LES IDÉES NOUVELLES
cédés. — Le plus radical est d'interdire aux commerçants d'introduire certains objets fabriqués à l'étranger; Colbert défendait de vendre en France des dentelles de Venise, les Français ne devaient acheter que des dentelles fabriquées dans les manufactures françaises; c'est le système prohibitif, — On peut se borner à faire payer aux objets étrangers h leur entrée dans le pays une taxe de douane (1) qui oblige les commerçants à en élever le prix. Les objets de même espèce fabriqués dans le pays, n'ayant pas de taxe à payer, peuvent faire avantageusement concurrence aux produits étrangers. Les droits levés à la frontière par le gouvernement servent à la fois de revenu pour l'Etat et de protection pour les industriels ; tel est le système protecteur.
Tous les Etats d'Europe au xvn^ siècle avaient pris des mesures de prohibition ou de protection. — h'acte de navigation de Cromwell était une application du système prohibitif à la marine anglaise. Il défendait de faire le commerce avec l'Angleterre ou une colonie anglaise autrement qu'avec des navires anglais, apparlenant à un armateur anglais, commandés par un capitaine anglais. — Colbert avait organisé en France la protection. « Les droits de douane, disait-il, sont les béquilles avec lesquelles le métier apprend à marcher et qu'il rejette quand il est devenu assez fort. »
C'est ce régime qu'on a appelé le système mercantile (2). Il a pour but d'exciter le commerce et de faire affluer l'argent dans le pays. Il convenait bien aux villes
(1) Les taxes sur les marchandises étraogères existaient dès le XII» siècle dans les ports du Levant; le bureau chargé de les lever s'appelait déjà la douane (d'un mot arabe). Mais les taxes de douane n'étaient encore qu'un moyen de se procurer de l'argent; c'est plus tard qu'on eut l'idée de les employer à protéger l'industrie.
(2) A proprement parler il n'y a jamais eu ni théorie ni application générale de ce régime ; on est convenvi de tfewtùt ^^ivs^^ \fe
52 LE MOUVEMENT DE RÉFORME AU XVIIl* SIÈCLE.
italiennes, qui ne pouvaient s'enrichir qu en fabriquant et en exportant et qui avaient h défendre leur commerce contre des villes ennemies; il était à sa place au XV® siècle, quand l'argent était rare et très recherché. Mais il ne s'appliquait plus à de grands Etats et dans un temps où la découverte de l'Amérique avait rendu abondants l'argent et l'or.
Le% économistes. — On avait commencé dès le xvii® siècle à étudier théoriquement les moyens d'augmenter la richesse des pays et des Etats. On appela cette élude éconoînie politique (1), c'est-à-dire science du ménage d'un État. Les économistes recherchaient comment on doit régler l'industrie ou le commerce pour les rendre productifs, et quel est le système d'impôt qui rapporte le plus à l'Etat en gênant le moins les particuliers.
H y a eu trois générations d'économistes, la plupart ont été des Français :
1° Dès la fin du règne de Louis XIV, Boisguilleberl, dans deux ouvrages, le Détail de la France (1697) et le Factura de la France (1707), Vauban dans la Dîme royale (1707), ont signalé l'appauvrissement de la France. Ils ont montré par des statistiques que la population avait diminué et que le gouvernement, malgré des mesures de rigueur, ne parvenait plus à faire rentrer l'impôt. La faute en était au régime de la taille ; cet impôt était fixé arbitrairement par les intendants, et les élus ; les riches trouvaient le moyen d'en faire exempter leurs domaines et ceux de leurs fermiers; les terres des nobles étaient exemptes de aroit. Les petits cultivateurs restaient seuls à supporter toute la charge; souvent l'impôt leur prénom de mercantilisme les maximes et les procédés des hommes d'État du xvio et xyii® siècles.
(I) Le mot a été employé d'abord par Monchrétien, en 1615*