LES IDÉES NOUVELLES
procédés anciens et à la mesure prescrite. Les hommes d'État disaient que les industriels ont besoin d'être guidés par le gouvernement. Colbert en France avait fait rédiger un règlement industriel qui déterminait de quel rabot on devait se servir, quelle largeur devait avoir une pièce de drap ; des inspecteurs surveillaient les manufactures, tout produit non conforme au règlement était conûsqué et quelquefois brûlé. Le gouver^ nement se chargeait d'introduire les industries nouvelles, il créait des manufactures dont le directeur et les ouvriers étaient payés par l'État. (De ce genre furent les Gobelins et les fabriques de dentelles créées par Colbert).
C'était aussi un principe en Europe que le gouvernement doit régler le commerce. Les particuliers n'ont le droit de transporter leurs denrées, de vendre et d'acheter qu'avec la permission de l'Etat et suivant ses règlements. Le gouvernement français interdit de faire sortir des blés du royaume, même de les faire passer d'une province dans l'autre ou d'en faire des provisions. C'est qu'il est préoccupé d'éviter la famine et qu'il a toujours peur des accapareurs, qu'on accuse de cacher le blé afin de faire monter les prix. D'ordinaire le résultat de cette interdiction est que la province où la récolte a manqué souffre de la disette, parce qu'on ne peut y faire entrer librement des grains, tandis que dans la province où la récolte a réussi les paysans ont du blé de reste, parce qu'ils ne savent à qui le vendre.
En matière d'impôt il n'y avait pas de principe gênérai; chaque Etat cherchait à établir les impôts qui lui rapportaient le plus d'argent, sans se demander s'il ne risquait pas d'appauvrir le pays. Presque partout l'impôt était très inégalement établi ; les nobles en étaient à peu près exempts, parce que le gouvernement avait intérêt à les ménager ; les paysans étaieut éeTî5LÇ>^'&.
Civilisation cojVTEMPORArNE. ^
50 LE MOUVEMENT DE RÉFORME AU XVIll' SIÈCLE.
Le système mercantile, — Le commerce avec Tétranger était réglé d'après les principes que s'étaient formés les hommes d'Etat de Venise et de Florence au xv* siècle. — Tout Etat, dit-on alors, est en concurrence de commerce avec les autres Etats. « Tout profit d'un peuple est le dommage d'un autre ; le commerce est une guerre. » Chaque État doit travailler à augmenter sa richesse aux dépens des autres. Or la richesse consiste surtout en or et en argent, car celui qui a de l'argent peut se procurer tout le reste. La règle est donc de faire entrer le plus possible d'argent dans le pays et d'en laisser sortir le moins possible. Pour cela, il faut exporter (c'est-à-dire vendre à l'étranger) beaucoup de marchandises en échange desquelles on reçoit de l'argent, et en importer (c'est-à-dire acheter à l'étranger) le moins possible, afin de ne pas avoir à dépenser son argent. Les États sont comme des maisons de commerce : chacun s'enrichit en achetant peu et en vendant beaucoup. A la fin de Tannée, il s'établit un équilibre entre leur exportation et leur importation, c'est ce qu'on appelle la balance du commerce, (on suppose que chaque État est comme une maison de banque qui fait k la fin de chaque année la comparaison de ses profits et de ses pertes, la ba-^ lance). Lorsqu'un État a exporté plus qu'il n'a importé, il a réalisé un bénilico en argent, la balance du commerce est en sa faveur; s'il a importé davantage, il a perdu de l'argent, il a contre lui la balance du commerce. Il s'agit donc d'augmenter l'exportation qui enrichit et de diminuer l'importation qui appauvrit, surtout l'importation des objets manufacturés. Chaque gouvernement doit prendre des mesures pour empêcher de vendre dans son État les produits de ses manufacture^ et pour remplacer les produits étrangers par des objets fabriqués dan& le pays. Pour cela on emploie deux pro-