‹ Histoire de la chimieChapitre 85 sur 137 · GH2)4-H · texte numérisé non relu

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LES PIlOJtTS UE RÉFORME DE GERHARUT ET DE LAIUENT. 4>-î

et une collaboration d'idées tellement intime qu'il n'en a pas existé de meilleur exemple dans l'histoire de la Chimie (^). Ils se consultent journellement. Sont-ils séparés? Le but de leurs efforts constants est de se trouver réunis à Paris pour travailler ensemble. Pour l'atteindre, ils sacrifient des positions sûres, Laurent à Bordeaux, Gerhardt à Montpellier. Comment départager dès lors les œuvres des deux collaborateurs? Comment même continuer à inscrire leurs noms isolés sur les Mémoires qu'ils ont signés seuls, mais qu'ils ont travaillés et vécus ensemble?

L'un des premiers documents qui mérite d'attirer notre attention est extrait d'une lettre écrite par Laurent à son nouvel ami, le 12 février i845 :

« Votre classification est mauvaise : poursuivez vos homologues et c[u'ils servent à faire votre classification.... Tirerez-vous jamais quekiue chose de notre classification? Non, rien, absolument rien, puisqu'il n'y a pas d'dée. Une classification doit offrir une série de rapports. Et je suis persuadé que, quel que soit le point de départ, on doit toujours arriver à des rapprochements intéressants, mais encore faut-il que ce point de départ soit une idée » (^).

Laurent voit dans les homologues l'idée des formules brutes qu'il nous a exposée dans son Mémoire de i836. Il commet la faute de réprouver en fait le second élément de la classification de Gerhardt. Celui-ci va-t-il se laisser influencer? En tout cas il ne subira l'influence qu'un instant; nous verrons renaître dans quelques années, bien c[ue pas encore sous leur forme définitive, les principes que Laurent n'a pas su apprécier.

Gerhardt aurait-il donc perdu momentanément quelque chose à ce jeu, comme Gay-Lussac avait perdu dans la collaboration de Thénard? Question délicate. Mais pour Laurent, au con-

(^) Gerhardt écrit à Cahours le 29 mai l845 :

« Il faut connaître Laurent pour l'apprécier — C'est le meilleur garçon du monde, un peu chatouilleux à l'endroit des questions de priorité.... Quelle fameuse tète et quel piocheur ! » [Gerhardt, sa vie et son œuvre, p. 344- Paris, Masson; 1900).

('^) Gerhardt, sa vie et son œuvre, p. 344-

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traire, il nous semble que la collaboration de son cadet a fouetté son talent et fait naître en lui des idées nouvelles où l'empreinte de Gerhardt nous paraît indéniable. Laissons-le nous les exposer dans son Mémoire de i848 intitulé : « Recherches sur les combinaisons azotées » (^).

Gerhardt avait cherché à démontrer que, dans toute combinaison du carbone, le noml)re des atomes d'hydrogène est divisible par 4- Laurent complète cette règle en l'adaptant aux matières azotées et formule la règle suivante : « Dans toute substance azotée, représentée par 4 volumes, la somme des atomes de l'hydrogène et de l'azote est toujours un multiple de 4- "

Mais il ajoute plus loin qu'une notation correspondant à 2 volumes est préférable, et alors : « Dans toute substance organique, la somme des atomes de l'hydrogène, de l'azote, du phosphore, de l'arsenic, des métaux et des corps halogènes doil être un nombre pair. »

Cette règle du nombre pair (^) s'est peu à | eu elïacée devant les

(1) Aim. de Chim. et de Phys., 3" série, t. XVIII, iSj^G, p. 266.

(^) Au sujet de cette loi du nombre pair, voici ce que Laurent écrivait à Gerhardt en date du 12 février 184 5 :

« Il est certain, il est évident, cela ne peut pas être autrement, toute substance organique renferme C*H*0^ (ou i). Mais, malheureux! pourquoi n'avez-vous pas pu être conséquent jusqu'au bout ? Comment n'avez-vous pas vu que toutes les combinaisons azotées, arséniquées, phosphorées... devaient se représenter par C-*' (HAz)-^ O..., c'est-à-dire que toute substance organique qui renferme Az^, Az*, '*, '*, '*, ^^, ... doit avoir un nombre d'atomes d'hydrogène divisible seulement par 2 et non par 4, et que toute substance qui renfermera Az^, Az^, *, ^^, ... doil aussi renfermer ou H^ ou un multiple de H^; exemple, 4 volumes de cyanogène CAz*, 4 volumes acide hydrogène C*(H^Az^), l'acide cacodylique de Bunsen existe tel qu'il le dit : C* (H''* As^) O*, l'éthyle, le cacodyle, l'amide ne peuvent évidemment pas exister libres sous la forme C*H"*, C*H^^ Az^, Iî*Az-, mais sous le double. En effet lorsqu'un métal M* agit sur un acide, H^ est remplacé par M^, dont C* II'" doit l'eprésenter seulement 2 volumes. Voici la raison de tout cela (prenons 2 volumes et C = 75 comme vous) :

» Les végétaux se forment avec CO", II-O et H^Az, donc toute substance organique non azotée doit renfermer H divisible par 2. L'ammoniaquo en agissant sur elle ou s'y ajotife simplement, ou iJ s'en sépare de l'eau, il reste toujoui.s un nombre pair d'hydrogène. » [Gerliardt, sa vie et son œin>re, p. /ijo.)

]jrogrès modernes de la notation : nous avons des expressions plus vivantes pour dire la même chose. Cependant on ne peut en nier l'importance : elle ouxnrait la voie à des conceptions fécondes au sujet du doublement des molécules dans certaines réactions ou de leur dédoublement. Laurent nous en donnera luimême un exemple dans le même Mémoire en ce qui concerne une réaction, d'ailleurs su]i]iosée de l'éthyle : nous en trouvons un autre jdus exact dans l'interprétation des belles recherches de Frankland sur les radicaux « méthyle » et « éthyle '> en i85o.

Mais ce qui nous étoiine, si nous jetons les yeux sur le Mémoire de Laurent, c'est de voir dans quel dédale de formules vraies et fausses l'auteur avait à se mouvoir. Il y en a à peu près 4oo dont beaucoup, tels les alcaloïdes, d'une complexité grande et d'une composition rien moins que certaine. La quinine, la cinchonine, la quinoléine, etc. doivent être réanalysées. Laurent a su mener à bien, dans des travaux ultérieurs, la tâche qu'il s'était imposée. Par malheur, il devait toucher au mellon sur lequel Liebig avait échafaudé toute une théorie de radicaux. Encore une fois, le chimiste de Giessen éprouvait un échec retentissant sur le terrain de l'analyse. Le mellon ne s'en est jamais relevé (^).

Mais revenons au Mémoire de Laurent. Outre la question du nombre pair, il en traite plusieurs dont la connexion n'est pas toujours facile à saisir, mais dont l'importance philosophique est considérable. Tâchons de les mentionner sans prétendre pénétrer à fond ce Mémoire dont on ne suit pias toujours avec aisance les déductions.

(^) Mais l'orgueil de Liebig ne pouvait supporter qu'on osât douter des résultats de ses recherches. Il fit paraître un odieux pamphlet où il dit notamment (d'après Grimaux, p. 35; Rei-ue scient., t. XXÏII, 1845, p. 422. N'est-ce pas une erreur puisque le Mémoire est de 1846 ?) :

« Tourmenté par ce besoin incessant de domination et d'envie, M. Laurent a découvert en Gerhardt un homme dont les sentiments ressemblaient aux siens, et une monstrueuse alliance fut aussitôt conclue — La conduite de M. Gerhardt a toujours fait sur moi, dans ces dernières années, l'effet d'un voleur de grand chemin qui, du fond de son repaire (les Compte.-^ rendus sérieux et précis), attaque les voyageurs et les dépouille de leur propriété. Paré de ce qu'il leur a enlevé, leurs habits et leurs bijoux, il se promène hardiment dans les rues,... »

« Que (^) cherchons-nous à représenter par nos formules? Évidemment le nombre d'atomes qui entrent dans la molécule d'un corps composé, relativement au nombre d'atomes qui entrent dans un autre corps composé, pris comme terme de comparaison. Ainsi, les chimistes ne savent pas si la molécule d'acide chlorhydrique renferme HCl, ou H^ Cl^, ou H 'Cl'; mais ils se croient en droit d'affirmer que si la molécule d'acide nitrique renferme H^ N^ 0", celle de l'acide chlorhydrique doit contenir H^Cl^, celle du cyanogène C^N^, celle de l'acide cyanhydrique C^ X"^ H^, celle du < hlore CP, etc. Eh bien, nous soutenons que si les molécules des acides chlorhydrique et cyanhydrique sont H^ CP et C^ N^ H^, celles du chlore et du cyanogène doivent être Cl'* et C' N'*. Voici nos preuves tirées de l'expérience. Nous disons qu'il n'existe pas une seule combinaison organique sur laquelle on ait pu faire une réaction, en employant Cl^ ou Cl" ou Cl'"; or, si la molécule du chlore était Cl^, pourquoi ne pourrait-elle donc jamais se combiner avec une substance organique?

» Voici quelques exemples qui prouvent que la molécule de cldore libre est bien réellement Cl', mais qu'elle peut échanger la moitié de son chlore contre 2, ou 6, ou 10 atomes d'un autre corps, de sorte que la molécule du nouveau composé renferme toujours iine somme d'atomes de chlore et d'hydrogène divisible par 4.

» Allons du composé au sim] le :

4 vol. «4 vol. 4 vol. /j 4 vol.

^^aplltalinp C^oHis + Gi^ = C2«Hi6GI>

Naplilaline C^oNi» + Br'» = G^oHi^Bi-î -+- HMîr^

Benzine GiMI"^ i- GU"^ = CjnV^CV"-

Hydr. bicarboné. CM!» + Cl^ = GM1«C1*

Hydr. bicarboné. CUIM;!* -^ Gl'* = CHH^ls + HH'l^

Hydr. bicarboné. CMI« -t- Cl'-" = OlI'^ -h f\W^CA'-

donc... Il* -I- Cl* = llîCl^ + C12H2

donc... Il'' -+- C'N* = HMlîN-i + C2H2N2

(') Ann. de Chim. st de Phy.,., 3^ série, 1. XVIII, 1846, p. 266.

LES PHOJETS DE RÉFORME DE GERHARDT ET DE LAURENT. /\j-

» Ainsi, on est inévitablement conduit à admettre que si l'on sépare le chlore d'un chlorure 'Cl^M, deux atomes de chlore se réunissent à deux autres atomes pour constituer une molécule de chlore CPCl^, et que cette molécule appartient au même type que l'acide chlorhydrique Cl^ H^; et quand même on adopterait la théorie des cyanures Cy^ + H^, on serait forcé, d'après cette même théorie, à considérer la molécule du cyanogène libre comme formée de Cy^ + Cy^, c'est-à-dire sans hypothèse de C' N''.

» Le même raisonnement s'applique au cacodyle, et même il doit parfaitement convenir aux partisans de la théorie de ce radical; car nous avons :

'i vol.

4 vol.

4 vol.

4 vol.

11^ Gl'-

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