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LA SL'BSTITLTIOX. LES NOYAUX DE LAURENT ET LES TYPES DE DUMAS

contribué, par l'organe d'un tout jeune débutant, à vaincre la résistance injustifiable que Liebig opposait, de toute la force de son autorité, à l'un des plus importants mouvements de la chimie du carbone.

\. — Gerhardt.

Charles Gerhardt est né à Strasbourg, le 21 août 181 6. Ses études se firent au Gymnase de la ville, où s'étaient conservées les méthodes allemandes. Son père, qui avait fondé, quelques années auparavant, une fabrique de oéruse, pensa ensuite à le diriger vers l'industrie. Le jeune Gerhardt fut envoyé dans une école techni(|ue de Carlsruhe, où il travailla deux ans, et de là à Leipzig pour s'y faire inscrire à l'Ecole de Commerce. Dans cette ville, il eut la bonne fortune de devenir pensionnaire de la famille du chimiste O.-L. Erdmann. C'est là qu'il entra délibérément dans la voie de la science, grâce aux encouragements de ce maître distingué. Si bien qu'il publiait, dans le journal récemment fondé par lui (^), un Mémoire our les formules des silicates naturels qui lui valut |)eii après, le i*^^ août i834, le titre de membre de l'Institut polytechnique de Leipzig. Revenu à Strasbourg, le jeune Gerhardt ne fut pas longtemps à s'apercevoir que ses goûts le portaient irrésistiblement dans une direction qui n'étaii pas celle choisie pour lui par son père. Une rupture avec fracas s'ensuivit, et le jeune réfractaire ne trouva rien de mieux que (le s'engager dans U's chasseurs à <lu'\al. l u bienfaiteur, (pic l'on dit avoir été Liebig, lui ])rèta une somme de 2000'' (|ui lui permit de se libérer. Il se rendit à Giesseu. où il iravailla pciulani six mois (^). \ u nouveau retour à Si l'asbourii lui siii\i (rniic

(') Joiirii. /. prdhl. rliein., /\^ vol. l8')'5, p. 41.

(^) L'iiisldiir nous raconte même que Licljiii' vil un instant en Clcrliardl le qondro de ses rêves.

LF.S PROJETS DE RÉFORME DE (iERHARDT ET DE LAURENT. 4 >â

nouvelle rupUire avec son père, et Gerhardc partit à pied pour Paris, au début d'octobre i838 (^).

A cette époque, un livre était une affaire, et les maîtres de la science ne dédaignaient pas de publier des Traités, voire même des Manuels de vulgarisation. C'est ainsi que Liebig avait fait paraître un tout petit ouvrage, « Introduction à l'étude de la Chimie ». Celui-ci avait été traduit en français par Gerhardt au moment où, étant à Giessen, il cherchait à se créer quelques ressources (^).

Ce petit Volume, quelque modeste qu'il soit, va nous indiquer d'une manière précise les idées de sa culture allemande que Gerhardt amenait avec lui à Paris. Le lecteur nous permettra donc d'y puiser quelques citations, bien que leur objet ne diffère pas sensiblement de l'état de la question tel que nous l'avons exposé dans les précédents Chapitres.

A côté des proportions chimiques, lesquelles sont indépendantes de toute conception a priori, il y a la théorie atomique. Pour celle-ci, Liebig se guide sur les lois de volumes gazeux. Les principes nous sont connus ; citons seulement quelcjues exemples, pour constater comment ils sont interprétés.

1° Un volume d'air atmosphérique étant pris pour imité,

•j.'"' de H, pesant o , i îjGo

se combinent avec i^°' de O, pesant i , 10960

l'eau produite pèse i ,24020

Cette dernière quantité occupe 2 volumes, i volume pèse donc 0,62010. La densité de la vapeur d'eau déterminée expérimentalement est 0,6202. « L'eau possède donc bien la cornposition trouvée. »

2° I volume de chlore se combine avec i volume d'hydrogène pour donner 2 volumes d'acide chlorhydrique pesant

2,00910. Donc I volume d acide pesé ? ce qui concorde

avec la densité déterminée expérimentalement.

(^) Ces renseignements biographiques sont extraits de l'attachant Ouvrage de Ch. Gerhardt lils et E. (irimaux {Ch. Gerhardt, sa vie et son œuvre. Paris, Masson ; 1900).

(-) Introduction à l'étude de la Chimie. Paris, Mathias; 1837.

.\'i6 CHAPITRK X.

3^ I volume de gaz acide carbonique renferme i volume d'oxygène :

la densité de l'acide carbonique est i ,5239

celle de l'oxYsènc i , io-i6

« Ces 0,421 3 carbone sont combinés avec 1,1026 oxygène en 1,6239 acide carbonique. Une observation se présente ici. Le carbone est un corps fixe, on ne saurait donc déterminer exactement la densité de son gaz. Or, dans l'acide carbonique, le carbone est renfermé à l'état de gaz; on sait qu'un volume d'oxygène se combine avec o,42i3 carbone; ce poids peut être un volume égal à celui de l'oxygène ou seulement un demivolume de gaz ou de carbone. En admettant que ce soit un volume, le gaz acide carbonique se compose de volumes égaux d'oxygène et de carbone, condensés à moitié; en supposant que ce ne soit qu'un demi-volume, il faudra qu'un volume de carbone pèse 2 X o,43i3, savoir 0,8426, et l'acide carbonique aurait la composition suivante : un demi-volume d'oxygène, i volume de carbone condensés en i volume de gaz acide carbonique. »

4^ Autre exemple : l'hydrogène sulfuré, où, en tenant compte de la densité de vapeur du soufre, un volume de ce gaz contient I volume d'hydrogène et -^volume de soufre, ou bien 6 volumes d'hydrogène (o,4i4) et i volume de soufre (6,648) donnent 6 volumes d'hydrogène sulfuré 7,062. Un volume de ce dernier

, 7,062 pesé donc — -. — = 1.177.

5° « La deusilé de vapeur aldéhydique a été trouvée par l'expérience = i.53a.

» 100 parties d'aldéhyde renferment 55,024 carbone, 8,983 hydrogène, 35,993 oxygène. On veut savoir le rapport du volume des parties constituantes. A cet effet, on cherche com- J)ien de carl)one, d'hydrogène et d'oxygène sont contenus dan? 1,532 aldéhyde, c'esl-à-dire dans i volume.

100 (i aldéhyde conlieniicnl :

OjOi (C, combien i,532 : a; -=0,84279 vapeur de carbone S, 983 H, » i,j32 : ^ = (),i37r)0 gaz hydrogène

35,993 O, » i,")32 : x = o,55i3o gaz oxygène

)) On connaît donc le poids d'un volume de carbone, savoir 0,84279; sans autre calcul, on voit que ce nombre est contenu une fois dans i volume de vapeur d'aldéhyde. Le poids d'un volume de gaz hydrogène est 0,06880 ; ce dernier nombre est contenu deux fois dans 0,1376, et le poids d'un volume de gaz oxygène = 1,10260 est contenu une demi-fois dans 0,55 i3o. I volume de vapeur d'aldéhyde se compose donc de i volume de vapeur de carbone, 2 volumes de gaz hydrogène, un demivolume de gaz oxygène.

» Il est aisé de remarquer qu'une erreur dans l'analyse de l'aldéhyde ou dans la détermination de la densité de sa vapeur eût dû modifier ces rapports d'une manière très notable. Si, par exemple, on n'avait trouvé que 5o pour 100 de carbone, on aurait dans i volume de vapeur d'aldéhyde -^ de volume de carbone, 75 de volume d'oxygène, savoir des rapports de volume qui, contraires aux lois de combinaisons des gaz, ne sauraient être exprimés en nombres simples. Conséquemment, l'analyse eût été fausse. On voit ainsi de quelle haute importance est la connaissance de la densité d'une combinaison, pour juger de l'exactitude de sa composition, surtout à l'égard des corps dont le poids atomique est inconnu. »

Liebig conclut :

« Beaucoup de chimistes ont admis comme loi générale que volume et atome sont synonymes, ou, ce qui revient au même, que les densités des corps simples gazeux sont proportionnelles aux poids atomiques de ces corps. Conséquemment, ils ont modifié là-dessus les équivalents des corps. Mais les poids spécifiques de la vapeur de soufre de phosphore et d'arsenic font voir que, si cela peut se dire de certains groupes de gaz, il faut le regarder néanmoins comme étant décidément inapplicable à d'autres. En d'autres termes, cela signifie que nous n'avons pas d'idée exacte de la constitution des gaz, et, qu'en partant de la théorie des volumes, nous ne pouvons pas modifier les équivalents. »

Mais « la théorie des volumes présente quelque commodité pour vérifier la composition des combinaisons qui sont gazeuses ou se laissent convertir en gaz ».

Pour un corps du genre de l'acide benzoïque, Liebig se contente de déterminer son équivalent par rapport à celui d'un oxyde, l'oxyde d'argent par exemple. L'équivalent de l'argent est égal à la quantité de métal se combinant à loo d'oxygène.

L'équivalent de l'acide benzoïque étant 1 433,78, on calcule, d'après la composition centésimale, qu'il est formé de i4 équivalents de carbone, 5 d'hydrogène {^) et 3 d'oxygène.

On voit que dans le petit Ouvrage de Liebig il n'y a pas beaucoup de bonnes idées pour Gerhardt, en vue des réformes qu'il est appelé à introduire quelques années plus tard dans la classification organique. Le traité de Liebig (^), ((u'il traduit en i84o, ne développe guère de considérations de densités de vapeur. N'oublions pas toutefois que Liebig suit Berzélius pour le poids atomique du carbone qui est resté le nôtre. Ce point est très important, mais ce nous paraît le seul de la science allemande utile pour préparer le jeune Gerhardt à sa grande œuvre.

Le 22 octobre i838, il arrivait à Paris, et chez Dumas, dont il devenait l'élève, il allait subir les plus heureuses influences. Dans toute la franchise de sa nature, qui n'a jamais connu les détours, il se compte au nombre de (( ceux qui ont eu le bonheur d'assister aux leçons de M. Dumas » (■'). Rappelons-nous surtout que la préoccupation des densités domine chez ce dernier. Il est vrai que, en i832, après avoir déterminé les densités de vajieur de ([uelques éléments difïicilement volatils, il a al)andonné la théorie atomique, déclarant le sujet non terminé. En fait, les déterminations de cette constante continuent à retenir toute son attention. Le cinquième volume du Traité de Chimie appliquée aux Arts, paru en i835, ne perd pas une occasion de les signaler : la formule de l'acétone est calculée d'après sa vapeur 0(('U|)aiii deux vohuiies; pour l'alcool

mél h\ li(pM'. chaiiuc Adlutuc contient CH^ 0- ; ])<)ur l'hydrogène

(') Liebig (lil l)i(ii ceci : rrjiii\'tilcii/s d 'liy(lroii("'iic.

(2) 3 volumes, i'aris, Fortin, i8/lo-i><i'i 'j.

(») Ann. de Chiin. et de Phys., i^ série, t. LXXII, i83y, p. i88.

LKS PROJETS ItE HKKORM IC 1)K liKIUIARUT KT IH; LAIRENT. 439

l)icarboiu\ il « prend j our atome sou équivalent, qui en représente ([uatre volumes »: « on simplifie ainsi beaucoup les formules »: Dumas rej résente donc l'éthylène C** H** (nous écrivons C"^H\>; enfin la composition du chloroforme C'H^Cl' s'accorde avec la densité de vapeur.

On trouvera j: eut-être extraordinaire qu'un esprit comme Dumas, aussi élevé et aussi <j;énéralisateur, n'ait pas cherché à conformer à une même normale les volumes de vapeur des divers composés organic[ues. Nous connaissons sa principale raison, son scepticisme à l'éoard de la théorie atomique ellemême. Mais il nous parait en exister une autre, l'idée dualistic[ue. L'alcool est un hydrate d'éthylène et la formule représente les symlioles de l'éthylène et de l'eau séparés par le signe -|-. Eût-il été logic{ue de donner à sa vapeur le même volume qu'à un corps unitaire comme l'acétone ? Cet état d'esprit s'accusait encore chez Liebig, qui regardait même l'aldéhyde coraime un hydrate.

Ces deux barrières, les densités de vajieur des corps simples et le dualisme, existent pour Gerhardt, tout au moins au début de sa carrière. Mais son esprit est plus systémati([ue que philosophique; d'ailleurs, sa fougue ne connaît aucun obstacle.

Il brille dans les généralités bien plus que dans l'expérimentation. Son premier Mémoire, « Sur les formules des silicates naturels » (^), nous montre, par le titre seul, les tendances de son esprit. L'auteur a 19 ans. Un Mémoire sur l'Hellenine ("^), en 18.39, ^^t immédiatement suivi d'un travail général « Sur la constitution des sels organic{ues et leurs rapports avec les sels ammoniacaux » (''). pul)lié sur l'avis de Dumas (').

Ce Mémoire mérite d'attirer l'attention principalement par deux points : les densités de vapeur et les résidus. Les densités de vapeur ne sont quune préoccupation; on pourrait même

(^) Journal fiir prak/. clieiu., vol. IV, i835, p. 44-

(2) Ann. de Chini. et de Phijs., 1^ série, t. LXXII, l839, p. i63.

(3) Ibid., p. 184.

(*) E. Grimaux et Ch. Gerhardt fit», Ch. Gerhardt, sa vie et son œus're. p. 447- Paris, Masson; 1900.

44o CHAPITRE X.

dire qu'elle n'est pas neuve; mais son importance inquiète l'esprit du jeune Gerhardt (^).

La benzine C-'H^^ et la nitrobenzine C-"' H"*(N^O'') sont représentées par 4 volumes de vapeur. Dans ce dernier, le reste de l'acide nitrique a remplacé 2 H de la benzine.

C'est cette notion des restants, appelée à devenir plus tard la théorie des résidus, qui constitue le second point, plus général et en même temps plus actuel, du Mémoire de Gerhardt.

On ne peut, il est vrai, s'empêcher d'établir un rapprochement entre le résidu NO^ qu'il envisage ici, et le «radical amide » NH^ de Dumas (^). Mais, nous dit l'auteur, il ne faut pas confondre les substances de cette nature avec celles produites par déplacements que nous observons dans la décomposition des sels. « Dans une combinaison saline, un oxide en chasse un autre du même ordre et se met à sa place. Rien de pareil n'a lieu dans la substitution d'un corps simple par un corps composé : la substitution est précédée de la séparation d'un corps très simple, tel que l'eau; les restants se combinent. »

Gerhardt est peut-être encore dualiste dans certains cas. Comment ne le serait-il pas ? Il a été nourri de chimie allemande, et Dumas, partisan éclairé de la concejjtion de Lavoisier, n'avait pas ce qvi'il fallait pour orienter son esprit vers une direction nouvelle décidée. Mais son dualisme ne le gêne pas, et l'on sent bien qu'il va le jeter demain par-dessus bord. Peu lui importent aussi les autorités patentées, et, avant de combattre la constitution des dérivés nitrés, il ne regarde pas si son auteur est Berzélius ou un astre de grandeur moindre (').

Dans le même sens que la notion des restants, il introduit celle de copule. L'acide sulfurique, par exemple, peut s'unir à des corps, qui ne sont pas des oxydes métalliques, sans les décomposer et sans changer lui-même de capacité de saturalion. C'est ce que Gerhardt appelle une forme d\iccouplement;

(') J. LiEuic, Traité, traduction Gerhardt, t. I, p. i.>. Paris, Fortin.

(2) Regnaiilt a les mêmes préoccupations. Notamment: Ann. de Chim. et (le Phys., t. LXIX.

{') iJerzélius, dans son Rapport annuel (édition française. Paris, Fortin, I 841) pour l'année iSSg, se contente de narguer Gcrhardl (p. l57-l58).

LES PROJETS DE RKlOItME DE GERHARDT ET DE UVUREXT. 44 I

l'acide sulfoviniqiie est de l'acide sulfurir[ue affecté d'une copule (1).

Le 5 septembre 1842, Gerhardt (^) présentait à l' Académie des Sciences, présidée ce jour-là par Dumas, des « Recherches sur la classification chimic|ue des substances organiques » (^). Voici in extenso la première partie :

« Ce travail est divisé en deux parties.

» Dans la partie théoricjue, je développe d'une manière générale les principes sur lesquels doit se fonder, suivant moi, la classification chimique des substances organiques.

» J'y démontre ('') que le chimiste fait tout l'opposé de la nature vivante; qu'il brûle, détruit, opère par analyse; que la force vitale seule opère par synthèse, cju'elle reconstruit l'édifice abattu par les forces chimicjues. Il en résulte qu'une bonne classification ne peut être basée cpic sur les produits de décomposition des corps.

» J'examine à la même occasion les trois propositions suivantes :

» I. Toute substance organique, en se dédoublant sous l'influence d'un agent chimique, dégage les éléments de C'O'', de H'O^, de Az^H*', ou un multiple de ces quantités; ces élé-

(^) Au sujet du Mémoire que nous venons d'analyser, on lira avec intérêt, dans l'Ouvrage de Grimaux et Cli. Gerhardt fils, la lettre que Gerhardt adresse à Liebig (p. 447) et la réponse de ce dernier, qui dit à son élève (p. 42) : « 11 n'y a pas de terrain plus dangereux pour les théories que la France. Rien n'a fait plus de tort à M. Dumas, à son début, que sa tendance prédominante aux théories Pour l'amour de Dieu, n'écrivez plus

de théories que pour des journaux allemands ! »

(^) Ne signalons le travail exécuté dans l'intervalle (en collaboration avec Cahours), Sur l'essence de Cumin [Ann. de Chim. et de Phys., 3^ série, t. I, 1841, p. .60), que pour constater laménité des rapports entre chimistes de cette époque. Berzélius, parlant de ce travail [Rapport annuel pour 1841, p. 177. Paris, 1843), dénonce la théorie des types comme le «produit à la fois d'une intelligence bornée et de l'insolence qui souvent se suivent de près >■.

(^) Comptes rendus Acad. Se, t. XV, p. 498.

(*) Nous savons que ces idées ont cours depuis au moins une dizaine d'années.

442 CHAIMTRK X.

Hients se séparent ou de la substance seule, ou collectivement de la su])stance et de l'agent qui la décompose.

)) II. lorsqu'une su])stance organique, placée dans des conditions déconi} osantes, présente une composition telle que ses éléments ne peuvent satisfaire à la loi précédente, 2, 3 ou plusieurs équivalents de cette substance s'unissent pour produire C' O'', H'' 0^ ou Az- H", ou un multiple de ces quantités, tandis ([ue les éléments restants demeurent en combinaison.

)) III. Lorsqu'une substance organique en décompose une autre également organique, de manière qu'une partie de leurs éléments reste en combinaison, il y a élimination de C'O', H^O^, Az^H" ou d'un multiple de ces quantités, en même temps c{ue les résidus demeurent en combinaison.

)) Le raisonnement, d'accord avec l'expérience, me conduit ainsi à prouver :

)) 1° Que l'équivalent de l'acide carbonique, tel que l'admettent les chimistes, doit être doublé, de manière à correspondre à 4 volumes de gaz = C' 0'' ;

» :^o Que l'équivalent du carbone doit être porté à i5o = C' :

)) .)° Que l'équivalent de l'eau doit être porté à

•225 = ir'*0"- = 4""' <!"' viipeur ;

» i" Que l'équivalent de l'oxygène est faux, comparativement à celui de l'hydrogène ; le dernier pesant i2,5, celui de l'oxygène pèse ■?A)(t:

» 50 ()ue l'équisaieut du soufre, du sélénium, ainsi ({ue de leurs composés, est de moitié tro[) faible, comparativement à celui de l'hydrogène ;

)) 6° Que l'équivalent d'un grand uoml)re d'oxydes métalliques doit être doii])lé;

» 7° Que la théorie électrochimi(|ue ne s'accorde pas avec les équivalents chimicjues, et (pie la théorie des types de AI. Dumas (^) est seule admissible au joiircrhui. »

(^) Et dire que LicM^' sc(;iil l'hillr (rcxcrocr une inl'liienec sur l'esprit de Gcrhardt !

LKS l'BojETS r,K uki'ohmi; dk i;eriiaki)t kt di; laurext. \^o

Les propositions I. II. III de cette Note nous sont connues à peu près par le Mémoire antérieur de Gerhardt. Les points suivants sont relatifs, comme on vient de le voir, à la discordance des éc[uivalents utilisés en Chimie organique et en Chimie minérale; il opte pour modifier ces derniers; mais quelques mois plus tard, dans un travail plus mûri, il va adopter le contre-pied de cette proposition. La seconde partie de la Note, appelée par l'auteur partie expérimentale, se contente de mentionner quelques faits nouveaux. II est difficile d'y trouver la justification des propositions catégoricpies du début, et bien ([ue l'idée générale mal exprimée de non-concordance soit très juste, on comprend que la Note émanant d'un jeune homme de 24 ans dût produire un fâcheux effet à l'Institut. En réalité, il fut lamentable. Lavoisier lui-même n'eût pas osé s'exprimer de la sorte (^) ! Nous nous disons aujourd'hui que le grand ancêtre n'avait peut-être eu à proférer aucune vérité aussi catégorique ({ue la discordance signalée par le jeune novateur. Thénard n'était pas de cet avis; et Gerhardt nous a raconté lui-même quel accueil lui fut réservé à la suite de cette séance tristement mémorable ("^).

Pour poursuivre quand même son œuvre dans ces circonstances, il fallait la nature indomptable de Gerhardt. Six mois après, il reprenait le même sujet dans un Mémoire publié en deux parties. (( Considérations sur les équivalents de quelques corps simples et composés » (^), où le jeune savant manifeste son extraordinaire intelligence encyclopédique aidée par une mémoire étonnante (''). C'est le premier écrit de ce genre dans l'histoire de la science; l'auteur fait déhler sous nos veux

(^) Lettre de Gerhardt à Cahours [Gerhardt, aa vie et son œuvre, p. 65).

(^) Ibid. : « Je m'attendais à recevoir un coup de pied dans le d... >.

(3) Ann. de Chim. et de Pliys., 3'' série, t. Vil, i843. p. 129, et t. VIII, 1843, p. 238.

(*) E. Grimaux et Ch. Gerhardt rapportent à ce sujet un trait caractéristique de répoque où le grand chimiste travaillait à son Précis : « A la profonde stupéfaction de Balard, il écrivait son manuscrit, pour ainsi dire au courant de la plume, sans consulter aucun ouvrage. Balard rappelait souvent ce trait prodigieux de mémoire scientifique » (p. 74).

pour appuyer sa claire idée, toutes les réactions puisées dans les domaines les plus variés de la Chimie organique.

Jamais, dans une réaction organique, on ne voit se dégager de l'acide carbonique C^O^; il se forme toujours C^O'' ou un multiple. Il y a une seule exception à cette règle ; elle est fournie par l'éther carbonique C^ O^, C*'H'"0. Cependant, la vapeur de ce dernier occupe 2 volumes ; tous les autres éthers composés, sauf l'éther oxalique, occupent 4 volumes. En conséquence, il faut doubler les formules de l'éther carbonique et de l'éther oxalique. D'ailleurs, tous les faits que la science possède démontrent que l'acide carbonique et l'acide oxalicpie sont bibasiques comme l'acide sulfurique ; l'acide oxalique est plus complexe que l'acide formique : celui-ci se scinde en eau et oxyde de carbone, celui-là en les mêmes corps et en acide carbonique. Et Gerhardt conclut :

« Non seulement l'équivalent de l'acide carbonique serait donc, d'après cela, C'O', et conséquemment celui de l'oxyde de carbone C'O^, mais, par la même raison, celui du carbone serait C''= i5o, O étant égal à 100. Nous verrons même tout à l'heure que, d'après la notation généralement reçue, l'équivalent de l'oxygène est 0^ = 200, l'équivalent de l'hydrogène étant 12,5, de sorte que les formules C'O'' et C'O^ se traduiraient ainsi en équivalents :

Poids de H = 13,5.

Ox\de de carbone GO 3;)o

Acide carbonique GO- 35o . »

Mais ne prenons pas cette conclusion comme décisive, car l'auteur continue.

L'acétone C'IK'O (d'après Dumas, 2 volumes) doit être doublé (4 volumes) comme l'a proposé Kane. Ce n'est pas le volume de vapeur (jiii est l'argument de Gerhardt, mais l'équation représentant sa formation au moyen de l'acide acétique : deux équivalents de ce dernier interviennejit.

Les considérations ([ue Gerhardt vient d'émettre de ceiic manière pour l'acide carbonique, il les représente pour l'eau. A cette occasion il fa il \ a loir (|ne la fornude de l'éther éthylique doit être doublée de inanière à avoir C'" ri-"0^= 4^°'»

LKS PUOJKTS D1-: RKl'ORMK DE GERIIAKDT KT l)K LALRKXT. 4Î>

La raison qu'il invoque est que deux molécules d'alcool interviennent dans l'équation qui représente sa genèse. Donc, dans toutes les réactions organiques il se forme :

H*02= 4 I ou volumes égaux.

Et Gerhardt continue : « Si l'équivalent de l'eau est H'*0^, et, pour ma part, je n'hésite pas à l'admettre, la constitution des sels, telle que tous les chimistes l'ont adoptée, ne peut plus être admise, car alors l'acide acétique libre, par exemple, n'est point de l'acétate d'eau C^H^O', H^ O, puisque H^ O ne serait que la moitié de i équivalent d'eau. A cet égard, la théorie des types est seule d'accord avec l'expérience (^).

» Par la même raison, l'équivalent de l'oxyde de plomb, par exemple, ne serait pas Pb 0, mais Pb^ 0^ ou plutôt Pb^ 0 (nouvelle notation 0 = 200). »

Mais le jeune chimiste ne sait pas encore bien lui-même comment il va résoudre l'inconséquence du système chimique qui se présente si nettement à son esprit. Dans la seconde partie de ce même Mémoire, parue quelques mois après, ayant fait remarquer que toutes les matières minérales à 2 volumes (H^O, H^ S, SO^, SO^, H Cl, HBr, etc.) s'introduisent dans les composés carbonés ou s'en éliminent par 4 volumes, il conclut :

« On peut aisément faire disparaître ces anomalies en représentant les équivalents de substances organiques par 2 volumes de vapeur, en se basant ainsi sur les formules de chimie minérale, l'oxygène étant égal à 100; cette notation est à préférer à celle que j'avais d'abord proposée et qui consistait à doubler la plupart des formules minérales, en partant des équivalents C'O' et H'O^ déduits des substances organiques.

» Ainsi, dorénavant, j'exprimerai C'O'' par CO^, H'O^ par H^ 0, et Az^H" par Az H'', c'est-à-dire que je prendrai la moitié des équivalents en usage pour le plus grand nombre

(^) Est-ce le caractère non dualistique de cette théorie qui dicte ici la préférence de Gerhardt ?

446 cHApmiK \.

des siil^stances organiques; de cette manière, leurs équivalents seront en parfaite harmonie avec eeux de la cliimie minérale, l'oxyoène étant loo. »

Remarquons que Gerhardt réduit le carbone de 4 à i et non pas de 2 à I, comme il nous le dit. La difficulté qu'il escamote de cette manière le fait adhérant du poids atomique du carbone adopté par Berzélius 20 ans auparavant, et suivi par Liebig.

Il signale que les nouvelles formules organiques donnent seules une interprétation logique de la notion des acides polybasiques, et rejettent la conception dualistique des acides organic{ues.

Enfin, dans le même Mémoire, Gerhardt recherche la raison historique du désaccord entre la chimie organique et la chimie minérale. Cet examen rétrospectif mérite de nous arrêter un instant :

« Considérant l'eau comme composée d'équivalents égaux de chaque élément, on en avait tiré cette conséquence, que les oxydes métalliques correspondants, ayant une composition semblable, devraient s'exprimer par la formule générale RO. Pour déterminer l'équivalent des substances organiques, on a dû nécessairement commencer par l'analyse des sels formés par les acides, car les équivalents des substances neutres n'ont été établis (pi'à l'aide de ([uelques considérations basées sur des réactions; ainsi, par exemple, la connaissance de l'équivalent de l'acide acéti({ue a jjermis d'en déduire celui de l'alcool, etc. On a donc analysé de l'acétate d'argent : de la ({uantité de métal obtenue par la calcination, on a déduit celle de l'oxyde d'argent supposé dans le sel, et, envisageant cette quantité comme un équivalent, on en a calculé celui de la matière organi([ue.

)) Cette manière de |)ro('éder eût été rigoureuse s'il n'existait ([lie des acides monobasicpies ; mais aujourd'hui elle ne peut plus suffire; d'ailleurs, ehe renferme aussi une hypothèse, en ce ([u'elle suppose la préexistence de l'eau dans les acides et celle des oxydes métalliques dans les sels. Elle groupe donc d'avance les éléments de tout acide ou sel organique en deux parties : l'acide aiiliydrc ri l'oxydi;, c'est-à-dire (pic pour cha([ue acide

LES PROJETS DE REFORME DE (iEKIlARDT ET DE LAURENT. m7

en particulier elle est oblioée de créer une nouvelle hypothèse, d'inventer l'existence d'un corps inconnu, car sur les cent et quelques acides oroaniques aujourd'hui connus, à peine s'il y en a quatre ou cinq qui soient capables de perdre les éléments de l'eau, de manière à se prêter à la théorie ])inaire.

» Mais c'est précisément cette série d'hypothèses qui a jeté la confusion dans la chimie organique. Si l'on avait considéré atomes et équivalents comme synonymes, et qu'on n'eût pas cherché à construire les éléments des oxydes dans les formules des sels organiques, celles-ci ne seraient pas de moitié trop fortes; en effet, l'eau et les oxydes correspondants étant considérés comme R^ 0 et non pas comme RO, la marche la plus naturelle à suivre eût été, dans le cas de l'acide acétique par exemple, de considérer comme équivalent de la matière organique la quantité de sel qui renferme un seul équivalent de métal (la moitié de R^) :

Acide acétique (' ) C-H*0-

Acétate d'argent C2(H3Ag)02

Acide cliloracétique C'2(C1'H)0-

Ghloracétate d'argent G2(CIiAg)02

» Mais, au lieu de cela, on a toujours pris pour base une ([uantité de métal double de celle (fui figure dans les formules précédentes, de sorte qu'elles sont devenues nécessairement trop fortes, comme celles-ci :

Acide acétique ( -) C*H*0 +

Acétate d'argent CHil*^ Ag^jO*

Acide chloracétique G'*(CI*' H2)0*

Chloracétate d'argent G^(C1'' Ag2)0+. »

Gerhardt propose en même temps les modifications suivantes

(2) G = 37,5. Remarquons aussi que Ag^ est exprimé par les chimistes par Ag équivalant à H-.

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