‹ Histoire de la civilisation contemporaineChapitre 14 sur 122 · INDÉPENDANCE DES COLONIES ANGLAISES · texte numérisé non relu

INDÉPENDANCE DES COLONIES ANGLAISES

Le congrès des délégués réuni à Philadelphie était divisé en deux partis presque égaux. Les délégués du Nord voulaient déclarer Tindépendance et se séparer définitivement de l'Angleterre ; ils disaient que jamais on ne retrouverait une pareille occasion, car il restait encore beaucoup de colons qui avaient fait la guerre contre le Canada et qui pouvaient composer une armée. Les délégués du Sud et du centre ne voulaient pas d'une république. Le parti républicain parvint à changer les gouvernements des colonies qui résistaient. Alors il se trouva une majorité pour voter la déclaration de 1776 rédigée par Jefferson. Par cet acte le Congrès, se fondant sur le droit naturel, énumère les actes par lesquels le roi d'Angleterre a violé les droits des Américains et déclare qu'en conséquence les colonies « doivent être un Etat libre et souverain ».

La guerre entre l'Angleterre et ses colonies fut longue et indécise, le Parlement avait voté les fonds pour 55,000 hommes, mais le gouvernement anglais n'avait presque pas de soldats; il enrôla des volontaires, il acheta les troupes de plusieurs princes allemands, il employa des Indiens; il lui fallut deux ans pour réunir une armée prête à opérer, et comment opérer dans un pays où il fallait traverser d'immenses espaces déserts, sans route, sans vivres, en tirant tous ses approvisionnements d'Angleterre? Longtemps les généraux anglais se bornèrent à occuper les villes de la côte ; une armée qui essaya de s'enfoncer dans l'intérieur fut affamée j harcelée, et réduite à un tel épuisement qu'elle capitula.

Le gouvernement du Congrès était encore plus faible, il n'avait aucune autorité légale, ne pouvait lever ni troupes ili impôt; l'assemblée de chaque colonie levait et payait sa milice et souvent refusait de la mettre au service du Congrès. Il n'avait d'autre ressovivc^ ^^ \^

46 LE RÉGIME COLONIAL AU XVIir SIÈCLE.

conûscalion des biens des tories et le papier -monnaie qu*il avait créé, et ce papier baissait d'une façon continue: en 1778, il ne valait déjà plus que 1/6 de sa valeur nominale, en 1780, plus que 1/50. En 1777, Tarmée du Congrès était réduite à 1 ,500 hommes ; les autres avaient déserté en emportant leurs armes. Le Congrès vota une levée de 65,000 hommes, on ne put en réunir que 15,000; ils manquaient de tout, beaucoup marchaient nu-pieds faute de souliers, on pouvait suivre Tarmée à la trace de leur sang. En septembre, on resta deux jours sans nourriture; en décembre, les soldats furent obligés, faute de couvertures, de passer la nuit autour des feux. Les officiers donnaient leur démission, ceux qui étaient en congé refusaient de revenir. Le général en chef Washington écrivait au Congrès : « On peut parler de patriotisme, on peut tirer de l'histoire ancienne quelques exemples de grandes actions accomplies sous Tempire de ce sentiment ; mais on se trouvera déçu si Ton se fonde là-dessus pour conduire une guerre longue et sanglante... Je sais que le patriotisme existe et qu'il a fait beaucoup dans la lutte présente, mais j'ose afOrmer qu'une guerre durable ne peut être soutenue sur ce seul principe ».

Les Américains étaient impuissants à se défendre contre une armée organisée et approvisionnée; Washington et la plupart des patriotes désespéraient du succès. Ce fut la France qui vint au secours des insurgés, qui leur envoya de l'argent, des armes, un corps de troupes, les mit en état de continuer la résistance et les aida à défendre leur pays. La France n'avait pas d'intérêt direct dans cette guerre; les ministres les plus sages, Turgot et Malesherbes, voulaient éviter d'y intervenir. Mais le Congrès avait envoyé à Paris un négociateur habile, Franklin, célèbre par l'invention du paratonnerre, qui

INDEPENDANCE DES CuLONIES ANGLAISES. 47

sut gagner ropinion publique et mettre à la mode les républicains d'Amérique. Le ministre Vergennes, qui avait la confiance de Louis XVI, vit dans cette guerre un moyen d'affaiblir les Anglais,"etla France prit parti pour les Américains.

L'Angleterre eut alors à combattre la France et son alliée l'Espagne; il lui fallut mettre 300,000 hommes sous les armes et se tenir en garde contre une descente des Français en Irlande. La majorité du Parlement prit cette guerre en dégoût et obligea le roi à accepter la paix. L'Angleterre reconnut l'indépendance des États- Unis (1783). La France, qui avait supporté le poids principal de la guerre ne demanda rien pour elle. Les négociateurs français auraient voulu qu'on garantît les biens et la liberté des Américains qui avaient défendu le gouvernement anglais et s'étaient réfugiés dans l'armée anglaise. Le Congrès se contenta de les recommander au gouvernement de chaque colonie ; mais il ne fit rien pour les protéger. Les républicains refusèrent de les recevoir et de leur rendre leurs biens confisqués; ils maltraitèrent ceux qui étaient restés et les forcèrent à émigrer. La société américaine fut transformée par ces confiscations et ces émigrations ; les anciennes familles riches et aisées de la Nouvelle-Angleterre disparurent ; à la tête de la société arrivèrent des parvenus partisans du régime nouveau.

La guerre finie, chaque colonie reprit son indépendance complète et se conduisit comme un Etat souverain; le Congrès n'eut plus aucun pouvoir, il faisait des décrets, mais personne ne leur obéissait. Il sembla que la confédération allait se dissoudre. Les officiers, qui voulaient conserver l'unité créée pour la défense commune, offrirent à Washington de lui donner la dictature, il refusa. Enfin les partisans de l'unité parvinrent à faire

48 LE MOUVEMENT DE RÉFORME AU XVIir SIÈCLE.

comprendre aux colonies qu'elles avaient besoin de rester unies pour protéger leur commerce, et en 1787 fut organisé le gouvernement des États-Unis d'Amérique. Chaque État conserva « sa souveraineté, liberté et indépendance, » son administration et ses tribunaux indépendants. Mais tous les États entrèrent dans une ligue perpétuelle d'amitié « pour leur défense commune » ; ils s'engagèrent à se secourir F un Tautre contre toute violence. Le Congrès formé de députés des Etats fut chargé de Tarmée^et de la marine de guerre, des relations avec les pays étrangers et de la direction du commerce et des postes.

Page 1