LA THÉORIE DES TYPES DE GERHARDT
Avec les deux faits établis dans le Chapitre précédent, la synthèse des acides gras et la constitution de l'alcool, on peut dire que le système de chimie organique était solidement et définitivement constitué. Il semble que, pour se développer, la science n'avait plus qu'à se laisser vivre. Il n'est pas jusqu'à la notion d'atomicité qui ne ressorte, on pourrait dire d'une manière nécessaire, de la constitution des acides gras inférieurs.
La classification sériaire de Gerhardt nous apparaît comme une admirable synthèse de ce magnifique résultat. Son auteur en apprécie toute la valeur :
« M. Dumas, écrit-il, a déjà réussi à se faire passer pour l'auteur des homologues en acceptant dans plusieurs occasions l'hommage de leur découverte offert par des amis intéressés. Mais M. Dumas peut m'en croire, je ne me lasserai pas de revendiquer mes droits à cet égard, aujourd'hui surtout où l'idée commence à porter ses fruits. Je tiens plus à la paternité de cette seule idée qu'à mes analyses et à mes corps nouveaux, car se sera peut-être la seule bonne et féconde de toute ma vie, et, à mon sens, ce son1 surtout les idées générales (pii fout faire à la science de véritables progrès (^). »
Gerhardt avait cependant fait la dure épreuve ({ue ce ne sont pas les idées qui font marcher la science. Tout (^e (pi 'il avait écrit jusque-là avait troiiA é pt u d'écho. Mais du jour où, suivant la trace de WilHnnisou, il drronvrira les aubydiides, nous
(') Cuinpic:< rciidits (le Ciihciill. iSJm. |i. "i i "> i'(rai)ivs Grimaux).
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ver^on^?. le suoeès venu à lui, et montrer une fois de plus fju'il couronne plus volontiers les faits que les idées.
De même, il manque de mesure en prétendant s'attribuer sans réserves la découverte de l'homologue. X'était-ce pas Dumas qui avait évoqué cette notion? Dans son magnifique travail fait avec Péligot sur l'esprit de bois, n'avait -il pas établi tl'une manière indiscutable la parenté, non seulement entre lui et l'alcool, mais aussi entre quelques gaz liydrocarboncs? Le nom dliomologue n'est pas prononcé, mais le fait s'y trouve incontestablement.
Mais si Gerhardt n'a pas décoxivert le fait ni créé la notion, il lui a donné une importance insoupçonnée en l'adoptant comme principe de classification; celui-ci, fusionné avec son idée de réduire de moitié toutes les formules carbonées, a fait l'une des notions fondamentales de la Chimie organique.
La dernière mention que nous avons faite de la classification sériaire datait de 1844 (Précis). En i85i, Gerhardt et Chancel publient un Mémoire (^) de polémique en réponse à « une espèce de manifeste « paru clans le Journal de Giessen, où, après avoir développé quelc{ues considérations sur les formules dites contractées (^), ils s'expriment comme suit au sujet de la classification :
« L'ensemble des corps c}vii dérivent les uns des autres, d'après certaines équations, constitue une série chimique. Déterminer la constitution d'un corps, ce n'est pas, selon nous, indicjvier l'arrangement moléculaire des éléments qui le composent, mais c'est reconnaître la série à laquelle il appartient et le rang qu'il occupe.
(1) Sur la constitution des composés organiques [Comptes rendus de Gerhardt, i85l, p. 65); Revue scientifique, t. XLI, mars et avril. Notre analyse est faite d'après l'Ouvrage de Griniaux.
(-) L'urée est représentée par la formule contractée CO tt-vtj W^' venant de la suivante : CO-^"^ \ ,t^-tt. »' Elle n'est en progrès sur celle
de Dumas qui y voit le radical amide [Chim. appliquée aux Arts, t. V, i835, p. 85), ainsi que Liebig [Traité, t. I, 1840, p. 126. Paris).
» Les séries chimiques peuvent être considérées à divers points de vue. Si l'on n'envisage que les rapports de filiation entre certains corps, c'est-à-dire le mode de génération successive de corps dissemblables, on a ce que nous appellerons des séries hétérologues, véritables arbres chimiques, suivant l'heureuse expression de M. Laurent.
» Si, plaçant parallèlement plusieurs séries hétérologues, on rapproche les termes similaires, c'est-à-dire ceux qui sont soumis à la même loi de métamorphoses, on constate de nouvelles séries c|ui se développent dans un autre sens et qu'on peut appeler séries isologues. Parmi ces dernières, on en distingue dont les termes, ne différant entre eux que par n CH^, ont une similitude cjui se poursuit d'une manière complète dans toutes les métamorphoses : ce sont les séries homologues.
» Essayons de rendre notre pensée par un exemple vulgaire : qu'on dispose sur une table un jeu de cartes en mettant sur une première ligne verticale toutes les cartes d'une même couleur, et parallèlement à celles-ci, sur d'autres lignes verticales, les cartes semblables des autres couleurs ; les cartes de même couleur, mais de valeur différente, placées dans le sens vertical, formeront une série hétérologue ; les cartes de couleur différente, mais de même valeur, disposées horizontalement, formeront une série isologue ou homologue. «
Enlevons une carte du jeu ainsi classé, nous disent encore Gerhardt et Chancel, et nous pourrons immédiatement, d'après les caractères des voisines, déterminer d'avance les propriétés de celle qui mancjue.
Et c'est là tout une nouvelle discipline. Elle ne s'applique pas seulement à la classification; elle s'étendra à la plupart des problèmes de Chimie organique c{ui vont se présenter. L'un d'eux offre-t-il quelque diiricidté, on n'hésitera pas à résoudre à sa place la question Noisinc Des savants distingués, Wurtz, Ilofmann, et Gerhardi lui-même, lorsiju'il abandonnera la généralisation pour aborder le travail ('xpériinental, vont nous l'oMiMir' des exemples curieux de (-ette nouvelle méthode où l'analogie jouera l»- rùlc jtrépoiuléranl.
Ce2)endant, quoi(|U(; nioins rigoureuse et moins belle (jue la