‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 112 sur 122 · L'INSTRUCTION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION PUBLIQUE

Quelques gouvernements d'Allemagne avaient commencé (surtout au xviii® siècle) à déclarer que les parents sont obligés de faire donner h leurs enfants au moins l'instruction primaire; mais ils s'étaient bornés à imposer aux communes le devoir d'entretenir des écoles à leurs frais.

La Constituante, puis la Convention, posèrent en principe que l'État a le devoir de fournir l'instruction à tous les enfants. Mais elles n'eurent pas le temps d'appliquer leur principe. La Convention réussit seulement à créer des écoles centrales pour remplacer les collèges et des écoles primaires. Maig, avant que l'organisation fût complète, Napoléon rétablit les collèges; les écoles primaires restèrent très négligées, on laissa aux communes le soin de les établir.

L'enseignement primaire avait été très négligé dans tous les pays jusqu'au xix^ siècle.

C'était une idée assez répandue parmi les hommes d'État que les gens du peuple n'avaient pas besoin d'être instruits; l'instruction, disait-on, les dégoûtait du travail manuel et leur donnait des idées de révolte. Quand il fut question pour la première fois, au Parlement anglais de voter des fonds pour des écoles primaires, un lord s'opposa à cette innovation en disant : « Si un cheval en savait aussi long qu'un homme, je n'aimerais pas être son cavalier. »

C'est en Allemagne, surtout dans les royaumes de Saxe, de Wurtemberg et de Prusse, qu'a été d'abord réalisé le principe de l'instruction primaire obligatoire. Dans toutes les communes on a créé des écoles primaires; tous les enfants de six à quatorze ans sont obligés de les fréquenter. L'État a fini par prendre à sa charge la plus grande partie des frais, de façon que l'instruction a pu être rendue gratuite.

Le même régime a été établi en Suisse et dans les pays Scandinaves.

Peu à peu l'exemple a gagné les autres peuples. Il est admis maintenant sur tout le continent que tous les enfants, sans distinction, ont le droit de recevoir rinstruC" tion primaire. Dans plusieurs États l'instruction est même obligatoire. C'est le régime de l'Allemagne, de la Suisse, de l'Autriche, et depuis 1882 de la France.

L'Angleterre elle-même, a mesure qu'elle est devenue moins aristocratique, s'est occupée davantage des écoles : le mouvement a commencé aussitôt après la réforme de 1832.

L'enseignement s'est développé dans chaque pays à mesure que le régime est devenu plus démocratique. Le pays où l'instruction primaire est le plus universellement répandue est précisément le pays le plus démocratique du monde, les États-Unis.

En même temps que les gouvernements faisaient de l'instruction un devoir, ils l'ont rendue accessible à tous en établissant aux frais de l'État ou des communes des écoles dans tous les villages et dans tous les faubourgs.

Il y avait en 1880, en France, 73,000 écoles (1) avec 5 millions d'élèves, en Allemagne 57,000 écoles avec plus de 7 millions d'élèves, en Autriche-Hongrie 33,000 écoles et plus de 4 millions d'élèves, en Italie 48,000 écoles et 2 millions d'élèves, en Belgique 5,729 écoles avec 687,000 élèves, en Suisse 4,800 écoles et 454,000 élèves, en Angleterre 28,000 écoles avec 4,360,000 élèves.

Progrès des idées démocratiques, — Il est évident aujourd'hui que les idées démocratiques ont pénétré tous les peuples civilisés. Les écrivains, pour la plupart bpur-

(1) 12,000 étaient des écoles privées.

Page 1