‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 122 sur 122 · LA FRANCE PARMI LES GRANDES PUISSANCES · texte numérisé non relu

LA FRANCE PARMI LES GRANDES PUISSANCES

lait plus, en 1889, que 1 ,700 fr. La valeur totale s'est élevée k 90 milliards. C'est entre 1851 et 1869 que le mouvement de hausse a été le plus rapide (la valeur de la terre a augmenté de plus de 25 milliards). La culture du froment n'occupait, en 1815, que 4 millions et demi d'hectares et ne produisait que 40 millions d'hectolitres ; aujourd'hui elle occupe 6 millions et demi d'hectares et produit 100 millions d'hectolitres ; de 9 hectolitres à l'hectare la production est montée à 14. La betterave, qui en 1840 n'occupait encore que 58,000 hectares, en occupe 520,000.

Le nombre des maisons et des usines était en 1823 de moins de 6 millions et demi ; il est monté, en 1888, h plus de 9 millions, et la valeur des constructions a augmenté beaucoup plus encore que leur nombre; en 1851 on l'évaluait à 20 milliards, en 1888 on l'estime k près de 40. La ville de Paris ne valait en 1828 que de 3 à 4 milliards, on l'évalue aujourd'hui à 17.

L'industrie s'est créée presque entièrement depuis la Restauration. En 1848, elle ne produisait encore chaque année qu'une valeur d'environ 5 milliards et demi; aujourd'hui la production s'élève k environ 12 milliards.

Le commerce avec l'étranger, de 1815 k 1825, se chiffrait par une moyenne de 400 millions environ d'importation et 500 d'exportation. Voici, depuis ce temps, la moyenne, évaluée de dix en dix ans :

Importation. Exportation.

Situation de la Finance painni les grandes puissances européennes. — La France a un territoire de 528,000 k\W mètres carrés avec une populaViou àft*À^\XM^Xv^\v%^^^a^^^

Les autres grandes puissances ont : l'Angleterre 315,000 kilomètres avec 37 millions d'âmes; l'Allemagne 540,000 kilomètres avec 47 millions d'âmes ; TAutriche- Hongrie 623,000 kilomètres avec 40 millions d'âmes ; la Russie 5,416,000 kilomètres avec 93 millions d'âmes.

Dans aucun pays (sauf la Belgique et la Hollande), la terre n'a autant de valeur, et l'Angleterre seule dépasse la France pour la valeur des constructions.

Son industrie est supérieure à celle des autres grandes nations excepté l'Angleterre. Elle produit davantage et le salaire des ouvriers est plus élevé.

Pour le commerce elle vient aussi après l'Angleterre qui exporte pour 5 milliards et demi et importe pour 9 milliards. Mais elle dépasse l'Allemagne (qui exporte pour moins de 4 milliards et exporte environ pour la même somme), l'Autriche-Hongrie (qui importe 1,400 millions et exporte 1,700 millions), et la Russie (dont les importations valent moins d'un milliard et les exportations environ 1,500 millions).

Sa marine marchande k voile est très faible, elle ne vient qu'au septième rang en Europe, après l'Angleterre, la Norwège, l'Allemagne, l'Italie, la Russie et la Suède ; mais sa marine à vapeur est la deuxième.

Dans l'activité des correspondances la France est devancée par l'Angleterre, où le total des lettres envoyées chaque année est de 46 en moyenne par habitant, la Suisse (27 par habitant), l'Allemagne (21 par habitant), tandis que la France n'en a que 19 par habitant.

La valeur des sommes confiées aux caisses d'épargne est plus grande en France que dans tout autre pays excepté la Prusse. Elle s'élève à près de 3 milliards.

La richesse totale de la France est évaluée (1) à

Ci;ParM. Mulhall.

environ 200 milliards, son revenu à 24 milliards. L'Angleterre seule la dépa&se, avec un capital de 218 milliards et un revenu de 31. L'Allemagne vient ensuite avec un capital de 158 milliards et un revenu de 21 ; la Russie avec 108 milliards de capital, 19 de revenu ; TAutriche-Hongrie avec 90 milliards de capital, 15 de revenu (1).

Au point de vue des forces militaires, la France a la marine de guerre la plus forte (191 navires) après celle de l'Angleterre (383 navires). Elleal'armée la plus nomnombreuse en temps de paix (600,000 hommes). En temps de guerre son armée serait presque égale à celle de l'Allemagne. La Russie a un effectif plus fort sur le papier; mais il lui serait probablement impossible de mobiliser tout son contingent.

Etat présent du monde, — On estime à environ 1,450 millions le nombre des hommes de toute race: 330 en Europe, 800 en Asie, 200 en Afrique, 100 en Amérique. Il y a sur la terre un grand nombre de races distinctes. Mais la plupart, réduites à quelques peuplades sauvages, sont déjà sur le point de s'éteindre comme les indigènes de Tasmanie, ou de se fondre dans les races plus puissantes comme les Indiens d'Amérique. 11 ne reste en présence que trois grandes races. A la race blanche appartiennent la moitié de l'Asie, l'Europe, TAmcrique, l'Australie et les côtes de l'Afrique; la race jaune a l'Asie orientale, d'où elle se répand sur l'archipel Malais ; les nègres peuplent l'Afrique et les régions tropicales de l'Amérique, où ils ont été transportés comme esclaves.

Il en est de même des religions. Elle sont nombreuses

(1) Ces chiffres sont très arbitraires.

encore; mais la plupart ne sont plus pratiquées que par quelques tribus et disparaissent, plus vite encore que les races, devant les religions plus fortement organisées. Quatre grandes religions se partagent le monde. Le christianisme domine en Europe et en Amérique: on compte 435 millions de chrétiens divisés en trois branches : 200 millions de catholiques, 150 millions dé protestants, 85 millions d'orthodoxes grecs. Vislam domine en Afrique et dans l'Asie occidentale, on compte 170 millions de musulmans. Le bouddhisme domine dans l'Asie occidentale, où il a 500 millions de sectateurs ; le brahmanisme dans l'Inde avec 150 millions. (On compte de 7 à 8 millions d'israélites disséminés dans le monde.) Il reste environ 230 millions d'idolâtres parmi les sauvages de rOcéanie, les Indiens de l'Amérique et les nègres d'Afrique; ils se convertissent rapidement, les uns au christianisme, les autres à l'islamisme.

Les races ne correspondent pas aux religions; il y a parmi les blancs des chrétiens, des musulmans, des brahmanistes; les nègres se partagent entre l'islam et le christianisme. Mais à chaque religion correspond une forme de civilisation : au christianisme la civilisation européenne^ à l'islamisme la civilisation arabe, au brahmanisme la civilisation hindoue^ au bouddhisme la civilisation chinoise. La civilisation hindoue a cessé de se développer et de s'étendre; peut-être va-t-elle se fondre avec la civilisation de l'Europe transportée dans l'Inde par les Anglais. La civilisation arabe est en décadence depuis que le monde musulman est aux mains des barbares turcs. Il reste deux civilisations qui jusqu'ici n'ont pu s'entamer l'une l'autre, l'européenne et la chinoise.

Nous avons un penchant irrésistible à regarder comme la seule vraie la cWiUsaXVoTv ^vxto^^^ww^ Q^\^%^Va. nôtre

et à espérer qu'elle absorbera ou refoulera ses rivales. Déjà la plus grande partie du globe appartient à Tune des trois grandes branches des peuples européens : les Russes, représentants de la race slave^ occupent TAsie, du Nord; les Anglo-Saxons, représentants de la race germanique^ sont maîtres de l'Amérique du Nord, de rinde et de TOcéanie; les peuples romans, représentés par les Espagnols et les Portugais, possèdent TAmérique du Sud. A ces trois groupes correspondent les trois langues qui régnent sur le plus vaste territoire, Y anglais parlé par 100 millions d'âmes, le l'usse par 95, Yespagnol par 48. {L'allemand qui est la langue de l'Europe centrale, est parlé par GO millions, le français par 46 millions ; mais tous deux sont confinés sur un territoire restreint.)

Il serait puéril cependant de juger de l'importance d'un peuple par le nombre d'hommes qui parlent sa langue et le nombre de kilomètres carrés qu'il possède. Une nation compte surtout par la part que ses savants, ses écrivains, ses artistes, ses ingénieurs prennent à l'œuvre de la civilisation commune ; la France joue dans le monde un rôle autrement grand que l'Espagne. Il se peut que les Russes, les Anglo-Saxons et les Hispano-Américains arrivent un jour à dominer le monde par leur masse, mais ce jour n'est pas encore venu. Les trois grands peuples de notre temps, ceux qui s'élèvent au-dessus des autres par leur activité et dirigent la marche de la civilisation, sont encore les Anglais, les Français et les Allemands.

Tous ces peuples ont une civilisation commune née de la civilisation antique, transmise k tous les pays chrétiens et que tous travaillent à perfectionner.

Ils ont mêmes instruments de travail, mêmes procédés d'industrie, mêmes moyens de transport; louis o^V. des usines, des machines à vapeur, àe^ ç)[\^vwvw$. ^^ ^^^ ^

4iO CONCLUSION.

des télégraphes; tous exploitent leurs mines et leur sol.

Les pays de FAmérique et de TOcéanie nouvellement peuplés sont des pays agricoles; les parties tempérées produisent des blés et du bétail, les parties chaudes donnent le coton, le riz, le café et les épices.

Les deux tiers de TEurope sont aussi restés agricoles; les pays romans du Sud fournissent le vin et les fruits, les pays slaves de TEst les blés, les peaux et les bois. Vindushie occupe surtout les peuples germaniques du Nord, Angleterre, Belgique, Allemagne, Suisse, Nord de la France. C'est là que la population est la plus dense et s'accroît le plus vite : on compte par kilomètre carré, en Belgique 192 habitants, en Angleterre 172, en Hollande 128, en Allemagne 84, dans le canton de Genève 364, (en France 71 seulement). La population s'accroît en Angleterre chaque année de 9,2 pour 100, en Suède de il, 5, en Allemagne de 10, en Hollande de 9 (en France de 2,3 seulement). Depuis 1700 la Grande-Bretagne est montée de 8 à 35 millions d'âmes, l'Allemagne de 19 à 4G (la France de 19 à 37 seulement).

Tous les pays civilisés sont reliés par un réseau de chemins de fer (450000 kilomètres), de lignes de bateaux h vapeur (97), de télégraphes (1200000 kilomètres), de câbles sous-marins (150000 kilomètres), et par Y Union postale universelle. Ils échangent leurs produits et leurs capitaux. Ils sont en communication incessante. Chaque jour les journaux, renseignés par le télégraphe, donnent les nouvelles du monde entier.

Dans tous les pays civilisés le genre de vie tend à devenir le même. Partout on retrouve les mêmes grandes villes avec les rues alignées, les grandes places, les pavés, les trottoirs, les omnibus, le gaz, les égouts, les eaux amenées de loin. Les paysans et les ouvriers, plus lents à changer d'habiluâies, ^^x^^wV ^wç^Qte dans l'Eu-

rope orientale leurs mœurs et leurs costumes; mais la bourgeoisie a déjà partout mêmes occupations, mêmes distractions, mêmes usages : partout l'habillement à l'anglaise, les modes de Paris, le théâtre, les journaux, les cercles, la Bourse.

Les idées aussi se communiquent d'un pays à l'autre. Partout les savants opèrent suivant les mêmes méthodes; ils font la science en commun, ils se réunissent même en congrès scientifiques internationaux, — La peinture, la sculpture, l'architecture, la musique, sont communes à tous les peuples. Les œuvres littéraires restent encore nationales, à cause de la différence des langues, mais elles circulent dans les pays étrangers sous forme de traductions, et d'un bout du monde à l'autre la littérature est traversée par les mêmes courants.

Les nations civilisées s'empruntent même leur régime politique. L'exemple de l'Angleterre et la Révolution française ont fait introduire partout le régime constitutionnel. Il y a en Europe 19 Etats indépendants, (en comptant la Bulgarie), en Amérique 18 (sans compter les colonies). Tous les Etats d'Europe, sauf deux, sont des monarchies ; tous les États d'Amérique sont des républiques. Sous cette différence de forme tous, excepté la Russie, ont le môme mécanisme : un Parlement qui représente la nation, le budget discuté et voté par les représentants, la liberté de la presse, la sécurité garantie par une police et des tribunaux réguliers.

Ainsi tout ce qui fait la vie des peuples civilisés, l'industrie, le commerce, la vie pratique, la science, les arts, les mœurs politiques, tout, excepté la langue, est devenu international. Cependant les nations, unies par tant de liens, ne cherchent ni à se fondre ni même à s'associer. Elles sont séparées par \a\^tv^vy^^^%x\^^^^-

currence industrielle, par de vieilles antipathies. En Europe surtout, où la population est plus serrée, où les agitations nationales durent encore, où plusieurs siècles de guerres, de conquêtes, d'annexions, ont semé la haine entre les peuples, les Etats se regardent avec déûance. Depuis la victoire de la Prusse, toutes les puissances se tiennent prêtes à la guerre; elles entretiennent des armées permanentes telles qu'on n'en a jamais vu. La Russie a 750000 soldats, l'Italie 750000, la France 600000, l'Allemagne 450000; grâce au système de la réserve qui fait passer tous les hommes valides sous les drapeaux, elles pourraient en faire partir le triple; c'est le régime de la « nation armée ». Chaque année en moyenne coûte à l'Europe 4 milliards et demi. L'Europe vit en paix, mais c'est une paix année, aussi ruineuse que la guerre.

Le monde civilisé se trouve pris entre deux courants opposés. La civilisation commune crée un courant international qui pousse les peuples à se sentir solidaires et à se rapprocher; les réalités et les haines créent un courant national qui pousse les peuples à s'isoler et à se traiter en ennemis. De la force de ces courants dépendra l'avenir du monde.

Caractères de la civilisation contemporaine. — Comment pouvons-nous saisir les caractères d'une civilisation dans laquelle nous sommes plongés? Comparons notre vie à celle de l'antiquité et de la Renaissance ; le contraste nous montrera combien notre siècle diffère de ceux qui l'ont précédé et nous fera apercevoir ce que notre civilisation a d'original.

Les peuples civilisés ne sont plus confinés en Europe, ils ont pris possession du reste de la terre et travaillent à la mettre en culture et à la peupler. Lacivili-

sation n'est plus exclusivement européenne, elle devient universelle.

Pour accomplir les travaux matériels, qui sont comme le gros ouvrage de la vie civilisée, nos ancêtres n'avaient que la force de Thomme et des animaux domestiques; la civilisation contemporaine opère au moyen de machines. La quantité de travail manuel a diminué, les usines fabriquent en grand tous les objets nécessaires à la vie; Tagriculture même se change en industrie. La civilisation devient industrielle.

La grande industrie et la grande agriculture ont créé des richesses supérieures aux besoins; Texcédent de la production a, en moins d'un siècle, accumulé des «apitaux si énormes que les industriels et les financiers de nos jours surpassent en opulence les grands seigneurs d'autrefois.

En même temps que la richesse, le luxe s'est augmenté et répandu. S'il est moins éclatant qu'au temps où les grands seigneurs en avaient le privilège, il est bien plus général et pénètre profondément toute la société. L'industrie a fabriqué à si bas prix tous les produits manufacturés, le commerce a transporté en telle abondance toutes les denrées des pays chauds, qu'ils ont cessé d'être des objets de luxe; ils sont entrés dans la consommation des classes inférieures.

Des inventions nouvelles est né le bien-être (les Anglais l'appellent le corn fort). Nous jouissons de mille raffinements que nos ancêtres imaginaientà peine; transports rapides, bonnes routes, hôtels bien tenus, bains de mer, voyages d'agrément, journaux, revues, théâtres, concerts, musées, rues pavées, éclairées et balayées. Un petit bourgeois de nos jours a la vie plus agréable qu'un grand seigneur d'autrefois.

Les peuples, isolés jadis, ont été ra^^vo^Vv^^ ^^x Sa.

facilité des transports et des communications; chacun proûte des progrès de tous; le commerce, le crédit, la presse, les sciences ont créé une civilisation intetmationale.

L'àme de celte civilisation est la science. Autrefois elle n'était qu'un passe-temps des esprits d'élite. Depuis qu'elle a constitué ses méthodes et vérifié ses résultats, elle a pris un rôle pratique; elle est devenue le guide de l'industrie et du commerce et elle commence à régler même la politique. Elle est devenue aussi pour toutes les classes du peuple l'instrument d'éducation de l'esprit et du caractère. Partout les écoles et les bibliothèques sont des établissements d'utilité publique; l'école primaire est même une institution d'Etat.

La science contemporaine part de l'observation minutieuse des faits, elle mène à des applications hardies qui transforment la face des choses. Elle inspire ainsi à la fois le goût de voir la réalité telle qu'elle est et le désir de la transformer. L'union de ces deux sentiments, contradictoires en apparence, est le caractère de notre vie intellectuelle contemporaine : de la recherche passionnée de l'exactitude est né le réalisme^ le désir du progrès indéfini a produit V idéalisme.

L'art contemporain est réaliste; nos artistes tiennent moins à la perfection de la forme qu'à l'exactitude et à l'abondance des détails. Par contre le besoin d'idéal a pénétré dans la vie politique, %ow^ïoYm(ii' amour du progrès.

La société d'autrefois reposait sur le fait, consacré par la tradition; on ne songeait qu'à la conserver. De notre temps on cherche à améliorer les institutions en les modelant sur un idéal théorique. La force et la coutume réglaient les sociétés anciennes; les sociétés modernes sont fondées sur ^q^ principes.

De toute l'organisation antique il ne subsiste que la famille et la propriélé. \jà t^bX.^ iôl ^\.^ Vç^w%\q\\s^^.\a.<3.q-

CARACTÈRES DE LA CIVILISATION CONTEMPORAINE. 4i5

ciété moderne ne reconnaît plus le droit d'un homme sur un autre homme, du maître sur Tesclave, du patron sur le client, du seigneur sur le serf, elle n'admet que l'autorité du père de famille sur la femme et les enfants; tout homme est libre, nul ne doit obéissance k personne. — Les coutumes et les lois qui enchaînaient la vie des particuliers sont tombées; tout homme peut disposer de sa personne et de ses biens : liberté de conscience, de culte, de parole, liberté d'aller et venir, de choisir son domicile, de régler son train de maison, liberté d'industrie et de commerce, la société contemporaine les admet toutes; elle repose sur la liberté privée.

Les lois anciennes étaient aristocratiques, elles répartissaient les hommes en classes inégales et fixaient chacun à son rang; la société moderne est démocratique, elle a fait tous les hommes égaux devant la loi, elle n'a conservé que l'inégalité privée qui résulte des fortunes ; elle a établi V égalité publique.

Autrefois un petit nombre de privilégiés, citoyens ou nobles, formaient seuls la nation. « Une cité bien réglée, dit Aristote, ne fera pas citoyens les artisans. » Le travail manuel était méprisé, les travailleurs étaient exclus du gouvernement. La société contemporaine admet dans le corps politique tous les habitants, même les travailleurs; elle a réhabilité le travail manuel; elle honore les industriels et les commerçants à l'égal des propriétaires.

Le gouvernement n'est plus la propriété exclusive d'une aristocratie de citoyens, d'un empereur ou d'une famille royale ; c'est la nation qui se gouverne elle-même. Les sociétés anciennes vivaient dans la confusion et la violence. Les Etats modernes ont une administration réguhère qui est informée de tout et maintient Vq>^4^^ partout. La i^oYiCQ et la justice aotvV. ^'è^^'L ^ç>\\.^'s» >^<î>\i:^

protéger les particuliers contre les attaques des malfaiteurs ; les agents du pouvoir sont aissez honnêtes et assez surveillés pour ne plus se permettre de violences contre les particuliers. Il n'y a plus dans le monde civilisé ni brigands ni pirates; la sécurité est complète.

La guerre entre nations n'a pas disparu. Mais on commence à la regarder comme un mal nécessaire. Les guerriers ne forment plus une classe privilégiée; on est soldat par devoir, on ne Test plus par divertissement ni par hcmneur. Les guerres sont meurtrières, mais elles sont rares et courtes. La civilisation est devenue pacifique.

Tous ces changements ont rendu la vie plus commode, plus variée, plus libre. Jamais la civilisation n'a réuni autour des hommes autant de conditions de bonheur. Sommes-nous plus heureux que nos ancêtres? Personne ne pourrait l'affirmer. — Le bonheur dépend plus des sentiments intérieurs que des avantages extérieurs. Notre vie est mieux organisée que celle de nos pères; mais,, semblables aux enfants trop riches élevés dans le luxe, nous nous sommes habitués au bien-être et n'en sentons plus guère le charme; notre éducation a affaibli en nous la faculté de jouir.

Tout a changé depuis l'antiquité, la vie matérielle, la vie intellectuelle, la vie sociale. Il faut s'attendre à ce que l'avenir différera du présent comme le présent diffère du passé. Peut-être même notre génération assistera-t-elle à de grands changements, car il semble que plus la civilisation avance, plus sa marche devient rapide. Nous n'avons pas à nous en effrayer; l'humanité a traversé sans périr des transformations qu'on n'aurait même pas imaginées. L'histoire de la civilisation doit nous apprendre à avoir confiance dans l'avenir.

Voici la liste des ouvrages que j'ai consultés; le lecteur peut s'y reporter pour les détails qui n'ont pu trouver place dans cette courte histoire (l).

OUVRAOES FRAiNÇAIS OU TRADUITS EN FRANÇAIS

LEROY-BEAULIEU (Anatole). L'Empire des Tsars, 1882.

RAMBÂUD. Histoire de Russie, 1876.

SCHERR. La société et les mœurs en Allemague (trad.).

LEROY-BEAULIEU (Paul). La colonisation chez les peuples mo* dernes, 1876.

LABOULAYE. Histoire des États-Unis.

DAIRE. Collection des économistes, 1843.

FONCIN. Essai sur le ministère de Turgot, 1877.

ROCQUAIN. L*esprit révolutionnaire avant la Révolution, i8'8.

LEGER. Histoire de T Autriche-Hongrie.

FLAMMERMONT. L^ chancelier Maupeou.

CHEREST. La chute de l'ancien régime. 3 vol., 1887.

TAINE. Origines de la France contemporaine. L'ancien régime 1 vol. La Révolution. 3 vol., 1875-85.

TOCQUEVILLE (de). L'ancien régime et la Révolution, 1857.

SOREL. L'Europe et la Révolution française. 2 vol. 1887.

— La paix de Bàle (Revue historique, 1877-78).

— Les traités de 1815.

— La question d'Orient au xvine siècle.

MICHELET. Histoire de la Révolution.

THIERS. Histoire du Consulat et de l'Empire, 20 vol., 1845-62.

(1) Cette liste ne contient que les œuvres que j'ai réellement consultées. On pourra s'étonner de n'y pas voir figurer des ouvrages très connus te\.% o^^ \k% Histoires de la RéooltjUion, de Thiers et de HLif^tiel*, \ft ti «À 'ç^'a cç-ql ^«swx v^^vquer les Urres que des travaux plus récenia onl nv\% Yiot% dL\i%;v%%.

CIVILISATION COMEMPOBAINE. '^

RAMBAUD. Histoire de la civilisation en France. 2 vol.

— — contemporaine en France.

— Les Français sur le Rhin. L'Allemagne sous la domination française, 1873.

LEVASSEUR. Histoire des classes ouvrières en France, 2 vol.,

SYBEL. Histoire de la Révolution (trad.).

STOURM. Les finances de l'ancien régime et de la Révolution. 2 vol., 1885.

LEROY-BEAULIEU (Paul). Traité de la science des finances. 2 vol., 1885.

CLAMAGERAN. Histoire de l'impôt en France. 2 vol., 1876.

GEFFROY. Gustave 111 et la cour de France, 1867.

WELSCHliVGER. La censure sous le premier Empire, 1ft82.

PIERRE (V.). La Terreur sous le Directoire, 1887.

MORTIMER-TERNAUX. Histoire de la Terreur.

WALLON. Histoire du tribunal révolutionnaire.

— Histoire de l'esclavage.

VIEL-CASTEL. Histoire de la Restauration.

DUVERGIERDEHAURANNE. Histoire du régime parlementaire. THUREAU-DANGIN. Histoire de la monarchie de juillet, 3 vol.,

FOVILLE. La France économique, 1889.

SIMON (J.). La liberté civile, 1867. MILL (Stuart). La liberté (trad.).

— Le régime représentatif (trad.j.

— La révolution de 1848 (trad.).

PIERRE (V.). Histoire de la Révolution de 18i8. 2 vol., 1878.

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— WoLF. OEsterreich imter Maria Theresia, Joseph II und Léopold II.

Collection HEEREN-UCKERT. Histoire des États de l'Europe. Dans cette collection : Hertzberg. Geschichte Griechenlands. — HiLLEBRAND. Gcschichtc FrdDkreichs, 1830-48.

Collection Slaatengeschichte der Neuzeit. Dans cette collection. Baumgarten. Geschichte Spaniens. — Reumont. Geschichte Italiens.

— Bernharoy. Geschichte Russlands. — SpreiNger. Geschichte QEsterreichs.

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