III. — Leurs résultats
Comme Dumas l'avait fait pour Laurent, l'œuvre de Williamson établissait solidement sur le terrain de l'expérience les vues de Gerhardt. Les preuves que fournit le savant anglais ressortent des faits d'une manière si naturelle, qu'il les découvre, en chimiste avisé, tout en poursuivant un autre but.
Et il est assurément curieux de voir comment l'œuvre de Williamson complète celle de son compatriote Graham. Cavendish et Watt avaient contribué d'une manière particulière à établir la composition de l'eau. Graham distingue dans un acide l'eau combinée. Williamson, enfin, regarde celle-ci comme de l'eau substituée, fixant ainsi, pour ainsi dire, la constitution de l'un des composés les plus importants de la nature.
N'oublions pas, cependant, que ce résultat ne sera atteint dans toute son ampleur qu'après le travail de Gerhardt sur les anhydrides, que nous examinerons dans le Chapitre suivant : mais reconnaissons tout de suite ce que celui-ci doit au savant anglais.
La découverte de Williamson a mis immédiatement sur la voie de la réalisation tous les projets de Gerhardt.
Les travaux de Kolbe et de b'iaukland ne devaient pas leur cire d'un secours moins grand ; cependant, étant formulés dans une autre notation, par des savants encore attachés aux idées dualistiques, leur action devait être plus lente, et même s'exercer malgré l'énergique résistance de Kolbe.
Celui-ei faisait paraître uneNote (^) pour <'riii(|uer h's déduc-
(') Il nous l'aiidrait mcjilioiirirf ici le Moinoirc ilc Cliaiiccl, paru vers la même époque dans les ('oinjilcn rciidiis. Les conditions dans lesquelles cet Ouvrajic a dû êlie Icrniiné ne nous ont pas permis d'y a])portcr ce complément:
(') Aiin. il. Clicin. n. Plidriii., I. X(^, i8i)/i, p. .'|G.
WILLIAMSOX, KOLBE ET FIIANKL.VXD. (Oj
lions de Williainson : ce n'est pas une raison parce qu'on a fait de l'éther avec l'iodure d'éthyle et l'alcoolate de sodium pour lui assigner la formule que nous savons. A son avis, le savant anglais n'a pas envisagé pour ses éthers mixtes une formule du genre de la sienne, à lui, Kolbe.
Kolbe est fidèle aux traditions de Berzélius ; il tire argument des analogies minérales. Il se refuse à suivre le raisonnement de Williamson, car de la même manière le soufre, précipité par l'action de l'anhydride sulfureux sur l'hydrogène sulfuré, devrait être représenté par S^ ou S^S, conclusion qu'il regarderait comme éminemment inacceptable.
L'œuvre de Williamson est étrangère à toute considération des volumes de vapeur; la confirmation qu'elle donne à cette manière de voir n'en est que plus précieuse. Kolbe, lui, n'en veut rien entendre. Il s'en tient quand même à son radical acétyle (C^ H^) C^, toujours fidèle au système dualistique ; il continuera à se servir de la même notation jusque vers 1870.
Et cependant, Kolbe et Frankland ont ^puissamment contribué à compléter nos connaissances sur la série des acides gras et à établir entre eux des relations certaines de composition. On passe, comme nous le disons, d'un composé C"+' à un autre C", et aussi à son voisin inférieur C"~'. Comment suivre Kolbe lorscjue, entre C" et C"+', il figure une différence représentée par C^?
Dans l'un de ses premiers Mémoires, Gerhardt avait appuyé tous ses raisonnements sur une considération dont ressort naturellement l'une des plus grandes lois de la stochiométrie :
Dans toute série homologue, il y a, entre deux termes voisins, une différence d'un atome de l'élément fondamental.
Nous aurons à étudier plus loin l'importance de cette vérité de système que nous proposons d'appeler « loi des séries homologues » ou « loi de Gerhardt ». ^sous nous contenterons de constater ici qu'elle ne doit rien à Kolbe et Frankland, bien qu'elle ait trouvé dans leurs recherches sur les acides gras leur exemple le plus net et le plus instructif.