PROGRÈS DES IDÉES DÉMOCRATIQUES
geois ou enfants du peuple, ont travaillé à les répandre ; les classes inférieures se sont enrichies et élevées; à mesure que les affaires politiques et privées sont devenues plus compliquées, il a fallu tenir un plus grand compte des qualités personnelles des hommes et un compte moindre de leur naissance. Pour toutes ces causes les sociétés sont rapidement devenues démocratiques.
Aujourd'hui tous les États civilisés admettent Tégalité devant la loi ,* partout il y a impôt égal et justice égale.
Tous les Etals admettent aussi, du moins en principe, que les fonctions de TÉtat sont accessibles à tous sans distinction de naissance. Pour mieux assurer l'égalité, on a mis au concours un grand nombre d'emplois. En Angleterre les places d'employés du service des Indes sont au concours depuis 1853. Tous les pays de suffrage universel reconnaissent l'égalité des droits politiques, puisque tous les habitants ont le même droit de suffrage.
Les habitudes d'égalité ont pénétré même dans les mœurs. Les enfants de la petite bourgeoisie reçoivent la même instruction que les enfants des grandes familles. Les nobles ont conservé leurs titres, mais ils vivent familièrement avec les non nobles et Ton ne s'enquierl plus guère de la naissance d'un homme pour le recevoir dans un salon. Le parti aristocratique lui-même est devenu démocratique, une partie de ses chefs sont issus de la bourgeoisie ; le chef du parti tory en Angleterre a été longtemps Disraeli, un bourgeois d'origine juive. Il ne reste guère plus de société aristocratique qu'en Angleterre (1) et en Hongrie (2), et même dans ces pays la loi est déjà entièrement démocratique. « Les conditions
(1) V. Thackeray, Le livre des Snobs.
(2) En 1885, un groupe d'écrivains français avait été invité à assister aux fêtes qui se donnaient à Toccasion de l'exposition de Budapest. Un grand seigneur hongrois, en recevant dans son salon
sont plus égales de nos jours parmi les chrétiens qu'elles ne Tont jamais été dans aucun temps ni dans aucun pays du monde, » écrivait déjà Tocqueville en 1848.