LE BLOCUS CONTINENTAL
transporter des marchandises anglaises ; les navires devaient être conûsqués, les marchandises vendues au profit de rÉtat.
Napoléon espérait ruiner les Anglais en les empêchant d'écouler les produits de leurs manufactures, de leurs mines et de leurs colonies et de se procurer les blés et les bois dont ils ne pouvaient se passer.
Le gouvernement anglais répondit au décret par des ordres en consei/ qui défendaient aux navires, de quelque nation que ce fût, de commercer avec aucun port du continent avant d'avoir passé par un port anglais, sous peine d'être confisqués. C'était dire que désormais tout commerce devait se faire par l'Angleterre. — Napoléon déclara que tout navire neutre qui passerait par TAngleterre serait dénationalisé et considéré comme anglais, c'est-à-dire confisqué.
Cette mesure bouleversa toutes les habitudes de l'Europe. Depuis les guerres de la Révolution tous les peuples d'Europe s'étaient accoutumés à recevoir d'Angleterre les étofl'es, les fers et les denrées coloniales, café, thé, sucre (on ne connaissait alors que le sucre de canne). Ils se trouvaient ainsi brusquement privés de choses dont ils ne pouvaient se passer. Les marchands, surtout ceux de la Hollande et des villes hanséatiques (Brème et Hambourg), qui vivaient du commerce avec l'Angleterre, se voyaient condamnés à une ruine complète.
il fut impossible d'appliquer le décret exactement. Dans les pays administrés directement par les fonctionnaires français, les marchandises anglaises entraient secrètement par contrebande; les marchands trompaient ou achetaient les agents chargés de surveiller; ou bien ils tournaient la prohibition par le procédé suivant : on envoyait dans un port français une cargaison de marchandises anglaises, l'autorité les confisquait et
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les faisait vendre aux enchères, les marchands auxquels elles étaient destinées les achetaient et se trouvaient libres désormais de les revendre. Pour empêcher cette fraude, il fallut ordonner de brûler les marchandises confisquées; les habitants voyaient ainsi détruire sous leurs yeux des objets dont eux-mêmes étaient obligés de se priver. Dans les pays qui n'appartenaient pas à la France la contrebande était encore plus facile, elle se faisait avec Taide des fonctionnaires qui ne se croyaient pas obligés de sacrifier l'intérêt et le bien-être de leurs compatriotes à la politique de Napoléon.
Napoléon lui-même fut obligé de faire fléchir la pi*ohibition. Il y avait des articles anglais que l'Angleterre seule produisait et dont la France ne voulait pas se passer. Napoléon autorisa des marchands français ou étrangers à acheter ces articles en Angleterre. Le gouvernement leur donnait une licence, c'est-à-dire une permission spéciale. En échange il leur imposait de vendre en Angleterre des marchandises françaises pour une valeur équivalente à celle des produits anglais qu'ils allaient prendre. Les négociants s'acquittaient de cette obligation à leur manière : ils faisaient une cargaison de marchandises françaises de rebut, et, en arrivant au port anglais, la jetaient à la mer, puis revenaient avec leur chargement anglais : on fabriquait en France des étofl'es et de la quincaillerie pour cet usage.
Conséquences économiques et politiques du blocus continental. — Le blocus produisit d'abord une crise commerciale, toutes les affaires étaient entravées par ces prohibitions et ces confiscations. Tous les pays en souffrirent. En Angleterre les industriels, ne trouvant plus à vendre leurs produits, furent forcés de congédier leurs ouvriers ou d'entasser dans les magasins des marchan-