‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 103 sur 122 · Chapitre ICVIII · texte numérisé non relu

Chapitre ICVIII

Accroissement de la richesse. — Les progrès de l'industrie et du commerce ont créé en abondance des richesses nouvelles ; l'abondance des choses nécessaires à la vie a fait augmenter le nombre des habitants. Jamais l'augmentation n'avait été si rapide. En 82 ans (de 1800 à 1882), l'Europe a passé de 187 millions d'habitants à 330 millions, les États-Unis de 5 millions à 50. C'est chez les peuples anglo-saxons que l'accroissement est le plus rapide ; dans ces 80 ans leur nombre a triplé,

La richesse s'est accrue plus encore et elle continue k s'accroître. Les habitants des pays civilisés ne dépensent pas tous leurs revenus; chaque année ils mettent de côté une somme qu'ils emploient à créer des ressources nouvelles, c'est l'épargne. Elle est en moyenne de 1,600 millions en Angleterre, de 1,900 millions en France, de 1 milliard en Allemagne, de 4,100 millions aux États-Unis, en tout de 12 milliards par an. Les caisses d'épargne^ qui en 1860 avaient en dépôt 3,150 millions, avaient en 1878 8,500 millions.

Les États ont profité de cet accroissemeDt de la richesse pour augmenter leurs dépenses. Tous les États de TEnrope réunis ne dépensaient en 1820 que 6 millards par an; ils dépensent aujourd'hui 19 miUiards. Les dépenses ont monté pour TAngleterre de 1,250 millions à 2,800 millions, pour la France de 700 à 2,800 millions. Pour couvrir ces dépenses il a fallu élever d'autant les impôts, car ils sont aujourd'hui la seule ressource des États. L'impôt direct sur les biens n'aurait jamais suffi à porter cette augmentation écrasante. On s*est adressé surtout aux douanes, aux impôts indirects sur les boissons, le sucre, le tabac, qui, grâce à l'accroissement de la population, sont devenus les plus productifs de tous les impôts.

Les États ont eu des facilités d'emprunter inconnues aux gouvernements du xmii* siècle ; ils en ont profité pour contracter des dettes énormes. C'est l'Angleterre qui a donné l'exemple : pour soutenir la guerre contre Napoléon, elle avait élevé sa dette à 920 millions de livres sterling (23 milliards), en 1815. On disait alors qu'une pareille dette rendrait la banqueroute inévitable; TAngleterre a pu cependant, non seulement payer les intérêts de sa dette, mais épargner depuis ce temps environ 83 milliards et réduire sa dette à 19 milliards.

Tous les autres Etats sont entrés dans cette voie ; l'emprunt est devenu la ressource ordinaire des gouvernements embarrassés pour trouver de l'argent. Les dettes d'État sont contractées sous forme d'emprunt non remboursable ; les créanciers n'ont droit qu'à toucher les intérêts. 11 suffit donc d'augmenter l'impôt annuel de la somme nécessaire pour servir ces intérêts.

On a usé si largement de ce procédé que la dette de presque tous les États s'est accrue entre 1820 et 1880 dans des proportions inouïes. L'Allemagne a oorté sa

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