorante du chlore,

(') Lcllres de Bcvzrliiis cl Liebiji, p. sio. Munich, Lchmaïui; i8i)8.

(^) 11 s'agit de Cliimic iiioliu idaire, i vol. Paris, Ballierc; 1839.

(3) Ann. der Chein. 11. Phc.nn., t. XXXllI, 18.^0, p. 3o8.

V') LicLio; avc-it-il ciriprunté l'idée de Woohlcr? Voici ce que nous dit Laurent {Mélliode de Chimie, p. 5^^) : '< Sur ces entrefaites, M. Woeliler descendit dans !a lice; mais licaiiconp )>his courtois que ses frères d'armes, il se contenta de lancer des })laisanleries contre les substitutions. 11 était parvenu, disait-il, en traitant le sulfate de manganèse par le chlore, à remplacer successivement et le manganèse et l'oxygène et même le soufre par du chlore. Il avait ainsi obtemi un sidfate de manganèse chloré, qui ne iciircrriiiiil ])lns 7ii manganèse, ni oxygène, ni soufre, et cjui était cependanl encore un siillatc »

L.\ SlBSTITlTIOX. LES NOVAIX Dli LAI Rl.NT ET LES TYPES DE 1)1 MAS. 4"27

il y a remplacement de l'hydrogène par le chlore, et que les étoiles que l'on blanchit maintenant en Angleterre d'après la loi des substitutions conservent leur type, je crois néanmoins que la substitution du carbone par le chlore, atome pour atome, est une découverte qui m'appartient.

» P. -S. — Je viens d'apprendre qu'il y a déjà dans les magasins à Londres des étoffes en chlore filé, très recherchées dans les hôpitaux et préférées à toutes autres pour bonnets de nuit, caleçons, etc. {^). i>

Un des historiens qui rapporte cette anecdote trouve que Liebig « maniait admirablement la satire » (^) ! Mais cette plaisanterie attique ne pouvait donner le change que pendant un instant.

« Un mot (copule) tombé de la plume de M. Gerhardt (•') se transforme en une idée lumineuse pour le dualisme. » C'est Laurent qui parle, et il continue (') :

« Dès ce moment, tout fut copule : les acides acétique, formique, butyrique, margarique, etc., les alcaloïdes, les éthers, les amides. les anilides, etc., devinrent des corps copules. De sorte que pour faire de l'acétanilide par exemple, on ne prend plus aujourd'hui de l'acide acétique et de l'aniline, mais de l'acide acétique copule que l'on recopule avec de l'ammoniaque

(^) Woehler écrit à Liebig le 29 mars 1840 {Lettres de Berzélius et Liebig, p. 211. Munich, Lehinann; i8g8) : « .J'étais bien loin de supposer que tu ferais imprimer cette plaisanterie sur la théorie de la substitution. La chose perdra beaucoup à être lue en français. Tu aurais dû choisir pour l'auteur un nom français et non pas Schwindler, terme qui ne me paraît pas tout à fait juste. Un charlatan croit lui-même à ses théories et à son charlatanisme; celui qu'il cherche à éblouir ne se laisse pas convaincre. On pourrait plutôt appeler l'auteur Charlatan, ou prof. Ch. Arlatan. Mais c'est bien lourd et bien grossier. En tout cas ce devrait être un Français. »

[^) ScHORLEMMER, Origine et développement de la Chimie o. ganiqne, trad. Claparède, ji. 3> et Ti- Paris, Rcinwald; i883.

(^) Dans son 3Iémoirc Sur la ci nstituticn des t>els organiques à acides complexes et leuis rapports mec les sels ammoniacaux (Ann. de Chim. et de Phijs., 2^ série, t. LXXIL iSSg, p. 184). Le terme est employé par Berzélius dans son Ri p port sur l'année 1840, édition française, 2*^ vol., 1842, p. 100.

I*) Méthode de Chimie, p. 24g. Paris, Mallct; i854.

428 CHAPITRK 1\.

copulée. Je n'invente rion, je ne charge rien : est-ce ma faute si, en écrivant l'histoire, j'ai l'air de faire un roman?

» Qu'est-ce donc une copule?

» Une copule est un composé imaginaire dont la présence déguise toutes les propriétés chimiques des composés avec* lesquelles il est uni.

» Ainsi l'acide margarique renferme de l'acide oxalique uni à la copule C'H*''*''; et l'acide butyrique, de l'acide oxalique uni à la copule C' H' ''.

)) Mais, dira-L-on, qu'est-ce qui prouve que les acides margarique et butyrique renferment de l'acide oxalique?

» Et c'est précisément parce que rien ne le prouve, qu'ils en renferment. Ne venons-nous pas de dire que les copules déguisent les propriétés des corps auxquelles elles sont unies? Or, si par une réaction on parvient à rendre probable l'existence de l'acide oxalique dans l'acide margarique, cela prouverait que l'acide margarique n'est pas un corps copule !

» Les réactions sont ici complètement insuffisantes pour nous dévoiler ce mystère, il faut l'esprit pénétrant du dualisme. Eh bien, soit ! l'acide acétique est un corps copule; quel rapport cela a-t-il avec l'analogie qui existe entre certains corps et leurs dérivés?

)) Le voici : l'acide acétique, disent ces Messieurs, renferme maintenant de l'acide oxalique copule avec C^H". L'acide trichloré renferme aussi de l'acide oxalique, mais sa copule est C^Cl". Or, en mettant en regard la composition des deux acides, on voit de suite que les atomes y sont disposés de la même manière, et que par conséquent ils doivent avoir des propnéi es analogues :

((:M^'■•)G■i03^- HM), ((:2(:in)(;sO:t-+- 1120.

)) La mauvaise foi est-elle flagrante? et ({uc m'importent et vos copules et vos radicaux, et tous vos châteaux de cartes? N'ai-je pas dit et redit (|ue j'ignorais l'arrangement des atomes (hiiis ra(i(h; acélMiiic; ii'ai-|c pas répelé <pie, en tout cas, l'acide <'hl()i'é devait avoir le niriiir airangcincni aiomKpic (pic racidc

lA SUBSTITLTION. LKS >OVAl \ DK LAI UEXT HT LES TVPKS I)K DLMAS. 4^9

normal; n'ai-je pas dit que l'analogie qui existe entre ces deux acides était due à cet arrangement? Est-ce que vous dites autre chose maintenant? »

Sans plaider la mauvaise foi, Laurent aurait pu se contenter de faire ressortir une inconsécjuence sans exemple dans l'histoire. Berzélius s'obstinait en effet à refuser à l'acide découvert par Dumas le nom d'acide chloracêtique : il l'appelait acide chloroxalique {}). Mais alors pourquoi, depuis cju'il avait admis les formules précédentes, n'appelait-il pas V acide acétique, acide oxalique?

D'ailleurs il ne s'arrêtait pas en si bon chemin. Citons quelques exemples d'après les Rapports annuels (^).

L'oxychlorure de carbone ou phosgène de John Davy que Dumas (^') considère comme formé d'un atome de chlore eî un atome d'oxyde de carbone condensés en im volume, c^ue Gerhardt (') formide CO Cl", devient pour Berzélius

Le chlorure de benzoyle de Liebig et Woehler avait, lui aussi, une formule trop simple et trop logique ; il devenait

GivHioC-lî-4--2G'^HioO-î.

La formule C^H^CH'O, que Malaguti (■') assignait à son éîher sulfurique chloruré était triplée par Berzélius :

?.CiH«G!3-f- C'H°0-5,

tandis que le chloréthéral de d'Arcet C^H^Cl-O ("") se transformait en

\}) Traité de Chimie, 3° édition française, t. 1, p. 698. Paris, Didot; i845i85o; 6 vol. Kolbo dira mieux : chlorkolilenoxalsaûre.

(^) Jahresbericht, t. XIX (pour l'année i838), Tubingci!, 1840, p. 73.

(^) Chimie appliquée aur Ar(.., t. I, 1828, p. 5ii.

(*) Précis de Chimie organique, t. T, p. 288. Paris, Fortin; 1844-184 5; 2 vol.

("•) Ann. de Chim. et de Phijs., 2'^ série, t. LXX, 1809, p. 337.

C') D "après Malaguti, Ibid., p. 348.

43o CllAl'ITRE IX.

Est-il besoin de faire remarquer que toutes ces formules, si aisément échafaudées par le chimiste suédois, bouleversaient toutes les analogies les plus légitimes et les plus instructives (■'^)? Elles nous montrent aussi que, dans ce domaine au moins, il ne se préoccupait pas de la grandeur moléculaire, notion qui avait toujovirs sinon dominé, au moins régné dans l'esprit de Dumas, et avait déjà, à l'époque qui nous occupe, fait entrer la jeune école française dans une voie aussi heureuse que féconde.

Cependant la théorie des types ne donnait pas tout ce qu'elle avait promis; le premier Mémoire de Dumas avait été certainement le plus important de la série, il apportait à la théorie de la substitution son exemple le plus frappant, mais il faut bien reconnaître que c'étaient les idées de Laurent qui en constituaient le fond. Les deux Mémoires suivants de Dumas sous le même titre (3^ et 4^)5 traitant l'un de certains alcoolates (^), l'autre de l'indigo (^), ne nous arrêteront pas. ^lais il importe de mentionner ici son important Mémoire, en collaboration avec Stas, sur le poids atomique du carbone (''), resté l'un des modèles d'expérimentation, et qui devait préparer l'analyste belge à ces déterminations c[ui ont illustré son nom. Le poids atomique du carbone que Berzélius avait fixé à 12,2 devenait 1,20. Signalons en passant que cette rectification, si importante pour la science, augmentait singulièrement l'ascendant ([u'avait pu exercer sur l'esprit de Dumas l'hypothèse de Prout. On sait que c'est la mcme préoccupation philosophique qui a été l'origine des recherches de Stas (').

(') Laiiiciil ri (Icrlianll (liront avec raison en i8'J8 [Ami. de Chini. et de Phys., '.>'' scrif, L. XXIV, p. •>()()) : « Lo n^ot copule a pour nous un sons déterminé, tandis qu'il ii'cn a aucun pour l(>s chiniisk'S de l'école do M. Berzélius. »

(2) Ann. de Chiiii. cl de Plii/x., •.'>' série, I;. LXXIV, iS^o^ p. 5.

(^) Ibid., :ic série, I. Il, iH^i, p. w\.

[<■) Ihid., 3c .série, l. I, p. j.

(•') Voici ce que Lieijia; éerif à lîeiv.éiius au su jet du Mémoire de Duiuas et Slas (('onespondniirc, Munich, Leliiuanu, p. ?:?.'}., 1H9S) :

'( ("liessen, 17 avril iS'ji.

» Mon très honoré ami, » Mon travail sur la détermination de l'atomi! du carboni! est mainte-

LV SLBSTinTlOX. LES XOVAUX DK LALRKXT KT LES TYPES DE DIMAS. 4^1

Mais revenons, pour clore ce Chapitre, à la théorie des substitutions. Les chimistes de la cour de Berzélius avaient beau constater qu'elle n'avait aucun crédit, ni en Allemagne, ni en Angleterre, on ne pouvait indéfiniment résister à la logique des faits.

liant terminé et je t'envoie ci-joint quelques chiffres par lesquels tu peux constater que la valeur qui résulte de tes analyses des tartrate et paratartrate de plomb concorde avec celle que nous avons déterminée par l'analyse de quatre sels d'argent. J'ai reçu il y a quelques semaines le travail de Dumas sur le même sujet; je me demande s'il est possible que nous nous soyons trompés dans tant de déterminations; je me demande s'il est possible que l'erreur soit toujours la même. Les expériences de Dumas sont d'une précision qui doit le couvrir de honte aux yeux de tout homme sensé. Il est tout à fait impossible d'après moi, avec un appareil aussi compliqué, d'atteindre une précision qui touche la quatrième ou la cinquième décimale; les chiffres ont évidemment été complétés avec la plume. Je t'avoue que son Mémoire est vraiment blessant par son arrogance; il est en partie visiblement dirigé contre ta pereonne; car pourquoi ne cite-t-il pas son compatriote Dulong dans une question que celui-ci a traitée d'une manière décisive et se rapportant à des recherches oit tu t'es élevé contre toi-même, c'est-à-dire contre tes déterminations antérieures. Ces Français n'ont vraiment aucun sentiment de l'honneur vrai, aucun sens du droit et de l'équité; depuis de nombreuses années ils s'occupent de spéculations théoricjues sans utilité pour la science et rien que pour satisfaire leur fatuité et leur arrogance; ils ont fait une découverte, c'est que le mot radical doit être banni et remplacé par le mot tiipe. »

La détermination de Liebig (en collaboration Avec Redtenbachcr) a été publiée dans les Annales de Liebig, t. XXXVIII, p. ii3. La même Revue publie le Mémoire de Dumas et Stas et le fait suivre de critiques qui ne prennent pas moins de vingt pages et que l'expérience d'ailleurs n'a pas ratifiées.

En ce qui concerne l'opinion de Liebig sur les Français et la Science française, ne manquons pas de rappeler ce qu'il dit dans son autobiographie :

« Ce qui me frappait le plus dans les travaux des Français, c'était leur profonde vérité et le soin qu'ils mettaient à écarter les explications basées sur des apparences. C'était tout l'opposé pour les travaux allemands : en abusant des déductions ils avaient fait perdre à la théorie scientifique la solidité de sa charpente. >> (Ber. d. d. chem. Ces.,- 1890. Réf. p. 824).

Cette appréciation destinée à la postérité est peut-être plus sincère que la précédente qui ne visait qu'à flatter Berzélius.

4J2 CHAIMÏRK IX.

Melsens {^) avait opéré dans le laboratoire de Dumas la substitution inverse de l'acide chloracétique ; mais le grand maître était invulnérable de ce côté. L'obstination qu'il avait apportée, trente ans auparavant, à méconnaître la nature élémentaire du chlore, devait être mise en œuvre ici contre la théorie de Laurent. « Il est superflu de s'étendre davantage sur la réfutation de cette théorie imaginaire (") », écrivait-il encore à ses derniers jours. Toujours le dernier sur la brèche. Mais cette fois la mort est venue le surprendre avant qu'il ait eu le temps de se rendre aux idées fécondes de celui qu'il avait si injustement décrié.

Quant à Liebig, nous connaissons son sentiment sur les savants français et sur la substitution. D'autre part, des dissentiments assez graves s'étaient élevés entre lui et Berzélius vers l'épocpie que nous étudions.

Cependant, en i845, A.-W. Hofmann, assistant au laboratoire de Giessen, publiait un Mémoire « Sur les métamorphoses de l'indigo ; obtention de bases organiques contenant du chlore et du brome )>. Le titre seul avait de quoi faire bondir Berzélius. Une modeste Note de Liebig, en petits caractères, nous met au courant de l'état d'esprit du maître de Giessen.

« Je suis heureux de pouvoir constater le soin et l'exactitude qui ont été apportés par l'auteur cians ses déterminations. Ce travail m'a fourni la preuve décisive que le caractère chimique d'un composé ne dépend en aucune manière de la nature des éléments qui le constituent, comme le prétend la théorie électrochimique, mais ((u'il tient profondément à la place qu'occupent ces élémenls (■'). »

Ce Mémoire d'ilofmann, inséré dans les Annales de Liehig, avait d'abord paru dans le Journal de Pharmacie et de Chimie de Paris ('), et obtenu une médaille d'or de la Société de Pharmacie. Ceiic iiiiiiaii\"c géiiéi'(Mise de la science française avait

(') Ann. de Cliini. el de Plujs., ')'' soric, t. X, i84'.î, p. 'i33. (') Traité de Chimie, •>.^ édilion Irniiraiso, t. V, p. 5').. (^) Liebig's Annalen, i. LUI, iS;"), p. i. ('•) 3c série, t. VII, p. i,)i.

Page 1