LE BLOCUS CONTINENTAL
dises dont ils ne tiraient aucun profit; la misère fut grande, des bandes d'ouvriers sans travail couraient le pays, brisant les machines h tisser qu'ils accusaient de les avoir privés de leur gagne -pain. Cependant l'Angleterre fut assez riche pour traverser la crise et atteindre sans désastre la fîn du blocus.
Sur le continent on souffrit d'être privé des articles anglais, et plus encore des denrées coloniales. Le cafc et le sucre montèrent à des prix tels que beaucoup de familles bourgeoises, déjà appauvries par les longues guerres, durent renoncer à en consommer. Ce furent les Allemands et les Hollandais qui souffrirent le plus, et sans compensation. Quand le blocus cessa ils reprirent leurs relations avec l'Angleterre, mais ils se trouvèrent plus pauvres qu'auparavant.
En France, la cherté des marchandises qu'on avait jnsque-là tirées d'Angleterre excita les industriels h fabriquer ces articles pour les vendre aux consommateurs français : il se créa des filatures et des tissages de laine et de coton, et des forges pour les fers et les aciers. Pour remplacer le sucre de canne on inventa le sucre de betterave. L'industrie française, ruinée pendant les guerres de la Révolution, commença ainsi à se relever. Le blocus, en écartant les marchandises étrangères, agissait sur la production comme un régime protecteur. Mais ces industries des tissus et des fers, nées de la prohibition, ne purent s'habituer à revenir à la libre concurrence. Même après la chute de Napoléon, les maîtres de forges et les filateurs continuèrent à réclamer la prohibition et, comme ils avaient une grande influence sur les Chambres, ils la firent maintenir pendant longtemps.
Le blocus eut aussi des conséquences politiques. — Les pays de la mer du Nord (la Hollande et les grands
porls allemands), ne se résignèrent pas à la ruine, ils continuèrent leur commerce avec l'Angleterre; les autorités favorisaient la contrebande; même le roi de Hollande, Louis, frère de Napoléon, avait pris parti pour son peuple. Napoléon, pour faire observer le blocus, prit le parti de mettre ces pays sous l'administration française. Il annexa donc à l'Empire français to.ute la Hollande et les côtes de l'Allemagne jusqu'au Danemark, dépassant les frontières naturelles de ce côté comme il les avait dépassées en Italie.
Ce désir d'agrandir le territoire compris dans le blocus agit de même sur la politique étrangère de Napoléon. Il s'engagea dans une guerre avec le Portugal pour le forcer h fermer ses ports aux Anglais. 11 voulut imposer le même régime à son allié le tsar; ce fut la principale cause de sa rupture avec la Russie.
Domination de Napoléon en Europe, — A partir de 1806, Napoléon se conduisit comme le maître de l'Europe. Le roi de Prusse, vaincu et refoulé à l'extrémité orientale de son royaume, appela le tsar à son secours et une nouvelle coalition fut formée entre la Russie, la Prusse et l'Angleterre. Elle fut incomplète aussi, l'Autriche était trop épuisée pour y entrer. La guerre amena les armées françaises jusqu'à la frontière de la Russie, à Tilsitt (1807). Là le tsar changea de politique et, abandonnant la Prusse, entra dans l'alliance de Napoléon. Les deux alliés se partagèrent l'Europe : Napoléon laissa Alexandre maître de l'Est, il l'autorisa à conquérir la Finlande sur la Suède et la Roumanie sur l'Empire turc, il lui promit de ne pas rétablir le royaume de Pologne. Alexandre laissa Napoléon maître de tout le reste de l'Europe.
Napoléon commença par réduire la Prus?c au rang
DOMINATION DE NAPOLÉON. i6o
d'État secondaire, il lui prit ses provinces anciennes et nouvelles à l'Ouest de l'Elbe, il lui enleva ses provinces polonaises de l'Est, et ne lui laissa que quatre provinces (i) : il voulait faire entrer ce tronçon de royaume dans sa Confédération du Rhin; le roi de Prusse résista, il ne voulut ni devenir l'allié de Napoléon ni renoncer à son armée. Napoléon, ne pouvant le soumettre, essaya de le ruiner ; il laissa son armée en garnison dans les forteresses et dans le pays, écrasa les habitants de réquisitions et de contributions (on évalua à 1 milliard les sommes qu'il en tira), et défendit au roi de tenir sur pied une armée supérieure à 42,000 hommes.
Des provinces prussiennes de l'Ouest et de la Hesse qu'il enleva à son prince, Napoléon fit le royaume de Westphalie et le grand-duché de Berg, qu'il donna l'un à son frère, l'autre h son beau-frère, et qu'il fit entrer dans sa Confédération du Rhin. Il domina alors toute l'Allemagne jusqu'à l'Elbe.
Revenu en France, il s'occupa de se rendre maître de la presqu'île espagnole. 11 obligea d'abord le gouvernement espagnol à partager avec lui le Portugal. Quand l'armée française fut entrée en Espagne, il en profita pour se rendre maître de ce pays. Le gouvernement espagnol s'était toujours conduit en allié soumis; mais il était incapable, et laissait dépérir son armée et sa flotte. Napoléon pensait qu'une administration française tirerait meilleur parti des ressources de l'Espagne; il profila des querelles entre le roi Charles et son fils Ferdinand pour les faire abdiquer tous les deux et donna la couronne à son frère Joseph. Mais les Espagnols, qui subissaient sans révolte le mauvais gouvernement d'un roi espagnol, ne supportèrent pas l'idée d'un roi
(I) Brandebourg, Silésie, Pomérame et Prusse.
étranger; en quelques jours toutes les villes se révoltèrent et proclamèrent roi Ferdinand VII. Ce fut le premier soulèvement national contre Napoléon. Les insurgés, mal dirigés et sans armées régulières, ne purent empêcher Tarmée française de soumettre TEspagne et le Portugal. Mais ils continuèrent à faire une guerre de partisans (guérillas), qui absorba une partie des forces de la France ; en outre, s'étant alliés à l'Angleterre, ils consentirent à laisser débarquer une armée anglaise qui s'établit en Portugal derrière des retranchements d'où les Français ne purent la déloger.
Cet exemple excita le patriotisme des Allemands ; ils commencèrent à murmurer contre la domination française; en Prusse surtout on travailla à préparer la délivrance. C'est alors que le philosophe Fichle, professeur à Berlin, prononça ses « Discours à la nation allemande » et que Scharnhorst commença à réorganiser l'armée prussienne. En Autriche, les paysans du Tyrol se révoltèrent contre le roi de Bavière à qui Napoléon avait donné leur pays. Ce fut le deuxième soulèvement national (1809). — Il fut vite réprimé. Le gouvernement autrichien crut le moment venu de recommencer la lutte; cette fois il essaya <le profiter du patriotisme et fît un appel à la« nation allemande ». Mais cet appel n'entraîna que quelques volontaires et un bataillon de hussards prussiens qui déserta avec le major Schill pour faire campagne contre Napoléon. L'Autriche s'allia à l'Angleterre, mais elles furent seules dans la coalilion; le tsar resta l'allié de Napoléon et le roi de Prusse, contenu par 160.000 hommes de troupes françaises, refusa d'entrer en guerre. L'Autriche fut vaincue et envahie en 1809, comme elle l'avait été en 1803; elle dut céder ses provinces de l'Adriatique.
La domination de Napoléon éVaVl eorcv^Xè.Vç^.'^^^VcçJvs.